31 janvier 2023

Réforme des retraites : n'avoir aucune idée de ce qu'est le travail

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J’entendais ce matin Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, un peu fatigué à l’antenne d’RMC. Il est bien conscient des risques d’enlisement d’un mouvement de contestation morcelé quand bien même ce mouvement est soutenu par une majorité des français. 

Avec 72% des Français opposés à la réforme Macron des retraites, la bataille actuelle est un de ces moments de vérité collectifs assez rares de la société française. La défaite n’est une option pour personne. Si Macron recule, il peut légitimement penser que son quinquennat est terminé. En revanche, si les Français (majoritaires quand même) cèdent par désertion, ils auront dégringolé un pallier de plus vers la désintégration sociale du pays déjà bien amorcée. Macron pourra terminer son quinquennat tranquille avec encore plus de morgue et préparer le terrain pour le clone banquier suivant. 

Le combat comptable autour de cette réforme est simple : on vous vole quatre ans de vie et des dizaines de milliers d’euros. Mais il y a aussi le combat philosophique. Ce que l’on attend du travail. De l'école à la télé : il y a obligation morale, avant même financière, à travailler. Le travail doit se suffire à lui-même, de votre seul présence à son chevet est censée colmater tous ses incohérences et absurdités : Les mauvais salaires (commencer se loger sans aide familiale même avec un boulot quand on est jeune, et quand on est moins jeune : comment acheter quand on est pas marié ?) mais aussi les temps de trajets (pourquoi donc ce n’est pas rémunéré ?), sa prise globale du temps (on pourrait tout à fait travailler beaucoup moins, alors que nous avons gagné des capacités de production hallucinantes en quelques décennies). La question de la pénibilité évidemment est au centre de la pièce. Mais, tout travail où tu ne te lèves pas pour toi et tu ne disposes pas de ton temps EST par définition pénible. Point. Après, suivant le poste, l'encadrement, la paye et les conditions, on s’enfonce du "très" au "super" pénible. 

On peut être de gauche ou de droite, chacun concèdera que te dire que tu vas devoir te taper 44 ans de boulot de merde pour vaguement pouvoir profiter d’une aumône à la fin d’un parcours à la Squid Games (si tu es encore vivant), ce n’était pas clairement un super mouv' marketing à lancer en pleine inflation et à deux doigts d’une troisième guerre mondiale.  Sans compter que tout le monde a désormais bien compris, avec une poignée de riches s'accaparant à vitesse grand V la quasi intégralité de cette planète, que le travail est finalement l'activité la moins enrichissante. 

Le monde de Macron est à l’agonie et avec sa réforme pour satisfaire l'UE et les marchés il nous entraîne dans son délire comptable (qui sera de toutes les façons remis sur la table d'ici quelques années). Le débat ne devrait pas seulement se focaliser sur cette fin de vie aménagée qu’on appelle la retraite mais sur ce que nous faisons au présent de ce fardeau nommé travail. Et quand je dis travail, c'est pour la plupart de salariat dont je parle : cette drogue occidentale au confort de la paye qui tombe chaque fin de mois et qui est au fond la cause de tous nos maux, de notre docilité sociale et nous sort de la merde tout autant qu'elle nous fige dans le mal-être. 

Martinez a dit une chose juste ce matin : il faut bien que ces gens (Macron et son régiment de couillons) n’aient aucune conscience de ce qu’est le travail pour imposer une telle réforme. C’est tout à fait ça. Le grand problème de ce pouvoir (et ce n’est pas d’hier) est sa déconnexion complète avec le peuple qu’il représente. C’est son péché d’orgueil et probablement par là qu’il périra aujourd’hui ou un autre jour. Macron a commis l’erreur de leur lancer, fier de lui comme tous les cons, que les Français n’étaient que ses électeurs, dont la finalité et leur bonheur seraient d’être des esclaves, salariés et imposables, jusqu’au cimetière. 

C’était déjà vrai, mais ce n’était pas le bon moment pour leur rappeler. 

À tout à l’heure dans la rue.

27 janvier 2023

Retour sur le film : Cry Macho (Clint Eastwood, 2021)

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A bien y regarder, on peut dater le début des films testamentaires de Clint Eastwood à L’Homme Des Hautes Plaines… en 1974. 

Un testament cinématographique. Ça fait presque cinquante ans, soit quasiment la période où on l’a pour la plupart connu, qu’on peut ainsi lire une large partie de ses films en tant que réalisateur. C’est le cas de Bronco Billy, Impitoyable, Gran Torino, Honky Tonk Man ou même Les Pleins Pouvoirs qui sont des variations sur le personnage et l'icône Eastwood, son rapport à la violence, son passé et la filiation. 

Son dernier film à ce jour, Cry Macho, s’inscrit dans cette liste mais en plus surprenant, car plus maladroit, réellement marqué par l'âge de son héros. Cry Macho est peut-être le dernier tour de piste du réalisateur Eastwood (je ne dis plus "probablement" le mec ayant la faculté de remettre le couvert là où on ne l'attend jamais depuis 25 ans). 

Ce road movie fauché aussi fragile que son héros principal arrive dans le sillage de The Mule, son film précédent qu'Eastwood signait à près de 90 ans. La Mule clôturait, on le croyait alors, avec style et cohérence sa carrière. Dans le dernier plan, il y mettait en scène une fin de vie amère, mais choisie, à cultiver son potager dans une prison aménagée. Cry Macho propose une autre piste, une alternative hors des sentiers battus, littéralement hors des Etats-Unis (ce n'est pas anodin pour lui) : au Mexique. 

Scénario passé de main en main et tourné en dépit du bon sens en plein Covid, on se demande dans la première demi-heure ce qu’Eastwood a cherché à faire. On a même mal pour lui : voix chevrotante, démarche hésitante, intrigue tirée par les cheveux, j’ai presque eu envie d’abandonner un film me faisant de la peine… jusqu’à la scène dans la chapelle où son personnage, le vieux champion de rodéo Mike Milo, s’allonge dans la nuit pour se confesser au bord des larmes sur sa famille perdue il y a des années dans un accident. Difficile de ne pas être ému par ce plan sombre, au sens premier, où Eastwood, figé, met en image la mort du cavalier fantôme de Pale Rider. C’est le point de bascule d’un récit, brodant jusque-là sans conviction autour du passage de flambeau entre générations. 

A partir de là, le film devient plus léger, le road movie prend ses aises et s'installe dans un village mexicain Le vieux cowboy revient parmi les vivants, reprend de la force, à la source imprévue d'une jeunesse inespérée il débute même une romance à 90 ans. Le film trouve son sens dans le dernier plan. Là où The Mule s'achevait sur un Eastwood isolé, le réalisateur fait ici le choix d’y croire encore un peu et le cowboy entame une dernière danse avec sa compagne dans un saloon abandonné. J’ai lu dans la presse que c’était un film "mineur" d’Eastwood. Je ne sais pas ce que ça veut dire, le truc aurait été réalisé par un jeune cinéaste indépendant argentin : les mêmes auraient trouvé ça génial. Cry Macho est en revanche un de ses films les plus tristes... peut-être parce qu'un de ses plus sincères


26 janvier 2023

Retour sur le film : Caméra Café, 20 ans déjà (Yvan Le Bolloch + Bruno Solo, 2023)

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Titre naze, concept casse-gueule surfant sur la vague nostalgique des programmes télévisés du début du siècle (ici la shortcom "Caméra Café" diffusée sur M6 entre 2001 et 2004) et au bout... une réussite. 

