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18 avril 2014

[video] Bienvenue à Gattazland

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Paris cet après-midi...

Par le plus grand des hasards, sur mon chemin pour rendre le matériel nécessaire à ma formation payante en dix mois d'insertion professionnelle par le stage gratuit (j'ai obtenu le diplôme avec mention pas mal), je tombais nez à nez avec de vieilles connaissances

Le collectif Sauvons les riches se dirigeait vers le siège du MEDEF (qui tient réunion à 14h), déterminé à montrer son soutien à la dernière proposition de Pierre Gattaz, patron des patrons, concernant l'instauration d'un demi-SMIC pour cette sous créature qu'est le jeune. 

Malheureusement, MEDEF et RG communiquent bien et, arrivés au porc, nous fûmes accueillis par des grilles baissées et un prompt renfort de soldats casqués.

Le collectif, tout à son enthousiasme envers le Général des armées de Gattazland, n'allait pas se laisser apitoyer par les humanistes comme Laurence Parisot et proposa alors d'aller plus loin encore sur le chemin de la réduction des coûts causés par ces cons de salariés.



5 janvier 2013

[video] Quel sera le fabuleux destin de la vidéo du journaliste homophobe et raciste ?

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Tu te souviens de la vidéo des pieds du cadre d'Orange qui, sur le chemin de St-Domingue, insultait une employée SNCF en gare RER de Viroflay il y a deux mois ? Le truc avait connu un buzz expéditif dans les médias. Étonnant pour une brève séquence où l'on ne voyait rien, la caméra étant pointée vers le sol et la violence du contenu purement sonore. J'avais d'ailleurs pensé au début à un fake. 

Mon ami le blogueur @jegoun a filmé hier soir une scène qui expédie celle du cadre d'Orange au rayon bande-annonce de prochain Dora l'Exploratrice. Là c'est du lourd. Un plan séquence, full face, de 10 minutes (en 9/16e, mais Jegoun débute dans la vidéo) filmé au comptoir de La comète au Kremlin-Bicêtre, d' un type se prétendant journaliste au Parisien qui insulte un serveur, puis un client, puis un autre avec toute la gamme de la haine malheureusement ordinaire: racisme, homophobie et un superbe "je suis journaliste, vous n'êtes rien".  

Le récit des minutes qui précèdent est dans l'article de Jegoun. Voici l'objet: 


A la différence, de la vidéo du RER, on voit les intervenants et j'en connais 2 sur 3 plus celui qui filme, donc c'est garanti sans fake. En revanche, rien ne prouve que le type est effectivement journaliste. De plus, hors racisme, selon les critères qui ont fait l'expéditive popularité média de la vidéo du RER, le contenu social est aussi fort: mépris haineux du petit personnel. 

C'est un test que je te propose aujourd'hui. Voyons-voir si, avec ton aide, cette vidéo d'un mec se qualifiant de "journaliste" est autant reprise dans les médias (même avec visages floutés) que la vidéo des pieds du cadre d'Orange ?

[update: 05.01.2013, 17h] 

Réponse expéditive de notre test de 10h. Vers 11h tombent sur Twitter les salves spontanées de la veille journalistique unanimement indignée par de telles méthodes de buzz ou les moquant.

FranceInfo
Canal+
Le Monde
Huffington Post
Voici.
12h. Le Parisien dément enfin que le journaliste soit de sa rédaction. Ouf. 
 et le Huff Post verrouille quelques minutes après. 
(Note l'expression "tour du web" alors que la vidéo n'est reprise que sur 4 blogs. Le "web" est une chose externe, un peu sale, à laquelle le site ne contribue pas). 

13h50. Affaire classée. Raciste, homophobe, peu importe: l'homme n'est pas journaliste au Parisien et on n'a pas à filmer les gens qui insultent les gens, c'est un procédé dégradant et ce sont des propos de comptoir. Circulez y a rien à voir. Le larron a fait l'occasion et démonstration est faite: On ne touche pas aux journalistes, fussent-ils hypothétiques. 

Jetez un oeil à la chronologie du buzz de la vidéo des pieds de Viroflay. Egalement publiée la veille au soir, le lendemain à 13h, alors que des doutes subsistaient sur son authenticité et que le type semblait au minimum aussi "malade" que celui du bar, la vidéo avait fait le tour des sites de presse, des radios et des chaines d'info continue. 

En attendant un éventuel rebondissement, notamment sur l'identité et le métier du quidamla vidéo de @jegoun, n'en déplaise à ses détracteurs, contient une information capitale: Si d'aventure, lors de sorties nocturnes, tu insultes arabes, salariés ou pédés[1] et que tu réalises un peu tard que tu es filmé, dis que tu es journalisteÇa peut aider pour le SAV en ligne.  

1] Nous ne te rappelons que c'est 1/ juridiquement répréhensible, et que 2/ tu serais d'abord un gros con.

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22 novembre 2012

5 novembre 2012

[video] Qui a peur du mariage pour tous ?

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A un moment, il faut arrêter de débattre et avancer.

Au pays du mariage jetable, des divorces-party, des familles recomposées, des adoptions de traverse  par des couples homos, je ne comprends pas que l'on pinaille encore de l'extension du mariage civil en 2012. Le mariage pour tous est une normalisation logique qui assure les mêmes protections aux couples homosexuels (héritage et reconnaissance paternelle en cas de décès de l'un des deux conjoints) et ne met aucunement en péril la cohésion sociale, ni même la "valeur mariage", pas plus que le célibat... voire moins en fait.

Le vote de la loi sans cesse repoussé laisse place à un débat, une porte ouverte dans les médias béats des buzz en bouche d'égout où s'engouffrent rétrogrades trépanés et autres chefs de section trop heureux de remettre du religieux là où il ne devrait pas en être question. Certains allumés du casque exigent même un référendum. Il a eu lieu le 6 mai dernier avec l'élection d'un président qui l'avait inscrit dans son programme.

