23 décembre 2011

[video] Un noël avec Larry Graham

par
Billet hors-série et en musique, car comme disait James Brown: Let's make chistmas mean something this year...
Pièce majeure de Sly and the Family Stone entre 1968 et 1974 avant de devenir dieu du slap bass. Il était sur scène à Woodstock en 69, a sorti une pelletée d'albums depuis 75 avec son Graham Central Station. On y retrouve des standards comme HairThe jam, Release yourself...  Depuis une dizaine d'années, toujours en tournée, il rejoint souvent Prince sur ses concerts et aftershows. On l'entend récemment sur l'album de Raphael Saadiq. Larry Graham est une légende du funk 70's plus survoltée que jamais et, accessoirement, une de mes références musicales depuis un paquet d'années. 

D'où émotion lorsque, pour le site schkopi, j'ai filmé Môssieur Graham avant son concert au Trianon le mois dernier. Voici l'interview extraite de l'édition de noël du Schkopishow. Au programme: la sortie de son prochain album, un retour sur son travail avec Prince (à 13.50), des extraits rares (voire plus) de concert et une petite impro backstage (à 25.00) sur un instrument inhabituel pour lui.
(cliquez sur l'icone CC pour les sous-titres en français)


Dans le 5e Schkopishow (à voir ici), une rencontre avec l'écrivain de crise Philippe Carlen, un live lumineux de Jeanne Added, un débat sur le revival du Minneapolis sound et des artistes associés à Prince.
Pendant que je vous tiens sur le Minnesota. Le 18 janvier 2012  à Paris, je vous encourage à nous rejoindre au Réservoir à 20h[1] pour le concert (organisé par la Schkopiteam) de Fdeluxe. Musiciens signés et produits par Prince dans les années 80 sous le nom de The Family, ils sont les auteurs d'un album mythique jamais réédité pour de sombres histoires de droits dans lequel, entre plusieurs jams funk et jazz, figure la toute première version de Nothing compares 2 U reprise plus tard par Sinead O'Connor
=
[1] Prix: 20euros. Gildan m'a déjà averti qu'il ne pourrait être là pour cause de tournée provinciale. Nous lui récupérerons donc quelques images.

Interview et traduction Fabrice / Alienor
Site : larrygraham.com

19 décembre 2011

Apocalypsimmo

par
Sens-tu l'odeur du napalm immobilier qui s'abat sur les territoires de France à l'aube de 2012? Non? Pourtant les professionnels de l'immobilier, eux, sont passés en mode tous aux abris. Fin du PTZ+ dans l'ancien, léger retournement conjoncturel et hausse des taux d'intérêt: même le parrain d'un des garçons du président implore le gouvernement pour qu'il vienne en aide au secteur après l'atomisation du Scellier en 2013.

"Compte tenu des besoins en logements, je ne pense pas qu'on [comprendre "je"] puisse se passer des aides publiquesdit le fils Bouygues au gouvernement au moment où ce dernier par la voix de Wauquiez vante les bienfaits d'une suppression des aides aux gens qui ne travaillent pas et tente de persuader les classes moyennes que l'assistanat est "le cancer de la société". 

Écoutons ce que nous dit Jean Perrin, président de l'UNPI, l'union nationale des propriétaires immobiliers, dans une succulente interview vidéo sur lachaineimmo.tv. Il constate un marché locatif à deux vitesses. En substance: Les loyers augmentent encore là où les villes sont dynamiques. Ils baissent de 10% dans certaines villes de province et les petites villes. Les propriétaires commencent à avoir peur. Et drame supplémentaire: des locataires en place commencent à renégocier à la baisse leurs loyers en cours de bail.

Les jours juteux des loyers indécents seraient terminés? Le président des proprios nous alerte d'un nouveau fléau: 

"On s'aperçoit que si les propriétaires ne font pas des travaux avant de relouer les loyers baissent d'une manière certaine. [zut la tuile] Donc on arrive à une situation très dangereuse." [pour les proprios] "Deuxième exigence nouvelle [de la vermine locative], c'est la qualité de la salle de bain.[...] "Ca, c'est des frais importants." [Salauds de locataires qui profitent du retournement du marché pour exiger de l’éclairage et des sanitaires. C'est pas juste!] 

