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15 novembre 2011

Le bonheur néolibéral, c'est pour quand ?

par
Jour de douleur dans la galaxie libérale. C'est aujourd'hui le cinquième anniversaire de la mort de Milton Friedman, fondateur de l'école de Chicago. A cette occasion, et alors que dirigeants et journalistes (si, si un peu quand même) n'ont plus en tête que de "rassurer les marchés" (ces innocentes entités) quitte à broyer les peuples (ces empêcheurs d'empocher plus) en nous jouant à domicile un remake péteux de la "stratégie du choc", nous avons décidé à plusieurs blogueurs de poser une question aux gourous, chefs de réseau, lieutenants et attachés de presse du tout marché...

A l'attention de: Jean-Michel Aphatie, Jacques Attali, Christophe Barbier, Eric Brunet, Yves Calvi, Monique Canto-Sperber, Jean-François Copé, Arnaud Dassier, Sophie De Menthon, Michel Godet, Eric Le Boucher, Alain Madelin, Alain Minc, Hervé Novelli, Catherine Ney, Laurence Parisot, Jean Quatremer, Pascal Salin, Hugues Serraf, Guy Sorman, Jean-Marc Sylvestre, Pierre-André Taguieff, Yves Thréard, Agnès Verdier-Molinié, Laurent Wauquiez. 

"Madame, Monsieur,

Vous vous définissez vous-même comme étant de sensibilité « libérale » sur le plan économique et c’est bien évidemment votre droit le plus strict. Vous ne verrez donc pas d’inconvénients à être sollicité afin de répondre à une simple question.

Nous, blogueurs et citoyens de sensibilité de gauche, sommes depuis une trentaine d’années face à votre discours nous assurant que le libéralisme économique – ou néolibéralisme si vous préférez – ne sera qu’une promesse de bonheur et de liberté pour tout un chacun, humbles comme aisés, et qu’un passage, certes douloureux mais que vous nous assurez « nécessaire », par une période de temps plus ou moins difficile où serait mise en place une sévère mais juste « rigueur » économique, finira, à terme, par porter des fruits dont tout le monde sans exceptions profitera…

Disons le net : nous sommes sceptiques.

Non pas que nous mettions en doute votre bonne foi quant à ces affirmations : votre sur-présence médiatique depuis tant d’années nous a convaincu de votre sincérité. Mais tout de même, tout le monde finit par se demander, à force :

Ce fameux « bonheur néolibéral » qu’on nous promet depuis 30 ans, ça vient quand ?

Parce que dans un pays comprenant 8 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté et des salariés pressés comme des citrons en permanence, et où malheureusement il semble bien qu’une fraction fort malhonnête de personnes trouvent à s’enrichir en se contentant de siéger dans des conseils d’administration, il est quelque peu délicat de percevoir les bienfaits de ces fameux « marchés » que vous défendez pourtant mordicus en dépit du bon sens.

Comme toujours, vous répondrez à cela qu’il faut « poursuivre les réformes » parce qu’on a « pas assez libéralisé » ; mais soyons sérieux : il vous faut clairement admettre que vous vous êtes plantés. Qu’en 30 ans vous n’avez pas été foutus de faire quelque chose de bien. Et que le néolibéralisme n’a conduit qu’une fraction infime de gens très riches à encore plus s’enrichir au détriment de tous les autres.

Notre question sera donc : pourquoi ne pas admettre que votre idéologie est nuisible pour la majorité, que vous vous êtes plantés, et que dans l’intérêt général vis-à-vis duquel vos idées sont objectivement nuisibles, il serait mieux que vous laissiez tomber et passiez à autre chose ?

Dans l’attente de votre réponse, veuillez Madame Monsieur agréer l’expression de nos salutations distinguées."

CSP, SeeMee, ValerieCG, vogelsong, sebmusset, dadavidov, intox2007, MipMip, Jegoun, Ohoceane, AlterOueb, monolecte, drclehmann, Gael et chaque lecteur, blogueur se sentant concerné.
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D'ailleurs... 
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P.S personnel : Nous comptons sur le lecteur pour faire tourner, avec nous, cette lettre et inonder avec les courriels et formulaires des émissions de télés et de radios toute la semaine.  En vous remerciant.
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hashtag : #bonheur_neoliberal
Illustrations : La mélodie du bonheur, R.Wise / RobotMonster A.Minc

19 juin 2011

[video] Plébiscite pour le protectionnisme

par
 "Peut-on lutter contre la désindustrialisation ?" #2

Avec Martial Bourquin, nous avons vu en octobre dernier que la question de la réindustrialisation est protéiforme, qu'elle dépasse les seuls salaires, qu'elle implique une vision à long terme (sur les infrastructures, le ratio écologique...), que les contre-vérités sont en permanence agitées par le gouvernement pour ramener le débat sur le seul axe Medefo-compatible de la compétitivité salariale, dans le respect dogmatique d'un libre-échange vendu comme le plus abouti des systèmes[1]. 

Abordons un autre champ d'action sensible pour les dominants car allant à l'encontre de leurs certitudes  depuis ces 30 dernières années : le protectionnisme. 

Alors que bruisse la rumeur d'une double fermeture d'usine chez PSA, que Bercy publie une nouvelle augmentation record du déficit commercial français, des économistes et universitaires du "manifeste pour un débat sur le libre échange" (Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Hervé Juvin, Jean-Louis Gréau, Philippe Murer et Pierre-Noël Giraud) présentent un sondage qu'ils ont financé eux-mêmes sur la perception qu'ont les Français du protectionnisme et du libre-échange.
Réservés sur les sondages, nous prendrons celui-ci avec les pincettes d'usage. Néanmoins, on observe des chiffres tranchés : 

- Une opinion très largement négative (et sensiblement équivalente chez les sympathisants PS, UMP ou FN) sur les conséquences de l'ouverture des frontières françaises aux produits chinois et indiens (et réciproquement) sur l'emploi (84%), les salaires (78%) et même, plus surprenant, sur la consommation (57%).

- 70% des sondés sont pour une plus forte taxation des produits importés depuis la Chine et l'Inde (résultats proches chez les sympathisants PS, UMP et FN).

- L'Europe apparaît (pour 80% des sondés) comme le niveau le plus efficace pour une augmentation des droits de douane pour ces produits (pour 90% chez les sympathisants PS et UMP, 57% chez les sympathisants FN).

- A la question : "quels acteurs doivent en priorité porter la question des droits de douane ?" l'Europe et les partis politiques arrivent en tête, syndicats et médias en dernier.

Il y a une forte demande pour que la classe politique s'empare de ce thème étiquetté tabou par des médias qui s'y penchent peu ou alors en soulignant qu'en parler c'est "faire le jeu du FN" (quand bien même le Front de Gauche, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevenement, Arnaud Montebourg ou Ségolène Royal au PS et même des députés UMP, le prônent chacun à leur manière). Lors de la conférence qu'il a organisé jeudi dernier, P.Murer précise que ce sondage est le premier sur le sujet en France depuis de deux ans (bizarre dans un paysage médiatico-politique qui carbure aux sondages). E.Todd évoqué "un mécanisme de verouillage du débat par le haut" s'appliquant contre l'avis des peuples partout en d'Europe. Étrangement, nous sommes régulièrement abreuvés d'une menace d'"islamisation de l’Europe" alors que l'emprise effective des dumping chinois et indien sur notre économie, nos industries et nos emplois passe à la trappe de l'info.

Constatant que l'industrie est ravagée (500.000 emplois en moins en huit ans), que l'économie de services[2] ne représente que 20% de celles des biens, les protectionnistes (ou "démondialistes") veulent instaurer une taxe sur les produits d'importation[3] des pays à très bas salaires (taxe réaffectée à l'industrialisation, la hausse des salaires et la baisse des déficits).
(- "Bon les gars, et si maintenant on faisait autre chose que de fournir des programmes de troisième  partie de soirée à TF1 ?")

