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12 mars 2016

Qui sont vraiment les "insiders" ?

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Comme anticipé l'escadrille médiatique des VRP de la réforme libérale s'est mise en formation pour dézinguer sur les ondes la mobilisation du 9 mars contre l'infâme loi VallsElKhomri. Étonnant comme ceux qui se targuent de vouloir adapter le code du travail à un monde moderne se gaussent d'un million de signatures en ligne. Les journaux télévisés qui sont déjà à la limite du regardable en temps normal donnent envie de savater l'écran (césar d'honneur à David Pujadas qui a chaque prestation pro-Medef gonfle la pétition de 50000 signatures).  Il va falloir tenir car ils vont marteler, amadouer, tenter de nous avoir à l'usure en jouant du calendrier, d'autant qu'ils ont la quasi-intégralité des éditorialistes multisupports avec eux et qu'ils vont nous vendre, pour une fois, l'argument de la lutte des classes en prétendant que la contestation est bourgeoise, entendre diplômée (comme si cela préservait du chômage longue durée).  

Pour ceux qui ont battu le pavé ce 9 mars à Paris, un constat s'impose : les cortèges sont différents des manifestations habituelles. Bien plus de jeunes, mais aussi un calme déconcertant, une détermination palpable dans des regards sombres. Les phrases qui revenaient souvent : "Ça va au-delà de la loi travail", "c'est la mesure de trop", "ils sont bien décidés à nous faire payer la crise par encore plus de casse sociale...." Le niveau de conscience des raisons de lutter est parfaitement mis à jour, il n'y a pas de manipulation ici, mais des trajectoires personnelles et de l'exaspération. On n'est pas dans le pessimisme de 2010, quelque chose s'est levé là qui déstabilise un gouvernement à cran (le volume de la présence policière autour des ministères rappelle fortement les heures sarkozystes). Comme me le rappelait un syndicaliste l'autre jour : c'est la première fois que l'union se fait aussi vite sur le terrain. "En mai 68, il a fallu attendre quinze jours pour que les syndicats se mêlent de la contestation des jeunes". Ici en quinze jours, nous avons déjà des centaines de milliers de personnes dans la rue (jeunes, salariés du privé et du public, front syndical...).

Hors de sa morgue standard, la seule réponse du pouvoir à ce jour est l'éventualité de "taxer les CDD pour encourager les CDI" (énième pirouette puisque de fait le projet de loi détruit CDI ET CDD en instaurant sans le dire un CDE généralisé contrat à durée éphémère). La rengaine des pro Khomri est simple : les salariés sont des "insiders", des "privilégiés. Tu ne peux pas réduire le chômage ? Détruisons donc le travail. La troisième étape de cette arme de destruction salariale (la première étant la création de l'auto-entrepreneur) sera l'attaque frontale des fonctionnaires. Le récent acharnement du parquet à poursuivre les syndicats en justice (Goodyear, Air France) s'inscrit avec cohérence dans ce grand dynamitage.

Éditorialistes à un Smic par jour et en CDI depuis des décennies d'un côté, politiques déconnectés de l'autre ne connaissant pas plus l'entreprise que le travail et voguant d'un poste à l'autre depuis la sortie de l'ENA, chacun nous vantant la nécessité (pour les autres) de ne pas trop s'accrocher au contrat de travail à durée indéterminée. Se rendent-ils seulement compte de l'indécence ? 

Je ne sais pas s'ils ont l'air du temps avec eux, mais ils ont clairement derrière eux trente années d'échecs dans leurs prescriptions économiques.


Illustrations : S.Musset

6 septembre 2013

Retraites : La stratégie du renoncement

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Un sondage du Pèlerin révèle que 74% des Français sont opposés à la réforme des retraites annoncée par Jean-Marc Ayrault. Bizarrement, c'est peu commenté.

Même les mesures sur les femmes et la pénibilité ne font pas passer la potion magique.

C'est vrai qu'en y regardant de près, c'est encore plus vicieux qu'une bonne grosse réforme de droite.

Les points pénibilité ne sont qu’un hochet. On ne pourra au mieux en cumuler que 2 ans (contre 15 ans de travail à risque), c'est-à-dire juste de quoi revenir à la situation de ...2013. Paye ton avancée sociale ! 

Les points pénibilité c’est aussi, et surtout, faire rentrer dans les consciences le concept de retraite à la carte (individualisée) dans un système mutualisé (pour tous). Bientôt, chacun pourra reprocher à l’autre d’avoir un métier moins dur que le sien et de toucher trop : là aussi un vrai progrès social, et un point d'argumentation prometteur pour de futures réformes. Nos dirigeants veulent que la pénibilité au travail soit reconnue ? Qu'ils augmentent les salaires. En règle générale et quel que soit le boulot, être payé 1000 euros pour 35 heures hebdomadaires, c’est plus que pénible : c’est être insulté chaque mois.

Sur le long terme, rien ne sera réglé avec cette réforme. On reste avec un déficit prévu de 17 milliards à l’horizon 2040, même si j’ai déjà précisé le ridicule de cette somme au moment où l’on vient d’en jeter 20 par la fenêtre en cadeau sans retour pour les entreprises (ponctionnés sur le pouvoir d’achat des Français, et notamment les plus pauvres vu qu'il s'agit d'une hausse de la TVA). Là aussi spéciale dédicace aux idées de gauche, trahies comme il faut.

Rassurez-vous. Dans son grand effort de soutien au pognon, le pouvoir épargnera les entreprises (et ce n'est qu'un début, parait qu'on n'est "pas assez compétitif"). Dans la pratique, les entreprises vont peu contribuer à l'effort de redressement des comptes. On leur baisse d’autres impôts (En plus de la baisse du "coût du travail", Moscovici leur a annoncé la baisse des cotisations familiales à l'UE du MEDEF) qui seront payés par (guess who ?) les travailleurs. 70% de l’effort portera sur les salariés d’ici 25 ans (3.2 Milliards pour les patrons contre 12.8 payés par les salariés). J'espère que d'ici là ils disposeront d'autant de relais dans la presse et à la télévision que patrons et actionnaires (180 Milliards versés aux actionnaires en 2011) pleurnichant depuis deux ans de plateaux TV en tribunes radio sur les "charges" les "asphyxiant".

On travaillera donc plus longtemps (Bien vu la gauche). Ou plutôt travailleront plus longtemps ceux qui auront un travail, la denrée se raréfiant. Scoop, le travail continuera à être de plus en plus rare, euh pardon, flexible. La France atteint un taux historique d’embauche en CDD (82.4%) au premier trimestre 2013. 

