lundi 19 décembre 2011

Apocalypsimmo

Sens-tu l'odeur du napalm immobilier qui s'abat sur les territoires de France à l'aube de 2012? Non? Pourtant les professionnels de l'immobilier, eux, sont passés en mode tous aux abris. Fin du PTZ+ dans l'ancien, léger retournement conjoncturel et hausse des taux d'intérêt: même le parrain d'un des garçons du président implore le gouvernement pour qu'il vienne en aide au secteur après l'atomisation du Scellier en 2013.

"Compte tenu des besoins en logements, je ne pense pas qu'on [comprendre "je"] puisse se passer des aides publiquesdit le fils Bouygues au gouvernement au moment où ce dernier par la voix de Wauquiez vante les bienfaits d'une suppression des aides aux gens qui ne travaillent pas et tente de persuader les classes moyennes que l'assistanat est "le cancer de la société". 

Écoutons ce que nous dit Jean Perrin, président de l'UNPI, l'union nationale des propriétaires immobiliers, dans une succulente interview vidéo sur lachaineimmo.tv. Il constate un marché locatif à deux vitesses. En substance: Les loyers augmentent encore là où les villes sont dynamiques. Ils baissent de 10% dans certaines villes de province et les petites villes. Les propriétaires commencent à avoir peur. Et drame supplémentaire: des locataires en place commencent à renégocier à la baisse leurs loyers en cours de bail.

Les jours juteux des loyers indécents seraient terminés? Le président des proprios nous alerte d'un nouveau fléau: 

"On s'aperçoit que si les propriétaires ne font pas des travaux avant de relouer les loyers baissent d'une manière certaine. [zut la tuile] Donc on arrive à une situation très dangereuse." [pour les proprios] "Deuxième exigence nouvelle [de la vermine locative], c'est la qualité de la salle de bain.[...] "Ca, c'est des frais importants." [Salauds de locataires qui profitent du retournement du marché pour exiger de l’éclairage et des sanitaires. C'est pas juste!] 

"Je ne dis pas que ce n'est pas indispensable" précise-t-il dans une antiphrase involontaire révélant l'étendue de son dépit.

Investir pour le bien-être du bouseux? C'est nouveau pour le proprio habitué à défiscaliser pépère en tablant sur l'exploitation locative éhontée le temps que le prix du truc en parpaings triple en cinq ans.

"...Mais du double vitrage pour un logement, ça peut faire une année de loyer consommée compte tenu du prix de la dépense. Puis après ça, il veut une chaudière aux normes nouvelles, et puis l'isolation". Déplore Perrin.

Car ce corniaud de payeur de loyers, qui décidément ne respecte rien de la croissance de la rente immobilière (le seul ascenseur social français), veut en plus se chauffer l'hiver ! Ah c'est Wauquiez qui a raison: Dans quel monde d'assistés vit-on, je vous le demande ?  

Et lorsqu'on lui fait remarquer que les biens locatifs privés peuvent se valoriser avec des travaux, Perrin répond un raisonné "Vous savez tant que c'est pas vendu, y'a pas de valeur de prise" qui fait plaisir à entendre. C'est un argument auquel j'adhère. Argument étrangement inaudible par la majorité des acheteurs hystériques au moment d'acquérir des biens qu'on leur garantissait sur prospectus débiter du loyer exponentiel pour l'éternité tandis qu'ils n'auraient qu'à se tourner les pouces.

Perrin poursuit : "Le propriétaire qui loue, s'il dit "je refais une salle de bain ça va me coûter 10.000 euros". Son immeuble vaut peut-être 5000 ou 6000 euros de plus, mais pas forcément 10.000. Mais s'il ne le vend pas... bah il n'aura rien de plus."

On a longtemps exagéré les situations de mal-logement ainsi que les conséquences sociales et sanitaires de l'explosion de la précarité, l'indécence des loyers privés dans lesquels certains engouffrent parfois les deux tiers de leurs revenus, ou encore les abus des agences et des bailleurs privés. Non. la vraie cruauté qui fait mal au coeur sensible du petit-bourgeois, c'est quand la spéculation immobilière, grâce à laquelle il se la jouait aristocrate terrien, ne marche plus. On devine désarroi et incrédulité dans son regard au moment où, sans qu'il s'explique pourquoi, s'écroulent ses rêves de suprématie foncière articulée à un plan de retraite sous les cocotiers qui serait financé par des armées de jeunes résignés à se faire exploiter.