Le produit télévisé diffusé par M6 est vendu comme une série en deux épisodes mais on a affaire ici à un vrai film cinéma d'1h30 (bien mieux maitrisé qu''"Espace Détente", la précédente aventure cinématographique inspirée par la série).

La dernière journée de boulot de Jean-Claude Convenant, le commercial macho de chez Geugène Electro Stim, est l'occasion de revenir sur 20 ans d'histoire sociale, sociétale et politique française. Mine de rien cette ambition est : 
1 / assez rare dans la création française de fiction (c'est une co-production belge ça doit aider) 
2 / ici transformée avec efficacité. On passe du Mariage pour Tous aux Gilets Jaunes avec des détours par la crise des subprimes, Me Too et toutes les campagnes présidentielles. 

En une comédie d'apparence anodine où s'entremêlent le quotidien de la veulerie et la "grande histoire" guère plus glorieuse, on prend conscience des bouleversements de mentalité de la société française et du monde du travail en 20 ans. L'accumulation des saynètes avec des héros aussi bêtes et méchants qu'attachants fait penser aux comédies sociales italiennes à sketches des années 60/70. La morale finale pourrait être : c'était pas mieux avant et c'est pire maintenant. 



24 janvier 2023

Retraites : On ne négocie pas une vie volée

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Nous apprenons dans la presse subventionnée et avec la plus grande des surprises qu'Elizabeth Borne est "inflexible", qu'elle "affiche sa détermination" et qu'elle "ne reviendra pas" sur le report de l’âge de départ à la retraite à 64 ans. 

Zut alors, l’intersyndicale ne serait pas écoutée ? Après avoir foutu deux millions de personnes dans la rue avec le soutien inespéré de 70% de la population, fallait-il vraiment cramer quinze jours, dans un agenda législatif de cinquante, dans l'espoir que Borne et Macron changent d’avis ?

Sérieusement, qu’attendre de la part de cette minorité radicalisée de Français ?
(Je parle du gouvernement au cas, improbable, où il y aurait un doute)

Négocier ? On ne négocie pas avec des salopards qui vous volent deux ans de vie au nom du dieu "travail", concept dévoyé dont nos escrocs n'ont pas un exemplaire sur eux, mais aussi mot-valise pour "fermez vos gueules les Français !". 

Les mecs devraient tout faire pour bloquer des prix qui prennent du +20% au semestre, mais non. La priorité de vos élus est de reformer les retraites pour "sauver le système". Et, après 200 Milliards distribués sans contreparties en deux ans aux entreprises (qui en ont refilé plus de 80 aux actionnaires sur la seule année 2022), ils nous martèlent l'urgence d'un plan de "sauvetage des retraites" pour une poignée de milliards dont il n’est d’ailleurs même pas sûr que le dit système est réellement besoin !

« - Oh la la, mais tu comprends la valeur travail et toussa ! Il y a trop d’inactifs et pas assez d’actifs ! ». 

Quand on dit travail en France, on dit d’abord salarié (87,4% de l’emploi). Salarié étant aussi le niveau le plus bas dans l’échelle des valeurs capitalistiques, combattre au quotidien pour améliorer ses conditions devrait être l’obsession de tout salarié. Le salariat est de la location de ton temps, de ton cerveau et de ton corps, un esclavagisme améliorée empreint d’idéologie du devoir accompli où, bercé par une illusion d’un progrès, après avoir été sorti du lit le matin avec le bâton du crédit à rembourser, tu cours tête baissée après la carotte du confort à atteindre en fin de journée. Il s’agit pour les gouvernants à qui tu as abandonné le pouvoir (parce que c’est plus simple) de te faire nager en rond avec des brassards là-dedans en te dissuadant d'aller t'aventurer hors du petit bassin : de ta sortie des études (à condition que tes parents te les payent) au cimetière (à condition d'avoir réglé le caveau à l’avance). Dans ce bref passage de vie terrestre à se faire traiter comme de la marchandise pour impressionner des gens dont tu te fous et enrichir au-delà de toutes les limites de la décence d’autres gens que tu ne connais pas, tu seras bien gentil de cramer toute ton épargne en consommation sans trop de plaindre des prix. Dans ce concept, on ne peut plus émancipateur, la retraite apparaît comme un Graal à trois mètres de la pierre tombale : "A 62 ans, je vais enfin pouvoir commencer à vivre". Il faut le reconnaître la retraite a été l’appartement-témoin d'un capitalisme "heureux "dont ont profité une génération ou deux, le temps de faire monter jusqu'au prohibitif les prix de l’immobilier et de systématiquement voter pour les pouvoirs successifs les plus anti-retraites possibles. 

Maintenant on te "change le jeu" (dans leur mindset tu n'es guère plus qu'un pion) et on te rajoute deux ans de salariat (enfin pour les "happy few" les plus chanceux, les autres seront au chômage depuis bien longtemps) pour t’enlever deux ans de retraite de l'autre côté, soit 2+2 = 4 années niquées (Ding, le compte est bon ! Ah ça valait le coup de "Voter Macron pour combattre ses idées"). 

Entends bien que, pour les hommes, l’âge d’espérance de vie en bonne santé (62,7 ans) sera désormais en dessous de l’âge légal de départ à la retraite (qui dans la réalité sera en fait bien au dessus). On voudrait te cracher à la gueule sans même avoir à se fatiguer à le faire, on ne pourrait pas mieux. Crève en silence, heureux car au travail. Mais n'angoisse pas : si t’as bien été soumis, sans écart aucun, au salaire minimum pendant 43 ans, tu les auras tes 1200 balles de retraite… net ? Euh non brut… donc en dessous du seuil de pauvreté (1103 euros en 2022). Ah ça fait rêver toute cette "valeur travail" amassée dans une vie... 

Et on serait encore dans une approche de négociation avec ces fils de chacals nés avant la honte ? Il n’y a rien à négocier. Ils le répètent à longueur de tribunes. On ne discute pas avec ces gens qui n’ont pour nous que le plus profond des mépris. Ils ne comprennent que la force et la peur. Il n'y a pas d'alternative.


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22 janvier 2023

Retour sur le film : Sibériade (Andreï Konchalovsky, 1979)

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Un plan. 

Il fait en dessous de zéro dans cette foret au bout du monde. Un jour de boulot comme un autre en Sibérie, le « grand-père éternel » travaille à la hache un conifère de 30 mètres de haut en tapant la discute avec un gamin. Arbre après arbre, il creuse son chemin vers la civilisation. À ce rythme, il en aura bien pour deux ou trois générations. À côté des deux, en toute simplicité, un lynx attaché par les pattes à un bout de bois. Chassé quelques minutes avant, le majestueux animal est groggy mais bien vivant, voire un peu vénère. L’arbre tombe et se fracasse dans un nuage de poudreuse. La caméra, les acteurs et le lynx ne tremblent pas. La discussion continue. 

Un plan simple qui serait, sans effets spéciaux, irréalisable en occident aujourd’hui : trop dangereux, trop d’enfant, trop d’acteurs frileux et puis un animal sauvage entravé et un arbre ravagé. Bonjour les procès et le bad buzz sur les réseaux. 

