14 mars 2011

Coup d'état graphique à l'UMP

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14 mars 2011. Sur le bidule en flash qui t'accueille sur le site internet de l'UMP défile un bandeau bleu : 

(clique pour agrandir. Tu ne remarques rien ?)

Dans des cases de taille variable : les tronches confites de nos tocards d'élite. Priorité à l'aile dure du parti. En colonne, Eric Ciotti rayonne. Il "veut plus de résultat sur la sécurité" (est-ce à dire que l'action du gouvernement est un échec ?). Jean-François Copé trône, étalé sur deux cases centrales focalisant sur "le débat sur la laïcité". Déroulons le bandeau vers la droite. Tiens, revoilà le nom de Copé à l'occasion d'une publication dans le Figaro. Encore un coup à droite : nouveau portrait de Copé, décidément,  pour illustrer son édito "La sanction, première des préventions". Plus loin à droite : photo d'Hervé Novelli ravi. Il propose "3 mesures concrètes pour simplifier les lois et les règlements". Enfin à l'extrême-droite du bandeau,  titré gras : "Jean-François Copé sonne la charge contre le FN" ("joue de la mandoline aux électeurs du FN" était le premier choix, trop évident, un peu de nuance ne fait pas de mal). Le graphiste n'a pas osé remettre une 3e photo de Jeff et a opté pour une foule de meeting (mais de dos pour atténuer le côté colloque à l'hospice des coquelicots).

Deux constats : 

1 / Aucune mention des élections cantonales dans 6 jours. Étonnant. Visiblement le débat sur la laïcité, dont tout le monde se torche vu qu'il y a 4 millions de chômeurs et 8 millions de mal logés, c'est la priorité. 

2 / Alors que Copé est mis en avant à quatre reprises, notre Monarque, leur idole, n'est pas nommé. Son image cantonnée à la case "apprentissage". L'air pénétré, il montre du doigt une quiche. A sa droite, vois-y un signe, une caméra de surveillance géante est braquée sur lui[1].

(- "Coucou vous mé réconnaissez ? Pourtant vous m'avez sur le dos touté la journée...")

Signe des temps : les candidats de droite aux cantonales masquent leur appartenance à l'UMP, le site national traite son chef suprême à la hauteur de sa popularité : minimale. 

Au-delà de la croix faite sur le prochain scrutin, doit-on en conclure que, pour la suite, le parti a perdu confiance en son poulain  ? 


[1] illustre l'article sur Loppsi 2 intitulé "le conseil constitutionnel valide les grandes options", oubliant un peu vite l'annulation de 14 dispositions

13 mars 2011

Autour des insurrections arabes : rencontre avec Mansouria Mokhefi

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En complément du billet de vendredi sur le retour précipité du cow-boy diplomatique, voici quelques notes prises lors de notre rencontre la semaine dernière avec Mansouria Mokhefi de l'Institut français des relations internationales[1]Nous avons échangé nos impressions de "blogueurs occidentaux" sur les mouvements tunisiens et égyptiens vus depuis twitter et facebook[2] et la responsable du programme Moyen-Orient / Maghreb à l’IFRI a répondu à nos questions.

1 / Les racines communes entre les récentes révoltes de Tunisie, d’Egypte et de Libye ?

En 2007, dans Le Rendez-vous des civilisations, Emmanuel Todd et Youssef Courbage envisageaient des  mutations arabes sur la base de trois critères : une démographie jeune dans plusieurs pays, couplée à un taux d’alphabétisation élevé et une baisse de l’endogamie. M.Mokhefi valide les deux premiers critères. Depuis un demi-siècle, les pays arabes indépendants ont dans leur majorité accordé beaucoup d'efforts à l'éducation des nouvelles générations, en les privant dans le même temps d'alternance politique. En plus de l’accès à l’information internationale, M.Mokhefi pointe le rôle essentiel de la chaîne Al-Jazeera  : « une chaîne pas paternaliste, non arrogante, qui s’adressait à eux et n’hésitait pas, de par son côté lointain (basée au Qatar), à critiquer des choses à l’intérieur des pays arabes. »

