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7 juin 2013

Pierre Mauroy et la retraite à 60 ans

par
Pierre Mauroy, premier ministre socialiste de 1981 à 1984, vient de décéder. Sous son mandat : la fin de la peine de mort, la cinquième semaine de congés payés et...la retraite à 60 ans .

A l'heure où l'on nous prépare gentiment à une nouvelle régression dans le domaine, (ré)écoutez une de ces dernières interventions au Sénat face à Eric Woerth lors de la bataille perdue d'octobre 2010. 

Espérons que ceux lui rendant hommage ce jour sauront s'en souvenir dans les semaines et mois à venir. (durée 7 mns)


Merci au blog de Claudine Lepage (j'ai eu du mal à retrouver ce discours)

28 août 2012

Valls, le changement ou la continuité ?

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"Le temps du changement". Tel était l'intitulé de l’université d’été du PS ce week-end à La Rochelle. "Le temps du changement" avec la typo habituelle, mais en italique pour insuffler un peu plus du dynamisme à l’action d’un gouvernement qui communique en mode "Rome ne s’est pas réformée en 100 jours" et tente d’apaiser les impatiences suscitées par l'alternance.

La gestion médiatique du temps est capitale dans la communication gouvernementale à l'orée d'une rentrée aussi sombre sur le plan social qu'économique. Les chiffres sont mauvais, les sondages aussi. Il faut du résultat, vite. D’où l’utilité d’un Manuel Valls au sein du gouvernement Hollande. Il use d'une méthode connue: 1 / Faire l’agenda pour détourner l’attention des sujets qui fâchent ou des traités qui gênent. 2 / Produire du résultat (ou une impression de résultat) vite visible, une dose d'action, un shoot de mouvement "intransigeant" et sans concession, pas "politiquement correct", dans un gouvernement qui a opté pour le temps long et déroule de la tempérance depuis le 6 mai. Bref, il contente le Zemmour qui sommeille en nous et au passage se construit une image de présidentiable alors qu'il est arrivé avant-dernier aux primaires socialistes.

Le discours de Manuel Valls concluant la séance plénière de samedi matin sur "comment la gauche peut reconquérir les catégories populaires ?" restera le moment fort de l'université "on" (et le 1er étage d'un "coup" puisqu'il est suivi moins de 48 heures après de l’évacuation d’un camp de Rroms dans la ville dont il était maire).

Que le ministre de l’Intérieur, chauffé à blanc, livre un discours nerveux avec des références au drapeau, à l’hymne national, à "l’ordre républicain" face "à la jungle", parfois borderline avec le sarkozysme, n'est pas surprenant. La nouveauté ? Il est désormais ovationné sur le démantèlement des camps de Rroms là où l'an dernier sur des thématiques proches il était sifflé.

A-t-il rempli l'espace Encan avec ses troupes ? Non. La seconde personne la plus applaudie par le même public était le porte-parole du PC dix minutes avant, pas vraiment sur la même ligne. Nous constatons juste dans le public moins de costards et de CSP+ que l’an passé[1]. Nous avons ici à faire à des militants de base d'âges vraiment divers, des gens de province, une partie de cette fameuse catégorie populaire qui était le centre du débat et dont Laurent Bouvet (gauche populaire) précisait en préambule qu'elle déborde les zones ghettos où droite et gauche pensent, (souhaitent ?), qu'elle se cantonne.

La reprise à la droite des questions d'ordre ou de sécurité par les socialistes est une bonne chose (voir ici). En revanche, ce focus sur une minorité électoralement inoffensive (et une part très minime de la délinquance) accompagné d'une parade, nerveuse et acclamée, du premier policier de France est un mauvais signe. Cela validerait la thèse voulant que, malgré les résultats électoraux de la gauche, la droite des sept dernières années a gagné dans les mentalités tout autant qu'elle a influencé les stratégies politiques du camp opposé, une fois celui-ci au pied du mur.  

Valls, le changement ou la continuité ? La suite du dossier le révélera rapidement. 

Pour le moment cette séquence Rroms peine à occulter ce qui ne sera pas fait et escamote ce qui est déjà accompli. Qui, à part Martine Aubry en conclusion de l'université, aura rappelé que, par exemple, c'est mercredi prochain qu'aurait dû être appliquée la hausse de la TVA votée par la précédente majorité, annulée par la nouvelle ? 

Illustrations: S.Musset
[1] nettement moins de journalistes également

11 mai 2012

Mais... La France a choisi

par
Les blogueurs de gauche entrent dans une période de sevrage. Reconnaissons que Sarkozy a focalisé sur sa personne nos colères depuis 7 ans et qu’il a tout fait pour les entretenir. Bunkérisé dans ses certitudes, héros de son monde déconnecté des conséquences de sa politique, il ne s'est juste pas rendu compte qu'à partir de la mi 2010, La France est majoritairement devenue blogueuse de gauche.

Le pire est provisoirement stoppé. Cette première étape du basculement populaire contre la France forte du fric est notre version à nous, par les urnes, des mouvements contestations qui ont parsemé la planète l'an passé. Elle en appelle d'autres et le résultat de l'élection française suscite un espoir par-delà nos frontières.

A défaut de faire son autocritique pour les législatives, la droite se lance dans la critique de gros niveau pour tenter de générer de l'anti-hollandisme. Chercher la petite bête pour savoir qui, du PS ou du PS, a payé le jet pour revenir de Tulle dimanche soir, ou se tripoter la nouille sur le nombre de drapeaux algériens agités Place de La Bastille le soir du 6 mai, c'est oublier un peu vite les fastes instantanés du quinquennat précédent et qu'on a surtout vu dimanche à La Bastille des drapeaux français, ceux de tous les partis de gauche, des affiches payantes de L'express (le seul vrai scandale de la soirée) et que, surtout, on y a chanté La Marseillaise jusqu'à pas d'heure dans les troquets (et j'en étais).

Et que dire du Rioufolique procés fait à Hollande d'avoir capté 93% de l'électorat musulman. Qu'espéraient-ils nos réacs outrés par un communautarisme qu'au fond ils ne cessent d'espérer ? Qu'après avoir passé cinq ans à cracher sur tous ceux n'ayant pas une apparence française à la pureté  fantasmée (et à ce petit jeu, vu et vérifié, on n'est jamais assez français), la droite allait récupérer ce vote ? D'ailleurs, dans ce délire de réduction du citoyen à son culte, j'aimerai savoir le pourcentage d'électeurs n'ayant aucune religion, et si la droite considère in fine que, s'il n'est pas trop catholique, le citoyen ne devrait pas avoir à voter ?