Un plan plus efficace que toutes les expertises géopipolitiques des roboches de LCI au sujet de la lassitude supposée du peuple russe. Les Russes ont une carapace et une endurance dont pour la plupart de nous n’avons pas le début de la moitié d’une appréhension de l’épaisseur.


19 janvier 2023

Le blocage sinon rien

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C’était aujourd'hui une belle première journée de mobilisation intersyndicale contre la réforme des retraites partout en France (avec des scores dignes de 1995 dans nombre de villes moyennes). Le million de manifestants est largement dépassé et les orgas sont satisfaites (La CGT annonce 2 millions). Même les quelques casseurs accrédités, sortis des beaux quartiers parisiens pour assurer au service com' du gouvernement les quelques images qui vont bien (tiens prends ça méchant conteneur à poubelles du Boulevard Beaumarchais, suppôt du capitalisme débridé !) n'ont pas réussi à gâcher cette démonstration d'opposition. 

Carapaté derrière les Pyrénées avec onze de ses incompétents ministres (et 3 avions), notre leader Macron a laissé l‘arrière garde des seconds couteaux défendre sa réforme sur les plateaux télés. Devant les écrans géants affichant les mobilisations massives dans toute la France, nos élus de la diagonale du vide politique ont bien tenter de faire "l'effort de pédagogie nécéssaire" pour justifier les bienfaits d'une réforme si mal ficelée que 93% des actifs français en ont désormais compris la substantifique arnaque. On résume : Tandis que l’électorat Macron (dont il est raisonnable d’affirmer qu’une bonne partie ne travaille pas) continuera de se la couler douce avec un niveau de vie au-dessus de la moyenne en traitant tout le monde de feignants ou d’assistés, ceux qui travaillent paieront deux ans de plus pour une retraite dont ils bénéficieront deux ans de moins. Tout ça pour - hypothétiquement - économiser une poignée de milliards au moment où l’on redécouvre pour la quarantième fois en dix ans que les grandes fortunes se sont enrichies comme jamais ces deux dernières années. 

Les arguments du gouvernement sont inaudibles. Même les journalistes les plus serviles ont du mal à soutenir longtemps les thèses avancées. Travailler plus vieux ? Mais quelle bonne idée ! Encore faudrait-il qu’il y ait du travail entre 50 et 70 ans (64 ans pour le départ à la retraite c’est  la base, dans les faits ce sera bien au-dessus).42% des retraités arrivent aujourd'hui à la retraite en se trainant un chômage de plusieurs années. 

Toutes ces mobilisations font donc chaud au coeur, mais elles rappellent également le chapelet de mobilisations de 2010 sur le même sujet. Elles étaient aussi réussies mais, restées dans les seules mains des syndicats puis, trop espacées, elles se sont étiolées sur un semestre et à la fin la réforme est passée toute seule. 

13 ans après le contexte a changé, s’est considérablement dégradé pour une assiette plus large de la population. En 2010, les initiés parlaient aux initiés et les manifestations étaient médiatiquement minimisées. Sarkozy, qui avait fait rêver une partie de l’électorat populaire à base de "travaillez plus et vous serez tous propriétaires", bénéficiait encore d’un vague soutien dans l'opinion. Ce n’est absolument pas le cas en 2023 pour un Macron dont le leitmotiv "faut travailler jusqu'à la mort bande de cons" fait moins fantasmer les masses (surtout quand elles ont déjà quarante ans de boulot au compteur). Macron, mal élu, est aussi mal aimé d’un bout à l’autre du spectre politique dans toutes les classes sociales (sauf les plus aisées). J'ai même entendu des Républicains contre la réforme. L’inflation ronge et ruine une partie plus large de la population. Même la natalité française s’effondre au niveau de l’après-guerre. Autant dire que l’humeur nationale est plus au marouflage des murs de l'Elysée au canon à merde qu’au plébiscite de réforme antisociales rédigées par trois conseillers boutonneux qui n'ont jamais bossé de leur vie. 

Macron voulait nous faire traverser la rue ? Pour le moment, c’est la rue qui lui marche sur la gueule. Après cette première journée, on entre dans le dur et il faut éviter les erreurs de 2010. Un ou deux rounds de manifestations vont probablement encore avoir lieu, mais si on reste seulement à de la manif hebdomadaire, c’est la réforme assurée dans cinquante jours. La contestation doit s'étendre et taper vite là ou ça fait mal : en bloquant l'économie le plus massivement et surtout le plus rapidement possible pour en sortir au plus vite. Un sondage ELABE indique que 55% des Français comprendraient le blocage du pays. Deux ou trois semaines de sacrifices valent bien un recul de cette réforme et le plus clair des messages au paltoquet des marchés qui nous sert de Président. 

[update 19.01.23 20h40 : à la demande de la CFDT, la deuxième journée de mobilisation intersyndicale aura lieu... le 31 janvier. On pourrait appeler ça du sabotage.]

Image du haut : la mobilisation du 19 janvier contre la réforme à Paris -par Julien G. -.
Image du bas : un casseur dans son biotope.
 


18 janvier 2023

Quand l'inflation redistribue la consommation

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""Ça va exploser" : il faut bientôt s'attendre à des hausses de 30 à 50% dans les rayons des supermarchés, alerte le patron de Lidl."  L'indépendant, 12.01.2023

Avec la mobilisation contre la réforme des retraites qui occupe (légitimement) l’actualité, la grosse claque économique que se prennent dans la face des millions de français passerait presque à la trappe. Si le gouvernement avance un gentil 5,2% d'inflation sur l’année 2022, celui qui consacre l'essentiel de son budget à l’alimentation et à l’énergie constate le triple ou le quadruple de ce chiffre. Tout cela en face de salaires qui ne progressent qu'à la marge (3,8% en 2022 selon la Banque de France). 

Dans les supérettes franchisées parisiennes (Carrefour City, Franprix...) je peux voir les prix prendre 5% d'une semaine à l'autre. Chacun ses repères. La boîte de sardines à l'huile d'olive de la marque machin est passée de 1,12 à 1,92 dans la même boutique en 6 mois (on l'a trouvera 30 centimes de plus chez un autre franchisé de la même enseigne à 200 mètres de là). Le jus de pamplemousse de marque truc est passé de 1,95 à 3,55 depuis l'été, le café de 2,90 à 4,10 sur la même période. C'est du 10 à 30% d'augmentation sur presque tout l'alimentaire de base par chez moi. 

Déjà rétif à aller dans ces enseignes, cette hausse m’en détourne presque totalement. Et c'est là un point d'étonnement : les marchés, les épiceries alternatives ou en circuit court semblent mieux armées contre le grand méchant Poutine (à la source bien sûr de toutes ces augmentations qui ont commencé 6 mois avant l'invasion de l'Ukraine). Les prix pratiqués dans les épiceries dites « de bobo » (juste pour se moquer du fait qu’on y mange des produits moins transformés, en vrac, moins pollués, moins packagés, à l'unité, meilleurs pour la santé) étaient certes à l’origine plus élevés mais, en un an de temps, avec des hausses moindres elles se retrouvent aussi, voire plus, compétitives que les enseignes classiques sur des produits phares (café, céréales, oeufs, légumes de saison, produits laitiers). Je mets en dehors le hard discount, plus rare à Paris.

