mercredi 13 avril 2011

François Hollande : le prochain président

Allez va, c'est plié.

A l'heure où la presse brode autour d'un écolo Nicolas éculé, bloguons sans blaguer : c’est François Hollande qui va tous les mettre minables en 2012 ![1] Étayons cet audacieux pronostic de vacances visant à attirer dans mes filets RSS l'internaute crédule. Disclaimer : Attention, ça va être de la grosse, grosse analyse politique.

1 /  "-  One ringue to rule them all! " :
Hors du temps, tu n'es jamais dépassé.
Comme un Chirac outsider se déclarant bien avant les autres favoris en 1994 : la candidature à la présidentielle (via la primaire socialiste) de celui resté onze ans à la tête du PS pour ne pas en faire grand chose peut paraître incongrue. Mais, si elle aboutissait, elle constituerait une rupture dans la représentation présidentielle, un retour 30 ans en arrière avant qu'elle ne soit infectée par le virus du people, de l'urgence inutile et de l’éternel update pour corriger les bugs. Distant mais proche, au-dessus de la mêlée et en plein dedans. Décalé du tempo, n'ayant pas même l'envie de s'y soumettre. Jamais à la mode, donc jamais démodé.

2 / Il montre qu'il en veut.
A ce jour, nul prétendant n'incarne mieux la volonté d'être président : au terme d'un régime, le grignoteur de macarons a maigri de 15 kilos en un an (estimation Ifop/Teraillon). Mais, même si la thématique "sois le plus fin pour aller bronzer" travaille au moins une bonne moitié de la société française à l'approche de l'été, cela ne suffit pas comme projet : ça tombe bien, le PS en a un. Bon vivant qui fait preuve de maîtrise, nonchalant mais pas laxiste, il faut toutefois qu'il stabilise son poids. Trop maigrir effraiera   l'électeur et ce serait mauvais pour la santé du candidat. Grosse analyse politique, j'avais prévenu.

3 / Une campagne sans faute.
Bon, certes, elle n'a que 14 jours. Sa candidature et ses premières interventions télévisées ou sur le terrain sont efficaces sans chercher à en foutre plein la vue. Au-dessus de la moyenne des prestations de M.Aubry, elles dénotent par rapport au publi-rédactionnel aérien sur DSK entrecoupant son mutisme.

4 / A propos, la concurrence a du plomb dans l'aile.
Chez les socialistes : M.Aubry shoote dans les micros et toise les journalistes. DSK donne l'air d'avoir envie d'y aller comme de se pendre et baisse dans les sondages. S.Royal excelle dans la troublante tactique de l'autoquarantaine médiatique. Parmi les trois cités, un seul est à ce jour officiellement candidat. En face ?  Seul le Monarque y croit encore, mais on lui accorde moins de crédit qu'à un bracelet Power Balance contrefait. 

5 / La tentation de la gauche mais au centre.
Je reprends ici la théorie d'un blogueur évoquée entre deux bières dans un troquet. Conscient des dérives et  de la contre-productivité de cette droite extrême et néo-conne qu'il a jadis plébiscitée, l'électeur cherchera une zone de rééquilibrage sécurisante. Au centre droit, la campagne de désherbage commence et il est probable qu'elle se poursuive. F.Hollande intervient dans le cadre d'un socialisme que certains qualifient   d'accompagnement. F.Hollande, c’est du DSK en plus doux, moins sulfureux et plus "France des clochers" capable tout de même de sortir un "je n'aime pas les riches" face à une MAM (s'entichant stupidement de faire croire qu'elle se soucie des classes moyennes). Bref, François Hollande  peut ratisser large.