Selon Jean-Louis Gréau : "Une protection commerciale digne de ce nom serait un moyen pour le politique de se ressaisir d'une partie de ses attributs [...] Nous avons l'impression que les candidats [pour les présidentielles] s'acharnent à conquérir un pouvoir qu'ils n'entendent pas exercer."

Pour Emmanuel Todd,  le bien-fondé du protectionnisme ne fait plus débat : le niveau de vie dans les pays occidentaux baisse à vue d'oeil. La publication de ce sondage vise à forcer les politiques à se prononcer :

Vidéo #1 / E.Todd : L'échec du libre-échangisme / Les classes supérieures s'obstinent au statu quo. (4.52)


Constat partagé par l'économiste Jacques Sapir, auteur de "La démondialisation"(ed.Seuil) et défenseur de longue date du protectionnisme : "Nos positions qui sont défendues à divers degrés ici, sont des positions de raison, de compromis. Ce sont nos adversaires qui se sont calés sur une utopie, et devant l’impossibilité de la réalité à coller à cette utopie, ont décidé de nier la réalité." Sapir va plus loin : Même si l'on échoue à mettre en place ce protectionnisme au niveau européen, un enclenchement au niveau national obligera les partenaires à réagir. Le protectionnisme est envisagé comme un moyen de négociation, une façon de retrouver un rapport de force équitable dans un système asymétrique. Il précise en revanche que "le protectionnisme à l'échelle de la nation est impossible à long terme".

A l'objection classique du "manque de compétitivité", JL Gréau, économiste qui a claqué la porte du Medef en 2003, rétorque que les entreprises dans ce pays, et spécialement les grosses, ont déjà vu leur situation fiscale considérablement améliorée depuis 30 ans. Et dans cette course à la compétitivité, le salarié européen, déjà dépossédé d'une partie de la valeur ajoutée, ne gagnera jamais, la Chine disposant  d'un considérable réservoir de main d'oeuvre à bas coût et commençant à délocaliser à son tour.

Vidéo #3 / JL Gréau : A propos du Medef et du "nouveau mode" de fonctionnement des grosses entreprises. (1.36)


JL Gréau évoque la délirante importation l'an passé de 65 millions de pneus chinois (de basse qualité) dans une Europe qui dispose pourtant de gros producteurs, ce qui condamne la fabrication locale (souvenons-nous de l'épisode Continental). L'exemple est applicable à l'ensemble de la filière des équipements automobiles et à quantité d'objets de notre vie courante.
Culture française: les traditionnelles files d'attente pour le nouvel Heil-phone. 
(existent aussi en version Pole Emploi)
Questionné sur les différences d'approche des économistes présents (protectionnisme national ou Europe), E.Todd insiste sur la convergence des critiques dans un environnement dégradé. Selon lui, l'horizon est celui du protectionnisme européen, mais il ne faut pas hésiter à agir seul. Comme le souligne Hakim El Karoui, dans "Réinventer l'occident" (ed.Flammarion), les Chinois, eux, sont particulièrement protectionnistes. JL Gréau rappelle que le dynamisme américain s'articulait pendant plus d'un siècle sur un protectionnisme fort.

Vient la sempiternelle question du "comment vous vous y retrouvez avec votre conscience vu que le FN dit la même chose que vous ?" Todd met, une fois pour toutes, les choses au clair :

Vidéo #7 / E.Todd : Le protectionnisme et le FN. (2.22)


E.Todd revient par la suite sur la nature libérale du protectionnisme. Il croit au marché mais pas au "tout marché", comme il croît à l'Etat mais pas au "tout Etat". Le dérèglement actuel cumule les deux travers :  les Etats ont abandonné leurs prérogatives à l'avantage d'un rapport de force qui n'est qu'une perversion du libéralisme.

Vidéo #8 / E.Todd : "la doctrine protectionniste est une des branches de la pensée libérale". (3.00)


Que penser en conclusion ? 

Déjà, se débarrasser du mot "tabou" au sujet du protectionnisme. Le sondage n'affiche qu'un ridicule 1% de Français soutenant encore que le libre-échange est "très positif pour l'emploi".

A l'heure des opportunités industrielles provoquées par la fin de "l'énergie pas chère", comme les autres pays européens, La France, pariant peu sur les PME et assise sur les lauriers d'une haute technologie rattrapée, se doit de repenser d'urgence ses rapports commerciaux.

Il ne faut pas craindre d'augmenter les droits de douane sur les importations des pays à très faibles coûts salariaux. Là tout de suite maintenant, tant que ces pays ont encore besoin de l'Europe pour fourguer leur came[4]. Ce déséquilibre exponentiel (aboutissant à ce qu'ici une pomme du Calvados soit bientôt plus coûteuse à l'unité qu'une clé USB fabriquée à 15000 kilomètres) a contribué à troubler nos perceptions sur la consommation. Jusque-là nous fermions les yeux sur les désordres internes de production et de distribution, trompés par une importation bon marché satisfaisant nos pulsions consuméristes. Pour expier, chacun triait ses déchets. Mais, comme on dit un peu partout d'Athènes à La Puerta Del Sol, la lucidité contre-attaque. 

Mais il faut parallèlement, avec l'argent de ces taxes, investir dans le développement d’un contre-pouvoir technologique basé sur le durable (là aussi : entre les bécanes chinoises programmées pour tomber en rade tous les 2 ans et les logiciels américains qu'il faut upgrader toutes les 3 semaines, il y a peut-être un modèle et un savoir-faire européen à retrouver.). 

Dans le même temps où l'on avantagerait fiscalement les PME et les entreprises de taille intermédiaire (on est pour le moment en pointe dans la permissivité fiscale à plusieurs dizaines de milliards envers les entreprises du CAC 40) en encourageant une relocalisation intelligente de la production (en fonction de coûts de transports, de zones d'activité regroupant les sous-traitants), il faudra augmenter les bas salaires ici. (NDLR : c'est pas gagné). Bien sûr, cela implique des partenaires de la zone euro accordée sur un salaire minimum et une fiscalité commune.

Inévitablement, la démondialisation conduira chacun de nous à relativiser son rapport aux marques ou au pire à en aduler d'autres. Un autre sondage nous indiquait récemment que les Français sont prêts à consommer "tricolore". On peut également considérer avoir atteint un pic d'équipement des ménages en bazar hi-toc (même si nous sommes particulièrement inventifs dans le domaine de l'achat inutile). 

En complément :
- L'article de @vogelsong sur Piratages.
- Les autres vidéos de la conférence notamment celles de Jacques Sapir sur le rapport protectionnisme / monnaie (28.00).

* * *

[1] Le cercle vicieux du libre-échange : la délocalisation dans les pays émergents entraîne une distribution des salaires trop faible, que les banques centrales et la FED compensent par des taux bas pour pousser l'activité. On obtient ainsi une création de richesses artificielles (internet ou immobilier) provoquant un surcroît de consommation tirant une croissance de mauvaise qualité liée à ces bulles qui finissent par exploser. Par la suite, la contraction des crédits renforce la récession et le cercle vicieux s'aggrave. La désindustrialisation provoque l'endettement et conduit inexorablement à l’effondrement des pays occidentaux (qui au passage auront brisé leurs monopoles d'Etat et explosé les protections sociales  au nom d'une compétitivité humainement irrattrapable).

