mercredi 26 janvier 2011

Peut-on lutter contre la désindustrialisation ? #1


Il existe deux types d’hommes politiques. Ceux qui brassent de l'air et font des points presse sur "la politique industrielle" débutant par un énième engagement à voter une loi déjà votée sur les criminels sexuels multirécidivistes et ceux, de terrain, qui planchent pour lancer des pistes et tenter de corriger le désastre causé (entre autres) par cette absence totale de politique industrielle.

Ancien ouvrier chez Peugeot, ex-communiste, maire PS d’Audincourt dans le Doubs, toujours à la CGT, Martial Bourquin casse la représentation classique du sénateur

 « Je pense qu’il y a une telle différence entre le parti [socialiste] et ses élus, c’est un vrai problème. Comment se fait-il que le parti, au niveau national, ne représente pas plus ses militants et ses élus ? » Il a un début de réponse concédant une "certaine paresse intellectuelle" du politique.

Martin P, vogelsong et intox2007 et moi-même le rencontrons quelques jours avant la remise du rapport de la mission (8 février) qu'il préside sur la désindustrialisation des territoires. 


Pour Bourquin, l'action est laissée aux mains d'idéologues contre-productifs[0]. Il nous l'avoue d'entrée, il sent le FN "monter très fort" en région et selon lui le PS doit au plus vite « faire des propositions qui tiennent la route, pas du rêve… »

Voici 5 extraits audio [1]  : 

Extrait n1 : "Pourquoi on nous raconte des conneries ?"
Les aberrations de la logique gouvernementale et son argumentation classique de "la France qui ne travaille pas assez" car le travail y serait "trop couteux" par rapport à l'Allemagne. Chiffres à l'appui, après une enquête à Stuttgart, Bourquin le réfute. Au passage, il cartonne le patron de Renault et la baisse de TVA dans la restauration (2.5 milliards d'euros avec zéro contrepartie salariale et aucune amélioration pour le consommateur), symptomatique des méthodes à ne plus employer :


(NB : on doit le chantage marketing "entre l'euro et les 35 heures" à Gérard Longuet du team néo-con UMP Novelli-Copé-Longuet.)

Martin P. cite en exemple l'abandon des écrans plats dont les brevets étaient déjà détenus en Europe par Thomson au milieu des années 90. Faute d’usines, d’investissement, d'impulsion politique : la construction a filé en Asie qui, en retour, à inondé le marché mondial alors qu'il y avait là une énorme carte à jouer pour La France et l'Europe.[2]

Extrait n2 : l'impasse de la baisse du coût du travail.
Ne pas rentrer dans la course au bas coût, mais au contraire viser la qualité des produits, en y incluant l'intégralité du processus (l’infrastructure, l’enseignement supérieur, la formation gratifiante, les politiques urbaines). 


N.B : à propos d'investissement public et d'allègement des coûts pour les entreprises, voici un petit graphique emprunté au site de Paul Jorion, sur le trend de l'imposition des sociétés depuis l'arrivée en poste de notre équipe de winners  :
"Cette baisse de l'impôt sur les sociétés correspond à lui seul à 70% de la diminution des recettes fiscales (42.5 milliards d'euros entre 2008 et 2009)" et pour quel résultat.

Extrait n3 : l'impasse de la baisse du coût du travail#2 




Bourquin veut mettre à bas le global sourcing. Pour résumer, une voiture française est majoritairement  composée de pièces de sous-traitants. L'assembleur met les enseignes en compétition (au niveau planétaire). La chasse aux coûts conduit à la disparition des sous-traitants locaux, à la baisse de la qualité des pièces détachées, risque même de bloquer la production (ex : élément indispensable fabriqué à 12.000 kms de la chaîne de montage alors  qu'un volcan islandais paralyse le trafic aérien). Problème : si l'on gagne sur le transport, le sous-traitant local a besoin de se moderniser technologiquement. Ce qui nous ramène à la question des priorités, des stratégies communes de financement et de son accès au crédit

Extrait n4 : la droite néolibérale prisonnière de son idéologie.
Retour sur l'action économique d'une droite coincée dans sa croyance en "la main invisible" du marché régulant "à terme" tout pour le mieux (comme tu peux le constater sur ta fiche de paye). 



Plutôt qu'une suppression sans discussion de la taxe professionnelle, il aurait été judicieux selon lui de  mettre en place un système de bonus suivant les embauches. (warning : mal cadrée, cette mesure peut favoriser une fois de plus les grosses entreprises qui se goinfrent déjà 9/10e des aides, alors qu'elles ne génèrent que 15% de l'emploi). Il évoque aussi la possibilité de défiscalisation de l'outil de travail (pas du travail, nuance).

Extrait n5 : l'industrie face à la financiarisation mondiale (question de vogelsong).
....et l'éventuelle remontée de cette thématique dans le discours du prochain candidat PS pour l'élection de 2012...

