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23 avril 2020

#confinement jour 40 : l'art de la contradiction

par
A moins d’un miracle (vaccin ou disparition soudaine du virus) ou que l’on accepte enfin de voir collectivement la mort en face tout en prenant nos précautions et responsabilités, il n’y a pas d’autre issue au confinement que le confinement. Le piège se referme donc sur le duo Elysée-Matignon à l’incompétence démasquée. Alors que chacun commence à s’organiser sa vie post-confinement (les boutiques réouvrent, les gens circulent) chaque jour qui passe permet aux Français, anxieux ou résignés, d’assister au pitoyable spectacle médiatique d’un pouvoir en déconfiture. Entre morgue, incompétence, culpabilisation et branlage de symbole, la Power Point Action Team En Marche s’enfonce de jour en jour dans le grotesque. 

Chaque annonce de la présidence est désormais démontée par le gouvernement. Sur la question de la reprise des cours le 11 mai, l’Elysée est contredit par le ministre dès le lendemain lui-même contredit par Matignon le jour d’après. Avec de tels clowns, l’opposition est atomisée. Macron et ses sbires plus ou moins controlés deviennent inaudibles mais jouissent encore d’une certaine légitimité pour certains. Ils donnent l’impression d’agir (action qui consiste à saturer l’espace médiatique pour dire qu’on agit). A ce rythme de confusion, parachevant le scandale d’état de la gestion des masques (status update : on en a toujours pas), ils vont inexorablement perdre aussi cette légitimité chez les plus, si ce n’est fidèles, au moins sagement respectueux des institutions. 

L’Elysée reprend finalement la main  dans la journée pour préciser que la reprise se fera sur la base du volontariat. Lequel ? Celui des professeurs sacrifiés ou des parents effrayés ? Les enfants, eux, sont laissés à leur angoisse. Ils ont très bien saisi la contradiction entre ces deux derniers mois d’un discours anxiogène où tout devient suspect et un environnement scolaire (qui a connu le premier mort du Covid rappelons-le) qu’on leur promet soudainement sans danger.

Cette injonction contradictoire puissance 1000 que représente la reprise scolaire au 11 mai enfonce le clou du manque de vision du pouvoir qui ne fait que ce qu’il croyait savoir faire : de la com’. A défaut de susciter de l’adhésion et de vendre du rêve, on pouvait au moins espérer de technocrates qu’ils sachent gérer les basiques d’une nation. On s’aperçoit que même pour ça ils sont très mauvais. Ça donne des leçons de travail à la terre entière mais ça n’est probablement pas capable d’organiser les tours de vaisselle à la cantoche de la colonie de vacances alors une entreprise, un budget familial serré ou un pays…

Je parle ici de l'éducation, c'est la même chanson sur les test ou les masques qui sont, d'un jour sur l'autre, en fonction de l'état de nos arrivages, "inutiles" ou "indispensables".

On ne l’entend pas sur les chaines d’infos (comme sur la majorité des ondes privées ou publiques) mais avec cette gestion colin-maillard du Covid on est peut-être tout simplement entrain d’assister à l’agonie en direct de la cinquième république. Moins elle a de voix, plus elle fait du bruit pour exister. A-t-on encore besoin d’elle ? Qu’on ne compte plus trop sur nous pour la réanimer.

Pour l’école, je n’ai pas encore décidé si mes enfants y retourneront ou non. Pas tant que je craigne le virus mais pourquoi suivre cette navigation ivre d’une clique en orbite qui gère le stock humain au petit bonheur la chance. Je pense que je vais continuer pour ce bout d’année scolaire à faire comme l’état nous a habitué à faire pour les masques : se démerder. 


Les jours d'avant :
Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6 - Jour 7 - Jour 8 - Jour 9 - Jour 10 - Jour 11 - Jour 12 - Jour 13 - Jour 14 - Jour 15 et 16 - Jour 17 - Jour 18 -  Jour 19 - Jour 20  - Jour 21 Jour 22 et 23 - Jour 24 - Jour 25  Jour 26 - Jour 27 - Jour 28 - Jour 29 - Jour 30 - Jour 31 - Jour 32 Jour 33 - Jour 34 Jour 35 et 36 Jour 37 et 38 Jour 39 

22 avril 2020

#confinement jour 39 : la reprise, plus c'est précis plus c'est flou

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"C'est dangereux mais ce n'est pas dangereux, et réciproquement". C'est un peu le seul discours cohérent de ce gouvernement depuis des mois, et cela a commencé bien avant le confinement. C'est d'ailleurs une des raisons que nous sommes enfermés dans nos salons depuis la mi-mars. Pas parce que nous sommes irresponsables ou imprudents, mais bien parce qu'ils n'ont pas fait leur job, ont menti et/ou n'ont pas pris la mesure des enjeux (très probablement les deux).