6 / Un temesta et on se détend cinq ans.
C’est l’élément principal : François Hollande est calme. Si La France a besoin d’avenir, elle a d'abord besoin de souffler (d'autant que l'avenir lui fait quand même un peu peur, alors on va y aller piano, hein ?). Nous sortirons psychologiquement lessivés du quinquennat. Le Monarque a clivé comme jamais. Il a divisé pour mieux régner et a raté son règne. Du coup, il veut des coupables et des croyants, des fraudeurs et des suspects et que tout ce beau monde s'étripe. Combien lui doit-on d'engueulades familiales et de brouilles entre potes ? Le Monarque était le résultat électoral d'années d'immobilisme. Après avoir névrosé le pays, lui succédera théoriquement un candidat apaisé et apaisant. Je vois déjà les affiches : "Hollande : pour des repas de famille sans bagarre ni blagues racistes !". 

7 / Le nouveau venu qu'on connaît déjà.
Le président du conseil général de Corrèze donnerait presque l’impression d’être un newbie alors qu’il est élu et réélu (maire, député...) depuis plus d'un quart de siècle. Même sa fade décennie à la tête du PS peut se retourner à son avantage : la garantie de la constance dans l'action ! De plus, il n'a jamais été ministre. De ce côté-là, aucune casserole.

8 / La surprise sous contrôle.
François Hollande, c'est à la fois la nouveauté, l'inconnu mais aussi le papier peint de la cuisine auquel on s'est habitué : bref, le changement sans le dépaysement. Possibilité d'Obama-effect mais à la sauce Tulle, aussi puissant et populaire que moqué et raillé deux jours avant : F.Hollande peut se révéler un merveilleux support marketing tout à fait dans l'ère des injonctions contradictoires, genre "le changement traditionnel" ou "l'audace planifiée". Au détour d'un bon sondage, en 48 heures, la machine médiatique à produire du feuilleton peut intégralement se retourner.   Simple ? Dépassé ? Limite anachronique ? Celui désigné il y a encore peu sous le sobriquet d'un dessert gélatineux et caramélisé a donc tous les éléments pour devenir un "grand homme" que les générations futures célébreront (tandis que l'"hyper-président" de mes fesses disparaîtra dans les catacombes de ceux qui "allaient changer le monde" aux cotés d'Afida Turner et de l'inventeur du Bi-Bop).
(Les affiches de campagne pour séduire les plus irréductibles sont déjà à l'étude. Source : Paris Match)

9 / Une immunité médiatique et populaire.
Dans l'océan de méfiance, voire de haine, que les prétendants supposés suscitent, F.Hollande, déclaré, fait un score assez faible au tartomètre : personne ne le déteste, il est toujours le bienvenu des plateaux télés où il est correctement applaudi. Influencé par une décennie de bashing made-in-Guignols, chacun s'attend à dormir en sa présence. Si tel n'est pas cas, on avoue soulagé : "- Ah bah, c'est moins pire que je ne le pensais". Ce qui, en Ve république, constitue un argument de vote non négligeable.

En 2006, au coeur de l'impatience française (oui à l'époque, on trépignait d'élire notre "Guérisseur"[2]), Jean-Eric Boulin publiait chez Stock un livre de politique fiction : supplément au roman national. La France du début 2007 y était à feu et à sang et, de mémoire, la montée des violentes revendications face à l'exaspération provoquée par un pouvoir atone profitait au final à celui qui, selon Boulin, en était  l'incarnation suprême : l'outsider François Hollande devenait président en mai 2007.

Foirage de date, mais il y avait de l'idée.

* * *

[1] Et remember : "vous l'avez lu ici en premier". 

[2] cf. Perverse Road, de S.Musset.2008. (excellent livre sans déconner)

16 commentaires:

Anonyme a dit…

Holland aurais t-il piquer le "media trainneur" de sarkosy? A moins que seb lui aurait donné des cours, je vois pas ;-)

Anonyme a dit…

c est quand meme impressionant que quelqu un aussi nul que Flamby qui n a jamais rien fait pour ne pas faire de vague soit en position d etre elu (si si serieusement)

C est vrai qu on a le précédent de chirac qui en 95 avait réussit a faire gober qu il etait social afin de "niquer le traitre couille molle"

apres tout, comme disait De Gaulle, le francais sont des veaux et on a comme president ce qu on merite: Hollande ou Hulot :-(

nicocerise a dit…

Je suis absolument convaincu par tous ces arguments. DSK il a trop grossis. Et Hulot il fait peur à l'important lobby des coiffeuses les plus influentes faiseuses d'opinions.