Petits et gros font pourtant face aux mêmes hausses de l'énergie. Les gros doivent aussi faire face à d’autres type de frais : plus grandes surfaces à chauffer, plus de choses à stocker, plus de chaine logistique et ils ont historiquement - et idéologiquement - plus recours à des produits d’importation…  Ils ont également une masse salariale sans comparaison. C'est comme si leur structure même de « gros acteurs » devenait un handicap dans ce contexte. Ce que j'observe se limite à Paris où la donne immobilière, géographique et sociologique n'est pas forcément représentative de La France. Néanmoins c'est suffisamment nouveau ici et déstabilisant pour être noté. Les salariés sont entrain de disparaitre des supermarchés. Leur nombre à la caisse est divisé par deux, voire par trois. Et, indice de basculement qui ne trompe pas, une embauche de vigile y remplace souvent deux ou trois emplois de caissiers. J’ai l’exemple d’un commerce qui a condamné une de ses deux entrées sur rue pour mieux filtrer les clients, comprendre les voleurs potentiels. Côte clients, c’est l’assèchement. Là où l'on passait avec des paniers ou des caddies remplis, la règle à la caisse c’est souvent trois ou quatre articles maximum par client. En six mois de temps, la dégringolade se voit à l'oeil nu en passant devant les vitrines : moins de salariés, moins de clients, moins d’articles. La seule donnée croissante : les prix.

D'ailleurs, les distributeurs commencent à l'avoir mauvaise (je ne vais pas les plaindre non plus). Entre le hard discount d'un côté et le local de l'autre, c'est leur modèle pachydermique qui est inadapté. 

Je n'en tire pas de conclusion pour le moment et me contenterait de citer Stefan Zweig, revenant dans ses mémoires, Le monde d'hier, sur l'effet de la violente perte de pouvoir d'achat sur le moral des Allemands entre les deux guerres mondiales : Rien - il faut le rappeler sans cesse - n'a aigri le peuple allemand, ne l'a rendu haineux au point de le précipiter dans les bras d'Hitler, autant que l'inflation

En attendant les modes de consommation s'adaptent et changent. La tendance de la grande division déjà à l'oeuvre, entre nourriture dégradée pour pauvres et nourriture saine pour riches, va t-elle se renforcer ou se réduire en trouvant de nouvelles voies et de nouveaux modes d'approvisionnement ? On va peut-être se rappeler qu'on peut produire local et à proximité des lieux de consommation et que, aussi bien pour sa santé que pour son porte monnaie, il vaut mieux ne pas être trop dépendant des multinationales et d'une poignée de distributeurs. C'est peut-être la seule bonne nouvelle dans ce bazar.  

Retour sur le film : Tender Mercies (Bruce Beresford, 1983)

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Le studio n’y croyait pas et, malgré des projections tests dithyrambiques, le producteur n’a rien fait pour le promouvoir en le sortant dans… 3 salles sur le continent américain. Au final, Robert Duvall, alors dans un creux de carrière, sortira de là avec l’oscar du meilleur acteur pour un de ses plus beaux rôles (ex-aequo avec "The Apostle" en 1997). 

Premier film américain du réalisateur australien Bruce Beresford, Tender Mercies (Tendre Bonheur) relate le retour à la vie d’un chanteur de country qui a connu un bref succès avant de durablement sombrer dans l’alcool. On s’attend au film classique de rédemption à l’américaine avec la sucess-story qui va bien, mais le récit emprunte une autre piste plus intimiste et naturaliste, en mélangeant habillement le temps long et l’ellipse. 

Cette histoire de famille recomposée autour de la musique, et du souvenir des défunts, dans un motel perdu au milieu des plaines du Texas a des petits airs de Bagdad Café (tourné quatre ans plus tard). C’est aussi une peinture de l’Amérique rurale, entre quotidien âpre et humilité, loin du cliché des rednecks.

La morale, si on peut en tirer une, prend le contrepied de la citation d'Hemingway. Il y a bien une seconde chance dans le rêve américain. A condition de sortir du rêve.



15 janvier 2023

Retour sur le film : La bonne année (Claude Lelouch, 1973)

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À chaque fois que je retombe dessus, je me laisse avoir. La Bonne Année (Claude Lelouch, 1973) est une référence pour de nombreux cinéastes dont Stanley Kubrick (qui s'est inspiré de la séquence finale pour Eyes Wide Shut) et probablement le plus gros succès à l'international pour Lelouch après Un Homme et Une Femme, et dans mes films préférés du cinéaste avec La Belle Histoire, Le Voyou, Itinéraire d'un enfant gâté et L'Aventure c'est l'aventure. 

À la jonction, peut-être trop parfaite et trop libre pour certains, du cinéma d'auteur et du cinéma populaire, Lelouch est historiquement mal aimé de la critique et de la profession en France. Je n'ai pourtant pas l'exemple d'un seul autre cinéaste français comme lui encore en activité. 50 films en 60 ans, tous différents et pourtant tous identifiables. Il restera à l'abri des comparaisons. Vu l'abondance, il y a de moins bons ou de mauvais films, mais même dans ceux-là on peut affirmer en quelques images : "Tiens, ça c'est du Lelouch". Que l'on puisse identifier un réalisateur en quelques plans quel que soit son film, c'est la marque des grands. On lui a reproché tour à tour la démesure ou la simplicité de ses récits, son usage généreux de la musique, comme si c'était la des domaines qui devaient être réservés au cinéma américain. C'est oublié qu'il est aussi doué pour les scènes intimistes (comme c'est le cas dans La Bonne Année) à l'épure de la mise en scène, dans un spectre large allant de la comédie au drame, en passant par la spiritualité (un axe souvent moqué de sa cinématographie).

En revoyant La Bonne Année cinquante ans après sa sortie, ce film de bandits "vieille France" qui tourne progressivement au portrait d'une femme émancipée, vivant sa vie "comme un homme", je redécouvre un film finalement très moderne dans son propos. Au passage, dans une scène de repas (l'examen technique pour départager les bons des mauvais cinéastes) Claude Lelouch règle ses comptes avec la critique culturelle de l'époque.

- Comment choisissez-vous vos films ? 
- Comme je choisis les femmes : en prenant des risques.



14 janvier 2023

Travaille, crève ou refuse

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"On ne se projette pas là dans l'idée d'une mobilisation massive ou de l'impact de cette mobilisation".

Si ce bon à rien d'Olivier Véran* "ne se projette pas dans l'idée", c'est qu'on se dirige tout droit vers une très forte mobilisation intersyndicale contre la réforme des retraites le 19 janvier. Détail qui ne trompe pas : notre conseiller en clientèle Macron sera en déplacement à l’étranger ce jour-là (comme à la belle époque des samedi musclés de la Giletjaunemania sur les Champs-Elysées). Faut croire que le simulateur de retraite mis en place en catastrophe n'a pas donné les résultats escomptés par nos samaritains des marchés. 