[2] Les droits de douane sont facilement applicables (ils l'ont longtemps été). A ce sujet, on lira avec intérêt sur le dernier dossier du journal Fakir sur le sujet : les effectifs douaniers sont désormais quasiment intégralement consacrés aux flux humains, à la traque à la boulette de shit ou à la protection des marques via la chasse aux contrefaçons, mais non au contrôle des marchandises : "0.4% des containers sont scannés à leur arrivée au Havre contre 100% des passagers à Roissy". Dans un autre registre, il y a 500 douaniers  pour le Tunnel sous la manche avec Paris-Nord et Lille-gare, il n'y en a que 55 au service de Tracfin, l'organisme supposé contrôles les mouvements financiers suspects.

[3] Secteur temporaire ciblant ceux qui peuvent encore se les payer : la partie de la classe moyenne toujours solvable et les golden-retraités avec du patrimoine et un/des revenu(s) garanti(s). Bon gros gâchis de force de travail et de compétences ne produisant aucune richesse durable, sauf pour quelques compagnies privées (assureurs, banquiers, mutuelles, opérateurs téléphoniques...). 

[4] Même si la Chine oriente un peu plus sa croissance sur sa consommation intérieure, et que la balance commerciale se rééquilibre un peu cette année, ses exportations ont grimpé de 31.1% l'an dernier à 1580 Milliards de $. Avec un protectionnisme européen mesuré, sa croissance passerait de 10% à 6%. Ce qui reste gérable selon les critères de nos pays se touchant le slip dés qu'ils pronostiquent un +0.5%.

10 juin 2011

UMP : User et abuser des pauvres

par
Eclipsés par le concombre soja tueur et la real-enquête du Sofitel, nos moralistes de droite contre-attaquent sur tous les fronts, malgré leurs casseroles[1] et leur totale absence de crédibilité. 

Le nouveau (euh...) stratagème de reconquête électorale de nos tatchéristes bleus maquillés en "justiciers sociaux" (en mode Charles Bronson vs. la racaille) est donc de matraquer les pauvres au gourdin moral ou sécuritaire tout en confortant les rentes pépères, épaisses ou indécentes, des plus hauts revenus (dont on ne précisera jamais assez que la plupart n'ont qu'une idée très vague de ce qu'est le travail).

On ne prend même plus de gants : Allègement de l'impôt sur la fortune et promesses d'en finir avec l'indolence fantasmée des allocataires RSA s'opèrent de concert. Sidérante opération étouffée par la juteuse traînée médiatique de l'affaire DSK. Comme on dit dans la droite publicitaire depuis 4 ans  : "plus c'est gros, plus ça passe" auquel on ajoute "ceux qui ne votent pas pour nous sont à piétiner, ceux qui ne votent pas du tout nous rendent plus fort". Ici, comme en 2007, est visé à 350%, l'électorat des  possédants âgés parfois décontenancés par les frasques monarchiques. Il faut les rassurer sur la continuation de leurs beaux jours de domination idéologique avec, en filigrane, la perspective que l'odieux assistanat des jeunes pauvres réponde, pour un tarif compétitif, à la noble dépendance des vieux riches.


Simultanément, l'armée de l'ombre réoccupe l'espace médiatique préparant les esprits à la vague d'ultradroite qui nous attend après 2012. La semaine dernière, une  discrète  éditorialiste du Figaro magazine (bible dominicale des adeptes du bouclier fiscal contrôlé par une équipe de croulants à l'endurance bionique) tapait à cerveau raccourci sur la génération "canapé" comprendre les "profiteurs" du RSA (deux jours avant la convention UMP sur le sujet). L'article est tellement caricatural, truffé d'erreurs et d'approximations, que nous avons d'abord cru à un canular (l'équipe de Brave Patrie, dépassée par la réalité, se sabordant dans un acte ultime : écrire directement pour les lecteurs de Dassault) avant de nous rabattre sur la seule explication possible : Sophie Roquelle s'adresse aux vieux à fortes liquidités financière et intellectuelle.

Quelques jours après, nous apprenons que Monsieur Sophie n'est autre que JF.Cirelli, vice-président de GDF-Suez, côté au CAC 40. On avait dit "pas les conjoints". Mais bon, Libération nous informe que Monsieur touche plus d'un an de RSA par jour et nous ne pouvons nous empêcher de croire que cela soit sans incidence sur le vomi à gros grumeaux de Madame. Nous n'en serions pas arrivés aux mêmes conclusions si, par exemple, la justicière de droite s'était insurgée avec la même hargne contre le nouveau refus, la même semaine, par Frédéric Lefebvre (autre célèbre super héros social), d'autoriser les class-actions en France. L'autorisation d'une telle procédure collective aurait permis aux légions des abusés et surfacturés par la compagnie de son mari (dont le médiateur de l’énergie rapporte qu'ils sont de plus en plus nombreux) d'attaquer en justice (efficacement et à moindres frais) la compagnie en question s'avérant un peu lâche sur la facturation des clients (ex-entreprise publique privatisée au nom d'une concurrence supposée faire baisser des tarifs ayant, O surprise, augmenté de 60% depuis).

Ayant vécu en Angleterre, cet autre pays du néolibéralisme émancipateur carburant à l'exploitation de pauvres culpabilisés que l'on vise sans relâche à rendre serviles ou honteux et dont notre belle contrée se rapproche à vitesse grand V, j'ai vu (et vécu) les mêmes pratiques il y a quelques années (cf Perverse Road). Des surfacturations aléatoires ciblant bizarrement les pauvres, sans moyens de se payer un avocat, abandonnés à des call-centers kafkaïens et surtaxés où ils se heurtent à d'autres travailleurs pauvres payés au rendement avant, un matin, de se retrouver avec l'huissier à la porte pour régler sous peine de saisie 500 pounds de facture de gaz... alors qu'ils ne sont parfois même pas raccordés !

Mais non, Sophie n'écrira pas sur ça. En néolibéralie, les pauvres (comprendre ceux qui refusent de devenir des auto-entrepreneurs ou complices) sont là pour turbiner gratuitement (enfin  presque), s'endetter, régler les surfacturations des compagnies protégées par le pouvoir, engraisser les classes supérieures et mourir avant la retraite d'un rhume qu'un "justicier social" de droite aura déclaré au nom de l'équité trop coûteux à soigner pour la collectivité (comprendre : "un manque à gagner pour le marché des assurances et des mutuelles santés privées des potes"). 

Pour canaliser la croissante rancœur du peuple (parce que quand même, malgré des heures de télé pour oublier, ça commence à faire un peu mal au fondement) tout en chouchoutant les riches, les "justiciers sociaux" UMP lui sélectionnent de bons boucs-émissaires (menaçant de prendre la place du galérien qui "fait tout bien ce que la droite m'a dit de faire" dans la course aux jours meilleurs qui n'arrivent jamais) : les immigrés ou les encore plus galériens. Ainsi le système à casser du "pauvre con" s'auto entretient jusque la banqueroute suivante qui viendra gonfler de quelques millions supplémentaires les contingents de précaires. L'autre pan, essentiel, de la paix civile étant bien sûr de corrompre dès le plus jeune âge la classe moyenne aux valeurs de l'aristocratie bourgeoise avec force marketing, via l'endettement, même et surtout, déraisonnable.

Tout cela pour vous écrire combien il est crucial (même si je ne me fais aucune illusion sur l’après tant les mécanismes sont forts, la cupidité prégnante et les réflexes conditionnés) de se débarrasser dès le premier tour de la présidentielle 2012 d'une gouvernance antipeuple. Il s'agit ici si peu d'économie (l'incompétence de nos pantins dans le domaine n'est plus à démontrer, ils servent en toute simplicité un communisme des riches décomplexé) mais bien de femmes, d'hommes, d'enfants broyés. Nous entrons dans une nouvelle phase de destruction morale, idéologique voire physique des individus les plus faibles de la société, le "cancer" comme l'on ne se cache plus à droite pour les stigmatiser.

Ne jamais oublier que la "justice sociale" de l'UMP est définie selon les intérêts exclusifs d'une poignée de dominants, fidèlement suivie jusqu'au bout de l'immonde par les strates les plus aisées de la société, du gros rentier au petit actionnaire apeuré.

