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5 mai 2020

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#confinement jour 52 et 53 : dangereux mais pas dangereux

Depuis que se profile plus concrètement la reprise (ne parlons même plus de déconfinement celui-ci ayant officieusement débuté il y a trois semaines), le climat dans mon quartier se durcit. Nervosité bien plus palpable, invectives dans la rue et resserrement des procédures d’accès aux magasins d’alimentation alors que c’était souvent un joyeux bordel autogéré plutôt intelligemment jusqu’ici. C’est comme si nous nous étions habitués à la prison et que la perspective d’une réouverture officielle de la vie d’avant dans un cadre sanitaire incohérent, voire schizophrénique, confrontait chacun, du citoyen au chef d’entreprise, à ses responsabilités. Le déconfinement va être plus contraignant que le confinement. Côté direction d’entreprise, on fait tellement sur soi à l’idée d’être « hors normes » et de se choper une action justice ou un droit de retrait à la première minute du retour dans les locaux, que les consignes sont de plus en plus strictes. 

A plus grande échelle, c’est ce qui se passe à l’école avec cette reprise du 11 mai qui craque de tous les côtés, par peur chez les parents et peur d'actions en justice chez les élus. Le protocole sanitaire « simplifié » de 54 pages tout bonnement infaisable n’a pas calmé les esprits. Devant la vague d’opposition des parents aux maires face à cette réouverture précipitée, faisant preuve d’une méconnaissance totale de ce qu’est la réalité d’une classe, le conseiller clientèle en chef était en visite avec son ministre de l’éducation apprenante, Jean-Michel Apeuprès, dans une école élémentaire de Poissy. Lors de cette initiative de communication désespérée à destination prioritaire du public âgé des chaines d’info, Emmanuel Macron a enfin officialisé qu’il parlait aux Français comme à des gamins. Passons sur le fait qu’il portait un masque déconseillé par les normes AFNOR, masque qu’il a d’ailleurs touché et enlevé à plusieurs reprises (autant de gestes interdits dans le protocole dont il est venu vanter le sérieux), cette séquence gênante est la démonstration par l’image du piège dans lequel s’est enfermé le pouvoir en nous enfermant chez nous.

Plus étonnant, après deux mois de paralysie d’un pays, la logique de « c’est dangereux mais c’est pas dangereux » qui prévalait en janvier-février, avec les conséquences que l’on connait, est la même en cours pour le déconfinement : « c’est pas dangereux mais c’est dangereux ». On aura donc rien appris.

Si le confinement avait sa part d’absurdité, le déconfinement nous confronte brutalement avec nos principes d’avant. Impossibilité structurelle du déconfinement dans les transports publics parisiens, rappelons-le historiquement conçus (et gérés ainsi depuis) pour nous entasser comme des bestiaux à destination de l'abattoir. En temps normal, on peut passer vingt minutes à l’arrêt compressé dans l'aisselle de son voisin pour cause d’ « incident voyageur ». A partir du 11 mai, c’est l’intégralité du métro parisien qui devient un « incident voyageur ». Dans les commerces parisiens, le même problème se profile. Loyers excessifs et souci de rentabilité obligent, tout y a été dessiné en se basant sur l'endurance élevée du parisien à la promiscuité. C’est incompatible avec la logique de distanciation physique. D’ailleurs, hormis quelques quartiers désertés, le 7e arrondissement et le marais depuis le 17 mars, Paris est l’antithèse totale du concept de distanciation physique.

Le grotesque de la gestion politique des dernières semaines bascule dans une autre dimension, le retour aux impératifs d’un vie normale « comme avant » après deux mois d’injonctions continues à faire attention à tout, à tout le monde et tout le temps. Bien malin celui qui pourra dessiner les mois à venir. On peut tout aussi bien retourner dans nos cellules dans deux semaines que se la couler douce sur la plage dans trois mois.

C’était finalement bien plus simple à gérer pour tout le monde quand nous étions apeurés chacun chez nous. Que va faire l'homo-occidentalus ? 

Continuer de lui-même dans cette voie ? 
Faire sécession et retourner aux valeurs essentielles loin de cette vie à la con que ce "pas de côté" lui aura permis d'identifier ? 
Rejoindre la brigade des "anges gardiens" pour pister les malades ? 
Oublier ?  
Acheter le nouvel Iphone avec l'émoji capable de reconnaitre les émotions et la température anale ?  
Voler pour se nourrir car désormais avec ce bazar il basculé dans l'extrême pauvreté  ? 
Trainer les responsables politiques du fiasco en justice ?
Dealer des tests ? 
Développer son appétence à l'autogestion sans plus s'emmerder du cadre étatique ?  
Partir en vacances dans un rayon de 100 kilomètres ? 
Ne plus voter ? 
Voter Edouard Philippe ? 

Je n'ai jamais connu une période avec un tel niveau d'incertitude dans tous les domaines. 



Les jours d'avant :

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