lundi 11 octobre 2010

La révolution et les banques ?


Cycee me demande de rebondir sur une vidéo d'Eric Cantona où l'ancien joueur de Manchester explique qu'une révolution simple, pacifique et efficace passerait par la vidange massive, par les particuliers, de leurs comptes en banque. Je me suis souvent exprimé sur le sujet : mes petites expériences personnelles[1] au fil du temps avec diverses banques (avec plus ou moins d'argent sur le compte) me confortent dans le rejet que j'ai de ces institutions voulues incontournables. Méfiance renforcée à la lumière des deux dernières années d'un chaos économique (loin d'être fini) provoqué par les dérives, au minimum indécentes, de ces établissements ne passant jamais pas la case "responsables".

Ne plus avoir d'argent sur son compte ? Pour certains ce n'est plus un choix, les banques l'ont d'ailleurs parfaitement intégré : les clients sont catégorisés et le "sans-thune", de par sa soif de crédit (pour une consommation qui a de plus en plus à voir avec la survie) et les agios générés, devient un marché non négligeable.

Ceux-là ont pour leur consommation courante, intérêt à faire jouer l'alternative, le réseau, les relations, les courses en commun, la culture, l'échange de services et les opportunités à proximité pour s'extraire au maximum du joug bancaire. Cela implique une certaine part de sacrifice quant à la course à la gadgétisation et au cocooning façon M6. Au fond la vraie question de la dépendance au RIB est là.

Restent, et ils sont nombreux (pas assez selon notre Monarque qui a récemment remis le couvert) : les endettés[2].

Pour les particuliers "à crédit", c'est plus compliqué, voire impossible de se défaire de l'emprise de l'établissement suceur de liberté dont ils sont contractuellement complices. Je n'ai de cesse d'alerter sur la perversité du crédit (pour les particuliers les moins fortunés) au sein de l'économie mondialisée actuelle, spécialement lorsque la dette repose sur une plus-value providentielle dans un secteur immobilier régulièrement soumis aux éclatements de bulles. Mais bon, arrive un moment où je fatigue de répéter les mêmes choses.

Le serpent se mord la queue et distille sans fin son venin. La banque, comme le capitalisme en général, repose sur la confiance de ses fidèles et ceux-là sont systématiquement pris en otage des démonstrations de leurs dirigeants dès lors qu'il s'agit de sauver, avec leur argent, des banques dont les comportements (suivant nos lois si promptes à nous corriger à titre individuel) devraient être sévèrement sanctionnés (pour reprendre le cri de guerre du pubard sénile) mais qui au nom du "bien commun" bénéficient d'une clémence étatique en open-bar. Mettons-nous alors dans la peau d'une banque : il faudrait être fou pour, ne serait-ce que penser à, auto-moraliser son activité. Dernier point qui nous assure de beaux lendemains.

Au moment où la justice demande à Jérôme Kerviel le remboursement de 4.9 milliards d'euros pour des travers qui auraient été récompensés si la "magouille" avait fonctionné (soyons d'ailleurs assurés que moult Kerviel, dont on ne connaîtra jamais les noms pour la seule raison qu'ils ont réussi "leur coup", jubilent dans leurs coins dorés avec les épais bonus d'une direction reconnaissante), j'apprends qu'un tiers de la somme a déjà été récupérée grâce à un mécanisme de déduction fiscale parfaitement légal.

Soit un manque à gagner de 1,7 milliards pour le budget de l'état, celui-là même dont François Barouin a, la semaine passée, prioritairement imposé aux moins favorisés de combler le déficit, déficit lui-même considérablement accentué par les dérives du secteur financier. Pour remettre cela à ton échelle : A chacun de tes découverts bancaires, tu pourrais obtenir un crédit d'impôt équivalent au tiers de la somme incriminée, alors qu'actuellement, pour un découvert de 10 euros tu peux rapidement te retrouver à devoir dix fois cette somme et ce en toute illégalité.