Pour finir sur ces commentateurs chagrins cherchant à faire de l’état de grâce un état de Grèce en appuyant sur le manque supposé de marges de manœuvre de Hollande pour redresser l'économie, laissons-lui le temps d'être en poste avec un gouvernement et une assemblée pour faire ses preuves, en gardant en tête qu'au final, l'époque ne pourra se satisfaire de demi-mesures et de renoncements (et que dans ce cas les blogueurs de gauche seront également sans pitié).

Ne pouvant reconstruire en 5 semaines une identité qu'elle a détruit en 5 ans, L'UMP se lance donc dans la bataille des élections législatives sur la même ligne que celle l'ayant conduit à la raclée. Son slogan France Forte version Copé "ensemble, choisissons La France" est une supplique aux électeurs de Le Pen et, nouveau stade dans la décomposition morale de ce parti, sous-entend que les Français qui ont choisi Hollande ne le sont pas vraiment. 

Bien les gars, continuez à cracher sur le peuple en voulant le diviser: ça vous réussit. 

P.S : sous réserve de mobilisation de l'électorat de gauche aux prochaines élections législatives.

Illustration: Warrior, G.O'Connor (2010)

4 mai 2012

Le choix du 6 mai : hier contre demain

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Dans 2 jours, nous serons enfin fixés. Qu'écrire de plus ?

Que rien n'est joué. 

En fait pour le 6, je pourrais reprendre mon texte de mars 2011 intitulé Une France sans futur ?. Tout y est. On peut résumer le choix qui se présente à quelques mots:  La Peur contre la confiance. Hier contre demain. La peine contre l'espoir. 

Le suivi des dernières semaines du président-candidat en campagne bunkérisée avec son illuminé papiste confirme tout ce que nous anticipions, parfois en caricature, au sujet de son état lors de ces 5 années de blog en partie consacrées à la dénonciation de son action. En meeting, la violence et les amalgames de ses propos font désormais passer Sarah Palin pour un prix Nobel de modération.

Selon son entourage, le président-candidat est convaincu qu'il va gagner. La droite ne peut pas perdre. Absolument pas. Même à gauche nous nous surprenons à ne pas y croire, même avec 375 sondages / 375 favorables. C'est dire combien la droite a contaminé nos représentations de la société. La droite ne peut juste pas envisager un pays sans droite. C'est contre nature. Du coup, du sommet à la base elle met en place des processus de résistance psychologique:

1 / Le déni. Avec "la vague souterraine qui va remonter aux étages" (sic). Certes, une grande partie de l'électorat de la droite barrée vivant déjà dans un monde parallèle fait de rentes réelles et de peurs fantasmagoriques, l'investissement intellectuel est modéré. 

2 / La vindicte. Décomplexée par les propos du chef en tribune, la base se lâche. L'accusation des "autres", les immigrés, les assistés, les travailleurs sociaux s'affiche désormais sans gêne à longueur d'ondes par NKM de l'UMP ou Ginette et Polo du PMU. Les journalistes sont maintenant molestés en meeting par des militants gonflés à l'haineuse harangue du pompeux incompétent, ou sifflés sur dénonciation du président. Ils ont probablement un peu vite oublié les idylles passées lorsque, ensemble, tout devenait possible.


Méfiance pour dimanche. N'oublions pas que le président-candidat a fait 10 millions de voix au 1er tour là où il aurait dû faire le score de Cheminade. Il faut rester mobilisés. Il reste deux inconnues: le taux de participation et le nature du vote des abstentionnistes du 22 avril. Et là, vu le niveau de gloubiboulga mental ambiant côté colère, on peut avoir des surprises. Rappelons que le président-candidat ne ménage pas ses efforts depuis deux semaines pour se positionner en "opposant au système" censé représenter "l'alternative" en inondant ses discours de stigmatisations tous azimuts avant de conclure sur la conservation de son pognon (le tronc commun de l'électeur de droite) en drapant ça de "défense du  travail" (avec un million de chômeurs de plus en 5 ans pour ceux qui débarqueraient). 

Le plus inquiétant à droite reste cette énergie du désespoir poussant chef et militants à se surpasser dans l'abjecte en piétinant éthique, morale, humanité, ou même la simple évidence. Nous n'avons pas ce travers à gauche (et jusqu’à présent cela a plutôt réussi à François Hollande), mais en fin de campagne à l'heure où la nuance n'est plus de mise, face à la kermesse au vomi, c'est une faiblesse.


Dimanche, faites que ce blog n'ait plus à écrire sur ce cornichon et sa clique autrement qu'à la rubrique judiciaire.

Après... les combats ne feront que commencer. Combat contre les forces de l'argent qui sauront appuyer là où ça fait mal. Combat pour réparer 10 années de casse sociale. Et le plus important: effort continu pour apaiser la société. L'histoire retiendra d'abord de son quinquennat que ce générateur de peur et dissensions nommé Sarkozy aura divisé le peuple comme aucun de ses prédécesseurs, jusqu'à son dernier souffle de pouvoir, pour assurer aux plus riches cinq années supplémentaires de prospérité. 

Illustrations : Blitz wolf de Tex Avery (1942), Du petit monde de Gildan

[video] Films de campagne(s)

par
Lundi 7 mai. Soit l'homme prônant depuis quelques jours le bonheur par les frontières les franchira allègrement dans un aller-simple  pour Miami en classe affaires véreuses avec Mickaël Vendetta sur les genoux. Soit il savoure sa victoire inespérée en autorisant quelques supporters galvanisés à tabasser journalistes et blogueurs à coups de déambulateurs. Toujours est-il que Le citoyen sera face à son destin et que vers 20h une question cruciale déchirera la société: qu'est-ce qu'il y a ce soir à la télé ? Cela tombe bien, ce soir-là, lendemain du second tour, deux programmes en couleur et de qualité ayant pour cadre les coulisses électorales seront diffusés l'un après l'autre.

La toute primaire fois de Jeremy Sahel, documentaire auquel j'ai (un peu) participé, sera diffusé le 7 à 19h30 sur LCP. Jeremy a suivi de l'intérieur la campagne des primaires socialistes, une première dans la politique française (et quand le concept va arriver à droite en 2072, ça devrait envoyer du lourd). Il en sort un film de 56 minutes démarrant au lendemain de l'affaire DSK pour s'achever à la désignation du candidat 6 mois plus tard. On suit au travers de séquences brutes, les interrogations et les doutes des états majors, mais aussi la ferveur militante et la montée de la dynamique. Stéphane Le Foll, organisateur de la campagne de Hollande pour la primaire, (l'un des rares à avoir accepté sans condition la présence de la caméra) est le fil rouge du film qui sera accompagné d'un webdocumentaire sur le site de LCP. Amuse-toi à y compter les têtes de blogueurs. Voici 2 extraits en exclu:

Extrait 1: Arnaud Montebourg en campagne à Toulouse.


