8 juillet 2011

La TNT a dit tu ne voleras point

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Compliqué est le métier de journaliste de chaîne d'info continue. Il faut brasser du vent, meubler, ne jamais avoir peur du ridicule, interrompre un débat sur "l'affaire DSK ne risque t-elle pas de tuer le débat des primaires ?" par un live du chef-candidat-inculpé-innocent qui coince sa clé dans sa porte, bien caler ses réclames en même temps que la concurrence pour ne pas se faire voler le scoop (de la clé), toujours être chaud sur le fait-divers et traiter les faits de société(s) en toute impartialité. 

Dans le doute ou parce que tu as 14 sujets à traiter ce matin-là, la parole du patron tu reproduiras. Il est vrai que Kader le salarié est non seulement un de ces fraudeurs qui récupère quelques melons dans le trop-plein d'invendus sur lesquels l'actionnaire principal de l'enseigne (le bien nommé Casino), se fait une marge de pétrolier saoudien, mais en plus ce flouté, comme tout bon criminel, n'est pas annonceur sur BFM.



Le traitement rappelle celui, à chaud, d'un certain Xavier Mathieu (avant qu'il ne devienne un bon client de plateau télé) lors d'un coup de colère justifié dans une sous-préfecture. Kader "ignorait le règlement intérieur" dit BFM. Bien sûr, pas à un seul moment, la chaîne ne remet en cause, en situation d'urgence, la légitimité du dit "règlement". Pas un seul instant elle ne se penche sur le fait qu'une enseigne qui multiplie les ouvertures dans les coins les plus prospères de France jette chaque jour de la nourriture. Pas une seule fois elle ne questionne les pratiques de ces commerces qui importent des prunes du Chili et licencient un employé pour en avoir glané trois pourries dans la poubelle (ce qui, tu en conviendras, est une luxure qu'il convient de sévèrement châtier). Exceptée via l'interview posée de la représentante CGT, l'information continue ne se penche pas non plus sur les conditions de travail de Kader, pas plus que sur son salaire, ni sur les conditions de vie de ce contrevenant à la bonne marche d'un salariat et d'une consommation ne connaissant qu'un mode sur ces chaînes offertes : la soumission.

Pas le temps de faire des héros coco, juste des coupables. Entre deux pages de pubs, nous on continue l'information.

Et surtout, qu'elle ne s'arrête jamais. 

Une minute suffit à injecter l'antidote pour couper court à la dangereuse contagion. L'information c'est : Pas d'autres Kader au Monoprix sinon pan-pan cul-cul.

7 juillet 2011

Mentalité française, le village

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Il revient parfois à la source, dans cette campagne que des magazines étranges et glacés qualifient de "profonde" ou de "charmante" et qui, pour lui, est juste l'endroit où il a grandi. Les lieux ne lui arrachent qu'une vague mélancolie. Il n'est pas attaché aux endroits juste aux souvenirs. 

C'est un village de vieilles pierres prisées, "hors de la vie" pour l'urbain. A son arrivée dans la région, trente ans plus tôt, l'enfant des villes s'émerveillait d'une existence au ralenti ponctuée de "bonjour" et de "merci", de rez-de-chaussées, de chiens lézardant au milieu de la grande rue aux grandes chaleurs, de volets ouverts et fermés à des heures précises. Pourtant, dans cette société loin du moderne, on trouvait à moins de quatre minutes de marche de la plus éloignée des maisons, deux électriciens, un quincaillier, trois épiceries, un disquaire, un grand bureau de poste, une école municipale (où le maire lui apprit à lire) et même un magasin de jouets artisanaux où, après les cours, il s'attardait une petite heure.

Avec les années, les voyages et le manque de pognon, il revient de moins en moins ici déguster son calice des souvenirs. L'amertume du présent est trop prononcée. Le village aux rudes contours, murs fêlés et toitures déglinguées, s'est métamorphosé en smoothie aspartamé. Le grand tournant s'opérait au milieu de la dernière décennie du siècle passé : quand l'immobilier remplaça le travail dans la mentalité des possédants. Dans la grande rue, les vieilles bâtisses bringuebalantes ont aujourd'hui de belles façades aux pastels nomenclaturés par décret municipal, les cabots ont disparu, remplacés par des rangées 4X4, aux vitres teintées respectant un horodatage sophistiqué de part et d'autre de la chaussée. Le square est "vidéoprotégé". L'église assiégée par sa peur de l'ailleurs déchire le silence des lieux, carillonnant sa suprématie chrétienne à chaque nouvelle heure sans vie. Seul le désir de communier chaque dimanche à onze heures dans son plus bel apparat, berlines métallisées et souliers vernis, trouble la quiétude mortifère d'une ruralité sous-vide. Mais pas l'été. On lui préfère Ibiza. 