M.Mokhefi remet en perspective le prisme libéral réduisant l'insurrection tunisienne à un ras-le-bol des entraves quotidiennes, faites au commerce et à l’entreprise, qui se serait cristallisé sur le sacrifice de Mohamed Bouazizi. « On a peut-être pas fait une lecture exacte autour de ce jeune homme. Il n’était ni éduqué, ni diplômé. C’était un petit marchand qui subissait la tyrannie que tout le monde subit dans les régimes dictatoriaux : celle du petit chef. Il y a peut-être aussi des raisons personnelles. L’immolation par le feu, c’est interdit par l’islam. Peut-être que je me trompe, mais j’attache aussi  beaucoup d’importance au fait qu’il ait été giflé en public et par une fille policière. »   
Les femmes.  Elle insiste sur leur rôle déterminant en Tunisie et en Egypte, peu évoqué dans les médias occidentaux (qui se concentrés sur "la première révolution facebook") : « De tous les âges et toutes conditions, les femmes étaient en première ligne […]. Le travail souterrain au niveau de la société civile, a été très important pour maintenir un lien social, pour s’affirmer à travers des organisations de défense des droits de la femme, des associations de quartier, des écoles et des universités. En Egypte, il dépasse tout ce que l’on peut attendre ou espérer d’un pays arabe où l’on ne pense pas habituellement qu’une femme puisse jouer un rôle quelconque dans la société, encore moins une femme voilée. En Tunisie, ce rôle a été encore plus important à cause du code du statut personnel instauré en 1956 par Habib Bourguiba. […] "Je ne dresse pas un tableau évangélique. Je suis vigilante et même sceptique, je crains beaucoup de choses. Mais je crois qu’un point de non-retour a été atteint. Les femmes dans les pays arabes ne vont pas occuper demain des postes de ministres à parité, mais c’est le déblocage mental et psychologique qui nous importe ici. A partir de ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte, les rapports de la femme tunisienne et égyptienne avec son conjoint, son fils, son frère, son oncle et son père vont être complètement changés ».
Sur les revendications, M.Mokhefi nous avertit : « Il faut éviter de coller nos grilles d’analyses sur des pays que nous ne connaissons pas très bien. […] La dimension de la question sociale a été occultée dans l’information répercutée ici mais elle est centrale. Du travail, de meilleurs salaires, une égalité sociale ». Elle attire notre attention sur le fait que nous avons trop souvent omis ici les revendications de dignité largement portées à tous les âges, et toutes les conditions. « Dignité pour être reconnu dans un dialogue, ou une information nationale et dignité pour les femmes quand elles réclament l’égalité. […] Il faut aller dans les pays arabes pour savoir ce que représente l’Europe où on peut travailler, circuler, parler, où on ne sera pas giflée. ». 

Si notre style de vie, véhiculé par nos images, nos infos, par satellite ou internet, a influencé en amont les révoltes, comment sont alors perçus là-bas nos propos du moment, et spécialement la réduction  des mouvements d'émancipation des peuples au "spectre de l'islamisme" ou aux vagues migratoires ?

"Hormis le relais des blogs, ce qui m’a frappé en Egypte et en Tunisie, c’est le désintérêt de la population par rapport à ce que les gouvernementaux, institutions journalistiques et intellectuels occidentaux pourraient dire, avoir à dire, exprimer, analyser ou commenter. Nos débats ne concernent que nous. Là-bas, il y a eu de gros slogans « laissez-nous tranquilles, on n’a pas besoin de vous »." 

L’occident reste néanmoins une vitrine avec des critères et des valeurs, une vie démocratique même imparfaite, auxquels les populations aspirent : "La démocratie va mettre du temps à arriver. Donc ce ne sont pas des gens à qui l’on peut dire « vous avez votre démocratie, restez chez vous »". Les évènements ont précipité dans le chômage les tunisiens déjà les plus en difficulté.  "Ce sont ces gens-là qui partent. La révolution c’est très bien mais cela ne me donne pas à manger. Et comme tout est un peu désorganisé, ils se trouvent là une voie de sortie."


2 / Sur le risque islamiste et la Libye.

Le mouvement tunisien était spontané : "Il a surpris tout le monde, les islamistes en premier. En Tunisie, ils étaient complément éradiqués du paysage national depuis Bourguiba. Ils ont été pris de vitesse, ils n’ont pas pu manipuler, ils n’ont pu intégrer, ils n’ont même pas accompagné."  En Egypte, foyer des frères musulmans, la chute a été aussi rapide "mais il y a eu une vigilance populaire. Ils savaient que les frères musulmans étaient présents et la société civile (jeunes blogueurs, les femmes de tous âges…) ont dit clairement « vous ne parlerez pas : c’est notre mouvement »."