Jean Perrin insiste d'ailleurs sur les ravages humains de la spéculation: "Les propriétaires, pour ne pas perdre leur avantage fiscal, sont obligés de louer à n'importe quel prix !" Qu'il est tragique toutefois que le propriétaire ne s'alarme de l'indécence des prix seulement lorsque ceux-ci baissent pour lui.

Et Jean Perrin de déplorer la fin de dispositif pour exonérer d’impôt les plus-values immobilières cassant la baraque du multiproprio combinard: "C'est un peu fictif, cette plus value". En décodé:  tend l'oreille spectateur de la chaîne immo à qui l'on avait conseillé d'acheter les yeux fermés l'année passée et perçoit la sourde déflagration de la bulle qui pète.

Et la journaliste face à Perrin de s'inquiéter. "Quelle est la raison de cette baisse des loyers ?"

Perrin tempère: "Le prix du loyer n'est pas fixé par le marché." [Marrant, c'est l’alibi inverse que nous sortaient jusqu'à présent les propriétaires pour expliquer leurs loyers hors de prix: "ce n'est pas moi qui fixe le prix, mais le marché"]. [...] "Le prix du loyer est fixé par la capacité contributive de candidat locataire, or les candidats locataires sont de plus en plus pauvres". [Qu'il est bon d'entendre la voix de la raison mathématique dans la bouche du représentant des bailleurs. Eux qui demandent encore à ce jour plus de 3X le salaire moyen français à un étudiant de première année pour louer un cagibi sur Paris.]

Perrin avoue: le marché des "meilleurs locataires" a été asséché par les aides à l'accession à la propriété. Comme quoi le proprio est un loup pour le proprio. Précisons qu'il était jusqu'à présent parfois bien plus facile de s'endetter pour acheter un pavillon que de voir son dossier locatif accepté pour louer un F4. Il y aura donc une probable inflation des défauts de paiement chez les propriétaires à crédit dans les mois à venir, si chômage et récession persistent. Ce qui ne sera pas le cas, car notre glorieux président va nous sortir de là[1].

Reprenant la ritournelle d'Apparu, Perrin s'attriste de la mauvaise répartition de l'habitat français. Il n'y aurait pas assez de logements à Paris (Faux. Il n'y a pas assez de logements occupés. Rapport que tout est vide. Mais ça, les riches ne veulent pas en entendre parler puisqu'ils veulent rester entre eux) et trop en province (avec les batteries d'aides fiscales immobilières consenties par le gouvernement, la cupidité des promoteurs et l'avidité glaciale des petits proprios, j'ai envie d'écrire : la faute à qui?).

Pour Perrin, les centres-ville ne sont plus destinés aux primos ni même aux secondoaccédants. Les ménages sont exclus des villes et spécialement ceux qui ne se financent que par le travail. Exact, les centres-ville se ghettoïsent, n’acceptant désormais la classe moyenne que sous sa forme touristique, pour faire du shopping ou acheter sa glace deux boules le week-end.  Mais ainsi va le capitalisme lorsqu'il est totalement régulé dans un seul sens: celui du profit pyramidal. Ce qui est le cas dans l'immobilier depuis une quinzaine d'années. 

La ghettoïsation des territoires (riches dans des villes hypersécurisées, pauvres s'organisant autour selon le taux d'endettement dans des strates périphériques progressivement délaissées jusqu'à l'enclavement des plus pauvres) n'est que la matérialisation géographique de la concentration des richesses voulue par les artisans du "bonheur néolibéral".

Rien de tout cela ne serait arrivé sans le concours des classes moyennes qui se sont laissées corrompre par les délices du confort Ikea à deux heures de transport de leur lieu de travail ou/et la promesse d'une "retraite garantie dans un monde incertain" assortie d'une baisse d'impôt que leur procurerait un placement locatif au milieu de nulle part vu que "c'est la pénurie". Les habitants des villes se sont eux-mêmes expulsés de la cité achetant à crédit "la belle vie" d'un pavillon de plus en plus excentré tandis qu'ils investissaient dans des produits immobiliers foireux dans des zones à activité nulle, fiers de couper ainsi à cet impôt qui aurait pu servir, beurk, à construire, préempter ou rénover du logement pour tous, sans discrimination régionale et à prix honnête

La panique dominerait-elle la France des propriétaires? Les députés UMP, conscients qu'il faut redonner des signes d'encouragement (et des loyers) aux spéculateurs pompeusement renommés par les promoteurs et les banquiers "investisseurs locatifs", proposent donc un courageux texte de loi visant à interdire que les précaires du logement, générés par cette politique d'aide aux riches, habitent à l'année dans des caravanes ou des mobile-home. C'est de la concurrence déloyale.