Il remonte la grande rue pavée, sous le bras une rustique aux arachides de Palerme, une baguette quoi. Chaque pavé de la voie classée des chariots qu'il a toujours connu défoncée a été enlevé, traité, retaillé, poli et réaligné, lissé pour le confort des suspensions de cabriolets. Un jour tu verras, on y rajoutera un tapis de sol pour s'éviter des procès en cas de chute et de trauma crânien.

Hormis le logo collé par la multinationale qui l'a franchisée, seule la façade de l'épicerie centrale de la grande rue n’a pas connu de modifications en trente ans. Les autres façades de l'artère, trop insistantes sur l'"authenticité" pour l'être ne serait-ce qu'un peu, abritent des banques, des assureurs, des brocanteurs d'objets à cinq ou six chiffres et des choucrouteurs pour vioques. Le bulletin municipal indique pour le trimestre : 112 décès pour 1 mariage et 2 naissances. La rue déserte offre ses 6 distributeurs de billets en moins de 50 mètres. Ici, on se cash pour mourir.

Bientôt midi. Pas une âme à la terrasse des troquets vintage sur la place de l'église. Si. Un couple, de ces couples à cheveux blancs qui ont l'air d'avoir vingt ans depuis vingt ans, s’attable dans l'enclos fleuri climatisé à la cannelle de la belle auberge prune. Il s'approche, les deux parlent anglais. 

Le juke-box à souvenirs sort un classique de derrière les fagots. Le soir de l'élection de Chirac en 1995, les précédents taverniers offraient leur tournée de champagne. Il se souvient des dithyrambes du patron :

" - Ah putain, ce pays va enfin changer !  Lançait le bonhomme à l'assemblée, avant de lui soigner une dédicace personnalisée : "Ah...Et puis les gauchistes de Canal Plus c'est fini !"

Peu de temps après, le patron de l'auberge vendait le fonds de commerce. Il vit six mois par an en Thaïlande. Le reste du temps, il se repose. Et empoche des loyers. 

Face à l'auberge, il aperçoit la boutique verte. Trente ans avant, ces murs abritaient la Coop, une petite épicerie familiale debout depuis des décennies, des siècles peut-être. A l'infarctus du gérant, le magasin fut repris par un couple de jeunes de la ville. Quelques mois. Un glissement de terrain aura raison du magasin qui restera fermé trois ans. Puis, un coiffeur styliste vint s’installer. C'était le début de la fin. Plusieurs se succédèrent. Pas moins de trois patrons en quatre ans, dont un coiffeur canin. Nouvelle fermeture d’un an à la fin des années 80. Au début des 90, un jeune entrepreneur nommé Rachid, une rareté dans la région, transforma l’endroit en vidéo-club. La demande de divertissement dans ces terres reculées était forte et le commerce de proximité, malgré l'épiderme du tenancier, plébiscité. Rachid essentiel aux soirées cosy, on l'intégra rapidement. Mais les chaines à péage eurent raison de son coeur à l'ouvrage et un matin il placarda un Braderie des films, liquidation totale. Le renouveau ne dura que deux ans. Dans le village et tout autour dans le pays, peu à peu "bien marcher" ne suffisait plus pour vivre de son métier. Chacun trouva moins fatiguant que d'aller chez rachid pour se fournir en distraction, et personne ne le pleura. Derrière les volets fermés de propriétés aux pointes de portails de plus an plus aiguisées, Canal Plus triomphait.

A partir de cette époque, l'homme aux souvenirs ne vint plus que très épisodiquement dans la région. Au gré de ses courts séjours, en dix ans il observera le manège des commerces à cette adresse : un énième salon de coiffure puis un fleuriste. Été 2011. La stabilité enfin. Depuis octobre 2008, l’échoppe est colonisée par un agent immobilier de luxe fier d’afficher qu’il opère de concert avec le spécialiste international de l'immobilier de luxe. A la différence de la Coop qui restait ouverte d'avant l'aube au crépuscule passé, il n'a jamais vu l'agence ouverte. Pourtant, il doit y avoir de la vie quelque part : en vitrine les annonces pour demeures au million d’euros, prix d'entrée, sont régulièrement achalandées. 

De la Coop à Sotheby’s, il faut croire que les commissions sur les transactions immobilières des riches étrangers annexant la région rapportent plus que le commerce de produits locaux aux villageois, deux espèces décimées en une génération, la sienne. Paradoxe du village opulent, il est aujourd'hui bien plus vide à l’année qu’il ne l’était il y a trente ans lorsqu'il était « hors civilisation ». Et on veut lui faire croire que la richesse sauve ? L'argent détruit tout, s'il n’est pas partagé.

Il s'assoit sur les marches de l'église tonnant sa loi dans le néant d'un pays imaginaire au passé relooké. Un pays sans présent où demain n'arrive jamais

"- Un bon petit village français !" Hurle-t-il à l'épicentre de la matérialisation miniature du fantasme national.

Il est temps de reprendre la route.