Les quatre dernières années ne furent qu'un apéro gustatif. Avec un deuxième quinquennat sans réélection visée derrière, le Monarque aura les coudées franches pour y aller plus à fond dans la guerre des classes, sans aucune frilosité, sans aucune pitié, sans humanité, avec tout l’arsenal législatif, idéologique et répressif à sa disposition.

Quand on a encore un peu de confort, on a vite tendance à se tromper d'ennemi, à oublier que toute guerre fait des morts.


[1] liste non-exhaustive de la semaine :

- Chantal Brunel, députée tendance planche à clous et martifouette qui, "après tout", voulait remettre les naufragés tunisiens à la mer. Nous apprenons que son mari est mis en examen pour "blanchiment, abus de biens sociaux, faux et usage de faux" avec un petit détournement de 45.000 euros pour financer la campagne de sa compagne. 

- MAM ? Out ? Penses-tu. Un petit scandale, de la morgue et des mensonges, une démission et ça repart. Après un petit tour de chauffe, elle prend la tête d'une convention UMP  sur "la solitude et le repli sur soi". Destination ministère. 

- Luc Ferry ? Captain avenger des plateaux télés, lui, cumule et glande sur fonds publics comme un vulgaire "assisté", sauf qu'il empoche plus de 10 RSA par mois sans une heure de boulot en contrepartie. [update 11.06.2011 : et que Matignon - toi - va rembourser à l'université l'année de salaire de Ferry que tu as déjà payé une première fois.]

3 mai 2011

Le tour du mystérieux train magique

par
"Certains trains pourront partir avec 15 à 60 minutes d'avance ou de retard sur les horaires prévus". J'ai d'abord cru à un partenariat avec le mois "Monty Python" sur Arte. Mais non, c'est bien le descriptif d'un nouveau "produit" de la SNCF.
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Le Parisien annonce hier que "la SNCF expérimente un nouveau concept commercial encore officieux : les « trains avec horaire à confirmer »". Il s'agit de rames circulant sur des voies en réparation dont la variabilité des horaires assumée permet d'ouvrir des réservations plus tôt. Si tu prévois à l'avance de voyager sur un train en retard, c'est le produit qu'il te faut !

Challenges étaye le lol : "Grâce à ce système qui permet un délai de réservation plus long, le voyageur sera informé 7 jours avant le départ, de l'horaire exact du train".  Substance du concept : c'est parce que la RFF [réseau ferré de France] "modernise" (meta décodage : les prix vont augmenter) qu'il y a des problèmes chroniques de retard sur des lignes obsolescentes. Comme la réparation va également provoquer des retards, encore imprévisibles, la SNCF va vendre des "paris", "sécurisés", sur ses voyages. C'est logique et limpide comme de la vente à découvert. 
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Précision de taille : La RFF est une entité publique juridiquement séparée de la SNCF depuis 1997. Elle a été créée pour assurer l'ouverture à la concurrence des compagnies de chemin de fer selon les directives européennes. En résumé : l'entretien des voies a été séparé de la gestion commerciale des trains. Un succès supplémentaire de la libéralisation progressive du secteur dont tu payes les erreurs : on n'en est au point où les compagnies, qui au départ n'étaient qu'une, n'arrivent même plus à s'accorder sur les horaires et s'arnaquent entre elles.  Là, où c'est croustillant (et digne du cycle Monty Python), c'est que j'apprends à la publication des résultats trimestriels de la SNCF que sa branche SNCF Infra, réalisant des travaux pour la RFF, voit son chiffre d'affaires progresser de 93 millions d'euros ! (Si quelqu'un dans l'une des deux entreprises peut m'expliquer ce zorglub spatio-relatif dans les commentaires, il aura ma reconnaissance éternelle.)

Côté SNCF, on s'adapte à la situation et l'on fait ce que l'on sait désormais faire le mieux : de la vente de produits. Cette histoire de retard est une période de "test". A l'approche de la glissade finale dans le secteur privé, il faut faire entrer dans les cerveaux une bonne fois pour toutes que l'anormal est normal, l'exception la règle, l'absurde la plus indiscutable des logiques, le recul un progrès. Ça évite aussi les procès de voyageurs pointilleux et surtout autorise, en creux, le futur surcoût pour les trains qui arriveraient à l'heure (un produit qui cartonnera chez les gens qui auront les moyens de se l'offrir).
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Il faut modeler le "client" à l’hypothétique du service provoqué par une "optimisation" du fonctionnement. C'est le principe de la caisse de supermarché : puisque l'attente du client ne coûte rien à l'enseigne, les files de clients aux caddies pleins permettent de dégager de la marge (en embauchant moins de personnel). L'important est de faire accepter au client la contrainte, le temps d'attente ou la baisse de qualité du service comme faisant partie de l'offre commerciale. Le succès du discount repose sur ce principe. 

"- C'était une grande demande de nos clients" affirme Mme Dalibard, directrice des grandes lignes de la SNCF sur NouvelObs.com. Pour une torture sans douleur, il faut d'abord convaincre les esprits que : 1 / la peine est souhaitée 2 / le bourreau va mettre ses plus belles dentelles.

Ironie, ces retards auxquels il faut nous habituer s'appuient sur la notion de "rapidité" appliquée à un TGV dont la compagnie célèbre les 30 ans.  Sûr qu'avec une telle gestion à court-terme, segmentée et axée sur la rentabilité, alors qu'on s'oriente vers la micheline à pédales propulsée par le voyageur lui-même, ce n'est pas aujourd'hui qu'on réinvestira dans une telle technologie. 

Après l'opacité des modes de tarifications, aboutissant à ce que dans la même rame de TGV pas un seul billet ne soit vendu au même prix, et l'insidieux démon du discount distillé dans nos habitudes prises de réserver trois mois à l'avance pour payer 20% moins cher un billet qui a pris 100% en deux ans sur certaines lignes,  je me prépare à ce jour où la SNCF proposera des dépliants en cabine de TGV pour nous expliquer que nous sommes trop habitués à la rapidité et que c'est mauvais pour la santé de trop croire dans les grilles horaires.

Damned, se construire un alibi va se compliquer.

Illustration : Eddie Campbell

4 février 2011

Flat Tax, TVA sociale et sucettes pour tous

par

La dernière ressource du capitalisme, c'est de pomper les individus. Pour un pompage efficace, liquéfions préalablement les cerveaux. 

Le consentement et l'ardente défense par certains individus (humbles avec un raisonnement et tout) de dispositifs législatifs et fiscaux dont ils seraient inévitablement les premières victimes s'ils étaient un jour mis en place m'étonneront toujours.

Au palmarès des idées néolibérales pour niquer les blaireaux, remontent actuellement deux débats pas même défendus par un gouvernement qui n'en espère pas tant : 

La "flat tax" et la TVA sociale.

1 / La "flat tax"
C'est la réduction de tous les impôts à un seul, sur l'ensemble des revenus, à pourcentage unique pour tout le monde (15%). Là sur le papier, tu trouves ça chou et surtout d'une "moderne" simplicité sauf que 15% de 750 euros (ce que gagnent 25% des salariés de ce pays, le salaire moyen, lui, tournant dans les 1350 euros), ce n'est pas exactement pareil que 15% de 34.000.000 euros (rente mensuelle moyenne de Liliane B., Neuilly). Nous passons ici la question des loyers délirants et de l'inflation qui bouffent tout, voire plus que tout, pour une part croissante des Français. 

