vendredi 11 décembre 2009

Wiki(mass)média du futur #1 : La libre antenne


Libre antenne :
Expression médiatique française du début du XXIe siècle utilisée par les radios dites périphériques.

Genre d'émissions constitué par les appels téléphoniques des auditeurs.

De tradition américaine, très économique à la fabrication, on en attribue la paternité française à Jean-Marc Morandini (voir "Ministre de la Culture de de 2014 à 2018") ainsi qu’à la station RMC, station rapidement plagiée par toutes les autres.


Principe de la libre antenne :
Autour d’une question orientée invitant à une réponse tranchée, la libre antenne consistait, pour les rédactions redoutant de payer des journalistes à se risquer à l'analyse ou à étayer une opinion divergente de celle des autorités, à scénariser une représentation de l’opinion publique en puisant dans un réservoir d’appels téléphoniques anonymes.

En fonction de leur aisance ou maladresse d'expression et de leur aptitude à défendre ou desservir telle ou telle conviction, filtre du casting franchit, la poignée d'auditeurs accédait à la libre antenne pour des périodes parfois longues.

De par sa nature purement audio, la libre antenne permettait tout type de manipulations : Au niveau de la rédaction manipulant l'auditeur comme au niveau de l'intervenant pouvant lui-même manipuler la rédaction.

On reconnaissait l'animateur de libre antenne à ses conclusions classiques de type "nous espérons avoir fait avancer le débat". (Sans qu'il y eut de nous, ni même d'avancée pas plus que de débat.)

Exemples de question dans une émission de libre antenne de radios périphériques :

« Êtes-vous dérangé par les mouvement sociaux à répétition d’une partie des salariés du secteur public ? »

ou

"Pourquoi l'Islam vous fait peur ?"

Exemples de réponse :

" Le vrai problème dans ce pays, cékon travaille pas assez."

ou

"Le vrai problème avec l'Islam, céki sont dans un pays catholique."

Certains esprits rebelles voyaient dans la libre antenne un procédé de censure inversé : Non pas par la suppression de propos mais au contraire par l’abondance du même type de propos.

La vraie question que personne ne se posait alors (et surtout pas dans ces émissions) :

Qui décrétait cette antenne libre ?

Subterfuge de démocratie que les apparentes motivations plaçaient au-dessus de tout soupçon, la libre antenne, très populaire à la radio, restait absente de sa grande sœur la télévision (hors jeux dégradants) où, pour cause d'images, les manipulations se révélaient plus flagrantes et leurs conséquences nettement plus désastreuses.

Les débats télévisés, plus policés, parfois conduits par les mêmes animateurs, utilisaient sensiblement le même principe mais avec des intervenants idéologiquement identifiés, nommés bons clients.

Voir également : micro-trottoir (variante télévisée), sondages (variante presse), facebook présidentiel (variante internet)

* * *

Une info? Un scoop ? Un making-of de lipdub ? Nous vous invitons à compléter cet article.

10 commentaires:

Anonyme a dit…

Autre variante télévisée très XXIe : les sms qui défilent ...

Mire adore a dit…

Morandini à la culture?

Hum... Moi je pencherai plus pour Gilbert Montagné.
Vu que maintenant, il sait conduire.

Ou André Malraux en 3D piloté par F.Lefebvre
( c'est moderne, ça)
Ah non, merde. Son fils n'est pas d'accord. Dommage.

Peach a dit…

Bonjour,

J'ai lu vos livres et ils sont tout simplement excellents !
Juste un petit commentaire : j'ai du mal à lire vos super articles dont je me délecte car je suis perturbée par les majuscules après les " : ". Si mes souvenirs sont bons, je crois qu'il n'y a pas de majuscule après les ": " ?

:-)

@+

Peach

Philippe Sage a dit…

Il me semble que la Libre Antenne est née bien avant Morandini (pffff). Difficile de dire qui en a la paternité française (comme tu le dis, ça vient des États-Unis). Est-ce la Voix du Lézard (devenue Skyrock)? Carbone 14 ? Fun (avec Lovin Fun - mdr) ? Macha Béranger ? Les auditeurs ont la parole ?