P.S : Cette note est inspirée par l'Atlanticrotte du jour signée Malika Sorel : "On doit donner la nationalité quand on reconnaît que la personne est devenue française, c'est à dire qu'elle possède la mentalité française".

6 juillet 2011

Pas de pitié pour les crédits

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"Avec la crise, de plus en plus de ménages sont en grande difficulté financière. Entre janvier et mai 2011, les Français ont déposé plus de 106.000 dossiers auprès de la commission de surendettement, soit 12% de plus qu'il y a un an. Des difficultés de remboursement qui mettent notamment en péril le logement des ménages. Pour les aider à faire face à ces difficultés, la loi prévoit un garde fou: la possibilité de suspendre, jusqu'à deux ans, le remboursement des mensualités du crédit. Selon les informations d'Europe 1 ce lundi, les Français seraient de plus en plus nombreux à recourir à cette possibilité, qui de plus dispense du paiement des intérêts..."


C'est bien malin de vouloir rendre pénalement responsables les adolescents quand on passe l'éponge sur les conneries de leurs parents (pourtant à la source de cataclysmes économiques king-size).

Des "difficultés de paiement" ? Sans blague ? Pour rembourser des maisons achetées dix fois trop cher parce que M6 l'a dit, alors que les salaires sont collés au plancher ? La France des propriétaires, chef entrepreneur et redécorateur de son domaine à traites à qui le poulain avait promis dans le vide une défiscalisation des intérêts bancaires, vient pleurnicher maman loi quatre ans après pour avoir un report de crédit au motif que le logement du ménage est "en péril". Pauvre chou. C'est le moment d'y penser. 

Pourtant, bien illuminé était déjà le salarié qui, il y a cinq ans pouvait affirmer qu'il aurait aujourd'hui 1 / encore un boulot 2 / qu'il serait mieux payé ! Ceux qui n'ont pas les yeux plus gros que le ventre et se contentent d'un train de vie en rapport avec leurs revenus (c'est à dire d'une surface réduite et une hausse des loyers) apprécieront cette nouvelle mansuétude du législateur envers celui qui a une régie publicitaire à la place des yeux (car, vu et revu : un crédit; une fois que t'en as un t'en as cinq) et qui "n'a pas pu prévoir" qu'un troisième abonnement Heil-Phone pour le gamin allait compromettre son statut de propriétaire.  Quelle sera la prochaine étape ? Une hausse de la TVA pour les pauvres, histoire d'aider les classes moyennes à rembourser aux banques leurs crédits incohérents pour des baraques en papier crépon (mais avec decalcos Damido) ? Ou plus pervers encore ?

On me glisse dans l'oreillette que, à l'échelle de la dette publique, c'est ce qui se passe en Grèce

Entendons-nous, les endettés sont également des victimes d'un mécanisme, de banksters à la petite semaine, des sirènes cofinogesques aux paiements étalés supposément sans frais. Les endettés sont parfois même contraints à la dette (dans l'immobilier par exemple, avec des revenus équivalents, il est souvent plus simple de s'endetter sur 30 ans que de voir son dossier de location accepté). Il convient donc de dissuader ceux qui n'ont clairement pas les moyens, en premier lieu, de souscrire à des crédits. Par loi, par exemple, en interdisant, comme pour la cigarette ou l'alcool, la publicité pour l'emprunt toxique. 
(Combo concept d'une grande banque française : vente privée + crédit immo. Fallait oser.)

Inutile de préciser que nous prenons rigoureusement le chemin inverse et que dans le domaine de la bêtise économique, il est souvent bien simple de taper (trop tard) sur le méchant banquier (qui ne fait que son métier : capter ton pognon avant même que tu l'aies généré) que de regarder ses responsabilités en face. Avec nos boulimies d'avoir et notre indulgence complice envers "les facilités de paiement" servies sur un plateau par l'escroc, nous sommes aussi, à notre échelle, des criminels multirécidivistes.

Pour plus d'infos (et de fun), en toute objectivité, une seule référence...

5 juillet 2011

Un enfer français

par
Dans notre série Vie de droite retrouvons Tristan le trentenaire, célibataire en colocation à la capitale, en visite provinciale chez ses parents : Jean-François et Églantine Raybanon.

Sous le charmant parasol de chez Maubois et Labouéanderche (l'équivalent de deux RSA socle versés cash) protégé de sa bâche plastique verte Lafoirfouille pour que le soleil ne le burine pas, le couple de retraités et leur nouvel enfant, Mastock un pitbull de 60 kilos, ont mis les petits plats dans les grands pour recevoir Tristan en ce dimanche midi de grillades estivales dans l'ample jardin paysager qui s'étend devant le mas doré

Boulots incertains après six années de stages sous-payés, loyer corsé pour une cabine de douche dans l'évier, zéro visibilité sociale depuis 15 ans, la vie de Tristan n'est pas à proprement parler un aéroport pour l'optimisme, mais il s'y est habitué et le contact avec la vraie misère lui apprend à relativiser. Il y a en ce bas de monde légions de tourmentés bien plus injustement traités. La preuve.

