lundi 19 septembre 2011

Peut-on encore habiter Paris ? #2 : La résilience des cupides

Propriétaires de plus-value promise spoliés, propriétaires d'investissement locatif indignés, mais  propriétaires de résidences secondaires combatifs :

"Malheureusement quand on vend, on fait des plus-values."
Un propriétaire dépité au JT de Canal+.

"Une résidence secondaire, ce n'est pas du luxe."
Un lecteur du Figaro au bord du suicide.

"Mais est-il pire crime que celui d'être propriétaire ?"
D.Victoroff (lui on l'aime beaucoup) in Valeurs Actuelles.

Et le plus beau...

"La taxation sur les plus-values heurte nos principes démocratiques"
Le président de la CMI FNAIM

Le logiciel "achetons les yeux fermés, engraissons-nous et escroquons" qui se déroulait pépère depuis quinze ans toute exonération ouverte pour la partie haute des propriétaires subissait la semaine passée un début de bug prometteur. Certes, le gouvernement Fillon retropédalait fissa devant la grogne du petit bourgeois pour pondre en catastrophe une version adoucie de son projet de suppression d'abattement fiscal sur les plus-values de résidences secondaires, passant le seuil de l'exonération totale à 30 ans et réussissant l'exploit de mécontenter tout le monde.

(Un climat d'insécurité croissant.)

Les temps sont durs pour les proprios. Jadis, ils se contentaient de laisser inoccupées leurs acquisitions, les laissant se valoriser quelques années sans rien faire pour se gaver d'une belle plus-value presque sans frais. En 2007, le futur président leur promettait même de stimuler l'endettement des pauvres pour maintenir à la hausse leurs valeurs immobilières. Mais avec le temps, les niches se rabotent et La France des propriétaires s'avère un projet raté. Désormais, celle des multipropriétaires (qui, elle, se porte mieux) à deux choix : 

- soit, comme le craint le président de l'institut notarial de l'immobilier, "retirer [ses] biens de la vente pour échapper à l'alourdissement de l'imposition
*
- soit les louer plus pour gagner plus. 

"En moyenne, les propriétaires mettent leur bien en location pendant dix semaines et louer sa maison ou son appartement peut rapporter jusqu'à 1000 euros de revenu supplémentaires par semaine."

Cyrille Coiffet, jeune missionnaire de l'ordre des possédants, est le patron d'une société spécialisée dans le court-circuitage du marché hôtelier, surfant sur la folie foncière avec un petit plus, le niveau d'étanchéité supplémentaire entre bourreau et victime : internet. 

Profitant d'un vide juridique bien étrange au royaume des règlements et directives, il est un des artisans de la grande bascule locative parisienne. De la demande locale, désormais trop précarisée, vers le tourisme urbain, bien plus rentable.

Mais attention notre homme de toit a un coeur sensible et, prenant en charge par solidarité les croissantes carences de l’État dans le domaine du logement, son action a aussi une portée sociale :
*
"Du côté des locataires, il va de soit que l'on veut faire le plus d'économie possible : louer un bien est deux fois moins cher que prendre un hôtel."

Bien sûr nous parlons ici de cette location courte durée qui permet aux propriétaires de facturer leur bien à la semaine à quelque japonais ravi, à l'ancien tarif mensuel du galérien de Paris.

Esquivant les dramatiques conséquences de son activité derrière l'immatérielle hiérarchie du "marché" dans une autre intervention sur la chaine immo (en partenariat avec Challenges et Le nouvel obs, tout un symbole), l'abbé de la pierre nous apprend que les proprios, victimes de la damnation d'être fortuné, se lancent dans l'activité pour "générer des revenus complémentaires qui permettent de payer la fiscalité". Pire, pour louer à la semaine au prix du mois, les damnés de la pierre sont obligés de faire des travaux (qu'ils refusaient pour le locataire local) et de meubler le studio d'une table Ikea, histoire de bénéficier de l'abattement fiscal (entre 50 et 70%). Bref, de dépenser 1 pour percevoir 20. Car 500 à 1000 euros la semaine, je n'appelle pas ça du "revenu complémentaire" mais une rente  sponsorisée par l'Etat rapportant bien plus que n'importe quel boulot moyen.

(Tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents touristes.)

Sous d'autres gouvernances visant prioritairement le bon traitement du citoyen et non la bonne retraite du thuné, l'activité de notre dévoué de l'optimisation foncière, ce qu'il appelle "la formule anti-crise du moment" (enfin pour ceux qui deux ou trois maisons d'avance) serait fermée directe ou tout au moins très fortement encadrée dans les zones à forte densité. Mais, c'est l'inverse qui se produit.

La semaine passée, pour la cinquième année consécutive, sur le chemin du renouvellement de ma demande HLM et de mon premier dépôt DALO auprès des autorités incompétentes, laissant vagabonder mon regard sur ces immeubles inoccupés et autres appartements surdimensionnés pour veuf en chaise roulante, au détour d'une station autolib en construction pour que Madame aille acheter, en roulant bio et tous feux rouges cramés, son clafoutis chez Fauchon, je tombais nez à nez avec l'indécence faite échoppe. Une agence ne faisant pas mystère de sa spécialisation dans la location saisonnière. Elle l'affichait en vitrine, au milieu d'un déluge d'annonces obscènes.

Pot-pourri (cliques pour agrandir). 

Avant tout, admirons l'effort social des propriétaires : la dégressivité des tarifs. Côté locataire, il faudrait être con pour signer long. Avec la location courte, le proprio n'a plus à se salir la morale à demander des loyers d'escrocs pour des appartements honteux, avec trois mois payables d'avance et des garanties exigées aussi illégales qu'impossibles à remplir sans frauder ou sans parents aisés. Ici tout est propre, se fait par Mastercard entre gens civilisés. On vient pour visiter Paris pas pour y habiter. En 1986, la tour Eiffel attirait 3 millions de visiteurs par an, nous en sommes à 7 par an aujourd'hui. Ça en fait du monde à loger. 
(Shopping, bateaux-mouches et Sacré-Coeur
un trois-pièces en centre-ville est là pour vous soutenir.)

(Pour les locaux, des solutions innovantes de logement sont à l'étude.)

Chasses la cupidité par la porte, elle revient par la fenêtre. La plus-value est contrariée ? Pas grave, sur Paname la location saisonnière s'y substitue. Ce "marché" qui rapporte vite et bien plus, derrière lequel se planquaient certains depuis quelques années, sort du bois et les agences "ajustent" leurs prix sur une demande à 100% délocalisée, quand elles ne se spécialisent pas tout simplement dans le domaine. Malgré la traque entamée (parait-il) par la Mairie de Parisla "pied-a-terrisation" a désormais pignon sur rue.

La "pied-a-terrisation" est la dernière ligne droite du grand processus d’aseptisation sociale en cours depuis dix ans dans la capitale, le "Paris péage"Ghettoïsation des riches au centre, relégation progressive des familles de classes moyennes et populaires dans des banlieues plus ou moins lointaines avec un crédit au cul et une harassante ré-infiltration quotidienne par RER pour effectuer les taches de service à un salaire qui ne leur permettra jamais de se loger sur place.

Et ce n'est pas la taxe hypocrite sur les surfaces de moins de 9m2 du valet de la bulle Apparu (ces biens ne sont peu concernés par la pied-a-terrisation) qui stoppera l'indécrottable cupidité du proprio et de ses relais, tous habitués à l'inflation exponentielle de la valeur de leurs biens, prêts à sacrifier leur prochain pour que la thune continue à couler.

La cupidité ne se bride pas avec des moitiés de mesures ou des taxes au rabais, mais avec une réglementation sans pitié. Apparu veut des pistes efficaces pour renverser le grand cloisonnement géographique des classes en cours à Paris, sur le littoral et dans les grandes villes de province ? Nous lui conseillons le plafonnement des loyers, l'obligation d'une part de logements sociaux dans chaque construction ou réhabilitation, une très forte taxation des logements vides dès la deuxième année (lancer des constructions avec l'argent récolté) et leur saisie s'ils le sont encore au bout de 5 ans.

