mardi 24 mai 2011

En finir avec le logement social (par l'UMP)

Hommage à la redoutable inventivité des députés UMP. Après la défense des excès de vitesse, les voilà qui nous proposent de régler en une passe législative l'épineux problème du logement social (1 million de logements manquants, 700.000 demandes en attente) et du "trop faible" pourcentage d'endettement immobilier des ménages (endettement qui, au prix d'une génération sacrifiée, a pourtant si bien réussi à nos amis espagnols au point qu'ils le célèbrent aujourd'hui dans la rue).

Comment ?

Trop simple ami pauvre que tous les éléments poussent dans le goulot d'étranglement de la propriété à crédit : il suffit de faire rentrer les accessions à la propriété grâce au PTZ+ dans le quota de 20% de logements sociaux imposé par la loi SRU.  C'est d'un cocasse consommé. L'un est un mécanisme social où les pouvoirs publics tentent d'assurer, via un loyer modéré, un toit aux ménages les plus fragiles, l'autre, d'influence 100% privée, est un achat de bien surévalué assorti d'une dette conséquente (un mécanisme de subvention de la bulle immobilière dont on sait désormais qu'il bénéficie prioritairement aux ménages les plus aisés : 35.6% des bénéficiaires se situent dans les deux tranches les plus hautes des revenus, contre 13% qui se situent dans les deux tranches les plus basses.)

Voici l'argumentaire d'un des dépositaires (J.M Roubaud) de ce projet de loi (parmi lesquels on retrouve comme par hasard des députés-maires de communes largement sous les 20% de la loi SRU) :

"Ne pas comptabiliser l'accession sociale à la propriété dans ce quota de 20% de logements sociaux obligatoire est un sérieux frein pour les municipalités à pouvoir répondre à l'aspiration forte des Français de devenir propriétaires de leurs logements."  

Bref, une pataphysique arithmétique frisant la sorcellerie dans la droite ligne du mode de calcul éjectable permettant de comptabiliser deux millions de chômeurs là où il y en a près de cinq, de se féliciter d'une hausse de la croissance là où il y a huit millions de pauvres ou d'affirmer que Christine Lagarde y connait quelque chose en économie

Répétons-le à Monsieur Roubaud : il reste des Français qui n'ont PAS ENVIE de devenir propriétaires. Encore moins avec un crédit à perpétuité conditionné (avec de la chance) à un job à rétribution et durée aléatoires, avec des coûts des transports, d'énergie et de nourriture qui explosent. 

"- Oui mais, euh M'sieur Musset, l'acquisition d'une maison protège les faibles. La propriété individuelle, c'est la liberté.

Dans le monde de Winnie L'Ourson peut-être. Dans le monde réel, je constate régulièrement l'inverse. Les aspirants bourgeois payent au prix fort (soumission familiale et salariale totale, éloignement géographique et pouvoir d'achat déchiqueté) un choix qui est avant tout celui que banques, promoteurs, publicitaires, et maintenant l'Etat, leur assènent en attendant que la belle bulle pète (et l'expérience prouve que c'est toujours l'incrédule le moins solvable qui est le plus éclaboussé.) 
(émancipation leçon n14 : "le marché ne peut pas tout.")

Cette proposition de loi, pervertissant la définition du "social", répond de la détermination depuis quatre ans d'une droite néo-conne à en finir avec les HLM

De deux façons. 

Pratiquement. Par la réduction progressive des subventions. Par la privatisation progressive du parc (200 milliards d'euros de plus-values latentes qui échappent au marché, ça ne peut pas durer !). On s’orienterait même si l'on en croit certaines "notes blanches" vers la revente de logements sociaux à leurs locataires "pour en financer de nouveaux" (heu enfin... subventionner du PTZ+). D'autre part, on s'oriente vers la baisse de la collecte pour le logement social dans un livret A repris en main par les banques privées. Organismes "dans le besoin" qui veulent également s'attaquer au marché du PLS (prêt locatif social) : bien juteux est le business du pauvre qui veut devenir proprio. Avec la bénédiction du gouvernement, nos banquiers du social se préparent donc à nous concocter de jolis prêts pour fauchés qui auront le double effet de définitivement appauvrir les souscripteurs et de faire grimper de plus belle les prix.

Idéologiquement. En martelant que la propriété à n'importe quel tarif est seule garante de l'émancipation suprême. Si d'un point de vue électoral, la supercherie est rodée (Margaret Thatcher et George W.Bush doivent leur réélection à ce type de politique mi-banque, mi-public subventionnant la bulle), les conséquences économiques dans ces deux pays prouvent l'inévitable limite d'une dynamique artificielle déconnectée des "fondamentaux" comme on dit. 

En France, ce soutien gouvernemental envers la hausse perpétuelle de l'immobilier, quitte à sacrifier les nouveaux arrivants que l'on pousse sur la planche savonnée de l'endettement, s'explique aussi par l'attention portée à l'électorat plus âgé.  Ce dernier, pleinement propriétaire depuis des années et plus mobilisé dans les urnes, est la cible des aménagements gouvernementaux (Scellier, Robien et autres exonérations fiscales...) visant à renforcer sa suprématie (sans travailler, c'est ça qu'est rigolo !). 