Chômage plus souvent + jobs précaires dans plein de secteur +  entrées de plus en plus tardives dans l’emploi et sorties de plus en plus précoces + multiples caisses de retraite (la réforme ne prévoyant étrangement aucune réduction dans le domaine) + hausse de la durée de cotisation = à terme des baisses de pensions pour tout le monde. Je ne sais pas si "on vivra plus longtemps". En revanche, second scoop : c’est bien parti pour que nous vivions pauvres plus longtemps.

Alors oui, certains (en mode Christine Lagarde) s'emballeront sur 0.3% de croissance (anticipé) par l’OCDE. On leur rappellera (mais ils le savent très bien) qu’il faut au minimum 3% de croissance pour commencer à créer des emplois sérieux (non je ne parle pas des jobs allemands à un euro, ou de cette myriade d’autoentrepreneurs bossant déjà autour de moi littéralement pour rien, et sans protection, pour le plus grand bonheur de patrons, pauvres martyrs décomplexés multipliant ainsi leur marge par 2 ou 3 tout en dumpant les salaires à la baisse).

Bien évidemment, il n’y aucun effort de lisibilité des retraites. Plus aucun salarié ne sait combien il touchera, ni s’il touchera quelque chose. Troisième scoop : c’est fait exprès. C’est l’ambition de fond de ces réformes ne résolvant rien se succédant de gauche à droite. Ou plutôt de droite avec caféine à droite sans sucre.

Il s’agit de décourager progressivement les gens, de la faire renoncer (et ça marche). 

Il faut leur sortir de la tête l’idée :

1 / de prendre une retraite tout court (tant qu'à faire si tu pouvais crever en travaillant, ça arrangerait notre dette : ce péché originel des peuples coupables selon le catéchisme dominant de ceux s'enrichissant sur leur dos). 

2 / de toucher quelque chose un jour en cotisant à travers le système par répartition aujourd’hui. (En omettant de l'équation notre démographie triomphante, l'augmentation du PIB, l'accaparement des richesses par les actionnaires ou l'ébauche de l'esquisse de l'hypothèse de payer un peu plus les salariés).

Ainsi peu à peu, par dépit et peur, les salariés sont incités à basculer dans la retraite par capitalisation, les assurances privées ou l’investissement immobilier, pour le plus grand bonheur des banques qui vont jouer tout ça en bourse pour 1 / produire de l'argent nocif 2 / générer de nouvelles crises financières (C'est marrant comme dans tous les coups pourris on les retrouve).

Ainsi, en une génération, tu démantèles en "douceur" un acquis social, sans toucher à certaines grosses retraites actuelles. Au lieu de défendre le système, de l'expliquer, on l'enterre progressivement, en le complexifiant, en l'éparpillant.

La solidarité intergénérationnelle, principe même de la retraite ? Penses-tu ? Explosée ! Au contraire, les instigateurs de cette réforme optent sciemment de jouer les vieux contre les jeunes. Ces derniers prendront (enfin continueront à prendre) tout dans la tronche.

Alors faites ce que vous voulez. Même si je sais qu’il faudrait taper plus concret, plus fort, plus festif aussi, je serai le 10 dans la rue comme à l’époque où nos ennemis étaient au pouvoir. 

Oui exactement comme à cette époque.

Illustration : No country for old men, Coen bros. 2007

Articles connexes :
Ce jour où la gauche a augmenté la TVA
Le choc de compétitivité dans ta gueule
A l'ombre des patrons en pleurs

6 mars 2013

Cet ANI lointain qui sera bientôt le tien

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Je regrette Sarkozy au moins pour une chose. A travers sa personne, et presque avant sa politique, il avait réussi à faire l’unanimité de la rue contre lui. L’intelligence de Hollande par rapport à son prédécesseur, c’est de ne pas insulter syndicats et travailleurs. Du coup, il peut se permettre d’aller plus profond dans la réforme. Comme en plus il y va plus vite, la douloureuse salariale risque d'être doublement amère. 

Ce mardi, le cortège parisien FO / CGT contre l’ANI (Accord national inter professionnel accepté par la majorité des syndicats minoritaires) a parfois des allures de veillée funèbre. Dans le prolongement du manque d’enthousiasme des porte-voix, aucun slogan n’est repris par la foule. Il faut avouer que ce type de défilés montre ses limites: pas vraiment glamour, pas lisible pour le profane, avec à certains endroits presque plus de caméras et de policiers que de contestataires et le renoncement à aller jusqu'à l'Assemblée (là où les trépanés de Civitas ont osé). On est loin de l'explosion sociale redoutée par certains au gouvernement. Non. Ça passe tout seul.

Les 15.000 marchent en silence, et ce n’est pas une injure de dire que la moyenne d’âge est élevée, 45/50 ans. Au moins eux se mobilisent. En vacances et en milieu de semaine, le Paris de la dèche turbine et Paris la riche transhume à Courchevel, mais quel décalage avec les cortèges contre la réforme des retraites il y a trois ans! Avec la circulation coupée, les boulevards remontés sont plus paisibles qu'en temps normal. Un comble.

A Odéon, je croise une dame du Front de Gauche. Elle alerte des passants, certains amusés, souvent des touristes, d'autres détournant les yeux comme ils le feraient avec des mendiants:

"- Vous feriez bien de vous y intéresser à L’ANI! Ça vous concerne! Ce sera trop tard après!"

Elle a raison. Si l’on doit citer une seule catastrophe dans ce projet de loi made-in-MEDEF, c’est son arnaque fondamentale enrobée de "sécurité": Quand une entreprise est en difficulté, elle pourra s’autoriser à baisser ton salaire ou augmenter le temps de travail durant 2 ans. Si tu refuses, c’est la porte. Le travailleur réduit à l'état de candidat de télé-réalité, le droit du travail circonscrit à la seule dialectique patronale. Un gros progrès de neuf mois de gauche que même la droite n’avait pas réussi à passer en dix ans de pouvoir. Une entreprise "en difficulté"? Laquelle ne l'est pas? Dès qu'un patron a une tribune dans ce pays, c'est 9 fois sur 10 pour chialer au martyr. Ce salaire à prix cassé autorisé, c’est la porte ouverte aux abus pour une création d’une nouvelle génération d'emplois low-cost. L'important étant de progressivement faire entrer dans ta tête qu'il ne peut plus y avoir de salaire minimum garanti. 30 ans que l’on baisse la fiscalité des entreprises, que l'on est à leur chevet (les grosses, certes) au nom du retour à l’emploi et pour quel résultat? Ce pays explose ses records du chômage et les profits des actionnaires sont toujours plus élevés


Une fois adoptée, compte sur le patronat pour t’affirmer que, bien que nécessaire, la fléxi-sécurité est malheureusement arrivée "trop tard pour pleinement pouvoir produire des effets positifs" et que donc, pour la sauvegarder à son tour (parce que quand même payer moins cher ses salariés c'est cool), il faudra la réformer: comprendre aller encore plus loin dans le démantèlement des droits des travailleurs.