Car, au fond, je suis d'accord avec le lecteur du Figaro cité en intro, Dans un contexte de pénurie, la maison secondaire n'est pas un luxe : c'est de la provocation.


Articles connexes :
- Peut-on encore habiter Paris ? #1
- 2011, l'odyssée de l'appart
La pied-à-terrisation de Paris dans La vie à Paris / Logement /  (sebmusset)
Illustrations : Figaro, ville de Paris, @sebmusset

14 commentaires:

Anonyme a dit…

Tant que la génération baby-boom multipropriétaire n'aura pas les 2 pieds dans la tombe, RIEN ne changera.

Mike Hammer Papatam Andropov a dit…

Que dire ?
Que le marché est une merde, et ses serviteurs des étrons.

nanou a dit…

@anonyme: normalement, cela ne devrais plus tarder, toute une generation arrive a un age tres avancé, il va faloir financer tous ca, les soins particuliers, peut etre meme le placement en structure, tout ca coute horriblement cher et l'Etat ne pourra pas tout financer, donc pas mal de ces personnes (certes pas toutes)devront vendre leurs biens pour assumer ces depenses et ces biens devraient logiquement arriver tous en meme temps sur le marche, il y a peut etre qqch a esperer de ce coté la

Anonyme a dit…

@nanou: exactement le fond de ma pensée, sans compter qu'une partie de leur descendance n'aura pas les moyens de conserver ses biens. Mais 15-20 ans c'est très long....

omer a dit…

"...Tant que la génération baby-boom multipropriétaire n'aura pas les 2 pieds dans la tombe, RIEN ne changera..."
Certes, mais il est probable que les héritiers de M. Vautour, devenus propriétaires de quelques appartements à 40 ans, suivront l'exemple du papa, et ce durant quelques décennies et que leurs descendants agiront de même...

Anonyme a dit…

@omer: l'abattement fiscal de succession parent/enfant s’élève à 159 325 €. Il leur en faudra en rajouter des € pour se payer le(s) bien(s) de papa. Sauf si situation avec parachute dorée.

nanou a dit…

@anonyme: prquoi 15-20ans ?, cette generation commence deja a prendre de l'age, ce sont des personnes qui pr bcp sont deja a la retraite (encore une fois pas toutes), mais pas encore en situation de dependance, ca va venir, je pense que dans les 5ans, ont commencera a en voir les effets, mais bien sur, face a cette situation, nous ne sommes malheureusement pas tous egaux, certains d'entre nous ont deja un certain age et/ou sont charge de famille et c'est pr eux difficile d'attendre toutes ces annees, parce qu'on dira ce qu'on voudra mais qd on a des enfants, un jardin c'est qd meme vachement sympa, et un jardin ca se trouve plus souvent avec une maison qu'avec un appart et une maison, a la location, c'est vraiment trop cher (a moins d'avoir des aides), bien sur tout depend du coin ou on habite, comme certains disent souvent, tout le monde certes n'habite pas paris mais tout le monde n'habite pas non plus dans des villages a 50km de la premiere aglomeration. Perso, c'est un reve de devenir proprio mais pas un reve de con, cad que je ne le ferais que dans de tres bonnes conditions ou pas du tout

nanou a dit…

@omer: selon moi, ce sera justement pour celui qui detient le plus de biens que ce sera le plus difficile, je ne parle pas des vrais riches mais de ceux qui ont acheter qd l'immo ne valais rien et qui ont l'integralite de leur patrimoine sous cette forme (C le cas pr bcp de multiproprio, mais bon on va qd meme pas les plaindre lol), pr ceux la, les enfants seront obligé de vendre certains biens pr payer les droits de succession (les abatements ne couvrant pas tjr tout) et ainsi esperer en garder qd meme qq uns, ils auront tjr un beau patrimoine immo mais qd meme moins que leurs parents et les acheteurs en face auront un peu plus l'occasion de faire une affaire, surtt si tous ces heritiers se retrouvent a mettre leur(s) bien(s) tous en meme temps sur le marché, pour les memes motifs donc relativement pressé de vendre pr solder la succession, enfin c'est juste une piste

