mercredi 15 septembre 2010

PTZ+ PTDR HLM DTC !

"A 28 ans, il est temps de devenir propriétaire."
Flavienne, 28 ans in "Recherche maison ou appartement", M6, Reservoir prod.


Après un été de magazines aux couvertures aussi variées que : "Immobilier, c'est reparti", "Spécial Immo : où sont les bonnes affaires!", "L'immo, le point ville par ville", "Mon coming-out : je suis immo" suivi d'une rentrée télévisée avec pas moins de six numéros à la suite de "Recherche maison ou appartement" sur la 6, où il fut rationnellement expliqué, sur fond de Lady Gaga, qu'il convient aux jeunes rêveurs sans thunes de se soumettre aux prix irrationnels des vieux vendeurs, puis, d'un week-end consacré au sujet dans les journaux télévisées du service public : il y avait inévitablement de la grosse annonce financiaro-immobilière dans l'air.

Le nouveau prêt à taux zéro est de ce type de réformes qui, entre deux scandales et la mise en kit privé des retraites, passent presque inaperçues mais qui occupent les conversations d'une espèce curieuse, probablement mal informée, le fauché qui veut à tout prix être propriétaire.

Le PTZ+, ratiboisant les aides à l'accession à la propriété existantes, cible les primos-accédants (synonyme : gogos gobant tout de go l'idéologie des gagnants), ceux dont le dossier a encore du mal à passer auprès des banques pour cause de pas d'argent. Ils pourront, sans conditions de revenus, s'endetter sur trente ans et régner sur leur parcelle de parpaings à putréfaction programmée en dixième périphérie [1]. Enfin.... tant qu'ils pourront payer.

Triquant toujours sur le merveilleux modèle américain, Le Monarque persiste à vouloir 70% de propriétaires dans une France aux richesses de plus en plus mal réparties. En flattant les désirs, il nous concocte une belle et nouvelle bulle spéculative de type "subprime" qui explosera à la tronche des primo-expulsés, après avoir profité à tout l'organigramme des morbaques du secteur.


Comme pour les retraites, pas de réforme qui ne passe sans un bon matraquage idéologique. Dans ce domaine, notre pays est en pointe :

- "Comment inciter les français à devenir propriétaire de leur logement ? Le gouvernement propose aujourd'hui une réforme des aides à l'accession qui permettra à tous ceux qui achètent pour la première fois d'avoir des crédits plus importants. La France est très en retard dans ce domaine."

Non non, il ne s'agit pas d'un brainstorming UMP mais bien d'une annonce de reportage par un journaliste de France 3, service public, le 14.09.2010 à 22h30.

Le reportage ?

Nous sommes dans une zone pavillonnaire enclavée de maisons similaires et compactées, peuplée de gens de classe sociale et revenus similaires, ce que nous appellerons les futures "cités sensibles mais à l'horizontale" de demain.

VOIX OFF REPORTAGE
"- Avoir un toit à soi, le rêve est devenu réalité pour ce couple. Depuis un an, ils sont propriétaires de cette maison. De quoi être rassuré pour l'avenir."

Monsieur est avec madame.

LE JEUNE RASSURÉ mode M6 on
"- Avoir une maison, c'est avoir un capital."

JOURNALISSE
"- Pourquoi ?"

LE JEUNE RASSURÉ
"... Heu... pour la retraite."

Et oui, constate avec moi comment en quatre mots de télé, on peut régler son compte à des heures de prose pré-révolutionnaire sur internet relative à l'inéluctabilité du renversement de système parce que les gens "y sont trop pas contents".

Suit une chatoyante infographie happy-meal sur les avantages du PTZ+.

Que serait un reportage sur le crédit et la pierre sans un bon gros parasite ?

L'AGENT IMMOBILIER
- "Effectivement la difficulté majeure pour les jeunes en terme de logement, c'est d'acquérir ce qu'ils souhaitent. Or bien souvent, on est en limite basse, donc ces mesures, ces "coups de pouce" permettent d'aider les gens qui veulent avancer dans la vie, tout simplement."

Tout simplement.


Sur le plateau du journal télévisé, le journaliste (incisif dans les limites du sentier idéologique préalablement balisé à savoir : pas proprio = caca) reçoit Benoist Apparu, secrétaire d'état au logement, "pour mieux comprendre cette réforme".

LE JOURNALISTE
- "Pourquoi "La France des propriétaires" promise par votre candidat en 2007 n'a pas fonctionné ?"

BENOIST APPARU
" - Pour une raison très simple, depuis 15 ans les prix de l'immobilier ont tellement explosé par rapport aux revenus des français [précisément cette période où les français se sont massivement mis à vouloir acheter] que beaucoup de français qui pouvaient devenir propriétaires il y a 15 ans ne le peuvent plus aujourd'hui. [bon, enfin même temps un mec de 25 ans avait 10 ans il y a 15 ans]. Depuis 3 ans, il y a eu la crise. Là on est en sortie de crise [Ah, oui il parait, j'ai lu ça, les 4 millions de chômeurs apprécieront, les ménages modestes qui subissent l'inflation des prix alimentaires et des diverses factures liées au logement aussi], on se dit que c'est le bon moment pour réaliser cette promesse présidentielle pour une France de propriétaires."