"Je ne dis pas que ce n'est pas indispensable" précise-t-il dans une antiphrase involontaire révélant l'étendue de son dépit.

Investir pour le bien-être du bouseux? C'est nouveau pour le proprio habitué à défiscaliser pépère en tablant sur l'exploitation locative éhontée le temps que le prix du truc en parpaings triple en cinq ans.

"...Mais du double vitrage pour un logement, ça peut faire une année de loyer consommée compte tenu du prix de la dépense. Puis après ça, il veut une chaudière aux normes nouvelles, et puis l'isolation". Déplore Perrin.

Car ce corniaud de payeur de loyers, qui décidément ne respecte rien de la croissance de la rente immobilière (le seul ascenseur social français), veut en plus se chauffer l'hiver ! Ah c'est Wauquiez qui a raison: Dans quel monde d'assistés vit-on, je vous le demande ?  

Et lorsqu'on lui fait remarquer que les biens locatifs privés peuvent se valoriser avec des travaux, Perrin répond un raisonné "Vous savez tant que c'est pas vendu, y'a pas de valeur de prise" qui fait plaisir à entendre. C'est un argument auquel j'adhère. Argument étrangement inaudible par la majorité des acheteurs hystériques au moment d'acquérir des biens qu'on leur garantissait sur prospectus débiter du loyer exponentiel pour l'éternité tandis qu'ils n'auraient qu'à se tourner les pouces.

Perrin poursuit : "Le propriétaire qui loue, s'il dit "je refais une salle de bain ça va me coûter 10.000 euros". Son immeuble vaut peut-être 5000 ou 6000 euros de plus, mais pas forcément 10.000. Mais s'il ne le vend pas... bah il n'aura rien de plus."

On a longtemps exagéré les situations de mal-logement ainsi que les conséquences sociales et sanitaires de l'explosion de la précarité, l'indécence des loyers privés dans lesquels certains engouffrent parfois les deux tiers de leurs revenus, ou encore les abus des agences et des bailleurs privés. Non. la vraie cruauté qui fait mal au coeur sensible du petit-bourgeois, c'est quand la spéculation immobilière, grâce à laquelle il se la jouait aristocrate terrien, ne marche plus. On devine désarroi et incrédulité dans son regard au moment où, sans qu'il s'explique pourquoi, s'écroulent ses rêves de suprématie foncière articulée à un plan de retraite sous les cocotiers qui serait financé par des armées de jeunes résignés à se faire exploiter.

Jean Perrin insiste d'ailleurs sur les ravages humains de la spéculation: "Les propriétaires, pour ne pas perdre leur avantage fiscal, sont obligés de louer à n'importe quel prix !" Qu'il est tragique toutefois que le propriétaire ne s'alarme de l'indécence des prix seulement lorsque ceux-ci baissent pour lui.

Et Jean Perrin de déplorer la fin de dispositif pour exonérer d’impôt les plus-values immobilières cassant la baraque du multiproprio combinard: "C'est un peu fictif, cette plus value". En décodé:  tend l'oreille spectateur de la chaîne immo à qui l'on avait conseillé d'acheter les yeux fermés l'année passée et perçoit la sourde déflagration de la bulle qui pète.

Et la journaliste face à Perrin de s'inquiéter. "Quelle est la raison de cette baisse des loyers ?"

Perrin tempère: "Le prix du loyer n'est pas fixé par le marché." [Marrant, c'est l’alibi inverse que nous sortaient jusqu'à présent les propriétaires pour expliquer leurs loyers hors de prix: "ce n'est pas moi qui fixe le prix, mais le marché"]. [...] "Le prix du loyer est fixé par la capacité contributive de candidat locataire, or les candidats locataires sont de plus en plus pauvres". [Qu'il est bon d'entendre la voix de la raison mathématique dans la bouche du représentant des bailleurs. Eux qui demandent encore à ce jour plus de 3X le salaire moyen français à un étudiant de première année pour louer un cagibi sur Paris.]

