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13 mars 2011

Autour des insurrections arabes : rencontre avec Mansouria Mokhefi

par
En complément du billet de vendredi sur le retour précipité du cow-boy diplomatique, voici quelques notes prises lors de notre rencontre la semaine dernière avec Mansouria Mokhefi de l'Institut français des relations internationales[1]. Nous avons échangé nos impressions de "blogueurs occidentaux" sur les mouvements tunisiens et égyptiens vus depuis twitter et facebook[2] et la responsable du programme Moyen-Orient / Maghreb à l’IFRI a répondu à nos questions.

1 / Les racines communes entre les récentes révoltes de Tunisie, d’Egypte et de Libye ?

En 2007, dans Le Rendez-vous des civilisations, Emmanuel Todd et Youssef Courbage envisageaient des  mutations arabes sur la base de trois critères : une démographie jeune dans plusieurs pays, couplée à un taux d’alphabétisation élevé et une baisse de l’endogamie. M.Mokhefi valide les deux premiers critères. Depuis un demi-siècle, les pays arabes indépendants ont dans leur majorité accordé beaucoup d'efforts à l'éducation des nouvelles générations, en les privant dans le même temps d'alternance politique. En plus de l’accès à l’information internationale, M.Mokhefi pointe le rôle essentiel de la chaîne Al-Jazeera  : « une chaîne pas paternaliste, non arrogante, qui s’adressait à eux et n’hésitait pas, de par son côté lointain (basée au Qatar), à critiquer des choses à l’intérieur des pays arabes. »

M.Mokhefi remet en perspective le prisme libéral réduisant l'insurrection tunisienne à un ras-le-bol des entraves quotidiennes, faites au commerce et à l’entreprise, qui se serait cristallisé sur le sacrifice de Mohamed Bouazizi. « On a peut-être pas fait une lecture exacte autour de ce jeune homme. Il n’était ni éduqué, ni diplômé. C’était un petit marchand qui subissait la tyrannie que tout le monde subit dans les régimes dictatoriaux : celle du petit chef. Il y a peut-être aussi des raisons personnelles. L’immolation par le feu, c’est interdit par l’islam. Peut-être que je me trompe, mais j’attache aussi  beaucoup d’importance au fait qu’il ait été giflé en public et par une fille policière. »   
Les femmes.  Elle insiste sur leur rôle déterminant en Tunisie et en Egypte, peu évoqué dans les médias occidentaux (qui se concentrés sur "la première révolution facebook") : « De tous les âges et toutes conditions, les femmes étaient en première ligne […]. Le travail souterrain au niveau de la société civile, a été très important pour maintenir un lien social, pour s’affirmer à travers des organisations de défense des droits de la femme, des associations de quartier, des écoles et des universités. En Egypte, il dépasse tout ce que l’on peut attendre ou espérer d’un pays arabe où l’on ne pense pas habituellement qu’une femme puisse jouer un rôle quelconque dans la société, encore moins une femme voilée. En Tunisie, ce rôle a été encore plus important à cause du code du statut personnel instauré en 1956 par Habib Bourguiba. […] "Je ne dresse pas un tableau évangélique. Je suis vigilante et même sceptique, je crains beaucoup de choses. Mais je crois qu’un point de non-retour a été atteint. Les femmes dans les pays arabes ne vont pas occuper demain des postes de ministres à parité, mais c’est le déblocage mental et psychologique qui nous importe ici. A partir de ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte, les rapports de la femme tunisienne et égyptienne avec son conjoint, son fils, son frère, son oncle et son père vont être complètement changés ».
Sur les revendications, M.Mokhefi nous avertit : « Il faut éviter de coller nos grilles d’analyses sur des pays que nous ne connaissons pas très bien. […] La dimension de la question sociale a été occultée dans l’information répercutée ici mais elle est centrale. Du travail, de meilleurs salaires, une égalité sociale ». Elle attire notre attention sur le fait que nous avons trop souvent omis ici les revendications de dignité largement portées à tous les âges, et toutes les conditions. « Dignité pour être reconnu dans un dialogue, ou une information nationale et dignité pour les femmes quand elles réclament l’égalité. […] Il faut aller dans les pays arabes pour savoir ce que représente l’Europe où on peut travailler, circuler, parler, où on ne sera pas giflée. ». 

Si notre style de vie, véhiculé par nos images, nos infos, par satellite ou internet, a influencé en amont les révoltes, comment sont alors perçus là-bas nos propos du moment, et spécialement la réduction  des mouvements d'émancipation des peuples au "spectre de l'islamisme" ou aux vagues migratoires ?

"Hormis le relais des blogs, ce qui m’a frappé en Egypte et en Tunisie, c’est le désintérêt de la population par rapport à ce que les gouvernementaux, institutions journalistiques et intellectuels occidentaux pourraient dire, avoir à dire, exprimer, analyser ou commenter. Nos débats ne concernent que nous. Là-bas, il y a eu de gros slogans « laissez-nous tranquilles, on n’a pas besoin de vous »." 

L’occident reste néanmoins une vitrine avec des critères et des valeurs, une vie démocratique même imparfaite, auxquels les populations aspirent : "La démocratie va mettre du temps à arriver. Donc ce ne sont pas des gens à qui l’on peut dire « vous avez votre démocratie, restez chez vous »". Les évènements ont précipité dans le chômage les tunisiens déjà les plus en difficulté.  "Ce sont ces gens-là qui partent. La révolution c’est très bien mais cela ne me donne pas à manger. Et comme tout est un peu désorganisé, ils se trouvent là une voie de sortie."


2 / Sur le risque islamiste et la Libye.

Le mouvement tunisien était spontané : "Il a surpris tout le monde, les islamistes en premier. En Tunisie, ils étaient complément éradiqués du paysage national depuis Bourguiba. Ils ont été pris de vitesse, ils n’ont pas pu manipuler, ils n’ont pu intégrer, ils n’ont même pas accompagné."  En Egypte, foyer des frères musulmans, la chute a été aussi rapide "mais il y a eu une vigilance populaire. Ils savaient que les frères musulmans étaient présents et la société civile (jeunes blogueurs, les femmes de tous âges…) ont dit clairement « vous ne parlerez pas : c’est notre mouvement »."

