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12 novembre 2013

[L'abondance] Bras tendu, l'idée pue

par
Dans l'Abondance (sortie le 11 oct) : 

"Les maîtres de l’image ayant une fondamentale aversion pour les silences, on chauffait le public une heure à l’avance. On le sélectionnait même. On le triait au tour de taille, au galbe du nichon dans l’axe de la caméra. On s’assurait de l’endurance de son rire gras et de l’automatisme de son clappement à la moindre flatulence orale. Étonnant en revanche que, dans cette émission connectée, personne en régie n’ait encore remarqué ce type au bras pointé vers le bas, deux rangs derrière l’animateur. Il mime pourtant, et en forçant le trait, le court slogan de la provocation antisémite tournant depuis cinq ans sur internet."

et hier soir, 11 novembre, dans Le petit journal de Yann Barthès sur C+ :



A lire aussi : 
Lâchez-nous la quenelle (Romain Blachier)
Confusionnisme et déviationnisme (socialisme critique)

Nouveau livre de Seb Musset, L'abondance. 
+ d'infos
Disponible ici en papier ou ebook.



18 juillet 2013

L'info est un long buzz tranquille

par
Jean-Philippe est un pote sympa. Durant 48 h, il a gracieusement nourri un écosystème journalistique en léthargie estivale, générant articles, bandeaux publicitaires et pognon. Du Figaro au Gorafi, vous n’avez pas pu la rater si vous passiez quelques minutes sur internet hier : la photo de la photo du petit Grégory (mort assassiné en 1984) utilisée dans une publicité pour la crèche du Festival de Jazz de Montreux, c’était la sienne. Le scoop, c'est grâce à lui.

Dans ce billet, il revient sur le buzz dont il est à l'origine et sur ce que lui inspire l'énième épisode de ce que devient l’information sur le web : du pute-à-clicking. 

Je lui laisse la plume.

(La photo originale de @koramarok) 


Autant de papiers parus sur le web ces deux derniers jours sur une histoire partie d’un tweet et d’une photo dont je suis l’auteur. Et je regarde, mi-médusé, mi-agacé, le développement de cette affaire. Au-delà du fait-divers, il y aurait bien des questions à se poser concernant cette news. Prendre un peu de hauteur, changer l’angle et dépasser le buzz.

1 / L’historique où des journalistes à l’affût sur Twitter
Tout part d’un tweet public envoyé à Guy Birenbaum à mon retour du festival de Montreux. Sachant qu’il tenait une chronique sur les réseaux sociaux, ce genre d'EPIC FAIL pouvait l'intéresser. Il m’a tout de suite demandé des preuves ou du moins des précisions (il sera un des seuls). Nos messages sont publics, et comme sa portée dans la twittosphère est plutôt conséquente, ça a immédiatement fait boule de neige. Entre le moment où j’ai posté ma photo sur Twitter et la publication des premiers articles, il s’est passé trois heures. Je n’ai été contacté QUE par Maxime Bourdier du Huffington Post, afin de faire son article. Et le soir par France 3 Lorraine pour une interview par téléphone où je certifie l’authenticité du document (ainsi que France 3 national).


2 / L’utilisation de la photo
L’émoi suscité par l’utilisation de cette image est immense, car l’affaire du Petit Gregory est encore dans toutes les mémoires (ou enfin presque). Mais, ne peut-on pas considérer que le simple fait de télécharger une image sur le net et utiliser sans autorisation la photo d’un gosse est, en soi, un gros problème ? Et plus largement, utiliser une photo sans se demander s’il y a des droits d’auteurs, sans la sourcer, n’est-ce pas aussi un FAIL ? Bizarrement, les médias n’en parlent pas. Et pour cause. Ils font pareil. L’origine de la photo du magazine de Montreux est par exemple non précisée dans l’article du Point.fr, au profit d’un “DR” (droit réservé : en gros, on ne cite pas le nom et on serre les fesses pour que personne ne réclame les droits) commode. Mieux, certains journalistes sur place qui n’avaient rien vu ont profité de l’info piochée sur Twitter pour refaire une photo de la photo, mais la leur cette fois [NDLR : que je leur pique tiens].

(ci-dessus d’intrépides journalistes de terrain particulièrement bien informés.)

Sur le site du Figaro.fr ou de Morandini, c’est encore mieux, il n’y a aucune indication [NDLR : et Morandini attribue l'info à France Tv]. Forcément, une photo faite par un amateur, twitto de surcroît, pourquoi la sourcer hein ? Pourtant, c’est quasi la seule à leur disposition pour illustrer le sujet, une seule autre étant parue sur le site de l’antenne FN de Boulogne Billancourt le dimanche, soit deux jours avant la mienne, comme l’indique le blog Big Browser du Monde.fr.

Une éventuelle demande préalable avant utilisation ? Pareil, faut pas y compter. La photo est partout, mais je n’ai au final que 6 demandes officielles pour son utilisation dans des papiers. Entendons-nous bien : je me contrefous que cette photo, prise en 2 secondes avec mon smart-phone, soit reprise comme illustration, mais bordel, ça ne choque personne que l’on pique une photo amateur sur le net pour illustrer un sujet sur le vol amateur de photo sur le net (thèse avancée par le festival) ? Ce point intéresse peu vu que l’unique angle d’attaque est le FAIL + Gregory avec en visée un buzz à fort potentiel de click, pour un investissement quasi nul des rédactions.


3 / En rester au Buzz du Fail
Le Festival de Montreux explique la bourde par le fait qu’une stagiaire étrangère a réalisé la pub. Pas un journaliste pour demander comment se fait-il qu’un festival si renommé, si prestigieux, ait recours à des stagiaires pour réaliser son journal interne ? N’a-t-il pas les moyens de se payer de vrais pros pour réaliser un document forcément en flux tendu, plutôt que de pressurer des stagiaires inexpérimentés et corvéables à merci ? Avec les prix pratiqués [Pour info, le concert de Prince, c’était 140 euros en fosse et près de 250 au balcon], ne peuvent-ils pas dégager un budget com’ qui tienne la route et qui permette d’acheter une photo à 10 euros sur Fotolia ? Le recours aux stagiaires et aux bénévoles, c’est dans quelle proportion ? Ne serait-ce pas des fois un des effets collatéraux de la sous-traitance à outrance? Quid aussi de la chaîne de validation ? [NDLR : les parents de Grégory portent plainte contre le festival au moment de la publication]. Parce qu’à un moment, le stagiaire est face à un maître de stage censé superviser son boulot non ? Non. Pas une question à ce sujet. Est-ce à croire que les rédactions reprenant le buzz, pratiquent parfois de la même façon, spécialement l'été ?