Et, avant même le vote de loi, l'explication de la prochaine "avancée" commence. Je l’entendais encore hier soir sur un plateau d’experts autorisés à te livrer la notice vaselinée de l'escroquerie sociale dont tu paieras la facture, "non, on n’a pas encore tout essayé contre le chômage".

Exact. Il reste encore le travail gratuit. Et si cela ne suffit pas à contenter les actionnaires, on le rendra payant. Si le salarié doit constamment donner des gages de bonne volonté, le citoyen, lui, s'apprécie résigné.

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28 janvier 2013

Un beau dimanche de fiançailles

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C'était une belle manifestation pour le Mariage pour tous. Sous le soleil, de 14h à 17h exactement. Vous trouverez des comptes-rendus de ce dimanche de soutien populaire au texte de loi qui sera examiné demain à l'Assemblée chez Politeeks, Jegoun, Doudette, Elodie, Cycee et d'autres...


Les chaines de priorité au vide continu entre deux tranches d'information orientée, après leur sponsoring des cortèges homophobes d'il y a deux semaines et malgré les promesses d'un traitement équitable, ayant préféré soutenir les droits des sponsors du Vendée Globe: je poste ici quelques photos prises par votre rédacteur.


De mémoire de manifestant, je n'ai jamais vu un truc aussi dense. C'est probablement dû au manque d'organisation au départ et à l'arrivé. Une mauvaise gestion des flux. Au final, je nous estime dans les 200.000. Donc plus du double de la manifestation du 13 décembre. Déjà galère en temps normal, la traversée de la place Denfert-Rochereau sera épique. Certains affirment même avoir vu Jegoun enjamber des poussettes et escalader des barrières. Ou l'inverse.

 
Divers manques de respects constatés pour nos icônes sacrées et les fondements de notre culture. 

 C'est ici que nous avons perdu trois blogueurs, piétinés par les barbares égalitaires. 

2 heures pour 2 kilomètres pour à peine 3 équipes de télévision. Dommage que Florence Cassez n'ait pu se joindre à nous. On aurait gagné 220 cameras d'un coup. 

Moyenne d'âge constatée: 25 ans plus jeune que lors de la dernière manif des réacs anti tout. Ceci expliquant, peut-être, cela.

Oui, et même si cela doit faire polémique, notons la présence de célébrités engagées à nos côtés. Merci à eux. 


Cette dame veut les mêmes droits pour tous. Curieuse idée rétrograde.

17h. Toujours rien sur les chaines d'info. On en saura plus le lendemain sur cette opportune hiérarchisation de l'info: 
"Quand le Vendée globe arrive, quelle que soit l'autre actualité, elle risque d'être pénaliséeCéline Pigalle, Directrice d'I-Télé.


Voilà. Ce n'était qu'un aperçu de la fiesta qui aura lieu après le vote de la loi. 

Et parce que, le soir venu, je suis tombé sous le charme...

A lire aussi :

26 janvier 2013

Rendez-vous au #MariagePourTous

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Pour que cette loi passe et qu'on parle enfin d'autre chose ! 

Parce que c'est aussi toujours plus sympathique de manifester POUR une avancée des droits que CONTRE, rendez-vous demain, Dimanche 27 janvier, dans le cortège parisien de la manifestation de soutien au Mariage pour tous de Denfert-Rochereau à La Bastille.

Parait qu'il y aura du left-blogueur en pagaille dans le cortège et que vous pourrez en retrouver sur le terre plein devant le métro St-Jacques, à 500 m du départ de la manifestation, entre 14h et 14h20 (après je ne répond plus de rien).

Le générateur d'affiches à imprimer est ici. 


Articles connexes :
- Du bleu, du rose et du moyen-âge
- L'Abrutea-Party
- Qui a peur du mariage pour tous? 

14 janvier 2013

Du bleu, du rose et du moyen-âge

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Ils ont marché sur Paris contre le mariage homosexuel. Ils visaient le million, ils étaient moitié moins dimanche dernier. C’est néanmoins une grosse mobilisation, un joli pot-pourri de tout ce qui se fait dans le domaine du de l'intolérance et du dépassé, abondamment mis en valeur par des chaines d’information à la communion suspecte (spécialement celle à 3 lettres avec un dispositif qui je l'espère sera équivalent pour la manifestation des pro-mariage le 27 janvier prochain).


A la manif pour tous, ça dérape ! par Bonjourladroite

Et après ? Rien. Non seulement la loi sera votée, nos opposants s’auto-intoxiquant sur la possibilité d'un référendum (c'est anticonstitutionnel), mais la "manif pour tous", malgré son évidente dimension antiHollande, n’aura pas de réelle répercussion politique. Resteront les images du moment de gloire d’une pétée du casque s’égosillant sur la scène du Champs de Mars et de sa caution homo explosant le point Godwin dés la deuxième minute de manifestation, plus une couverture collector du Figaro sur laquelle on se paluchera avec des frissons d'exotisme à droite en attendant la prochaine manif en 2048. On a beau avoir un bon gros financement derrière tout ça: un message du siècle dernier + pas de leader crédible = la tête à toto du poids politique.

Si la "manif pour tous" est un succès de com, je doute que le défilé de dimanche ne rapporte ne serait-ce qu’une seule voix aux partis représentés dans le cortège. Entre positions et discours contradictoires, si le ni-ni confus du FN et de l'UMP ne leur permet pas de s’associer au succès du jour, leur implication dans la manifestation reste suffisante pour que la ringardise leur colle à la peau  longtemps après le vote d’une loi qui rentrera vite dans les mœurs.