Extrait 2: Stéphane Le Foll commente les résultats du premier tour


Pause bière. A 20h45 sera diffusé sur la 3 le dernier épisode de la série Elysée 2012, la vraie campagne de Serge Moati. Le réalisateur du débat de 81 entre Mitterrand et Giscard (entre autres, il a signé nombre de documentaires politiques et de fictions) a rempilé ici pour sa 4e campagne présidentielle, embarqué en caméra discrète. Après être venu nous voir au début de la campagne au Kremlin des blogs, il nous a accueillis avec Jegoun et Intox dans la dernière ligne droite du montage de l'épisode final (le film sera achevé quelques heures avant la diffusion). Moati assume parfaitement être en décalage avec ce que demandent des médias à la recherche de la sidération permanente (quête de la petite phrase, priorité au direct supposé gage d’absolu...). Il n'est pas journaliste donc pas à la recherche du scoop, mais de moments de vérité. Des séances de motivation de Copé aux consignes d'Eva Joly à son équipe, des confections de pancarte au rassemblement de Melenchon à La Bastille en passant par Philippe Poutou découvrant Le Fouquet's: Il nourrit l’espoir d’œuvrer pour l’histoire en livrant non pas ce que montre l'info classique, mais en décalant sa caméra sur le côté. 

Extrait de Elysee 2012, la vraie campagne. NKM face à Marine Le Pen


Impératif d'empathie. Moati insiste sur l’impératif d’empathie avec les personnages filmés qu’il s’agisse de militants Front de Gauche, de la droite populaire ou de cadres du FN (ce qui lui a d’ailleurs valu pas mal de reproches). "Quand ils sont contents, vous devez être contents. Quand ils sont tristes vous devez être tristes. A gauche comme à droite. Si vous arrivez avec une idée arrêtée sur les gens que vous allez filmer, votre film sera mauvais".

Extrait de Elysee 2012, la vraie campagne. G.Peltier + Concorde - Vincennes, la bataille des meetings.


La violence est consubstantielle aux campagnes présidentielles. Féru d’histoire politique, Moati nous rappelle que les débats dans la 1e partie du siècle étaient au moins, si ce n’est plus, violents que la campagne 2012. C’est le côté réducteur de l’information d'aujourd'hui, de la TNT à twitter, où tout se résume à une phrase qui intensifie la portée des messages et donne un sentiment de flux tendu du trash. D'ailleurs, il nous bombarde de questions sur la campagne en ligne avant de rendre hommage à ceux qui occupent la moitié de son film: les militants politiques. En meeting, au porte à porte, en distribution de tracts, et ce, quel que soit leur sensibilité: "Ce sont toujours les oubliés de l’histoire".

La toute primaire fois de J.Sahel. LCP 7 mai 19h30
Elysée 2012: la vraie campagne de S.Moati en collaboration avec C.Lancellotti,V.Decointet et H.Marquis. France 3 7 mai 20h40

Illustration: @_margal

3 mai 2012

Hollande: L'anaphore tranquille

par
Dernière riposte party géante des activistes numériques hier soir à La Bellevilloise pour commenter le débat de second tour Sarkozy / Hollande. Coincé dans la grande salle bondée, j'ai la nostalgie soudaine des premières ripostes PS où il y’avait plus de pizzas que de participants. Enfin...  Malgré la bonne humeur, vu les milliers de messages à la minute partant d'ici encombrant un réseau vite saturé, les conditions étaient un peu hardcore pour un live tweet efficace. Livrons ici nos impressions à l'issue de ce qui restera un beau débaudruchage du sarkozysme penaud. 

François Hollande s’est révélé ce soir aux Français. Pour ceux qui suivent et s’intéressent un peu au personnage depuis plusieurs mois, ce ne sera pas une surprise. Pas surprenant non plus un Sarkozy fuyant, de plus en plus courbé et sautillant sur sa chaise, se frottant le nez, cherchant du regard le journaliste sauveur (mais contraint par le CSA au mutisme). Pauvre chaton pris dans les barbelés de son bilan, il n’est jamais sorti de sa posture habituelle au dédain d'abord: les "vous mentez", les "c’est faux", les baratins, les formules maladroites, les moments mythos et les incontournables éléments de langage usés jusqu'à la corde. J'ai ainsi pu biffer toutes les cases de mon bingo des débats Sarko (la piscine halal, le point DSK, le point Mitterrand, le point Drapeau rouge, le "c'est pas moi c'est la crise", le "c'est la faute aux 35 heures"...). Malgré la longueur (2h50), les tunnels de chiffres et quelques baisses de régime, F.Hollande, raide et pointant du doigt, a gagné la bataille de la crédibilité (au point de distiller le sentiment, pour celui qui débarquerait de l'étranger, que c’était lui le président et l’autre l’opposant). Le candidat socialiste a surtout remporté les deux moments clés du débat (celui avant qu'on zappe et celui où l'on revient d'M6):

Le début: en attaquant très fort sur le respect que l'on devait aux Français en tant que président, là où tout le monde le pronostiquait  "à la cool" (histoire de ne pas prendre de risque et de surfer sur son avance). Du coup, il a donné le tempo et a toujours plus ou moins maîtrisé la danse. D’autant que Sarkozy, au lieu de parler de son projet, n’aura finalement passé sa soirée qu'à s'opposer au programme que le candidat socialiste déclinait sans ciller. Un débat finalement à l'image de cette campagne: Le fond et la constance pour l'un, l'approximation et la panique pour l'autre. Sarkozy s'enlisera finalement seul dans ses thématiques fétides, Hollande clôturant d'entrée par des réponses fermes sur la laïcité.

Sa fin: en assénant en slam une tirade anaphorique d’anthologie (renforçant par le verbe sa stature présidentielle) devant un Sarkozy (pourtant fan de Stéphane Camus, Kevin Zweig, Seb Musset et  Grégory Le Balzac) hébété qu’on lui dise ses 4 vérités en 3 minutes avec plus de style qu'il n'en aura jamais eu en 5 ans. Quelque part ce soir, Hollande a vengé en prime-time nombre de Français face à l'arrogance d'une politique et d'un mode de gouvernance qu'ils subissent depuis trop longtemps. 



Mercredi soir, le Karcher a été passé devant 17 millions de spectateurs. Bien. Ne reste plus qu’à confirmer cela dimanche prochain. 

Le pearltree des réactions au débat:
Illustration : Riposte party à La Bellevilloise, Paris, 02.05.2012

23 avril 2012

[video] L'heure du rassemblement

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Le psychodrame des sondages soudainement impubliables est (provisoirement) fini. Verdict : une bonne et une mauvaise nouvelle. 

- Pas de courbes croisées, pas de vague de la majorité silencieuse. La France a fait le tour, du fond et de la forme, de Sarkozy et avant tout de sa politique antisociale, en plaçant la gauche en tête au premier tour. Enfin. Tant mieux. 