Boostés par les évènements tunisiens et égyptiens, les insurgés libyens ont pensé que ce serait plus facile. « Ils ont été confortés par le lâchage international de Kadhafi. Ils ont aussi pensé que l’armée basculerait facilement. » M.Mokhefi est maintenant inquiète de la situation. D'un côté le discours démagogue de Kadhafi est encore entendu et avec ses moyens financiers, elle craint qu’il ne reprenne la main. De l'autre, le pourrissement est favorable à une infiltration voire une récupération par des éléments radicaux : "Il y a des éléments extérieurs (mercenaires) à la fois appelés par Kadhafi et peut-être même sollicités par l’opposition. [...] On est dans une configuration favorable à ce qui fait peur à l’occident.» 
A la question d'un soutien français à la Libye (l'entrevue a lieu le jour de l'annonce du Monarque et de Cameron "inspirée" par BHL), elle voit difficilement sous quel prétexte une armée occidentale interviendrait dans un conflit intérieur arabe et pose même la question de l'intervenant.  Obama ne peut pas se dédire de son discours d'ouverture et adopter une politique militaire qui serait perçue comme celle de Bush. Alors qui ? 

« L’Europe n’est pas unie, n’a pas les moyens.[3] L’ONU ? Non. Aucune décision ne pourra être prise au conseil de sécurité. La Chine et La Russie n’accepteront jamais. L’Afrique ? […]. Désespéré par l’attitude des arabes pour se mettre à son niveau pour un discours d’unité, Kadhafi a concentré toute sa diplomatie sur l’Afrique. Et il a fait beaucoup de choses pour l’Afrique […] c’est l’acteur arabe le plus important sur le continent africain. Les pays africains ne feront jamais une unité contre lui."

A l'évocation de la Libye, la communauté internationale semble tétanisée.  Chacun tablait sur un soulèvement vite expédié dans la foulée du "jamais deux sans trois". Chaque jour qui passe fait craindre le contraire.

Au même moment, l'Arabie Saoudite connait ses premières manifestations.  

* * *
[1] Merci @nobr_ pour cette rencontre.

[2]  A l'image de la classe politique, nous sommes beaucoup à avoir d'abord sous-évalué les mouvements là-bas et, en général, à avoir un regard lointain sur cette zone. Comme nous continuons d'ailleurs pour la plupart à regarder de loin, une situation tout aussi dramatique, et bien plus dingue, en Côte d’Ivoire.

[3] Pourtant, 80% du pétrole libyen est exporté vers l'Europe. il y aurait peut-être là un levier de pression ?

9 décembre 2010

La révolution intérieure

par

L’appel du site bankrun2010, suite à la déclaration d’Eric Cantona appelant les particuliers à vider leurs comptes pour un effondrement de système vraiment plus efficace que ...pfff... une vulgaire manifestation de 3 millions de personnes, se traduit, selon la stricte grille d’analyse comptable du système qu'elle dénonce, en un "flop".

Pourtant, l'initiative aura eu ce double mérite de remonter un débat sur la place publique et de nous questionner, par l'exemple, sur nos aptitudes à "la révolution citoyenne".


1 / L'indispensable besoin d'icônes pour faire passer les messages.
Cet "appel" de Cantona a maintes fois été lancé par d'autres sur internet les dernières années, avant même "la crise"TM. Ce n'est pas le net qui a fait le "buzz" du King Eric mais bien les médias qui ont, cette fois, décidé de ne pas passer à côté en soufflant dedans.
Évoquant l'écume via la star, ils ont esquivé le plus souvent la vraie question de fond qui aurait pourtant pu se résumer au JT en un "les banques ne peuvent pas vivre sans hommes, les hommes peuvent vivre sans banques, alors pourquoi continuer à se laisser marcher sur les pieds ?"

Malgré son "échec" (si l'on consi
dère toutefois que l'opération doit strictement s'en tenir au 7 décembre), cette campagne de promotion pour la remise en cause par le citoyen de la suprématie bancaire aura fait débat, ouvrant des perspectives, générant d'autres initiatives, provoquant l'outre-réaction de quelques spécimens sous bocal à thunes de la classe dirigeante. Et tout cela grâce à une phrase d'Eric Cantona ! Que les syndicats méditent là-dessus. Quelle que soit la cause, vu l'époque, il faut mettre un peu de people dans son vin. C'est précisément ce qui a manqué à un moment donné pour que la superbe mobilisation d'octobre sur les retraites sorte de ses gonds et change la donne.

A propos...

L’angle mort de l'analyse de Cantona (autre que d'avoir pris comme exemple Spaggiari qui est le braqueur bling-bling par excellence) est d’avoir opposé contestation physique pour la défense de droits et "soucis de rentabilité" dans la seule optique de détruire un système. Question de statut social et de niveau de finances personnelles peut-être. On peut défiler pour défendre ses retraites et vider son compte. En raison de quoi une méthode dévaluerait-elle l'autre ?
Les luttes ne s'annulent pas : elles s'additionnent.

Une petite note à ce sujet : je suis à peu près persuadé que si Cantona n'avait prioritairement pas dénigré le mouvement social [l'enregistrement date de "la bataille des retraites", début octobre], la vidéo n'aurait pas été autant reprise à la télévision.


2 / L'image de la banque en a encore pris un coup.
Il est désormais ancré chez toi que le banquier est non seulement malfaisant, mais qu'il l'est avec ton pognon et que, comble de l'arnaque, il te fait payer la note en bout de course (mais le rapport est plus complexe que cela et j’y reviendrais). On peut donc s'attendre à une débauche de guimauve "sociale" et "éthique" dans les prochaines publicités bancaires.

Sur le fond. Quitte à me répéter : au sujet des banques, nous avons passé le stade de "la raison" et de "la responsabilité" depuis longtemps. Ce n’est plus "une généralité" mais un euphémisme d’affirmer que, avec la complicité de l'état, les banques escroquent leurs clients les plus pauvres. De là à vouloir détruire les établissements en question, ce n’est pas le genre de la maison. D'autant que bon, si tu veux entreprendre quelque chose avec un peu d'envergure, elles se révèlent, pour le moment, indispensables.
J'ai encore la naïveté de croire que les choses peuvent être régulées (elles le sont bien dans d'autres domaines) à condition de mettre les bonnes personnes en place et de placer la charge législative adéquate. Comme le dit Frédéric Lordon, il faut prioritairement que le métier de banquier redevienne un métier terne et rébarbatif. Il est urgent de séparer les banques de dépôt des activités de casino boursier et, dans ce domaine, certains pratiques (style vente à découvert ou paris à la baisse...) doivent être interdites et les autres lourdement taxées.

