L'arnaque tranquille

Il parait qu'il faut faire des économies pour se désendetter... Regardons un peu ce qui se fait depuis 2002 sur le front de la défiscalisation immobilière.

2003. Puisqu'un électeur un minimum friqué perdant l'espoir de l’être encore un peu plus devient un électeur qui vote mauvais, la Loi Robien est votée. Il s’agit de s'enrichir grâce à un investissement immobilier locatif défiscalisé. Évidemment, cette bonne grosse ristourne des impôts de 25% sur le montant d’un bien acheté à crédit sans aucun apport est le parfait appeau à classes moyennes sup ne pensant pas plus loin que le bout du porte-monnaie. On les reconnaît à ces sempiternelles plaintes sur le niveau toujours trop élevé de leurs impôts, leur tripotage de nouille dominical à l'enrichissante lecture d'un énième Nouvel Obs spécial « immobilier : faut-il acheter ou faut-il acheter ? » et leur peupeur pour la retraite parce que vraiment :

"- Il n'y pas d'autre alternative que de réformer, chouchou. Le système n'a plus les moyens, c'est Elkabbach qui l'a dit".

" - Oui mon choubichou. Branche internet et prépare le chéquier. On a juste besoin d’un gogo à qui louer pour 9 ans ! C’est l’Etat qui l'a fait, c’est du sérieux. "

Malheureusement pour nos soldats endoctrinés, un gogo peut en cacher un autre.

(la rentrée des magazines. Attention, le magazine avec le plus de rouge sur la couverture n'est pas forcément le plus orienté à gauche).

Et, quelques années de traites après, nous retrouvons nos « Robien de la colère » désemparés sur le parking de la bâtisse immonde au milieu de nulle part dans laquelle ils achetèrent les yeux fermés, sans même s’y rendre, une parcelle surpayée et décrépie que personne n’habite. Nos bourgeois lésés implorent alors de leurs sanglots gras que cet État protecteur, qu’ils voulaient sciemment escroquer trois ans plus tôt, leur viennent en aide. Que ces méchants promoteurs et odieux banquiers qui n’eurent pourtant pas à insister des masses pour leur vendre de la fortune facile soient condamnés !

2008. Le mot Robien sent le soufre, mais il faut continuer à faire tourner la boutique des amis (bâtiment, banque, promoteurs) sur fonds publics. Le législateur amende le Robien en Scellier et l’emballe dans du bio (c’est alors en vogue pour faire passer sans douleur taxes ou équipements obligatoires). Rebelote.  Le Scellier représente jusqu'à 60% des ventes des grands promoteurs en 2010. Une partie de ces sommes aurait pu être collecté via l’impôt pour financer des logements sociaux pour les millions de mal-logés qui se sont multipliés depuis. Mais non, nous en sommes en Sarkozie : il est pompé avec intérêts par les banquiers pour réaliser des programmes vides, pseudo bio, au milieu de régions désertiques, ce qui est modérément écolo.
2010. Le mot Scellier commence aussi à fouetter le pâté, mais il faut bien continuer à stimuler une croissance dans un pays où industrie, emploi et pouvoir d’achat des travailleurs périclitent violent. Le législateur amende le Scellier en Bouvard, "l’étendant à la majorité des acteurs du logement neuf". Comprendre : d’autres trépignent de croquer du gâteau. Le Bouvard concerne entre autres les résidences de tourisme (loger les vacanciers, THE grosse priorité), les résidences d’étudiants (toujours important d’avoir du stagiaire et de la main d’œuvre pas chère et fléxible en centre-ville, mais il faut un minimum la loger à proximité) et de services pour les personnes âgées (c’est là que se trouve le pognon pour encore 10 ou 15 ans, et puis cela permet en partie à l’État de se désengager du secteur). -20% sur les impôts + retour de la TVA (ça en fait des litres de Coca, et des tickets de parc d’attractions) : le tout peut monter jusqu’à 40% de remboursement du prix d’achat.
(Promesse d'un revenu garanti, argument de la "protection familiale", mise en avant de l'arnaque fiscale pour se financer sa retraite : cette pub d'un "grand acteur" a au moins le mérite de la clarté. "Louer meublé" = un clic-clac Ikea et un frigo.)

Petit alinéa de bas de page : pour bénéficier des avantages, il faut établir un bail commercial avec le gestionnaire (parfois la filiale du promoteur). Il n’y a pas de rapport entre le propriétaire et le locataire (c’est même vendu comme un avantage sur la publicité). Une fois les protagonistes isolés, la combine est simple. D'un côté, un promoteur-gestionnaire avec son étude de marché vite faite : acheter un terrain pas cher et trouver rapide du pigeon pour vendre du béton mal torché. De l'autre, un con qui veut payer moins d'impôt. Et au milieu roule un intermédiaire. Sur la plaquette il te fera rêver avec du penthouse Place des Vosges pour te réorienter rapide, dans les limites de ton budget, sur un T3 sans fenêtre à Cassôsses-sur-Bois. Le T3 sera loué, s’il est loué, au tiers du prix prévu par le promoteur-gestionnaire qui aura, fort malheureusement c’est pas de bol alors, une chance sur deux de mettre la clé sous la porte après avoir encaissé la thune. Ne soyons pas pessimiste, une autre option est envisageable : le gestionnaire, avec lequel tu es enchaîné, te fait exploser les frais en cours de bail (les services ça coûte cher). Bref, voilà une belle usine à chimères qui fonctionne le plus légalement du monde grâce au bio-carburant le plus compétitif : la cupidité.
Nous n’aurons bien sûr aucune pitié pour ceusses qui tombent encore dans le panneau. Ils sont les complices d’une vaste escroquerie servie sur un plateau par la droite