Boostés par les évènements tunisiens et égyptiens, les insurgés libyens ont pensé que ce serait plus facile« Ils ont été confortés par le lâchage international de Kadhafi. Ils ont aussi pensé que l’armée basculerait facilement. » M.Mokhefi est maintenant inquiète de la situation. D'un côté le discours démagogue de Kadhafi est encore entendu et avec ses moyens financiers, elle craint qu’il ne reprenne la main. De l'autre, le pourrissement est favorable à une infiltration voire une récupération par des éléments radicaux : "Il y a des éléments extérieurs (mercenaires) à la fois appelés par Kadhafi et peut-être même sollicités par l’opposition. [...] On est dans une configuration favorable à ce qui fait peur à l’occident.» 
A la question d'un soutien français à la Libye (l'entrevue a lieu le jour de l'annonce du Monarque et de Cameron "inspirée" par BHL), elle voit difficilement sous quel prétexte une armée occidentale interviendrait dans un conflit intérieur arabe et pose même la question de l'intervenant.  Obama ne peut pas se dédire de son discours d'ouverture et adopter une politique militaire qui serait perçue comme celle de Bush. Alors qui ? 

« L’Europe n’est pas unie, n’a pas les moyens.[3] L’ONU ? Non. Aucune décision ne pourra être prise au conseil de sécurité. La Chine et La Russie n’accepteront jamais. L’Afrique ? […]. Désespéré par l’attitude des arabes pour se mettre à son niveau pour un discours d’unité, Kadhafi a concentré toute sa diplomatie sur l’Afrique. Et il a fait beaucoup de choses pour l’Afrique […] c’est l’acteur arabe le plus important sur le continent africain. Les pays africains ne feront jamais une unité contre lui."

A l'évocation de la Libye, la communauté internationale semble tétanisée.  Chacun tablait sur un soulèvement vite expédié dans la foulée du "jamais deux sans trois". Chaque jour qui passe fait craindre le contraire.

Au même moment, l'Arabie Saoudite connait ses premières manifestations.  

* * *
[1] Merci @nobr_ pour cette rencontre.

[2]  A l'image de la classe politique, nous sommes beaucoup à avoir d'abord sous-évalué les mouvements là-bas et, en général, à avoir un regard lointain sur cette zone. Comme nous continuons d'ailleurs pour la plupart à regarder de loin, une situation tout aussi dramatique, et bien plus dingue, en Côte d’Ivoire.

[3] Pourtant, 80% du pétrole libyen est exporté vers l'Europe. il y aurait peut-être là un levier de pression ?

11 mars 2011

Contretemps man

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Après avoir survolé les révoltes arabes pour ne trouver au final qu'à brandir la crainte d'une immigration massive, Le Mini-Monarque, aka Super chrétien, a décidé que, flûte, y'en a assez maintenant de passer pour un nase de Tripoli à Washington en passant par le Puy-en-Velay. 

Chez notre culbuto, la politique l'internationale est dictée par l'intérieure. Celle-ci se résumant ces jours-ci à tenter de renouer à tout prix avec une crédibilité populaire qui lui fait défaut jusque dans ses rangs, il veut étendre son "savoir-faire". Rien de tel qu'un tapis de bombinettes pour sauver des gens chez eux (que l'on déclare vouloir refoutre à la mer chez nous, étrange non ?) et redorer son pin's de président dans deux secteurs de pointe de La France avec un grand N : la crainte du grand méchant arabe et rouler des mécaniques de l'autre côté de la Méditerranée. 

Sur la base d'une conversation autour d'un thé fin avec Bernard Henri Lévy, notre souverain propose à l'UE des frappes aériennes ciblées sur la Libye. C'est pas comme si on avait eu 40 ans pour liquider Kadhafi en toute discrétion. Là faut agir vite et bien visible !

Sûr que Mouamar s'accrochant (ah ces dirigeants et leur pouvoir !), la perspective d'avoir à re-retourner sa veste et de voir à nouveau se planter, un jour, dans les jardins de L'Elysée la Quechua Deluxe de l'ex-dictateur, ex-terroriste (1980-2001) puis ex-partenaire (2007) puis de nouveau ex-dictateur sanglant (la semaine dernière, 'tain c'est compliqué les affaires étrangères): ça la ficherait mal. 