(Pour les + pressés, la version Barbier de ce billet est disponible ci-dessous)


Pourquoi laisser traîner cette histoire (dont l'opinion se moque avant que, excédée par sa surmédiatisation et pour exprimer son mécontentement dans d'autres domaines, elle ne finisse par se prononcer contre) au risque de 1 / cristalliser la contestation  2 / céder à la fin 3 / passer pour des nuls ? 

Est-ce une question de calendrier parlementaire ? Est-ce par volonté d'occuper le temps d'antenne avec du contre-feu ? Auquel cas c'est un jeu dangereux qui fait les affaires de la droite (dont on sait pertinemment que, malgré ses babillages et si elle reconquiert le pouvoir, elle ne reviendra jamais sur cette loi).  Est-ce par manque de courage ?  Si François Mitterrand avait attendu l'avis de chacun sur la peine de mort, son abrogation n'aurait jamais été votée. 

4 mai 2012

[video] Films de campagne(s)

par
Lundi 7 mai. Soit l'homme prônant depuis quelques jours le bonheur par les frontières les franchira allègrement dans un aller-simple  pour Miami en classe affaires véreuses avec Mickaël Vendetta sur les genoux. Soit il savoure sa victoire inespérée en autorisant quelques supporters galvanisés à tabasser journalistes et blogueurs à coups de déambulateurs. Toujours est-il que Le citoyen sera face à son destin et que vers 20h une question cruciale déchirera la société: qu'est-ce qu'il y a ce soir à la télé ? Cela tombe bien, ce soir-là, lendemain du second tour, deux programmes en couleur et de qualité ayant pour cadre les coulisses électorales seront diffusés l'un après l'autre.

La toute primaire fois de Jeremy Sahel, documentaire auquel j'ai (un peu) participé, sera diffusé le 7 à 19h30 sur LCP. Jeremy a suivi de l'intérieur la campagne des primaires socialistes, une première dans la politique française (et quand le concept va arriver à droite en 2072, ça devrait envoyer du lourd). Il en sort un film de 56 minutes démarrant au lendemain de l'affaire DSK pour s'achever à la désignation du candidat 6 mois plus tard. On suit au travers de séquences brutes, les interrogations et les doutes des états majors, mais aussi la ferveur militante et la montée de la dynamique. Stéphane Le Foll, organisateur de la campagne de Hollande pour la primaire, (l'un des rares à avoir accepté sans condition la présence de la caméra) est le fil rouge du film qui sera accompagné d'un webdocumentaire sur le site de LCP. Amuse-toi à y compter les têtes de blogueurs. Voici 2 extraits en exclu:

Extrait 1: Arnaud Montebourg en campagne à Toulouse.


Extrait 2: Stéphane Le Foll commente les résultats du premier tour


Pause bière. A 20h45 sera diffusé sur la 3 le dernier épisode de la série Elysée 2012, la vraie campagne de Serge Moati. Le réalisateur du débat de 81 entre Mitterrand et Giscard (entre autres, il a signé nombre de documentaires politiques et de fictions) a rempilé ici pour sa 4e campagne présidentielle, embarqué en caméra discrète. Après être venu nous voir au début de la campagne au Kremlin des blogs, il nous a accueillis avec Jegoun et Intox dans la dernière ligne droite du montage de l'épisode final (le film sera achevé quelques heures avant la diffusion). Moati assume parfaitement être en décalage avec ce que demandent des médias à la recherche de la sidération permanente (quête de la petite phrase, priorité au direct supposé gage d’absolu...). Il n'est pas journaliste donc pas à la recherche du scoop, mais de moments de vérité. Des séances de motivation de Copé aux consignes d'Eva Joly à son équipe, des confections de pancarte au rassemblement de Melenchon à La Bastille en passant par Philippe Poutou découvrant Le Fouquet's: Il nourrit l’espoir d’œuvrer pour l’histoire en livrant non pas ce que montre l'info classique, mais en décalant sa caméra sur le côté. 

Extrait de Elysee 2012, la vraie campagne. NKM face à Marine Le Pen


Impératif d'empathie. Moati insiste sur l’impératif d’empathie avec les personnages filmés qu’il s’agisse de militants Front de Gauche, de la droite populaire ou de cadres du FN (ce qui lui a d’ailleurs valu pas mal de reproches). "Quand ils sont contents, vous devez être contents. Quand ils sont tristes vous devez être tristes. A gauche comme à droite. Si vous arrivez avec une idée arrêtée sur les gens que vous allez filmer, votre film sera mauvais".

Extrait de Elysee 2012, la vraie campagne. G.Peltier + Concorde - Vincennes, la bataille des meetings.


La violence est consubstantielle aux campagnes présidentielles. Féru d’histoire politique, Moati nous rappelle que les débats dans la 1e partie du siècle étaient au moins, si ce n’est plus, violents que la campagne 2012. C’est le côté réducteur de l’information d'aujourd'hui, de la TNT à twitter, où tout se résume à une phrase qui intensifie la portée des messages et donne un sentiment de flux tendu du trash. D'ailleurs, il nous bombarde de questions sur la campagne en ligne avant de rendre hommage à ceux qui occupent la moitié de son film: les militants politiques. En meeting, au porte à porte, en distribution de tracts, et ce, quel que soit leur sensibilité: "Ce sont toujours les oubliés de l’histoire".

La toute primaire fois de J.Sahel. LCP 7 mai 19h30
Elysée 2012: la vraie campagne de S.Moati en collaboration avec C.Lancellotti,V.Decointet et H.Marquis. France 3 7 mai 20h40

Illustration: @_margal

23 avril 2012

[video] L'heure du rassemblement

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Le psychodrame des sondages soudainement impubliables est (provisoirement) fini. Verdict : une bonne et une mauvaise nouvelle

- Pas de courbes croisées, pas de vague de la majorité silencieuse. La France a fait le tour, du fond et de la forme, de Sarkozy et avant tout de sa politique antisociale, en plaçant la gauche en tête au premier tour. Enfin. Tant mieux. 