Jean-Michel Blanquer a "précisé" les contours de l'usine à gaz de la réouverture anticipée des établissements scolaires le 11 mai, date symbolique de "déconfinement qui n'est pas un déconfinement". Curieux sentiment avec ce gouvernement : plus il donne des précisions sur la reprise, plus celle-ci paraît floue. A l’évidence, le monsieur propre de l'Education ne voulait pas de cette reprise printanière. Comme nous, le ministre a dû apprendre devant son poste qu'il avait trois semaines pour préparer une rentrée des classes en "temps de guerre sanitaire". Quelle connerie la guerre. Ses hashtags étaient déjà calés jusqu’à septembre : #nationApprenante #WeekEndApprenant #GrandesVacancesApprenantes #ChomageDeMasseApprenant et, paf, le couillon en chef a plié sous les injonctions du Medef pour sortir de son chapeau cette reprise surprise, histoire que les enfants de pauvres puissent être gardés par des enseignants à sacrifier. Le confinement est un luxe de bourgeois. Si le virus n’avait atteint que les classes populaires, il n’y aurais JAMAIS eu de confinement.  Il n’y a pas de justification autre qu'économique à cette reprise des cours aussi prématurée. D’ailleurs les universités ne reprendront pas avant des mois, et il se dessine clairement que les enfants des privilégiés qui peuvent télé-travailler (et disposent de plusieurs ordinateurs) seront dispensés d’aller physiquement en classe et pourront eux aussi étudier en télé-travail.

La reprise des cours dans des conditions sanitaires acceptables (je veux dire celle qu’on nous impose  à longueur d'ondes dans des spots débilisants) est tout simplement impossible. Dimension des locaux, proximité continue, files d’attente interminables, évidemment les millions de masques quotidiens nécessaires que l’Etat ne sera jamais en mesure de fournir ne serait-ce que pour une seule journée, idem pour les tests. Je n'évoque même pas la question de la cantine, des couloirs et des transports scolaires… On peut s’interroger sur cette désinvolture au terme de sept semaines de privation de liberté. Depuis le départ, bien avant le confinement, ce pouvoir alterne sur une base quotidienne, dès fois même à l’intérieur d’une seule journée, entre le discours sur la dangerosité extrême du virus et celui du relativisme en se basant sur une parole scientifique qui, elle-même, se contredit puisqu’elle n’a pas tellement plus de recul sur ce virus que le commun des mortels. En cas d’échec à combattre ce que le pouvoir ne sait même plus définir, la parade est trouvée : c’est de la faute des Français qui ne seront responsables et n’auront pas complètement saisi l’enjeu.

On juge un pouvoir à la façon dont il traite ses prisonniers et à la façon dont il traite sa population en temps de crise. En temps de crise, ce pouvoir n’accomplit qu’une chose : faire de nous des prisonniers de nos maisons et de ses discours schizophrènes. Demain jour 40, toujours pas de masques, pas de tests. Nous n’aurons pas d’ici le 11 mai. La seule certitude que l'on peut avoir avec cette clique de médiocres, dont les deux seuls super pouvoirs restent à ce jour de distribuer des PV et de tordre la cohérence, est que le 11 mai il n’y aura pas de 11 mai.


Les jours d'avant :

12 avril 2015

3X rien au sujet de la jeunesse

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78 fermetures de classes maternelles et primaires à Paris ...dont une dans l'école maternelle de ma fille (et ce contre toute logique démographique). Ma gamine aura ainsi le bonheur de passer de 25 à 32 enfants dans sa classe. Elle qui voulait faire "maîtresse" quand elle serait grande, elle se réorientera probablement vers "chef de camp de garde". J'imagine que tout ceci rentre dans l’effort pour l’accès à l'éducation dans les meilleures conditions cher à notre glorieux Président durant sa campagne, et l'égalité des chances pour les filles qui tenait tant à cœur à la ministre Najat Vallaud-Belkacem il y a encore deux ans

A moins que tout ceci ne soit juste qu'une formidable publicité pour l'école privée.