Résumons cette heure de discussion et les pistes qui s'en dégagent (en avant-première du rapport du 8)  :
- Infléchir la fiscalité bénéficiant à la rente.

- Ne pas viser la course aux coûts salariaux mais miser sur l'innovation et la qualité de la production.
- Développer un système de bonus / malus (bonus à l'embauche et malus sur les licenciements boursiers. Là-dessus, j'attends le rapport détaillé).

- Ne plus aider sans garantie de contreparties d'embauches immédiates ou différées.

- Investir (avec incitation de la mise à contribution de l'épargne des français) dans la recherche et le développement, l’innovation, selon des stratégies entre Etat, régions et entreprises, en incitant à mutualiser les efforts des PME.

Intéressant, sous réserve de garanties et d'un contrôle régulier (des aides et de leurs contreparties) et que le salarié n'ait pas à sacrifier quoi que ce soit en échange. Maintenant que j'y pense, nous n'avons pas évoqué la question des salaires et du partage de la valeur ajoutée au désavantage du travailleur, du fait que 87% des entreprises créées cette année n'ont généré aucun emploi. La robotisation et l'autogestion n'ont pas non plus été abordées.


Autre interrogation : les thématiques de la désindustrialisation et des délocalisations pèsent sur l'économie d'un pays et sur son moral, pour autant parlent-elles encore aux Français et au futur(e)  candidat(e) socialiste pour les présidentielles ?  


* * *

[0] un gouvernement dont la ligne d'action se situe dans une zone trouble entre Gala et la note de synthèse mal photocopiée des mémoires de Milton Friedman.

[1] Autres thèmes abordés : l’économie verte désormais ouvertement piétiné par l'UMP ou encore le protectionnisme "à la Todd" que Bourquin voit comme une arme anti délocalisation efficace au niveau européen (ce qui a mon sens a ses limites tant que l’harmonie fiscale et salariale n’est pas assurée. Le dumping provenant aussi de l'intérieur de la zone).

[2] Le  "pessimisme français" est lié à ce double sentiment de déclassement social et de décrochage international, vérifiable à la moindre ballade en hypermarché. A part les voitures, qu'achetons nous vraiment comme production industrielle française ?


Illustrations : 

12 commentaires:

d'jé a dit…

bla, bla bla fait le politique...

ben alors seb pas encore guéris des belle paroles des parasites de la société?

il est grand temps de ne plus donner la parole à ces escrocs oppresseurs des peuples!

que se vayan todos, tous sans exception.

« Si tous, jouissaient de la même façon de loisirs et de sécurité, la grande masse d'êtres humains qui est normalement abrutie par la pauvreté pourrait s'instruire et apprendre à réfléchir par elle-même, elle s'apercevrait alors tôt ou tard que la minorité privilégiée n'a aucune raison d'être, et la balaierait.
En résumé, une société hiérarchisée n'était possible que sur la base de la pauvreté et de l'ignorance. »
George Orwell - 1984

BA a dit…

Voici l’évolution du chômage en France depuis les trois derniers mois :

Catégories A, B, C, D, E (ensemble) :

- Octobre 2010 : le chômage atteint un nombre total de 4 599 900 personnes.

- Novembre 2010 : le chômage atteint un nombre total de 4 618 600 personnes.

- Décembre 2010 : le chômage atteint un nombre total de 4 650 700 personnes.

Variation sur un mois : + 32 100 chômeurs.

Variation sur un an : + 272 000 chômeurs.

En pourcentage :

Variation sur un mois : + 0,7 %.

Variation sur un an : + 6,2 %.

http://www.travail-emploi-sante.gouv.fr/IMG/pdf/PI-Mensuelle-_Poz71.pdf

l'hérétique a dit…

Intéressant, mais solutions proposées très classiques, somme toute, par les temps qui courent, et dont je ne vois absolument pas l'efficience.

Anonyme a dit…

D'accord avec toi l'hérétique. Rien de neuf sous le soleil. Blablabla.

d'jé

"il est grand temps de ne plus donner la parole à ces escrocs oppresseurs des peuples!"

Cela n'arrivera pas. Ils ont bien plus que la parole, ce n'est pas près de changer et le peuple opprimé est complice en acceptant l'oppression.

Anonyme a dit…

"A part les voitures, qu'achetons nous vraiment comme production industrielle française"

meme pas, renault assemble plus de 60 % de ses modeles a l etranger, PSA c est environ 50 %
Par contre je crois que VW assemble encore la grande majorite de ses modeles en RFA, comme quoi c est pas une fatalite

et comme seb l a bien dit, une voiture c est 80% de sous traitant, donc on peut avoir plus de pieces francaises sur une smart (d ailleurs fabriquee en france) que sur une twingo

Stan a dit…

Le problème, c'est que tant que l'on recherchera à tout prix le plein emploi, on préférera sauver les emplois coute que croute par des subventions.

on mettra sous perfusion des emplois de toute façon condamnés en sacrifiant nos budgets dans des politiques inefficace, au détriment bien sur de la recherche, de l'innovation etc.