Je réitère ma comparaison entre la montée du tea-party US et les mécanismes de mobilisations auxquels nous assistons depuis mai 2012 chez nous, avec ce coup-ci l'église catholique en toile de fond (et les autres se ralliant sans souci à la cause). Pour autant, rappelons que c’est précisément cette montée sur le terrain d’un radicalisme populaire se voulant "apolitique" (mais éparpillé entre toutes les composantes de droite et n’ayant comme seul tronc commun la peur pathologique soit de l'autre, soit d'avoir à payer pour les autres) qui a contribué aux échecs électoraux américains de MacCain, puis de Romney

La "manifestation pour tous" de dimanche a au moins le mérite de nous rappeler de ne JAMAIS mêler religion et république. Ce n’était pas le but de François Hollande, mais en laissant traîner ce texte il a joué avec le feu, laissant ouverte au nom du débat une porte dans laquelle s'est engouffré le tout-venant d'une homophobie décomplexée (cf. la vidéo plus haut) qui, elle, laissera des traces.

11 janvier 2013

L'abrutea-party

par
Carnet de bord du mariage pour tous. 8e mois.

S’en remettre au ciel et croiser les doigts pour que la météo soit immonde dimanche prochain sur Paris, histoire de pourrir la déferlante annoncée de cathos secs, fachos moites, foldingo abîmée de la jet-set, apprentis scouts manipulés, UMPs sur le retour, packs de rombières versaillaises à crucifix chromé et autres conservateurs faisandés. Voilà où en est.

Avoir appelé ça "mariage pour tous" et non pas "mariage civil gay" (confusion sémantique permettant aux religieux de s'infiltrer dans un projet de loi qui ne les concerne pas), puis avoir fait traîner le vote, laisser grandes ouvertes les portes d’un débat offrant une exposition médiatique à des illuminés: Chapeau, bien joué! Soit, il s'agit d'une stratégie délibérée pour détourner l’attention d'autres débats comme celui de la refonte du CDI ou la hausse du chômage. Soit, c'est la conséquence d'une mauvaise appréhension par le pouvoir de la défiance à son encontre sur le terrain. Soit, plus probablement, un peu des deux. Quelle que soit l'issue, l'épisode laissera des traces.

Dans la déconfiture idéologique de l'après Sarkozy, ce combat est, avec la fiscalité "confiscatoire", le tronc commun des droites hétéroclites sur lequel elles rebâtissent en un temps record, en usant intelligemment des médias et d'internet, un discours d'opposition, à chier certes, mais omniprésent sur les ondes. Avec tout notre anti-sarkozysme à gauche et les (bien plus) violentes mesures fiscales à droite au début du mandat précédent, nous n'avions pas atteint une telle masse critique aussi rapidement. Assistons-nous à la montée d'un tea-party à la française, sur un canevas proche de ce qui s'est passé dans la foulée de l’élection d'Obama ?

Telle la taxe à 75%, devenue l’emblème d'un "matraquage fiscal" alors qu’elle n’aurait concerné (elle n’existe déjà plus) que 1200 à 1500 personnes, le mariage pour tous devient, au pays du divorce et des familles recomposées ou monoparentales, le fantasme terrifiant d'une perte de l’identité familiale qui serait provoquée par la gauche du diable. Ce gouvernement ne fait pourtant que répondre (laborieusement) à une évolution de la société. La loi concernera au final bien moins de gens que la réforme des retraites[1] ou les négociations syndicales du moment, n’aura aucune incidence sur la vie quotidienne de la majorité de la population et renforce plutôt même le concept du mariage.

Ce qui aurait dû être une mesure emblématique, un symbole immédiat d'avancée de début de mandat et qui n'aurait excité qu'une poignée d'énervés, laissera les images d'un long flottement du pouvoir, propice à la mousse médiatique, au doute, puis aux démonstrations de force des opposants galvanisés par le boulevard qui leur est abandonné. Les anti mariage pour tous ont gagné la bataille de la com'. Ces droites n'ayant d'unité que la haine du socialisme ont même réussi à éclipser médiatiquement le pathétique rabibochage Fillon/Copé  après le fiasco de l'automne dernier. C'est dire si l'UMP devrait prendre en compte ligne et méthode Barjot dans sa stratégie de reconquête.

J'en ai d'avance mal à la tête.

Articles connexes :

[1] cette époque pas si lointaine où Jean-François Copé considérait que manifester était un truc du passé.

22 mai 2012

[video] Alerte Rouge

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La ségrégation du pauvre n'est pas que géographique. Dans les sociétés néolibérales, arrivé à un certain point d'indécente accumulation, il convient que chacun reste à sa place, dans sa classe, afin de garantir l'hégémonie financière, idéologique et culturelle d'une poignée. L’accès à l'éducation pour tous ou au meilleur marché est la clé de l'élévation sociale et d'une société éclairée. 

La question des dépenses publiques donne l'alibi idéal à une poignée pour passer la gestion de l'éducation au privé ou exploser les frais de scolarité (de 82% au Québec, pour parait-il payer les  professeurs aussi bien qu'aux Etats-Unis, pays modèle où certaines grandes universités se vident faute d'étudiants solvables). Et s'il y a mécontentement de la jeunesse, il convient alors de purement et simplement leur interdire le droit de manifester

La vidéo date du 7 mai. Un petit tour sur les réseaux sociaux nous confirme que la situation a dégénéré depuis pour les étudiants québécois. Nous sommes de tout coeur avec eux


Vidéo vue chez deefblog.

30 mai 2011

Faut-il avoir peur des indignés ?

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" - Nom d'un Milton Friedman, les légumes se mettent à bouger ! Et ils pensent en plus !" pouvait-on entendre dans les couloirs de Matignon ces derniers jours.

La bactérie X-aspération a déjà fait 10.000 victimes en Espagne et bien plus en Grèce. 1000 cas suspects ont été détectés ces derniers jours dans le XIe arrondissement de Paris[1]. Statique, le foyer infectieux a fait l'objet d'une pulvérisation préventive dimanche soir

Les autorités sanitaires européennes laissent entendre ce lundi que la source de contamination de ces jeunes, ces "indignés" autrefois nommés "les légumes", n'avait toujours pas été identifiée

« - Chômage, manque d'espoir, manque d'imagination, envie de câlins, d'être la nouvelle star... Tant que les experts économiques et sociologiques ne sont pas capables de circonscrire avec certitude l'origine de l'agent pathogène, l'alerte générale sur les indignés reste valable » a déclaré la ministre de la Protection de la rente et des créanciers, Christine Lagarde, en réponse à la cruciale question que lui posait le polémique Elkabbach : « - Alors, doit-on vous appeler Madame le Directeur ou Madame la Directrice du FMI ? ».