En attendant, à titre individuel, pour le fauché, quelques règles de base s'imposent...


3 / La fatalité bancaire ?
Quitte à endosser l’habit d’un odieux libéral quelques instants, j'en appelle dans ce domaine à la responsabilité individuelle. En gros, n'attends pas que TF1 te répète que Canto a dit qu'il fallait retirer ton argent de la banque le 7 décembre (ce qu'il n'a pas dit d'ailleurs) pour la remettre en cause et te soustraire de son emprise le plus possible.
Si tu ne veux pas que la banque spécule à mauvais escient avec ton pognon, stocke-le ailleurs, sous une autre forme, dans l'or ou sous ton matelas, investis-le dans des initiatives, dépose-le dans des établissements plus "éthiques" ou, plus révolutionnaire encore, partage-le[1].
Bien entendu, le chaos commençant ici : refuse systématiquement tout crédit. Avec lui, tu amorces débonnaire des désordres, d'où résultent les inégalités et les injustices que tu dénonces, outré, en bout de chaîne.


4 / La révolution DIY ou, comme disait l’autre : incarne d'abord ce changement que tu souhaites pour les autres.
Avant de vouloir tout foutre par terre pour tous sous l'effet de la colère, il faut d'abord tout entreprendre individuellement pour accorder ton quotidien avec la société telle que tu l'idéalises. Ainsi tu entres dans un processus concret de changement et non d'aspiration à un changement aussi idéalisé que flou.

Tu veux lutter contre les abus de la consommation ? Commence par ne plus rien acheter à Noël.

QUESTION
"- Ah oui, mais je vais avoir l'air d'un nase ?"

RÉPONSE
"- Il y a d'autres moyens de montrer son affection que par l'achat d'un téléphone à la durée de vie de 6 mois."

Tu veux lutter contre les abus de ton patron ? Dis-lui au lieu de te bourrer d'antidépresseurs en chialant dans le métro ou de nettoyer de ses "mauvaises ondes" ton espace intérieur Made in M6 à coup de Fung-shi à 1000 euros le quart d’heure.

QUESTION
"- Ah bah oui, mais je vais me faire virer."

RÉPONSE
"- Alors arrête de gueuler sur les autres qui manifestent pour défendre leurs droits simplement parce que toi tu n'as pas le courage de faire pareil. "

Tu en assez des banques ? Débrouille-toi pour moins en dépendre.

QUESTION
"- Ah oui mais c'est compliqué, parce que ma paye elle arrive sur mon compte."

RÉPONSE
"- Et bah retire là aussi sec. Et laisse juste de quoi payer les factures. "

QUESTION
" - Ah bah oui mais j'ai beaucoup d'abonnements."

RÉPONSE
" - Bon alors écoute Question, mets-y un peu du tien, sinon tu ne vas jamais en sortir de ce système qui te plait pas !"

La "révolution" se commence à un. Agir ainsi te permets 1 / et ce n’est pas rien, de te sentir apaisé, 2 / d'influencer d'autres (qui à leur tour vont se sentir plus apaisés et qui, du coup, vont moins me casser les pieds, tu vois ?). Rien de tel que la force de l'exemple. En revanche il vaut mieux susciter l'envie que la peur.

Cantona a tort sur ce point : il n'y a pas de force du "système". Le "système" ne tient que par la croyance que tu places en lui. D'où son insistance, via ses sbires et ses attachés de presse, accusateurs et railleurs, à te rappeler à ta moindre incartade idéologique qu'il est le seul et l'unique et que tous les autres sont criminels, voués à l'échec et n'émanent que d'esprits tordus[2].

Ce "système" où l’individu s'exproprie de sa propre vie au profit d'un idéal générique (de moins en moins accessible) est le résultat de l’accumulation de nos renoncements. En gros, il nous a corrompus jusqu'à l'intime[3]. Il ne s'agit donc pas de "détruire un système", on sombrerait probablement avec, mais de "transformer ses composants" et, consécutivement, un par un, de modifier la base de ce qui "fait société". C’est à toi, à ton échelle, par tes actes quotidiens et le remise en question de tes aspirations, de rendre obsolète ce "système" qui te débecte. Ce qui n’empêche pas, au contraire, quelques coups de force collectifs (mais là pareil, faut se bouger au lieu de le regarder à la télé).

Si changement il y a, il sera le fruit d'une propagation de nouveaux comportements au sein de la société contredisant par l'exemple les préceptes claironnés d'en haut. Tendre à s'affranchir de la banque (telle qu'elle est aujourd'hui) est un élément, important, mais loin d'être le seul.

Affirmons donc sans peur du jugement, un fier et convaincu : non. Même si je le subis, puisque en tant qu'un individu dans une société où la majorité se soumet à ses codes, ce "système" basé sur le renoncement à agir, le nivellement uniforme des ambitions au profit de la rente toujours plus sophistiquée, reposant sur la poursuite infinie de la surconsommation et de l'endettement à outrance des individus, n'est pas le mien.

Ce n’est pas parce que l'entreprise te semble insurmontable ou que tu t’imagines seul (là, Canto ou pas, internet a cet avantage de te confirmer quotidiennement que ce n’est pas le cas) qu’il faut baisser les armes avant d'entreprendre la bataille.

Car, ne pas se cacher derrière son écran et les appels des uns et des autres : se désintoxiquer personnellement est la plus grande des batailles[4].


[1] J'apprends que les Français n'ont plus confiance dans les placements boursiers. Bien. Je rappelle juste que ce n'était pas absolument pas le cas, il y a à peine 10 ans. La preuve qu'il faut se prendre une bonne ratatouille pour comprendre la leçon. Manque de bol, ils remettent ça avec l'immobilier. Hier, pour se "garantir" une bonne retraite, ils accentuaient les licenciements des autres pour gonfler leurs dividendes, aujourd'hui en investissant dans la pierre pour les mêmes raisons, ils contribuent activement au mal-logement pour les autres et prennent le risque personnel de finir sans rien.