S'attaquer aux enfants pour compenser les milliards déversés aux entreprises qui n'embauchent pas. En plus de son incompétence, ce gouvernement est minable. 

Mais mon petit doigt me dit que parents et enseignants n'ont pas dit leur dernier mot.  Le printemps sera chaud.

Source de l'illustration : Sébastien Fontenelle

4 septembre 2013

Réforme des rythmes scolaires : Crash-test sur enfants

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"- Alors c'était bien ton activité périscolaire ma chérie ?"
" - Oui très. On a mangé des Carambars dans la cour pendant 2 heures"

C'est la rentrée et je vais donc, en tant que parent d'élève en maternelle, je vais m'autoriser quelque avis sur la réforme des rythmes scolaires imposée par le Ministre de l’Éducation Vincent Peillon et dont j'ai déjà pu, en ce jour de rentrée, apprécier en avant-première nationale le potentiel catastrophique. A Paris, comme on est mieux que les autres, tout a été décidé dans l'urgence (par opportunisme électoral ? Auquel cas c'est con[1]) et dans une belle confusion.

Bon. Je passe sur les activités que l'on m'a fait choisir en juin avec un beau formulaire bourré de fautes d'orthographe, tout cela pour m'entendre dire le 3 septembre au matin que, bah non, en fait je n'ai pas mon mot à dire sur les activités. Je passe sur le second planning à remplir le matin dans la précipitation et requérant un Bac+12 pour sa compréhension. Je passe sur le flagrant sous-effectif dans l'encadrement déjà constaté depuis un an pour les activités hors temps d'école (heure de goûter), plutôt limite en termes de sécurité. Selon le Ministère, 400 nouveaux emplois ont pour buts de développer la scolarisation des enfants de moins de 3 ans à l’école maternelle. Pour La France je trouve ça léger mais bon.

Alors oui, j’entends les "Bah dans mon école, ça c’est bien passé" et autre "faut le temps de se roder", ou encore les "on fera le point dans un an".

Bullshit.

Je vais clore tout de suite le débat. On parle d’enfants ici, pas de mannequins-test dont on va évaluer la disposition dans l'habitacle pour voir comment ils encaissent un choc frontal d'une école à l'autre.

Quant on propose une réforme engageant une telle machinerie avec de telles conséquences, et vu le budget du Ministère en question, cela doit être parfait partout le jour J. Sinon on ne fait rien, et surtout pas des belles phrases sur le bien-être des enfants qui sont visiblement ici la dernière roue du carrosse.

J'avais 3 craintes à l'annonce de cette réforme :

1 / Que le machin tourne à la garderie (avec hausse des accidents)

2 / Que le privé s'insinue dans le marché et qu'il y ait des activités à 2 vitesses, les "nobles" pour les riches et les pourries pour les fauchés. (Sois directement en interne dans l'école, soit via des offres périphériques auxquelles les parents seront bien obligés de recourir si c'est le bazar en interne)

3 / Que l'on allège les rythmes à l'année sans toucher aux 2 mois de vacances d'été (Une vraie galère pour l'ensemble de ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir 2 mois de vacances, dont on me souffle qu'ils sont beaucoup parmi les fauchés susmentionnés).

J'ai le sentiment que nous nous dirigeons à grandes enjambées vers les 3.

Et ce n'est pas faute d'avoir prévenu. Les réunions parents-profs en colère vs. La municipalité fière d'elle ont été particulièrement houleuses. Et visiblement, rien n'a été écouté.

Peillon veut une école plus humaine ? 

Qu'il augmente les effectifs d'encadrement aussi bien pour le périscolaire que dans les classes (avec la présence d'un second adulte pour l'encadrement et le soutien. Toujours selon Le Ministère de l’Éducation, plus de 1000 emplois seront consacrés au dispositif "plus de maîtres que de classes", qui a pour but de renforcer l’encadrement des élèves dans les zones les plus fragiles. Question : quelles zones ne sont pas fragiles ?).

Qu'il pense également à un réel plan avec un vrai programme pédagogique et des gens diplômés (tant qu'à faire) pour les heures "libres" ainsi récupérées (musique, sport...) au lieu de proposer cette usine à gaz à la carte qui sent le fiasco scolaire à plein-nez et va se résumer dans la moitié des cas (les plus pauvres) à mater Gulli à 60 dans le préau sous la supervision d'un stagiaire.