Non mais, un vrai toit c'est important quoi !


[1] mais seulement s'il est réélu.

14 commentaires:

korama a dit…

Tu vas voir qu'ils vont même réussir à voter une loi contre ceux qui dorment dans leur bagnole faute d'avoir un logement, malgré un boulot...

Stéphane Laborde a dit…

Excellent post de bout en bout !

Aux armes Citoyens !

Le moment est venu. Le temps de l'analyse est terminé. Celui des propositions en cours d'achèvement. Le temps de la mise en oeuvre est désormais proche.

pepito well a dit…

Et bien c'est une très belle nouvelle que tu nous présentes ici bas. Nous allons donc pouvoir renégocier nos loyers à la baisse? A Paris? j'ai du mal à y croire tout de suite, mais d'ici une année tout peu arriver.
Sinon Le commentaire de Laborde résonne bien dans ma tête de jeune avec un prêt étudiant qui cours pour les 4 prochaines années sans perspective d'un vrai mieux.

En tous cas très bon post.

Denis a dit…

Bonjour,

10 000€ la salle de bain ? Il n'exagère pas un peu ? elle font souvent 3m2 maxi en location et 10 000€ pour de la rénovation ça fait chère le m2.

Ou les proprios sont vraiment cons et ne savent pas compter ou il exagère volontairement.

zozo a dit…

bravo, quelle finesse d'esprit et justesse dans vos propos. ceci, avec une belle pointe d'ironie ;-)
Pour donner un exemple sur la situation actuelle, j'ai acheté fin 2004 un T3 à 121 000 euros et j'essaye de le vendre 119 000 euros mais toujours pas d'acheteur concret.
je ne suis pas gourmand mais il y a un réel blocage du marché immo.
J'espère que les gros p..cs qui s'en sont mis plein la panse vont faire une indigestion de leur boulimie spéculative et ce, même si je dois y perdre quelques plumes.
Il faut revenir à un marché plus raisonnable.

Anonyme a dit…

Excellent post, rien à ajouter

Un partageux a dit…

@ Zozo

Dans ma copropiété un appartement acheté 115 000 à 125 000 euros entre 2003 et 2007 peut (peut-être) se revendre près de 90 000 euros s'il est très bon état. Et parce que ma copro est en très bon état (chauffage collectif refait à neuf il y a cinq ans, façades refaites avec isolation extérieure il y a trois ans). Et parce que la copro comptea deux hectares de parc autour des bâtiments.

Mon T3 avec déco neuve, électricité neuve, huisseries neuves à double vitrage, plomberie révisée, a été estimé 90 000 en septembre mais les dernières ventes de la copro (105 appartements...) ont plutôt été faites autour de 85 000 euros. Alors que les prix ont culminé en 2007/2008 à 130 000 euros pour les appartements de 62 mètres carrés...

Anonyme a dit…

"Le prix du loyer est fixé par la capacité contributive de candidat locataire, or les candidats locataires sont de plus en plus pauvres"

Donc les prix sont fixés par le marché, CQFD, soit l'exact contraire de sa phrase précédente... Enfumage ou bêtise? Ou les deux?

Zackatoustra a dit…

Si pourris il faut chercher, j'apprécierais qu'on les cherche effectivement du côté des "investisseurs locatifs".

Les pauvres trouducs dans mon genre qui ont acheté pour se loger en ont déjà plein le culte. En plus de s'être fait embananés par leurs croyances économiques de charbonnier, délicatement manipulées par les acteurs du Marché Immobilier, ils goutent aujourd'hui l'amertume de l'expérience et de la lucidité face aux discours. Arrière-gout désagréable.

Un sort charitable de la part des indignés, différencié des anathèmes justifiés à cracher à la gueule des proprios non résidents, leur serait d'un grand réconfort.

Bref, je pendrais bien le dernier investisseur locatif avec les couilles du dernier promoteur dans la glotte duquel je fourrerais sans souci la cervelle du dernier décideur politique compétent sur ce sujet. Cordialement, et avec tout le respect dû, of course.

Anonyme a dit…

perso , j'ai reglé mon probleme de logement , en sous louant une chambre dans mon F2 , a loyer pas cher , dans une cité pourave, du 92

vacance locative : 8 h, 2 minute, 5 seconde, le temps d'une bonne sieste....j 'inonde le net de cette annonce et le tour est joué :


PROPOSE 1 CHAMBRE DANS F2

Propose à une F sérieuse, SOCIABLE, SYMPA, propre, mince.
Je suis d’un caractère SOCIABLE sympathique, et cool.