Vu le calendrier législatif serré, la déconnexion de ce pouvoir (qui peaufine déjà une nouvelle version du 49-3 pour accélérer la musique : le 47-1) et l'antipathie que suscite ce projet de réforme, il est du domaine du possible que s'installe assez rapidement une situation de blocage dans certains secteurs. Ça ne suffira pas à faire changer les choses si les syndicats restent seuls dans ce combat. L'inconnue est le taux de transformation sur le terrain de l'animosité envers la réforme chez les salariés du privé, notamment chez les plus âgés d'entre eux et ceux qui ont commencé à travailler tôt. Ce sont eux qui ont le plus à perdre et à qui l’on recule de deux ans la retraite alors qu’ils entamaient la dernière ligne droite (en leur ponctionnant au passage des milliers d’euros de cotisation). On passera sur l'absurdité économique de ce projet purement idéologique visant à ergoter sur quelques milliards alors qu'on en dilapide des centaines chaque année en aide aux grandes entreprises (remember le CICE), cette réforme n’est ni plus ni moins qu’une peine de mort au travail pour un français sur 4. Ce n’est ni de la justice ou de l’économie mais de la criminalité. Plus personne aujourd'hui ne veut se tuer au travail et c'est tant mieux. L'annonce de cette réforme aura au moins permis de remettre ce ras-le-bol sur la table (Ça, Macron ne l'avait pas prévu). On discute sur des trimestres en plus ou en moins pour pousser jusqu'à 64 ans et plus, alors que 60 ans devrait être la base du départ pour tous sauf celui qui VEUT continuer à travailler. 

Autre inconnue de la contestation, les foyers spontanés : collectifs, mouvements et initiatives qui échappent aux radars institutionnels, à l'image du mouvement de noël des contrôleurs SNCF. C’est ce que le gouvernement redoute, ce que les syndicats espèrent (et craignent à la fois) et ce que les médias souhaitent (pour quelques épisodes du feuilleton). Le gouvernement ne pourra alors plus que tabler sur le pourrissement et l’exaspération d'une autre partie des Français (au hasard le fan-club Macron déjà à la retraite) et/ou la surexploitation en ouverture de JT de quelques vitrines cassées pour diaboliser toute contestation (on peut compter sur la collaboration pleine et entière des médias : si les Français sont majoritairement contre la réforme des retraites, 9 éditorialistes sur 10 de la presse restent pour). 

La partie est serrée mais le moment est grisant. Qu'on en finisse vite, parce que le combat qui urge c'est celui de la bataille contre l'inflation. Avec du 25% par an sans augmentation de salaire, avoir ou ne pas avoir de retraite sera bientôt le cadet de nos soucis.  

* médecin déchu, ex-porte-parole de Pfizer puis rétrogradé panneau d'affichage à l’Elysée. 


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13 janvier 2023

Des nouvelles des clowns

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"L'ultimatum est clair : Le groupe Indochine a menacé samedi 7 janvier de ne pas jouer au festival « Les Déferlantes Sud de France », qui a récemment déménagé à Perpignan. La cause : la ville est dirigée par un élu Rassemblement national, Louis Aliot.

✅ Collaborer avec la machine d'Etat en mai 2021 pour la mise en place d'un concert-test en stade (le fameux "concert espoir pour le monde de la culture"), première brique de la grande entreprise de discrimination d'une partie des Français sur la base de leur soumission à une triple injection pochette surprise. 

✅ "S’engager" en janvier 2023 contre le totalitarisme d’un pouvoir dominant (vous aurez reconnu la mairie de Perpignan, anti-chambre des puissants de ce monde) et boycotter une ville et ses habitants, (après une tournée à guichet fermé) parce que la démocratie ça fait quand même un peu chier quand c'est pas de mon avis.

Saluons ce bel engagement, hors des sentiers battus, des forces vives de l'insurrection. 


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11 janvier 2023

Retraite ? Non, travail !

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Ah ! Voilà de quoi célébrer à l'apéritif du World Economic Forum de Davos qui commence dans 5 jours

Comme prévu, des bras cassés démocratiquement élus qui, pour la plupart ne travaillent pas et ont pourtant une retraite assurée, viennent de décider d'allonger le temps de travail et l'âge de départ à la retraite de dizaines de millions de Français. L'affaire est entendue et, grâce à une poignée de députes paillassons des Républicains, la régression sociale collective devrait être votée sans trop de soucis.

La nouvelle réforme des retraites, made in MacronLand et annoncée par Borne, prévoit de repousser l'âge du départ à 64 ans et la durée de cotisation pour une retraite à taux plein à 43 ans dès 2027, me niquant de deux ans dans le process (la tuile, je ne vais pas pouvoir toucher mes 300 balles de retraites avant 2036). Evidemment, le machin tape en priorité les travailleurs déjà les plus précaires et, pour "plus de justice", ceux qui travaillent le plus (ayant commencé les plus jeunes), en puisant au passage dans les caisses prévues pour les accidents du travail (allez on va pas s'emmerder : de toutes les façons les pauvres il faut qu'ils meurent au boulot, mais après avoir fini de payer leurs crédits). On aurait pu imaginer que nos experts de la démocratie du capital et du travail pour tous même les plus vieux, mettent un peu plus de hargne à récupérer les 100 de Millards de fraude fiscale annuels ou puisent dans une partie des dividendes records versés aux actionnaires cette année (80 Milliards pour le Cac 40 en 2022), mais ce sont là des fariboles de gauchistes. 

On peut retourner le truc dans tous les sens, lui chercher un semblant de justice ou même de crédibilité arithmétique, la philosophie de la réforme (avant la prochaine) est simple : TRAVAILLEZ BANDE DE FEIGNASSES ! Elle contredit à peu près tout de la simple observation du monde du travail actuel où, avant trente ans et passé cinquante, tes chances 1 / de trouver un boulot 2 / trouver un boulot correctement rémunéré, sont faibles.  

Ce n'est pas les retraites qu'il faut réformer mais le travail : 1 / en le rémunérant décemment 2 / en se préparant intellectuellement, et matériellement, à s'en passer. Car, scoop, vous allez pour la plupart perdre vos boulots dans les quinze ans à venir. Mais là on entre dans le domaine des propos outranciers qui seront bientôt condamnées par la loi. 

La réforme des retraites s'imposait, et notre conseiller clientèle se devait d'agir et donner des gages de bonne volonté aux marchés financiers. Macron le pion poursuit l'agenda dans la droite ligne de ses prédécesseurs. Cette destruction du régime de retraites dépasse sa seule personne, elle se déroule sur plusieurs quinquennats mais ne vise qu'un objectif : le désengagement de l'Etat en tout domaine et l'assurance pour le privé de récupérer les secteurs les uns après les autres, tout en pouvant tabler sur la docilité de travailleurs paupérisés et soumis aux aides d'Etat. 

Pour le moment, journalistes et chaînes d'info-feuilleton se pourlèchent les babines de la montée du mécontentement à l'approche de la journée de contestation syndicale unitaire du 19 janvier. Dès que ça se rapprochera trop des centres de décision et des rédactions, ils changeront de cap et culpabiliseront les empêcheurs de réformer en rond. Pareil, guettons l'ombre du premier gilet jaune ou de la première vitrine cassée pour diaboliser la colère des Français (82% sont contre cette retraite. Bon les sondages, ça vaut ce que ça vaut : ils étaient un sur deux à déclarer ne pas vouloir se faire vacciner début 2020).

J'espère sincèrement que la colère du peuple empêchera le passage de ce machin, pas tant pour moi, l'affaire est entendue depuis longtemps (j'ai plus de chance de toucher le loto dans l'ordre), mais parce qu'il faut mettre un terme à ce foutage de gueule continu aux valeurs renversées où ceux qui te parlent d'entreprendre coûte que coûte en t'agitant de la valeur travail à chaque phrase n'ont pas un échantillon sur eux et n'ont pas entrepris grand-chose d'autre que des campagnes démagogiques pour se faire réélire. 