De deux choses l’une. Soit l’opération est "un succès" ponctionnant lourdement les recettes de l'Etat (jusqu’à 75.000 euros par bien et on peut la réitérer à hauteur de 300.000 euros chaque année). Soit l’opération est un échec et le propriétaire, voyant son bien requalifié en "piège à dettes", se retrouve coincé et appauvriIl est pour l'instant prévu de "réduire de 2%" l'avantage du Scellier, mais pas de l'annuler.

Quant au locataire, il est ignoré à chaque stade du montage... euh de l’arnaque. Il aura au passage vu les prix des petites surfaces en centre-ville régulièrement augmenter à cause de ces aménagements successifs de niches fiscales

Mais le souci de l’habitant n'est pas la priorité de ce gouvernement.  

Illustration : campagne officielle contre la fraude fiscale.

7 commentaires:

Gibbon a dit…

Le pire, c'est que je connais des gens qui sont très satisfaits de leur « arnaque ». Z'ont plus un rond, sont dans la merde parce qu'ils ont acheté un machin qui vaut rien à l'autre bout de la France mais au moins ils ont un « chez eux » en cas de crise, de coup dur, de chômage…

La pierre, ça troue le cul®

Anonyme a dit…

@gibbon

le plus fort c est qu en cas de coup dur, ils ne sont meme pas chez eux puisque c est achete a cerdit. S ils ne remboursent pas, la banque va pas se gener pour saisir

C est toujours bizarre les gens qui se croient "proprietaires" alors qu en fait ils sont "endettes" tant qu ils n ont pas rembourse leur banque

mais c est vrai qu au niveau marketing ca jette moins endette que proprietaire ...

Supertzar a dit…

"Attention, le magazine avec le plus de rouge sur la couverture n'est pas forcément le plus orienté à gauche"
et avec "plus de bleu" non plus d'ailleurs ;-P

seb musset a dit…

@Supertazr > Ah... enfin un qui suit, ça fait plaisir !

Stavroguine a dit…

Bonjour.

Moi, ce qui me trou le c.. dans l'immobilier actue, c'est aussi les parents des jeunes proprios qui trouvent normal que leur gamins s'endettent sur 25 ans pour 1000 euros par mois, alors qu'eux ouvriers, payer une maison avec un seul salaire sur 15 ans.

Moi y en pas comprendre.

Je suis dans la région Nantaises, les cages à lapins à 200 000 euros avec jardinet ça pousse bien aussi. Et même dans le vignoble, il y a des taudis à 180 000 euros ou faut tout refaire.

Mais les gens ont l'air content.

Tout le monde vend.... mais personne n'achètent.

Zcomme a dit…

Ayant moi-même bosser, un court instant d'égarement ou de désoeuvrement - le deuxième étant souvent la cause du premier- pour un gros promoteur basé à Montpellier, je confirme ton analyse extra-lucide des logiques boules-puantes ou de fumier (au choix) à l'oeuvre en leur sein. Structurellement on est bien avec des montages de filiales de filiales. Une sorte de nom de noblesse capitalistique en somme... L'objet de celles-ci trouvent leur unique justification dans la recherche d'endroit pouilleux pour bétonner du pouilleux (réserves non levées depuis 2 ans et plus!) à vendre à des pouilleux qui ignorent de s'ignorer pour le louer à des plus pouilleux qu'eux qui devront fournir un dossier de renseignements personnels digne des meilleures années Stasi (Le communisme n'avait pas que du mauvais...). Au final la filiale se retrouve avec un parc immobilier comprenant un nombre non négligeable et parfaitement utile d'ensembles non rentables et ce depuis plusieurs années. Pourquoi les garder alors? Pour deux raisons, l'une officieusement officielle est qu'elle permet de tirer à la baisse le bilan comptable donc le bénef donc l'impôt; l'autre, ni officieuse ni officielle, mais parfaitement occulte est qu'elle est aussi un moyen de mitonner des capitaux dont les ingrédients sentent bon le fromage corse, napé d'une bonne grosse louche de sauce napolitaine et arrosé, selon les opportunités, d'une vodka frappée (si tu causes!). Je témoigne que ces branches non rentables sont gérées de façon spécifique par des sbires dont tous les codes comportementaux, vestimentaires et verbaux transpirent la zonzon et le "code de peu d'honneur". Et comme la respectabilité ne se refuse rien, on y a droit aux meilleures méthodes de coaching RH, avec film vidéo interne de motivation "tape sur l'épaule" du petit personnel présentant les gros pontes du Head Executive Board du groupe mis en scène façon remake de Reservoir Dogs! Mister white, Mister Blue, Mister Pink, grattes électriques tarantinesque, lunettes et costards noirs... Un vrai lapsus Freudien quoi! Il est vrai que depuis que Tony Soprano consulte il n'y a plus vraiment de gêne à afficher ses petites faiblesses, n'est ce pas...
C'est du vécu!

dan_y44 a dit…

http://dany44.blogspot.com/2010/06/brainwashed-bobo.html