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29 mars 2020

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#confinement jour 15 et 16

C’est officiel on se prend quinze jours supplémentaires de confinement, très probablement relancés de quinze le 15 avril. Comme prévu malgré les annonces on attend toujours les masques et les tests. Comme murmuré depuis un moment, il est très probable que nous soyons beaucoup à être infectés, bien plus que les chiffres validés. 

Le plus étonnant dans cette crise de panique planétaire, où drame et absurde danse le tango sur le fil de plus en plus mince de nos certitudes, c’est le peu de cas qui est accordé aux causes de tout cela. Pathétiques moulinades de nos « puissants » a vouloir régler tout cela en branlant du patriotisme, de l’esprit collectif et du soutien ému au corps médical, notions qui leur font horreur le reste du temps. 

Rien sur la contamination initiale, l'abruti qui bouffe du pangolin à l’urine, la surconsommation, le libre-échange en valeur suprême, les importations massives, le transport aérien en open bar (il y a encore quelques jours on pouvait librement voyager sans être controlé entre ces pays scrupuleusement attachés à faire respecter le confinement aujourd’hui ). Rien sur le rôle de la Chine non plus. Après nous avoir refourgué cette merde, la Chine est en passe de réussir sa bataille de la communication quant à façon "exemplaire" de traiter le problème. Le pays endossera bientôt le rôle du bon samaritain avec ses exportations massives de masques magiques que nous sommes incapables de produire ici au terme d'un demi-siècle de desindustrialisation de trucs utiles. Rien donc sur notre complicité de consommateurs et de nations aux déséquilibres planétaires qu'ils soient sociaux, écologiques ou financiers. Rien sur nos complicités d'électeurs, fonçant vote après vote vers toujours plus d'austérité et de respect des pactes de stabilité.  Non, aujourd'hui, la priorité c’est de trouver des lits en réanimation. Effort de guerre dont on se demande si le gouvernement, disrupté par un microbe, voudra sortir un jour tant le mécontentement s’amplifie dans la population. « Viendra le temps du procès ». En attendant le nuremberg des cons, on paye l’addition. Certains meurent,  les autres vivent dans leurs placards (dont le confort et la superficie ne font que reproduire les écarts de classe normalement constatés en temps de paix). 

Nouvel effet du temps. Si les journées passent lentement, en revanche leur souvenir s’efface immédiatement. J’ai perdu le fil du journal sans m’en rendre compte. J’ai sauté une journée. Cela m’arrive rarement en temps « normal ». Nous passons un joli samedi confiné, un de ces jours repos classiques après une semaine usante où l’on a la flemme de sortir. Ce jour nous ne sentons même pas coupable d’être flemmards. Nous nous remettons tous à jouer de la musique. Depuis dix jours, nous n’écoutions que peu de disques et jouions peu de nos instruments de peur peut-être de provoquer le virus. Piano, guitare, harpe, le trio tricote des morceaux maladroits mais enchantés. J’avance dans le quarto gallimard d’Annie Ernaux. A ce rythme j’aurais lu l’intégralité de son oeuvre avant la fin du confinement. 

« Ecrire la vie, non pas ma vie, ni sa vie, ni même une vie. La vie, avec ses contenus qui sont les mêmes pour tous mais que l’on éprouve de façon individuelle : le corps, l’éducation, l’appartenance et la condition sexuelles, la trajectoire sociale, l’existence des autres, la maladie et le deuil ».

C'était il y a quelques mois ou années. Je crois avoir croisé Annie Ernaux dans la rue pas très loin d’ici. C’était une longue rue, je l’ai vu arriver de loin avec une enfant qu’elle tenait par la main. Je n’étais pas sûr que ce soit elle, et même si je l’avais été je ne l’aurais pas abordée. Quoi dire : J’ai dévoré votre vie ? Nous nous sommes croisés, il faisait beau. J’étais bien ce jour là, je revenais de courir, je me souviens de son expression apaisée, pas loin du sourire. Regards accrochés une demie seconde. Nous avons continué nos chemins d’inconnus connus, devenant peut être un personnage l’un pour l’autre. 

J’ai peut-être tout simplement rêvé tout cela, mais ça me suffit pour que ce soit vrai.






1 commentaires:

Elodie Jauneau a dit…

Bienvenue au club des gens qui perdent le rythme...
très beau texte l’ami !

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