En effet, à peine attablée pas loin du barbecue à l'américaine type What Else ? avec télécommande et bac à glaçons intégrés, entre la farandole de mini légumes et les brochettes d'agneau à la cannelle, Églantine accablée confie à son fils le précaire qu'elle n'a pas vu depuis un an que sa vie est devenue un enfer: 

EGLANTINE RAYBANON
" - Le torchon brûle avec nos portugais."

La phrase en choquerait plus d'un, dans l'environnement primesautier aux précieuses compositions florales, elle glisse sur un Tristan comme l'odeur du prout dans la pissotière. Le trentenaire n'a eu comme seule règle d'élevage que sa famille reste supérieure, en toute circonstance, à la masse suintante et populacière qui cloporte son manque d'ambition par-delà les fortifications du mas doré. La supériorité familiale ne tient pas à des diplômes, une quelconque éducation ou une connaissance du monde. Ici aussi on apprend la vie avec Tf1, les voyages se limitent à six par an en resort sécurisé tunisien (jusqu'aux récents et fâcheux développements) et les rangées de livres des bibliothèques ne servent qu'à colorer d'un lustre savant de grandes pièces bourrées de bibelots laqués, de poupées miniatures, de tables basses et de meubles d'époques (diverses) ordonnées sur la seule base de leur potentiel ostentatoire. La supériorité, c'est un art de vivre. Le lecteur aura donc besoin de précisions historiques pour apprécier le repas familial à sa juste valeur. 

Pour veiller sur toutes ces choses, dans cette région sous cloche au moindre abri de bus "vidéo protégé", en plus de Mastock, les Raybanon ont un besoin vital de [leurs] portugais. Ceux-là se succèdent depuis 30 ans, résidant gracieusement dans un pavillon au bout du jardin en échange d'une présence et de tâches domestiques à effectuer au mas doré. Ici, lecteur, on ne s'abonne pas à une télé surveillance comme le vulgaire m'as-tu-vu en pavillon à piscine Jean Desjoyaux. Non, il faut des gens. Il en va du rang et de l'intégrité des Raybanon et du standing dont ils doivent faire preuve dans l'ancienne région paysanne désormais sous OPA foncière des fortunes de France et de Navarre qui viennent s'y shooter à l’authenticité rurale dix jours par an. 

Pourquoi ne choisir que des familles dont le patronyme sonne portugais et non maghrébin ou français ? Tristan ne l'a jamais vraiment capté. Probablement un reliquat du début des années 70, période à laquelle la vie des Raybanon (de la décoration intérieure du mas tiré d'un film de boules de Claudine Becarrie à l'interminable attente de la sortie du prochain album de Mike Brant) semble s'être bloquée. Tristan se rappelle qu'à une époque lointaine, face aux clones attifés selon les dernières tendances de la jet-set saumuroise et rassemblés chaque mardi après-midi autour d'un cake à l'orange pour ces réunions tupperware qui constituèrent le firmament de sa vie socialeÉglantine ne tarissait pas d'éloges génétiques sur "le courage du portugais". Et si quelqu'un, ce qui n'arrivait pratiquement dans son biotope de Marie-Chantal, s'aventurait à lui rétorquer qu'il s'agissait là ni plus ni moins de racisme, Églantine s'insurgeait que c'était celui qui disait qui y était et qu'elle incarnait la tolérance même. La preuve : elle n'honorait du récurage de ses chiottes pour une obole symbolique "QUE" des portugais. 

Toujours est-il qu'avec les années, au fil de ses visites, Tristan constate que le turnover des familles d'Algarve s'accélère. Même avec un loyer gratuit, les ingrats, las des travaux à pas d’heures et des taches ménagères à effectuer et re-effectuer dans la foulée pour contenter une Églantine compensant la vacuité crépusculaire de son existence de femme de maison désespérée dans l'inexorable remake domestique de Master and Commander, quittent leurs maîtres pour devenir entrepreneurs ou, injure, gardiens d'autres propriétés pour ces vraies grosses fortunes étrangères qui depuis dix ans déboulent dans la région et ne radinent pas sur les pourliches, elles. Tristan les comprend. Larbiner à domicile pour deux sourdingues et acariâtres en pathétique prolongation de trip colonial n’incite pas à la fidélité.

ÉGLANTINE RAYBANON
"- Pff, il va falloir que l'on s'en sépare, car ils ne parlent pas français et ne font aucun effort pour s’intégrer". 

JEAN-FRANÇOIS RAYBANON
" - Tu comprends Tristan, ils ne jouent pas le jeu. Ils vont tout le temps voir leur famille à la cité des Bois-jolis et ne sont jamais là pour garder la propriété."