Nous pensons au contraire que, d'urgence, l’impôt doit être plus progressif et qu'au-delà d'un certain stade d'accumulation de pognon (et rien que pour que l'on arrête de nous rabâcher les oreilles avec cette p... de dette justifiant jusqu'à leur agonie le serrage de ceinture des petites gens), il n'y a aucun mal à prélever 90% des revenus des plus riches, Roosevelt style. Ne crois-tu pas que ce serait là une belle preuve d'attachement au pays de la part de ceux ne cessant de nous répéter avec une terreur communicative qu'il est menacé puisque NOUS ne sommes pas assez compétitifs ? Il faudrait en parler à ce gouvernement qui a supprimé l'impôt sur les successions et ambitionne d'en finir avec l’impôt sur la fortune (pour un coût annuel de 4 milliards).

"Il faudra explorer toutes les sources intelligentes, justes et attractives de substitution" déclarait à ce sujet Christine Lagarde en novembre dernier. Voilà qui m'amène à mon deuxième point. 

2 / La TVA sociale (ou l'oxymoron fait loi).  
Son seul nom devrait les renseigner sur l'hérésie de la chose, mais il se trouve encore des "pauvres" pour la défendre. (NB : j'utilise cette catégorisation générique et abusive qui horripile les classes moyennes visées  mais qui a la mérite de montrer à quel camp elles se rattachent in fine, en comparaison avec l'hyper classe qui les piétine tous). La TVA sociale, remise sur le tapis par un Jean-François Copé dont la devise jusqu'en 2017 sera "chaque mois, une idée de merde pour faire parler de moi", c'est le transfert de cotisations de la part salariale vers la TVA (appliquée à tout ce que tu consommes, du superficiel à l'essentiel c'est bien ça le problème), pour résorber le déficit de la sécurité sociale, le tout au bénéfice supposé de "l'emploi" et même, parait-il, du "pouvoir d'achat aux salariés" qui seront, bien sûr, cela va de soi, c'est certain, vous reprendrez bien un peu de piment rouge avec votre planche à clous dans le cul, augmentés. Quant à ceux qui ne sont pas salariés (quelle idée) bah, ils avaient qu'à être riches dès le départ,  non mais [1]. 

S'il y a des neuneus pour croire une seule seconde que ce cadeau de 12 milliards aux entreprises (chiffre avancé par Copé) générera un seul emploi, que les entreprises récompensées baisseront leurs prix (cf la TVA à 5.5% dans la restauration de Novelli, le pote à Copé. Coût  : 2.5 Milliards, emplois crées : entre 0 et pas grand-chose, avantage client : rien), je leur conseille de s'encarter UMP (où y en des comme eux qui deviennent régulièrement ministres). La pâle croissance française étant mollement traînée par la consommation des ménages, une augmentation de tous les prix, parallèlement à la hausse des matières premières, est vraiment LE truc à défendre... pour la faire baisser encore plus.  Et... léger problème pratique : étant donné qu'on ne pourra lutter à court-terme contre la délocalisation depuis un pays où l'on ne produit rien, je t'annonce déjà l'étape post-TVA sociale où les mêmes réfléchiront sérieusement sur le bien-fondé de la baisse du salaire minimum. 

Ces propositions ne seront pas reprises en fanfare par la droite à l'approche des élections cantonales où elle risque la dégelée. En revanche, arrêtons de mâcher le travail de la grande régression par une discussion sur le "ah tiens pourquoi pas ?" à la suite des ballons sondes "pour une compétitivité plus compétitive" jetés dans l'opinion par les seconds couteaux néocons et autres prétendants au trône suprême ne connaissant du travail, au mieux, que les honoraires à deux smics de l'heure perçus lorsqu'ils étaient avocats d'affaires. Les réactionnaires ont le vent en poupe. Ces deux axes sont dangereux, car propices à une simplicité marketing extrême (cf le travailler pour gagner plus) avec beau blister bleu et forfait tout compris.

* * *

[1] Et que l'on arrête de me sortir l'exemple allemand : la TVA y partait de 16% pour atteindre 19% (soit moins que la nôtre) et sa croissance repose moins sur la consommation intérieure puisqu'elle exporte énormément. Quant au Danemark, il n'a pas réduit le chômage grâce à l’augmentation de la TVA mais en élaguant ses stats.

Illustration : Ad times by D

5 janvier 2011

Les experts des 35 heures se lèvent plus tôt que toi

par

Ta gueule le salarié, t'y connais rien au travail : le boulot c'est le bonheur, travailler plus c'est incontournable et puis tu vas gagner plus (en estime de toi, parce que niveau thune c'est... enfin... mais bon ta gueule.).

C'était, en synthèse, le message véhiculé dans un style mi amphigourique, mi oui-oui t'apprend la vie entre 7h30 et 8h00 sur les ondes de RTL et RMC squattées par le duo Hervé Novelli / Jean-François Copé, respectivement secrétaire général adjoint et secrétaire général de l'UMP. 

Rebondissant sur la polémique lancée sur le dos des travailleurs par Manuel Valls, name-brandeur en quête de gloriole, appelant à "augmenter la durée légale du travail", les deux compères ont prêché la parole libérale, moralisatrice et coercitive, truffée de ses contre-vérités et énormités assénées avec le genre de bonhomie décontractée qui vous ouvre désormais, avec vaseline et tapis rouge, la porte des médias. 

Sujet de l'offensive : en finir avec les 35 heures. Merci Manu d'avoir respecté le timing de cette campagne de promo, avec ta super bande-annonce. Il est vrai que si tu avais conclu (sur la base des statistiques de l'OCDE et d'Eurostat en 2009) que les français travaillant plus que les allemands (que tu prends pourtant en exemple) avec une productivité horaire supérieure (preuve qu'ici la thune va ailleurs que dans la poche du travailleur) en rappelant qu'il y a, au minimum, dans chez nous 5 millions de chômeurs, et qu'il nous faudrait donc plutôt passer aux 32 heures : ta vanne aurait probablement eu moins d'écho.

Revenons à nos experts de droite en gestion morale de l'effort d'autrui.

7h40. Hervé Novelli sur RMC. Incompétence, obsolescence mentale et ravissement permanent : Novelli, c'est le Geo Trouvetou de l'UMP. L'auto-entreprise, c'était déjà lui[1].  Il a été mandaté, avec Gerard Longuet, par Jean-François Copé pour prendre la tête d'un comité de réflexion cherchant des pistes pour mettre fin aux 35 heures. 

Novelli décline l'argumentaire standard : il faut qu'il y ait débat et, qui dit débat dit solutions. Ça tombe bien, il est là pour ça. "Aujourd’hui, il y a 22 milliards d’euros par an d’allègements de charges » payés par l'Etat en compensation pour les entreprises qui "représentent une perte de compétitivité pour l'économie française". Vu que la France est un des pays les plus productifs du monde voire le plus  productif, c'est que le problème de la croissance doit se situer ailleurs, non ?  On connaissait la propension de la droite pour prioritairement financer les milliards de cadeaux fiscaux accordés au Medef grâce à la ponction sur salariés, voici son autre variable d'action face à la baisse du pouvoir d'achat du salarié. Ne pas lui faire perdre ses journées à dépenser un argent qu'il ne gagne pas, en le consignant plus longtemps au travail. CQFD.