Le journaliste s'inquiète quand même un peu et demande au secrétaire, ravi de ses "400.000 PTZ+ promis", s'il n'y a pas un risque de faire flamber encore un peu plus les prix ?

BENOIST APPARU
"- C'est le risque majeur de ce type de réforme. Comment est-ce qu'on fait pour que l'argent que l'on injecte ne soit pas capté par les prix ? On a mis des plafonds sur les opérations pour limiter les impacts sur les prix. On espère que les mesure d'offres de constructions de logements que parallèlement, on fait, nous permettrons de limiter l'impact sur les prix."

Inutile de préciser que le concept d'espérance dans la bouche d'un membre du gouvernement dont les discours sont dopés aux amphétamines de la volonté, spécialement dans le secteur de l'immobilier et avec le résultat que l'on connait (hausse continue des prix, augmentation constante du mal logement - 3,5 millions de personnes -, du pas de logement du tout, manque de logement sociaux ou construction en surnombre de ceux-ci dans des zones de faible densité où, précisément, le PTZ+ sera le plus costaud), signifie "nous n'en avons rien à carrer".

Faire du chiffre avec les bas revenus, générer de la taxe et éviter une décote trop rapide des biens déjà achetés à crédit par les classes moyennes et, surtout, maintenir la côte des placements immobiliers locatifs des plus aisés déjà largement déconnectées de la réalité des revenus, tout en se préservant du risque d'avoir des locataires pauvres dans les grandes villes : voilà l'ambition du PTZ+, nouveau programme de logement à alibi "social" qui contribuera à renforcer les inégalités.

Tout cela ne serait rien sans une machinerie média qui, faisant là où les annonceurs lui demandent de faire, martèle l'idée - ciment fondateur de la soumission économique - que les jeunes "doivent" être propriétaires.

Non, les jeunes ont déjà assez d'emmerdes comme ça : Ils doivent juste avoir un toit. Ce qui est complétement différent et implique un autre type d'action, visant à augmenter la construction de logements sociaux ou de réquisitionner et de réhabiliter les biens inoccupés. Bref, ce qui peut faire baisser le marché de l'immobilier et non l'augmenter, artificiellement qui plus est.

Ne voit donc aucun rapport entre cette "aide" à l'accession à la propriété pour les moins fortunés (mais un peu quand même), et cette récente volonté législative d'en finir - par la force - avec le nomadisme, l'habitat choisi et les squats.

Sur fond de n'importe quoi, ce gouvernement est d'une cohérence qui glace le sang.


[1] Sont pris en compte pour l'obtention du PTZ+ : la composition familiale, la surface et la zone géographique. Bref si t'es célibataire à revenu moyen et que tu veux acheter un deux-pièces dans le centre de Paris, pas touche c'est pour les riches. Ce qui est en droite ligne de ce soucis constant d'éloigner les faibles revenus des centre-ville.


15 commentaires:

Anonyme a dit…

"...Ce qui est en droite ligne de ce soucis constant d'éloigner les faibles revenus des centre-ville."

En même temps les "hauts" revenus ne se logent pas dans des 2 pièces.

Il est vraiment temps que cette génération de papy-boomer mette les 2 pieds dans la tombe....d'ici 20 ans...

On pourra toujours les maltraiter dans les maisons pour vieux pour certains.

seb musset a dit…

@anonyme > Au contraire.

Les petites surfaces à Paris sont la plus forte augmentation immo de l'année.

La raison : l'investissement locatif à destination, non plus de la clientèle locale mais à l'usage des riches et classes moyennes étrangères (tu peux louer 700 euros le week-end, à peine plus cher qu'un hotel et "tellement plus french"). Ce marché prend, peu à peu, le pas sur la location étudiante financée par les parents (l'argent des vieux de province allant de la poche de l'argent des vieux de la ville.)

Paris, ville musée, se métamorphose à vue d'oeil en un hôtel géant à l'usage exclusif des étrangers qui peuvent payer.(puisqu'ici plus personne ne peut.)

Et de l'autre côté de l'argent, le gouvernement fait la chasse aux Roms.

Étonnant, non ?

Anonyme a dit…

Je ne savais pas que ce type de location urbain à la 'gîte rural''chambre d'hôte' était aussi développé. Mais je ne suis pas étonné.

Je ne comprend pas pourquoi ces 55+ veulent saigner autant leur propre progéniture. ça leur tombera dessus avant leurs fins.

Pour la chasse aux roms, quand ce sera de plus en plus de français pauvres dans des bidons villes, ils auront droits aussi aux 300 €avec un billet pour l'Europe de l'est ?

Anonyme a dit…

EXCELLENTISSIME, comme d'hab! Merci, c'est un régal de vous lire...

Immobilier-danger a dit…

Merci pour ce grand moment de lecture sur la folie immobilière actuelle. Le PTZ+ n'est qu'un cadeau aux copains promoteurs qui pourront continuer à vendre encore plus cher des logements de plus en plus petits et toujours aussi mal intégrés/situés...