Perrin avoue: le marché des "meilleurs locataires" a été asséché par les aides à l'accession à la propriété. Comme quoi le proprio est un loup pour le proprio. Précisons qu'il était jusqu'à présent parfois bien plus facile de s'endetter pour acheter un pavillon que de voir son dossier locatif accepté pour louer un F4. Il y aura donc une probable inflation des défauts de paiement chez les propriétaires à crédit dans les mois à venir, si chômage et récession persistent. Ce qui ne sera pas le cas, car notre glorieux président va nous sortir de là[1].

Reprenant la ritournelle d'Apparu, Perrin s'attriste de la mauvaise répartition de l'habitat français. Il n'y aurait pas assez de logements à Paris (Faux. Il n'y a pas assez de logements occupés. Rapport que tout est vide. Mais ça, les riches ne veulent pas en entendre parler puisqu'ils veulent rester entre eux) et trop en province (avec les batteries d'aides fiscales immobilières consenties par le gouvernement, la cupidité des promoteurs et l'avidité glaciale des petits proprios, j'ai envie d'écrire : la faute à qui?).

Pour Perrin, les centres-ville ne sont plus destinés aux primos ni même aux secondoaccédants. Les ménages sont exclus des villes et spécialement ceux qui ne se financent que par le travail. Exact, les centres-ville se ghettoïsent, n’acceptant désormais la classe moyenne que sous sa forme touristique, pour faire du shopping ou acheter sa glace deux boules le week-end.  Mais ainsi va le capitalisme lorsqu'il est totalement régulé dans un seul sens: celui du profit pyramidal. Ce qui est le cas dans l'immobilier depuis une quinzaine d'années. 

La ghettoïsation des territoires (riches dans des villes hypersécurisées, pauvres s'organisant autour selon le taux d'endettement dans des strates périphériques progressivement délaissées jusqu'à l'enclavement des plus pauvres) n'est que la matérialisation géographique de la concentration des richesses voulue par les artisans du "bonheur néolibéral".

Rien de tout cela ne serait arrivé sans le concours des classes moyennes qui se sont laissées corrompre par les délices du confort Ikea à deux heures de transport de leur lieu de travail ou/et la promesse d'une "retraite garantie dans un monde incertain" assortie d'une baisse d'impôt que leur procurerait un placement locatif au milieu de nulle part vu que "c'est la pénurie". Les habitants des villes se sont eux-mêmes expulsés de la cité achetant à crédit "la belle vie" d'un pavillon de plus en plus excentré tandis qu'ils investissaient dans des produits immobiliers foireux dans des zones à activité nulle, fiers de couper ainsi à cet impôt qui aurait pu servir, beurk, à construire, préempter ou rénover du logement pour tous, sans discrimination régionale et à prix honnête

La panique dominerait-elle la France des propriétaires? Les députés UMP, conscients qu'il faut redonner des signes d'encouragement (et des loyers) aux spéculateurs pompeusement renommés par les promoteurs et les banquiers "investisseurs locatifs", proposent donc un courageux texte de loi visant à interdire que les précaires du logement, générés par cette politique d'aide aux riches, habitent à l'année dans des caravanes ou des mobile-home. C'est de la concurrence déloyale.

Non mais, un vrai toit c'est important quoi !


[1] mais seulement s'il est réélu.

16 décembre 2011

Pauvre petit propriétaire

par
Bastien loue depuis 4 ans un studio à Paris qu'il partage avec femme et enfants. 4 dans 24m2. Autant dire une surface conséquente pour cette espèce parisienne en voie disparition: la famille stupidement salariée ayant de surcroît la bêtise économique d'avoir moins de 40 ans. 