HERVE NOVELLI
« - On va faire un certain nombre de préconisations. Ce que je souhaite, c'est l'idée de relancer le dialogue social en France. Et que dans les entreprises et les branches on négocie. Ça se fait quasiment partout en Europe, voila la réalité. Ce ne sera plus une durée légale mais une durée conventionnelle » 

La droite aurait soif de "dialogue social" ? En décodé : elle veut faire sauter le dernier verrou (avant le salaire minimum, l'autre barrière). Éclater la norme commune. En finir avec la durée légale, non pas tant pour la durée en question, (dans moult secteurs, on ne compte plus en heures, mais en objectif - d'où la multiplication dans mon entourage des "cadres" sur-stressés à 1800 euros qui touchent 20 euros de prime pour 120.000 euros de CA généré -) mais, sur fond idéologique de mérite au travail, pour diviser les corps de métier, isoler le travailleur (auquel on ne cesse de répéter qu'il lui faudra sans cesse changer de métier, se réinventer, travailler de nuit et se délocaliser pourquoi pas), éparpiller les traitements et empêcher les conditions d'union dans la réaction (chacun s'accrochant à son cas particulier). A noter la similarité avec l'auto-entreprise : chacun devient le concurrent de l'autre, tous béatement épanouis par un labeur acharné le plus prenant possible au niveau horaire et transport, le plus longtemps possible au niveau des années. Dans cette optique, le salaire compte moins que l’effort pour en décrocher un. No pain, no gain. Ce que Copé confirmera par la suite. Gérard Longuet annonçait déjà la couleur en décembre dernier, en déclarant au Monde qu'il fallait que le salarié français travaille plus pour le même prix (et bref que c'était ça ou sortir de la zone euro : ce qui est supposé me terrifier).

Dans cette vision neo-con, tes heures supplémentaires ne seront plus payées en tant que telles et tes RTT "seront progressivement apurées" comme l'esquisse pudiquement un Novelli auquel Jean-Jacques Bourdin rappelle qu'il a peut-être un chouilla oublié "le salarié" dans son équation des winners.

Novelli s'en tape. Quand on lui parle "salarié", il répond économie pour "le contribuable" (on est à l'UMP merde, le parti des golden-retraités et des rentiers, bref une confrérie idéologique où dirigeants et électeurs ont bien saisi, pour eux, les bénéfices à tirer du travail des autres). 

Hervé Novelli précise que la nouvelle durée légale ne pourra pas dépasser le plafond fixé par l'Union Européenne de « 44 heures » par semaine. Comme Novelli a précisé que sa redéfinition de la durée légale  suit le "mouvement" global de l'UE, voila qui laisse le champ libre pour d'autres améliorations si un des pays opte pour les 70 heures.

Voilà qui doit ravir le salarié sur le chemin du boulot (mais un opportun sondage nous certifie qu'il est heureux ainsi). Au cas, où il n'aurait pas emmagasiné les conditions pour son émancipation améliorée, Jean-François Copé passe la deuxième couche cinq minutes plus tard sur RTL.

Reprise de l’argument d’inéluctabilité d'"il fallait qu'il y ait ce débat" et du poids pesant sur les finances publiques. Notons au passage l’élément de langage de la matinée : "l'Etat paye pour travailler moins et pour travailler plus" (tandis que la salarié, ce gros feignant, lui, se tourne les pouces). Rappelons à toutes fins utiles qu'un 1 français sur 2 n'a pas le luxe de gagner assez pour payer des impôts sur le revenu (et que là dedans il y a un paquet de salariés) et qu'au pays des "contraignantes" 35 heures, il est de moins en moins rare de se voir offrir un contrat de travail de 8 heures ! 

Copé s'en tape aussi. Reprise du "c'est intenable pour les entreprises car cela leur coûte en com-pé-ti-ti-vi-té". Je te renvoie aux statistiques du dessus : c'est faux. Et suivant cette logique, quelle serait la prochaine étape ? Va t-on devoir aussi s'aligner sur le salaire minimum chinois dix fois inférieur au nôtre ? L'hypothèse a déjà ses adeptes chez la crème des penseurs français, Jacques Séguela et Pascal Negre.

Copé décline sur l'axe moral du travail et compare "la question" (tellement tabou qu'on en parle sans cesse) des 35 heures avec celle de la burqa (bien que dans la façon de ramener un faux problème sur le   devant de la scène, il y ait une certaine similitude). 

JEAN-FRANCOIS COPE
"- C'est [les 35 heures] intenable pour le mental de notre pays car cela donne un rapport au travail qui est aussi à intégrer dans les explications que l'on pourrait donner sur le sondage sur le moral et sur le pessimisme des français pour le pays. Cela veut dire que lorsqu'on est plafonné sur la perspective du travail, on ne voit pas l'avenir de la même manière."  

En philosophie néo-libérale, ton pessimisme  (là où tu es joyeux d'aller au boulot dans un autre sondage, va comprendre) n'est pas dû à la stagnation de ton salaire, ni à l'envolée des prix et des taxes, ni au dynamitage de ta retraite, ni même à ton absence totale de revenus pour cause de gros chômage chronique, mais bien au fait que tu ne turbines pas assez au boulot.  Quant à la deuxième partie de la phrase, je ne peux, à titre personnel, que confirmer : sortir du salariat (paradis de l'empapaouatage) te rend plus heureux. 

JEAN-MICHEL APATHIE
"- Est-ce qu'on peut envisager de demander aux français de travailler plus sans les payer plus, au même salaire ?"

JEAN-FRANÇOIS COPE
"- A moyen terme non... A court terme, c'est inéluctable." 

Oui, tu as bien lu. Nous entrons dans une nouvelle dimension de l'UMP (sonde test d'un possible argument de campagne pour 2012) : celle du travailler plus pour gagner moins. Rien de neuf, si ce n'est que c'est totalement assumé. C'est aussi ça la droite décomplexée. Et pourquoi ? C'est simple, Copé lâche l'argument exogène et indiscutable, supposé dessiner une perspective de sortie alors qu'il est juste le prétexte du double exposé matinal :

JEAN-FRANÇOIS COPE
"- Je pense qu'aujourd'hui, la crise mondiale commande qu'on aille plus loin"

Et Apathie de conclure...

JEAN-MICHEL APATHIE
"- On parlera des 35 heures toute l'année 2011."

Enlevé c'est pesé.
A gauche comme à droite, cette "fin des 35 heures" est d'abord une opportunité pour les challengers de faire parler d'eux.  Il reste stupéfiant que des "ténors" socialistes peinent à revendiquer que la diminution du temps de travail est le dernier véritable progrès social français, une conquête logique, pour un pays arrivé à un niveau de développement qui permettrait à ses citoyens de, théoriquement, vivre décemment. 

A droite, ce martèlement du "toujours plus loin" sur fond de "shock doctrine", aussi grossière soit-il, doit alerter. La remise en cause des 35 heures n'était pas au menu du Monarque, pas plus que ne l'était il y a 3 ans, la réforme des retraites.  

Pour le reste, il va falloir en finir avec ce mythe persistant, au pays de Candy comme dans tous les pays, prétendant que l'augmentation des heures de travail accroît la richesse du salarié. 

A titre d'exemple, le travailleur grec bosse à l'année 25% de plus que le Français est sa situation économique est si resplendissante... qu'on lui demande de travailler plus pour encore moins.

Manuel, Hervé et Jeff connaissent pourtant le préambule du "que sais-je ? le monde de l'entreprise" : faire du profit, dégager de la marge.  Si tu n'as pas de loi pour contraindre cette logique, le travailleur finit par bosser 90 heures par semaine pour un quinzième de smic. 

Travailler plus ne garantit qu'une chose : travailler plus.

* * *

[1] foirage gouvernemental vendu comme un succès. D'un point de vue idéologique la chose a d'abord fait mouche puisque, sur fond d’appât du gain, elle visait à détruire cet attachement caduque pour ses droits qu'à le salarié de ce pays, véritable empêcheur de profit. Malheureusement, là-aussi, le pognon n'était pas au rendez-vous.

Le pearltree : Valls redécouvre l'anti-35heurisme :
Valls redécouvre l'anti-35heurisme

26 novembre 2010

L’escroquerie institutionnalisée

par
Définir l’époque en un mot ?

Cherchons... inégalité, souffrance, boulimie, vacuité, ignorance, égoïsme… chacun ne reflète qu'une facette du drame. « Escroquerie » : en voilà un qui traverse les classes sociales et les continents, que chacun du plus pauvre au plus riche reconnaîtra à sa façon, et qui synthétise la situation.