Tout est fait pour maintenir cette bulle quitte à enlever le peu d'oxygène qu'il reste à ce marché. On est en pleine campagne pour 2012 avec de la poudre aux yeux !

Anonyme a dit…

très bon article !

mais a qui profite le crime seb ?!

encore une aubaine pour les promoteurs, banquiers, et autre agences qui doivent jouir de plaisir, et s'en mettre plein les poches sur le dos de la populass !

kosar veut plus de proprio alors qu'il fait plein de cadeaux au bailleurs !

après qu'on soit devenu proprio il faut tout de même avoir encore du cash pour payer la taxe d'habitation,la taxe foncière les impôts les factures courantes et j'en passe...

le diable est dans les détails

gogole a dit…

"Or, bien souvent..." et non pas "Hors bien souvent" (on veut marquer l'opposition, pas l'exclusion)

Mais bien vu sur le fond.

Cabinet Guillaume FONTENEAU a dit…

votre article est excellent et très complet..

Félicitation pour cette analyse.

Guillaume
http://www.leblogpatrimoine.com

seb musset a dit…

@ gogole > Merci. Ces AI sont incorrigibles...

Harold @Immolance a dit…

Bravo pour cet excellent article ! Un bon coup de gueule fait du bien de temps en temps.

C'est important de voir que la lecture de l'actualité immobilière peut aussi se faire avec un oeil critique et pas aussi biaisé que celui des mass médias.

gogole a dit…

"Ces AI sont incorrigibles..."

Haha. Je repense à mon "Florent Truc, AGENT IMOBILLIER". 86x60 mm de bonheur en papier de Rives.

Anonyme a dit…

le resultat n est pas d avoir une france de proprietaire mais une france d endettee.
Ce qui a terme va donner la meme chose qu aux USA, espagne ou irlande: une explosion de bulle immobiliere au frais du contribuable

la motivation pour beaucoup d acheteurs est de faire comme leur parents (qui eux avaient fait une bonne affaire mais les conditions economiques etaient tres differents: pas de chomage, des prix plus faible/revenu)

Pour le gouvernement, le calcul est double:
a) un proprietaire a plus tendance a voter conservateur qu un locataire (a mon avis c est surtout du au fait de les revenus de l un sont superieur a ceux de l autre)
b) il ne s agit pas en fait de proprietaires mais de locataires: ils louent de l argent aux banques. Et quand on a un credit a rembourser, on est coincé: difficile d aller ailleurs (meme si les conditions sont meilleures-> on peut garder des gens payés au lance pierre) ou de faire greve.

donjipez a dit…

Je découvre la situation. N'ayant jamais pensé à acheter, entre les "pense à ta retraite" et autres conseils, je me penche sur la question ces derniers temps. Et je découvre un sacré bordel.
En gros, avec un salaire correcte pour un célibataire classe moyenne... t'as plus rien. Ou plutôt le truc est devenu fou, genre le F2 à 140000 euros. Dans une "grande" ville (Lyon) certes. Mais quand même. C'est con mais ma première réflexion est qd même de me dire : ça les vaut pas. Même si le crédit est parait il abordable. Payer 20 ans pou un truc moyen ça fait quand même hésiter.

Mais le marché locatif ne vaut guère mieux dès que tu veux un truc sympa. Là aussi tu va dans les 600-700 euros pas mois. Et, gag de plus, à 44 ans avec le même taf' depuis 15 ans, on te demande... un garant.

Bref, bien vu (et bien venu ;-)) ton billet sur la folie d'un marché et la stupidité d'un système qui semble s'être condamné à une course en avant. Sauf peut être à vivre dans certains coins où, les crises ayant fait leurs ravages depuis (?) x ans, ça stagne et où en fait les prix ressemblent un peu plus à quelque chose de normal...

vincent a dit…

On discutait prix immobilier avec un ami suite à cet article du monde :
http://www.lemonde.fr/societe/infographie/2010/09/13/le-prix-de-l-immobilier-parisien-n-a-jamais-ete-aussi-eleve_1410653_3224.html

il m'a pointé vers qq ressources intéressantes, je fais suivre :-)

ici : http://www.immobilier-danger.com/Courbe-de-Friggit-024.html

et là pour la version actualisée :
http://www.adef.org/statistiques/graphactu.doc

BA a dit…

Le bouclier fiscal, dispositif phare et très contesté de la présidence Sarkozy, a coûté l'an passé 679 millions d'euros à l'Etat, et bénéficié à près de 19.000 contribuables, dont les plus fortunés ont empoché des chèques de plusieurs centaines de milliers d'euros.

En bas de l'échelle, les 9.789 contribuables les moins aisés ont obtenu une restitution de 559 euros en moyenne chacun.

A l'opposé, les 1.169 les plus fortunés ont empoché un chèque du Trésor de 362 126 euros en moyenne. Ceux-là se sont partagés 423,32 millions d'euros, soit plus de 62 % de l'enveloppe totale.

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hResKVNKdbuOAv_yofsR34LIxxnw