- En revanche, les sirènes du FN restent plus attractives que jamais pour 18% des électeurs avec un fort décrochage Paris / Province

- A l'UMP, la stratégie Buisson / Peltier est un échec qui pourrit la donne. A force d'avoir emboîté le pas voire précédé les thématiques FN, le kéké sans programme se fait talonner par l'original qui offre la quinquennale occasion de se lâcher dans les urnes, mais n'apporte aucune solution concrète pour améliorer le quotidien des Français. Reste à savoir si l'électeur déçu de l'UMP, qui a signifié sa colère au roitelet de Neuilly en votant Le Pen, reviendra au bercail au second tour, confirmera la pelle forte ou préférera aller à la pèche. Donc à droite entre les deux tours, attendons-nous à de l'über trash pas constructif pour un sou. Ce qui ne nous changera pas trop, mais complique la tache d'un Sarkozy qui est déjà allé bien loin dans ce domaine, et qui doit aussi compter sur les voix d'un Bayrou dont le seul espoir de survie politique repose sur l'échec du candidat-président (même si, grand fan du ni oui ni non, il ne le dira pas).

- A propos de Sarkozy. C'est le grand absent de la soirée. Le voilà qui après avoir esquivé le débat tout au long de la campagne veut désormais en faire 3 en 10 jours ! On attend toujours sa participation à l'émission de Mediapart (qu'il refusait il y a à encore 2 semaines) auquel François Hollande s'est frotté durant trois heures avec des questions d'un autre niveau que celles des laquais de plateaux. Il veut des sujets de débat, nous en avons : son bilan en chiffres, Karachi, Bettencourt, Kadhafi... Subsiste une grosse énigme de type quatrième dimension: Comment 26% des électeurs peuvent encore plébisciter la politique de ce type ? Y'aurait-il autant de millionnaires et de milliardaires en France ? Une épidémie d'Alzheimer ?

- A noter que plusieurs ministres du gouvernement prennent également des gros coups de pelle à domicile

- La fausse surprise du score de Mélenchon. Ses 11% ne m'étonnent pas. Je me félicite de son parcours ces derniers mois (je l'envisageais à 6 ou 7% il y'a encore trois mois) et de la ferveur qu’il a redonné à son camp, aux abstentionnistes, et en général au débat politique de ces dernières semaines. 

En conclusion: quelque soit le résultat du second tour, la recomposition de la droite version encore plus dure et décomplexée va aller plus vite que prévue[1]. D'où l'importance de se mobiliser dans le spectre le plus large de la gauche jusqu'au centre, de nous focaliser contre l'ennemi commun. Pas une mince affaire, mais l'enjeu de taille. Malgré les apparences, la joie d'un soir et de bonnes estimations de second tour, nous sommes dans une situation plus critique que lors du coup de théâtre de 2002 où l'extrême droite qualifiée pour le second tour n'avait aucune chance de gagner. 

Cette fois-ci, le risque existe. 

Bonus: La vidéo que BFM n'a pas eu lors de sa nuit motorisée. François Hollande arrivant à l'intérieur du QG de campagne, tournée dans des conditions extrêmes par votre rédacteur. Durée 3 minutes.


[1] Il va sans dire que d'un point de vue stratégique, chacun voulant récupérer la droite en vrac, le FN a bien également intérêt à ce que Sarkozy et l'UMP se gamellent.

16 février 2012

[video] Dépôt de bilan

par
Esquiver le bilan pour se concentrer sur les valeurs moisies et ne pas brusquer la France des rentiers : voilà le projet, même pas déguisé, du Monarque pour 2012. Pour l'occasion, ses pubards fatigués vont jusqu’à piquer le slogan de VGE en 1981, la France forte, posé sur une affiche à potentiel parodique quasi illimité

Ayant un Kremlin des blogs avec des amis, je n'ai pas regardé son show de lancement[1]. Ce qui tombe bien: question "bilan de Sarko", ce sont encore ceux qui le subissent qui en parlent le mieux.

Retrouvons donc nos blogueurs et twittos de gauche et de droite (Marco, Intox2007, Vlad, Olivier, Jegoun, Menilmuche, El Camino, Gildan, @ThibaultDM et votre rédacteur), pour un petit témoignage à chaud sur ce qu'ils retiennent, en une phrase ou presque, de ces 5 années en Sarkozie.

Il parait que notre Monarque est un nouvel adepte des rencontres de bistrot. Il va être servi.

[1] Rentré tard, j'ai finalement visionné la chose. L’offensive relativement sent une nouvelle fois le pétard mouillé. Il est apparu mal à l’aise, bafouillant à plusieurs reprises. Passéés sa soudaine passion lubie pour les référendums et la surexploitation du sauvetage de Lejaby par un ami (comme quoi, quand on veut on peut),  l'arbre censé cacher la forêt décimée, c'est vite aussi jubilatoire qu’un Vandamme de seconde partie de soirée sur RTL9.

Il pointe le manque d’idées dans l’opposition et passe paradoxalement la moitié de son temps d’antenne à les commenter sans, pour sa part, en avancer une autre que : les chômeurs sont des parasites sans valeur (puisque, notre homme générant 1000 chômeurs par jour depuis son arrivée nous réaffirme que la « valeur » travail surpasse toutes les autres).

Le travail n'a qu'une valeur, indispensable avant d'aborder le reste: sa rémunération.

Mon monarque, tu veux que le travail retrouve de la valeur ? Permets-lui d'être rétribué d'une façon juste : c’est-à-dire bien plus (et sans cette augmentation de la TVA qui ne fera que reprendre d'une main, ce que tu n'auras même pas donné de l'autre).

Le bilan du soir: A l’évidence, Le monarque ne croît plus ce qu’il dit, mais pense que les Français sont assez stupides pour

Aura-t-il raison ? A vous du juger.