Jouer au Bush de Franprix et montrer qui c'est Raoul juste pour gagner deux ou trois points dans les sondages : on le retrouve enfin notre ouinneur, expert en dentelle, à-propos et demi-mesure.  

Seulement badaboum, patatras : quand ça veut pas, ça veut pas ! Avant même qu'Angela Merkel ne se déclare "fondamentalement sceptique" (google translate : c'est plié), Dame nature s'y met et le jour du buzz programmé, c'est vers le Japon que les regards se tournent. 
PS : Une pensée pour Alain Juppé.

9 mars 2011

Madame rêve

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Dans la série "lorsque la corruption ne les discrédite pas, déconnexion et ridicule s'en chargent"... Après l'appel de 2007 à utiliser la bicyclette en cas de carburant trop cher, le courroucé "il n'y a pas de pénurie d'essence" en plein blocage des raffineries en 2010 et après s'être plantée sur toutes ses prédictions de croissance, Christine Lagarde, ministre de l'économie[1], a pris son chauffeur et sa plus belle berline pour t'apprendre les bonnes manières du bien rouler.  

Faut dire qu'après t'avoir incité à acheter à crédit loin de ton boulot, puis à changer de caisse avant la fin de la prime à la casse (+ 8.8% au 4e trimestre 2010), faut un minimum assurer le service après-vente quand l'essence et la menace d'un vote sanction pètent tous les scores.  

L'archiduchesse de Bercy, accompagnée de sa ribambelle de caméras, s'est donc fendue d'une excursion  dans une guinguette à pétrole au pied des fortifications de Lutèce.  Video uncut ici

Elle est formelle : pour payer l'essence moins cher, faut aller là où c'est le moins coûteux.  Madame rêve de comparateur, de voitures à 30 à l'heure et d'essence moins chère qu'ailleurs. On comprend mieux pourquoi elle est une des rares survivantes à son poste de ces remaniements à répétition (permettant aux ministres kleenex de traiter gens et dossiers par dessus la jambe). En sus de son sens de la proximité, son côté terroir limite France des clochers, cette ministre, au moins, maîtrise la signification du mot "économie". Là, je suis bluffé.

[1] Salaire brut mensuel de 13 471 euros + 13000 euros/mois de frais de représentation + 4 095 euros d'indemnité mensuelle de conseillère de Paris + appartement 300m2 gratuit au Ministère.


P.S : Autre méthode pour t'économiser des pleins et kilométrage zéro sur la twingo :  demande au chauffeur d'Estrosi de remonter de Nice pour tes déplacements de boulot sur Paris intramuros. 

8 mars 2011

Une France sans futur ?

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Tout a été dit sur le sondage qui fait "trembler" les Français et doucement sourire les partis installés, à moins que ce ne soit l'inverse. La menace Le Pen n'est pas un scénario nouveau, mais c'est toujours payant. Si ce sondage plaçant Marine en tête au premier tour des présidentielles est dans la parfaite continuité du soap-opera visant à faire de la fille du fiel, la Florence Foresti de la politique, le résultat reste démoralisant même pour un blasé de l'exercice. Il pose d'autres questions angoissantes : 

Quel est le plus dramatique ? Une droite qui drague (et rate) l'extrême droite ou une gauche ne cherchant pas à séduire sa gauche ? 

Quel est le plus inquiétant ? L'invasion fantasmée d'arabes qui ont attendu de détrôner un dictateur au péril de leur vie pour s'expatrier dans notre dynamique contrée pétaradant de confiance et de projets, avec sa croissance Lagardienne à trois chiffres, ou, le fait que la tranche d'âge ayant le présent et l'avenir les plus enviables chez nous a entre 60 et 105 ans ? 

Quel est le plus déprimant ? La perspective d'une Marine Le Pen à L'Elysée ou la possibilité d'une extraball de cinq ans pour le chef de gang de la mafia de Neuilly pourtant à 20% de popularité ? 

Même si on peut discuter de sa méthode, ce cliché-sonde va comme un gant au climat du moment. Le plus percutant est ce qui n'y figure pas : la perspective d'un avenir bandant.
Etat des lieux 
(pour les chanceux ayant raté les premiers épisodes).  