Le propriétaire de petite surface parisienne est, en général, de mauvaise humeur lorsque sa pompe à fric, surnommé locataire trentenaire, lui annonce une prochaine anicroche dans le versement de la thune. Mais pas de ça avec Mr Centuri. L'homme de 68 ans n’est pas le genre à se formaliser pour si peu. La moitié des revenus de Bastien constituant le loyer versé à Monsieur Centuri ne représente au fond que de l’argent de poche pour ce dernier. Et puis, le baby-boomer retraité a d’autres studios dans la capitale dont il a récemment hérité de maman sans avoir déboursé un centime (elle a eu la bonne idée de mourir après 2007) et dont la valeur prend 10% l'an depuis dix ans.

Bastien lui passe un coup de fil pour l’avertir du départ prochain de sa petite famille rapport que, après cinq ans de lutte dans la jungle concurrentielle des pauvres petits propriétaires parisiens poussés par la rapacité spéculative à être particulièrement inventifs dans l'optimisation ubuesque des produits à superficie ridicule et loyer d'enculé, il a enfin trouvé plus grand. Bastien échappe ainsi de justesse au retour chez papa maman, la colocation ou la vie en voiture. Mais il lui faut partir maintenant, parce qu'un appartement à louer sur Paris, ça peut s’espérer longtemps, mais une fois que ça se décroche: ça n'attend pas.

Le golden-proprio affiche la même décontraction que celle d'il y'a deux ans, lorsqu'il annonçait à sa  vache à loyers son empressement de le voir partir avec femme et enfants pour enfin faire les travaux de rénovation du studio délabré afin de le passer en location saisonnière pour touristes et ainsi quadrupler ses revenus dans la plus totale opacité fiscale. Au fond, Mr Centuri est plutôt satisfait de voir déguerpir dès le début de l’hiver ces gens l'empêchant de gagner plus. Il informe néanmoins Bastien ne pas être vraiment au courant de la législation sur le préavis de départ (vu qu'il n'est pas du genre à se salir les mains avec ces contingences de pauvre) et qu'il va s'enquérir de la marche à suivre auprès de l’agence immobilière.

10 minutes après. Suite à son coup de fil au morbaque de chez extorque-immo, l'agence ayant prélevé 1000 euros à Bastien pour 3 minutes de travail en 2007, le baby-boomer aux fraises l'avertit que non, le départ ne sera pas pour l'hiver, mais pour le printemps. "Bien évidemment", le locataire n'ayant pas eu la chance d'être licencié pour bénéficier d'un préavis réduit est redevable de trois mois de loyer à compter de là maintenant: soit 2400 euros.

Magnanime, feuilletant au coin du feu son Figaro Magazine spécial les 10 plus belles destinations pour un réveillon de noël au soleil, le retraité, qui n'a jamais eu autant d'argent depuis qu'il ne fait rien mais reste néanmoins accroché à la "valeur travail" (CDD s'abstenir) au moment de sélectionner les dossiers de ses locataires, fait "une fleur" à la Bastien family emménageant ailleurs début janvier. Il leur offre de continuer de payer pour un studio inoccupé "seulement jusqu'à fin février". Soit un rabais de 12 jours sur le trimestre, permettant un compte rond et ainsi de ne "pas faire perdre de temps à l'agence à calculer un prorata". 

Mr Centuri étaye sa bonté d’un "je ne vous ai pas augmenté le loyer en 3 ans(étant entendu qu'il est proprement inconcevable dans le cerveau du proprio français que les prix de l'immobilier baissent un jour) auquel Bastien lui aurait bien répondu un "Bah il ne manquerait plus que ça ! Vous me louez cette merde à chiottes cassées, sans VMC, avec son électricité aux normes du Second Empire, quatre fois son prix théorique si le droit à un logement décent à un prix aligné sur les réalités salariales voulait encore dire quelque chose dans ce pays où le gouvernement, non content de fermer les yeux sur l'injustice immobilière, l'encourage !". 