26 septembre 2011

[video] Senat night fever

par
Dimanche. Après le suspens d'une fin d'après-midi passée à aller et venir de la buvette climatisée à la moiteur d'une salle des conférences surpeuplée, nous apprenions de la voix de Bel que le Sénat passait à gauche pour la première fois de la Cinquième

Sur les rotules après l'abus de liens sociaux consécutif à la liesse (lui-même suivi de son after à la Sangria pour célébrer comme il se doit ce songe d'une nuit d'été indien), je vous renvoie à des collègues plus frais pour analyser ce moment d'histoire

Allez hop. L'Elysée maintenant ?
Sénat 2011 et Le Sénat et après ? dans Left Blogs (leftblogs)

11 septembre 2011

[video] Deux tours sinon rien

par
 
"Rappelez-vous cette promesse faite sur le toit de Solférino."
Ségolène Royal, Montreuil, 10.09.2011

Ségolène Royal va-t-elle déjouer les sondages au pifomètre des primaires socialistes ?[1] A contempler l'ambiance de feu des 1500 (2000?) supporters compactés ce samedi au Parc des expositions de Montreuil : on jurerait que oui. Pop-idol à veste rouge, la présidente de la région Poitou-Charentes soigne son entrée, fendant la foule en toute simplicité sous les crépitements de flash des photographes se piétinant les uns les autres, dopée par un bon vieux "Simply the best" de Tina Turner (tout de modestie contenue) qui lui vaudra dix minutes de standing ovation avant son discours [video complète ici].


Quatre points marquent d'emblée dans un meeting de Ségolène Royal :

- L'audience éclectique (à la différence d'autres meetings, de gauche comme de droite, relativement homogènes : il est impossible de définir le militant royaliste moyen. Du gamin à la grand-mère, du balayeur au fonctionnaire, en un mot : populaire).

- L'ambiance électrique (vu la puissance de feu d'un simple meeting, la fiesta finale d'une victoire présidentielle me fait limite peur).

- La présence de la nation. Drapeaux sur scène, vocabulaire : S.Royal reprend se réapproprie sans en faire des tonnes un champ thématique délaissé par les autres candidats de la primaire (sauf A.Montebourg par certains aspects avec la "Nouvelle France").

- Le ratio bla-bla / solutions est à l'avantage des secondes. Comme diraient les factotums UMP  : "la crise est passée par là". Du coup, l'argumentaire de la candidate à la primaire PS a gagné en pertinence, percutant dans le concret, devenant audible même pour ceux (et j'en connais) qui ne l'aiment pas. A ce sujet, si c'est du niveau de la mise en kit culte de Jean Boissonnat l'an dernier, son débat télévisé sera à regarder avec attention. Elle n'a même pas à appuyer sur le désastreux bilan de l'actuel président dont le nom est évité. La Red bull des primaires se place dans l'après (d'où le fameux désir d'avenir, you see ?) :

Blocage des prix sur 50 produits de première nécessité, mise au pas des banques et encadrement militaire des jeunes délinquants sont les trois mesures les plus acclamées. Bon, avouons qu'ici le hourra part vite. Royal demande d'ailleurs à l'arène de se calmer en fin de discours au moment "solennel" de présenter son "contrat avec la nation" (autour de 10 mesures simultanément distribuées dans la foule sur un parchemin couleur, à cocarde et grain épais, évoquant l'appel "à tous les français") :

Pèle-mêle : renforcement des pouvoirs de contrôle du parlement, mise en place du non-cumul des mandats, consultation du peuple par référendum à chaque fois que "l'intérêt supérieur du pays l’exigera", création d'un Conseil Supérieur du Pluralisme pour protéger l'indépendance des médias "à l'égard des pressions du pouvoir politique et des puissances de l'argent", engagement sans la nommer de l'application d'une règle d'or où sont rajoutées les promesses d'une non-augmentation des impôts et d'une contribution équitable du travail et du capital, engagement de la stabilité des règles sociales et fiscales durant le quiquennat dans le but de faire de La France "un pays d'entrepreneurs"...

Ségolène Royal ne fait pas campagne pour la primaire (il en est à peine question et il faut  chercher attentivement le microscopique logo "PS" sur son pupitre "Royal 2012"), mais bien pour la présidentielle. Personne ne doute ici, à commencer par elle, de sa présence aux deux tours des deux échéances.

Najat Vallaud-Belkacem, adjointe au maire de Lyon et porte-parole de S.Royal précise : "Une région en guise de laboratoire, une présence sur le terrain inlassable depuis 5 ans, un travail sur le fond avec ses UPP [universités populaires participatives] et ses déplacements à l'international : Ségolène Royal est prête."

#Video No comment "let the sunshine..."


Un très fin observateur de la vie au PS, et soutien déclaré d'un autre candidat, me confiait l'autre soir : "Si Ségolène avait été à ce niveau en 2007, cela aurait été une autre histoire..." Pour ma part, dans le cadre de ces primaires inédites, je m'interroge sur la bonne côte de certains dans les sondages et le "taux de transformation" (avec déplacement physique et signature de déclaration d'adhésion aux valeurs de gauche) le dimanche du premier tour. Pour Ségolène Royal, j'ai peu de doutes : ceux qui l'aiment prendront le scrutin.


Retour à Montreuil. Fin de meeting. Entourée de son équipe, sous les acclamations, Ségolène Royal fredonne Laissez entrer le soleil ! J'en sens ici qui ont presque les larmes aux yeux. Meeting fini : des militants galvanisés continuent de tracter (sa "force citoyenne") devant la salle durant plus d'une heure. A la terrasse du bar, alors qu'avec quelques blogueurs nous évoquons les savoureuses conséquences solférinesques d'une victoire de Ségolène aux primaires, un type à la bourre me demande :

"- C'est bien ici que l'on peut voir Ségolène ?".

Je lui réponds :

"- Oui, mais c'est fini."

L'homme est désemparé.

Et là je pose la question : Quelle autre personnalité politique française peut mettre un citoyen dans un tel état de manque ? 
(ceci n'est pas Jegoun, ni l'affiche du prochain George Romero.)