Sentiment personnellement éprouvé depuis le début du millénaire, avec accélération depuis ses trois dernières années. De l'Euro au Monarque, en passant par ta facture de téléphone mobile dont l'augmentation n'a d'équivalent que l’opacité des raisons de cette hausse à laquelle, vraiment, tu n'as pas "tout compris" : l'air du temps est à l'arnaque. Trop plein d’abjecte, de l’intime au global : il devient impossible de hiérarchiser, d'emmagasiner même, le flot quotidien d'injustices te submergeant. L'époque est un hold-up généralisé.  Tous veulent se goinfrer avant le dépôt de bilan définitif de nos maigres certitudes.


Étage intermédiaire avant les gros braquages des "politiques de rigueur" pour réapprovisionner en jetons les joueurs de poker, j'évoquais dans le précédent article sur la sécurité que, s'ajoutant à la dégradation des conditions de travail et à la désespérance planifiée du « non-emploi » (sur laquelle il va quand même bien falloir que tu arrêtes de culpabiliser un jour),  l'un des facteurs de violence ignoré dans la société est l'exponentielle escroquerie de sa sphère commerciale[1]. D'autant plus fâcheux qu'au nom du "progrès" et de "l'alignement sur les autres pays"[2], elle empiète peu à peu sur les secteurs jadis sanctuarisés.

Au hit-parade de l'escroquerie "à échelle humaine" : le royal-cheese with cornichons du vol auto-infligé,  aux redoutables effets sur le reste de la société (tu remarqueras que les pays où l'économie s’effondre furent préalablement le théâtre d'une belle bulle de la pierre où les individus ont joué à la spéculation les uns contre les autres avant de se retrouver tous à la rue), je veux bien entendu parler du crédit immobilier.[3] Là dessus, ma position est simple. Elle te préservera des déconvenues et te conférera le minimum de crédibilité requise pour critiquer à longueur de forums les méchants banksters qui t'ont entubé : si t'as pas l'argent, et bien t'achètes pas. 

 .(4 minutes qu'elle vient de signer.
 Babette est pour le moment satisfaite par son modèle longue durée : 27 ans minimum.)
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Mais, niquer les béats embobinés à l'hameçon de la plus-value ne suffit plus. Il a été décidé par nos mafieux pontes, gestionnaires de ressources humaines en période de contraction économique, que tous sans exception, du plus fauché à l'objecteur de croissance, nous passerions à la caisse.

Quelques spécialités sont prévues à cet effet :

- Le piège des crédits à la consommation aux clauses insaisissables dont la victime ne peut se dépêtrer (il sera alors soumis à une batterie de chasseurs de dette aux méthodes plus ou moins légales.) 

- L’engrenage sans fin des agios et des frais bancaires (avec ajout d'un interlocuteur jeune, volontaire et en stage d'assimilation escroc, que l'on fait régulièrement tourner d'une succursale à l'autre pour éviter qu'il s'attendrisse sur l'endetté.)

- Les augmentations régulières des dépenses contraintes aux justifications les plus abracadabrantes (exemple type : les hausses régulières d'EDF pour rembourser ses errances spéculatives).

- L’augmentation du coût de la consommation courante. (Ce qui nous ramène au piège des crédits à la consommation puisqu'il dévient clair qu'au rythme de la hausse de tous les prix sauf des salaires, surviendra plus vite que tu ne le penses cette paroxysmique période, aboutissement logiques des démocraties molles et maquerelles de la libre concurrence totalement faussée et complètement déloyale, où tu patienteras, sous le regard inquisiteur de 15 vigiles armés, à la caisse automatique de ton Lideule pour t'acquitter du prix d'un paquet de nouilles de l'unique marque en rayon, avec un crédit au taux dépassant l'usure.)

Autant de situations ressenties comme injustes et sans issue. Car, oui, il est compliqué d’en sortir si tu suis leur schéma : c’est conçu pour. Pour traiter les causes, pas de secret, on en a déjà parlé. L'heure n'est plus au nettoyage à l'eau précieuse et au coton-tige. Par la loi et une forte détermination politique, il convient dans certains domaines (habitation, nourriture...) de briser les déséquilibres et les spéculations, d'empêcher la propagation aux zones jusque-là préservées (éducation, santé...) d'un ultra-libéralisme qui, sous alibi d'améliorer tout de suite le confort de chacun ou de combler au plus vite l'"insoutenable" dette de l'état, saccage à perpétuité l'existence de tous en les endettant à titre privé sur trois générations.
(Il y a deux escroqueries sur cette publicité pour le crédit immobilier. 
Sauras-tu les débusquer ? J'attends tes réponses dans les commentaires.)

Dans l’immédiat, une République attachée au bien-être et à l'apaisement de ses citoyens, pourrait légiférer pour les protéger de ces « petits désagréments » qui ne font jamais les grands sujets de campagne et qui constituent pourtant l’essentiel de ta vie et le gros de tes découverts mensuels.  Mais non. L'inverse se passe. Avec un implacable aplomb, au lieu de t’épauler dans tes vicissitudes de consommateur lésé, l'État assure un cadre législatif garantissant que tu seras dupé, deep and constantly. Primes, concessions et bonus aux voleurs de grand chemin. Taxes, crédits à la conso, vigiles, caméras de surveillance et police de la pensée pour les autres.

Politiques de rigueur ou consommation intérieure, le citoyen n'a désormais de valeur qu'en fonction de son potentiel de dépenses. Volontaire asservi depuis un demi-siècle à la machine à consommer, maintenant que le moteur économique européen court vers l'explosion en pièces détachées pour cause de notice de montage en allemand, le citoyen n’a qu’un seul droit : celui de la boucler et de se serrer la ceinture en attendant le crash suivant (car, comme dirait mon conseiller financier, Enzo 3 ans, en assemblant ses legos  : - un moment, quand y a pu de briques le château y s'écroule.). 

Alors que les parachutes dorés sont de retour (avec la bénédiction du Sénat), que les banques renouent avec les bénéfices et les bonus, que certains empochent 1400 années de SMIC en un week-end de glande et qu'est lancée une nouvelle chaîne boursière pour faire triquer du gros cadre[4],  toi, le dommage collatéral de la grande mue occidentale[5], tu as la sensation d’avoir raté un épisode. Ton loyer augmente, ton salaire stagne et cinq fruits ou légumes par jour, ce n'est pas un conseil santé, mais un investissement compliqué. 

Le problème pour nos gouvernants : une partie non négligeable d'entre toi, exclue  de tout (travail décent-logement potable-espoir crédible) et  mal-aimée du monde d’avant qui fait encore sa loi, a le temps de s’intéresser au mécanisme qui a conduit à cette situation pourrie. Tu  pointes ses dysfonctionnements, sa logique pyramidale, son aberration répétée[6]. Tu commences même à le remettre en cause, toi le déviant du "meilleur système qui vaille" (pour eux). Voilà que ce discours qui, 10 ans plus tôt, t'aurait fait passer pour un timbré de la secte de Wacho, commence à avoir de l'écho. Certains d'entre toi appellent même les autres à vider leurs comptes en banque le 7 décembre prochain! Vraiment, tu ne respectes rien[7].

Pour contrer ces indésirables, l’Etat contribue à t’enfoncer dans une nouvelle ère européenne (à moins que ce ne soit l’inverse) de "l'escroquerie institutionnalisée": une étape supplémentaire dans la, plus si lente,  agonie des  démocraties occidentales. 