@koramarok - 18.07.2013"

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Mes conclusions: 
JP sera peu remercié comme source de l’info. Le graphiste pas réembauché par le festival. Les rédactions qui font désormais leur marché sur Twitter se sont jetés sur l’os sans parfois vérifier l'info, et sans aucune analyse allant plus loin que le simple FAIL. Evidemment tout ceci sera oublié dans deux jours pour mieux recommencer le surlendemain.

Mon conseil : 
Si jamais vous diffusez un document à fort potentiel de buzz, ne le faites jamais sans l’éditorialiser au préalable et donner VOTRE point de vue (et pas en un tweet ou un statut Facebook). 

14 juillet 2013

Brétigny et les pillards de l'apocalypse

par

Toujours glaçant de constater qu'une approximation peut enflammer un segment de population, comment dire, un peu à cran. 

Dans les heures suivant le déraillement meurtrier du Paris-Limoges vendredi dernier en fin de journée en gare de Brétigny-sur-orge, le consommateur d'actualités aura assisté à une énième démonstration de la plaie qu'est devenue la course à l’information continue.

Parallèlement, dans la soirée, il aura également pu constater une multiplication de propos racistes (voir ici) sur les réseaux sociaux (jusqu'aux responsables politiques FN et UMP) au sujet de caillassages sur secouristes et policiers et de vols sur les victimes par des jeunes.

Tout part d'un article sur le site d'Europe 1 publié vers 22h et reposant sur le témoignage d'une policière du syndicat Alliance, et de quelques tweets de journalistes, immédiatement repris sur le site du Figaro puis sur une réacosphère au taquet.

Seulement voilà. C'est faux ou, au minimum, largement exagéré. Caillassages et pillages sont démentis le lendemain par le ministre des transports, les policiers et les secouristes eux-mêmes. En gros, deux connards ont dû piquer un téléphone portable et quelques mecs s’énerver (c'est mal) parce que des policiers leur ont dit de dégager du périmètre de sécurité (c'est normal) et ça a été répété, amplifié, déformé. Mais tu comprends, comme c’est la banlieue donc la zone islamo-occupée terrifiant ces grands penseurs de droite qui donnent, missel et abécédaire de la défiscalisation au poing, des leçons de peur à la France entière depuis le 16e arrondissement, on ne va pas prendre le temps de nuancer. Ça ira bien comme ça, direction Fdesouche en home page. L'info c'est ici et maintenant coco, et si t'es pas content t'as qu'à t'informer sur Gulli.

Ces trois articles reviennent sur le déroulement de l'intox :




Deux aspects dans cette histoire :

1 / A ma droite. Le business des chaines d'info continue: hystériser l'actualité en permanence pour capter le spectateur et valoriser l'espace publicitaire. On peut créer du clash, meubler sur du vide. Ici, durant les deux heures de flottement foutraque suivant l'annonce du déraillement le temps pour les équipes d'être operationnelles les chaines useront des témoins anonymes par téléphone (paye ton édition spéciale). On pille à l'antenne de la photo twittée, de l'Instagram non sourcé, les mots "scènes de guerre" et "apocalypse" sont rabâchés par les animateurs d'actualités. Disons qu'à défaut d'informer précisément, ça crée du mouvement et un climat. Nous n'en savons pas plus, mais nous progressons dans l'émotion continue. 

2 / A ma droite extrême. Sur ce préchauffage initial autour d'un drame à fort potentiel d’identification, peut s’opérer tranquille une abjecte récupération politique par l'axe FNUMP. Faites entrer les barbares. Ce soir Papy Voise prend l'Intercités.

On doit s'interroger sur ce qui permet à une goutte d'eau (des actes isolés condamnables) de devenir un jet hydropulsé, à une fausse rumeur de se propager aussi efficacement sur internet. Et de pointer nos idées reçues (on y a tous cru au moins un moment), tout autant que la responsabilité des journalistes qui fout d'un grain de sable une tempête de cailloux. Avant même d’avoir la confirmation de la non-survenance des faits (soit le monde à l'envers de l'information), on pouvait légitiment avoir des réserves sur leur véracité. Dans le catalogue d'images amateurs bon marché diffusées dans la soirée, pas une de vol ou de violence. Parmi la poignée d'envoyés spéciaux tweetant avoir vus des échauffourées, pas un pour sortir la moindre vidéo. Des journalistes dont les caméras ne filment pas un tel scoop, pas même capturé avec leur téléphone portable ? De trois choses l'une. Soit ils sont nuls, soit ils ne sont pas sur place, soit ils sont nuls et ne sont pas sur place (en langage technique, faire une Aphatie). 

Intox + course à l'info + récupération expresse par le FNUMP pour un impact maximal sur le cerveau reptilien des mononeurones de droite.

Un cas d'école de la manipulation de l'actu. Jusqu'à la prochaine fois. Ce chaos continu de l'info-pulsion favorisant la prolifération des propos haineux décomplexés ayant été, comme à l'accoutumée, un franc succès. 

Plus loin, le traitement médiatique de ce drame est aussi la démonstration que pour être mieux informé, mieux vaut parfois ne pas trop s'informer.

Illustration : Vautourus-Fnumpus, se nourrit exclusivement d'infos en décomposition.

Articles connexes :
- L'antimatiére
- Le fabuleux destin de la vidéo des pieds de l'homme qui allait à St Domingue en RER
- Le pouvoir de l'info spectacle

28 juin 2013

Pourquoi Internet nuit gravement à la santé (et jamais la TV) ?

par

Donc voilà. La journaliste de la télé m'appelle :

"- On m'a dit que vous étiez blogueur actif et on va faire un sujet sur l'addiction au réseaux sociaux. Qu'est-ce que vous auriez à dire ?".

Je rétorque que je vois peu de similitudes entre un blog et facebook et que, bon, je réseausociotte modérément (4000 tweets par an, une broutille comparé à Christine Boutin un matin de procession). Son enthousiasme tombe net. Je ne reproche pas aux journalistes TV d'avoir un angle, je leur reproche d'avoir toujours le même dès lors qu'il s'agit des "réseaux sociaux" sur internet. Au choix : danger ou addiction. (En option, la variante économique : "Ces jeunes entrepreneurs américains devenus milliardaires après avoir créé un réseau social").

Je réponds à la journaliste que, même virtuelles, ces interfaces de communication sont des objets comme les autres. C'est l'usage qui fait le défaut et l’excès qui est néfaste : pour Facebook  l'étalage non réfléchi de données personnelles (les siennes et celles des autres), et pour Twitter le papillonnage, au final la déconcentration aussi bien dans le travail (spécialement lorsqu'on écrit. Poke @MoiMême) que dans la vie réelle (La tête baissée sur sa Time-line, on est au mieux à 60% avec son interlocuteur physique. En marchant, la probabilité de se prendre un poteau full face augmente de 82%, ce qui est un vrai danger collatéral du net). Mais là encore, il y autant de pratiques et de conséquences que de caractères, sans compter que la fonction crée l'organe. Il est probable que les nouvelles générations développent bien plus aisément que leurs aînés la faculté du multitâches : facebooker, dire à son ou sa chéri(e) qu'on l'aime tout en évitant les lampadaires. 


