Au même endroit, l'espérance de déambulation sans prise de projectile sur la tronche d'un candidat-président en indélicatesse sondagière de plus ou moins cinq minutes. Là tout le monde écoute. Chacun y va de sa question, participe, même les sceptiques. Les questions portent parfois sur la RGPP ou l'immigration, mais en grande majorité des moyens de lutter contre la prégnance financière ou la création monétaire.
Inaugurés lors de la campagne des primaires socialistes où il aura doublement crée l'évènement (en créant les primaires, puis en y arrivant troisième), Arnaud Montebourg poursuit ses
stand-up à une semaine du premier tour des présidentielles, mais cette fois avec une grande affiche de François Hollande derrière lui et sans
le son Bob Marley.
Peu après le meeting de rue à Ménilmontant et juste avant son discours à la Belleviloise avec Danièle Hoffman-Rispal,
nous avons discuté quelques minutes avec lui autour d'une bière.
Morceaux choisis.
- "Notre préoccupation, c'est de retrouver le lien avec peuple." -
L'attaque des médias transcendant toutes les classes sociales et sensibilités politiques et faisant l'unanimité chez les blogueurs, c'est par ce biais que, dynamisé par sa prestation en plein air, il entame spontanément la conversation en déplorant la réduction du débat d'idées politiques sur les ondes:
"- Nous avons un problème dans le système médiatique aujourd'hui. [...] Il devient très difficile de structurer le débat autour de propositions. Vous avez 20 secondes pour expliquer votre projet sur les banques. [...] D'abord il y'a une passion des journalistes politiques pour la course de petits chevaux dans cette campagne présidentielle donc ils l'aseptisent. On ne parle que du sondage, de la déclaration d'untel. Notre travail n'est pas de commenter mais d'agir. On vous demande de commenter votre travail, nous questionner sur la déclaration de Mélenchon ou de Sarkozy, nous ce n'est pas qui nous intéresse. Nous essayons en vain d'exposer nos idées nous n'y arrivons pas dans le système médiatique tel qu'il s'est radicalisé. Donc nous faisons du porte-à-porte, des petits meetings [...] c'est ce que nous faisons avec les stand-up. Ce ne sont pas les gens qui viennent nous voir, mais nous qui allons vers les gens là où ils se trouvent: sortie des supermarchés, rue piétonne, sortie des métros"
A l'aise dans l’exercice et passionné par ces échanges, A.Montebourg s'y colle désormais avant chaque meeting. Il y voit un mode plus concret du débat politique, morcelé certes, mais plus en phase avec le quotidien des Français. Les questions économiques dans le public y sont majoritaires:
"- Les gens ont compris qu'on leur avait volé leur pouvoir politique sur l'économie. Ils se sont fait dérober au profit d'experts de technocrates ou de porteurs de la pensée économique qui sont achetés par le système financier. Dès que vous entendez parler un économiste, il faut se demander par qui il est appointé. [...] La réappropriation de l'économie par la population c'est l'enjeu majeur de la présidentielle. On ne pourra plus vous raconter n'importe quoi. [...] C'est l'achat par les banques d'affaires, d'abord de la pensée économique [...] puis l'achat par les banques de la politique par le financement des campagnes électorales. Donc il y'a consensus sur ce qu'il ne faut pas toucher: les banques. [...] C'est notre boulot de terminer cette période."
Bon là j'avoue, je n'ai pas la présence d'esprit de lui demander quels sont concrètement les économistes écoutés au PS et en quoi sont-ils différents.
- "Lisez les programmes !" -
A la question de savoir si le courant qu'il avait su faire émerger dans et autour du PS au moment des primaires ne se portera pas finalement sur le
Front de Gauche au premier tour,
Montebourg insiste sur les "propositions audacieuses" de François Hollande (Séparer les activités des banques, la banque publique d'investissement, les taxes sur les transactions financières pour que la dette soit payée par le système financier qui l'a causée...) et tacle encore les médias.
Il invite les sceptiques à décrocher de la télévision et lire le programme du candidat socialiste, assurant que les idées qu'il défendait l'ont imprégné. "-
La primaire a joué son rôle de rassemblement, mais le vainqueur a fait un travail de fusion des propositions nouvelles portées par une génération nouvelle de candidats dont je fais partie. La primaire a joué le rôle de melting-pot. C'est la raison pour laquelle le programme de Hollande d'aujourd'hui n'a pas grand-chose à voir avec celui des primaires. Il est beaucoup plus dans le centre de gravité du pays."