Si, à condition de s'intéresser un tant soit peu à la question, au niveau de la dette des états et des crises financières à répétition, l’escroquerie est bien visible. Dans la consommation, c’est moins spectaculaire. Quand l'Etat ne ferme pas les yeux sur les abus, il les encourage:

- En toile de fond du quinquennat, nous avons déjà le refus des class-actions régulièrement défendu par Christine Lagarde. Les class-actions (procédures judiciaires collectives contre une marque ou une institution) permettraient, à moindre frais, de venir à bout, avec jurisprudence et fortes indemnités, des abus des banques ou des opérateurs téléphoniques… A la trappe sur demande du Medef.

- Toujours par la même Christine, nous avons également eu le refus de taxer les banques (ça handicaperait leur compétitivité) puis les souplesses octroyées à ces dernières dans le cadre de l’endettement des particuliers. Pour la championne de brasse coulée, empêcher le revolving chez les pauvres freinerait la reprise de l'activité économique. Comme l'a signalé en juin dernier un rapport de l'UFC-Que choisir, nous sommes de plus en plus nombreux (spécialement les plus fauchés) à être victimes d'irrégularité de surfacturation de nos banques. Et ?  Rien. Elles continuent.

- En toute discrétion, la DGCCRF est dynamitée (là encore on retrouve Christine au service bonnes excuses). C'est vrai, pourquoi s'embarrasser d'un organisme public à même de signaler les dérives et les abus des marchands surtout quand t'es marchand ?
Mais encore. Le magistrat B.Hurel nous rappelait en début de semaine dans Libération  qu'en février dernier, dans la foulée des appels à ne pas acheter de produits israéliens, l'ex-garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie a, en quelques lignes, criminalisé  les appels au boycott de marques sur le critère de l'origine[8].  Cette décision est particulièrement inquiétante en matière de liberté publique et le texte enclenche une logique facilement extensible à d'autres domaines : le devoir de consommer passe avant le droit de s’abstenir de consommer. Tremblez décroissants. 
Après le refus du salariat qui, revendiqué haut et fort, te fait encore passer pour un "marginal bon à enfermer" (même si les évènements te donnent raison), l'appel à ne pas consommer est en passe de devenir un délit.

L'autre jour, j'écrivais en blaguant que viendrait le jour où serait répréhensible par la loi le fait de ne pas regarder la télévision. Je m'aperçois au fil des dépêches que cette perspective n'est plus si folle, que la réalité sera probablement encore plus vicieuse et imaginative. Je suis même persuadé que les appels à vider les comptes des banques seront punis d'une amende bien avant qu'un texte de loi ne marque le début d'un encadrement sérieux de ces établissements de haut vol.
Sur une note positive : on peut prendre le problème à l’inverse. S’il y a besoin de passer en catimini ce genre de textes, c’est qu’il y a inquiétude en haut-lieu. La crise aura au moins ce mérite de forcer l'individu à réfléchir et, je l’espère, à comprendre que les désordres présents ne sont pas le seul fait d’un « pire », ni d'un « empire », d'une « oligarchie », pas plus que d'un « ordre » nouveau ou ancien, mais bien de sa soumission continue aux sirènes et aux dogmes au nom de son confort physique et de sa tranquillité mentale (l'expérience prouvant pourtant qu'agissant ainsi, il rate souvent les deux).
Ils te veulent aveuglé, avide de consommer, désintéressé de l'économie (hormis celle liée à la spéculation personnelle et à ce plan d'épargne retraite individualisée te rendant complice de leurs turpitudes) désabusé du débat politique (hormis un cadre restreint à un catalogue rabâché d'idées "sécurisantes", garanties sans remise en cause des paradigmes actuels) et effrayé par le reste.

Pour son profit électoral et celui financier de ses camarades de classe, l'excitation, le buzz et l'apparente incohérence de ce gouvernement recouvrent une logique continue de son action  : nous rendre esclaves, de gré ou de force, à la consommation sans fin. 

Si tu fais un pas de côté et ne rentres plus dans les formules toutes faites, tu repenses la situation au lieu de la subir : le danger commence. Pour eux.

Ceux, celles en l’occurrence, qui sont capables de passer ce type de lois, de tenir ce type de propos contre le citoyen, ont les aptitudes requises pour te rouler sur le crâne en tank, Terminator style. Très vite, si rien n’est fait en haut pour relâcher la pression et remettre de l'ordre dans cette escroquerie institutionnalisée contaminant toutes les parcelles de nos vies quotidiennes, l'intenable équation entre voleur et volé se résoudra ainsi : un des deux détruira l'autre.


* * * 
  [1] Lorsque tu viens de te prendre une 20eme fois "la tête" avec ta banque qui t'a aspiré 200 euros pour un découvert de 14, après une journée de pression au taf passée tête baissée, que tu en es est à ton 43eme appel surtaxé dans l’hydre aux langues hétéroclites des call-centers (où des types aussi mal traités que toi sont rémunérés trois fois moins à te faire tourner en bourrique) pour tenter sans succès de te désabonner d’un service surfacturé que tu n’as pas demandé : tu ne seras pas d’humeur bienveillante. En fait, t’aurais même tendance à sombrer dans la démence ou à en vouloir au premier type que tu croises et dont la tête ne te revient pas. Ce qui facilitera les discours sécuritaires des candidats en campagne.
 a
  [2] UMP et "identité nationale" = on est les plus beaux.  Sauf en économie où, les autres pays ayant étrangement à chaque fois raison, c'est à nous de nous assimiler à leur cadence réformatrice.

  [3] pour une étude plus approfondie, je te renvoie à l'excellent ouvrage "Les endettés". 357 pages de rires et de pleurs, dans la joie et l'irrespect le plus complet de la hiérarchie actuelle des valeurs.
 a
  [4] J'espère que ma signature à la pétition pour enfin avoir un CNBC local avec un vrai tout schuss de l'ultra-over-libéralisme francophone en 24 /24 va porter ses fruits ! 

  [5]  Ah oui, je ne sais pas si je t'en ai déjà parlé : tu es le grand perdant de la mutation occidentale en cours depuis 30 ans qui voit (ou plutôt feint de ne pas voir) le passage d’une classe moyenne "confortable", vivant sur ses acquis financiers et sociaux (legs d’une période de croissance qui bat encore, pour ton plus grand malheur, la mesure des médias et des éditorialistes non renouvelés dans ce laps de temps, des principaux partis politiques et des aspirations populaires), à une classe moyenne, redéfinie par le bas, une nébuleuse instable sans sécurité aucune (d'où ta frénésie d'achat immobilier, légende urbaine de l'investissement "sûr"). Cette nouvelle répartition des richesses entre pauvres et riches cachée par le terme "moyen" (signifiant juste le plus nombreux) n’est que l’aboutissement des désordres s'accumulant depuis 40 ans. En pure logique, il ne semble donc pas souhaitable de renouer avec l'économie de ces "30 glorieuses" mythifiées. 

  [6] En Irlande, les salaires sont baissés, les impôts augmentent sauf les impôts sur les sociétés qui ne sont pas relevés au prétexte que ces "merveilleuses" iraient ailleurs. Stupide spirale qui provoquera encore plus de misère. Mais rien n'y fait, Rue 89  nous apprend que les grandes entreprises préfèrent engager des non-natifs. Parlant plusieurs langues, ils assurent à un le boulot de trois. 

  [7] Même si, pour les raisons exposées, les comptes vides ne sont plus pour beaucoup une motivation mais une réalité. 

  [8] "D'autant que si l'on commence à boycotter les produits fabriqués ailleurs, on va vite ne plus rien consommer en France"  a dû se dire MAM. Il est cocasse qu'un pouvoir appelant régulièrement à plus de fermeté sur l'immigration soit si prompt à défendre l'ouverture sur les importations.

Illustrations : Radiohead, "Hail to the Thief", flickr : rjseg1, affiche de " Family business"  de S.Lumet (1989), capture d'écran de "T2 - Judgement day" de J.Cameron (1992), diverses publicités pour le crédit à la consommation.

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