jeudi 7 avril 2011

A propos du projet socialiste

Déballons le paquet sans nous emballer. Le projet socialiste pour 2012 (et le document de travail qui l'a précédé) sentent le travail collectif et se veulent une "boite à outils". Il y aura donc un second tour du programme à la suite de la primaire socialiste

On y trouve de bonnes choses (fiscalité, emploi). Des domaines sont survolés (éducation, santé) et on déplorera des manques, au premier rang de ceux-là : le rêve. Il s'agit ici de rassurer deux électorats : les plus jeunes (qui votent en priorité FN) et un électorat nettement plus âgé et disons, plus "confort", effrayé par les frasques du Monarque foutraque. La démographie est plus forte que tout et le parti qui veut l'emporter ne peut faire l'impasse sur cette tranche qui vote (elle).  
Au rayon positif du programme (publié sur le site officiel) :

- La réparation des dégâts fiscaux de la droite : réforme de la réforme de la taxe professionnelle, détricotage des cadeaux fiscaux votés depuis 5 ans...  
- L'annonce du retour à l'âge légal de la retraite à 60 ans [avec annonce d'une nouvelle réforme permettant des "choix individuels"...].
- La séparation des banques de détail et des banques de spéculation. 
- Encourager le recours aux CDI en supprimant les exonérations de cotisations des entreprises qui emploient beaucoup de précaires et, au contraire, alléger l’impôt pour celles réinvestissant leurs bénéfices (avec surtaxe pour celles qui privilégient les actionnaires).
- Création d'un banque publique d'investissement copilotée par les régions pour soutenir les PME, les PMI et les entreprises de taille moyenne (regroupant la Caisse des Dépôts, Oseo, les structures dédiées de la Banque de France, Banque Postale...)
- Limitation des bonus et rémunérations variables, et plafonnement des écarts de rémunération de 1 à 20 dans les entreprises avec participation publique. [Bien mais pas assez. Quid des autres sociétés ? Quid du salaire minimum ? Il est juste question d'un évasif "nous engagerons un rattrapage du SMIC".]
- Vote d'une loi anti-concentration dans les médias.
- Fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu dans "un impôt citoyen plus progressif prélevé à la source" inspirée des travaux de Piketty, Landais et Saez.

Catégorie "oui mais bof"

- Les revenus du capital seront taxés au même niveau que les revenus du travail. [Comme le souligne Paul Jorion sur son blog, ce n'est pas assez et symboliquement toujours aussi désastreux.]
- Niveau logement, le PS propose l'encadrement des loyers à la location et à la relocation. [Rien pour contrer la folie foncière qui est le coeur du problème.] 
- Augmentation des droits de douane sur les produits ne respectant pas les normes écologiques ou sociales... au niveau européen. Ah... au niveau "européen": autant dire que ça n'arrivera jamais.
- Pour ce qui est de l'éducation et de la santé, on reste dans l'incantatoire : "nous demanderons aux jeunes médecins libéraux d’exercer en début de carrière dans les zones qui manquent de praticiens." Comment ? Avec une boîte de macarons ? L'axe sécuritaire socialiste, avec 10.000 policiers engagés et redéployés, semble plus crédible.
- "La priorité des priorités sera de redonner un avenir à la jeunesse." 300.000 emplois jeunes seront crées. [Pourquoi pas. Mais, si j'ai bien compris qu'il ne fallait pas froisser l'électorat âgé et chouchouter l'électorat jeune : Quid des précaires, des chômeurs en fin de droits entre 25 et 60 ans pas trop croisés dans ces pages ?]


Bref, ce programme ne déborde pas de fun, brasse de belles idées et quelques repères symboliques forts, sans aller au coeur des choses. Mais ce n'est pas son but. Il vise le pragmatique et les promesses tenables (cela ne veut pas dire qu'elles seront tenues), ambitionne de consacrer la moitié des gains fiscaux au remboursement de la dette (donc ça évidemment, ça fait orgasmer moyen au niveau du concept) et se base sur une perspective de croissance à 2.5% un peu lagardienne sur les bords. C'était le moment de le publier : face à la déconfiture d'une droite qui a fait de la chasse aux musulmans sa baseline pour 2012, ça donne tout de suite de la consistance. 

"Mouais" sera ma conclusion provisoire à ce projet un peu vite intitulé "le changement". Ça peut suffire dans un second tour face au"beurk". Encore faut-il y arriver.


Car la vraie question du scrutin de 2012 est là... La présence du FN au second tour semblant être souhaitée par les deux partis de gouvernement, peut-on s'aventurer à contester au premier tour ? Je n'ai aucune réponse à ce jeu de dupes (considérant que le remède est en amont). Je n'ai qu'un constat maintes fois observé :  vu de droite, le PS dégoûte plus que le FN.

Tablant sur un report massif des voix de la gauche de la gauche, le PS cherche à séduire les électeurs de "la zone de confort" . La stratégie froisse les sensibilités les plus à gauche, conscientes d'être prises en otage, et débouche sur ce programme politique Utopie-proof . Ne pas perdons pas de vue qu'il compose aussi avec les sensibilités de la "zone de confort" dont les impôts vont augmenter et ce, quel que soit le vainqueur. A droite, tu es juste assuré que cela frappera seulement la partie la moitié la moins riche de la société.