Viens le test de la journaliste (aka le casting) :
"- Pourriez-vous passer d'internet une semaine ou deux ?"
"- Oui" (t'as vu un peu la tronche du héros moderne).
" - Ah" 

Là je sens mon interlocutrice dépitée, genre "Mais bordel, je ne trouve personne accroc aux réseaux sociaux ! Comment vais-je faire mon sujet sur les accrocs aux réseaux sociaux ?". Cherchons un peu de matière, histoire de réseauter et de socialiser avec la télé. Je ne vois que deux aspects des réseaux sociaux susceptible d'entraîner un effet de manque : le rythme d'information (le besoin de savoir tout, tout le temps, en temps réel. Pour se sentir raccroché à la communauté de ceux qui savent) et l'évaluation permanente de sa notoriété, le shoot à l'ego (Pas de mise de départ, ça commence très rapidement avec quelques mentions ou like). On parle ici d'effets pour une minorité, et rien qui ne puisse se régler sans une petite prise de distance, voire une période d’abstinence. 

Bref, je suis le mauvais client pour le reportage. Rends-toi compte, je réfléchis sur l'usage du "réseau" tout en en minimisant son importance, voire même en lui trouvant des effets positifs[1]. Pas grave, j'invite donc la journaliste à se libérer de la dépendance de la profession aux sujets négatifs sur le sujet pour s’intéresser à d'autres addictions technologiques beaucoup plus répandues comme euh... la télévision (3h16 par jour et par français en 2011). 

Pourquoi donc ne voit-on pas plus de sujets à la télé (même juste un pour commencer) sur ces drogués de Cdanslair, de Game of Thrones, de The Voice, du bulletin météo, de Plus belle la vie, de Confessions intimes ou des débilités d'M6 ou sur ces hypnotisés de l'info en continu et des priorités au direct de la TNT ou encore les cas les plus désespérés s'enquillant sans broncher 3 épisodes des Experts chaque soir depuis 10 ans ?[2] Autant de programmes d'ailleurs passablement commentés en simultané sur Twitter et Facebook, ce qui en facilite l'éloignement ces soirs-là.

Toxico potentiel, je n'en reste pas moins un gars sympa. Et, comme j'ai quand même bien envie de voir ce reportage : 

Si vous êtes accroc aux réseaux sociaux, blog ou site SNCF.
Si vous le vivez vraiment mal, en menaçant de dépecer votre entourage au smartphone. 
Si, pour combattre cette addiction à la notoriété facile, vous souhaitez la confesser face caméra à la France entière.  

Contactez-moi, je transmettrai votre dossier à la télé.

Dis-lui merde au réseau. Ensemble nous guérirons ! 

[1] Ignorés aussi les côtés positifs d'une présence active sur les réseaux sociaux, ces dizaines de personnes que j'ai rencontrées en vrai via Twitter ou Facebook, ou des opportunités professionnelles que l'on y décroche. J'ai pourtant de beaux exemples.
[2] A mon sens, bien plus inquiétant que de parler avec ses potes en ligne.

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4 avril 2013

Le mensonge est plus fort que la fraude

par

Si j'en crois le traitement médiatique de l'affaire Cahuzac, il semble que le mensonge est pire que la fraude fiscale. 

Il est vrai que le mensonge en politique, euh pardon l’aveu après le mensonge, est une chose rare ici. En ce sens, il fait avancer les choses. Chaque éditorialiste s’inquiète maintenant du sentiment de "tous pourris" que ne manquera pas de raviver cet aveu, en focalisant sur le convaincant déni de l'ex-ministre du Budget ces dernières semaines. 

Peu se penchent en revanche sur cette pathologie de l'accumulation, cette terreur du partage qui conduit le bourgeois (je devrais dire de droite, mais on voit que ça brasse large) à se soustraire à l’impôt par la fraude, la déduction ou la niche (les aménagements légaux de la fraude). Et là, les politiques sont loin, très loin, d'être les seuls[1]. 

Tu me diras, on voit plus souvent la presse titrer sur les mille et une méthodes pour payer moins d’impôts, que sur les bienfaits de s'en acquitter (rappelons qu'un Français sur deux ne gagne pas assez pour être imposable). 

(L'environnement médiatique sous prisme bourgeois: l'impôt est une douloureuse injustice à laquelle il est tout à fait normal de chercher à échapper.)

Regarde donc ce mini sondage en carton de L'Express sur ce que devrait faire Hollande après l'affaire Cahuzac...

Et non, pas d'option "renforcer la lutte contre la fraude fiscale". En revanche "Moraliser la politique, présenter des excuses, arrêter  les leçons de morale"... On reste sur le terrain de l'émotif ou de la com'. Rien sur le cœur du problème (et des centaines de milliards de manque à gagner).

Étonnant non ?

Plus étonnant (ou pas), ce resserrement sur le terrain de l'émotion et du mensonge est reprise dans la réaction de "crise" de François Hollande. Le président avait l’opportunité de rappeler le rôle de la contribution pour la collectivité, le sens de l’impôt et ses usages en enchaînant dans la foulée avec l'annonce d'une véritable offensive contre la fraude fiscale. Il en est resté à questions de règlement intérieur à destination de la seule classe politique avec des mesures dont on ne comprend d'ailleurs pas qu'elles ne soient pas déjà appliquées depuis vingt ans. 

Hollande réagit donc sur le même mode que la presse. En dénonçant moins l'objet du mensonge que le mensonge lui-même. Lutter contre le mensonge ne tuera pas la fraude. Le coup de poker raté de Cahuzac en est la preuve: on peut aller très très loin dans l'art de tromper son monde. En revanche, une lutte efficace contre la fraude diminue les possibilités de mentir.

Tout ceci me laisse un goût amer. En détournant leur regard du fond du problème pour se focaliser (quand ils ne peuvent plus faire autrement), sur la personne de Cahuzac, ceux qui façonnent l'opinion donnent cette impression de plus lui reprocher de s’être fait pincer en grugeant que d'avoir grugé. 

Quelque chose me dit que ce traitement est déterminé par la classe sociale dans laquelle on évolue. Mais ne le crions pas trop forts, nous risquerions d'être taxés de populisme.


[1] Et si l'on prenait au Budget, un type ou une fille au SMIC réussissant, en plus, l'exploit de ne jamais être à découvert à la fin du mois ? Ce serait peut-être à expérimenter pour éviter les dérives. 