[1] primaires socialistes : 9 et 16 octobre, tout le monde peut venir voter pour choisir le candidat socialiste pour la présidentielle.

8 septembre 2011

[video] François Hollande et les blogueurs

par

On lit de tout sur cette rencontre entre François Hollande et les blogueurs. Du dithyrambique,  de l'absent, du séduit et du sceptique

Nous sommes une vingtaine dans la petite pièce pour l'entrevue imprévue. Je l'ai appris la veille au soir. Tandis que j’installe la caméra, le candidat à la primaire socialiste fait le tour de la table et serre la main à strictement tout le monde. Il a l’air fatigué par les six heures de débat à l'assemblée sur le plan de rigueur gouvernemental (à ce sujet les taxes sur les mutuelles santé augmentent à 7%), mais de bonne humeur et nous consacre une heure

Les thèmes abordés : la dette grecque, l'immigration, la sécurité, #Botzaris36, la fiscalité du travail, le mariage et le droit à l'adoption pour les couples homosexuels, la diminution du parc nucléaire et les conséquences sur la filière énergétique, la rumeur de fermeture de l'usine Peugeot à Aulnay, le second souffle à trouver pour l'Union pour la Méditerranée et le scandale Servier / Mediator... (liens en fin d'articles pour les divers comptes-rendus de mes collègues).

Avant de publier l'intégrale dans quelques jours, voici quatre passages :

#1 / Le logement (5.40)
Comment rééquilibrer « La France des propriétaires » et ceux qui veulent juste un logement ou mieux se loger sans avoir à s'endetter sur 30 ans ? Au passage, il répond à la question sur son positionnement "tout pour les jeunes" (problématique à un moment : rapport qu'entre les grands-parents qui votent et la "génération à venir" dont il parle dans son livre et sur laquelle il a encore insisté hier soir sur TF1, il y a des gens qui ont la double qualité d'être de mon âge et dans la mouise).


Commentaire : la chaîne du logement est encore plus courte qu'il ne le penseLes cadres "en carton" (on leur donne ce statut pour mieux les arnaquer) pullulent. Ils sont mal payés et ont également des difficultés à accéder au logement privé ou social. F.Hollande veut fluidifier le marché locatif privé et continuer à privilégier l'incitatif sur le dissuasif ? OK, mais les mesures incitatives sont déjà légion et n'ont rien fait baisser, bien au contraireLes niches fiscales pour les proprios sont comme les salaires de dingues pour les "grands" patrons : On sait à qui ça profite, mais on ne sait pas très bien à quoi ça sert. Les contrôles sont trop rares et la taxation des logements vacants reste dérisoire. Quant à la construction de logements HLM et des amendes plus sévères sur le non-respect de la loi SRU, j'entends la chanson depuis vingt ans... et je n'ai pas vingt ans de plus à attendre. S'il faut encourager la location, il faut surtout se prémunir de l'exploitation immobilière. L’heure n’est donc plus au cosmétique, mais aux mesures drastiques. 

#2 / Que pense-t-il de "La démondialisation" prônée par Arnaud Montebourg ? (extension sur les économistes le conseillant). (6.00)
La vidéo est explicite. Le rapprochement Montebourg / Hollande va être sportif.


#3 / Questions de @custinda sur les institutions et le fonctionnement de la République. (6.20)
F. Hollande veut réinstaurer une part de proportionnelle à l'Assemblée pour une meilleure représentation des partis minoritaires ("Je préfère une extrême droite à l'assemblée qu'une extrême droite présente au second tout de l'élection présidentielle") dont il veut par ailleurs limiter la participation aux élections présidentielles (en augmentant le nombre de signatures de maires nécessaires).


#4 / "...sois incisif, sois tranchant !" (2.45)
A propos du livre que Serge Raffy lui consacre, Martin P (docteur es-Jospin) l'interroge sur une altercation supposée entre lui et l'ancien Premier Ministre à 10 jours du 21 avril 2002. F.Hollande aurait poussé le candidat PS à la présidentielle à être plus "incisif et tranchant". Celui qui a fait de la séduction, de la normalité et du "cool" le moteur de son début de campagne, va-t-il s'appliquer ce conseil à lui-même ? 


Conclusion. Si j'entends ses propos sur les questions sociétales ou la fiscalité, c'est une autre tisane sur l'économie : pondéré et classique, disons timide. Un "bon gestionnaire" pour reprendre l'adoucissant lexique d'un Xavier Bertrand. J'expérimente donc un sentiment ambivalent envers François Hollande. Il est à la fois anormalement optimiste (ça change et c'est communicatif) mais on cherche le rêve, le souffle qui emporte. Pour l'instant, dans la course de fond, il privilégie l'endurance

Merci à lui et à son équipe, ainsi qu'à Romain pour cette rencontre.

Les blogueurs : 
Mrs Clooney - Cyril M - David Burlot - Piratages - Martin P - Custinda -
Mehdi - Jegoun - Intox2007 - Gularu Leila Polluxe - Romain P

30 août 2011

[video] Trois jours chez les socialistes

par
 
Pour des raisons indépendantes de ma volonté, ce vendredi j'entame ma 26e heure sans sommeil. Cette précision pour affranchir le lecteur de la nature éthérée de mon immersion dans le tourbillon des trois jours futurs. 

Vendredi, jour 1
Des débuts confus.
*
Débarquement de gros des militants et des journalistes au TGV de 10 heures. Temps incertain. Nous approchons de l’Espace Encan et de sa croisette aux tentes blanches bordant le canal donnant sur le vieux port. Bienvenue au Festival de Cannes du Parti Socialiste : son annuelle université d'été. Nous rejoignons la file d’attente pour la réception des badges (on m'annonce 800 accréditations presse). Petite désorganisation provisoire : pas d'informatique, fichier en papier et pupitre en carton (où sont les tentes en paille ?). Blogueurs et médias ont le même badge. Je vais pouvoir voir mes idoles de près : Olivier Mazerolle et Jean-Pierre Elkabbach.