A 8 kilomètres à vol d'oiseau et 42 par des départementales soigneusement alambiquées pour séparer l'enclave des riches de la vallée des gueux dont elle le marqueur architectural le plus repoussant, la cité des Bois-jolis est depuis trente ans l'objet des fantasmes cauchemardesques du couple de golden-retraités. Lecteur, imagine leur tourment alors que le simple écho d'une 307 d'occasion passant à proximité du mas doré provoque déjà chez eux des diarrhées d'angoisse.

JEAN-FRANÇOIS RAYBANON
« - Ils travaillent quand ils veulent. Et le problème majeur, c’est pour la communication. Ils ne parlent pas français. Ça par contre pour toucher le chômage, ils retrouvent le sens des mots. » Lance Jean-François ne connaissant du Pôle Emploi que ce qu'en décrit Valeurs Actuelles, à savoir qu'il s'agit d'un spin-off particulièrement généreux de la Française des jeux.

Tristan tente la remarque que pour "toucher le chômage", il faut avoir un minimum cotisé, donc avoir travaillé. Sans succès. Avec le travail au noir qui, des divers ouvriers et jardiniers bichonnant le mas aux gardiens à l'année, furent ici le standard avant l'arrivée salvatrice des chèques emplois services et autres niches fiscales, il est fort peu probable que "leurs portugais" passés ne touchassent quoi que ce soit du chômage à moins d’avoir effectué un second travail, ce qui n’est pas, même des esthètes comme les Raybanon pourraient en convenir s'ils mettaient exceptionnellement leurs neurones en contact, la définition la plus immédiate de la fainéantise. Mais ce genre de subtilités, ou même de notion même approximative de ce que sont "chômage" ou "travail", sont étrangères à une Églantine qui, par le truchement d'un emploi fictif dans la PME de son mari, s’empiffre depuis dix ans, et pour une bonne vingtaine encore, une retraite qui ferait baver plus d’un smicard.

Tristan laisse filer et se ressert en patates braisées. Rien à objecter sous peine de passer pour un dangereux gauchiste à shooter d’urgence au Xanax comme on le fait en ces lieux pour chiens et enfants à la moindre contrariété. La machine à préjugés moulés à la consommation quotidienne de C dans l’air featuring Michel Godet et rehaussés aux pépites de Figaro Magazine est partie : plus rien ne peut l’arrêter. Tristan se tait et écoute la sagesse des aînés et leur philosophie de poubelle de table en argent massif. L'odieux fils se réjouit de voir les voir bloquer dans une situation qu'ils ont construite de toutes pièces sur les fondations de leur bêtise. Car les pauvres riches vont bel et bien devoir «se priver» de vacances sur la côte, dans leur maison secondaire, car ils ne font plus confiance à leurs gardiens pour garder.

Le mal est fait. La situation sans retour. Le portugais (trop francisé ou pas assez, Tristan ne sait plus très bien) est désormais dépouillé de ses attributs de portugais. Lors de l'ère d'ordre et du respect du plus fort où il faisait preuve de son désir d’intégration en s’empilant 60 heures de tâches domestiques hebdomadaires pour un tiers de SMIC les yeux embués de reconnaissance pour la sollicitude de ses maîtres. Ceux-là avaient encore envers le brave travailleur, la sensation du devoir accompli :  ils contribuaient à l'occidentalisation du bon bougre. A force de services, en deux décennies, l’indigène et sa famille sauraient se tenir en société et parler un français irréprochable... même si certains étaient établis en France depuis deux générations, étudièrent à l’école de la République et parlaient sans l'once de l'accent d'un pays dans lequel il n'avait jamais mis les pieds. Jean-François et Églantine ne s’embarrassent pas de ce genre de détails. Au fromage, Tristan se rappelle encore avec émotion, la blessure d'une Églantine vexée que son ancienne bonne portugaise, repartie dans son pays natal jouir d'une retraite amplement méritée (en plus du ménage le jour, elle travaillait de nuit à l’hôpital), ne lui envoie pas une seule carte de vœux après tout ce qu’Eglantine avait "fait pour elle". A savoir lui offrir le privilège d’astiquer ses poupées durant 20 ans pour 3 euros de l’heure. 

Mais voilà les temps sont durs, et aujourd’hui Églantine rage, le portugais ne sait plus être convenablement portugais. Il n’y a plus de petit personnel, les relations géodomestiques se distendent.

JEAN-FRANÇOIS RAYBANON
« - Ils fraudent et viennent ici pour profiter ! »

La température et les verres de vin s’additionnant, s’en suit une diatribe anti-"profiteurs" directement puisée dans les fiches pratiques Copé-Novelli du site de l’UMP qui, malgré le cadre pastel à la David Hamilton, rappelle la saveur programmatique des piliers de troquets interlopes. En substance, la plaidoirie s’articule en trois axes succinctement étayés : les chômeurs sont des feignants, pas assez contrôlés et tout ça c’est la faute aux 35 heures.