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27 mars 2013

Mélenchon contre les médias : la mauvaise méthode

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A un jour d'intervalle, Patrick Cohen recevait sur France Inter, Jean-Luc Mélenchon puis Marine Le Pen. On aurait pu s'attendre à la même pugnacité de la part de l’interviewer par ailleurs très à cheval sur qui il convient d'inviter ou non. Et bien non. 

Là où la matinale du premier s'est consacrée aux deux tiers à un règlement de comptes entre le patron du Parti de Gauche et les journalistes en studio, la présidente du FN a déballé tranquillement ses idées et ses inepties sans éveiller trop d'énervement en face, hormis lorsqu'il a été possible d'établir des similitudes entre elle et lui. 

En comparant les deux interviews, et même s'il en ressort que Patrick Cohen semble moins offusqué par un excès de droite que par plus de gauche, force est de constater que Jean-Luc Mélenchon s'est planté tout seul en s'enfonçant dans sa propre caricature du punisher des méchants médias, là où Marine Le Pen a réussi sa com' en chloroformant la contradiction.  

Mélenchon et les médias, c'est une vieille histoire que l'on pourrait résumer ainsi : faut que je clashe pour que j'accroche. Depuis le temps, il devrait comprendre qu'on ne peut pas engager un combat contre les médias sur leur terrain et espérer le gagner. C'est impossible. Le journaliste est particulièrement offensif... sur la défense de l'idée qu'il veut vendre de son métier. De plus, il est chez lui. Il est là avant, il est encore là après[1], C'est son environnement et, d'une phrase ou d'un sarcasme, il y fait la pluie et le beau temps.  

Certes, Jean-Luc Mélenchon avait légitiment la rage ce mardi matin après avoir été traité tout un week-end d'antisémite ...par des journalistes sur la base d'un propos déformé ...par un journaliste. La question du barnum médiatique qui fabrique la pensée lui tient également à coeur. Mais, au lieu de s'en servir, il se laisse emporter dans un match de boxe avec la profession qui n'attend que ça de lui pour la gloire du show. La méthode est redondante, occupe un temps d'antenne conséquent, n'élève en rien le débat et finit par être contre-productive en ce qu'elle rajoute une impression de haine qui discrédite le reste de son indignation (dans le même temps Marine Le Pen à abandonné cette thématique antipresse et s'est calmée sur le débit des mots). 

De l'autre côté du poste, l'auditeur et le spectateur sont bien moins naïfs que Mélenchon ne le croit.  Le spectateur attend du journaliste qu'il soit aiguisé et de l'interviewé qu'il ruse et déjoue les pièges pour avancer ses idées sans violence et si possible avec le sourire (je sais c'est gnangnan, mais c'est vu, revu et scientifiquement prouvé). De plus, qu'on l'aime ou pas, l'interviewer est l'interface de l'auditeur non-militant, son point d'identification, conscient ou non. Tu es verbalement violent contre un journaliste ? Tu es quelque part violent contre celui qui t'écoute.

Et voilà comment Marine Le Pen arrive à rassurer en disant des conneries, mais en les disant bien, et Jean-Luc Mélenchon met tout le monde à cran dès le matin... à commencer par ceux qui ont ou auraient tout pour être d'accord avec lui.

[1] Intéressant d'écouter les minutes suivant l'intervention de Melenchon et le passage d'antenne entre Patrick Cohen et Pascale Clark.

13 mars 2013

L'abominable info des neiges

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C'est un évènement sans précédent, qualifié d'historique par nos climatologues. Il neige en hiver sur le nord de la France. Oui, je sais c'est brutal. Quelques flocons sur la capitale et, ploc, le pays se bloque. Par miracle, nos chaines de télévision émettent encore, à deux doigts d'organiser une distribution de tickets de pain dans un pays occupé.

Sur les écrans de l’info-spectacle continue, la nation est en proie depuis 24 heures aux assauts répétés de l'envahisseur glacé. Des "naufragés de la route [sont] pris au piège dans leur voiture" tandis qu'une "cellule de crise" est composée par le gouvernement, avec descriptif topographique de cet état-major de l'urgence. Un pool de journalistes se rend au sous-sol de Beauvau pour capturer les images des visages serrés et inquiets assis autour de la table ronde de la war room anti bonhomme de neige, avec écrans samsung partout.  Il ne manque que le compte à rebours en incrustation, pour recréer l'ambiance de la série 24 heures. Oui, nous délivrerons nos otages de leurs Clio, ou du moins faisons-le croire. Car ce n'est pas avec les coupes budgétaires dans les services que l'on améliorera la rapidité d'intervention sur le terrain. Ah bon, on ne vous en parle pas ? Et non, priorité au direct et à la suggestion du mouvement. Couper court à la réflexion pour occuper le terrain de l'émotion en courant sans relâche après l'immédiat.

C'est vrai qu'un évènement de cette magnitude flirte avec l'inédit. Nous n’avions pas vu ça depuis au moins... le 7 décembre 2010. Malgré 48 heures d'annonces préalables par Météo France, Paris et sa région sont alors paralysés par un impitoyable épisode neigeux. Les informations débordent alors de portraits de salariés apeurés, pris par les glaces et se ruant vers les hôtels pour "ne pas arriver en retard le lendemain au boulot".

Mais la neige, derrière l’intolérable perte de la liberté d’aller travailler, c’est aussi le drame, le vrai. "Un SDF retrouvé mort à Saint-Brieuc : victime probable du froid" peut-on lire et entendre ça et là, via un copier-coller de vacances d'une dépêche AFP. 'culée de neige. Derrière ton manteau blanc qui illumine le regard des enfants, tu ne caches que crime et inhumanité. Qu’il fasse trop froid ou trop chaud (il y a plus de morts dans nos rues l’été que l’hiver), en 2013 dans un pays riche comme La France, ce n’est pas le thermomètre qui tue, mais bien la pauvreté, donc le manque de redistribution du pognon. Mais là aussi, pas le temps de titrer intelligent. Place au grand blanc.

La neige en hiver, c'est la tempête parfaite. Un scénario maîtrisé au service d'un grand show éphémère qui fascine et ne coûte pas cher, la garantie d'un large temps d'antenne occupée sans trop se fatiguer. 

Lors des tempêtes parfaites, le souci de l'info-spectacle à chercher un coupable à la météo, avec compassion pour les "victimes" et sommations de riposte gouvernementale sur le mauvais temps, est inversement proportionnel à sa volonté de traquer les vrais responsables des crises économiques que nos peuples traversent, de s'apitoyer sur le sort de leurs victimes (pourtant parfois les mêmes que ceux bloqués dans les voitures), ou à sa pugnacité à exiger des réprimandes envers les exilés fiscaux, rentiers ou autres grands patrons payés deux SMIC à la seconde.

Et vous n'avez encore rien vu, l'été sera show.