TOTAL 43M2 , etat neuf

Situé dans un quartier CALME, à vu d’oeil y a :
Des blancs, des noirs, des arabes…
(je précise parcequ'y en a ça les gênes…..).

- Désolé je supporte pas l’odeur de la clope.
- Dessert paris , en 15 min.
- Badge d’accès.
- 4e étage, sans ascenseur.
- Partage des frais en espèces, en début de mois (Pas d’APL).
- Premier mois : prévoir une caution de 100 euro pour l’organisme, restituables à la fin.
- Proche de toutes les commodités à pied.
- Laverie à 50 mètres.
- Partage des tâches ménagères.
- Accès au wifi.
- Périodes de 5 mois minimum.
- Pas d’animaux.

LES PIECES COMMUNES :
Cuisine, petit séjour, salle de bains avec petit coin, cave.

PS :
- Je ne fais pas de certificats d’hébergement pour l’administration,
sauf si vous voulez régler la taxe d’habitation (environ 450 euro)

Vous pourrez recevoir des copines.

LE PRIX CORRESPOND AU LOYER DIVISER PAR 2 DONC :

190 euros

+

(LES CHARGES DIVISER PAR 2 DONC) :
+ électricité = 15 euros
+ taxe d’habitation = 15 euros
+ assurance logement = 5 euros
+ internet = 15 euros

TOTAL CHARGES COMPRISES = 240 euros

allez bise et fuck les banquier agent immobilieret autre syndic

Un partageux a dit…

Loué soit le Seb qui m'a incité à replonger dans les annonces du Bon coin et Se loger après plusieurs mois d'abstinence !

Longs sifflements à la lecture de ces sites ! Même les prix annoncés, et pas seulement ceux constatés chez le notaire, sont en chute libre dans ma bonne ville. Et les occasions de rigoler ne manquent pas : on retrouve, encore et toujours, des biens mis en vente ou en location voici plus de deux ans... et des demandes qui vont du simple au double pour des biens similaires.

Mika a dit…

Hello,

je decouvre ton blog et je dois dire que j'adore.... Travaillant pour un des plus gros promoteurs français, je peux te dire que tu n'es malgré tes dires qu'à 50% de la réalité.. Il faut imaginer pire encore... Les français sont riches actuellement par la valeur de leur patrimoine qui a été exacerbé par des politiques exclusives.. M'enfin, Merci pour ce moment passé à te lire, trés agréable... et qui nous rappelle la réalité du terrain

nanou a dit…

Je viens de decouvrir sur un site un article, reprenant apparemment les dires d'un article du Figaro et son sujet est pr le moins annonciateur ! la reduction d'impot lié a un investissement scellier est actuellement de 22 % et il passe a 13 % l'an prochain, et bien figurez vous que pr encourager les gens a se faire arnaquer heu pardon a investir, le gouvernement a decidé de donner un rab de 3 mois, cad que tout ceux qui seront passé devant notaire avant le 31 mars pourrons benef du 22% (vite vite depechons nous !) et qu'a coté de ca les promoteurs, desireux de laissé une chance aux gens de saisir LA bonne affaire, vont organiser des soirées "special investissement locatif", sorte de speed dating pr speculateur debutant et enfin, et je dois bien le reconnaitre, c'est mon petit chouchou, l'info qui tue, le kdo de fin d'année: certaines villes, dont certaines situé en zone C (du decoupage scellier) sont desormais eligible !! oui oui vous avez bien lu, des villes exclus du dispositif car ne presentant aucun interet du point de vue de l'investisement locatif (traduction: des trous paumés ou pas un chat ne rode pr louer les apparts)en font desormais parti ! elle est pas belle la vie
Decidement ton article n'aura jamais aussi bien porté son nom, on est est vraiment a l'aube d'un apocalypse de l'immo

pupuce a dit…

attends je suis super inquiète là, Seb.
nan mais c'est que si on interdit la vie à l'année dans des mobilhomes et caravanes ça veut dire que...

...y'aura plus l'aide de 3500 euros de ma CAF pour acquisition de caravane à titre de logement principal?

oh bin merde alors.

déjà qu'elle était méconnue et peu réclamée celle là!

tu crois qu'ils nous la laisseront pour nous payer des caravanes pour nos vacances de merde en camping pourrave hors saison à se peler le cul sous la flotte et sans nos gosses parce que l'école c'est obligatoire et si ils sèchent trop on perdra les allocs?

huhuhu.

(ouais je sais je suis hard en ce moment, c'est l'esprit de noyel qui vit en moi, hein, ça va passer)