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6 avril 2020

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#confinement jour 24 : leçon du silence

R. prend le soleil à la fenêtre de la chambre. A. joue de la harpe. J’épluche mes légumes. La vie confinée, organisée autour des apparitions du soleil dans les interstices des façades, a de lointains airs de vacances. Aurais-je pu imaginer il y a trois semaines apprécier ces jours intérieurs ? A l’intérieur, hormis la distance physique avec L. que nous manageons via un long appel téléphonique à l’heure de l’apéro, nous passons à travers le temps un peu plus sereinement. Dans le monde des grands, la situation gouvernementale et sanitaire n’a strictement pas évolué. Ça cafouille, ça gesticule dans le vide, ça fait peur. Le club CE1 informatique et macramé Castaner met trois semaines à développer un formulaire d'attestation en ligne. Appelez-moi Monsieur Ancien monde, mais je m'y suis fait à l'attestation papier rédigée à la main, léger exercice calligraphique plutôt bon pour les articulations, sans parler de mon total manque de confiance numérique envers ces niquedouilles.

Quand tu vois déjà qu'il y a rupture de stock sur les lingettes de Cannes à Dunkerque, tu penses bien qu'on ne verra pas la couleur d'un masque avant des plombes. La partie est finie. On va gentiment se contaminer chacun à notre rythme en évitant les grands rassemblements. Ils ne peuvent pas le dire, mais on va y aller. A vrai dire on y est.

Je croise parfois sur l’écran l’hallucinante indécence des experts politiques qui multiplient les directs sur les plateaux des d’infos pour culpabiliser les parisiens qui osent sortir parce qu’il fait beau.

« - En venant ici en taxi dans votre émission, j’en ai vu plein qui se baladaient dans Paris. C’est irresponsable. » (Sic)

Irrépressible désir de bazarder ces indéboulonnables « experts » dans une cuvette à virus et de tirer la chasse. Le discours de culpabilisation d’où qu’il vienne, mais surtout d’eux, commence à me chauffer sérieusement. En plus d’être inévitablement infectés un jour ou l'autre, on devrait avoir un quotidien de souffrance, histoire de ne faire qu'un avec les malades. On peut sortir et être prudents, non au lieu de cela on est sermonné h24 comme des gamins. Hier ils nous faisaient la leçon sur les coupes budgétaires à réaliser dans les hoptiaux, aujourd’hui ils nous pointent du doigt quand on sort et nous appellent à communier dans un claping au balcon tous les soirs en soutien au personnel hospitalier. Ils ont besoin de masques et de pognon pas d'encouragements. 

Rassurons-les. Un beau temps à Paris en avril peut être annonciateur de 70 jours de pluie en continu jusqu’à la mi-juillet. C’est donc aujourd’hui ou jamais, et l’histoire a prouvé qu’il est toujours plus tard que tu ne le penses : il fait trop beau pour passer la journée à se morfondre devant l'info feuilleton sur la fin du monde ou les prouts lexicaux de Sibeth.

Je sors pour un footing sous un ciel cristallin inédit dans la capitale grâce à trois semaines d’absence automobile. Au milieu de la chaussée sur une artère que le piéton ose à peine traverser en temps normal même lorsqu'il bénéficie du feu vert. Trois voies pour moi tout seul et un soleil de face sur des centaines de mètres. C’est au-delà du luxe. La seule voiture à l’horizon est une compacte bombardée de fientes de pigeons. Gêné par mon bâillon, je finis par l’enlever. C’est la première fois que je respire sans filtre dans la rue depuis des semaines. J’en ai assez des culpabilisations des uns et des autres, des infantilisations de nos dirigeants en carton pâte. On fait de notre mieux, à distance, et ça ira sans eux.