La menace européenne d'une propagation nationale de la bactérie X-aspération inquiète en plus haut lieu, même si pour le moment, officiellement, on ne montre aucun signe de fébrilité. 

Préventivement, les autorités médiatico-sanitaires de plusieurs pays européens déconseillent la consommation d'images des "indignés" et particulièrement celles en provenance de la Puerta del Sol à Madrid où, chaque soir, le foyer se révèle particulièrement actif et créatif. "- Si jamais la fièvre ibérique se mêle aux variantes épidémiques égyptiennes ou tunisiennes dont la résistance n'est plus à démontrer, alors là oui, notre système immunitaire sera affecté et il y aura plus que de la merde dans le ventilo pour le grand capital, mais pour l'instant bof..." Nous déclare ce chercheur à l'OMS, Organisation mondiale de la soumission

"Indignés" en jargon marketing désigne l'individu dont la résignation et la flexibilité aux diktats du marché approchent du point de rupture, bref qu'il se met à réfléchir à sa condition, et pire, à discuter et à chercher des solutions autres que celles que les dévots du capitalisme lui servent assorties d'un taux d'intérêt. Avant qu'il n'en arrive là, il convient de lui vendre quelques manuels et DVD sur le sujet. 

A ce stade, Michel Godet, de l'institut d’intérêt du public de Michel Godet, en charge du respect moral du capital et de la lutte contre les virus fragilisant la conversion libérale à coups de pompes dans le cul du corps social français, a confirmé que le petit raout du week-end à La Bastoche coûterait à La France deux points de croissance. Même si, pour le moment, le kebab-frites de la Rue de la Roquette et les vendeurs de bobs ambulants « Hasta la revolución siempre ! » made in Singapour ont explosé leurs bénéfices de 2700%. 

« - Mais pas de panique : grâce à l’action conjuguée et en profondeur de l'antiviral JJPernaut, de la tri-thérapie antibiotique multi-plateau Drucker (Marie, Lea et Michel) ainsi que des antibiotiques   Cofidis et Cetelem, le risque de propagation nationale des métastases reste minime » pointe du doigt Godet. 

Par précaution, le CSA a interdit les citations à l'antenne des facteurs aggravants du virus F*cebook et Tw*tter.  Une source anonyme du CSA s’alarme tout de même : "- Si la tendance continue, pour les calmer, on va devoir réembaucher Eric Zemmour à la télé à la rentrée !"


Dans un communiqué commun, les ministères de l'Economie et celui de la Santé et des jeunes (récemment fusionné avec celui de l'ennui et des concombres) ont précisé que la contamination était peut-être liée à un sentiment largement répandu chez les moins de 30 ans "de se faire niquer dans les grandes largeurs par ce système aux mains des vieux". Invité des Grosses têtes d'RTL, le caustique François Baroin ironise : "- Les plus de 30 ans sont évidemment dans la même situation, mais, hi hi, ils ont des crédits sur le dos ces cons !"

A Beauvau, on s'inquiète aussi d'un hypothétique désordre de juin. "- Même le traitement annuel Roland Garros s'est révélé sans effet : "ça" préfère rester dans la rue. La faute aux nouvelles technologies probablement".  Ce qu'un indigné, joint par réseau social, nous confirme avant d'être coupé dans son stream : " - L'important pour faire la #frenchrévolution, c'est d'avoir une batterie d'I Phone bien rechargée !".  

Il n'en fallait pas moins pour qu'un collectif de députés de la "droite populaire" monte au créneau pour réclamer interdiction pure et simple des moins de 40 ans dans la rue et ce, en raison de la sécheresse. " - Un ensoleillement massif en été favorisera une reprise, voire une multiplication des cellules actives. Et alors là, ce sera l'anarchie !" déclare Eric Ciotti, Député UMP des Alpes-Maritimes, se prononçant toutefois pour une dérogation spéciale afin que les jeunes puissent se rendre à leurs "stages d'été" rémunérés en demi ticket-resto.

«- Les DRH ont également été sensibilisées, afin qu'elles détectent et dénoncent la présence de la bactérie X-aspération ou toute trace d'indignation dans les entreprises » a déclaré samedi soir, le ministre de la Santé Xavier Bertrand.  Même si l'on sait de source officieuse que les autorités renforcent le dispositif de surveillance en liaison avec les sociétés Taser, Atlantico et les sprays oculaires Pleurtamer, X.Bertrand a toutefois mis en garde contre toute « forme d'affolement » face au péril jeune. «A partir du moment où on ne les écoute pas, il n'y a pas de raison qu'on les entende, mais on ne veut pas prendre le risque d'un blocage de l'activité. » a-t-il assuré sur France5 face tandis que Paul Amar lui tendait un plateau d'assortiment meringué "Calèche" de chez Delacre

Si les autorités françaises incitent les médias à en rester à la médication massive du désherbant informatif DSK aux vertus hypnotiques bien connues, au commissariat à la rentabilité on reste confiant : " - Les grandes vacances approchent, les indignés devraient se disperser d’eux-mêmes."

Mais, en cas de récidive, l'Elysée se prépare à une violente riposte thérapeutique. Grâce à un drone télécommandé, nous avons ainsi pu nous fournir la Une du prochain Figaro "d'urgence" sur le sujet : 

"- Carla et le Roi, dans l'intimité d'un couple d'Etat."


[1] on nous signale également des bassins séditieux en province

6 mai 2011

1er mai : les JT roulent-ils pour le FN ?

par

Dimanche soir pour la déconne, je m'enquillais les 3 JT : TF1, France 2 et M6 (qui à eux trois doivent réunir 15 millions de spectateurs).

Passons sur la béatification papale et un sujet d'information sur un MIRACLE en troisième minute de JT de F2. Passons sur "la semaine de l'emploi" de TF1 proposant aux jeunes chômeurs d'aller faire la guerre à Kadhafi et penchons-nous sur le traitement télévisuel des deux défilés du 1er mai à Paris : celui du FN et celui des travailleurs à l'appel des syndicats. 