Evidemment, Tristan ne peut plus rester muet d'autant qu'il a fini d'éponger la sauce gribiche. Ayant un peu de connaissances dans le domaine, il décide de recalibrer nos deux retraités qui claquent entre deux à trois salaires médians par mois en meubles et travaux de rénovation divers pour leur mini palais. 

TRISTAN
" - Bon déjà mon con, les fraudes sociales concernent en grande partie les patrons et non pas les employés ! Deuxièmement, répétons-le car je crois que ce point n'est vraiment pas clair dans ta tête, le chômage ne signifie pas automatiquement rémunération ! Dans la plupart des cas, il signifie juste que tu es au chômage (et encore, il ne suffit souvent pas pour te comptabiliser dans les statistiques officielles). Troisièmement, payons plus le travail et je te garantis qu’il y aura peut-être plus de gens qui auront envie d'être salariés ! Mais ça, la hausse des salaires ton gouvernement de justice sociale (dans un univers parallèle) ne veut pas en entendre parler. Quatrièmement, les 35 heures ont bien peu à voir dans cette histoire : les embauches sont souvent des temps partiels, dés 8 heures par semaine voire moins. Dans ton merveilleux monde de la valeur travail, on est de plus en plus souvent riche sans travailler et fauché en travaillant ! Cinquièmement, pour les contrôles, là aussi, plains-toi à ton poulain qui a bien agi pour démolir, heu pardon moderniser, les Assedics et l'ANPE. Bref, tu peux arrêter d’accabler le portugais de tous les maux puisque, à l’origine de ceux-là, tu as plus de chances de trouver les politiques pour qui tu as systématiquement voté depuis trente ans."

Et, parce que Tristan n'est pas le dernier pour la déconne et la fiscalité, il entraîne les Raybanon dans l'inconfortable zone du slip tâché : 

TRISTAN
«  - Regarde cet ISF auxquels plein de ménages sont théoriquement assujettis via leur possession immobilière et pourtant s'y soustraient systématiquement en s’appuyant sur la rareté des contrôles et la quasi impossibilité des contrôleurs à établir la valeur d’un bien puisque la loi les oblige à se référer à  un autre bien rigoureusement identique : ce qui n’arrive jamais. Votre mas doré là, il éclate de loin le barème de L’ISF. Et pourtant vous ne le payez pas depuis 30 ans. Ça s’appelle comment ça ? Hein, hein ? De la fraude fiscale. Et ce type de fraude constitue 70% du total du manque à gagner des recettes françaises. »

Et paf.

Mais, il en faut plus pour déstabiliser le rupin:

ÉGLANTINE RAYBANON
« - Oui c’est vrai il y a des abus. Chez Pinault ou Arnault ou chez les très riches. Mais nous on a travaillé pour l’avoir. »
*

Il est toujours stupéfiant de constater comment, lorsqu'on lui colle le nez dans son caca, le bourgeois, cette machine à moraliser les autres qu'il qualifie de beaufs, se rallie de lui-même à la sécurisante classe moyenne qu'il raillait deux minutes plus tôt. Doté d'un air bag mental instinctif de type Wauquiez, il se met parfois à la défendre car elle le disculpe de toute responsabilité au prétexte que, m'enfin, y a bien pire.
*

Tristan qui a passé l'âge qu'on lui redécore l'histoire sociale des trente-glorieuses façon "nous on a souffert" sait pertinemment que ni Jeff ni Églantine n'ont fourni un travail leur permettant sur cette seule base de maintenir leur train de vie actuel. Celui-ci, hors retraites, est liée pour la partie immobilière à une acquisition à des prix extrêmement bas à la fin des années 70 sur la base d'un salaire en forte inflation (sois précisément l'inverse de la conjoncture actuelle) et pour le reste à 20 ans d'héritages divers dont les deux plus récents, post 6 mai 2007, ont bénéficié de droits de succession allégés. Principe de la relativité bourgeoise et au passage, moteur du vote UMP : c’est toujours ceux qui font le moins d'effort qui insistent pour que les autres s'en cognent plus

Églantine manque d'avaler son soufflé aux quetsches du jardin de travers lorsque Tristan lui rappelle, mais le savait-elle seulement, que si le prix du mètre carré augmente virtuellement pour le propriétaire, il augmente très concrètement pour le locataire et que ce dernier des derniers ne bénéficie, lui, d’aucun laxisme fiscal.

Mouché et pris en flagrant délit, le père à la surdité sélective, sentant que le déjeuner familial risque encore de tourner au carpaccio d'UMP s'en retourne au code source : à savoir les étrangers sont des feignasses de profiteurs (quant bien même ils sont français depuis 30 ans et/ou qu’ils travaillent depuis 50). 