- En revanche, les sirènes du FN restent plus attractives que jamais pour 18% des électeurs avec un fort décrochage Paris / Province. 

- A l'UMP, la stratégie Buisson / Peltier est un échec qui pourrit la donne. A force d'avoir emboîté le pas voire précédé les thématiques FN, le kéké sans programme se fait talonner par l'original qui offre la quinquennale occasion de se lâcher dans les urnes, mais n'apporte aucune solution concrète pour améliorer le quotidien des Français. Reste à savoir si l'électeur déçu de l'UMP, qui a signifié sa colère au roitelet de Neuilly en votant Le Pen, reviendra au bercail au second tour, confirmera la pelle forte ou préférera aller à la pèche. Donc à droite entre les deux tours, attendons-nous à de l'über trash pas constructif pour un sou. Ce qui ne nous changera pas trop, mais complique la tache d'un Sarkozy qui est déjà allé bien loin dans ce domaine, et qui doit aussi compter sur les voix d'un Bayrou dont le seul espoir de survie politique repose sur l'échec du candidat-président (même si, grand fan du ni oui ni non, il ne le dira pas).

- A propos de Sarkozy. C'est le grand absent de la soirée. Le voilà qui après avoir esquivé le débat tout au long de la campagne veut désormais en faire 3 en 10 jours ! On attend toujours sa participation à l'émission de Mediapart (qu'il refusait il y a à encore 2 semaines) auquel François Hollande s'est frotté durant trois heures avec des questions d'un autre niveau que celles des laquais de plateaux. Il veut des sujets de débat, nous en avons : son bilan en chiffres, Karachi, Bettencourt, Kadhafi... Subsiste une grosse énigme de type quatrième dimension: Comment 26% des électeurs peuvent encore plébisciter la politique de ce type ? Y'aurait-il autant de millionnaires et de milliardaires en France ? Une épidémie d'Alzheimer ?

- A noter que plusieurs ministres du gouvernement prennent également des gros coups de pelle à domicile. 

- La fausse surprise du score de Mélenchon. Ses 11% ne m'étonnent pas. Je me félicite de son parcours ces derniers mois (je l'envisageais à 6 ou 7% il y'a encore trois mois) et de la ferveur qu’il a redonné à son camp, aux abstentionnistes, et en général au débat politique de ces dernières semaines. 

En conclusion: quelque soit le résultat du second tour, la recomposition de la droite version encore plus dure et décomplexée va aller plus vite que prévue[1]. D'où l'importance de se mobiliser dans le spectre le plus large de la gauche jusqu'au centre, de nous focaliser contre l'ennemi commun. Pas une mince affaire, mais l'enjeu de taille. Malgré les apparences, la joie d'un soir et de bonnes estimations de second tour, nous sommes dans une situation plus critique que lors du coup de théâtre de 2002 où l'extrême droite qualifiée pour le second tour n'avait aucune chance de gagner. 

Cette fois-ci, le risque existe. 

Bonus: La vidéo que BFM n'a pas eu lors de sa nuit motorisée. François Hollande arrivant à l'intérieur du QG de campagne, tournée dans des conditions extrêmes par votre rédacteur. Durée 3 minutes.


[1] Il va sans dire que d'un point de vue stratégique, chacun voulant récupérer la droite en vrac, le FN a bien également intérêt à ce que Sarkozy et l'UMP se gamellent.

13 avril 2012

Montebourg: "le destin de monsieur Sarkozy est judiciaire"

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"Je n'ai pas tellement changé. Je vends toujours les mêmes idées, elles finissent par s'imposer." Arnaud Montebourg au bistro, 12.04.2012

Parait que la campagne n'est pas intéressante et que l'on n'y parle pas d'économie... Jeudi 12 avril, 18h, à la sortie du métro Ménilmontant, un grand type au phrasé un peu bourgeois improvise un meeting de rue. Il parle présidence et économie durant une heure devant 200 passants captivés. 

Au même endroit, l'espérance de déambulation sans prise de projectile sur la tronche d'un candidat-président en indélicatesse sondagière de plus ou moins cinq minutes. Là tout le monde écoute. Chacun y va de sa question, participe, même les sceptiques. Les questions portent parfois sur la RGPP ou l'immigration, mais en grande majorité des moyens de lutter contre la prégnance financière ou la création monétaire.

Inaugurés lors de la campagne des primaires socialistes où il aura doublement crée l'évènement (en créant les primaires, puis en y arrivant troisième), Arnaud Montebourg poursuit ses stand-up à une semaine du premier tour des présidentielles, mais cette fois avec une grande affiche de François Hollande derrière lui et sans le son Bob Marley.

Peu après le meeting de rue à Ménilmontant et juste avant son discours à la Belleviloise avec Danièle Hoffman-Rispal, nous avons discuté quelques minutes avec lui autour d'une bière. Morceaux choisis. 


- "Notre préoccupation, c'est de retrouver le lien avec peuple." - 

L'attaque des médias transcendant toutes les classes sociales et sensibilités politiques et faisant l'unanimité chez les blogueurs, c'est par ce biais que, dynamisé par sa prestation en plein air, il entame spontanément la conversation en déplorant la réduction du débat d'idées politiques sur les ondes: 

"- Nous avons un problème dans le système médiatique aujourd'hui. [...] Il devient très difficile de structurer le débat autour de propositions. Vous avez 20 secondes pour expliquer votre projet sur les banques. [...] D'abord il y'a une passion des journalistes politiques pour la course de petits chevaux dans cette campagne présidentielle donc ils l'aseptisent. On ne parle que du sondage, de la déclaration d'untel. Notre travail n'est pas de commenter mais d'agir. On vous demande de commenter votre travail, nous questionner sur la déclaration de Mélenchon ou de Sarkozy, nous ce n'est pas qui nous intéresse. Nous essayons en vain d'exposer nos idées nous n'y arrivons pas dans le système médiatique tel qu'il s'est radicalisé. Donc nous faisons du porte-à-porte, des petits meetings [...] c'est ce que nous faisons avec les stand-up. Ce ne sont pas les gens qui viennent nous voir, mais nous qui allons vers les gens là où ils se trouvent: sortie des supermarchés, rue piétonne, sortie des métros"

A l'aise dans l’exercice et passionné par ces échanges, A.Montebourg s'y colle désormais avant chaque meeting. Il y voit un mode plus concret du débat politique, morcelé certes, mais plus en phase avec le quotidien des Français. Les questions économiques dans le public y sont majoritaires:

"- Les gens ont compris qu'on leur avait volé leur pouvoir politique sur l'économie. Ils se sont fait dérober au profit d'experts de technocrates ou de porteurs de la pensée économique qui sont achetés par le système financier. Dès que vous entendez parler un économiste, il faut se demander par qui il est appointé. [...]  La réappropriation de l'économie par la population c'est l'enjeu majeur de la présidentielle. On ne pourra plus vous raconter n'importe quoi. [...] C'est l'achat par les banques d'affaires, d'abord de la pensée économique [...] puis l'achat par les banques de la politique par le financement des campagnes électorales. Donc il y'a consensus sur ce qu'il ne faut pas toucher: les banques. [...] C'est notre boulot de terminer cette période."