Déjà des chiffres :
Le défilé du FN à Paris : 3200 manifestants selon la police, 20.000 selon les organisateurs. Le défilé des syndicats à Paris : 13.000 manifestants selon la police, 30.000 selon les organisateurs. (77.000-120.000 au niveau national). Bonne édition pour l'un, "petite" édition pour l'autre pour cause de Dimanche. Notons juste que la fréquentation reste la même qu'en 2005 pour les deux défilés. Nous y reviendrons en fin de billet...

M6, 19h45 :

Intitulé "Démobilisation générale ?" (ouf, il reste le point d'interrogation), le sujet sur le défilé des syndicats est illustré par les cortèges parisiens et marseillais. Il dure 50 secondes. 3 interview rapides : JL Mélenchon, O.Besancenot et B.Hamon. Phrase finale : "3 fois moins de manifestants que l'année dernière [...] la fête du travail n'a pas vraiment mobilisé." 

Dans la foulée, le défilé "Jeanne d'Arc" du FN. 
La présentatrice lance le sujet avec une photo de M.Le Pen tout sourire accompagnée de la légende "Sur le front de l'image" : "Cette année Marine Le Pen en a banni tous les militants extrémistes et caricaturaux. Fort de sa popularité dans les sondages, la nouvelle présidente du FN souhaite donner une image moins sulfureuse de son parti pour séduire un maximum d’électeurs". Le schéma du JT étant souvent d' annoncer qu'il va pleuvoir, de montrer qu'il pleut avant de confirmer qu'il a plu, le reportage (sous titré façon Modes et travaux : "Le défile de Marine") va donc exposer la ligne souhaitée par le FN durant 2.10 minutes (ce qui rapporté au nombre de manifestants du premier sujet laisse songeur). 

Illustrations du défilé parisien + interview de M.Le Pen condensant (elle est de plus en plus calée en 'com) ce qui a été précédemment annoncé. Commentaire : "...Galvanisée par un récent sondage qui la crédite à 36% d'intentions de vote chez les ouvriers Marine Le Pen se pose maintenant en défenseur des classes populaires et des libertés." Le parti des ouvriers ? C'est comme tout en marketing : suffit de le dire et de le répéter. Rappelons encore ici que le premier vote ouvrier est l'abstention et que les sondages se font par téléphone via QCM.  Suit un extrait d'une phrase du discours à la tribune où la leader appelle le peuple à "briser [ses] chaines". Puis, 3 interviews de militants (ouvriers ?) : 
Phrase finale : "Le défilé a rassemblé plus de manifestants que l'année dernière".

TF1, 20h14 :

Après une annonce mortuaire de C.Chazal, le sujet sur le défilé des syndicats est expédié en une minute (après quatorze sur le pape !). Premières images du défilé parisien par TF1 : des sans papiers tunisiens rejoignent le cortège (vous avez dit symbole ?).
 
6 interviews (oui, oui en 60 secondes) : La remplaçante d'un B.Thibault lumbagoïsé, F.Cherèque, JL Mélenchon,  F.Hollande, une enseignante et quelqu'un (au sujet duquel aucun titre n'est indiqué). Phrase finale : "faible mobilisation pour un défilé clairsemé".

Pour le défilé du FN, le lancement chazalien, plus enjoué, reprend le pitch du dossier de presse du défilé new-look pour un sujet de 1.50 minutes. Extrait du commentaire : "Dans le cortège ni treillis, ni rangers : des consignes ont été données"

(évidemment, ça change de Chérèque)

4 interviews : une jeune "toutes les vieilles questions ont été évacuées", un militant plus âgé "c'est des camarades plus jeunes", JM Le Pen qui appuie lui aussi sur le côté "plus jeune" et sa fille : "les grands thèmes du Front National sont toujours là" (ah bah merdalors, on m'a dit l'inverse y a trois phrases).  TF1 extrait du discours de M.Le Pen sa phrase sur son désir de créer "des syndicats vraiment libres". Pfiouh... heureusement que la chaîne a entrecoupé les deux sujets du 1er mai avec une respiration sur le prix du brin de muguet, ça aurait encore fait des histoires !
TF1 s'est fendue d'une envoyée spéciale concluant ainsi le sujet : "Marine Le Pen qui recherche bien sûr l'onction populaire. En surfant sans doute sur les sondages qui la donnent en tête du vote ouvrier notamment". Ce règne télévisuel de la conclusion aussi vide que mal écrite m'épatera toujours.

 France 2, service public, 20h08 :


(folklore vs. jeunesse)

Timing des deux sujets à peu près similaire : 1.50 pour les syndicats, 1.56 pour le FN.  Le reportage sur les défilés syndicaux (à Paris et en Province) souligne leur caractère festif mais faiblement mobilisateur. Parole est donné à F.Chéreque puis à 4 manifestants. A la différence des autres chaînes, il est enfin question des revendications : (nécessité de se faire encore entendre sur les retraites, volonté de donner plus de moyens à l'éducation nationale et aux hôpitaux, question du pouvoir d'achat). De même, il est fait référence à deux reprises au Monarque (ce grand absent de la contestation version chaînes privées) qui "n'entend pas le monde du travail".  Phrase finale : "Dans toute la France des cortèges clairsemés. Il manquait sans doute un mot d'ordre fédérateur".

L.Delahousse lance le sujet sur le FN avec une pointe d'ironie sur les intentions de M.Le Pen qui relèvent du "travail d'équilibriste". Pour le reste, hormis l'absence d'une interview de M.Le Pen au profit de son père, le reportage est proche de celui de TF1 et d'M6.  Les images de foule compacte sur un espace plus réduit contrastent avec les illustrations de défilés "aérés" sur le parcours dix fois plus étendu (Répu-Nation) du sujet d'avant. Du choix des images... Commentaire : "Ce défile, Marine Le Pen l'a voulu bon enfant", "aucun skin head visible à l'horizon, le FN veut afficher une image respectable" (Le Petit Journal  - à 7.00 sur ce lien - montrera le lendemain que ce n'est pas tout à fait exact) et deux interviews de jeunes bien briéffés : "on n'est pas un parti xénophobe, on n'est pas un parti fasciste. On est un parti populaire, patriote et social".  Deux extraits du discours sont présentés dont l'un est précédé d'un "Marine Le Pen veut s'afficher en avocate des classes populaires", l'autre concerne la sortie de l'euro.

Phrase finale : "Marine Le Pen a fait de ce 1er mai une nouvelle démonstration de sa volonté de faire du FN un parti comme les autres."