JEAN-FRANCOIS RAYBANON
«  - Mais regarde Tristan, une chose qui est dingue : on ne voit que de SDF français. Jamais des Arabes, des Noirs ou des Portugais ! » 

Ce voyage dans le cerveau de droite n'en finit pas de stupéfier Tristan. Jusqu'où la connerie ira-t-elle ? Se dit-il. Jusqu'aux prochaines élections et par-delà probablement. Qu'est-ce que son géniteur a-t-il voulu vraiment vomir ? Qu’au final, il n’y a rien à faire : la couleur de peau et le nom de famille prévalent sur la carte d'identité ? Auquel cas pourquoi reproche-t-il à des gens, qu'il ne considérera comme jamais français, de ne pas assez s'intégrer ?  Ou veut-il simplement, dans une pure logique rationnelle de droite, qu’il y ait PLUS de couleurs de SDF dans les rues afin que ce qui lui reste d’existence lui soit plus supportable ?

Tristan tente une explication sur les bienfaits d’une solidarité entre diasporas contrebalançant un traitement plus dur envers les minorités et les étrangers, mais il réalise que nuancer les termes de la connerie initiale contribue à abreuver en eaux usées le moulin rance de l’adversaire et, qu'à l’image de la stratégie de communication du gouvernement UMP, il se laisse entraîner sur le terrain du faux débat merdique. Se remémorant soudainement les épisodes de sanglantes joutes familiales en 1992 et 2005 au sujet de référendums dont ses aines furent d’ardents défenseurs (leurs prescripteurs de pensée correcte - toujours en place depuis - leur ayant garanti que c’était le sens du progrès) alors que Tristan passait pour un cagoulard avec son refus, argumenté en plus, de voter "oui", le trentenaire pointe du doigt l'inconsistance générique de l'électeur gériatrique empêtré dans son sale aligot des idées ratées.

TRISTAN
«  - Ouais mais tes gardiens, ils sont portugais. Donc européens. Donc Français. »

JEAN-FRANCOIS RAYBANON
" - Bah euh Ahh…"

TRISTAN
" - Quelque chose d'autre ? Bon, ok va me faire un nespresso."

Au dessert, les convives en sont revenus à la salade d'entrée. Les Raybanons, asservis, assièges en leur palais par la bassesse des petites gens, Ghesquière et Taponnierisés par leurs domestiques dont ils ont peur qu'ils les dépouillent une fois qu'ils auront le dos tourné, ne peuvent partir en vacances.

La réalité ambiante pèse peu rapportée aux certitudes de l'homme de droite. Même les déconvenues n’ont aucune influence puisqu’elles sont systématiquement réinterprétées selon une hiérarchie de déterminismes initiaux au milieu desquels il a systématiquement le bon rôle. L'enfer c'est les autres.

Tandis que Mastock lèche la graisse solidifiée sur la grille du barbecue de George Clooney, la famille dissout les rancœurs générationnelles à l'alcool de prune. Églantine évoque son autre problème de l'été : Quel livre va-t-elle "dévorer" cette année ? Marc Lévy, Dukan, La carte et le territoire ou Stéphane Hessel ?

La prune n'estompe pas la peine des Raybanon. Si les valeurs s’effilochent par le bas, elles s’effritent aussi par le haut. Si le sympathisant zemmourien se cramponne à un temps figé, il ne peut lutter contre les flux migratoires et le renouvellement des effectifs. Michel Sardou, dont le couple se persuadait que la seule évocation de la présence dans le quartier conférait un surplus de 10% à la côte du mas doré, a vendu sa résidence en haut de la rue à un "russe très riche" qui s’est tout simplement racheté trois belles demeures en sus, soit l'intégralité du pâté de propriétés. 

Financièrement et physiquement dominés en leur fief, les Raybanon, malgré leur aisance pompidolienne, deviennent soudainement les pouilleux du secteur. Le mas géant, son jardin anglais et sa fontaine aztèque Leroy-Merlin ont l'amertume soudaine du mobile home au camping de Bouzanville-sur-bois. S'auto-cataloguer cul-terreux, on ne connaît pas pire châtiment pour le bourgeois.

Les Raybanon se raccrochent aux circonstances et aux branches de l'arbre d’opulence. La pauvreté, ce crime, est le pire des repoussoirs. Alors que Mastock déchiquette un poupon Corolle que lui a acheté sa maîtresse chez King Jouets, Jean-François se satisfait comme il peut et l'exilé fiscal à domicile se trouve une soudaine fibre patriote à l'iode marine. 

JEAN-FRANÇOIS RAYBANON
" - C'est bien. Ce russe fait travailler des corps de métier de la région, c’est bon pour La France. »

Églantine, dont a vu que le sentiment d'appartenance aux classes moyennes varie selon la pugnacité de l'analyse fiscale de son interlocuteur, est même soulagée. Elle se repose en arrière dans la chaise à bascule Made in Taiwan à l'ombre du bouleau, et regarde demain avec toute la confiance d'une retraitée née avant 1955

ÉGLANTINE RAYBANON
- « Ouf, comme ça, il n’y aura pas de lotissements à côté de chez nous.».