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8 janvier 2023

Êtes-vous prêt pour votre disparition du secteur tertiaire ?

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Lundi dernier, La Poste « mettait en place » la fin du timbre rouge. Vendredi de la même semaine on apprend dans la presse « l’expérimentation de la suppression » de la tournée des facteurs dans certaines zones. 

Ça bouge avec La Poste. On gagne du temps et de la complexité linguistique. On ne dit plus "licenciements à venir", mais "expérimentation de la suppression". On me rétorquera "oui il n’y a pas de licenciements annoncés et ce n’est que là que de la titraille de presse" : je mets ma main à couper que cette « expérimentation de la suppression » est un élément de langage made in La Poste. 

Un ami soulignait que la fin du timbre est d’abord la validation d’un état de fait : on ne se sert pratiquement plus du courrier pour la communication entre particuliers. La numérisation de la Poste dans d'autres services est effective depuis des années. On peut en revanche voir un symbole dans cette fin du timbre (transformé en service partiellement puis totalement informatisé) qui tombe au premier jour de l’année. L’humain n’a plus sa place dans le domaine de la communication entre humains, du moins le souhaite-t-on : après tout La Poste aurait pu tenter de communiquer sur la revalorisation du courrier papier, mais elle a choisi de l'enterrer avec cette mesure (en s'asseyant au passage sur des millions de personnes "non informatisées"). 

Le tour de passe passe est révélateur d'un basculement de société, déjà bien entamé et dont l’on va rapidement se prendre la conclusion logique dans la gueule et pas au tarif du timbre vert. 

Plus tôt dans la semaine nous avons évoqué l’éradication possible des artisans pour cause de dérégulation du marché de l’énergie… L'autre casse sociale (ou "expérimentation de transition" qui attends notre société est l’éradication pure et simple des emplois du secteur tertiaire. Un "grand remplacement" des salariés non pas par de la main d’œuvre étrangère, qui à la roulette de la rentabilité s’avérera aussi un jour trop chère, mais par des algorithmes et des robots. Autant y être préparé, l’Uberisation des services à côté, c’est du petit conte de fée. 

Comme le disait un Youtuber dépité l'autre jour : "tout travail qui se fait derrière un ordinateur est amené à rapidement disparaitre". La dernière brique encombrante sur le chemin du progrès et de la rentabilité actionnariale, l’humain, va à très court terme dégagé de l’équation. Ça va chahuter très fort pour les salariés qui, face aux aptitudes croissantes de l'intelligence artificielle, du jour au lendemain pourront se retrouver sans utilité, avec une expérience qui ne vaudra plus rien. Il est même possible que les salariés les plus  confortables" disparaissent les premiers. Ça s’angoisse par exemple aujourd’hui très fort dans des secteurs, que l’on pensait jusque-là indéboulonnables, comme les experts comptables ou les notaires.

L’arrivée du robot ChatGPT (IA qui répond de façon humaine à vos demandes les plus farfelues) n’est pas qu’une lubie Geek. Le machin, encore expérimental, donne déjà un bon aperçu de l’efficacité de l’intelligence artificielle dans son rapport de force avec un humain à l'intelligence de plus en plus optionnelle

Si l’on envisage le travail salarié comme un mode de soumission et de maintien des masses, on embrassera avec optimisme cette nouvelle révolution industrielle qui permettre à chacun de renouer durablement avec du temps libre et le plein exercice d’activités essentielles : manger, dormir, échanger avec ses proches, apprendre, jouir et contempler... En revanche, il est étonnant que nos leaders ne la perçoivent pas autrement que sous le prisme de la rentabilité pour les entreprises ? Quelle tête pourra bien avoir un pays comme La France, déjà desindustrialisé, avec un taux - officiel - de chômage à 50% ou plus ? Je ne peux croire qu’ils n’y pensent pas. L’objectif de tout pouvoir étant de rendre dépendant ses sujets, il est raisonnable d’imaginer de plus ou moins subtils processus d’asservissement : distraction avec des guerres, multiplication de menaces exotiques, généralisation des aides sous condition, revenu universel avec monnaie numérique à date d'expiration à n'utiliser que pour des biens spécifiques… 

À regarder les trésors de règles contraignantes et de sémantique culpabilisante lancés à la face des allocataires du RSA et des chômeurs, ça risque de sévèrement coincer avec les brouettes de « non-actif » à venir. Il est à parier que cette émancipation, pour cause de chômage technique généralisé, soit de très courte durée, voire inexistante. 

"On ne peut rien contre le progrès". Demain c’est maintenant. La clé d’un avenir serein, c’est de ne rien attendre du "sommet de la pyramide"  comme ils aiment à se définir, mais de reprendre possession des fondations : son temps, sa géographie, son alimentation… 

À l'aune de cette obsolescence programmée de nos modes de fonctionnement occidentaux, chacun devrait commencer à se rapprocher le plus possible de l’indépendance et se poser la bonne question : que sais-je faire de mes deux mains ? Puis d'autres : Comment vivre dans un environnement réduit de quelques kilomètres ? Comment vais-je m’alimenter ? Comment vais-je assurer la relation avec mes proches ? Comment vais-je commencer à vivre ?

(Illustration : "algorithme se regardant dans la glace", créée par l'IA du Dall-E 2)

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7 janvier 2023

Retour sur le film : Annette (Léos Carax, 2021)

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Je n'aime pas les critiques cinema négatives (trouvant toujours de quoi me satisfaire même dans un mauvais film), mais devant tant d'injustice je me devais d'intervenir.

Avec Annette de Léos Carax (2021) avec Adam Driver et Marion Cotillard, nous avons affaire à un chef d’oeuvre qui rentre directement dans mon Top 5, très sélect, des pires nullités jamais filmées. Célébrons donc ce film signé de celui que la critique française prend depuis 40 ans, et en dépit de tout bon sens, pour le nouvel Orson Welles : Leos Carax. 

En abordant le mode de la comédie musicale des années 80 façon le pire de "Boulevard des Clips", et en s'autorisant les effets spéciaux à base de marionnettes à la mode des "Muppets dans l'espace", le type s’est surpassé. C'est simple, je n’avais pas vu tel pompeux et pédant bordel sur pellicule depuis "Le Jour et la Nuit" de Bernard Henri Lévy. 

Là, on est dans le domaine du vrai gros nanar hors compétition : celui qui se prend au sérieux, se pense comme brillant et révolutionnaire à chaque plan et qui sait que Télérama le présentera ainsi. 

Je vous fais grâce du déroulement du récit (pour une fois chez Carax, il y a un scénario) qui s’enfonce, passé le joli générique (seule scène à sauver sur 2h20), dans un grandiloquent dédale du ridicule qui, une fois son point d’insupportabilité atteint à mi-parcours (SPOIL : une nouvelle mort de Marion Cotillard), vaut tout de même le mérite d’être poursuivi jusqu’au bout tant la mise en image et les dialogues chantés basculent alors en mode kamikaze dans un burlesque gênant (on a mal pour les acteurs). 

Le truc a au moins un avantage, il revalorise d'un coup tous les mauvais films que vous avez pu voir récemment. En fait, ils étaient biens. Que ce machin qui fait mal aux yeux et aux oreilles ait été auréolé de prix à Cannes, fasse la quasi unanimité dans la critique française et que Carax ait décroché le César du meilleur réalisateur répond mieux que tout discours à cette question : "Pourquoi le cinéma Français n'est plus populaire ?".