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11 mars 2013

Laurence Parisot et la sécurité de l'emploi

par

Sachez-le. Pour la prochaine élection interne du MEDEF, Laurence Parisot a mon soutien. 

La patronne des patrons, en campagne pour sa re-succession, était l’invitée du 12/13 dimanche 10 mars sur France 3. C'est une bonne occasion de s’informer à la source des inclinaisons gouvernementales pour les semaines à venir. C'est aussi l'opportunité de savourer les dernières sophistications ouatées de la rhétorique patronale hardcore où l'art de l'esquive des réalités sociales de 99% de la population se mêle au souci de ramener, à base de bon sens et sans douleur immédiate, l'exploité dans le camp idéologique de ceux qui l'exploitent. 

Entrée aux petits-fours, avec pop de bouchon de champagne, sur la mort du "dictateur" Chavez qui "incarne le populisme dans toute son horreur". 

L.Parisot dévie d'entrée une question sur l'ANI (accord national interprofessionnel) en omettant de préciser l’avancée énorme qu'il constitue pour le patronat (ayant désormais open-bar pour baisser les salaires, forcer à la mobilité les travailleurs tout en réduisant leurs possibilités de recours en cas de licenciement), et se plaint que l'accord (signé par la majorité des syndicats minoritaires) doive encore passer au crible des députes ! Étrange conception d'une démocratie dont la patronne du Medef se réjouit pour le Venezuela, mais qu'elle souhaite qu'on court-circuite ici. 

Ca se poursuit tranquille, en mode TINA, au sujet de la réduction de la courbe du chômage promise par François Hollande avant la fin de l'année.

" - C’est peut-être possible à une condition: que le gouvernement adopte une politique économique pro-entreprise. Il n’y a pas d’autre voie possible." 

Puis L.Parisot se lance dans une condamnation des politiques économiques et fiscales, à l'évidence communiste, des dernières années qui "pénalisent l’investissement, qui empêchent la prise de risque entrepreneurial" en pointant la "gravissime affaire" de la fiscalité sur les plus-values de cessions d’actions. Notons le lien naturel une fois de plus opéré entre entrepreneur et revente des actions de l'entreprise, cette dernière étant considérée sous l’angle de la pure spéculation à prise rapide de bénéfices.  

Rappelons encore et encore que la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises à diminué de 10 points en 30 ans passant de 67% à 57%. Le tout dans un contexte fiscal bénéficiant aux entreprises, notamment les grandes qui ont a leur disposition une batterie de spécialistes de l’optimisation. Les entreprises du CAC 40, malgré la criseTM[1] ont encore emmagasiné 53 milliards de bénéfice en 2012. 53 milliards ! Pour l'investissement, c'est comme pour la hausse des salaires: j'attends encore.

Alors qu’on lui demande de se prononcer sur l'interdiction des parachutes dorés, récemment votée par référendum en Suisse et l’éventualité d'une limitation des gros salaires, la boss du Medef qui a le "populisme" en horreur, et selon le désormais rodé axiome de Gad Elmaleh récemment remis au goût du jour par Gérard Depardieu, ne s'encombre pas de principes pour procéder à l'analogie entre les patrons du CAC (dont le salaire moyen a augmenté de 4 millions l'an passé) et les salariés (la moitié d'entre eux touchent moins de 1673 euros) en passant par la case artiste populaire.

" - Et pourquoi pas sur les artistes de cinéma ? Pourquoi pas sur les sportifs ? Pourquoi pas  fixer par la loi le salaire de tout le monde !" S'énerve-t-elle. C'est vrai quel scandale cette idée d'une loi pour limiter les revenus des patrons au moment extatique où l'on va imposer aux salariés de baisser les leurs !

Questionnée sur le cadeau fiscal de l'automne dernier, le crédit d’impôt pour la compétitivité des entreprises (20 milliards d’aide supplémentaire aux entreprises financées par une augmentation de la TVA), elle le juge d’emblée "non suffisant" avant de basculer en mode Ifrap sur "la dépense publique en France qui étouffe la création de richesses […] et empêche la création d’emplois"  On pourrait lui avancer que cette dépense publique, face à la stagnation des salaires et à leur diminution souhaitée est le dernier rempart contre la chute massive de la consommation interne. Ce n’est pas fait. On en reste à son affirmatif "si l’on ne réduit pas la dépense publique, nous ne réduirons pas la courbe du chômage". Ce qui se vérifie chaque jour dans tous les pays persévérant dans leurs politiques d'austérité, avec des taux de chômage bientôt au triple du nôtre.

L'interview s'achève sur un "nous sommes en danger sur les retraites (Nous. Pas elle. Il est toujours bon de le rappeler) si nous ne faisons pas une réforme structurelle". Et la machine mise en branle en 2010 se réenclenche sur les mêmes raccourcis: 
- Tu l'as vu mon gros déficit (je renvoie à plus haut: payez moins les actionnaires et plus les salariés, mathématiquement les cotisations augmenteront),
- l'espérance de vie augmente (sans préciser qu'un ouvrier en a bien moins qu'un cadre sup), 
- l'oubli de notre forte natalité (donc plus de cotisants dans 20 ans),
- l'absence totale de l'ébauche de l’hypothèse d'une augmentation des cotisations côté patrons pour s'en tenir à l'allongement de la durée de cotisation et l'augmentation de l'âge du départ à la retraite, ceci dans un seul but: exploser le système de retraites par répartition pour le basculer dans le privé.  

Bon, on pourra toujours discuter (mais avec quelqu'un de sensé) de la viabilité mathématique de l'augmentation de la durée de cotisation alors que chacun entre de plus en plus tard sur le marché de l’emploi pour en sortir de plus en plus tôt (Si le taux de chômage des moins de 25 ans est à 25%, celui des 55-64 grimpe à 40%).

Laurence Parisot, elle, conclut sa ballade de campagne par un vibrant hommage à la jeunesse et à l'esprit d'entreprise, en la personne de Liliane Bettencourt, rentière du 4e âge qui n’a même pas conscience des 6 milliards de plus empochés sans rien faire cette année (91 euros par français, bébés inclus, j'ai calculé) dont une fraction du butin boursier ira alimenter la cagnotte du MEDEF pour ces futurs colloques primesautiers où il nous sera seriné que vraiment nous ne travaillons pas assez et pour trop cher.

Malgré mes désaccords profonds, face à sa verve stratosphérique et pour l'exaspération évidente qu'elle provoque chez tout travailleur, je ne peux qu'encourager Laurence Parisot dans son combat pour s'accrocher à son poste pour un troisième mandat, contre les statuts de son organisation, et ce au moment où elle impose de la flexibilité à tous. 

Go Laurence go !

Illustration: déjà utilisée, je sais. Mais c'est la rigueur.