En revanche, ce qui est vrai et ce qu'il faut savoir, c'est que le terme "libre" est à relativiser.
Il y a également les "auditeurs" classés "bons clients". Chaque radio élabore un fichier, une fois votre passage à l'antenne. Ce qui veut dire quoi ? Que sur un sujet bien précis, en général bien polémique, c'est la radio qui appellera l'auditeur-bon-client ! Car elle sait, qu'avec lui, le débat, la mayonnaise va prendre (quitte à changer son prénom - eh si, ça se fait !).
Évidemment, dans ce système (celui des fichiers) il y a aussi ceux qui ne passeront plus à l'antenne. Dès leur arrivée au standard, ils seront amicalement repoussés ("Ah désolé, Bernard, nous avons déjà trop d'intervenants sur le sujet ! Mais n'hésitez pas à rappeler une autre fois !").
En fait, tout est contrôlé. Il y a une explication à cela : éviter les débordements, les insultes, la diffamation (car la radio est responsable des propos tenus sur son antenne - en général, c'est l'animateur qui prend ..). Il y a donc gros filtrage au standard. Tout n'étant pas bon à entendre. Tous les avis ne passent pas, quoi. Pourtant, certains auditeurs actifs (ceux qui appellent pour s'exprimer à l'antenne et qui sont très peu nombreux par rapport à l'audience d'une radio, ce sont les passifs de loin les plus nombreux, ceux qui ne font qu'écouter) arrivent à passer ce filtrage. Ils sont aimables avec le standard, disent que voilà, ils voudraient insister sur tel point, un vrai bonheur, des gens mais d'une grande cordialité, mais .. une fois à l'antenne, ils balancent et copieux. Évidemment, c'est comme le rodéo, ils ne restent pas longtemps à l'antenne, vite l'animateur coupe l'auditeur (qui entre dans le fichier "client à éviter" ou liste rouge - est-il utile de préciser que la radio note toutes vos coordonnées ?), bafouille un argument vaseux, et hop, au suivant !
Libre antenne, oui, mais avec des règles strictes, de la polémique oui, mais juste ce qu'il faut. Bref, ça reste propre sur soi. En général ..

seb musset a dit…

@Mire Adore > Tu as raison, les Barrières sont si vites franchies qu'il risque bien d'être directement premier Ministre.

@Peach > Merci. et vous avez raison. Je vais faire attention.

@Philippe Sage > "La talk radio" a toujours été plus ou moins présente dans les émissions, comme exemple ou conclusion d'un débat, rarement comment élément exclusif de l'émission voire de la journée d'antenne pour certaines stations qui en font même leur marque de fabrique.

Le procédé a infiltre jusqu'aux informations > La progression de la tranche antenne de Morandini depuis son arrivée à Europe 1 en 2003 est explicite : Du publi reportage sur les emissions TV au "grand direct de l'information" sans basiquement changer de concept.

Anonyme a dit…

Il n'en reste pas moins que ces interventions du public font parfois ressortir certaines vérités. Je me souviens par exemple de cette intervention à la télé (BFM TV) d'un ambulancier au moment de grèves dans cette profession. L'animateur lui demande combien il gagne, l'auditeur lui répond et demande tac au tac à l'animateur combien il gagne lui. Eh bien c'était environ 10 fois plus. On a pu voir là à la fois l'honnèteté de l'animateur et combien sont valorisés ces personnages.

seb musset a dit…

@ anonyme > Ce serait un long débat, mais disons que techniquement, si quelqu'un arrive à franchir les filtres préalables à la TV (ce qui est + compliqué), les moments de vérité sont beaucoup plus cinglants.

Il est très facile de couper quelqu'un à la radio, de l'interrompre. C'est beaucoup plus difficile de gérer "un moment de vérité" à la télé > C'est pour cela qu'il y a une terreur du direct à la TV en présence du public. Exemple : LE GRAND JOURNAL (au moins une dizaine de bodyguards, avec dépôt de carte d'identité de l'audience à l'entrée du studio) > Le populo est cantonné au stade de décor.

Philippe Sage a dit…

@ Seb : peu d'émissions TV sont en direct de peur des "imprévus". Mais il y a aussi des "direct" qui n'en sont pas. Par exemple, hier, Jean-Claude Camus était en "direct", de 19h10 à 19h20, sur le plateau du Grand Journal. Moins d'une plus tard, il était également en "direct" de LYON, dans le JT de TF1. Y'a un "direct" qui ne l'était pas. Mais lequel ?

Rafo a dit…

@Philippe

"ne pas croire les images"

Monsieur Poireau a dit…

Du temps où je pouvais écouter France Inter pour raison de proximité géographique, j'aimais bien les gens qui se glissait parmi les failles du filtres pour poser une vraie question à l'invité au lieu de la platitude sélectionnée par la rédaction. Le petit moment de panique - colère de l'animateur - vedette (rayer les mentions inutiles) était le miel de mon petit déjeuner !

Je me souviens d'un Arrêt sur images (période télévisée) dans laquelle ils avaient débriefé des invités "ordinaires" (pas des people à qui ont tend le micro quoi !) pour comprendre comment est coachée la personne à qui on accorde sa minute de parole télévisuelle. C'était effrayant avec des histoires de micro coupé, voire, pour certains plateaux, le vidage pur et simple pour cause de non-respect de la "ligne" décidée en amont !
:-))