Réécoutez ces 7 minutes dithyrambiques des critiques du Masque et la Plume au moment de la sortie puis, si vous en avez le courage, voyez le film...

Ils ont raison, une bonne pile de merde comme ça mérite le statut de film culte.


6 janvier 2023

Petite histoire d'une disparition de Twitter

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Cela fait deux mois qu'Elon Musk a pris les commandes du (vieux) réseau social Twitter. C’est l’occasion du faire un petit bilan. 

On appréciera d'abord l’excavation par le nouveau patron des pratiques merdeuses de l’ancienne équipe Twitter, gangrenée par le FBI et les démocrates américains pour réduire au silence toute pensée contrevenant à l'ordre progressiste. Pas un mot ou presque dans la presse française

Il faut dire que la vague de frayeur qui s’est emparée des journalistes, des politiques et d’une bonne partie de la gauche, à l’arrivée à la direction de Twitter du milliardaire (que la presse française qualifie systématiquement depuis de « fantasque ») en dit long sur le niveau de conformisme intellectuel qui règne sur ce réseau depuis un moment. Qu’a-t-on lu cet automne ? Appels émouvants au boycott et autres « Allons tous faire la révolution sur Mastodon ! » dictés à l'IA de leurs smartphones dernier cri. 

Ils ont raison les révoltés du réseau. Les choses ont bien changé en 15 ans sur Twitter ...et bien avant l'arrivée d'Elon.

Oeuvrant sur Twitter depuis 2008, je n'ai pas vraiment compris l'intérêt du truc au début. Avant d'y voir un formidable agrégateur de news, et de démocratisation de la transmission de l'information. De 2008 à 2011 ce furent, sur la version française de Twitter tout au moins, de belles années, un peu bordéliques, assez grisantes. On pouvait y interpeller la poignée de politiques ou de journalistes qui s'y aventuraient alors. J'y ai fait de belles rencontres qui se sont transformées dans la vraie vie. Twitter, et internet en général, étaient alors mal vus par les médias classiques qui en faisaient régulièrement le procès

C'était avant que la machine s'emballe et que Twitter (et sa grande soeur l'info continue) donnent le ton à toutes les rédactions. Se peuplant de gens qui l'avait jadis boudé, de 2011 à 2015, puis de messages sponsorisés, le réseau a perdu de son intérêt, devenant une succursale des médias classiques : un truc mou et dominés par les CSP+ urbains.  Je me suis éloigné de Twitter à partir de 2015, n'y revenant que sporadiquement. Sans trop y écrire, j’atteignais alors une modeste réserve de 12000 abonnés, constamment en hausse.

C'est à l'approche de l'élection de 2017 que j'ai pu observer la mise en place de subtils processus  d'invisibilisation sur Twitter. Il y a même eu, à ma petite échelle, un avant et un après campagne Macron. Et précisément, un avant et un après 1er février 2017.  

Ce jour-là, je postais sur mon compte une affiche de campagne pour la secte macroniste "En Marche" réalisée par mes soins, plus vraie que nature. Des centaines de personnes ont réellement cru que c'était l'affiche officielle. Visiblement ça n'a pas plu. 

L'objet du délit : 

À partir de ce tweet, j'ai vu mes abonnés partir par paquet de 10 à 20 à chaque message que je postais. Même pour un "oui" ou un "non". Je constatais à la même époque plusieurs pertes sèches d’abonnés et de nombre de partages sur d’autres comptes visiblement étiquetés dangereux (ce qui recoupe les récentes révélations sur la labelisation des comptes et le "shadow banning" par l'ancienne équipe Twitter). Ces comptes avaient le point commun d'avoir été très actifs, chacun dans leur style, à la précédente campagne présidentielle de 2012. 

De 2017 à 2020, Twitter est devenu un cloaque pour journalistes et politiques. Les premiers se régalant des saillies des seconds. C'est alors le royaume de l’entre-soi de la pensée "progressiste" encore plus lisse et correcte qu’une chronique matinale de France Inter, qu’elle soit supposée économique ou humoristique (ce qui revient au même). J'ai laissé tomber ce réseau.

J'ai renoué avec Twitter en 2020 au moment du confinement, constatant à l’occasion que l’environnement s’y était encore dégradé à travers un angélisme béat et aveugle, appelant à plus d'enfermement, de restrictions et de piqûres obligatoires, J'ai posté des messages sur le sujet, des liens vers mon blog, j'ai reperdu 2000 abonnés sur la période (alors que mes articles, eux, montaient en audience). Je suis d'ailleurs toujours sous ce régime depuis, avec des messages lus par moins de 0,5% de mes abonnés sur Twitter (une cinquantaine, quasi toujours les mêmes, je les salue chaleureusement au passage).

Je me suis à mon tour désabonné massivement de comptes "stars", de médias chambre d'écho du gouvernement ou de gens, des amis parfois, se proclamant de gôôôche, humanistes et anti racistes - qui, à l’image d’un président voulant "emmerder les non-vaccinés", se prononçaient sur Twitter, avec toute la bonne conscience du monde, pour la ségrégation d'une partie des Français. On les reconnait facilement aujourd’hui : sous leurs avatars, le drapeau ukrainien a remplacé les 3 emojis de seringues et, après avoir traité de fachos les Français qui manifestaient contre les mesures liberticides, ils acclament les Chinois qui manifestent pour les mêmes raisons. 

Mon écœurement a été atteint lorsque les journalistes français se sont réjouis de l’exclusion de Donald Trump du réseau en janvier 2021. Quelle courageuse prise de position à dix jours de la fin de son mandat, et quelle ingratitude de nos suce boules locaux ! Trump à lui seul à fait vivre 300 journalistes français avec la seule exégèse de ces coups de gueule quotidien sur le réseau ces six dernières années. 

Je me suis donc réjoui cet automne des soubresauts de l’aristocratie twiterienne, de la planète woke, des fact-checkeurs en carton, des cerbères de la doxa ainsi que de l’ensemble de la noblesse journalistique après le rachat de Twitter par Musk. Ceux qui s’émeuvent aujourd’hui pour la liberté de l’information ou les risques de manipulation idéologiques sont les mêmes qui célébraient la censure du compte d'un président démocratiquement élu, du "shadow ban" de tout commentaire non ouvertement pro-vaccination ou pro-Ukraine sur le réseau de "l’oiseau bleu" de mes couilles. 

Mais l'amusement est de courte durée. Musk se piège au quotidien et peut-il tenir longtemps sans se compromettre face aux forces en place et aux campagnes de dénigrement : presse, annonceurs, politique, états ?  On aimerait d'ailleurs voir autant de hargne de nos élites face aux autres milliardaires patrons de presse et TV ou aux pratiques sociales déconcertantes d'autres grandes entreprises. 

La suite au prochaine épisode mais déjà, peu à peu, on voit revenir de leur exil sur Mastodon les petits soldats du bien qui prêchent à nouveau la bonne parole sur Twitter comme si de rien n'était, en s'asseyant sur leurs jolis principes pré-mâchés. 