[2] Vu les forces médiatiques en place (et leur mode de financement), il est peu probable que soit véhiculée, avant au moins une sévère contamination populaire, une quelconque apologie de l'alternative par la sous-consommation, la banque locale, l'échange ou que sais-je encore. Une fois encore, Internet est là. Non pour générer des évènements qui ont de grandes chances de rester virtuels mais pour encourager et promouvoir des mouvements et relier des initiatives concrètes.

[3] Au fond, je n’aurais rien contre "le système" si l’individu s’en contentait et que cela le rendait heureux. C'est malheureusement l'inverse qui se constate. L'individu étant assujetti à des comportements contraignants, l’éloignant d’équilibres internes fondamentaux, le conduisant à la névrose (effet secondaire majeur constaté de la course à l’opulence surtout lorsque cette dernière s’articule sur une soumission horaire et mal rémunérée à une fonction peu gratifiante) et à la violence avec son entourage. Comme je fais partie de cet entourage, ses désordres deviennent les miens.

[4] C’est un peu à l’image d’un régime alimentaire. Tu sais que si tu veux perdre du poids, tu ne peux pas grignoter à toute heure n’importe comment, ne serait-ce qu’une poignée de cacahuètes. Changer la société en changeant son quotidien, c’est un peu la même chose. Cela demande d’entrée un code de conduite intérieure, tant l'offre de junk-food abonde et les tentations sont grandes de céder.

Illustration : flickr / mictlan74

21 octobre 2009

Le capital à Moore

par

 
Michael Moore revient à la base. Le cinéaste de gauche, natif du Michigan[1], conclut avec Capitalism : A love story un cycle de films entamé vingt ans plus tôt avec l'émouvant Roger and Me{2] : La trahison du peuple américain par son gouvernement, la réduction à néant de ses espérances, la vente à la découpe de l'industrie et des services publics par des élites au service exclusif des corporations privées.

Pas de pitié avec eux. Par essence, le capitalisme génère le mal et toute tentative de le réguler est une arnaque, spécialement lorsque cette régulation (à base de subventions publiques sans retour) est entre les mains d'incompétents et / ou de corrompus : C'est en gros la thèse du dernier opus, le plus radical, du réalisateur un tantinet blasé qui "n'en peut plus de vivre aux Etats-Unis mais qui refuse d'en partir".

La "love story" est l'objet du premier segment du film. Comme tout enfant de la classe moyenne américaine ayant grandi dans les années 60, le petit Michael a bénéficié des retombées d'une croissance continue basée sur un emploi stable du père, une consommation de biens de transgression et une foi absolue dans le capitalisme comme modèle unique et bienfaiteur. Amour trahi, croyance battue en brèche depuis deux décennies jusqu'au point de non-retour : La crise des subprimes et le sauvetage des banques.

Moore est fidèle à son style : Le bulldozer. Articulés autour de transitions plus ou moins heureuses, se succèdent des segments présentant des situations cocasses ou abjectes affectant des américains moyens appauvris en un claquement de bulle spéculative :

- Des familles expropriées de leur maison (pourtant remboursée) dormant dans une camionnette à 30 mètres de chez elles.

- Un agent immobilier s'autoproclament fièrement "le vautour", spécialisé dans la revente immédiate de ces maisons.

- Des assurances vie contractées sur le dos de salariés par leurs employeurs à leur bénéfice exclusif (et son équation logique : Nos employés ne meurent pas assez jeunes !). Exemple : L'employeur gagne 5 millions de dollars à la mort d'un de ses salariés (qui a bossé 18 ans dans la boîte) et ne reverse rien à la famille qui doit s'endetter pour financer les obsèques (C'est y pas une grande famille le capitalisme !)

- Des pilotes de ligne moins rémunérés que des managers de fast-food (et sa conséquence directe : Des crash en série.)

- Des étudiants s'endettent à hauteur de 150.000 dollars pour financer un cursus qu'ils rembourseront en développant de nouvelles martingales boursières et autres pièges à pauvre pour leurs banques bourreaux.

- Le culte financier du produit dérivé foireux (que même leurs créateurs peinent à expliquer).

- Des ados injustement envoyés en prison par paquets de 1000 avec la complicité d’un juge payé sur commission pour gonfler les bénéfices d’un concessionnaire carcéral privé.

- Le passage en force au Congrès du plan Paulson de soutien aux banques malgré la désapprobation populaire.

J'en passe et des pires. C'est le worst-of illustré de ce que l'on peut lire ici depuis deux ans : Une kermesse aux raclures à en filer la nausée même à Sabine Herold, un truc qui donne envie de péter à coup de pelle de la berline allemande à vitres teintées et chauffe-nuque (ça détend) et de sortir le canon à merde aux points presse de Luc Chatel.

C'est en toute logique désespérée qu'en fin de film, un Moore arrivé au bout du paradoxe du cinéaste contestataire distribué par une major et auréolé dans tous les festivals guide son spectateur sur le chemin de la riposte citoyenne. Prenez votre destin, votre entreprise et vos économies en main et retrouvez le sens du collectif : C'est à vous d'écrire la suite.

Invité à l'avant-première, je craignais moins pour le fond du film que pour sa forme. D'autant que j'avais des réserves avec les récentes œuvres du cinéaste, spécialement le palmé Fahrenheit 9/11 sorte de Fox News inversé aussi manichéen que ce qu'il dénonce.

Lié à son ambition d'œuvre somme et contraint par son format, Capitalism a ce principal défaut de brasser les thématiques à un rythme parfois indigeste (ce qui est clairement énoncé dans un "préambule pour cardiaques") et de passer rapidement sur des personnages ou des thèmes qui méritaient de s'y arrêter. Notamment l'autogestion des entreprises (rarement évoquée dans les médias français, elle est littéralement inconnue de la majorité des américains) qui est probablement la perspective la plus épanouissante et rémunératrice pour le salarié (ce qui explique sa sous-médiatisation alors qu'elle fonctionne depuis des années dans de nombreuses entreprises, petites et grandes).