Bon là j'avoue, je n'ai pas la présence d'esprit de lui demander quels sont concrètement les économistes écoutés au PS et en quoi sont-ils différents.


- "Lisez les programmes !" -

A la question de savoir si le courant qu'il avait su faire émerger dans et autour du PS au moment des primaires ne se portera pas finalement sur le Front de Gauche au premier tour, Montebourg insiste sur les "propositions audacieuses" de François Hollande (Séparer les activités des banques, la banque publique d'investissement, les taxes sur les transactions financières pour que la dette soit payée par le système financier qui l'a causée...) et tacle encore les médias. Il invite les sceptiques à décrocher de la télévision et lire le programme du candidat socialiste, assurant que les idées qu'il défendait l'ont imprégné. "- La primaire a joué son rôle de rassemblement, mais le vainqueur a fait un travail de fusion des propositions nouvelles portées par une génération nouvelle de candidats dont je fais partie. La primaire a joué le rôle de melting-pot. C'est la raison pour laquelle le programme de Hollande d'aujourd'hui n'a pas grand-chose à voir avec celui des primaires. Il est beaucoup plus dans le centre de gravité du pays." 


- "Le destin de Monsieur Sarkozy est un destin judiciaire." - 

Je ne sais pourquoi mais, au mot "affaires", la conversation a glissé vers Nicolas Sarkozy. 

"- Il cherche à prolonger son impunité présidentielle pour échapper aux foudres de la justice qui commencent à le cerner. Karachi et l'argent de la campagne de Balladur ? Il a une responsabilité directe dans l’organisation du circuit du blanchiment en fabriquant les sociétés-écrans qu'il a autorisées alors qu'il était ministre du Budget. L'argent de madame Bettencourt et les comptes suisses qui ont permis de faire sortir du liquide pour les besoins de l'UMP lors de la campagne de 2007 et maintenant l'argent de Kadhafi: c'est la nouvelle affaire! [...] Donc nous allons bientôt tout savoir, le destin de Monsieur Sarkozy est un destin judiciaire." 

A noter dans un coin si jamais, en cas de victoire socialiste va savoir, Montebourg est nommé Ministre de la justice. A propos de mandats, Montebourg ne se représentera pas aux prochaines législatives et balance sur l'Assemblée nationale. "- Ça fait 15 ans que je m'y ennuie. C'est un parlement croupion l'assemblée nationale française. Le sarkozysme a fini de mettre le bâillon là ou deja nous étions ligotés. [...] C'est un mandat qui demande de l'énergie, moi je n'ai plus ce désir. C'est aussi la question du non-cumul des mandats, je l'ai fait voter c'est bien le moins que je me l'applique. Je resterais président de mon département, un mandat beaucoup plus intéressant que le mandat parlementaire. Le cerveau dans l'opposition d'un parlementaire, c'est un cerveau qui marche toujours sur la moitié, la moitié qui dit non. Faudrait parfois pouvoir dire oui, mais c'est difficile."

Le vieillissement et le non-renouvellement des élus (auquel j'ajoute le manque de représentation de la diversité sociale) est pour lui un des facteurs du désintérêt des jeunes pour l'élection: "- La moitie de la population française à moins de 40 ans, il n'y a pas un député de moins de 40 ans, et seulement deux sénateurs. Vous ne trouvez pas qu'il y'a un problème ? D'ailleurs c'est le problème de la génération des babyboomers qui ont pris le pouvoir et qui refusent de le laisser dans tous les domaines. [...] Ceux qui ont fait mai 68 ont pris le pouvoir au nom de la jeunesse et qui refusent de transmettre à la prochaine jeunesse."

Et qui dit "Baby boomer" s'attend inévitablement à ce que l'on interroge sur la bulle immobilière.

Sur ce point Montebourg a un discours bien plus sage que celui sur la régulation financière. Pas de remise en cause du paradigme. S'il ne cache sa préférence pour la propriété, à son sens supérieure à la location (en omettant un peu vite que l'on peut mettre une vie de crédit bancaire à devenir propriétaire), et met en avant la nécessité de taxer fortement les héritages (en minimisant les situations fiscales ubuesques que l'héritage des mêmes babyboomers provoquera chez des enfants sans revenus qui, à nouveau victimes du décalage aberrant des prix de l'immobilier en 20 ans et sur la base de la transmission d'un simple patrimoine qui se sera ultra valorisé, se retrouveront catalogués riches alors qu'ils sont pauvres [1]). 

Le problème n'est pas, à mon sens, la propriété ou la location mais la folie des tarifs et la répartition des mètres carrés ainsi qu'une disponibilité garantie d'une surface minimum vitale pour chaque individu. C'est sur ces axes que le prochain gouvernement devrait focaliser ses efforts législatifs dans le logement. Notons d'ailleurs que le candidat-président Sarkozy (dans une argu flash de fin de soldes pour Femme Actuelle) l'a soudainement compris en se déclarant (en totale contradiction avec ce qu'il disait il y' a 2 mois) pour l'encadrement des loyers (en dégainant au passage une mesure existant déjà dans la loi[2]). 

Déjà 30 minutes, Montebourg a fini sa pause "internet". Il repart comme il est arrivé: en cavalant vers la salle bondée de la Belleviloise où l'attend ce soir une assemblée plus âgée. Pas de doute Montebourg est en campagne pour mai 2012 et au-delà... 

"- Allez saluuut les blogueurs !" 


[1] comme quoi les babyboomers n'ont pas fini de nous emmerder.

[2] Ce qui n'empêche pas N.Sarkozy de plancher  dans le même temps sur un violent plan de réduction des crédits alloués à l'aide au logement en cas de réélection. 

Illustration : @_Margal
Merci à @graoum et @melclalex

28 février 2012

Taxer les riches ou taxer les pauvres ?

par
C’est un avec un certain sens du suicide statistique que j’entame mon troisième billet fiscal du mois. Mais l'heure est grave et n'écoutant que le sens du devoir pour sauver la communauté stigmatisée des riches, je me sacrifie.

François Hollande vient de proposer de monter à 75% l’imposition sur les revenus supérieurs à 1 million d’euros. 