Pour maintenir la suprématie des rentiers, il faut constamment stimuler l'envie de posséder de celui qui se tue à la tâche et finit dans le mur en s'étant préalablement délesté de son pognon passé, présent et futur. On comprend alors l'absolue nécessite pour la droite d'en finir avec ce "logement social" grippant l'ordre pyramidal. 

9 commentaires:

nap a dit…

j'ai juste du mal à comprendre pourquoi le logement social devrait nécessairement être "en location"... (parce qu'il ne faut pas oublier que chaque mois, les habitants des HLM payent un loyer)
on ne pourrait pas imaginer un système où le logement social pourrait également permettre à ceux qui le souhaitent de devenir propriétaire d'un logement ? (sans tomber dans les travers des subprimes etc.)
@+

Tassin a dit…

En parlant de financement du logement social, ça ne m'étonnerait pas qu'ils finissent pas passer cette réforme scélérate en douce : baisser le taux de centralisation des fonds des livrets à destination du logement social :

http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE70B10Y20110112

cyril a dit…

l'offensive contre les plus pauvres (et principalement les plus lobotomisés des pauvres)prend une tournure kafkaïenne. la situation pourrait prêter a rire si elle n’était pas si dramatique. un recul social historique d'une violence incroyable s’opère sous nos yeux. la destruction pur et simple de ce qui gardait un certain équilibre. cette histoire de logement n'est que la suite logique du "tout doit disparaître" de l’épicier collaborationniste sous l'occupation. la santé, l’énergie,le logement,les transports ou encore l'eau doivent,avec la logique de l'ultra-libéralisme,rapporter du blé a des charognards qui ne bandent que pour l'accumulation de richesse. il ne serait pas étonnant qu'on nous demande de payer une taxe sur l'air que nous respirons car breveté par un milliardaire quelconque. ce système est en passe de s'effondrer,il est poussé a l'absurde et ne pourra se sauver lui même,ce n'est qu'une question de temps. dans un journal US,il y a quelques jours,ils faisaient une remarque sur N sarkozy,en le gratifiant d’être un malade du libéralisme,c'est pour dire.

Anonyme a dit…

en finir avec le logement social pour l'UMP c'est vendre les logements sociaux bien commun depuis un siècle, acquis avec nos impôts directs et indirects, des plans sociaux (ADOMA 1e plan social ballon d'essai avant l'été et 600 travailleurs sur le carreau), et une politique de fusions acquisitions digne des libéraux les plus brutaux dans le milieu es oganismes, une politique à court terme qui privilégie les copains

BA a dit…

Les prix alimentaires en augmentation depuis mi-avril.

C'est ce que montre une étude de 60 millions de consommateurs, qui annonce également une probable "flambée générale" à venir.

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20110525.OBS3854/les-prix-alimentaires-en-augmentation-depuis-mi-avril.html

Anonyme a dit…

Seb :

"en attendant que la belle bulle pète (et l'expérience prouve que c'est toujours l'incrédule le moins solvable qui est le plus éclaboussé.)"

La phrase entre parenthèses me fait tiquer : ce n'est pas l'exact contraire de ce que toi, Seb Musset, a toujours prétendu (et qui me semblait d'ailleurs logique) ?
Serais-tu là entrain de confirmer les dires de nos foldingues gouvernementaux, à savoir "la propriété ça protège" ??
J'espère avoir mal interprété le sens de "éclaboussé".

Un lecteur assidu.

seb musset a dit…

@lecteur assidu > Malheureusement valable dans les deux sens. On ne veut croire au rêve avant, on ne peut pas croire que la réalité nous rattrape.

@nap > Idem, je n'ai rien contre (à condition raisonnable) mais pas dans le contexte actuel. Logeons déjà les mal et très mal logés, on s'occupera de l'accession à la propriété en second.

Anonyme a dit…

Je pige : quand la bulle aura éclaté, l'état volera à la rescousse de la majorité
qui aura marché dans la combine, aux frais de la minorité restante.
Même stratégie que les banques vis-à-vis des clients qui s'arrangent pour maintenir un solde à peine positif.
Ils attaquent sur tous les fronts.

C'est malheureusement logique.

Mais alors, que faire ?

Si acheter fait gonfler la bulle et si ne pas acheter expose à servir de victime expiatoire à terme ?

Quand le seul choix repose entre la démarche égoïste et le sacrifice (et encore, pour les plus pauvres, ce choix ne se pose même pas, c'est le sacrifice par défaut, vu les conditions d'obtention d'un PTZ+), peut-on considérer que les néo-libéraux ont gagné la guerre ?

Le lecteur assidu de 15h44.

scribsi a dit…

@nap : Acheté un appartement à "prix social" existe déjà. Les OPH vendent parfois des lots de logements, par exemple la moitiè à prix classique l'autre moitié à prix social à ceux ayant droit d'en bénéficier ce qui permet à la fois aux OPH d'être rentable pour réinvestir dans la construction, et à la fois de rendre des locataires hlm propriétaire.
Le seul soucis de cette échange est qu'il faut pour celà que les OPH bénéficie de subventions, de donation de terrain ou bâtiments, et en celà elle sont dépendantes des collectivités. Avec la baisse des aides et la hausse de la concurrence du privée, c'est de plus en plus complexe.