Bilan à heure de grande écoute : 
L'opération de com' carrée est un succès. Sujets identiques et reprise à l'unisson de la "story" (angle, images, éléments de langage). Le FN a pu passer son message sur un parti jeune et sans excès, proche du travailleur, sans l'ombre d'un commentaire critique sur les trois médias qui lui ont tous consacré un temps d'antenne supérieur aux défiles syndicaux pourtant bien bien plus fournis. Les médias roulent-ils pour le FN ? C'est plus affligeant que ça. Il s'agit ici avant tout de mimétisme, de paresse et d'alimenter un feuilleton en vue des présidentielles. En revanche, à la lumière des traitements comparés, on constate une fois encore pour qui ils ne roulent pas.

Comme promis, grâce au site 365motsles tableaux de fréquentation des deux défilés sur 10 ans :

Syndicats (je peux déjà t'annoncer que la prochaine édition va cartonner) :

FN (idem, suivant les résultats du premier tour) :

Où l'on constate que les deux éditions de 2005 sont similaires en fréquentation à celles de 2011. Je suis donc allé consulter le JT de France 2 du 1er mai 2005 sur le site de L'INA. Le défilé des syndicats fait la Une et celui du FN en quatrième minute "n'a pas fait le plein" (sic) :


(avec en prime une passionnante interview du futur Monarque à 15.30, confiant dans le "Oui" au référendum [c'était le feuilleton orienté de l'époque], et qui inaugure son "travailler plus pour gagner plus").

9 décembre 2010

La révolution intérieure

par

L’appel du site bankrun2010, suite à la déclaration d’Eric Cantona appelant les particuliers à vider leurs comptes pour un effondrement de système vraiment plus efficace que ...pfff... une vulgaire manifestation de 3 millions de personnes, se traduit, selon la stricte grille d’analyse comptable du système qu'elle dénonce, en un "flop".

Pourtant, l'initiative aura eu ce double mérite de remonter un débat sur la place publique et de nous questionner, par l'exemple, sur nos aptitudes à "la révolution citoyenne".


1 / L'indispensable besoin d'icônes pour faire passer les messages.
Cet "appel" de Cantona a maintes fois été lancé par d'autres sur internet les dernières années, avant même "la crise"TM. Ce n'est pas le net qui a fait le "buzz" du King Eric mais bien les médias qui ont, cette fois, décidé de ne pas passer à côté en soufflant dedans.
Évoquant l'écume via la star, ils ont esquivé le plus souvent la vraie question de fond qui aurait pourtant pu se résumer au JT en un "les banques ne peuvent pas vivre sans hommes, les hommes peuvent vivre sans banques, alors pourquoi continuer à se laisser marcher sur les pieds ?"

Malgré son "échec" (si l'on consi
dère toutefois que l'opération doit strictement s'en tenir au 7 décembre), cette campagne de promotion pour la remise en cause par le citoyen de la suprématie bancaire aura fait débat, ouvrant des perspectives, générant d'autres initiatives, provoquant l'outre-réaction de quelques spécimens sous bocal à thunes de la classe dirigeante. Et tout cela grâce à une phrase d'Eric Cantona ! Que les syndicats méditent là-dessus. Quelle que soit la cause, vu l'époque, il faut mettre un peu de people dans son vin. C'est précisément ce qui a manqué à un moment donné pour que la superbe mobilisation d'octobre sur les retraites sorte de ses gonds et change la donne.

A propos...

L’angle mort de l'analyse de Cantona (autre que d'avoir pris comme exemple Spaggiari qui est le braqueur bling-bling par excellence) est d’avoir opposé contestation physique pour la défense de droits et "soucis de rentabilité" dans la seule optique de détruire un système. Question de statut social et de niveau de finances personnelles peut-être. On peut défiler pour défendre ses retraites et vider son compte. En raison de quoi une méthode dévaluerait-elle l'autre ?
Les luttes ne s'annulent pas : elles s'additionnent.

Une petite note à ce sujet : je suis à peu près persuadé que si Cantona n'avait prioritairement pas dénigré le mouvement social [l'enregistrement date de "la bataille des retraites", début octobre], la vidéo n'aurait pas été autant reprise à la télévision.


2 / L'image de la banque en a encore pris un coup.
Il est désormais ancré chez toi que le banquier est non seulement malfaisant, mais qu'il l'est avec ton pognon et que, comble de l'arnaque, il te fait payer la note en bout de course (mais le rapport est plus complexe que cela et j’y reviendrais). On peut donc s'attendre à une débauche de guimauve "sociale" et "éthique" dans les prochaines publicités bancaires.

Sur le fond. Quitte à me répéter : au sujet des banques, nous avons passé le stade de "la raison" et de "la responsabilité" depuis longtemps. Ce n’est plus "une généralité" mais un euphémisme d’affirmer que, avec la complicité de l'état, les banques escroquent leurs clients les plus pauvres. De là à vouloir détruire les établissements en question, ce n’est pas le genre de la maison. D'autant que bon, si tu veux entreprendre quelque chose avec un peu d'envergure, elles se révèlent, pour le moment, indispensables.
J'ai encore la naïveté de croire que les choses peuvent être régulées (elles le sont bien dans d'autres domaines) à condition de mettre les bonnes personnes en place et de placer la charge législative adéquate. Comme le dit Frédéric Lordon, il faut prioritairement que le métier de banquier redevienne un métier terne et rébarbatif. Il est urgent de séparer les banques de dépôt des activités de casino boursier et, dans ce domaine, certains pratiques (style vente à découvert ou paris à la baisse...) doivent être interdites et les autres lourdement taxées.

En attendant, à titre individuel, pour le fauché, quelques règles de base s'imposent...


3 / La fatalité bancaire ?
Quitte à endosser l’habit d’un odieux libéral quelques instants, j'en appelle dans ce domaine à la responsabilité individuelle. En gros, n'attends pas que TF1 te répète que Canto a dit qu'il fallait retirer ton argent de la banque le 7 décembre (ce qu'il n'a pas dit d'ailleurs) pour la remettre en cause et te soustraire de son emprise le plus possible.
Si tu ne veux pas que la banque spécule à mauvais escient avec ton pognon, stocke-le ailleurs, sous une autre forme, dans l'or ou sous ton matelas, investis-le dans des initiatives, dépose-le dans des établissements plus "éthiques" ou, plus révolutionnaire encore, partage-le[1].
Bien entendu, le chaos commençant ici : refuse systématiquement tout crédit. Avec lui, tu amorces débonnaire des désordres, d'où résultent les inégalités et les injustices que tu dénonces, outré, en bout de chaîne.