[1] Ne cherchez plus le principal ennemi d’Anne Hidalgo pour la campagne municipale en 2014. Il ne s’appelle pas NKM mais "réforme des rythmes scolaires".

Illustration: P.Torreton dans Ça commence aujourd'hui de B.Tavernier (1999)

22 mai 2012

[video] Alerte Rouge

par
La ségrégation du pauvre n'est pas que géographique. Dans les sociétés néolibérales, arrivé à un certain point d'indécente accumulation, il convient que chacun reste à sa place, dans sa classe, afin de garantir l'hégémonie financière, idéologique et culturelle d'une poignée. L’accès à l'éducation pour tous ou au meilleur marché est la clé de l'élévation sociale et d'une société éclairée. 

La question des dépenses publiques donne l'alibi idéal à une poignée pour passer la gestion de l'éducation au privé ou exploser les frais de scolarité (de 82% au Québec, pour parait-il payer les  professeurs aussi bien qu'aux Etats-Unis, pays modèle où certaines grandes universités se vident faute d'étudiants solvables). Et s'il y a mécontentement de la jeunesse, il convient alors de purement et simplement leur interdire le droit de manifester

La vidéo date du 7 mai. Un petit tour sur les réseaux sociaux nous confirme que la situation a dégénéré depuis pour les étudiants québécois. Nous sommes de tout coeur avec eux


Vidéo vue chez deefblog.

29 février 2012

La campagne du cancre

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Marketing à la Morano, idées à la Chuck Norris: telle est la dynamique de campagne de notre président-candidat.

Au programme du jour, attention accroche-toi au pinceau je retire l'échelle, il propose aux enseignants de "travailler plus pour gagner plus".

Si la "valeur travail" est bafouée dans ce pays, la "valeur photocopieuse", elle, se porte sans honte. 

Notre souverain en opération "tout doit disparaître" sur le bilan propose donc 45% d’augmentation de travail aux enseignants pour 25% d’augmentation de leurs revenus: note l’équité du deal représentant une baisse de moitié du tarif horaire. S'il y une telle demande et tant de pognon à redistribuer, on se demande alors pourquoi a-t-il liquidé 80.000 postes dans le secteur en 5 ans et supprimé un tiers du réseau d'aide aux élèves en difficulté ? 

Prend-il les enseignants pour des truffes? Sa proposition pas même chiffrée (estimation basse 6 milliards d'euros) ne tient pas compte de la formation, de la géographie sociale, ni de la pénibilité du métier d'enseignant (14% se déclarent en situation de burn-out professionnel, 24% en état de tension au travail) et encore moins des enfants (rappelons que la France a le taux d'encadrement scolaire le plus faible des pays de l'OCDE avec 6,1 enseignants pour 100 enfants). 

Tirée de sa bible se faire réélire par les nuls, ouverte en catastrophe au premier trimestre, la pipeau-proposition ne s’adresse même pas aux enseignants dont les études d’opinion indiquent qu’ils sont trois fois plus nombreux à soutenir François Hollande. Les professeurs et instituteurs savent par ailleurs très bien à quoi s’en tenir avec un président n’ayant en ligne de mire que le dynamitage pur et simple de l’éducation nationale, histoire de la redistribuer au privé, morceau par morceau et classe sociale par classe sociale. A ce titre, comme dans toute casse cyniquement programmée de secteur public, l'échec scolaire sert même d’argument pour opérer la bascule dans le privé en distillant dans les consciences que "public = déclassement".

Non, une fois encore en visant la saturation de l'espace médiatique selon la technique ABC (Agenda-Bourrage-Clash : 1/ Lancer une proposition bidon ou mensonge pour faire les titres. 2/ Générer du débat sur les chaines infos de la TNT et les talk-radios et alimenter le clivage en dressant les uns contre les autres. 3/ Recommencer le lendemain), il s’agit de s’adresser en priorité à ceux qui vouent aux gémonies l’éducation nationale (bastion fantasmé de hordes molasses, incultes et syndiquées ne sachant plus inculquer la discipline), bref à ceux qui n’ont plus rien à voir avec l'école ni de près ni de loin depuis minimum 40 ans. Si au passage les profs s'insurgent, c'est tout bénef: cela permettra aux premiers, confortés dans leur croyance, de réaffirmer que les seconds sont des feignants.