Faisant feu de tout bois pour étayer la démonstration parfois simpliste mais souvent jouissive, le film de Moore est avant tout un travail de vulgarisation sur les pathologies chroniques du capitalisme débridé conçue pour parler au plus grand nombre de ces sujets qui les intéressent peu mais qu'ils subissent tant. A défaut d'être un grand film et malgré son mauvais titre, Capitalism : A love story s'impose comme une œuvre d'intérêt collectif facile d'accès, à projeter en classe histoire de décrypter les raisons du désastre et envisager sérieusement une gestion alternative de l'état privilégiant l'homme et non le profit.

Pistes clairement exposées par Franklin D. Roosevelt peu avant sa mort dans un discours final "oublié" par l'histoire :

"- Le droit pour chacun à un travail utile et correctement rémunéré;
- Le droit pour chacun de manger à sa faim, de pouvoir se vêtir et d'avoir des loisirs;
- Le droit pour tout fermier de cultiver et vendre ses produits à un tarif lui permettant, à lui et sa famille, une vie décente;

- Le droit pour tout entrepreneur, petit ou grand, d'échanger dans une atmosphère dégagée de la compétition et de la domination des monopoles domestiques ou internationaux;
- Le droit pour chaque famille à un toit décent;
- Le droit pour chacun à la protection médicale, et aux meilleurs conditions de santé possibles;
- Le droit pour chacun à une protection contre les conséquences économiques de la vieillesse, de la maladie, des accidents de la vie et du chômage;

- Le droit pour chacun à une bonne éducation."


Capitalism : A love story en salles le 25 novembre.

A voir ou revoir avant : Roger and Me (1989).
A voir également : The Big one (1997) et Bowling for Columbine (2000).





[1] Michigan, état du nord, jadis le plus riche, aujourd'hui parmi les plus pauvres de l'Amérique. Ghettos, villes fantômes, infrastructures en ruine : à visiter d'urgence pour se faire une véritable idée du niveau de tiers-mondisation interne atteint par la plus grande puissance économique mondiale. Avis aux fans d'M6 : Si vraiment vous voulez devenir propriétaires, vous pouvez acheter dans les faubourgs de Détroit des quartiers complets pour le prix d'une Twingo.

[2] Roger and Me (1989) sur les conséquences durant les années Reagan, de la désindustrialisation du Michigan passant du bastion mondial de l'automobile au terrain vague.


3 juillet 2009

L'insurrection qui vient (aux USA)

par
J'interromps cette (petite) trêve estivale pour publier une critique vidéo-littéraire signée... Fox News :

"The coming insurrection", l'édition américaine de "l'insurrection qu vient".




7 minutes de critique sur "l'insurrection qui vient" du Comité invisible sur le média US le plus conservateur : Croyez-le ou non, c'est bien plus que sur TF1 !

2 avril 2009

1er avril dans les médias, un jour comme un autre en Sarkozie

par
8h00 : Interview radiophonique du Roi en son palais, par son laquais favori, Jean-Pierre. Le fossoyeur précoce des stars est envoyé spécial à L'Élysée, à 300 mètres de son studio (voir schéma) pourtant acquis à la raison d’état. Au micro, le monarque promet aux salariés de Caterpillar la même protection que celle promise l’année dernière aux salariés d’Arcelor-Mittal dont l’usine a définitivement été liquidée hier. Puis, le Roi reprend la thématique bande-annoncée hier à la sauvette à Châtellerault devant une caméra d’ITV, à l’abri des quelques milliers de mécontents (taux résiduel minimum désormais constaté au moindre de ses déplacements) : Si le G2O de Londres ne se passe pas comme je veux, je claque la porte du sommet !

Après le nombre de CRS, l'important c'est le buzz.

Schéma 1 : L'odyssée d'Europe 1, 330 mètres.

12h00 : Sortent enfin de leur interrogatoire de police, les journalistes de Rue 89 et France3, chaîne provisoirement gérée par Patrick vivant mal sa réorientation monarchique. Les journalistes étaient entendus dans le cadre d’une plainte venue de haut sur la fuite sur internet d’images Off du Roi où on le découvre dans toute sa magnificence, s’énervant contre un technicien qui refuse de le saluer avant son interview. Histoire de les intimider, furent présentées aux journalistes des captures d’écran de vidéo surveillance des locaux de la chaîne où ils officient. Qui a fourni les images ? Qui a fayoté ? La police a du mal à se prononcer.

13h00 : Reprise du feuilleton du Roi en tête des journaux radios et télés : Le Roi claquera t-il la porte du G20 ? La thématique en gommerait presque la nature du sommet et son évidente conclusion : En haut rien de nouveau.

13h10 : Je m’isole de toute transmission radiophonique ou télévisée pour quelques heures. Fin du monde ou pas, ce type de temps début avril : Faut en profiter.

17h30 : Ballade au jardin du Luxembourg. Sur l’Heil-pod, j'entends Laurent Ruquier qui, quand il n’est pas l’hôte d’une émission sur une chaîne publique de son pion Patrick, remet les pendules à l’heure dans son émission sur la radio privée de l'ami Jean-Pierre. Les médias nous manipulent ! lance l’animateur de divertissements. Il reprend ce sondage d’hier publié dans Libération et accuse le journal d’avoir présenté Dominique Strauss-Khan comme meilleur candidat pour la gauche aux prochaines présidentielles en focalisant sur les réponses de l’ensemble des Français, électeurs de droite compris, alors qu’il est fait peu de cas du fait que Ségolène Royal arrive toujours en tête auprès des sympathisants socialistes (seuls à trancher dans les primaires).

Une chroniqueuse euphorique rajoute : Ah, ce serait pas mal si c’était le candidat opposé qui choisissait son adversaire ! Rires de l’assemblée.

20h10 : Le journal de France 2 couvre le dîner d’avant G20 en direct de Londres. Gros suspens : Va t-il claquer la porte ? L'avenir du monde ? Comme le Roi, pour l'instant il se fait attendre. Gros plan sur le tapis rouge, Michael Darmon, envoyé spécial pour la chaîne de Patrick, est en costard. Festival de Venise ? Festival de Cannes ? On ne sait pas, les comédiens se font désirer. Caprices de stars.