4 / La révolution DIY ou, comme disait l’autre : incarne d'abord ce changement que tu souhaites pour les autres.
Avant de vouloir tout foutre par terre pour tous sous l'effet de la colère, il faut d'abord tout entreprendre individuellement pour accorder ton quotidien avec la société telle que tu l'idéalises. Ainsi tu entres dans un processus concret de changement et non d'aspiration à un changement aussi idéalisé que flou.

Tu veux lutter contre les abus de la consommation ? Commence par ne plus rien acheter à Noël.

QUESTION
"- Ah oui, mais je vais avoir l'air d'un nase ?"

RÉPONSE
"- Il y a d'autres moyens de montrer son affection que par l'achat d'un téléphone à la durée de vie de 6 mois."

Tu veux lutter contre les abus de ton patron ? Dis-lui au lieu de te bourrer d'antidépresseurs en chialant dans le métro ou de nettoyer de ses "mauvaises ondes" ton espace intérieur Made in M6 à coup de Fung-shi à 1000 euros le quart d’heure.

QUESTION
"- Ah bah oui, mais je vais me faire virer."

RÉPONSE
"- Alors arrête de gueuler sur les autres qui manifestent pour défendre leurs droits simplement parce que toi tu n'as pas le courage de faire pareil. "

Tu en assez des banques ? Débrouille-toi pour moins en dépendre.

QUESTION
"- Ah oui mais c'est compliqué, parce que ma paye elle arrive sur mon compte."

RÉPONSE
"- Et bah retire là aussi sec. Et laisse juste de quoi payer les factures. "

QUESTION
" - Ah bah oui mais j'ai beaucoup d'abonnements."

RÉPONSE
" - Bon alors écoute Question, mets-y un peu du tien, sinon tu ne vas jamais en sortir de ce système qui te plait pas !"

La "révolution" se commence à un. Agir ainsi te permets 1 / et ce n’est pas rien, de te sentir apaisé, 2 / d'influencer d'autres (qui à leur tour vont se sentir plus apaisés et qui, du coup, vont moins me casser les pieds, tu vois ?). Rien de tel que la force de l'exemple. En revanche il vaut mieux susciter l'envie que la peur.

Cantona a tort sur ce point : il n'y a pas de force du "système". Le "système" ne tient que par la croyance que tu places en lui. D'où son insistance, via ses sbires et ses attachés de presse, accusateurs et railleurs, à te rappeler à ta moindre incartade idéologique qu'il est le seul et l'unique et que tous les autres sont criminels, voués à l'échec et n'émanent que d'esprits tordus[2].

Ce "système" où l’individu s'exproprie de sa propre vie au profit d'un idéal générique (de moins en moins accessible) est le résultat de l’accumulation de nos renoncements. En gros, il nous a corrompus jusqu'à l'intime[3]. Il ne s'agit donc pas de "détruire un système", on sombrerait probablement avec, mais de "transformer ses composants" et, consécutivement, un par un, de modifier la base de ce qui "fait société". C’est à toi, à ton échelle, par tes actes quotidiens et le remise en question de tes aspirations, de rendre obsolète ce "système" qui te débecte. Ce qui n’empêche pas, au contraire, quelques coups de force collectifs (mais là pareil, faut se bouger au lieu de le regarder à la télé).

Si changement il y a, il sera le fruit d'une propagation de nouveaux comportements au sein de la société contredisant par l'exemple les préceptes claironnés d'en haut. Tendre à s'affranchir de la banque (telle qu'elle est aujourd'hui) est un élément, important, mais loin d'être le seul.

Affirmons donc sans peur du jugement, un fier et convaincu : non. Même si je le subis, puisque en tant qu'un individu dans une société où la majorité se soumet à ses codes, ce "système" basé sur le renoncement à agir, le nivellement uniforme des ambitions au profit de la rente toujours plus sophistiquée, reposant sur la poursuite infinie de la surconsommation et de l'endettement à outrance des individus, n'est pas le mien.

Ce n’est pas parce que l'entreprise te semble insurmontable ou que tu t’imagines seul (là, Canto ou pas, internet a cet avantage de te confirmer quotidiennement que ce n’est pas le cas) qu’il faut baisser les armes avant d'entreprendre la bataille.

Car, ne pas se cacher derrière son écran et les appels des uns et des autres : se désintoxiquer personnellement est la plus grande des batailles[4].


[1] J'apprends que les Français n'ont plus confiance dans les placements boursiers. Bien. Je rappelle juste que ce n'était pas absolument pas le cas, il y a à peine 10 ans. La preuve qu'il faut se prendre une bonne ratatouille pour comprendre la leçon. Manque de bol, ils remettent ça avec l'immobilier. Hier, pour se "garantir" une bonne retraite, ils accentuaient les licenciements des autres pour gonfler leurs dividendes, aujourd'hui en investissant dans la pierre pour les mêmes raisons, ils contribuent activement au mal-logement pour les autres et prennent le risque personnel de finir sans rien.

[2] Vu les forces médiatiques en place (et leur mode de financement), il est peu probable que soit véhiculée, avant au moins une sévère contamination populaire, une quelconque apologie de l'alternative par la sous-consommation, la banque locale, l'échange ou que sais-je encore. Une fois encore, Internet est là. Non pour générer des évènements qui ont de grandes chances de rester virtuels mais pour encourager et promouvoir des mouvements et relier des initiatives concrètes.

[3] Au fond, je n’aurais rien contre "le système" si l’individu s’en contentait et que cela le rendait heureux. C'est malheureusement l'inverse qui se constate. L'individu étant assujetti à des comportements contraignants, l’éloignant d’équilibres internes fondamentaux, le conduisant à la névrose (effet secondaire majeur constaté de la course à l’opulence surtout lorsque cette dernière s’articule sur une soumission horaire et mal rémunérée à une fonction peu gratifiante) et à la violence avec son entourage. Comme je fais partie de cet entourage, ses désordres deviennent les miens.

[4] C’est un peu à l’image d’un régime alimentaire. Tu sais que si tu veux perdre du poids, tu ne peux pas grignoter à toute heure n’importe comment, ne serait-ce qu’une poignée de cacahuètes. Changer la société en changeant son quotidien, c’est un peu la même chose. Cela demande d’entrée un code de conduite intérieure, tant l'offre de junk-food abonde et les tentations sont grandes de céder.

Illustration : flickr / mictlan74

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