Dans les mois à venir : des candidats socialistes que l'on n'attendait pas, une ou deux propositions à la symbolique populaire plus lisibles (elles vont être nécessaires pour mobiliser), des troubles-fête écolos et je n'enterre pas Le Monarque qui, malgré sa perte de mojo, peut nous pondre deux ou trois trucs ratissant large

Il faut donc d'ici là sans cesse rappeler aux socialistes le sens de l'orientation et ne pas oublier que sur un malentendu, un dimanche ensoleillé, un électeur pas réveillé voyant dans la fille d'un héritier de milliardaire de St-Cloud (le Neuilly de Neuilly) la nouvelle Guevara des insoumis, La France peut se retrouver avec un Monarque impopulaire encore mieux réélu que la première fois face à une extrême droite mise sur orbite démocratico-stationnaire à 40%.[1] 

Le quinquennat passé aura alors la saveur de l'Apericube comparé au prochain. 

* * *

[1] Dans certains cantons des candidats "fantômes" FN (qui ne voulaient pas se montrer et que personne ne connaissait) ont fait plus de 45% au second tour.

Pearltree du billet :
PS, un programme pour 2012

8 commentaires:

Pullo a dit…

D'accord avec toi sur le projet du PS.

En cas de duel UMP/FN, je vois la Marine bien au-delà des 40%. Le monarque est tellement détesté à gauche que beaucoup refuseront de voter pour lui malgré les consignes des partis, et la majorité s'abstiendra ou votera blanc quand certains iront carrément voter Le Pen dans l'espoir de faire péter le système. Et si cette poignée d'électeurs de gauche la fait gagner, je n'ose même pas imaginer ce qui se passera...

Stef a dit…

Merci de me mettre en lien, effectivement le report de voix est la clef des scrutins à deux tours....

Bon boulot sur les propositions PS, comme d'hab...

@+

GdeC a dit…

Seb épinglé dans ma mosaïque des billets sur le sujet... aux c^toés de Rioufol et jegoun, le pauvre...

Dagrouik a dit…

Screbleu ! nous sommes d'accord ou presque, disons à 99,9% . Tout ce ne répond pas bcp aux précaires dans la mouise.

Déjà on a le document de travail qui précise des manques sur le premier PDF : grosse faute de communication. On se demande ce qui se passe à Solférino


Stef va lire chez moi mon avis sur les manques évidents , et encore j'ai envie de taper plus fort. Mais faut aussi que je secoue les gens le FNUMP est en marche.

Anonyme a dit…

La crainte d'avoir à choisir au second tour entre extrême droite libérale et extrême droite nationaliste est fondée ( surtout après que le PS est dévoilé son programme).

Ce que je ne comprend pas par contre, c'est cette crainte que le FN n'y gagne des points en terme d'idées ou de ,participation au pouvoir. Pour moi ce combat a été perdu le jour ou les français ont sarko. Les idées du FN sont désormais un programme de gouvernement (appliqués, il ne reste pas au rang des promesses).

On est parti dans l'aventure militaire à l'extérieure et on militarise la sécurité intérieure. La censure est officiellement mise en place (et confié au sinistre de l'intérieur).

En bref, la France n'a jamais été une démocratie de premier ordre, elle n'en a souvent que maintenu les apparences ; maintenant, mêmes les apparences tombent en morceaux.

Enfin le PS est qui semble être à vous lire la seule planche de salut est complice et acteur du coup d'état des classes possédantes. Il a toujours soutenu "la construction européenne", le bras armé de l'archéo-libéralisme. (qui a voté contre le peuple la révision constitutionnelle approuvant la pseudo constitution européenne ?)

Pour moi un seul mot d'ordre, voter selon ses convictions au premier tour et voter blanc ou s'abstenir au second. Il ne faut jamais choisir entre la peste et le choléra, cela ne permet que l'extension des maladies.

malgré le désaccord d'opinion, merci pour votre blog. C'est un moment de détente bienvenue dans un quotidien bien morose.

Yeliel a dit…

Il convient de pointer surtout l'absence de mesure concernant le Revenu Citoyen ou encore la politique concernant les minima-sociaux de façon générale. Les rendre cumulables avec les autres revenus, et donc revoir les impôts en fonction.

On ne voit toujours pointer que de nouvelles taxes, rendant la vie dans ce pays digne du labyrinthe de Pan, et sans jamais voir la redistribution correspondante. Comment s'étonner alors d'un effondrement du niveau de vie des jeunes générations qui se voient ainsi coupés de la transmission du patrimoine national ?

Le mécanisme de cause à effet est pourtant tellement évident !

Pullo a dit…

@Anonyme22h25
Sur l'indifférenciation UMP/FN, j'avais eu un échange sur le blog koztoujours.fr (tendance droite démocrate-chrétienne entre Bayrou et Boutin) avec Vivien. Ca commence ici :
http://www.koztoujours.fr/?p=11913#comment

Comme quoi, la sensibilité aux différences entre UMP et FN n'est pas la même selon le côté de l'echiquier politique.

BA a dit…

Sondage : 74 % des Français ne font pas confiance à Sarkozy.

Selon un sondage Harris Interactive pour Le Parisien, 74 % des Français ne font pas confiance à Nicolas Sarkozy, et 66 % ne font pas confiance à François Fillon.

La cote de confiance de l’hôte de l’Elysée est à 20 %, et celle du Premier ministre à 26 %, en baisse respective de deux et trois points par rapport au baromètre de mars.

http://www.20minutes.fr/ledirect/704281/politique-sondage-74-francais-font-confiance-sarkozy