Sans transition. Sujet : Aujourd'hui, en marge du G20 à La City c'était la guerre, des milliers de manifestants déchainés, mieux valait ne pas être banquier. Sans transition. Sujet : De l’influence des éoliennes entraînant un ralentissement de la rotation de la terre. Un technicien du CNRS témoigne : "il faut rapprocher les éoliennes du sol sinon d’ici vingt ans, la journée durera 25 heures". Sans transition. Sujet : Une loi va bientôt être déposée pour pénaliser le non-respect à l’hymne national. Sanction : Un an de prison pour sifflement de chant révolutionnaire. Sans transition. Météo : Demain sera encore plus beau. Sans Transition. J’ai bien l’impression que quelque par il y a eu un poisson d’avril. Pour la première fois de l’année j’attends la fin du journal pour que l’animateur de l’information m’avertisse du moment où il a roulé son audience.

Générique. Pujadas n'a rien précisé.

Aveu par omission d’un grand professionnel : Sous ce règne, l'information est une gigantesque bouffonnerie.

22h00 : Le Roi nomme un nouvel éxécutant à la direction de Radio-France.

* * *

En exclu, l'adaptation britannique de l'émission de Yann Arthus-Bertrand, La terre vue du ciel tournée avec des caméras de surveillance (restriction de budget, c'est la crise). 1er épisode, Londres :




20 mars 2009

19 mars, la rue unanime : Il doit payer !

par
En attendant que je me remette de mon insolation, voici des images filmées à Paris hier dans des cortèges débordant largement la mobilisation syndicale (salariés du privé, petits commerçants, retraités, étudiants...) et à l'humeur gravement détériorée par rapport au 29 janvier.

Le leitmotiv initial du mouvement :

"Casse-toi Pov'con !"

Sa prochaine étape en fin de vidéo :



Rubrique "Conseils pratiques" :
Il ne fera pas bon être un patron, un banquier, s'appeler Sarkozy et se promener sans garde renforcée dans les prochaines semaines.

Rubrique "Le parti socialiste n'est pas mort" :
Si, si je vous assure, il est encore en vie : Il tenait une baraque à frites à l'écart des autres, Boulevard Diderot.

Rubrique "Il faut bien rire parfois" :
Tandis que 400 CRS raflaient 300 jeunes place de la Nation vers 20 heures, au sous-sol, une voix intérimaire de la RATP nous annonçait que :

"Suite à des mouvements sociaux, le trafic du métro est normal."

Big up aux salariées de Marionnaud.
Merci pour leur sens du partage et leur hospitalité à Stéphane, Marc et à Marty (je crois).

18 mars 2009

Tapis rouge

par
Illustration : Paris, enflammé par la commune. Numa fils. mai 1871. (Musée d'Art et d'histoire de Saint-Denis.)[1]


En cette veille de bûcher pré-printanier, par avance merci.

Merci à Madame Parisot, présidente du Medef, pour sa brillante synthèse de tout ce qu’il faut dézinguer.

Merci à nos sponsors : Total, Continental, PPR, Arcelor Mittal, Vallourec, La Camif, Dynastar, Sony, Faurecia, Clarion, Foncia, PSA, Natixis, Renault, Renault Trucks, Adecco, Kronenbourg, Lear, Hutchinson, Pfizer, les notaires de France, St Gobain, 3M santé, Wagon automotive, Facom, FM Logistic, Texas Instruments, IBM, HP, ST Micro electronics, Philips, Ebay France, yahoo France, Sopal, Terrasson, Salomon, Senden, Willof, Bloomberg television (!), Caisse d’épargne, ACI, Akzo Nobel, Altadis, Beghin Say, Caterpillar, Chanel, Céléos, Deshoulières, Dim, Ford, Fischer, Henckel, Imerys, Kaufman and Broad, Lennox, Michelin, Novatech, Novelis, NXP, NYSE euronext (!!!), Plastic Ommium, PSA, Raynal, Sanofi Aventis, Siemar, SKF, Tyco, Valeo, Les Trois suisses, Motorola, Nipson…

Excusez-moi de ne pas pouvoir tous les citer, ils se reconnaitront.

Merci, à titre posthume, aux PME, TPE et artisans.

Merci à mon voisin de me rappeler, chaque jour que notre omni-président fait, ce qu’est un jeune troufion libéral à la cervelle liquéfiée par vingt ans de propagande télévisuelle au service exclusif du marché.

Merci à ses parents retraités de me remémorer, avec cette constance dans la petitesse et l'égoïsme forçant le respect, que l’homme de droite, sans forcément rouler sur l'or, est mentalement structuré pour défendre l'aristocratie parasitaire qui l'oppresse (pourvu qu'elle le fasse en jouant des mécaniques et avec une grosse montre qui brille au poignet) face à ces rétrogrades indigents (racaille syndicaliste à calicots ou socialistes opportunistes) qui pleurnichent sur un service public en déconfiture (alors que notre retraité de droite en est le plus gros consommateur) et une paupérisation exponentielle dont notre individualiste tout terrain s'imagine à jamais préservé, non sur la base de sa culture, de son érudition ou de son expérience de la vie mais bien de son patrimoine immobilier, son portefeuille d'actions et de sa 307 climatisée.

Merci à lui d'être un pion au regard vide face aux barbaries qui l'entourent mais à qui jusqu'à la fin, j'essayerai quand même de faire comprendre qu'en golden-parachutant un poltron pareil à la présidence, de droite ou pas, avec maison ou non, 307 ou sans, il a signé pour, tôt ou tard, lui, sa femme et son enfant, rajouter leurs noms au bas de la liste des indigents.

Merci à tous ces salariés du privé qui, au nom de leurs crédits pour rembourser le canapé d’angle ou de ce Picasso à acheter, et surtout, histoire de camoufler une pleutrerie bien humaine, gueulent sur les privilégiés du public qui eux peuvent faire grève, ces voleurs de salaire. (Message personnel : Je suis passé hier à 14h dans un gros Darty des boulevards. Je vous assure que, hormis prendre l'air, faire grève ne changerait pas grand chose au quotidien de ses salariés : Sans clients, avec une activité commerciale au strict zéro, les employés s'y tournaient les pouces, honteusement payés à ne rien faire ! en attendant le plan social)

Merci à toutes ces réformes gouvernementales nécessaires pour être compétitif et renouer avec le plein-emploi (Un gros carton).

Merci à cette modernité, condition du progrès collectif et du bien-être individuel, qui faisait défaut à La France : De la hot-line payante du Pôle Emploi à la geôle injustifiée pour Julien Coupat en passant par le fétide festival législatif de la répression protéiforme. Elle entretient notre haine sur une base quotidienne, la propageant peu à peu à l’ensemble des français.