Homer a dit…

Totalement d'accord avec toi, Seb. Hollande est un personnage qui ressemble aux Français, et ceux-ci ont besoin d'une figure paternelle, proche d'eux. Hollande, on a beau s'en moquer, il est, selon moi, le meilleur argument de la gauche, rassurant par son calme et ses idées réfléchies.

Il est moins énervé que la Martine !

Kaos a dit…

Analyse de très gros niveau, Anéfé.
L'anesthésie finale pour un pays de vieux croulants (de droite) ? Après tout ...

BA a dit…

Michel Sapin : "On va rembourser encore plus d'argent à Mme Bettencourt !"

Nouvelobs.com : Saluez-vous la suppression du bouclier fiscal et des avantages sur les successions et les donations ?

Michel Sapin : Avec la suppression de ces symboles, il ne reste presque plus rien du paquet fiscal voté par la majorité en 2006 (la loi Tepa). C'est un aveu d'échec de la politique de Nicolas Sarkozy. Mais ce paquet fiscal a coûté 10 milliards d'euros par an pendant quatre ans, soient 40 milliards d'euros ! Et il reste l'exonération fiscale sur les heures supplémentaires, qui va continuer à coûter 4 milliards d'euros par an. Aucun autre pays au monde ne l'a adopté parce que c'est une aberration dans la période de chômage que nous connaissons.

Nouvelobs.com : La suppression du bouclier fiscal compensera-t-elle la réforme de l'impôt sur la fortune (ISF) ?

Michel Sapin : Pas du tout. Les barèmes ont été abaissés, notamment pour la dernière tranche. Les plus riches vont bénéficier de cette diminution pour un montant supérieur à ce qu'ils touchaient au titre du bouclier fiscal. On va rembourser encore plus d'argent à Mme Bettencourt ! C'est un incroyable tour de passe-passe.

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20110413.OBS1288/michel-sapin-on-va-rembourser-encore-plus-d-argent-a-mme-bettencourt.html

Anonyme a dit…

Hollande est un bon cheval de trait , mais on me souffle a l'oreille qu'il appartiendrai au saigneur Bolloré.

Romain / Variae a dit…

Tu as oublié 10/ : il bénéficie de la bienveillance des reptiliens, même lillois.

Anonyme a dit…

Nous avons donc le choix entre l'euthanasie ou la guerre.
Va pour la guerre, j'ai au moins une chance d'en sortir vivant.

Un autre Séb

Supertzar a dit…

lol Seb, la dernière tof... les chaussettes rouges, le short blanc & le maillot bleu... ma première impression : c'est l'culbuto bleu-blanc-rouge !

romain blachier a dit…

Bof, Hollande parle de la jeunesse alors que le parti fut un bastion des boomers et du non renouvellement sous sa direction. Sans compter les choses qu'il laissait faire au Mouvement des Jeunes Socialistes.

Anonyme a dit…

La révolution française 2.0 avec françois Hollande ?
La France connait une situation qui n'est pas sans rapeller ce qu’à connu Louis XVI quand il essayait désespérément de réformer le vieux royaume vermoulu.

Anonyme a dit…

"vous l'avez lu ici en premier"...
Bien joué ! Je m'étais gardé cet article sous le coude dans les favoris, et je m'en suis souvenu. J'avoue qu'en le lisant il y a un peu plus d'un an, alors que DSK était le roi des sondages, j'avais pris ça un peu à la rigolade. Et pourtant, c'est avec le recul tout à fait pertinent !

omer a dit…

Bien vu cet article ! Pas un mot à changer...
Hollande est un faux mou. Un homme qui a dirigé les éléphants du PS pendant onze ans, qui a vécu 25 ans avec Ségolène et qui vit avec Valérie doit avoir des nerfs d'acier...

Nyantho a dit…

Bien joué, je pensais exactement la même chose à pareille époque!

Nyantho a dit…

Bien vu, je pensais exactement la même chose à pareille époque!