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18 avril 2020

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#confinement jour 34 : le positif et le négatif

Cette crise aura révélé (en cas de doute) la philosophie du pouvoir actuel. A défaut de prévenir et aider, la France aura donc opté pour le surveiller et punir. Le peuple attendait des masques de l’état, l’état a distribué des contraventions. Le peuple se pensait protégé par des stratèges, il a découvert qu’il était géré par des techno-comptables à la petite semaine, sans vision autre que la coupe budgétaire aveugle dans les dépenses publiques (et qui n’auront probablement changé de paradigme au sortir du chaos).

Au-delà des polémiques sur son efficacité ou pas à court puis long terme, et sur son hallucinant coût économique, le confinement en lui-même est par essence un aveu d’échec de l'état. Et c’est comme toujours les plus pauvres qui le payent au prix le plus élevé : qu’ils vivent dans des conditions de forte promiscuité ou qu’ils doivent continuer à travailler physiquement ou les deux. Aussi absurde soit-il, en maison secondaire ou en pouvant continuer de travailler de chez soi, le confinement est « un luxe » pour beaucoup. Il est également clairement orienté pour protéger les classes supérieures.

Il y aura néanmoins quelques effets positifs à ce confinement : L’expérience en temps réel de l’insignifiance humaine face à la nature. Encore un an à ce rythme-là à Paris et l’on aura des lions et des girafes dans les rues avec un début de jungle sur les rives de la Seine. Nous sommes des parasites sur cette terre, et en tant que tels nous faisons beaucoup de dégâts. Après cette purification inattendue du ciel et du son, le retour à la vie normale dans les villes va être particulièrement pénible. Et, sans les terrasses de restaurants, les salles de spectacles, avec juste la pollution, la puanteur et le bruit et un risque de contagion plus élevé : le principe même de la ville n’aura plus de sens pour beaucoup. L’exode urbain devrait connaitre un boum. Cette pandémie n’étant qu’un commencement, quitte à mourir prématurément autant que ce soit loin de Paris poubelle.

Au-delà du ville/campagne : nous nous resserrons sur le local. Ce ne sera pas sans lendemain sur les solidarités, l'alimentation et notre façon de penser la consommation en général (là je suis plus sceptique, y a encore de la marge). Au passage, le tourisme à l'autre bout de la planète ou de l'Europe avec un billet d'avion à dix balles c'est je l'espère terminé pour un moment. Tant mieux.

Autre effet positif du confinement, et de la peur permanente, nous faisons un bon sanitaire intime radical. En décodé : on aura appris à se laver les mains. De ce côté-là rien ne sera comme avant, on se curera plus le nez avec la même insouciance.

Effet inattendu, mais tellement évident : pour beaucoup dans le tertiaire, les services dématérialisés, la digitale économie, la création et autres choses pas très utiles que l’on peine à définir : nous travaillons tout aussi bien voire mieux de chez nous. Paradoxe du numérique, on échange plus avec les gens du travail loin d’eux que cloisonné chacun dans son bureau. On s’évite également un nombre colossal de bullshit réunions, sans compter le gain de temps sur le transport. Tout devient souvent plus efficace. On gagne à la fois en productivité, en temps pour soi, mais aussi en sécurité pour l’employeur. Après cet épisode, certains employeurs, les plus malins et ceux qui auront survécu, devraient progressivement muter vers le lieu de travail délocalisé qui permet, c’est non négligeable, d’économiser sur les frais liés aux locaux et de ne plus avoir à s’emmerder avec les conditions de sécurité (qui devraient devenir draconiennes après cette période où l’on nous aura pris bien la tête h24 sur l’hygiène).

Autre enseignement (enfin confirmation) : s’ils ne paient pas d’impôts conséquents, les riches ne servent à rien. Il faut le répéter : en temps de guerre comme en temps de paix, un éboueur est incomparablement plus utile à la collectivité qu’un milliardaire ayant « optimisé » sa fiscalité.

Effet le plus positif du confinement et de la pandémie : le retour de la mort dans la vie. Si l’on arrive à sortir individuellement de ce prisme paralysant de la peur, ce sera un grand bon avant pour nos sociétés qui se vivent invincibles, éternellement jeunes voire transhumaines et autres conneries. Vouloir empêcher les personnes âgées de sortir du confinement est la preuve que l’état, soudainement procédurier sur la santé, ne saisi rien à l’humain. Un mois de liberté et de chaleur vaut mieux qu'une poignée d'années de désespoir et de solitude.

J’ai peu de règles de vie, mais quelques phrases qui balisent ma route et il y en a une que je n’ai jamais vraiment perdu de vue, elle est même une des raisons pour lesquelles je tiens à écrire mes journées et que je rechigne à reporter à demain ce que je peux faire aujourd’hui (même si j’ai encore quelques dossiers à traiter) : il est toujours plus tard que tu le penses.

Ça résumera peut-être 2020, je l’espère pour de meilleurs lendemains : il était plus tard qu’on le pensait.


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2 commentaires:

Anonyme a dit…

Et je sais que ça tombe comme un cheveu sur la soupe, mais merci. Merci d’avoir pris le temps d’écrire tous les jours. Merci d’essayer d’élever le débat. Merci de montrer l’autre face de la pièce.

Merci.

Anonyme a dit…

Un plaisir de vous lire. Tous les jours.

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