Certes, ça concerne peu de monde, mais comme disait Roosevelt en 1936, en pleine récession et alors qu'il passait le taux d’imposition des plus riches de 25 à 63 puis à 91% en 1941 (pour une période de prospérité américaine d'un demi-siècle où jamais le taux supérieur ne descendit au-dessous de 70%  n'en déplaise aux apologistes de la Flat tax à 15% censée nous sortir de l'ornière): oui, on peut[1].

Hollande l’appliquera-t-il, l’appliquera-t-il pas? Soyons assurés d’une chose: celui d’en face ne l’appliquera jamais. Son spadassin du matin, Valdemor Baroin n’hésitait déjà pas à parler sur France Inter à propos de cette mesure de "spoliation" des riches. Pas mal de la part d’un ministre de l'Economie qui planifie une hausse de la TVA (sociale, hi hi) qui pèsera lourd pour les plus fauchés d'entre nous consacrant l'essentiel de leur consommation à leurs besoins vitaux, et ce dans la foulée de cinq années d’un "assistanat" des riches sans précédent.

Je vous assure Valdemor, on peut encore vivre dans une opulence raisonnable (limite encore  un poil indécente) avec juste des centaines de milliers d’euros par an. La majorité des Français vivent avec bien moins que ça (d’autant que c’est le million après le premier million qui serait taxé à 75%, ce qui laisse encore à nos millionnaires de quoi s'acheter un réchaud Butane, une boite de sardines et un plaid pour l'hiver: on n'est pas des brutes non plus). 


Le vrai danger de cette proposition fiscale n’est évidemment pas sa concrétisation (on peut aller encore plus loin, oh oui), mais bien l’angle d’attaque facile qu'elle offre à une droite paniquée et en roue libre, jetée à honneur perdu en fin de campagne dans un bombardement de mensonges sur son bilan et les propositions socialistes, généralement peu relevés par une paillasse journalistique à la limite du coma végétatif dès qu'elle est en présence d'un type de droite avec un semblant d'influence sur la prolongation de son CDI à 4 smics la semaine. Parions que la droite va tenter une fois de plus de faire croire aux Français dans une bonne bouillabaisse démago (sauce Wauquiez) que taxer les riches équivaudra à taxer "sa" classe moyenne fantasmée à 5K euros mensuels. 

Rappel: le salaire moyen français est aux alentours de 1600 euros (en gros 19.000 euros par an,  soit 63 euros par journée de travail, soit 60X moins que la cible visée).

Nous allons également encore entendre que les riches vont s’enfuir (que ne l'ont-ils pas déjà fait, la 5e puissance mondiale étant un goulag anti-riches de notoriété mondiale), qu'ils n’entreprendront plus dans notre beau pays (ils ont déjà bien entamé le mouvement comme le rappellent chaque jour les délocalisations et les cascades de plans sociaux alors que jamais rentes, niches et exonérations n'ont été aussi élevées).

Pour avoir une idée de la ligne à venir des prochains jours, savourons ces quelques tweets de Dominique Reynié de l'Institut Fondapol, think tank libéral, murmurant à l'oreille de l'UMP. 



Et oui, on entreprend que pour le pognon (comme le savent les deux tiers des autoentrepreneurs ne faisant aucun chiffre d'affaires) et l'on se lance dans une carrière artistique d'abord pour l'argent (comme le savent bien les comédiens dont plus des 3/4 ne gagnent rien). Seuls salariés et chômeurs, eux, sont bien au fait qu'ils se doivent de travailler toujours plus pour toujours moins[2], nos outrés fiscaux du jour ne perdant jamais une occasion de leur sermonner. 

Mine de rien, c’est donc un vrai risque que prend François Hollande à jouer le gauchiste, car il va se confronter à une vraie ligne de clivage dans l’électorat: la peur viscérale de payer plus d'impôts (même si l'on n'est pas visé par cette mesure comme 99,9% des Français). C’est un fait étrange, mais régulièrement constaté: plus on a d’argent personnel moins on veut contribuer au bien-être de la collectivité. 

Et n'essayez pas d'expliquer à un libéral que les infrastructures financées par les impôts contribuent bien plus à attirer les entreprises étrangères sur le sol français que lesdits impôts ne poussent à l'exil quelques indécentes fortunes avares et aigries (à qui il conviendrait dans ce cas de retirer la nationalité): c'est peine perdue.

[1] si se puede
[2] au nom de la "valeur travail" et si peu de la "valeur salaire"

Illustrations : It's a wonderful life. F.Capra 1946

5 janvier 2012

Qui a saboté le meeting de François Hollande ?

par
François, n'y allons pas par quatre chemins. Pour tes voeux vidéo, je n'ai rien dit. Mais là, je vais être franc: Faut arrêter tout de suite de nous faire des retransmissions web/télé de meeting comme celle d'hier soir. 

Et oui, comme tant de français, je n'ai pas la chance d'habiter Mérignac. Je me suis donc rabattu sur la solution de secours: la retransmission télévisée sur LCP.

Déformation professionnelle. La réalisation vidéo (ou plutôt l'absence de réalisation) de ton "premier grand meeting de campagne" m'a tant accablé que je ne me prononcerai pas sur le fond du discours.

François, il faut penser au téléspectateur lambda tombant sur la retransmission alors qu'il vagabonde de la zapette à l'heure stratégique, fier d'esquiver l'énième tunnel publicitaire le séparant de Canteloup aux Experts. 

Captée avec une caméra fixée au scotch sur une estrade branlante, un son approximatif avec, sur la piste de droite, ta voix dans la pièce d'à côté donnant l'impression que tu parles devant dix personnes (alors qu'ils étaient parait-il 3000 !) et, sur la piste de gauche, les "Oh bah ça va poussez pas" de Raoul et Germaine arrivés à la bourre (avant qu'au bout d'une bonne demi-heure un type passant par là se décide enfin à rééquilibrer les potards): la retransmission avait la patine de ces films amateurs de kermesses scolaires courant à la catastrophe qui connurent leur heure de gloire lors de la défunte émission "VideoGag" et non celle d'un "premier grand meeting de campagne du candidat socialiste à l'élection présidentielle".

Lorsqu'on opte pour une tribune évoquant un je-ne-sais-quoi de Yes we can, le minimum c'est d'avoir un peu de charpente dans la mise en images. Parce que sinon ça crée un décalage pas flatteur dans l'esprit du spectateur du XXIe siècle, de plus en plus pointilleux avec le pixel et à cheval sur la qualité sonore de son home-ciné.

Avec les gars, vous pourriez vous cotiser pour acheter deux ou trois caméras, un petit mélangeur basique, payer quelques cadreurs pour faire la mise au point et un réalisateur pour coordonner le tout et asseoir visuellement ton propos, avec des plans te mettant en valeur et d'autres "de coupe" sur le public. D'autant qu'en meeting, tu parles souvent de profil. C'est bien pour les gens dans la salle, c'est redoutable lorsqu'on te filme seulement de face.  