Mais bon. Bastien balbutie un "Ah bah c'est gentil ça" sachant bien qu'ici bas le législateur lui lance un gros "casse-toi pauvre con et paye" et qu'en France, tous les économistes vous le diront, s'il veut récupérer quelques miettes du festin, le jeune se doit d'être respectueux du vioque: ce maître à penser ayant fait l'OPA sur l'épargne, le patrimoine, la consommation, la ligne politique et les aspirations du pays. 

Fatigué par ses émotions téléphoniques, 
Mr Centuri reprend des forces avant d'aller regarder C dans l'Air.

Bastien va donc devoir débourser 1600 euros pour avoir le droit de quitter un logement qui serait pourtant loué 30% plus cher dans la seconde de sa remise sur "le marchévu le niveau de désespérance ambiant à décrocher un toit sur Paris et sa région. Il faut rajouter à l'ardoise, le loyer du nouvel appartement et sa caution. 

La caution de 1600 euros du studio jackpot de Mr Centuri ne sera remboursée que deux mois plus tard, comme la loi le prévoit. Avec sa bonne expérience de la location, Bastien sait d'ores et déjà que la restitution aura lieu au dernier jour limite, ou bien plus tard, et probablement amputée de "frais d’usure" pour une moquette posée en 1915, de la facturation au tarif d'un mélangeur en diamants 48 carats d’un pommeau de douche en plastique mou, et d'un défaut de parallélisme à 650 euros sur un canapé pliant payé 32 à la Foirfouille dix ans plus tôt. Les meublés, ce n'est pas seulement sympa pour défiscaliser, ça permet également d'inventer des frais. 

En plus de ce paquet de pognon à débourser les deux prochains mois, il va sans dire qu’un des deux appartements va rester vide et ce, en pleine pénurie, alors qu’il reste des centaines de milliers de demandes de logement en souffrance dans la région.

Mais le malheur des uns fait toujours le bonheur de celui qui a le pognon. Le rentier, qui aura également un rabais de 10% sur ses impôts (car il a plus de 60 ans étant donné que c'est vraiment trop injuste de ne pas être jeune et précaire) va encaisser son quasi-SMIC à ne rien faire, en échange d’un petit découvert bancaire pour Bastien qui lui sera facturé la peau du cul par ce violeur multirécidiviste d'épargne personnelle et d'économie mondiale appelé banquier. Ce dernier, comme l'autre crevure parasitaire d'agent immobilier se goinfrant sur les flux de locataires, raffole de ce genre de situations propices à l'agio

Bastien pensait avoir tout vu de la bassesse du couple proprio / AI à Paris au moment des castings à la location où, en acceptant d'être complice d'un proprio défonçant une fois sur deux la loi dans l'impunité la plus totale, il est de bon ton pour l'aspirant au logement de ranger sa fierté à la case "on verra pus tard" et de faire le beau sur les deux pattes arrières pour espérer décrocher un taudis à vil prix. Mais ce n’est finalement rien en comparaison de celle exprimée sur un mode débonnaire au moment de quitter les lieux. Ce coup-ci le bailleur au coin du feu est totalement dans son droit. 

Qu'on ne vienne pas pas prétendre à Bastien que l'immobilier locatif est contraignant pour les pauvres petits propriétaires: avec ses 4000 euros à lâcher en deux mois, soit 120% de ses revenus pour engraisser rentiers et parasites ne produisant rien, il pourrait être légèrement en colère.

14 décembre 2011

Le top 10 des excuses présidentielles pour la perte du triple A

par
C'est le risque des argumentaires simplistes. Après nous avoir alarmé sur la catastrophe que représenterait une dégradation de la note de la dette française si François Hollande arrivait aux commandes en 2012, le président du pouvoir d'AAA commence à nous faire passer le messagevia son gouvernement, que bon, hein, ce ne serait pas si grave que ça, rapport que ça va nous tomber dessus dans les prochaines heures et que les élections sont dans 5 mois.