Au-delà d'être désespérée, la tentative est désespérante, c'est un signe extérieur flagrant d'un patinage dans le vide du candidat-président. Faut-il être à ce point à court d’arguments pour chercher à ressouder son électorat fétiche autour d'une position qui fait déjà consensus chez lui: la détestation de l’école publique? 

Illustration: Cameron Diaz dans Bad teacher (2011)

28 août 2010

Passe ton bac d'abord

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Il est de ces moments où le rédacteur, surtout l'été, s'occupe de son enfant du matin au soir, ce qui explique, peut-être, couplé à un climat politique qui le lasse profondément, une baisse de sa productivité. Mais bon, c'est le miracle de la vie.

Il erre d'aires de jeux en espaces verts pour contenter la gamine en mal de mer. Cet après-midi là mi-août, il supervise le ratissage d'un coin de bac à sable au cœur d'un jardin dans un quartier rupin de la capitale.

Quelques nounous s'éventant sur les bancs surveillent de loin leurs enfants à charge, de un à quatre ans. Ceux-là babillent peinards dans l'éden de fraicheur, à l'abri du charme parisien (constitué à 29% du vacarme des voitures, 31% d'alarmes intempestives de scooters à balle deux, 12% de bips stridents de marche-arrière de camions de livraison et 28% de marteaux-piqueurs), sous les regards attendris de ces petites-vieilles que l'on observe souvent en quête d'innocence dans ce type d'environnement apaisant où ne flotte qu'une fragile fragrance d'urine. Une mamy est également à la vigie, affectée par ses propres enfants à la gestion de Mattuselin en attendant la rentrée des crèches.

Pas loin, l'enfant cultive son lopin de sable au râteau mauve. Le rédacteur a éparpillé autour son set de plage Ciao Bunny, composé de six éléments : pelle, saut, râteau, tamis à encoches, arrosoir et moule en plastique à tête de lièvre.

Jusque là c'est mignon comme tout et je sens que tu es touché par cette débauche de guimauve de la part d'un rédacteur potichisé. Ça ne va pas durer, une futile perturbation va réveiller le Zemmour qui sommeille en lui[1].

Déboule dans le bac, une bande d'enfants de 10 à 12 ans dont les visages, les sapes pourries rehaussées de logos pour les garçons et de sweat à paillettes de marques qui claquent, semi-beyatches, pour les filles, ainsi que le vocabulaire atomique à base de "wesh" donnent volontiers tous les signes extérieurs d’appartenance à un quartier pas du quartier. Ici, on donne plutôt dans la pute de luxe, l'Alzheimer et le vote UMP.

Ils sont huit à prendre possession géographique du carré ensablé, cinq garçons et trois filles, plutôt âgés pour ce type de distraction, vaguement encadrés d’une jeune monitrice qui s'éloigne du site pour discrètement faire le point à voix haute sur sa garde-robe par Heil-Phone à coque louche avec sa cops' .

L'ÉDUCATRICE
- Chez Zarou, je suis tombée amoureuse d'un pantalon à 150 euros.

Le niveau sonore prend soixante décibels d'un coup et l'ambiance baby confort tourne à la cour de ZEP. Les garçons s'invectivent, s'injuriant toutes les deux phrases. Bon, il en faut plus pour choquer le rédacteur. Il est de ceux qui pensent que "Veuillez agréer l'expression de mes plus chaleureux sentiments pour aller sodomiser votre maman" est plus subversif que "nique ta mère". On peut donc s'exprimer trash mais encore faut-il le faire à bon escient et avec classe : si c'était ses mômes, ce serait deux mornifles direct pour recalibrage lexical. Non mais.

Un des plus jeunes garçons, 10 ans à peine demande au rédacteur la pelle de Juniore pour creuser un tunnel sous la Manche. Il lui prête d'autant plus volontiers que sa môme ne s’en sert point et que cela lui apprend le partage. A en juger par sa moue déconfite fixant le mioche inconnu de quatre fois son âge creuser comme un furieux avec une de ses possessions, la précieuse est encore de droite, tendance conservatrice, et pas pour l'apaisement des conflits de génération.

Moins d’une minute après, une des gamines à tee-shirt DoucheetGabanon lui demande, après avoir saisi l’objet, l’arrosoir pour humidifier le dinosaure qu’elle confectionne au milieu du chahut des garçons. Les filles se mêlent à la joute, rajoutant une fréquence sonore qui manquait à la quiétude de l'instant. La grand-mère excédée reprend Matuselin et ses deux pelles taxées pour faire sabres :

GRAND-MÈRE SAIT FAIRE UN BON CARTON
- Non, mais ça va pas de s'envoyer des boules de sable, il y a deux enfants en bas-âge ici !