Merci à Coco pour son relais people (un poil kamikaze) qui nous rappelle que nos réalités et celles des ricaneurs à vendre du dvd, ne se rencontrent qu'une à deux fois par an lors de l'acte d'achat : 20 euros en supermarché pour des galettes en plastique à potentiel subversif expurgé.

Merci au pouvoir d'achat d'avoir tenu ses promesses : Du clodo d'en bas à Buffett, personne n'en aura jamais assez.

Merci aux banques pour ce hold-up, coming-out sans équivoque.

Merci aux médias pour leur cosmétique de l'information.

Merci à la morgue répétée des nervis de la droitocratie, le petrole-âne ou la murène qui, la tête sur le billot, ne pourront plus dire : "Nous n’avons rien vu venir, on ne l'a pas cherché !".

Merci au désarroi français, pénible mais indispensable pour évoluer. Pas de renversement sans rage.

Merci à vous de ne jamais renoncer.

Merci au capitalisme, version archaïque, d’en finir avec lui-même.

Merci au Fouquet’s.

Merci à Carla B. pour le symbole et les manuels d'histoire de nos enfants.

Surtout, surtout, merci au président, à son autisme social et à son intervention de dernière minute : Même avec un vent favorable, pas de bon de brasier sans étincelle.

Et souhaitons-lui d'avoir un bon bouclier.

[1] Pour les fans de date : La commune de Paris a débuté un 18 mars.

7 janvier 2009

la valse des étiquettes

par

Prix cassés et esprit festif sur fond de désespérance sociale, "Les empêcheurs d’encaisser en rond" mènent une action d'autoréduction rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris, le soir du réveillon du 31 décembre. Ou, l'automatisation des caisses poussée à son extrême limite. Source Mediapart.fr

17 décembre 2008

Quand le peuple grec reforme lui-même l'audiovisuel public

par
Quand le peuple grec reforme lui-même le service public audiovisuel. Il coupe le discours lénifiant du premier Ministre pour, enfin, y faire passer des messages constructifs.

Traduction de la banderole : "Arrêtez de regarder, sortez dans la rue".



Pour les fêtes, sur l'ORTF 2.0 le peuple de France, lui, aura le droit à une retransmission en direct de la nouvelle pièce comique de Bernard Tapie.

Rassurez-vous notre PAF public à nous n'est pas en reste dans le domaine du happening insurrectionnel. Il propose cela :




11 décembre 2008

L’insurrection qui vient (de Grèce) ?

par
Si l’on suit les médias français, elle est encore loin, hellénique et sous climat tiède.

C'est que dans ces jours de misère détournée à coups de crédits à la consommation, à quelques encablures tarifées de l’orgie préméditée, le média au crochet du marché fait plus que jamais attention à son vocabulaire. Surtout sur la première compagnie.

Mardi soir dernier dans un sujet anodin sur un accident d’alimentation électrique survenu sur une ligne TGV Ouest ayant causé le retard de plusieurs rames, un mot aussi inoffensif que caténaire (objet dont la rupture est à l’origine du drame et donc du reportage) ne sera timidement prononcé qu’une seule petite fois en deux minutes. Quant aux retards d'une demi-journée des trains, il n’est nullement jugé intolérable par le président de la SNCF.

Malgré les contre-feux médiatiques à base d’alertes enlèvements (tradition lancée aux lendemain des émeutes de 2005) et de brouilles interministérielles dont c'est faire trop d'éloges aux intéressés que de les relater en boucle, l’esprit un peu alerte se baladant dans les rues peut aisément respirer le malheur et la haine, le mécontentement populaire trans-générationnel. Partout autour de lui, on parle d'argent et de fin de mois compliquées. Un ami propriétaire en 25 ans (de ceux que l'on nommera bientôt les endoctrinés sacrifiés du XXIe siècle), lui a dit qu'il n'en pouvait plus, qu'il allait devoir s'endetter auprès de son hypermarché pour nourrir sa famille. Des témoignages qu’il reçoit, il lui semble que c’est encore pire en province. Il lui apparait que son pays agonise et qu'il est à la croisée des chemins, hésitant encore entre la révolte et la résignation. Pour cette dernière, encore faudrait-il que survivent une classe médiatique et quelques intellectuels pour l'inciter à se lancer. Mais non, à l'approche de noel, ils sont bien trop occupés à essayer de vendre du livre et du dvd. De leur côté, les français attendront de digérer la dinde au marrons sofinco pour se révolter.

Si l'intuitif se balade sur le réseau, il constatera avec soulagement qu’en Grèce, la jeunesse déclassée et sans espoir, est encore en vie. Elle occupe la rue et, à force de lui jeter des pierres, va peut-être faire tomber son gouvernement. Son ami Jason le grec avait raison (cf p.58 de "Perverse Road", un très bon livre signé Seb Musset, noël approche). Derrière la disparité des nations il n'y au fond que deux populations européennes clairement identifiables : Celle des riches capitaines et celle de la jeune main d'œuvre sacrifiable.

A en croire l’Empereur, celui qui inévitablement focalisera un jour toutes les rancœurs, les temps de crise sont surmontables mais pas avant sa réelection. A en croire l'Empereur, son monde, ceux des médias dominants et des capitaines d'industrie, sont des univers lisses et parfaits, des suprématies éternelles pas prêtes d'être ébréchées que ce soit par une crise dont le bas-peuple paiera la note ou quelques émeutes dispersables au Karcher.

Notre instinctif se dit que son continent vit une époque historique que l’on disséquera dans trente ans, avec douleur ou nostalgie. Jamais depuis deux générations, la possibilité d'évènements que les politiques redoutent et que les médias ne voient pas, ne se fait autant sentir : L'imminence d'un monde peut-être pas nouveau mais qui se régénère.

En attendant, à côté des émeutes d'Athènes, le parvis en chantier de la Gare Saint-Lazare avec ses enseignants déguisés en Pères-Noël distribuant sur fond de danse des canards des tracts à des salariés endoudounés s’engouffrant dans le RER avec leurs paquets cadeaux à papier d'argent, fait piètre allure. Sincères, énervés mais pas crédibles les enseignants : Ils devraient savoir qu’il n’y a qu’un seul Père noël et qu'en plus il n'existe pas.