Comme on dit : si tu as aimé cet article, abonnes-toi ici -> https://www.twitter.com/sebmusset

5 janvier 2023

Retour sur le film : Falling down (Joel Schumacher, 1993)

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"Falling Down" de Joel Schumacher (1993) avec Michael Douglas et Robert Duvall. Pourquoi faut-il découvrir ou redécouvrir cette curiosité qui dénote totalement dans la filmographie de Joel Schumacher, honnête Yes Man à qui l’on doit quelques blockbusters US allant du film de vampire façon clip (Génération Perdue) au remake fade (Cousin, cousine) jusqu’à la pire des bouses (Batman et Robin) ? 

Parce que Falling Down ("Chute Libre", en français) est un film de studio aussi suicidaire que son personnage principal. Michael Douglas, alors au top de sa carrière (il sort de Basic Instinct), campe ici un anti-héros complet. Schumacher ne cherche même pas à le rendre sympathique ou vaguement charismatique. 


Le ton est donné dès le premier plan séquence du film (assez bluffant pour l'époque) où l’on est emporté en immersion dans la colère de ce type lambda, coincé dans un embouteillage. Ce père d’une famille disloquée, viré d'une boîte à laquelle il a tout donné, n’est plus « économiquement viable » pour le monde moderne. Il peut désormais faire le « pas de côté » hors du système et le voir tel qu’il est. Les gens bien comme il faut appelleront ça « péter un plomb » : Bill abandonne sa voiture dans l'embouteillage et part à pied avec son attaché-case et son sandwich, à travers Los Angeles, pour retrouver sa fillette - dont on lui a retiré la garde - le jour de son anniversaire. Son odyssée en chemisette à travers la jungle urbaine, ponctuée de monologues nihilistes, sera parsemée de rencontres avec des personnages finalement bien plus dérangés et névrosés que lui : Nous, les humains. La liberté a un prix, et on sait dès les premières minutes ce qui attend Bill au bout de sa journée dans la lucidité et d'un parcours de quelques kilomètres où il ne laissera que chaos et destruction. 

Très proche sur le papier d’un film comme Taxi Driver, on aurait tout à fait pu imaginer cette histoire filmée par Paul Schrader. Ici, la mise en scène est plus "propre" et le côté réactionnaire du mâle blanc déchu est lessivé in extremis lorsqu’il est confronté à pire que lui : un néo-nazi (la vraie grosse facilité du scénario). L’autre interêt du film est son attachante intrigue parallèle autour du dernier jour d’activité d’un policier interprété par le grand Robert Duvall, sorte de double du personnage de Michael Douglas mais oeuvrant « pour le bien de la communauté ». Deux variations sur le malheur qui s'opposeront dans la scène finale. 

Malgré son ancrage visuel dans le début des années 90, Falling Down reste d'une contemporanéité totale 30 ans plus tard. Les constats implacables sur le mensonge de la société de consommation et de l’American Way Of Life étendu au monde occidental sont plus concrets que jamais aujourd’hui. Plusieurs scènes dans la dérive de Michael Douglas, qui comme dans un jeu vidéo "gagne" des armes au fil des péripéties, sont jouissives (notamment la scène des travaux, vision prophétique des futurs chantiers Hidalgo à Paris). C’est aussi en ça que le film fait autant rire par moments qu'il met mal à l'aise à d'autres, il nous place sans compromis dans la position de Bill. Il va jusqu’au bout des pulsions de ras-le-bol que nous contenons tous. C'est bon de se sentir exister, mais est-ce vraiment compatible avec la vie en société ?



4 janvier 2023

Boulangers en faillite ? Qu'on leur donne de la brioche !

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Dans les chroniques de l’effondrement, ce jour : la colère des boulangers qui voient leurs factures d’électricité multipliées par 2, 3, 4 ou 20. À ce prix, à moins de faire la baguette à 5 balles, autant fermer. Et c’est ce qui se passe déjà un peu partout en France. 


Ça s'agite en haut lieu chez nos têtes savantes. Pour ce gouvernement de la com' cosmétique, La France est une masse de gens qu’il ne comprend pas, qui lui fait peur et qu’il faut à tout prix rendre dépendant (la politique des chèques énergie, essence, fioul... est d’ailleurs là pour ça). À vrai dire, le sacrifice des boulangers n’est pas un drame pour ce gouvernement, c’est même dans sa logique : les plus forts bouffent les plus faibles et le Français ira s’acheter sa baguette en plastique, qu’il réglera sur une borne automatique en monnaie dématérialisée, dans un supermarché filiale de multinationale labélisée "eco responsable". Ça c’est le vrai progrès ! 

Mais le gouvernement qui a lu quelques livres d'Histoire sait aussi que commencer à prendre le pain dans la bouche des Français, c’est jamais bon signe pour les régimes en place.

L’inénarrable ministre de l'économe Bruno Lemaire, qui conjugue la compétence arithmétique du baudet et la fiabilité d'un pot de chambre ébréché, a donc fait un geste pour les boulangers : il leur promet un décalage du versement de leurs charges et de faciliter la rupture de leur abonnement aux fournisseurs, vilains fournisseurs auxquels notre Avenger du salon de thé promet de faire la morale, quitte à les dénoncer en place publique (véridique). Ce couillon a oublié de conseiller aux boulangers d'éteindre la lumière aussi.  

Au carnaval de l’aumône à quémander sur un site gouvernemental dédié qui, après le numéro vert, est désormais la seule ligne d'action politique de notre gouvernement d' « experts économiques » pour repousser tout cataclysme social ou financier sous le tapis, cette brioche qui lui est nonchalamment jetée à la gueule ne passe pas auprès de la profession qui appelle à des rassemblements sur Paris. 

Il y aurait pourtant un geste simple, immédiat, radical à accomplir pour sauver les boulangers, et les autres corps de métier qui vont inévitablement suivre : sortir La France du marché européen de l’énergie. Cette suprême stupidité, purement idéologique, conduit notre pays, en théorie quasi autonome en électricité, à devoir payer cette énergie dix fois le prix (celui du gaz allemand) pour ne pas froisser nos « partenaires » d’outre Rhin qui, eux, n’ont plus de centrales. Ce tableau d’Elucid circule abondamment sur les réseaux, il résume mieux que tout discours ce que les amis de l’Europe ont fait de l’énergie en France : 

Rappelez vous le sketch de Coluche : "Un énarque, c'est un gars que tu lui donnes le Sahara à gérer, au bout de quelques mois il faut qu'il achète du sable !" 

L’Espagne et le Portugal sont déjà sortis de ce délire kafkaïen, l’argument du « vous comprenez c’est l’Europe, ça ne se fait pas » ne tient donc pas. 

Pourtant, ce n’est pas envisagé chez nous.

Vous n'y pensez pas ! Une telle machinerie qui permet de nos brader nos forces nationales au profit d’un marché de parasites (les fameux fournisseurs qui ne produisent rien et facturent X20) ne peut pas être remise en cause par une simple bande de cuiseurs de pain qui sortent à peine un SMIC par mois ! On y viendra, un jour, quand toutes les centrales seront à l’abandon par manque de budget pour les rénover et que les boulangeries seront un souvenir pittoresque de nos enfances dans ce pays lointain : la France. Mais ça c’était avant l’Europe, cette glorieuse idéologie jusqu'au-boutiste qui devait nous épargner la guerre et l’inflation, et nous garantir l'énergie pas chère. 

On va continuer de jongler avec de la com', du déni et des chèques dépannage à la con à une population de mendiants en devenir, en regardant chuter la nation, métier après métier, secteur après secteur.

Pendant ce temps, on mange du pain et on se chauffe sans souci en Russie. 

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