Le rédacteur cherche du regard ce qui sert d'"éducateur". La minette, lancée dans la description téléphonique de son épilation intégrale, tourne blasée le dos à la Bataille de San Sebastian version Minikeums.

Quand le rédacteur rabaisse les yeux, c'est Ciao Bunny en open bar, son tamis et son seau sont dans les mains de deux garçons de 10 et 13 en plein concours de tunnels. L'un d'eux, celui au tee-shirt à l'effigie d'un billet de mille dollars, racle maintenant le béton au fond de sa tranchée.

Jamais deux sans trois. Tandis que sa camarade de 12 ans avec le leg-in moulant et ceinture à diamants ramène de l'eau en seau pour un petit aquasplash, la mioche aux paillettes et à l’arrosoir se saisit, sans demande d'autorisation préalable, du moule en lapin. Dans son coin de bac, la gamine, immobile, empoigne son dernier ustensile, prête à cogner.

Le rédacteur, pourtant pour le libre-échange et le détachement des possessions matérielles, se surprend alors à se sentir presque coupable de dire à la presque adolescente que, quand même, ce serait bien qu’il reste quelques-uns de ses jouets à sa kid. Incompréhension dans le regard de la miss, mais ce n'est pas grave : il lui reste le seau et l'arrosoir.

Rapide tour d'horizon, il n'y a plus que les huit et la p'tiote dans le bac. Après le happening de Madame Figaro, les deux autres enfants de quatre ans sont partis d'eux-mêmes sur le gazon.

Même si son petit risque de prendre une vague de sable, un tamis volant ou d'être le tapis d'atterrissage d'une figure des supertares du catch, le rédacteur s'amuse du moment. Néanmoins, soyons réalistes, la cohabitation dans le bac à sable est, en moins de sept minutes, devenue mal aisée pour ceux ne partageant pas les codes des huit.

La Grand-mère s'en est allée avec son Mattuselin. Les nounous distribuent les 4 heures en attendant la fin du déluge. N'ayant lâchement pas envie de jouer le Jean-Pierre Chevènement du square, le rédacteur ne pronostiquant aucune accalmie au regard de la léthargie du bloc de surveillance en plein descriptif des sex-toys achetés sur E-bayse, récupère les ustensiles à pâtés sous les regards incrédules.

Les gamins ont gagné et, à 11,5 ans d'âge moyen, décrochent le bac. Mention tout le monde se casse.

Quittant l'endroit, inutilement énervé puisque le parc est à tout le monde, alors qu'il frôle l'éducatrice lançant un lointain "Oh faites attention" à la marmaille projetant désormais le sable à mains nues hors du bac, conscient du piège de l'exemple qui ne doit surtout pas faire généralité, le rédacteur ne peut s'empêcher, c'est plus fort que lui, de tirer une morale de vieux con à cet anodin fait d'été.

Au-delà du cas, à lui seul révélateur, de l’ectoplasme ado qui servait d’encadrement des mineurs, il y a chez ces gamins un déficit d'éducation bien plus profond qui débouche sur une quasi-complète absence de considération pour l'autre, ne demandant qu'à accélérer comme n'importe quel travers chez un enfant si l'on n'y met pas de limites.

Derrière l’agressivité des comportements, le rédacteur n'a détecté aucune méchanceté : ils sont plus violents entre eux qu'envers les autres. En revanche une attitude similaire, plus tard, ailleurs dans des contextes un peu plus lourds de conséquences, peut provoquer des réactions épidermiques chez autrui qui, en retour, provoqueront du ressentiment chez ceux pas conscients, puisqu'on ne leur a jamais dit, d'avoir abusé.

Et c'est alors qu'un Ministre de l'Éducation, histoire de faire oublier son flagrant-délit de portenawak, bien dans l'esprit de répression aveugle et de pointage du doigt des déviants de ce gouvernement, exigera une plus grande fermeté des sanctions scolaires face aux incivilités et aux violences verbales.

LE RÉDACTEUR
- Monsieur Le ministre, veuillez agréer l'expression de mes plus chaleureux...