Deux France en 2011. Celle qui possède, qui jouit et celle qui subit, trime, stresse ou s'ennuie. Et là on ne parle pas que d'hyperriches ou d'hyperpauvres mais bien de cette confusion des standings entre les générations parmi les "classes moyennes", thématique mille fois abordée ici. Le modèle des parents (patrimoine, bons salaires, retraites confortables, suivi médical constant et bonne santé...) a maintenu langue pendante depuis dix ans la génération des enfants qui n'a pu s'en "offrir" la partie matérielle  qu'au prix d'un endettement massif (plein de frais cachés) et d'une soumission à un salariat en pleine destruction avec des conditions de travail pourrissant à vue d'oeil. Tout cela ne tenait que sur la promesse d'une amélioration, d'un enrichissement :  synonyme formaté du bonheur sur terre (racines chrétiennes my ass, personne ne paye son crédit ni son nouvel heil-phone en psaumes, la vraie croyance commune c'est le pognon). Cette génération réalise péniblement (non, 4 heures de mongoleries télévisuelles par jour ça ne favorise pas l'éveil) l'impasse dans laquelle elle s'est fourvoyée, d'où la remontée, O surprise, de la thématique du "déclassement". A défaut d'être traitée par d'autres, le FN la récupère, pour l'instant, à moindre frais.

D'un côté, tu as donc le golden-retraité qui vote systématiquement (droite ou candidat le plus apaisant à gauche, non je ne regarde personne) pour la sécurisation de ses acquis (le Monarque l'a compris) et, de l'autre une classe active de trentenaires, quadras, s'auto proclamant "dégoûtée" de la politique, mais qui, de par son comportement individualiste, sa soif de consommer, de s'endetter ou son relatif plébiscite de l'auto-entreprise renforce depuis dix ans le discours de droite (et au final le vote), savonnant  jusqu'aux tréfonds de sa conscience la planche idéologique qu'elle dégringole aujourd'hui

Les autres : seniors fauchés, jeunes précaires ou quinquas entre-deux sont discrètement mis sous le tapis, sortis des statistiques, au chomdu, en caravane ou à la rue : tout le monde s'en tape, ils ne votent pas

A gauche, à droite pour 2012 : tout indique pour le moment que l'on fait, encore une fois, en se basant sur la pyramide des âges et la répartition du pognon, le pari de parler à La France des possédants[1]. 

Dans cette optique, l'axe à droite est, comme d'hab, celui de la peur : peur des impôts qui augmenteraient avec la gauche, peur des arabes qui viendraient piquer nos boulots (alors que, et ce serait cocasse si ce n'était pas si con, l'on parle majoritairement ici à des retraités ou des rentiers) et désormais peur de la peur via la menace Marine. 

Pour les socialistes,  la ligne jusqu'à présent semble être de capter les 5 ou 6% de CSP+ déçus du Monarque qui vont les faire gagner. Etant entendu (selon eux) que la gauche de la gauche à qui ils délèguent les salissantes thématiques sociales, se ralliera au second tour. Ce sondage va, peut-être, changer les choses.

Dans ce contexte de défiance envers le politique (au-dessus des contingences de la justice et du plein d'essence) où les candidats des "partis de gouvernement" peinent à se déclarer, n'osent pas défendre un bilan (à droite ça se comprend), pas même un programme (à gauche ça se comprend moins vu le boulevard), et alors que Marine Le Pen bat le record de présence sur plateaux TV d'un Rioufol ou d'un Zemmour (qui ont tapissé le terrain) et qu'elle bénéficie d'une dynamique d'outsider ("hors système" mais dans le système média) l'autorisant à dire à peu près tout et n'importe quoi sur n'importe quel sujet au prétexte qu'elle n'a jamais eu le pouvoir : la montée de l'extrême-droite est logique.

Et pourtant... on n'entend pas plus chez elle que chez les autres ce mot simple qui fera gagner les élections à celui qui le prononcera avec conviction"futur" 

Révélé par un sondage renforçant ce sentiment : c'est d'un "No Future" généralisé dont crève ce pays à petit feu. 

Tant qu'il n' y a pas de perspectives, innovantes et censées (sur le logement, les salaires, la répartition des ressources, les services publics, la place de l'argent...) avec des échéances précises, cohérentes, comprises de tous et un contrôle citoyen : la prime ira à l'incertitude, à la peur de perdre, donc à la peur de l'autre. Quel que soit le parti élu : le pays, au pas idéologique d'une gérontocratie dominante prête à sacrifier les plus jeunes pour conserver rentes et acquis, continuera à enfouir sa tête dans une gloire d'antan, pas plus connectée au monde d'aujourd'hui qu'à celui de demain.  