Sans pousser dans les derniers retranchements de cette folie technologique, aujourd'hui à la portée de la moindre chaîne locale de télé-achat croate[1], je te conseille au minimum d'exiger un son propre. Sinon, à quoi bon diffuser le meeting à la tv ? Ça devient contre-productif au-delà du cercle des convaincus. 

L'ivresse ne suffit pas, le flacon importe aussi.

Tout cela je le dis pour la bonne cause. Parce que quand l'autre va sortir ses liveshows avec cars de militants gériatriques et disciplinés, filmés à 18 caméras plus une louma, le tout réalisé par Jérôme Revon avec Gérard Lanvin en Monsieur Loyal, tu risques de dire: "mince, j'aurais peut-être dû tourner en HD". 

Mais peut-être as-tu été victime d'un saboteur oeuvrant pour l'ennemi ? La pensée me traversait l'esprit durant le meeting, tout en craignant qu'au terme de ses multiples tremblements la caméra à l'agonie ne finisse par tomber par terre. 

Voilà François. Tu sais ce qu'il te reste à faire. Le changement c'est maintenant.

P.S: je fais des prestas pas cher.

[1] C'est vrai que c'est de la dépense et que tout le monde n'a pas la possibilité de vendre des millions de tee-shirts "I love Balladur 1995" pour financer sa campagne en toute légalité.

12 octobre 2011

Un interminable accouchement

par
Pour une grossesse qu'on pensait sans complication et vite expédiée, c'est plutôt raté. Depuis dimanche, les riverains de la clinique Solferino sont à l'affût de la moindre déclaration, dans l'espérance d'une prochaine délivrance. Un impressionnant dispositif médiatique a été déployé autour du bastion socialiste.

Le controversé docteur Montebourg, aux méthodes économiques radicales lui valant un procès en sorcellerie à la droite de la vieille école politique, est en charge de l'accouchement du candidat PS. Il  est confiant.

"- Le parti perd les eaux, les contractions ont commencé. Le travail doit désormais se faire selon mes méthodes. J'ai injecté une solution saline à 17% qui sert de révélateur. Ce sera long et douloureux, mais c'est la méthode de raison. Toutefois, nous ne pouvons attendre et la parturiente doit délivrer d'ici dimanche. Après, le pronostic vital serait engagé."

La clinique socialiste a procédé à de nombreux accouchements, mais cette fois la synthèse est compliquée. 

Outre des camions de télévision et une presse désormais à l'affût du sauveur de l'opposition, plusieurs dizaines de fans et quelques sympathisants sont postés en embuscade. 

"- Ça bouge" crie l'un d'entre eux sur twitter. Fausse alerte. L'attente, interminable, alimente les plus folles rumeurs. Citoyens et sympathisants peuvent encore traverser la voie, mais il faut désormais montrer patte blanche: 

UN RIVERAIN
" - Chaque institut de sondage me demande d'ouvrir mon sac, matin et soir. J'en ai marre alors je leur raconte des conneries. Ils sont contents." 

LE PREMIER SUPPORTER
" - Pourvu que ce ne soit pas une Martine. C'est le crash assuré en 2012. Il la haïssent tous à droite. Alors qu'un François bonhomme, rigoureux mais sympathique, ravira déçus de croite et centristes."

LE SECOND SUPPORTER
" - Oui mais une fille c'est joli aussi. Surtout si elle est plus à gauche."

LE PREMIER SUPPORTER
" Quoi, un François ne serait pas de gauche ? Répète-le pour voir que je t'envoie mon exemplaire de "La paille et le grain" dédicacé dans la gueule !"

UN TROISIÈME SUPPORTER
" - Ouais vas-y ! Moi je suis un vrai dur !"

JEAN-PIERRE MIGNARD séparant les belligérants
" - Je vous demande de vous arrêter !"

UN RIVERAIN son exemplaire de votez pour la démondalisation à la main.
" - Si c'est pas malheureux. Pauvre gamin de gauche qui devra grandir selon ses aptitudes à battre le sale gosse de la droite. "

Les heures passent. Observant la scène, dissimulé derrière son Challenges, un vallsien aigri crache par terre tandis que Jack Lang papillonne d'un groupe à l'autre en distribuant des dragées. Autour d'un brasero monté dans un abri bus, la colère gronde.

UN VOISIN DU FRONT DE GAUCHE
"- Moi je suis sur que c'est de l'intox. Les jeux sont faits. C'est un bon soc-dem demi mou qui nous attend quoiqu'il arrive. N'espérez pas plus longtemps que je participe encore à cette mascarade à un euro. Allez, je m'en retourne lire l'intégrale de Marx que j'ai achetée sur Amazon (à -50% si j'en prenais 2 du coup j'en ai pris 3)."

UN QUATRIÈME SUPPORTER
" - Ce professeur Montebourg est à côté de la plaque, le problème c'est pas les banques c'est les salaires."

SEB MUSSET
" - Certes. Mais ce sont les banques qui possèdent les salaires."

Ce blogueur, habitué des lieux, confie à nos caméras :

" - J'ai beau être un adepte des pratiques du Docteur Montebourg, j'ai une ambition basique, minimaliste, mais j'y reviens toujours quand je suis dans le doute : chasser Sarkozy du palais à coups de pied dans le derche. Après, je suis d'accord avec d'autres spécialistes : les évènements forceront le PS à être de gauche. Je n'ai pas peur. Quoiqu'il arrive, peu importe ses difformités, cet enfant je l'aimerai comme si c'était le mien. Mais s'il grandit de travers, comptez sur moi pour le corriger."

Il nous rappelle amusé que certains de ses camarades blogueurs font le pied de grue ici depuis 48 heures se perdant en hypothèses, statistiques et coups bas qui seront balayées dès l'acte de naissance publié. 

Alors qu'au bout de la rue un éditocrate s'endort sur son traitement de texte, une Internationale sifflée au débotté a raison des glapissements divers :

"- Alors elle est passée la cigogne rose ?" 

C'est le parrain paria Jean-Luc Mélenchon qui, attiré par les échos encourageants d'un quota contestataire, livre sa lettre de félicitations au Docteur Montebourg.

En off, il nous déclare :

" - Pourvu que ce soit un François. Mon équipe fera le plein de voix en mai prochain."

Malheureusement les confidences s’arrêtent ici, l'homme devenant agressif dès qu'on aborde le sujet des reports de voix au second tour. Après cette nouvelle nuit blanche, théâtre d'une rixe entre deux bandes du supporters réglée au canon à eau par la brigade du commandant Mignard, l'aube se lève sur la clinique Solferino. Autour tous trépignent. 