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4 mars 2013

Un 8 mars toute l'année ?

par

Même s’il y a une dynamique positive par chez nous, le combat pour l’égalité homme / femme est loin, très loin d’être atteint.  Toute action visant à éveiller les consciences sur le sexisme et visant les progrès de l’égalité homme / femme est donc à encourager.

C’est en gros ce que je réponds vendredi soir dernier à Gaëlle-Marie aka La Peste, un poil énervée à l'issue du Power Point de présentation du calendrier de l’égalité par Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des droits des femmes.

Étaient réunis une trentaine de blogueurs(-ses), twittos et militants(-tes) pour l'annonce du lancement du site internet 8marstoutelannee.fr (le 7 mars prochain). En résumé: Entreprises, associations, personnes physiques pourront inscrire initiatives et évènements pour qu’il n’y ait "pas un seul jour dans l’année sans faire progresser l’égalité homme / femme". Cette plateforme (où l'on s'étonne de retrouver associée une grande marque de la distribution abusant, avec aides publiques, des temps partiels imposés en priorité aux femmes) s’inscrit dans l'ambition gouvernementale d’étendre l'édition 2013 de la "journée des droits des femmes" à l’ensemble de l’année, un 8 mars toute l’année.

Le site, dont la ministre nous confiera plus tard qu’il a été réalisé en interne pour cause d' enveloppe budgétaire limitée, suscite quelques réactions épidermiques dont celle de Gaëlle-Marie aka La Peste qui rompt avec le velouté de l'exposé sous boiseries.

En substance, Gaëlle-Marie demande en quoi, ce "blabla ministériel"TM et nos amis les twittos vont changer le quotidien de l'épouse qui se fait tabasser par son mari ou de l'adolescente en province se retrouvant seule face à sa grossesse non désirée avec et une forte présence de sites d'aides cachant en fait de la propagande anti-IVG? Pas décontenancée, NVB rétorque que le calendrier n’est qu’un élément et défend ce qui a été accompli depuis qu’elle est et son équipe sont en poste [voir sur ce lien] avant d’esquisser les grandes lignes de sa loi-cadre sur les droits des femmes présentée en mai prochain[1].

La discussion se poursuit après la présentation. J'y vais de ma synthèse Peste / Ministre : nous allons tous dans le même sens, pas forcément à la vitesse pas par les mêmes chemins, ni avec la même implication. Il y a l'urgence du quotidien et l'indispensable action de terrain, mais aussi des clichés et des modèles de représentation à renverser. Et là aussi, gros boulot tant la domination masculine est encore bien inscrite à tous les étages de la société, le machisme relayé médiatiquement avec plus ou moins de conscience, autant dans les contenus que dans la sous-représentation, ou une certaine représentation, des femmes. 

Ce canevas influe inévitablement, et dès l'enfance, sur les mentalités, masculines comme féminines et joue dans la perpétuation des schémas les plus cons, les inégalités de salaire ou la répartition des taches ménagères dans les couples.

Ce qui me rappelle qu'elle va bientôt rentrer du boulot et que j'ai encore une tonne de vaisselle à faire avant d'aller chercher les gosses.

[1]  4 axes (Egalité professionnelle et articulation temps de vie perso / pro, les violences, la parité dans le milieu politique et les instances consultatives, le statut des femmes étrangères sur le sol français)

Article connexes
- Le problème avec les FEMEN
- L'Express et les femmes
- Une journée de l'infâme

Illustration: Politeeks

5 février 2013

Sophie de Menthon, le plan social de trop !

par

RMC. Trois lettres couleur sang, visibles à un kilomètre à la ronde, se découpent dans un ciel anthracite rappelant l’âpreté de la conjoncture économique et son cortège de drames humains. C'est ici, au bord du périphérique, qu'est installée la filière chaude du groupe NextRadioTv.

Il y a dix ans, la radio RMC renouait avec audace avec un genre d'émission racoleuse et pas cher, la talk-radio. Une réussite qui métastase depuis sur les autres antennes. Pourtant, après une décennie de bons et loyaux services pour fédérer la colère populaire et la canaliser dans le sens des intérêts du Medef, c'est la douche froide: Sophie de Menthon, intervenante canal historique du show matinal les grandes gueules, est mise à pied. 

C'est le plan social de trop pour la passionaria de la cause patronale.

"- Avec la fermeture de mon micro, où vais-je retrouver la possibilité de m'exprimer 35 heures par semaine ?" S'insurge la chroniqueuse qui, depuis quelques jours, multiplie les émissions de télé pour nous alerter sur sa privation de parole.

" - Je suis  sonnée. J'ai passé des années à défendre les coupes salariales au nom de la protection des actionnaires. J'ai combattu à m'en casser la voix pour la moindre imposition des multimillionnaires en faisant gober aux smicards qu'ils avaient les mêmes revenus. J'ai même justifié le travail des enfants. Tomber pour une vulgaire histoire de femme de ménage, c'est non seulement injuste: c'est du sexisme !"

Les accusations sont violentes, à la hauteur du préjudice moral. 

"- Oui, on ne m'aime pas et je paye pour les autres car je suis une bourgeoise !"

Acrimed et Arrets sur Images rappellent l’enchaînement diabolique du 21 janvier 2013 qui conduira la présidente d'Ethic à l’échafaud médiatique. Tout avait pourtant commencé normalement au micro des GG. Comme chaque matin, avec un poujadisme de comptoir, on y commentait l'actualité en mode yakafokon. Un matin aussi décontracté qu'un autre où l'on s'autorisait au nom du "politiquement incorrect" et de la "libre antenne" à enfoncer encore un peu plus les barrières de l'abjecte. 

C'est avec son franc-parler que la chroniqueuse, au diapason macho de son équipe, débordera  de son expertise économique pour aller peser le pour et le contre du "moment extrêmement désagréable" subit par Nafissatou Diallo dans la  chambre 2806 du Sofitel de New-York. Le viol appréhendé comme un pur produit spéculatif, quel meilleure synthèse de la vision libérale des relations humaines ?

Son collègue d'émission, Franck Tanguy, ajoutait alors avec cet humanisme, teinté d'un soupçon de déterminisme social, que l'on connait au conseiller financier : "Elle n’a rien pour elle, elle ne sait pas lire pas écrire, elle est moche comme un cul, et elle gagne 1,5 million, c’est quand même extraordinaire cette histoire !".

Le conte de fées matinal aurait dû s'arrêter là, perdu dans le flot incessant des clash et des caquetages hystériques modelant à l'envi l'humeur déjà anxieuse d'auditeurs travaillés par leur sentiment de déclassement. Mais l'époque est d'une violence sans nom. Les propos ont une autre audience, et prennent une autre portée, lorsqu'ils sont rapportés par écrit dans les colonnes de Rue89.