Progressivement les pères-noël mécontents empiètent sur la place et stoppent la marmelade des berlines métallisées à conducteurs solitaires. Peu de présence policière mais pour l'occasion RATP, SNCF, banques et beaux magasins ont sorti leurs vigiles. Malgré la sympathie des passants et les discussions qui naissent sur le pavé entre enseignants en colère et secrétaires de direction prêtes à faire du soixante quinze heures par semaine parce que c'est le progrès, ils sont cent fois ce nombre à filer indifférents vers les grands magasins du Boulevard Haussman, tout au stress de leurs corvées de cadeaux.

Glacé, l'écrivain s'en va à pied en slalomant dans cette ville à embûches aussi inutiles que pseudos décoratives (barrières éparses, kiosques à journaux sans journaux, travaux abandonnés, bites en fer et autres colonnes à offenses publicitaires), son chemin balisé par ces décorations aux façades des grands magasins qui, par temps de crise, redoublent de lumières clinquantes et vulgaires, vers sa rive préférée et moins encombrée.

Entre deux agences bancaires, un tour-operator étale en 4 sur 3 son slogan de l'hiver :

"Partir en vacances malgré la crise ? Yes we can !"
(ceci n'est pas un lien sponsorisé mais juste accablant pour l'annonceur)


Rue de Seine, alors qu'il entend sur son heil-pod un porte flingue de l'UMP qui lui apprend la bonne nouvelle que, contrairement à ce qu'il a dit le matin même, le gaz n'augmentera pas cette année (mais en mars prochain), notre homme croise Jane Birkin tout sourire au bras de Marc Lévy. Les deux se rendent sur le pont Saint-André des Arts pour une sauterie droit-de-l’hommiste avec petits-fours et aseptisation préalable des lieux de tout SDF embarrassant par les biens nommées forces de l’ordre. Le bobo-happening est retransmis en direct sur les chaînes dites d'information, préférant s'intéresser à l'occupation des places symboliques des beaux-quartiers par les people que l'occupation des écoles de banlieues anonymes par le peuple.

Alors, de retour dans son donjon à loyer excessif, malgré ce qu'il a vu, l'écrivain dépité se rassure : A sa vitesse bien française, ici aussi, l’insurrection vient. Une preuve ? On en a jamais aussi peu parlé dans les médias.

24 juillet 2008

LA NAISSANCE D'UNE NATION ?

par
alternative (n.f.)
1.solution de remplacement.
2.situation où il n'y a que deux choix possibles. (ex :
la bourse ou la vie)

Expliquons-nous : Si je publie moins de billets et de vidéos cet été, c’est que je suis plongé jusqu'au cou dans l’écriture d’un nouveau livre. En bon monomaniaque, j’ai du mal à me concentrer sur autre chose. Il y a pourtant à dire sur une actualité politique au top de son infamie.

Ce que vous faîtes.

Permettez-moi donc de vous remercier pour vos marques de soutien et vos courriels déchaînés. Leur rythme a explosé depuis le début de l’été. Je suis, comment dire, rassuré par la causticité, la clairvoyance et la violence de ce pugilat anti-puissants en totale opposition avec la soumission pépère qui
catatonise la presse française du 15 juin au 1er septembre. Je cite, pèle-mêle, les gros titres de l’été :

«
Cœur Caraïbes pour Ingrid Betancourt », « Le Tour de France propre, cette fois c’est la bonne, si si on vous le dit », « Travaillez pour gagner plus, mais n’oubliez pas bébé dans la voiture », « Vacances en France, partez de chez vous dans un rayon de 4 kilomètres » .

Comme beaucoup d’entre vous, je sens l'onde sourde de rébellion qui se propage à travers le pays, l’autre pays, notre pays. Je suis convaincu que nous vivons sous l’apparente torpeur nationale, une période historique dont on reparlera ému dans quelques décennies.

Bien sur, tant que leurs rédactions ne sont pas en feu, aucun média n’en fera écho.

Pour certains cela passe par un retour au potager, pour d’autres il est question de squats et de nouveaux carburants, d’autres organisent des entraides locales, distribuent du purin d’ortie ou opèrent une veille sanitaire de l’internet.

Et de citer Danton qui au moment de monter à l’échafaud alors qu’on lui tendait une tasse de
Banania, avouait : « Quand même ça réchauffe ! »

C’est donc à nous lecteurs, blogeurs, travailleurs, chômeurs, résistants d’octets ou sur le terrain, de relayer "la flamme de la vie". Grandiloquent certes, mais ce n'est ni plus moins de cela dont il s'agit.

Les temps se gâtent, sûrement. La crise est devant nous, évidemment. Et pourtant, malgré les apparences, les sales lois discrètement passées l’été, l’atomisation en cours des libertés individuelles, le dynamitage de la liberté de la presse, le remodelage des institutions et la mise à sac du secteur public, rien n’est perdu, bien au contraire.

Et de paraphraser Steven Seagal dans «
Tatane Fighter IV » avant qu'il n'assomme son assaillant d’un fameux moulinet : « C’est quand il n’y a plus rien à perdre que tout se gagne ».

Ma conviction se renforce en vous lisant : Il faut jouer de la solidarité populaire pour développer non des alternatives - néologisme - mais une alternative regroupant tout ce qui n’émane pas de l’ordre des puissants, n’est pas sous sa gestion et dont il ne tire aucun bénéfice. Récupérer nos vies, récupérer nos familles, récupérer nos journées. Rendre le système obsolète, bouter hors-jeu ses codes en chassant nos addictions et nos automatismes, d’abord ceux nous reliant au travail salarié et à l’argent***.

Pas facile ? Commençons chacun à notre petite échelle par partager, juste partager. Le reste viendra.



* notons la recrudescence sur ce blog de calembours avariés et autres jeux de mots approximatifs, premiers signes extérieurs d'une déliquescence morale.

** Ne pas croire les écrivains dont le métier est d’être en promotion à la télévision : Ecrire un livre bouffe à la fois votre temps et votre moral. (d'où les calembours)

*** Pour ma part, avec 14 euros sur mon compte et à peu près autant d’heures salariées depuis le début de l’année, je fais preuve de bonne volonté.

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