nanou a dit…

si t'ajoute a cela les conflits en cas de plusieurs heritiers, souvent qd les heritiers se battent au moment d'une succession,et t'inquiete pas que qd il s'agit de gros sous, ca arrive quasi a chaque fois, ya des affaires a faire, croisons les doigts lol

Anonyme a dit…

Ces appartements loués a des vacanciers sont une plaie pour l'immobilier. Mais les traquer sur des sites d'annonces est assez facile. Pas besoin de délation ou autre...

nanou a dit…

sauf que les traquer ne sert a rien non plus, car les proprio se servent d'un vide juridique. En effet, la location de baux de courte duree de moins de 12mois n'est pas reglementé, tout simplement !

Anonyme a dit…

bon an mal an, on tente de trouver des solutions...
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/194853;a-part-a-s-opposer-ca-sert-a-quoi-un-parlementaire-d-opposition.html

Anonyme a dit…

Concernant la location de courte durée à des touristes ou à une "clientèle d'affaires", il n'y a pas (plus) de flou juridique : à Paris, c'est volontairement tellement encadré qu'il est plus court et plus juste de dire que c'est interdit.

Maintenant, il est illusoire de penser qu'en interdisant ce type de location, les biens concernés reviendront dans le circuit normal. D'une part parce que les propriétaires ont souvent investi des sommes déraisonnables pour mettre ces appartement en conformité avec des standards hôteliers (pour louer 1000 euros la semaine un studio, il faut quand même des prestations plus que basiques). Les propriétaires sont rationnels, et si remettre leur appartement "dans le circuit classique" se traduit par un rendement égal ou inférieur à celui du livret A, ils seront rationnels.

D'autre part, s'ils en sont venus à la location de courte durée, c'est, pour beaucoup de proprio parce qu'ils trouvaient la location classique trop contraignante, et pas immédiatement pour gagner plus.

Concrètement, vu que la mairie de Paris a commencer à sévir (15000 à 25000 euros d'amende plus une astreinte, quand même !), une partie des appartements concernés sera vendue (à prix d'or, vu que ce sont souvent de petites surfaces bien situées), et l'autre partie sera louée au black. L'impact sur le marché du locatif parisien sera nul.

Anonyme a dit…



Le problème est que beaucoup veulent habiter Paris et son centre, de préférence. Or Paris n'est pas extensible, le prix de l'immobilier est déconnecté du pouvoir d'achat du salarié moyen (3000€).....Que faire : Soit accepter de vivre dans un pays où la loi du marché domine,même plus ou moins encadré, avec ses manques, ses excès mais aussi ses zones de liberté soit l'on ré-invente le communisme et alors ce seront les apparatchiks qui s'approprieront la ville...

Il faut aussi peut être savoir accepter l'idée que l'on peut vivre ailleurs qu'à Paris.

Jetez un oeil sur les loyers marseillais. C'est un autre univers.

Quand à la location de courte durée, c'est un marché qui se développe un peu partout dans le monde. Vouloir l'interdire semble aussi absurde que serait l'idée de supprimer les hôtels au motif que l'on pourrait les transformer en appartements. Par contre c'est une activité, qui comme d'autres doit être encadrée.

Il faudrait également être capable de desserrer Paris en y agglomérant les communes de la première couronne....Vaste programme Il faudrait supprimer des élus !!!! Est il normal que les impôts locaux des parisiens soit de deux à trois fois moins chers que ceux des banlieusards ?

Vouloir réduire la difficulté à se loger au problème de la location de courte durée n'est ce pas une façon commode d'imaginer une vraie politique régionale pour le logement et les transports ?

PS. En plus à Marseille on a la mer et le soleil (le Mistral parfois aussi )