Seconde fois que je cite cette phrase d'un conseiller du Monarque en un an, mais elle éclaire parfaitement la séquence médiatique que nous venons de vivre:
“La vraie révolution ce n'est pas internet, mais la TNT."
On pensait mercredi matin que le président-plus-candidat s’extirperait de sa campagne suspendue pour parader après un assaut, selon toute logique policière, imminent. Mais étrangement quelqu’un quelque part a préféré laisser se diluer l’infusion toulousaine.
Sur les écrans, le siège de la rue du Sergent Vigné nous aura offert la démonstration des limites de ce mode d’information uniquement basé sur “ la priorité au direct” avec une absence croissante de recul de la part de ceux censés trier l’information. Un sommet est atteint vers 15 heures mercredi lorsque l'envoyé spécial de BFM annonce l’arrestation de Mohamed Merah. La nouvelle infirmée par d’autres journalistes puis par Guéant lui-même, la chaîne met de longues minutes à se dégager de sa boulette (sans la démentir formellement) laissant son journaliste se dépatouiller seul à l’antenne (vu que c’est le concept, tu piges?). Au bout du rouleau, il lâche un mémorable: “je vous confirme mes informations contradictoires”.
Un détail au regard du point plus important: ce temps d’antenne figé sur un bout de mur à Toulouse avec en commentaire le chloroforme de la logorrhée des experts en ameublement ne pouvait pas faire de mal dans une période où il faut à tout prix éviter de parler du reste.
Et l’on comprend dans ce type de circonstances extrêmes, l’utilité de ces chaînes pour le pouvoir en place:
1 / Cultiver la sidération (un peu l’effet loft story saison 1, version “choc et effroi”. Déjà vu avec l'affaire DSK).
2 / Ressasser les thématiques connexes par des "experts" (experts parce que vus à la télé) : islamisme, terrorisme, pro-sécuritaire, les jeux vidéos c'est le mal...
3 / Recréer du sacré. L’information (dans ce cas de figure où les journalistes sont mis à l’écart sur le terrain) se résumant à une broderie autour du vide: l’écriture est proche de celles de leurs confrères "mode" ou "cinéma" attendant au pied du tapis rouge des oscars, le passage des stars. Ici, Nicolas Sarkozy et Claude Guéant.
4 / Écraser toute autre information, thématique ou prises de parole hors de cette actualité. Durant deux jours, l’opposition (à part peut être Marine Le Pen qui s’est réveillée de sa torpeur programmatique lundi matin pour multiplier les directs) a littéralement eu la voix coupée. Une bombe a explosé à Paris, on en a à peine parlé.
A 30 jours du premier tour, le président-pas-encore-re-candidat n’allait pas se priver d'une OPA sur les cerveaux de 32 heures. La situation le replaçant de fait en position de leader incontestable, autant la faire durer. De plus, une fois le suspect circonscrit, une version longue offre le temps au président-bientôt-re-candidat d'optimiser sa stratégie de campagne composant (ou non) avec cette nouvelle donne.
Fin du siège jeudi matin avec la mort prévisible de Merah. Sortis d'un plan de Michael Bay (mais tourné au camescope), Claude Gueant et les policiers remontent lentement la rue pour annoncer aux journalistes que l’affaire est bouclée. Suit une intervention solennelle du président-presque-à-nouveau-candidat à l’Elysée pour le 13 heures. Soignant son entrée, il conclut comme à son habitude sur des décisions de lois qui ne seront jamais appliquées notamment celle criminalisant la consultation de “sites extrêmes”[2].
Qu’est-ce qu’un site extrême ? Qui décide de l’extrémité ? Une consultation c’est quoi exactement ? Condamné à quoi et comment ? Autant de questions qui importent peu en Sarkozie. On ne fait pas, on dit qu'on a fait ou qu'on va faire, ça coûte moins cher. Il s’agit ici de briser la séquence de suspension en parlant raide, de choisir les termes du débat à suivre, de caler les autres à sa parole, d’exciter les outrés pour les pousser à la faute[3].
Sarkozy profiterait d’un effet combo Human Bomb meets Papy voise ? L'équation est autre et les faits-divers ou actes terroristes survenus lors des précédentes campagnes n'ont pas tous bénéficié aux pouvoirs en place. Les crimes sont atroces, atypiques même dans le cadre d’un terrorisme radical. Le suivi et l'opération policière gardent aussi une odeur de fiasco et soulignent les limites du tout sécuritaire (lenteur de la remontée de l'info, comment un mec surveillé par la DCRI a-t-il pu se concocter un stock d’armes? Pourquoi avoir choisi un assaut de nuit et sur son terrain alors qu'on aurait pu le cueillir tranquille devant chez lui?). Cette tragédie devrait surtout rebooster un FN affaibli depuis quelques semaines en le réorientant plus franchement vers les thématiques que l’UMP s’acharne à lui piquer.
C’est de cela dont Sarkozy et ses équipes ont dû réfléchir durant ces longues heures de siège. Après l’émotion et la stupeur, fort de ce rebondissement ouvrant la porte à une campagne encore plus cradingue, continuera-t-il à jouer le clivage ou visera-t-il le rassemblement ?
illustration: photo-montage d'après une image de Fox News.
[1] Et dés qu’elle levait un peu le ton, enlevé c’était pesé: on l’accusait de récupération, tandis qu’au même moment dans diverses tribunes quelques éditorialistes rances, et des figures politiques de la droite ne se gênèrent pas pour accuser la gauche, les verts, Martine Aubry et même Stéphane Hessel des massacres de Toulouse.
[2] Sur le fond, ne soyons pas étonnés que cette séquence de portenawak télévisuel s'achève sur une condamnation d'internet.
[3] J'ai écrit à plusieurs reprises que ce président était une bavure démocratique à la solde des pouvoirs de l'argent doublé d'un incompétent fort en gueule dont le seul talent est de n'avoir honte de rien. Ce qui est un peu excessif. Suis-je un site extrémiste ?

