Tandis que F.Tanguy s'excusera platement le lendemain à l'antenne, probablement pas alertée des progrès de la technologie d'enregistrement sur support magnétique à bande trois-quart de pouce, Sophie de Menthon étalera son cas partout d'un plateau à l'autre entre déni et regret mou.

Est-ce donc cette simple erreur de média-training qui coûtera sa place à l'employée de RMC ? Toujours est-il que le couperet finit par tomber en début de semaine. C'est la mise à pied.


Désormais pour SDM, le salut est dans la lutte. 

"- Cette mise à mort médiatique n'est qu'un complot du CSA !"' s'insurge la victime du plus douloureux des racismes, celui qui, faisant peu de cas de votre évidente supériorité, s'abat sur vous. 

Pourtant. En off, dans les couloirs de RMC, les commentaires ont la simple et glaçante cruauté de la rentabilité économique.

" - Que voulez-vous que je vous dise, Sophie de Menthon n'est plus assez compétitive !" nous lâche un cadre de la station qui souhaite rester anonyme. Un responsable marketing ajoute "- Oui j'avoue, elle nous a toujours cassé les couilles, mais jusque-là c'était une bonne cliente pour la populace. Aujourd'hui, nos enquêtes de satisfaction sont formelles: dès qu'ils entendent Sophie de Menthon nos auditeurs se barrent sur France Inter. Est-ce l'effet Hollande ? Ils préfèrent qu'on leur prône de l'austérité et des coupes salariales avec gentillesse, sans éructation. Ils veulent de la rigueur Cajoline. Regardez la montée fulgurante de notre autre produit maison, le François Lenglet [transfuge BFM la branche TV du groupe]. Les gens veulent bien des coups de bâton, mais donnés avec compassion. Et puis, François c'est un mec ça, un vrai.". 

Sur la thèse d'une cabale du CSA, taquin, un technicien de studio ajoute: "- Comme quoi, Sophie avait tort: c'est la preuve que mes impôts servent à quelque chose !"

Sophie ne se démonte pas et multiplie désormais les appels sur Twitter. 

"- Tel Eric Zemmour en son temps, autre martyr sous-médiatisé tombé sous la censure des biens pensants germanopratins en raison d'un amour trop démonstratif pour le mâle blanc occidental, derrière le fallacieux alibi antiphallocrate de mon éviction, c'est la liberté d'expression que l'on  bâillonne!"

Des contacts ont été pris avec Force Ouvrière (branche Brunch) et SUD Neuilly pour la défense d'une travailleuse du micro qui ne comptait pas ses heures:

" - Oui, quand il fallait prôner un allègement de charges pour les entreprises, ou la hausse de l'âge de départ à la retraite, croyez-moi que je n'hésitais pas à cumuler les apparitions télé et radio la même journée!"

En attendant la réponse des organisations syndicales, Sophie a fait dresser par ses gens un brasero et une tente bivouac Marithé et François Gerbaud camaïeu kaki-prune devant les locaux de la radio. 

" - Je porterai mon cas devant la Cour européenne des droits de l'homme s'il le faut !"

Blackberry au poing et carré Hermés en capuche, un moral de battante alors que l'averse pointe, Sophie nous confie toutefois sa crainte que la mobilisation populaire retombe avant même qu'elle n'ait commencé. 

"- Vous savez les gens sont résignés. Ils n'ont plus envie de serrer les coudes. A présent, c'est le chacun pour soi. Je ne comprends pas ce qui les a mis dans cet état-là.".

En attendant, en soutien avec Sophie, nous ne saurions trop vous conseiller de boycotter RMC. 

Et si vous ne le faites pas pour elle, faites-le au moins pour votre santé mentale !


Articles connexes:

Illustration: Politeeks

2 février 2013

[Exclusif] Comment la presse va utiliser l'argent de Google !

par
Il est toujours bon pour le pouvoir de ne pas se mettre la presse à dos. Et si on peut le faire sans taper dans le budget de l'état, c'est encore mieux.

Après trois mois de négociations, sous l'égide du Président, un accord financier a été trouvé entre Google et les éditeurs de presse pour les aider à survivre dans cet univers virtuel soumis à la concurrence internationale, j'ai nommé internet (internetus diabolicum).

Rappelons le contentieux. 

Chahutée par l’émergence du BASIC, les récents bouleversements de la télématique et la fragilisation de l’écosystème de l'information que préfigure la sortie imminente du Commodore 64, la presse française est irritée à l'idée qu'une entreprise exotique nommée Google place des annonces publicitaires sur son moteur de recherche (à Google). De plus, putain de camion, ce moteur de recherches référence scandaleusement son contenu sans la rémunérer, lui amenant au passage probablement les deux tiers de son lectorat.

Le géant californien alimentera donc un fonds de 60 millions d'euros dans lequel pure-players et presse papier puiseront pour faciliter la "transition vers le numérique" de leurs sites internet. Oui, je comprends ton incrédulité: Et pourquoi pas une aide au pain de mie pour transiter vers le sandwich ?

Cherche pas. Ça se passe comme ça au pays du mot-dièse.

(L.Joffrin : "Il faut rappeler que si le net est un merveilleux outil de diffusion, il ne produit rien")

Une question te brûle déjà les lèvres: que va donc faire la presse de ses 60 millions d'argent de poche en sus des 1,2 milliard de subventions publiques qu'elle encaisse déjà ? 

Bien que pas payés cher[1], nous sommes en mesure de te révéler en exclusivité les premières 10 pistes envisagées pour l'usage de ce pognon:

1 / L'embauche massive d'éditorialistes économiques pour réaffirmer, avec intransigeance, que seuls la concurrence et le libre-échange non-subventionné permettront à notre économie de renouer avec la croissance.

2 / Un plan de renforcement de stagiaires dans les rédactions pour que ces dernières ne soient plus confrontées, faute d'effectif, à ce dilemme: Quelle information traiter en priorité dans le cas où, par exemple, il se met à neiger en hiver alors qu'au même moment, à la terrasse chauffée du Flore,  Florence Cassez boit un Picon-bière? Forte de sa nouvelle enveloppe numérique, la presse en ligne pourra désormais enquêter de front sur ces deux brûlants topics. 

3 / La mise en place de boutiques et services clients (powered by Google) sur les sites de presse. Sur I'm a Barbier world, le lecteur pourra se procurer les légendaires écharpes rouges du patron de L'Express. Plug-in intégré au Plus, le générateur de vouvoiement, le vuvuzeteslà, traduira tes tweets de crevard dans un français intelligible. Le Figaro, lui, planche avec des spécialistes du droit sur des formulaires de commentaires préremplis afin de canaliser l'expression de ta xénophobie la plus distinguée sans risquer de malencontreuses poursuites judiciaires. Pas la dernière sur l'interactivité, via l'application Fogorama, La rédaction du Point proposera à ses lecteurs de choisir dans quelles émissions de télévision Franz-Olvier Giesbert interviendra la semaine suivante.