- "Le destin de Monsieur Sarkozy est un destin judiciaire." -
Je ne sais pourquoi mais, au mot "affaires", la conversation a glissé vers Nicolas Sarkozy.
"- Il cherche à prolonger son impunité présidentielle pour échapper aux foudres de la justice qui commencent à le cerner. Karachi et l'argent de la campagne de Balladur ? Il a une responsabilité directe dans l’organisation du circuit du blanchiment en fabriquant les sociétés-écrans qu'il a autorisées alors qu'il était ministre du Budget. L'argent de madame Bettencourt et les comptes suisses qui ont permis de faire sortir du liquide pour les besoins de l'UMP lors de la campagne de 2007 et maintenant l'argent de Kadhafi: c'est la nouvelle affaire! [...] Donc nous allons bientôt tout savoir, le destin de Monsieur Sarkozy est un destin judiciaire."
A noter dans un coin si jamais, en cas de victoire socialiste va savoir, Montebourg est nommé Ministre de la justice. A propos de mandats, Montebourg ne se représentera pas aux prochaines législatives et balance sur l'Assemblée nationale. "- Ça fait 15 ans que je m'y ennuie. C'est un parlement croupion l'assemblée nationale française. Le sarkozysme a fini de mettre le bâillon là ou deja nous étions ligotés. [...] C'est un mandat qui demande de l'énergie, moi je n'ai plus ce désir. C'est aussi la question du non-cumul des mandats, je l'ai fait voter c'est bien le moins que je me l'applique. Je resterais président de mon département, un mandat beaucoup plus intéressant que le mandat parlementaire. Le cerveau dans l'opposition d'un parlementaire, c'est un cerveau qui marche toujours sur la moitié, la moitié qui dit non. Faudrait parfois pouvoir dire oui, mais c'est difficile."
Le vieillissement et le non-renouvellement des élus (auquel j'ajoute le manque de représentation de la diversité sociale) est pour lui un des facteurs du désintérêt des jeunes pour l'élection: "- La moitie de la population française à moins de 40 ans, il n'y a pas un député de moins de 40 ans, et seulement deux sénateurs. Vous ne trouvez pas qu'il y'a un problème ? D'ailleurs c'est le problème de la génération des babyboomers qui ont pris le pouvoir et qui refusent de le laisser dans tous les domaines. [...] Ceux qui ont fait mai 68 ont pris le pouvoir au nom de la jeunesse et qui refusent de transmettre à la prochaine jeunesse."
Et qui dit "Baby boomer" s'attend inévitablement à ce que l'on interroge sur la bulle immobilière.
Sur ce point Montebourg a un discours bien plus sage que celui sur la régulation financière. Pas de remise en cause du paradigme. S'il ne cache sa préférence pour la propriété, à son sens supérieure à la location (en omettant un peu vite que l'on peut mettre une vie de crédit bancaire à devenir propriétaire), et met en avant la nécessité de taxer fortement les héritages (en minimisant les situations fiscales ubuesques que l'héritage des mêmes babyboomers provoquera chez des enfants sans revenus qui, à nouveau victimes du décalage aberrant des prix de l'immobilier en 20 ans et sur la base de la transmission d'un simple patrimoine qui se sera ultra valorisé, se retrouveront catalogués riches alors qu'ils sont pauvres [1]).
Le problème n'est pas, à mon sens, la propriété ou la location mais la folie des tarifs et la répartition des mètres carrés ainsi qu'une disponibilité garantie d'une surface minimum vitale pour chaque individu. C'est sur ces axes que le prochain gouvernement devrait focaliser ses efforts législatifs dans le logement. Notons d'ailleurs que le candidat-président Sarkozy (dans une
argu flash de fin de soldes pour
Femme Actuelle) l'a soudainement compris en se déclarant (
en totale contradiction avec ce qu'il disait il y' a 2 mois) pour
l'encadrement des loyers (en dégainant au passage une mesure existant déjà dans la loi[2]).
Déjà 30 minutes, Montebourg a fini sa pause "internet". Il repart comme il est arrivé: en cavalant vers la salle bondée de la Belleviloise où l'attend ce soir une assemblée plus âgée. Pas de doute Montebourg est en campagne pour mai 2012 et au-delà...
[1] comme quoi les babyboomers n'ont pas fini de nous emmerder.