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1 avril 2020

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#confinement jour 19

En rédigeant mon attestation de déplacement dérogatoire quotidienne me vient à l’esprit que c’est de l’état que nous devrions exiger un dédommagement de 135 euros pour chacune de nos sorties SANS MASQUE pour se ravitailler en denrées de première nécessité ou pratiquer une activité sportive individuelle.

Si l’erreur d’évaluation est collective, nous ne sommes pas élus pour anticiper. Nos gouvernants si. 19 jours de confinement et pas l’ombre d’une protection pour moi et mes proches autre que le bâillon à l’écharpe. Des médecins se protègent avec des masques de plongée Décathlon. Un ministre de l'action et des comptes publics d'un gouvernement qui a supprimé l’ISF, qui s’assoit chaque année sur des dizaines de milliards d’évasion fiscale et qui a dilapidé des crédits d'impôts "compétitivité" en pure perte, appelle à "une grande solidarité nationale" (une cagnotte à vot' bon coeur) pour lutter contre le virus.  Et on me bassine avec l’Europe depuis mon enfance ? Nous sommes un putain de pays du tiers-monde en puissance.

Gardons cette colère pour plus tard. J'ai déjà des idées encore à l'état d'ébauche mais aux perspectives stimulantes.

Suggestion : l'androïde en slip Decathlon catapulté dans une piscine de virus à l'état visqueux.

- ahblouggllg...sauvez-moi...blougblup.

- T'as pas besoin de bouée Manu, les bouées c'est pour le personnel soignant !  Et puis tu ne saurais pas t'en servir.

Blourp. (bulle d'air contaminé qui éclate à la surface).

* * *

Le nombre de morts parait-il augmente en flèche, principalement sur Paris. Je m’en tiens à deux fois dix minutes d’information par jour. Au-delà c’est sérieusement compromettre son équilibre mental. C’est un des gestes barrières les plus importants.

Dix minutes ça suffit. D’un côté de l’info spectacle version macabre : les mêmes gueules d’experts autoproclamés depuis vingt ans (voire quarante) qui se batailleront encore sur les plateaux télés le décryptage de la référence biblique dans le dernier discours de Macron, trois minutes avant la fin du monde. De l’autre côté :  les nouveaux prophètes incontestés en blouse blanche. Ceux-là pourraient nous dire de sauter par la fenêtre avec l’espoir d’être immunisé, on est pour le moment dans un tel état de stupeur qu’on le ferait.

Courir à l’aube, se ravitailler aux heures creuses. Si ce n’est la terreur sur certains visages masqués et quelques silhouettes qui se détournent dès qu’elles m’aperçoivent à moins de vingt mètres, je ne perçois rien  de "la vague d’infectés". Une ambulance attend coffre ouvert un malade devant un immeuble. Rien de bien spectaculaire. Le silence toujours. C’est sur les réseaux, par les récits bouleversants et les commentaires factuels, que je sens la maladie roder et s’approcher. C’est là, de plus en plus affirmé, encore contenu à des cercles pas trop proches.

Rien à même de gâcher ma course matinale, presque honteuse lorsqu'on la superpose aux témoignages des soignants et des malades. Rester prostré c’est se laisser bouffer. Courir rend euphorique. Se confiner et avoir peur, c’est la double peine. C’est à la fois subir la privation de liberté et la terreur de ne plus être prisonnier. La peur nourrit la peur. Ces escapades pour faire du sport sont essentielles. Si ce mois devait être le dernier, le mois d’incarcération qui le précèderait serait la plus médiocre des conclusions.

Un type qui fait sa gymnastique contre un lambeau de façade ensoleillé me lance un "bonjour !" souriant comme si on se connaissait depuis des années. Des petits riens réchauffent nos journées.  Il y a deux types principaux de comportements dans les rues de confinés. Ceux qui filent têtes baissées, rationalisant même leur souffle, et ceux dont les yeux pétillent en vous regardant. On passe surement chacun de l'un à l'autre au gré des jours et de nos tourments.

Au téléphone des signes de détresses intérieures à "seulement" deux semaines pour la plupart. Ce confinement nous pousse au propre comme au figuré dans nos retranchements, au bout de nos failles, de nos contradictions mais aussi de nos forces intimes, des forces peu utilisées, insoupçonnées, dans notre monde de la démonstration.

* * *

L'après-confinement m’inquiète plus que ces semaines de retraite forcée. Nous ne reprendrons pas tous, et pas tous au même moment, une vie qui mettra de toutes les façons des mois à se caler sur une routine sanitaire composée de distance et de propreté. Autant dire que la vie à Paris va non seulement être compliquée mais définitivement absurde, la ville devenant une coquille vide purement contraignante. L’après-confinement c’est aussi un pays redéfini avec des zones fermées, et des poches de disruption locale : un retour à la terre, aux initiatives artisanales, industrielles mais aussi des « Banlieues 13 ». Autant le regarder en face : les voyages à l’étranger, en Europe, en France, la plage l’été, l’après boulot en terrasse, le boulot tout court pour certains, le nouvel Iphone tous les ans, le petit ciné avec les potes, les concerts et spectacles à plus de douze dans la salle, une croisière Costa Branletta all inclusive en mer âgée avec Christophe Barbier et toute la rédaction de Valeurs Actuelles…. Tout ça c’est fini pour un moment.

L’après confinement ne s’opérera qu’à la condition de tests généralisés. Là aussi, les prêches présidentiels cachent mal l'impuissance politique et quelques règles mathématiques : ce process va prendre des mois.

Suivre les conseils de L. et ne pas se projeter. Vivre l’instant, s'enrichir d'une expérience hors d’une époque qui nous ne satisfaisait pas. C’est à nous de reprendre la main sur ce "monde d'après" dont seules les grandes lignes sécuritaires semblent pour le moment se dessiner. Je ne sais pas de quoi ce monde sera fait, je sais en revanche qu’il ne faut pas l’aborder sous l’angle de la peur. Si nous y entrons effrayés, nous aurons tout perdu.


Les jours d'avant :
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1 commentaires:

Anonyme a dit…

Salut Sebastien
Ici Gildan’s mate dont tu as apprécié la petite coronachanson à la guitare, sur l’air de Mack the knife (pour situer)
Merci pour tes jours... Les manifs me manquent !
Un super texte pour nos colères : https://lundi.am/Monologue-du-virus
Enjoy !
Courage à toi

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