Après la confection du flan dominical, nous ressortons dans la journée faire un peu de corde à sauter dans le dédale tranquille du quartier aux allures du village du prisonnier dans la série avec Patrick Mac Goohan. The sound of silence de Simon et Garfunkel s’échappe de la fenêtre ouverte d’un vieil immeuble dans une ruelle ombragée. Quelques flâneurs dans les flaques de soleil déambulent sans  autre but que d’éviter les autres flâneurs. Des « bonjours » lancés d’un trottoir à l’autre. Des riverains prennent des bains de lumière au bas des immeubles un livre à la main. Des discussions dithyrambiques sur ce « formidable voisin qui nous a aidés et dont j’ai oublié de demander le nom » et la qualité du. pain chez tel artisan improvisé du coin. Le son des instruments de musique depuis les appartements et celui des conversations au balcon. Le quartier s’est métamorphosé en trois semaines. Ils veulent nous terroriser, c’est peu à peu l’inverse qui se met en place. La confiance en nous, le circuit court, la connivence dans la même galère, avec nos baillons en écharpe, nos masques cousus main qu’on ne prend même plus la peine de mettre devant notre bouche. Et tant pis pour les délateurs zélés, ou ces silhouettes masquées qui passent d’un pas pressé en grommelant une insulte : on n’est pas loin du jour parfait.

Dure de se dire qu’au fond, malgré cette existence resserrée à quelques pâtés de maisons et le hit-parade quotidiens du croque-mort Salomon sur les chaines d’info feuilletonnant l’acharnement thérapeutique d’une nation, nous vivons actuellement « les jours heureux ». Si on poursuit trop longtemps avec ce confinement absurde, d’ici septembre, après s'être fait sucrer le droit du travail et les grandes vacances, beaucoup de Français se retrouveront au chômage avec un paquet de nouilles à 15 euros. L'économie d'après-guerre sera durablement déglinguée dans des proportions que pas grand-monde ne semble encore réaliser. De la peste aux raisins de la colère sans passer par la case congés payés, tout ça à cause d'une gestion sanitaire d'état avec une enclume dans une main et des bouts de sparadrap dans l’autre. Les pouvoirs successifs n’ont eu de de cesse de flinguer les services publics depuis 30 ans, toujours en nous culpabilisant et en nous infantilisant. Exactement comme ils le font aujourd’hui.

Comment espérer un nouveau monde s’ils sont encore là après ? Cette crise du virus est la confirmation king-size du vieux dicton : les radins finissent toujours par tout payer le triple du prix. Comptent-ils encore sur le peuple pour payer au centuple la facture ?

Probablement oui, ils n’ont aucune imagination hors du carcan étroit de leurs dogmes économiques qui n'ont conduit jusque dans cette merde.




Les jours d'avant :
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1 commentaires:

Zoë Lucider a dit…

Eh bien, je (re) découvre ce blog après beaucoup d'années d'absence. Il est vrai que la vie des blogs après avoir été ébouriffante était un peu tombée dans le rationnement. En tout cas, je viens de lire à la suite les 25 jours, j'y ai retrouvé beaucoup de mes propres réflexions sauf que j'ai fui Paris il y a 25 ans, pressentant que la ville devenait un piège à rats. J'y reviens régulièrement et me félicite chaque fois de cette décision même si j'ai du plaisir à flâner dans ses rues et rendre visite aux amis qui y sont restés et m'hébergent gracieusement. Pour ce qui est de l'analyse de l'incurie de nos gouvernants, ma foi je souscris et ce n'est pas cet épisode qui me le révèle. Ça fait des années que je milite "pour un autre monde" et nous aurons besoin de nous bouger parce qu'on n'a pas le cul sorti des ronces. Entre les prises de conscience déclenchées par ce changement de vie et la trouille oxydant +++ des cerveaux, qu'est-ce qui va gagner ? Les solutions existent mais il faudra renoncer à tout un fatras de choses inutiles, dont certaines sont énoncées dans une de ces pages et que je repique à l'instant pour les installer gentiment sur mon propre blog, que je visite moi-même trop peu. Alors merci et je viendrai régulièrement prendre des nouvelles de la salade/coquelicot. Take care!

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