Le plein emploi n'a existé que pendant les Trente Glorieuses. il faut arrêter de parler de crise de l'emploi quand ça fait 30 ans que la situation est la même. Il y a juste pas assez de boulot pour tout le monde, c'est si compliqué à comprendre ?

Le pire, c'est quand on fait des politiques totalement inutiles socialement (type hadopi) mais qu'on finit par les justifier (ou plutot se consoler) en se disant : "au moins ça fait de l'emploi" !

seb musset a dit…

@lheretique > ça ne va pas assez loin. En même temps, je n'ai pas eu le rapport sous les yeux. Des échos que j'ai eu, il commence a y avoir embrouille avec Bourquin (PS) et les rapporteurs (UMP) du truc en question.

@anonyme > exact sur la voiture, je l'avais même inscrit mais je l'ai viré (txt trop long ;)).

Ce qui est fascinant c'est la capacité croissante des gouvernements successifs a tout foirer en terme de gestion d'inventions et de créations d'entreprise. Aucune confiance des banques pour les jeunes, aucun crédit en général de la société envers les jeunes. Tout ce que ce gouvernement a pu faire dans ce domaine est l'auto-entreprise, le symbole ultime du foutage de gueule.

Tout cela coïncide, avec l'ambition de conforter la France de la rente qui n'est plus connectée à l'activité française (mais à l'immo ou a des fonds complexes).

C'est marrant ce sont souvent les mêmes qui te parlent de perte de notre identité etc... et qui investissent O dans leur économie nationale.

Anonyme a dit…

Concernant l'innovation en Allemagne,
voir ce blog :
http://jeanpaulmartin.canalblog.com/

Anonyme a dit…

Le P.S. a fait le travail de la droite depuis 83 et Jacques Delors s'est chargé de l'Europe.
La droite ne pouvait pas faire mieux.
Le problème majeur c'est que l'économique est partout et cherchant les profits absolus pompe à mort tout ce qu'il touche.
Les grands patrons d'aujourd'hui ne sont que des gestionnaires (surtout de leurs carrières) et non de vrais techniciens.
Le "modèle" allemand, depuis les années 70, s'est implanté en France et beaucoup d'entreprises n'existent plus depuis. C'était la mode de restructurer, avec des conseillers externes alors que les ressources en interne, mieux informées, étaient écartées.
Le "marketing" (bluff) est la pire des choses. Cela n'attire pas la confiance.
Il y aurait tant de choses à dire sur l'industrie, la vraie, mais dès que la politique s'en mêle alors...
Quant aux étudiants : quelle galère!
Neb (63a).

hh a dit…

Quel malheur nous vivons depuis 2007, je supporte plus cette clique au pouvoir. 10 années de droite insupportable.

Anonyme a dit…

C'est pas possible d'être aussi bouché...

Attendre que le PS fasse autre chose que de jouer la roue de secours du FMI et du Nouvel Ordre Mondial des G8, G20 et Gplusfaim, c'est comme espérer dévotement qu'un jour une Deudeuche ira plus vite qu'une Ferrari.
Autant de naïveté, de bigoterie et de croyances séniles dans les partis, et dans une République en décomposition (la 5ème, parce que ça ne marche jamais), relève de l'extase mystique.

Le programme du PS ou de l'UMP (interchangeable comme les pièces d'une Ford T) n'arrive pas à la cheville de celui du FN.
Vous pouvez déblatérer pseudo-intellectuellement jusqu'à la fin des temps, cela ne changera RIEN à cet état de fait. Et quand on peut se permettre cela, c'est qu'on en a rien à foutre du sort des autres car on considère qu'on a le temps et que cela permet de le combler (son passe-temps, quoi).

Bref, est-ce qu'on va ENCORE passer les 40 prochaines années à analysées les 40 dernières années en espérant que Saint-Mélanchon ou "Saintclair"-DSK vont nous apporter la Lumière??

Tout a déja été dit et redit, écrit et ré-écrit 1000 fois.
Martial Bourquin, pffff... On se croirai dans un sketch de Groland. J'hallucine.

Un autre Séb

Tassin a dit…

@ Un Autre Seb :

Le programme économique du FN c'est de favoriser la rente, casser le service public (quand bien même Marine fait mine de les soutenir car c'est la mode), baisser les impôts des riches. Bref, du bon néo-libéralisme à la sauce bourgeoisie Français.
La différence avec l'UMP? Ils veulent faire tout ça dans un cadre fermé, sans échange avec l'extérieur. C'est de l'isolationnisme libéral.

La solution passe par le protectionnisme, pas par la fermeture des frontières.