Encore faudrait-il qu'il y ait des effectifs d'encadrement suffisants à l'école et que le rôle de celle-ci soit de former les enfants à ne pas être mal élevé d'entrée de jeu. On gagnerait du temps sur l'apprentissage du reste. En amont, rappelons que, théoriquement, il existe des parents qui doivent inculquer les bases, simples mais solides, d'une vie en société où chacun s'appréhende avec un minimum de correction.

Problème : dans cette société où du tee-shirt à billet vert du gamin au coût de la vie en nette augmentation ne permettant plus, pour beaucoup, non seulement de partir en vacances (1 français sur deux quand même) mais juste d'avoir du temps pour cadrer leurs enfants le reste de l'année, le pognon est une adoration et un facteur clé. Faute de temps, toujours au(x) boulot(s), sur le trajet ou au centre co', cette éducation basique devient la partie congrue et, très vite, la contagion de la télé et de quelques mauvais exemples passant par là, pour beaucoup d'entre eux et plus vite qu'ils ne le pensent, un courant impossible à remonter.

Avant de s'attarder dans quelques années sur son propre fiasco éducationnel, le rédacteur traitera la prochaine fois de l'éducation pourrie des beaux quartiers. Bien plus riche et nocive, car ce sont encore trop souvent leurs enfants qui deviennent présidents.

[1] mais aussi un peu de Mahatma Gandhi, de Princesse Sarah et de James Brown, alors ça va.

Illustration : l'enfant sauvage de F.Truffaut (1969)

7 décembre 2009

Passé, présent, futur : Des têtes bien faites

par

Lecteur, le moment est grave. La couche de raison nous préservant des tâches scolaires se détériore. Craignons qu’en 2020, il reste bien peu d’étudiants pour faire le rapprochement entre les titres des journaux télévisés de cette semaine.

D’un côté : A l’occasion du sommet sur le climat à Copenhague, les chaînes déroulent à base de jingles alarmistes et reportages[1] stock-shotés façon chute d'iceberg et bébés phoques en pleurs, une information d'anticipation à dominante sensationnaliste avec variantes du niveau, de la localisation et de la date du grand tsunami environnemental [2].

De l’autre : Les mêmes chaines s'interrogent, ou relaient l’interrogation, sur la fin programmée de l'histoire en terminale S[3]. Une tendance de fond qu'elles accompagnent pourtant à base de commémorations-spectacles sélectives faisant la part belle aux politiques, où le vide de l'analyse est recouvert par la pétarade du feu d'artifices.

Voici l'air du temps présent, balançant entre usurpation et propagande.

D’un côté, hier : Plus de passé ou un passé édulcoré, colorisé, éventuellement revisité suivant les convenances personnelles des décideurs, l'histoire étant d'abord celle de celui qui te la raconte.

De l’autre, demain : L’invasion de l'ordre de la croyance d'un futur menaçant à portée de crainte mais toujours repoussé, une menace du pire distillée au quotidien sans aucune justification autre que des images et des propos répétés et répétés encore : La planète est en danger.

Vision martelée qui, avant de sauver qui que ce soit, permet aux gouvernements de voter impôts et réformes avec la bénédiction d'un peuple qui les prendra en pleine tête, d'établir des normes de réhabilitation dont les grands bénéficiaires seront les marchands du temple, bref de développer un nouveau business sur le dos du croyant, le temps pour nos vendeurs de passer d'un bassin de consommation à un autre.

"Croissance verte", ça c'est du concept. Et puis ça sonne bien, comme "Guy Moquet", "Prise de la Bastille" ou "La France a gagné la Guerre".

Ton gouvernement le sait : Pour que tu sois un bon petit robot ne captant rien à ce qui se passe, de ton boulot à ton quartier, il ne faut surtout pas te rappeler ce que tes ancêtres ont pu subir puis faire tomber, mais bien te terroriser au sujet de ce que tes enfants risquent pour 2050.

Fin de l'histoire et début de la croyance : Tout se tient.

Ils possèdent déjà le présent. "Hier" et "demain" deviennent leurs marques déposées.

Au lieu de regarder la planète d'après qui serait possible si tous ensemble on se mettait à brouter bio, je fixe le doigt des sbires médias (jusqu’à preuve du contraire rémunéré par la publicité des pollueurs) qui me la montrent en insistant jusqu'à l'obscène pour me faire trembler.