Donc à l'UMP ça phosphore pour fournir dix arguments au président afin qu'il sorte la tête haute de ce stupéfiant incident, vraiment totalement imprévisible:

1. Il reste encore 25 lettres dans l'alphabet.

2. En fait non, finalement en y réfléchissant, le modèle grec est mieux que le modèle allemand.

3. Je prends acte de cette décision et demande que la presse économique se montre responsable en  multipliant les dossiers "comment bien réussir son réveillon de noël avec des produits fabriqués en France ?".

4. Toussa, c'est la faute des immigrés aux 35 heures qui fraudent la sécurité sociale avec des Kalachnikovs en Burqa.

5. La crédibilité, j'irai la chercher avec les dents.

6. En même temps, mon poste est si génial, ma femme si parfaite. Je comprends que cela fasse des aigris dans les agences de notation.

7. D'ailleurs, il est temps de moraliser les agences de notation.

8. Vos petits-enfants en riront bien dans 50 ans.

9. Quand on sait que des gamins meurent de faim dans le monde, que des femmes sont violées et des combattants torturés, Le Parti socialiste se montre particulièrement irresponsable.

10. D'ailleurs, imaginez ce que cela aurait été avec les socialistes. Pour vous rappeler comment que j'ai empêché La France de sombrer, voici la carte collector de mon bilan quinquennal:

Chère Anne Sinclair

par

Paris, le 14 décembre 2011

Chère Anne Sinclair,

J'ai appris votre arrivée à la direction éditoriale de la version française du site internet Huffington Post, inauguré le mois prochain. J'en suis très heureux. Je garde en effet un très bon souvenir de vos années sur TF1. Chaîne qui vous a odieusement licencié. Mais vous avez su faire face, passant ainsi  un message d'espoir aux damnés du salaire et des cadences infernales: le combat contre le grand patronat pour que les droits du travailleur soient respectés, ça paye. 1,8 million d'euros exactement.

J'espère que, dans la lignée d'Arianna Huffington, grâce à ce produit d'importation fabriqué en France (ce qui ravira notre président), vous montrerez "qui c'est Raoul" à la demi-douzaine de pure-players se créant désormais chaque semaine dans le PIF (paysage internet français) avec leurs levées de fonds à 3,5 millions d'euros pour 3 lignes de Php (ce qui laisse, vous en conviendrez, un sacré budget pour la machine à café). Idem pour cette récente inflation d'annexes internet chez de grands médias pensant qu'investir 2,40 euros pour refaire quatre ans après du sous-Post, en saupoudrant le machin de quelques parrains disant "tweet" toutes les trois phrases, suffit à révolutionner l'information.

Suite à votre courriel, je vous propose donc spontanément mes services de blogueur. Mon plus produit par rapport à la concurrence ? Un dévouement total et la garantie que je n'aborderai pas certains sujets de fond ou alors avec des vidéos de lol cats. Je ne suis pas de ces précaires empêcheurs de créer des bulles internet qui, en pleine période de crise, osent affirmer que travail et matière grise méritent un pin's, voire un salaire. C'est avec joie et conviction que je m'aligne sur la grille tarifaire ayant fait la fortune d'Arianna Huffington en vous cédant gracieusement mes contributions. 

Mais, ayant conscience de l'engouement que provoque l'arrivée du géant américain chez les blogueurs de gaule, pour vous prouver ma motivation, je suis également prêt à me faire facturer ma participation à l'aventure Huff Post.  

Je vous propose donc de vous régler 80 euros pour chaque publication d'un article de ma composition.  Bien sûr, j'accepte les commandes de sujet, ne suis à priori pas contre le principe de la censure. J'assume aussi la pleine responsabilité en cas d’éventuelle poursuite judiciaire si un de mes articles, malgré ces filtres, venait à en déranger certains. J'ai bien conscience de la visibilité qu'un tel site, avec une personne de votre notoriété à sa tête, peut apporter à un humble blogueur comme moi. Et, par-delà, à tous les gens qui tentent de vivre de leurs écrits.