Le temps qu'on lui fasse les poches, La France des moyens, aussi apeurée de l'immigré que du voisin d'en face, se claquemurera dans son pavillon sécurisé pour lequel elle s'endettera bientôt sur deux générations, jouant au "riche" pour exorciser sa terreur de devenir pauvre, rejetant hors de sa vue au fil des plans sociaux, des licenciements et des surendettements, les montagnes de précaires que ce mode d'exploitation, profitable au politique sans projet, continuera de générer.

Les plus jeunes, eux, quitteront d'eux-mêmes ce pays vitrifié dont les centres-villes sous cloche, musées et parc à nantis, feront le bonheur des touristes de la classe moyenne chinoise.

Et un jour, pas si lointain, nos enfants écoeurés par la petitesse de leurs aînés, s'expatrieront, si on les accepte, vers les terres d'abondance, de jeunesse et d'opportunités...

...de l'autre côté de la Méditerranée.


P.S : Et merde, je voulais faire un billet optimiste.



[1] La ruse du crédit étant de te ranger d'entrée dans le camp des "possédants" alors que tu appartiens à la banque. 


Illustrations : Le paquebot France, au large d'une plage indienne, quelques années avant sa mise à la ferraille. / The Economist

3 mars 2011

Mes nuits sans Zemmour

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17h. Ils attendent en frissonnant devant le building aux vitres teintées, 200 devant moi, le double derrière. Beaucoup de vieux. Bien habillés. Quelques quinquas portant beaux mais pas tant que ça, et des des grappes de jeunes ça et là, sapés en costard des années 80, abusant du Blackberry et du Biactol

Edgar a sa redingote de l'inspecteur Derrick, Maryvonne est apprêtée comme pour la messe de Paques : rouge à lèvres rose et brushing de quatre heures, enroulée dans un manteau de fourrure qui a vécu. L'homme à veste en cuir s’approche du couple de petits vieux.  Après s'être tâtés quelques minutes à base de "on est en démocratie, et on ne peut même plus dire ce que l'on veut, mais ou va-t-on je vous le demande", nos distingués se détendent de la gaine : 

- On a beau dire, les musulmans ne sont pas comme nous, je les connais moi.

- Moi aussi, mais n'allez pas croire qu'ils sont tous comme ça, j'ai de bons amis arabes. Ils boivent du Pastis et mangent du porc.

Électrisés par le nombre et la proximité des comme eux, ils y vont sans gêne : 

- Vous avez vu Martine... son mari défend des salafistes.

- Vous savez, Lille est un département d'Algérie.

- L'Islam, on creuse, on creuse, et au final on trouve toujours du terroriste.

Très vite, autour, dans le bivouac temporaire pour férus des dossiers "savoir-vivre en relais-château" des magazines du Figaro, flotte une effluve de rot aviné à la Galliano

- On ne peut même pas les renvoyer chez eux, ils n’ont même pas d’adresse là-bas !

- Sûr qu’on n’est plus tranquille chez nous !

- Mais on ne peut plus rien dire, on se fait taxer de racistes, c'est vrai quoi, il y en a assez d’être dans un pays où les médias sont des cocos !

- Moi raciste ? Je ne prends que des auxiliaires de vie portugaises.

- Et le Coran, on en parle, on en parle, mais je l'ai lu ! Affirme l'homme en cuir,  sortant sa sélection de sourates recopiées sur Post-it. Et bien, c'est macho man et compagnie.

- Ah bah c'est sur, je le dis depuis trente ans : dans dix ans on sera toutes voilées.

Nous rentrons lentement, filtré un à un an par la fouille au corps et le scan de sécurité. Montrer patte blanche. Ici, Al-Qaida ne passera pas. Je me retourne, ils sont encore plus nombreux. Devant l'annexe de l'Assemblée nationale, Rue de l’université, la crème de l’anti-islam, branche soirée de l'ambassadeur, est venue en masse soutenir son poulain et j'ai du retard dans la file.