Loin de moi l'idée de prétendre allègrement que la planète ne se réchauffe pas et que l'homme n'y est pour rien. Disons juste que subsistant dans un 25 m2 chauffé l'hiver à la seule puissance de ma température interne, me déplaçant le plus souvent à pied, ne respectant que très peu les grandes messes consuméristes, étant satisfait d’un point de vue acoustique par cet ampli à lampes acheté 32 ans plus tôt (durable non ?), le réchauffement climatique ne me préoccupe que très modérément.

Considérant qu'il y a plus à craindre du climat idéologique actuel si l'on ne fait rien que d'un ciel que l'on va prendre sur la tête si l'on agit trop tard, je ne serai pas plus éco-citoyen que ma réduction de consommation acharnée pour cause d’absence de pognon et souci d’épure.

Certes, j'ai encore de nombreux efforts à faire pour atteindre le niveau de dénuement de la majeure partie des habitants de cette terre mais, avec l'aide de ce gouvernement, je devrais y arriver prochainement.

Peut-être même avant 2020.



[1] avec pédigrée des émanations compensées de CO2 causées par le reportage, vu sur France3.
[2] Ici, la mer va monter de 7 mètres dans 20 ans, là de 10 dans 5. Ailleurs, les Malouines vont disparaître, plus loin on nous promet des pistes de ski à Marrakech.
[3] en même temps, laisser l'éducation nationale dans les mains d'un camelot d'hypermarché, c'est un peu comme si on donnait les clés de la république à un VRP de chez Rolex

crédit photo : Flickr / Jonathan MacIntosh / Oldnavy

16 février 2008

L'ECOLE DES FANS

par
C'est con mais je m'y étais fait à ces quelques jours sans notre monarque. Peu importe où, c’est toujours bon à prendre. A mon retour, le feuilleton de la bataille entre favoris du président pour l’attribution de la mairie de Neuilly me paraît d’une médiocrité hallucinante même pour notre mètre étalon cinquante du minable.

Glisserais-je bourgeois mais je n'arrive même plus à m'égosiller sur les polémiques contemporaines relatives aux excès de pouvoir notre monarque. Il y a encore quelques mois j’aurais bondi sur ce nouvel épisode ; "Que chaque élève de CM2 ait "un correspondant Shoah" dont il connaitra le nom et l'histoire ! Aujourd’hui, avec un tel président, plus rien ne m’étonne. Après tout, notre monarque est un gros sensible et puis, Paris Match le sait bien, il a cette âme d’enfant. Emotif et émouvant, il aime jouer dans les parcs à thèmes. "Trop cool le jeune juif gazé" a t-il du penser, "c’est comme un Tamagochi ou un Pet toy mais en moins cher". Et en plus, c’est concept, y a une histoire qui va avec. Une seule question qui s’occupera des produits dérivés : Lagardère, Bouygues ou Bolloré ?

Sacré Sarko ! Rien de tel que de stigmatiser les juifs pour solidifier une nation ! D'autres l'ont compris bien avant lui.

Oui, Nicolas est un sensible, Nicolas est un marteau piqueur politique, tout ça triplé d’un con.

Je pensais que l’école était réservée à l'instruction et non à l’initiation au jeu de rôles et à l'entertaining compassionnel. Pour ça y a le Paint-Ball et "La Liste de Schindler". Sensibiliser à la Shoah ? A l’ère de Counter Strike : ce procédé a toutes les chances d'aboutir au contraire. Une instruction cohérente, en plus d’apprendre à lire et écrire - ce dont le monarque devrait se soucier prioritairement concernant les enfants quittant le CM2 - doit fournir les bases d’une culture générale comprenant, entre autres, l’histoire DONT la Shoah.

Avec l'aide de mon ami, le docteur Emmet Brown, j'ai récupéré quelques devoirs d'élèves de l'école primaire Henri Salvador de Bagneux en 2011. Il faut savoir que suite à la réforme de l'orthographe qui a été voté à l'unanimité de lui-même par notre monarque en 2010, la compréhension de la majorité des devoirs m'est restée partielle. J'ai néanmoins sauvé cette rédaction de real-histoire* en 200 lettres imposées à Matthéo, élève de CM2 :

"Avan CT la ger. Les Juifs on soufer allah Choa. Lé jen son mechant mai ensembl touté possible pour 2012. » Mattheo, CM2, 2011

* la dénomination des disciplines a été réformée en 2009 sur la base des conclusions du rapport Steevy.

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