C’est la différence entre moi et Nicolas, lui prenait le temps du lien.
"Jegoun" était encore un des rares à faire perdurer les blogs de la grande époque. Les siens évidemment, Partageons mon avis ou au Bistro Geek, d’autres plus éphémères, mais aussi les blogs des autres. Nicolas Jegou est un des premiers à s’être intéressé à ce que j’écrivais dans mon coin il y a 17 ans sur ces pages.
Il m’avait invité en 2009 à intégrer son fameux « Kremlin des Blogs » au bar de la Comète au Kremlin-Bicêtre. J’avais tout de suite été embarqué par sa sympathie, sa franchise et son ouverture aux autres, y compris ceux pas de son avis. Nicolas est une force de la nature. J’ai rarement vu quelqu’un boire et écrire autant, tout en remplissant un mot fléché et en terminant un jeu sur son smartphone. Il aura rédigé l’équivalent de cinquante ou cent livres en vingt ans de blog : sa vie, la vie d’un quartier, d’un bar et, plus fort encore, la vie politique d’un pays qu'il aura contribué à modifier à son échelle. Il m’aura fait rencontré la moitié de la blogosphère française, la meilleure moitié et, croyez-le ou non, à une époque, homme et femme politiques se battaient pour partager une discussion de comptoir avec lui.
Je suis d’autant plus peiné que récemment il semblait enfin se trouver un regain de passion pour autre chose que la politique en retapant l’ancienne maison de sa mère à Loudéac, en vue d’y passer sa retraite.
Sa mort n’est pas une surprise. Qui l’a connu de près sait que l’hygiène de vie de ce rabelaisien 2.0 n’était pas des plus healthy et cardio-responsable, mais tout de même cela reste un choc. C’est vraiment trop tôt et trop con. Il rejoint son ami le Coucou, son némésis Didier Goux et temps d’autres figures du Kremlin que je ne connaissais qu’à travers les épitaphes émues que rédigeait Nicolas au fil de leurs disparitions dans les pages de son blog, cette encyclopédie d’une époque qui part avec lui.
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