Donc oui. Tant que l'on ne retrouve pas des institutions au service de la collectivité, sévèrement régulées par les états (les citoyens subissent aujourd'hui l'inverse), tant que ne sera pas précisé aux individus ce qui est exactement fait de leur argent, où comment chez qui et sur quoi est-il placé, tant que les activités de détail et de spéculation ne sont clairement pas séparées, tant que les banques ponctionneront sur les plus pauvres des frais exubérants qui n'existaient pas il y a moins de 10 ans et dont on fait grâce aux "bons clients", il convient de sortir du cercle vicieux, ou plutôt de s'en affranchir le plus possible, moins par souci de "révolution" que de tranquillité et, osons les grands mots, d'éthique personnelle.

Ne pas les quitter mais y laisser le moins d'argent possible et, bien sûr, refuser tout contrat de placement ou autre produit "certifié", la cupidité des banques se nourrissant de la nôtre.

L'individu peut survivre sans banque, l'inverse est impossible. Qui doit plier aux règles de l'autre ?

* * *

Sur un autre front... oui et encore oui, je serai dans la rue demain pour manifester contre une réforme des retraites inique dont les principaux bénéficiaires seront à terme... les établissements financiers.

J'espère vous y voir encore plus nombreux. J'ai de moins en moins de doutes à ce sujet.

* * *

[1] J'ai encore le souvenir ému de mon grand-père de 95 ans s'étant fait fourguer en 2007 un placement bloqué sur 10 ans ayant perdu la moitié de sa valeur l'année suivante.

[2] On me souffle dans l'oreillette que c'est le titre d'un excellent livre qui sort prochainement.


source illustration

6 commentaires:

CC a dit…

Merci pour ta réponse : je connais ton avis sur les banques, bien sûr, mais en fait, il y a deux questions assez insolubles :

1/ comment faire concrètement, puisque la banque fait une OPA chaque mois sur mon salaire, que je ne peux le retirer entièrement qu'en un mois (à raison de 400 ou 500 euros par semaine) et qu'à peine tout retiré, le salaire suivant arrive ? L'Education Nationale (pour mon cas, mais en fait, bon nombre d'employeurs) n'accepte pas de donner le salaire en liquide...Il me semble que le système nous prend au piège quoi qu'on fasse...

2/ Si réellement tout le monde (ou disons 10 millions de personnes) vidait ses comptes, que se passerait-il pour le système ?

;)

seb musset a dit…

Lu sur le site d'Olivier Bonnet ce jour :
"« En théorie cela peut fonctionner. En effet les banques ont un ratio de solvabilité (argent détenu réellement/argent détenu théorique) de 8%. Cela voudrait dire que si plus de 8% disons 10% des fonds étaient retirés simultanément, il y aurait un crack bancaire. Les conséquences seraient assez énormes et le système s’écroulerait petit à petit. Plus de banque, plus de crédit donc plus d’entreprise. Alors prêt à la révolution sans effusion de sang ? »

Sinon, pour le salaire, c'est comme ça pour tous les salariés. La loi a été votée sous Pompidou il me semble. Je n'ai pas de solution miracle, et chacun aura sa méthode. Certains investissent dans l'or, d'autres sortent régulièrement du cash, d'autres optent pour le coffre-fort...

En revanche, ce dont je suis persuadé c'est que nous arriverons, de fait, par manque de revenus, à cette situation.

CC a dit…

Pas sûr qu'il n'y ait pas d'effusion de sang, du coup...Les banques trouveront sans doute le moyen de tout faire péter...

Sinon, je me reconnais souvent dans tes portraits de trentenaire à la con...C'est désespérant, mais finalement, on n'a pas tellement d'alternative...Enfin...en cas d'effondrement total de la situation, on a quand même une situation de repli à la campagne avec possibilité d'autonomie alimentaire. L'avantage d'avoir des parents paysans...

Bonne manif, Seb et merci pour tes explications que j'apprécie toujours énormément...

mathieu a dit…

Eric Cantona te soutient !

http://www.dailymotion.com/video/xf47nl_cantona-la-revolution-est-tres-simp_news

Mathieu a dit…

Le con, j'ai commentaire avant de lire l'article, mon commentaire est donc totalement inutile !

Tassin a dit…

D'autres vident leur livret A pour le placer à la NEF et ne conservent qu'un compte chèque pour le salaire et les dépenses en attendant de pouvoir faire de même à la future ex-NEF :-)


http://www.lanef.com/