Si toutefois, le montant de ma participation vous semble trop modeste, dans les limites autorisées par mon organisme de crédit, je reste ouvert à la négociation.

Veuillez agréer, Madame, l'expression de ma soumission la plus distinguée.

Seb Musset.



Illustration : Matt Dillon in Factotum (1999)

12 décembre 2011

Twitter et les politiques : Nadine Morano

par
C'est du plus grand chic dans le gouvernement. Pour tromper l'ennui, la vacuité de leur action, faire préventivement campagne pour son président tout autant que assurer son name branding dans les rubriques geeks des JT dans une perspective de reconversion post-électorale, nos ministres se mettent à Twitter. 

Eric Besson fait le kéké, François Fillon joue à cache-cache, Christian Estrosi se familiarise avec l'alphabet...  Chacun tente l'originalité. 

Moult fois parodiée sur twitter, Nadine Morano, nouvelle venue sur le réseau, peine à faire son trou. Aux heures tardives, on peut encore la surprendre à s'auto-troller, tout en naïveté, éructant dans un onanisme monomaniaque à 140 caractères contre le PS ou en flagrant délice de suce-boulisme standard à la gloire de Mickey président. 

Hier vers 23h, quelques heures après l'annonce de la candidature de Dominique de Villepin à la présidence de la République, dont on comprend évidemment l'embarras causé à droite si cette démarche venait à aboutir[1], Nadine nous livrait un vibrant et intime plaidoyer (oui, je vais citer du Morano sur ce blog, c'est une première):


Que c'est beau la communication directe avec le twitto. Pas de doute ces nouveaux outils changent la communication politique. L'internaute se sent privilégié, témoin en avant-première de la construction du programme politique et des idées de ses élus. Quelle ne fut pas ma surprise donc ce matin au flash-info du 8 heures sur France InterNadine nous y livrait le fond de sa pensée sur le même sujet. Ecoute bien (oui, j'ai conscience de lui donner une seconde tribune):


Et oui, tu ne te trompes pas, ce sont les mêmes phrases. Nadine a donc trouvé un nouveau support pour débiter des éléments de langage : twitter. On notera d'ailleurs le décalage de 3 heures entre la déclaration de Dominique et les twits de la ministre, le temps nécessaire au brief par téléphone entre les figures médiatiques de l'UMP pour s'accorder sur les 3 phrases à marteler au réveil (et en exclu-lulu sur twitter). Répéter en boucle les mêmes mots et les mêmes idées à l'unisson sur les télés et les radios ne suffisait pas, il faut désormais flooder le réseau.

Au début du mois, Le Nouvel observateur rapportait le contenu de deux mementos du SIG (service d'information du gouvernement) sur la communication que les ministres doivent adopter en période  pré-électorale.  "Objectif : éviter tout contentieux pouvant entrainer une réintégration des sommes litigieuses dans les comptes de campagne, voire l'annulation du scrutin et / ou des peines d’inéligibilité".[2]. Le SIG conseillait de privilégier "actions de communication récurrentes" et de veiller à ne pas diffuser de "contenus polémiques" sur les réseaux sociaux.

En bon soldat, Nadine Morano a bien compris la leçon. 

Jusqu'à quand ? Avec de nouveaux followers, déjà ce matin les premiers signes de fébrilité se font sentir.

[update 11.50 : Orel m'informe que N.Morano débitait déjà de l'EDL à 21h sur I-télé. Désolé, à la différence des sbires UMP, je ne peux pas être partout.]

[1] On ne peut d'ailleurs que conseiller aux élus PS de donner leurs signatures à Dominique De Villepin, Hervé Morin et François Bayrou.

[2] A noter, que le président a trouvé la solution. Il se déclarera au dernier moment, s’autorisant ainsi à faire campagne sans le dire en disposant des moyens financiers de l'Elysée sans que cela coûte un rond à l'UMP.

Top Ad 728x90