4 / Pas en reste sur l'innovation, Libération réfléchit à un service de téle connectée autour des émissions politique françaises dirigé par Jean Quatremer et entièrement en allemand.

5 / Bien au fait des possibilités offertes par la transversalité des supports cognitifs, la fin du papier quoi, Le Monde réfléchit à la mise en place de deux rédactions. Une double édition en ligne comblera enfin toutes les sensibilités politiques tout en permettant un ciblage publicitaire optimal. Le Monde de gauche et Le Monde de droite offriront une vision de l'information tout à la fois clivée et consensuelle où chacun pourra se retrouver sans se croiser selon ses affinités idéologiques.

(F-O Giesbert: "Je vais en prendre plein la gueule demain sur internet")

6 / La direction de Le Monde de ceux qui en ont rien à foutre de rien[2], la déclinaison "culture et tendances" des Monde parallèles, sera confiée à Jean-Marc Morandini. Ce nouveau titre sur lequel le groupe Niel-Pigasse-Bergé mise beaucoup (avec 100% de l'argent de Google), ambitionne de réunir la France d'en-haut et La France qui ne lit plus la France d'en-haut. Il regroupera les tweets de la crème journalistique relatant en temps réel les rebondissements des émissions de télé-réalité. 

7 / Mais attention, coupons aux rumeurs d'une presse que l'on achèterait à coups de millions à défaut de l'acheter en kiosque. La presse française tient à garder son indépendance tout en restant fidèle à sa tradition. Les fonds de Google serviront donc aussi à la constitution d'un comité de vigilance des Sages pour le maintien dans les rédactions d'une majorité d’apeurés et de pédants n'ayant que du mépris pour internet mais souhaitant continuer à palper sans prendre l'once d'un risque, le CVSPMRMAPAQDMPIMSCAPSPOUR.

8 / Suites aux nombreuses réclamations des différents acteurs de l'édition, le principe d'un vaste plan de rénovation des machines à café dans les rédactions est d'ores et déjà acté.

9 / Les pure-players ne sont pas délaissés. On annonce l'arrivée de Médiaphatie, premier site uniquement constitué de preuves, mais garanti sans information. Y seront distillés à toute heure de la journée, et avec un vocabulaire limité à 40 mots, analyses et vérités indiscutables sur les bienfaits de la compétitivité, de la réduction des dépenses publiques et sur les désastres économiques, environnementaux, éducationnels et hygiéniques causés par les 35 heures. Au programme de la première enquête: "Pourquoi les fonctionnaires ne servent à rien ?"

10 / Plus iconoclaste. Une grille de rémunération concernant les reprises des textes de blogueurs est envisagée. (Non là, je déconne).

En vérité, un nouveau jour numérique se lève sur la presse mondiale. Et nous en sommes l'avant-garde.

" - Ouais et avec votre nouvelle maquette à 5 patates, on va niquer tous les blogueurs !"

[1] Toi aussi, aide-moi à transférer mon blog vers le numérique. Bouton Paypal en haut à droite.
[2] On a d'abord pensé à appeler ça Le Post.

Articles connexes :
- 10 solutions audacieuses pour sauver la presse face à Internet
- Pourquoi Jean-Michel Aphatie est-il le pire métier du monde selon Jean-Michel Aphatie ?
- Les blogueurs sont-ils des cons ?

30 janvier 2013

Des bienfaits de la diversion

par

Alors que l'assemblée commence enfin à débattre du mariage pour tous, Ayrault tease[1] déjà les médias sur l’éventualité du droit de vote des étrangers aux élections locales (« s’il y a la possibilité d’une majorité des 3/5e au parlement »), promesse de campagne que l’on pensait enterrée. 

OK. Sur la méthode, plus de doute possible: ce gouvernement n'a pas la diversion discrète. Reconnaissons que pour le mariage pour tous, la mécanique a été redoutable: 

1 / Ringardisation de la droite[1]. Elle a plongé la tête la première dans le ridicule[2], s’enferrant dans les retranchements poussiéreux de schémas patriarcaux d'un autre siècle, avant de sombrer dans l'effrayant avec ses accointances foireuses. 

2 / Unité de la gauche (ses composantes sont pourtant loin d'être aussi enthousiastes sur d'autres pans de l'action gouvernementale) et augmentation de ses soutiens suite à la mobilisation à droite. 

3 / OPA sur le temps d'information. On se souvient du souci sarkozyste de dicter l'agenda médiatique en début de quinquennat. Un sbire lançait une annonce le matin, elle était débattue toute la journée sur les ondes, puis close par le président lui-même le soir venu. Pendant ce temps là, on ne parlait pas des sujets qui fâchent. Le principe est le même ici, à la différence notable que la thématique est diluée sur des mois et que personne ne doute que la loi soit votée. 

Inconvénient. En faisant traîner, dans un tel environnement média raffolant du clash ou de la libre expression du fétide au nom du débat d’idées, on attise les haines dans une société déjà à cran. Mais il semble que la connerie ne paye plus: suite aux excès et aux démonstrations de force des anti mariage gay, allant jusqu'au revival de la prière de rue, l’adhésion au projet de loi grimpe dans l'opinion (63% pour, sondage Ifop/Atlantico). 

Ne boudons pas non plus notre plaisir, le magistral discours de Christine Taubira, servi avec  son hachis de députés UMP, restera un grand moment du quinquennat et de l'histoire de l'assemblée nationale. 


C'est le paradoxe de ce combat. D'un côté, le gouvernement fait profondément évoluer la société et on ne peut que l'encourager. De l'autre, il se sert de cet épisode pour masquer ses renoncements dans des domaines impactant pourtant bien plus de citoyens (réforme bancaire ou droit du travail pour n'en citer que deux).

Reste à savoir si, après un semestre sur le mariage des homos, les Français sont prêts à remettre le couvert sur le droit de vote des immigrés aux scrutins locaux et, surtout, s'ils tiendront longtemps avec de belles tribunes pour de nobles combats sans amélioration de leur situation personnelle sur le front de l'emploi, du pouvoir d'achat ou du logement. 

Ils sont aujourd’hui 72% à estimer que le débat autour du mariage pour tous a trop duré.

[1] désolé.
[2] Cela ne se représentera pas souvent alors rendons hommage aux voix discordantes à droite:  Franck Riester, Benoist Apparu, Yves Jego et Rama Yade.
[3] Notons pêle-mêle: un Mariton en mode trolling, un Guaino nous rejouant la petite marchande d'allumettes (the Malraux mix) et une Barjot explosant d'un plateau à l'autre les records du pathétique établis de dure lutte par Nadine Morano

Illustration: la stratégie de la poussette, C.Michel  (2013)

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