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26 mars 2020

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#confinement jour 13

Les jours tracent tête baissée et ils ne sont découvriront probablement pas d’un fil en avril. Vue de ma fenêtre, la France et l’Ile-de-France en particulier se préparent à « la vague » avec une certaine indolence printanière. Déni, résignation, incrédulité ou rienàfoutrisme, un peu de tout cela. A l’image de cette famille de canards qui s’est échappée du Parc Montsouris et se balade décontractée dans le quartier ensoleillé, nous vaquons, un peu moins angoissés, à nos circonscrites occupations : manger, dormir et plus si dérogation. Le président tente de se rassurer lui-même lors d’un direct depuis l’hôpital de campagne de Mulhouse. Nous avons une belle armée et des TGV suréquipés pour transporter les malades les plus graves. Je n’en ai jamais douté. Mais nous on veut des masques.

Comme pour les cours d’A. et R. grâce à l’investissement (dans tous les sens du terme) des enseignants, le télétravail prend son rythme de croisière. Si le confinement nous confirme  individuellement ce que nous sommes, le télétravail, pour les chanceux qui peuvent l’accomplir, les informera de la façon la plus cinglante sur les structures et les mentalités des entreprises pour lesquelles ils oeuvrent. A-t-il été anticipé depuis longtemps ? Le matériel a-t-il été fourni ? Avait-il tout simplement été envisagé ou sa philosophie se résume-t-elle encore aujourd’hui pour nombre d’entreprises de service à celle des propos d’un RH rapportés par un cousin lointain qui le tient du copain de la comptable qui l’a entendu en lisières de l’espace détente de la compagnie P. après les annonces de Macron : « - non mais sans déconner on va quand même pas les payer pour qu’ils restent chez eux à glander ! ». S’ils glandent comme vous dîtes du haut de votre salaire bien épais, c’est d’abord qu’ils sont mal dirigés et qu’à l’évidence vous êtes trop payé.

Il en va du télétravail comme du travail en général. Il y a ceux qui font le boulot et ceux qui font tout pour ne pas le faire. Le télétravail est une extension du rapport de confiance entre l’employeur et le salarié, avec des clauses et un contrat carré. 

Marrant comme le teletravail terrorise souvent les employeurs. De ce que j’ai observé, chez moi ou ailleurs, le télétravail peut facilement vous conduire à être beaucoup plus productif qu’une présence physique dans les locaux.

Déjà, il contribue a diminuer le auto-branling-collectif de nouille qui constitue une bonne moitié du temps de travail dans les secteurs « non essentiels » de notre économie. 

Deuxièmement, le salarié s’évite en moyenne une à deux heures de transport par jour, ces cinq à dix heures par semaine de temps perdu que le salarié a intégrées comme étant « normales ». Le plus souvent de très mauvaise qualité (pollution, promiscuité, risque croissant d’attraper des virus à la con) ce temps perdu ne profite ni au salarié ni à l’entreprise.

Ensuite, pour peu que vous aimiez votre travail, l’absence même de contrainte horaire conduit très logiquement au « débordement ». En décodé : une fois que vous ne pointez plus, contrairement à ce que pense le patronat du XXe siècle, vous avez plutôt tendance à vous dépasser plus qu’à esquiver. C’est à mon sens le plus gros danger du télétravail pour le salarié : la réponse aux mails hors des horaires, le surcroit d’initiatives pour montrer qu’on existe, les petites charges de travail qui l’air de rien se diluent bien au-delà des 35 heures et l’invitation quasi constante du travail à domicile, lieu censé être neutre. Autre avantage non négligeable (pour les plus grosses entreprises), il contribue à l’individualisation du salarié et au dézingage du collectif. Allez faire une manifestation devant la boite du mail du patron, c’est tout de suite moins menaçant.

Plus que le salarié (qui va s’y retrouver au mieux avec un peu plus en qualité de vie), ce sont les entreprises qui ont en fait énormément à gagner avec le développement du télétravail.

La période que l’on vit va inévitablement changer les points de vue des uns et des autres sur le télé-travail. Bien sur nombreux sont ceux qui vont enfin réaliser que leur job est en réalisable tout aussi bien, voire mieux, depuis chez eux en moitié moins de temps par semaine. D’autres, plongés sans préparation dans le bain du labeur en ligne, vont vite s’autonomiser hors des cadres classiques et des sentiers historiques balisés par la direction omnisciente.

Une chose est sûre, après un ou deux mois à ce régime, les choses ne seront plus tout à fait comme avant quand chacun retournera dans son bureau lever le doigt et répondre « présent ! ».

Et ça c’est plutôt une bonne nouvelle, elles sont rares en ce moment.

1 commentaires:

Nicolas Jégou a dit…

Pour le télétravail, je suis totalement d’accord. Y compris sur le manque d’anticipation.

Mais il y a autre chose : les délégués syndicaux qui signent les accords de télétravail sont un frein. D’une part, ils aiment bien avoir les salariés sous la main pour faire de la propagande et établir un système de clan. Si tu veux je peux t’expliquer la situation dans ma boîte. D’autre part, ils ont peut d’une exploitation des salariés. L’obligation d’être connecté, le harcèlement, les conditions de travail de ceux qui ont un petit logement et tout ça.

Une première anecdote : lorsque j’ai pris le télétravail, on m’a obligé à prendre un mobile professionnel. J’ai dit (à la directrice RH) que je n’en avais pas besoin et que ça m’emmerdait. Ça fait longtemps que mes collègues proches ont mon 06 et qu’avec les clients et fournisseurs on était assez grands pour planifier nos appels ou de les précéder d’un mail « je peux t’appeler ? ». Avoir un mobile pro équivaut à être disponible en permanence aux heures de bureau.

Le deuxième : certains collègues ne pouvaient pas avoir de télétravail parce qu ils doivent avoir accès à certaines applications officiellement disponibles uniquement au bureau. Dès qu’on a su qu’on serait probablement bientôt confinés, les accès ont été ouverts à partir des postes de télétravail.

Enfin, tu dis : le matériel a-t-il été prévu ? Le problème est justement qu il faille un matériel spécifique pour se connecter aux applications du bureau. Ils ont complètement oublié le BYOD (Google est ton ami) qui fait que de plus en plus de gens veulent utiliser leur propre matériel pour bosser. Par exemple, j’utilise mon iPhone pour un tas de raisons pour des besoins professionnels. Notamment téléphoner. Et suivre les mails en dehors de mes heures de sommeil.

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