Pour cause de connexions wifi et 3G saturées dans l'enceinte de l'Encan, d'une course d'un débat à l'autre, de pots prolongés, je n’ai que peu d’écho sur les "petites phrases" de la garde rapprochée de tel ou tel candidat et autre "couac" imperceptibles autrement que par un suivi assidu des chaines d'info-feuilleton qui en raffolent au détriment de toute autre considération



A la séance d’ouverture, je crains le pire. Après la chanson "il est temps" (improbable titre hors du temps qui introduit et clôture chaque séance plénière de sa bonne humeur de psychopathe), les premières interventions enfilent les perles : "Notre Moody’s à nous, c’est le suffrage universel". J’assiste néanmoins à une conférence très intéressante sur la valeur du travail avec Robert Castel himself. Et ça, ce n’est par rien. Nous nous concoctons un petit programme avec les blogueurs que nous ne respecterons pas. Tout cela finit rapidement à la buvette qui, à l’inverse du wifi, débite à flot régulier.

Le bruit du jour : Hollande fait son intéressant, les caméras n'ont d'objectifs que pour lui et cela décontenance Aubry. Ne trouvant personne dans le staff de l'université (complot ?) pour m’indiquer où se trouve ce fameux Oratoire, théâtre du show-case Hollandais de 19 heures : direction la réunion que donne son ex-épouse à la même heure. Il faudrait être aveugle pour la rater : le chemin est fléché depuis l'Encan à base d'une affiche tous les deux mètres. 


La salle du musée maritime est saturée de monde. Dehors, un cordon de supporters, dress code tee-shirt noir et foulard rouge, dresse une haie d’honneur pour laisser entrer l'idole. Dans la brume de l'attente électrique (j'en suis à 34 heures de veille), j'observe ces visages que je ne vois pas dans d'autres meetings politiques : des âges divers, des enfants, des familles qui viennent ensemble… Gros bourdonnement au loin, crépitements de flashs, le festival repart pour la projection du soir. La candidate est submergée par les caméras, elle a encore la côte.


Un twit foursquaré passe enfin et nous met sur la piste de l’Oratoire (et dire que j’ai habité 4 ans à La Rochelle, honte sur moi). Nous partons humer l'atmosphère là-bas. Le meeting de Hollande se tient loin du chantier naval où prêche Royal, de l'autre côté du port, dans le centre-ville chico-bobo de La Rochelle. Direction la Place de Verdun, vers cette chapelle à l’éclairage soigné réservée depuis un an pour DSK. A force d’inonder les boites mails, le happening fait le plein et, badge presse ou pas, nous sommes refoulés à l’entrée du comme plus d'une centaine d'autres. L’ambiance est moins Kiabi et plus costard. L’opération (à destination des chaines d'infos) est un succés : bonne image (sacrée et rurale) avec un éclairage soigné (nous apercevons vaguement un retour-écran), le tout dans une salle sous-dimensionnée pour jouer la carte de l’évènement se jouant à guichet fermé. Discours terminé, l’assemblée déboule sur la chaussée, immobilisant net vélos et voitures de l’autochtone agacé. La pluie reprend, nous devons en être au dixième revirement de temps soleil-pluie de la journée et l’appel de la bière se fait sentir. Je cours sous les arcades de la vieille ville. Je n'aurai pas vu un débat de candidat de la journée, il tombe des hallebardes et je dors debout. Fin du premier jour. 

La soirée torchon-carpette au rhum hors d'âge est une autre histoire, radicalement hors cadre rapportée aux cruciaux enjeux nationaux nous concernant.

Samedi, jour 2
François Hollande : prince de la vanne, king de la vibe et diva des journalistes.
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16 cafés et c’est reparti. Cette université est trop courte, les tables rondes et ateliers si superposés qu'on n'y voit que le dixième de ce qui s’y passe. On papillonne, on grappille des mots, des idées, des humeurs. L'abondance des débats tue l'assiduité (l'essentiel des interventions se concentre entre vendredi après-midi et samedi soir). J'ai ainsi raté l'atelier sur le logement où je suis persuadé que j'aurai pu hurler des "Oh !" et des "Ah !". 

Dans la nuit, Martine Aubry a dû prendre conscience de l'OPA des médias opérée par Hollande (ou malgré lui, à cette heure-ci je ne sais pas encore très bien) et passe le turbo. Si prompte à taper dans les micros et se cacher des objectifs il y'a encore peu, tel un Manuel Valls à la recherche du cliché, La Maire de Lille multiplie désormais les trajets d'un bout à l'autre de l'Encan en arborant ce sourire apaisé qu'avait Ségolène le soir de sa défaite aux présidentielles.


Fin de matinée. En séance plénière sur le thème de la "croissance partagée", à l'inverse d'un Usian Bolt fanfaronnant avant de foirer son départ, Hollande fait le malin mais conclut la course tranquille. Pour camoufler un discours assez vague, soc-dem en diable, qui reprend un à un les poncifs les plus éculés sur la croissance, il vanne à tout va [Intégralité du discours ici, 36 minutes]. Avec un rythme à contretemps, limite maladroit, qui le rend encore plus sympathique, il enchaîne les bons mots sur Le Monarque et les riches. Bim, bam. Larges éclats de rires au théâtre du gymnase. Du stand-up politique, fallait y penser. Je n'ai juste jamais vu ça dans un meeting... du PS. Alternant contrôle et décontraction, il faut admettre que le nouveau Jay Leno des socialos excèle dans le "cool" à un point où j'en viens à me demander si ce n’est pas un des auteurs des Guignols qui lui pond son texte et Jamel qui le coache. La vérité est probablement ailleurs, mais pas si loin. Je m’assois parmi les disciples pour capter les réactions : mélange d’enthousiasme des fans classiques et des soupirs amusés de ceux qui s'y rangent "par raison". Avoir de l’humour est incontestablement un plus, même et surtout en face de quelqu’un à cran qui n’en a aucun et surtout pas sur lui-même. Mais cela reste léger, spécialement par temps d'insistante austérité. Oui, la séduction est indispensable, mais comme le souligne Jean-Luc Melenchon lors de son Remue-Méninges qui se tient le même week-end de l'autre côté de La France : "Si cette élection (se transforme) en pitrerie, vous verrez se lever des vents violents dont vous n’avez pas idée" .  