La guigne. Moi qui trépignais d’assister à la convention nationale des réformateurs libéraux (on a des bonheurs simples). Mate le menu : Jean-François Copé (et son humour caustique), Gérard Longuet (sans ses casseroles) et Hervé Novelli (le créateur de la délocalisation intégrée sur la base du volontariat nommée auto-entrepreneur, et plus connue sous le nom d'énième cadeau au patronat qui n'en attendait pas tant). Thème du colloque : «  Les normes vont-elles tuer les libertés des Français ? De l’air ! ». Crois-moi ça va envoyer du bois ! Et si on est sage à la fin, y aura un ball-trap sur fonctionnaires. En temps normal, la choucroute party aurait au mieux réuni 5 Madelinistes neurasthéniques, 3 bayrouistes en sevrage et 2 espions industriels d’Alternative Libérale. Mais c'était sans compter la perversité de nos libéraux qui, pas à une contradiction près, ont convié... le plus médiatique des réactionnaires : Eric Zemmour.

Non, non ne joue pas le lecteur offusqué, même si en offrant une tribune au délinquant elle rompt avec sa "priorité au victime", du point de vue des idées, l'UMP peut inviter un fraîchement condamné pour provocation à la haine raciale, ni moi ni les 500 personnes autour ne voyons ici aucune faute de goût.

Lueur dans la nuit de l'occident menacé, Zemmour a violemment attiré l'encarté UMP. Et ce mercredi à 17h30, l'insécurité gangrène les humeurs : on ne pourra pas tous rentrer. L'angoisse monte chez les seniors, quelques coups de cannes s'échangent : les places sont précieuses.  Des grands-pères retardataires remontent la longue ligne, tels des groupies de Radiohead en déambulateur, tentant en vain de racheter une place au marché noir. Et dire que j’ai croisé un Francis Ford Coppola contemplatif avec son sac Shopi au milieu des touristes de la fontaine St-Michel sans que cela suscite la moindre levée de camescope, c’est à vous désespérer du genre humain. Enfin, ce pays a les icônes qu'il mérite. Alors que j'accède enfin au premier portique anti ogive nucléaire, la voix d'un vigile résonne depuis le deuxième sas de décontamination à gauchistes.

- Plus que 50 places !

Dans le groupe de petits vieux bien éduqués qui commençait pourtant à sympathiser sur la base de sa xénophobie de salon, on se recroqueville sur ses craintes, chacun s'accrochant à son flyer comme une conque à son rocher. Sur le parvis, journalistes et caméras attendent le chroniqueur maudit (mais omniprésent du service public au service privé). Vue d'ensemble sur la file, je constate une nette dominante masculine de l'audience fébrile saupoudrée par les gamines journalistes des chaines d'info croquant du quidam pour les flash de 18h. Mystère des phéromones : ni le Zemmour ni le libéral-réformateur ne semblent attirer la jeune gente féminine. Un type d'une chaîne à péage double tout le monde, logique, c'est la chaîne de l'impertinence et de la transgression.  J'arrive enfin au cerbère de la liste des happy-few et décline mon identité :

- Seb Musset... mmm ce nom n'est pas sur la liste. Me répond le soldat de soirée.

Mon agent infiltré aurait-il merdé ?

- Un complot surement. Vérifiez mon brave.

- Non, moi je ne donne des badges d’accès qu'aux gens dont le nom est sur la liste.

Sacrebleu. Qu'elle me semble loin l'époque où je rentrais au Privilège en espadrilles, je perds la main. Foutu pour foutu, je sors le grand jeu : 

- Je connais personnellement Roger Karouchi. (N.B : ça va chier). 

- Bon, attendez sur le côté et voyez ça avec ma collègue.

Dans l'antichambre pour l'extase, avant l'ascenseur pour la salle Victor Hugo, ça se bouscule méchant. Je ne suis pas le seul à posséder un carton d'invitation sans être reporté sur la liste des invités. Zemmour en guest ou pas, le réformateur-libéral est dépassé par l'organisation de ses propres colloques.

- Et vous voudriez leur filer la gestion du pays !

Peine perdue, l'esclandre est étouffé par les cris et les pleurs. Et cette collègue qui n'arrive pas ! On se serait moqué de moi. La tension monte d'un cran, de plus en plus de subclaquants sont coincés dans le hall, suspendus au bon vouloir de cette préposée qui ne vient jamais.

- C'est Zemmour qui a raison : une seule femme dans l'organisation et ça vous fout le boxon. Entend-on.