Ils sont désormais suspendus à la prochaine échographie télévisée rendue publique dans la soirée.

Il faut quitter le quartier de Solferino pour entendre une autre ritournelle que celle, obstétrique et obsessionnelle, du cercle fermé des supporters. Sur ce marché, les commentaires, et notamment celui de ce commerçant, sont bien différents : 

« Si c’est la gauche qui gagne c’est la merde ! Si c’est Le Pen qui gagne c’est la merde ! ». Voyons-y les grandes lignes du faire-part que l'UMP s'apprête à envoyer à l'élu.

10 octobre 2011

Primaires : On refait le match

par
Il avait pourtant prévenu les sondeurs :

Nous avions annoncé que le protectionnisme économique serait un thème majeur des scrutins à venir. Pan ! Arnaud Montebourg, porteur de "démondialisation", est le troisième homme des primaires ouvertes du Parti Socialiste (peut-être même récupère-t-il ce vote de la colère que certains au PS conseillaient d'abandonner).

Après le crash system de mai dernier, le résultat de ce premier tour des primaires réunissant 2,5 millions de votants est un deuxième reboot. 

Si F.Hollande est en tête à l'issue du premier tour (38,8%), il a bien moins d'avance que prévu par les sondeurs et l'arithmétique est sans appel : Les votes reportés de A.Montebourg (17,3), M.Aubry (30,6) et S.Royal (6,9) le disqualifieraient au final. Mais comme on le dit dans l'entourage de Montebourg : "seul le peuple est souverain". Les consignes de votes, s'il y'en a, auront peu d'importance.

Les électeurs de S.Royal (dégoûtés et il y'a de quoi, rapporté à la ferveur militante qu'elle à suscitée) peuvent boycotter le second tour. Si le rapprochement de l'électorat Hollande / Montebourg parait compliqué tant les lignes sont divergentes (cf. la vidéo du lien sur la démondialisation), un rapprochement de l'électorat Montebourg / Aubry parait plus probable. Petit indice : Montebourg fait 20% dans les Bouches-du-Rhône, une fédération sur laquelle il a tiré à boulets de canon. 

La vraie information de ce premier tour des primaires est donc le résultat du match dans le match Montebourg / Valls (5,6%) sur la ligne à venir que doit adopter le PS selon "le peuple de gauche". Hollande visait à rassembler sur le centre, la percée de Montebourg rebalance le curseur à bâbord. Celui qui gauchisera son projet sera donc plus à même de remporter le second tour des primaires et non l'inverse comme le tablait l'entourage du challenger la semaine dernière. Que l'on soit fan ou non du "challenger" qui sait séduire les journalistes ou de celle qui apparaît de moins en moins comme la "candidate de substitution", le résultat de dimanche dernier impose aux deux candidats socialistes en lice dimanche prochain de radicaliser leurs propositions. 

De là à affirmer que plus à gauche, le PS sera en mesure de passer face au candidat d'en face à la présidentielle : c'est un autre débat. La dislocation de l'économie européenne (et de ses peuples) en temps réel et des dirigeants pétrifiés, sans courage ni imagination, devraient aider les électeurs à trancher d'ici mai 2012.

7 octobre 2011

La dernière ligne gauche

par

Le vote du premier tour des primaires socialistes a lieu dimanche prochain. Je ne peux que t'inciter à y aller. Ça coûte 1 euro (pour l'organisation du truc) et il faut signer un papier d'adhésion aux valeurs de gauche. On a assez glosé sur le manque d'ouverture citoyenne dans le débat politique pour critiquer cette initiative qui pointe au passage la ringardise d'une droite empêtrée dans le culte d'un chef que tout le monde déteste (et que je n'enterre pas pour autant).

Pour la pratique : c'est ici.
Pour l'analyse des propositions spécifiques de chacun : c'est là.

L'opération est déjà un succès : Le PS a régénéré son image, chouravé l'agenda médiatique à la concurrence, réussissant à éclipser le pataquès DSK et faisant remonter en son sein des propositions de régulation bancaire, de mise au pas de la finance et de remise en cause du libre-échange (via Ségolène Royal et Arnaud Montebourg qui aura ma voix).

Un regret toutefois et une inquiétude : la discrétion de la thématique du logement (sauf pour Aubry) dans les débats et propositions des candidats (au-delà du programme PS). Rapporté au poids que le logement occupe dans le budget et les préoccupations des Français, ça craint. C'est également éclairant sur la cible électorale visée au départ.

Côté tendance. Hollande a le vent dans le dos, montrant d'étonnantes aptitudes pour le surf, porté par des sondages ayant plus une portée publicitaire qu'une valeur scientifique (panels dérisoires, aucun précédent, méconnaissance totale du corps électoral...). La seule certitude du moment est que les Français en ont (enfin) assez du Monarque et, dans cette optique, "l'homme normal" est identifié comme le plus crédible pour remplir cette fonction.  

La véritable inconnue, facteur déterminant d'une éventuelle surprise, est le niveau de participation. Un des responsables du dispositif croisé la semaine passée table sur 1,3 million. Montebourg parlait lui de 4 à 6 millions quand nous l'avons rencontré à La Rochelle. J'imagine, vu les audiences des débats TV, que la mobilisation devrait pouvoir être comparable à celle de la votation sur la poste en 2009. 2 millions de Français se déplaçaient. 

Seule une participation massive, dépassant les militants et les convaincus, peut nous sortir d'un second tour Hollande / Aubry. Pas que je sois contre les individus en question (Unitééé), mais le vrai débat qui fait gagner du temps se situe sur une ligne "stop ou encore avec ce système financier"   (d'une façon explicite entre Arnaud Montebourg et Manuel Valls). Accompagne-t-on le système en tentant de réguler avec modération et "pragmatisme" ses conséquences dévastatrices, ou bien prend-on de véritables mesures coercitives contre la source du mal ? 

L'escroquerie fondamentale de la création monétaire et l'arnaque bancaire de la dette étendue aux Etats, sapant toute possibilité sérieuse pour les peuples d'en sortir par le haut, me persuadent de l'inexorabilité de la deuxième piste. Si l'on continue sur les mêmes fondements injustes, c'est l'annulation pure et simple d'une vie digne qui attend les peuples occidentaux (tu me diras, on égalisera avec le reste de la planète comme ça). Une autre certitude : plus on attend, plus ce sera douloureux. 

Si les socialistes accèdent au pouvoir en 2012 et n'inclinent fortement pas à gauche, au-delà du sociétal, leurs mesures fiscales, économiques et de régulation de la finance, ils ne constitueront qu'une rampe de lancement pour une coalition des droites (libérales, nationalistes...) d'une puissance de feu que l'on peine encore à imaginer.

C'est le message à faire passer (au second tour) dimanche.

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