Après le sketch des riches, celui du pauvre.

A la sortie du meeting, je me faufile parmi les caméras qui devancent le candidat de la presse sur l'étroit quai, lieu pavé propice à faire de belles images. Tous les 15 mètres est prémédité un shooting par son entourage : là avec un militant qui veut se faire dédicacer son nouvel ouvrage (que nous allons étudier de près), ici avec ce plaisancier qui claque son petit mot sympa. Sourire et décontraction en pièces montées. On a beau le savoir et tout connaître de la mécanique, Hollande surperforme dans le côté accessible : il est "tellement sympa" que ça passe. A l'inverse d'un Monarque qui n'inspire, au mieux, que le mépris et l'envie de distribuer des tartes, on se dit automatiquement qu'FH ne peut pas être méchant. Cette construction, où le candidat et la caméra jouent un tango cadencé, est un édifice aléatoire : être le candidat d'opposition chouchou des médias est loin d'être un gage de succès. Hollande en semble conscient et y va piano. 

Survient cette petite scène à laquelle j'assiste aux premières loges. Nous arrivons vers le passage étroit de la passerelle où Hollande stoppe pour répondre encore à quelques questions de militants. Une odeur de merde, forte, s’impose. L’un d'eux (mes semelles sont irréprochables) a marché dans un étron d’Angela. Angela c'est la chienne du clodo du port qui observe amusé le troupeau. Avec le punk à clébard et la visite de la tour St Jean d'Acre, le buriné à l'embrun avec bonnet taché et barbe de cent ans est un incontournable du tourisme local. En retrait sur la passerelle, attendant qu’Hollande passe face à moi pour faire mon plan, j'observe depuis un petit moment la drague improbable du "clodo-like" sur une jeune journaliste. Puis, le gars interpelle Hollande de loin, ce dernier va à sa rencontre et le bougre auquel personne ne faisait attention une minute avant devient la "nouvelle star" pour 45 secondes. Mise en scène ou pas ? A vous de juger. J’ai du mal à trancher tant le personnage jouait particulièrement bien le rôle de l'aviné. Après son sketch du riche, Hollande se sort tranquille de celui du pauvre. Ce dernier félicite le candidat et déclare aux caméras qu’il va voter pour lui. Emballé c'est pesé. 

No comment : François Hollande, le barnum des photos et le sketch du pauvre.

Après une longue dérive sur le vieux port à la recherche d'une table accueillante délicatement ornée de fruits de mer que jamais ils ne trouvèrent, nos blogueurs se calent provisoirement au Kebab bière avant d’enchaîner à l'Encan pour le discours d’Arnaud Montebourg. 



Montebourg livre en plénière le discours à retenir de ces trois jours. Quelques phrases bien senties : "On ne battra pas le sarkozysme en ne promettant que l'austérité à ceux qui n'ont que le travail pour vivre.", "Je suis le candidat de l'honneur d'être socialiste." ou "La démondialisation est la modération d'un système extrémiste" qu'il ponctue d'attaques envers Merkel ou Apple (hérétique). [Intégralité du discours ici33 minutes].  Montebourg marque des points cet après-midi et impose la thématique du protectionnisme. Détail : là où les autres auraient profité du moment d’ovation pour rester à saluer un moment au pupitre et faire du plan pour les télés, lui se rassoit en trois secondes-chrono. Suivent quelques interventions dont celle d’Herve Kempf où les mots « classes » et « ouvrières » sont prononcés (Ouh la, gauchiste alerte). 

L'heure suivante, c'est au tour de Ségolène Royal de faire son entrée. Ses fidèles font le spectacle. Et ça : il faut le faire au moins une fois dans sa vie. Elle explose les records de l'applaudimètre et de la ferveur militante. Debout sur l'estrade des caméras, l'écoutant dérouler ses propositions, je me fais voler mon siège par le boss d'LCP. Proprement scandaleux !
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No comment : Ségolène, celle qui fait un triomphe avant même le discours.

Il commence à faire moite sous le toit de l'Encan. Direction les salons climatisés du Mercure. Tandis qu'Elie Cohen, invité pour la marginalité confidentielle de son analyse par Terra Nova, endort tout le monde y compris lui lors d'un colloque sur la crise Pourquoi ? Comment ? Et vous ne l'auriez pas en taille 52 c'est pour ma belle-soeur ?, nous assistons dans la salle d'en face à une petite réunion avec les "volontaires" de la campagne de Montebourg. J'en retiens que le candidat de la démondialisation séduit les 35-55, clientèle manquant cruellement au PS et que ces militants font clairement une croix sur le PS tel qu'il est aujourd'hui. Les voix sont à prendre ailleurs : chez ceux qui ne votent plus. Plus la participation aux primaires déborde les seuls militants ou sympathisants du PS, plus les espoirs sont permis.

Peu après, Arnaud Montebourg accorde un entretien aux blogueurs. Tout a été filmé et sera diffusé ici... euh bientôt.