La Maryvonne au vison râpé reçoit à son tour désemparée, une fin de non-recevoir du vigile : 

- Madame, je ne donne des badges qu'aux gens qui ont confirmé leur présence sur internet.
*
- Ah ça non monsieur, jamais je n'écouterai France Inter !

Mais que vois-je ? Devant moi, ces pépères tranquilles à qui l'on donnerait la carte réduction senior sans confession, grugent des places à répétition. Et moi qui songeais prendre la tête du front des recalés du libéralisme pour défendre l’accès à la Zemouritude pour tous, c'est bien la peine : racaille récidiviste va ! Edgar à redingote regarde s'élever dans la cabine translucide l'homme à la peau de cuir et aux sourates en post-it vers ces lieux sacrés où le début de la célébration est annoncée. Il lâche aux désemparés un ultime rictus de fierté. Le vigile hurle : - Plus que 10 places !

Torpeur et confusion. Je suis locked-in-sonotone englué dans une confiture d'anciens. Alors qu'on risque  un Heysel, La Maryvonne sans papier capte enfin l'ordre d'Hessel[1].

- On est renvoyé chez nous c'est ça ? Edgar enfin, INDIGNEZ-VOUS !  

Les refoulés entre deux sas tambourinent contre les baies vitrées :

- On étouffe !

Dehors, la mêlée meugle un PSGesque :

- Eric ! Eric ! Eric ! 

On dénombre quelques cas de syncopes dans le vestibule. Des bas de contention virevoltent dans l'espace mal ventilé.

- Zut, mon dentier.

A l'agonie, une voix implore :  

- Pitié, mes sels !

Je baisse les yeux, ça vient du sol. La dame en Armand Thiery disparaît, pâte-à-crêpée sous le piétinement des encartés. Une rupture de pacemaker au niveau du premier portique échauffe les esprits. 

- Beuhharrr ! Eric, je veux Eric ! 

A ma droite, un étudiant de l'UNI, déclassé comme nous de la liste et ayant forcé sur le Fanta fraise, est prit d'un delirium tremens en voyant passer dans la rue Maxime Gremetz. Il enjambe le parapet pour courser le député apparenté PC.

- Eric ! Eric ! Viens me chroniquer ! 

On ne reverra pas le baudelairo-libéral myope à la libido perturbée.

Je réalise avec effroi, alors que nous sommes prisonniers de l'entonnoir bordé de vigiles bleus et de plantes vertes, que la horde hors d'âge des dévots de Zemour continue d'affluer au portique. Edgar à redingote réconforte son épouse en sanglots. 

- C'est sans espoir Maryvonne. Ce pays est foutu.

Une première baie vitrée cède sous la pression des retraités. Défile dans ma mémoire la dernière heure de TitanicLa sanction tombe:

- Mesdames et messieurs, je suis désolé, IL N'Y A PLUS DE PLACES DISPONIBLES.

Les scènes de détresse qui s'enchaînent resteront à jamais gravées dans mon souvenir. La marque du désarroi y déchire de son cruel couperet le peuple de droite, sempiternelle communauté martyre.  Minorité discriminée, n'auras-tu donc jamais droit au chapitre ?

- Un jour tu verras Maryvonne, la droite vaincra et tout ça va changer !

Je repars dépité de l'assemblée nationale. Avec ces conneries, j'ai raté des Chiffres et des lettres. J'ai intérêt à en sortir un bon billet pour rentabiliser. Des racistes, en heure creuse, hèlent des taxis chinois ou pakistanais, peu importe le premier qui passe. D'autres à pardessus gris, les rêves de dédicace brisés, remisent dans leurs cartables en skaï les photos d'Eric arborant ses plus beaux Lacoste : bleu schtroumpf, rose babar et brun kaki. Les plus jeunes enfourchent un Velib, direction chez papa maman pour se pignoler sur le best-of de clash chez Ruquier. Je quitte les claudiquants et traîne ma peine vers les Invalides. A deux rues de là, aucun écho des émeutes urbaines. A l'heure où le patriote à la retraite écoute galvanisé ses mentors endurcis disserter sur le trop-plein de normes qui l’empêche de siester tranquille, le salarié sort de sa journée de labeur. 

Crépuscule mélancolique sur la France du progrès.


[1] Ce calembour est certifié conforme à la norme ISO-404 relative au travail de nuit du blogueur.

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