Sortie du Mercure au crépuscule. Au loin sur le pont supérieur d’un yacht de l'amour, se décrochant sur le ciel rose où moutonnent démobilisés quelques nuages gris, des silhouettes se trémoussent sur de l'Afro-beat. Un hommage à DSK ? Non, c'est l'absent dont désormais tout le monde se fout, hormis quelques allumés vers qui les micros se tendent systématiquementA l’appel de Romain Blachier, nous nous retrouvons dans un resto dans une rue pavée où, parfois à l'heure où les cocktails sont happy, se lovent les socialistes. Dans l'animation des bars et restaurants de la rue piétonnière, en marge des cracheurs de feu, des jongleurs et des camelots, j'aperçois un Gérard Filoche qui marche seul. Un peu plus tard, c'est Martine Aubry qui passe à mes côtés et pose volontiers pour la photo aux bras des touristes. De retour chez mon hôte, je visionne en ligne les sujets du JT de France2 et TF1 traitant de l'université : hormis un direct réussi pour Ségolène Royal sur la 2, c'est service minimum.
(TF1 a cramé tout son budget dans le nouveau générique du JT. Ils n'ont plus les moyens de se payer un réflecteur, assuré ici par une table de bistrot.)

Dimanche, jour 3
Dynamisme retrouvé mais des attentes.

Ciel sans impuretés. Pas de brouille attendue pour la journée. La moitié des journalistes est déjà partie à Paris. Du coup, le wifi marche mieux. Le matin, je reste à proximité de la terrasse où les candidats passant les uns après les autres sous la tente sous les griffes fatiguées de l'editocrate à pugnacité variable d'Europe 1. Alors qu'un de ses soutiens me donne un des livres de son stock d'invendus, j’aperçois un Manuel Valls isolé. J’ai presque de la peine pour lui, puis je repense à sa sortie sur les 35 heures en janvier dernier et je vais me reprendre un café. A la comédie des caméras, Jean-Michel Baylet, candidat pour le PRG, a capté que pour être vu il fallait s’incruster aux côtés de celui que tout le monde filme : Hollande. 

Je tombe nez à nez avec Martine Aubry : la métamorphose est complète. Elle sourit à tous et tout le temps. "Heureusement que ça s'arrête, encore deux jours comme ça et elle danserait sur la table." Me glisse un méchant. Cette insistance à rattraper le coup nous rassure au moins sur sa volonté d'y aller. La question de sa motivation ne se pose plus. Elle contre-attaque (comme le prouvera le lendemain sa visite surprise à Marseille en parallèle de celle de Guéant).



Discours de clôture. Ce que je pensais être une matinée tranquille sera une apothéose dans la  mobilisation. Dans une salle archi-comble de 5000 personnes (le record d’affluence des universités d'été est battu), nous assistons au discours inspiré, parfois émouvant et que l'on n'a pas vu venir, de Laurianne Deniaud, la présidente des MJS. [intégralité du discours ici, 28 minutes]. Hausse des salaires, barrières douanières, besoin vital de rajeunir les élus : certains passages affirment (idem pour Emmanuel Maurel qui lui succédera au micro) ce qui a été susurré, évité ou contredit par les principaux candidats depuis trois jours. Au sujet de cette clôture, l'info-feuilleton embrayera sur les remarques de Valérie Pécresse réussissant l'exploit de trouver "polémique" le discours final du pourtant super-ultra-cruise-control Harlem Désir. Acclamations, ballets des drapeaux et 723e tonitruante reprise de la rengaine « il est temps » (des cas de suicides par overdose de Mojitos sont rapportés les premiers jours, les survivants se sont convertis dans l’allégresse à l’entraînante mélodie) : les candidats des primaires montent sur scène pour faire cette photo de "l'unité retrouvée". Cliché un poil embarrassant pour un UMP qui se disloque.

No comment : le final de l'amour.

Bilan. Nous quittons l'Encan convaincus de rien si ce n’est, comme le souligne Nicolas Domenach sur twitter, que l’enthousiasme qui a déserté la droite est désormais chez les socialistes. Il faut prendre l’université d'été du PS pour ce qu’elle est : une vitrine, la plus clinquante possible de l’état du parti et l'occasion de remotiver les troupes. A ces titres, c'est doublement réussi.

Même si l'on constate de vraies différences dans la nature des supporters des candidats (on appelle ça des classes sociales), on est loin de l’image poussiéreuse d'un PS volontiers véhiculée par les médias et reprise à foison comme argumentaire par ceux-là même qui contestent cette parole dès qu'elle aborde tout autre sujet. Je pensais y déplorer une ambiance délétère et déprimée, c’est le contraire.  

Ce ne sera pas la guerre annoncée, mais la prédominance d'une stratégie d’évitement et d'une modération des comportements de chaque candidat s'adaptant en temps réel au rendu média qui en est donné. La volonté d’unité affichée le dernier jour cache mal l'esquive continue de la confrontation interne des idées. Cette contradiction (propre à la nature de l'évènement) avec le but des primaires a fini par poindre dans les discours de clôture. Elle sera corrigée dans les prochains débats télévisés (le premier aura lieu le 15 septembre). Le programme a beau théoriquement être commun, il reste de petits et de gros clivages propices aux surprises.

Le plus étonnant est de voir les candidats incarner leur place supposée dans les sondages. Martine Aubry vent de face, a remonté la pente. Ségolène Royal cartonne chez les militants (elle est sur ses terres) et reprend de l'assurance. Arnaud Montebourg, même s'il monte en puissance et déclare peu se soucier des sondages tout sauf scientifiques, joue encore les modestes tandis que Manuel Valls, ignoré, contient sa colère. Quant à Hollande, le tapis média se déroulant sous ses pieds lui donne automatiquement une image de président. Bref, c'est l'école des fans. Tout le monde a gagné sauf Valls.

L'Encan se vide, les tentes sont pliées, la terrasse nettoyée. Rideau. Il me reste un dimanche ensoleillé à récupérer du manque de sommeil sous l'air marin de La Rochelle avant de récupérer le TGV du soir pour Paris, accompagné (un bonheur n'arrive jamais seul) du petit livre rouge de Manuel.

Photos et vidéos : Sebmusset

Retrouvez les comptes-rendus des blogueurs présents : Nico93, Intox2007, Jegoun, MelclalexRomain Blachier et Mel36.

Un grand merci à Tom, le trois étoiles de La Rochelle, pour son précieux soutien logistique.

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