Une brise tiède soulève ses cheveux blancs, elle ferme les yeux.

Le soir, Tristan reprend son train, soulagé de retrouver la ville, sa crasse, son taudis bruyant et surpayé mais infiniment plus respirable que cette exquise campagne à la moisissure vitrifiée.

VDD.

3 juillet 2011

DSK : mystère et boule de cristal

par
Tout ça pour ça.

Tandis que notre Monarque tentait de faire oublier son bilan de boulet en ripolinant son image au bulletin gériatrique du Pernault à base de tripotage des poussins, je bouclai mon billet sur les candidats socialistes à la primaire quand (ayant vécu une semaine interminable, je prends certaines libertés avec la chronologie) patatras bim bam : tête-à-queue dans l'affaire DSK   là où ne l'attendait pas (en tous les cas pas si tôt).

Le témoignage de la plaignante dans l'affaire du Sofitel est remis en cause sur la base de mensonges passés et d'intrigantes conversations téléphoniques. L'affaire se dégonfle par le discrédit jeté sur le seul témoin.

C'est la meilleure sortie envisageable pour la défense puisque l'accusation s'en charge. Je n'ai pas jugé dans un sens, je ne le ferais pas dans l'autre. Parti pris ou incohérences, cette histoire n'a à aucun moment souffert la nuance. De BHL au vigile de ma superette, chacun a désormais son interprétation définitive, en y établissant son coupable et sa victime, avec son complot, sa révélation, sa théorie ou son message. On a tant écrit et tant imaginé sur "le mystère de la chambre 2806" que même si l'on savait un jour la vérité, cela ne changerait probablement rien à nos convictions et certitudes individuelles. Je me contenterais de savourer la mise à la poubelle de la moitié de la production annuelle d'une presse "sérieuse" se refaisant une santé en virant tabloïd, et d'apprécier à leur juste valeur les re-retournements de vestes et triple-lutz piqués à venir.
(La France sujette à une mystérieuse contagion depuis le 15 mai 2011 : la sherlockholmite.)

Car, et j'en viens enfin au sujet de mon billet initial : ce nouveau virage en épingle à cheveux du destin compromet l'équilibre de cette primaire socialiste qui effraye tant les spadassins d'une droite peu habituée aux débats internes, et encore moins avec les Français. 

Dans mon billet avorté, et dans la perspective de choisir le plus apte à dégager l'imposteur qui occupe l'Elysée depuis 4 ans 1 mois et 26 jours  (oui, quand j'ai des doutes je renoue avec mes fondamentaux), je m'interrogeais : "Quel candidat au PS pour 2012 ?". J'en tirai la conclusion, basée sur l'observation de mon semblable, que DSK avait au moins l'avantage de séduire une partie des électeurs de droite au moins aussi bien que Le Monarque avait su endormir une partie de l'électorat de gauche. 

Les demandeurs de plus de gauche, dont je suis, oublient trop souvent une donnée fondamentale de ce pays : il est à droite même parfois, et c'est vicieux, chez ceux qui se pensent de gauche. Pas à droite dans le sens d'une appartenance à un parti, une famille politique ou un courant, il est à droite sans le savoir, dans la pratique, parce que "c'est comme ça et pas autrement". C'est le premier mode d'emploi abordable sans trop d'effort[1]. D'ailleurs, ça ne se revendique pas, ou alors par la négative, en tapant systématiquement sur les socialistes ou en pointant du doigt les grévistes. Les raisons sont multiples : vieillissement, individualisme, consumérisme, venin libéral distillé dans les consciences, temps quotidien par habitant de réflexion consacré à la politique d'environ 42 secondes dont 41 via Direct Matin, appauvrissement au milieu de l'abondance et, conséquence aggravante, l'endettement privé...  Seulement voilà, Le monarque ayant contourné la droite pour la faire sienne en 2007 est en passe de la détruire en 2012 sur la simple (mais méritée) détestation générale de sa personne (il a même réussi à ecoeurer les encartés de la première heure bien mieux qu'un left-blogueur n'aurait pu le faire). Guigne supplémentaire, son camp ne peut se débarrasser de son indécrottable culte du chef. Il y a donc théoriquement une autoroute pour les socialistes. Notre Monarque a tout pour perdre et donc... de grandes chances de rempiler en 2012 pour un deuxième quinquennat où il aura enfin les coudées franches pour entamer ses nouveaux "chantiers" (mot UMP pour "destruction") comme par, exemple, le démantèlement final du Code du travail ou la fin des 35 heures.
(Ce soutien à un poussin sans-papiers, logé et nourri sans contreparties "citoyennes", est intolérable. 
C'est encourager la société de l'assistanat et la perte de la valeur travailTM.)

Basculons en mode supputation. Même si dans les semaines à venir, on se dirigeait vers un non-lieu, DSK ne pourra pas se présenter à la primaire socialiste à moins d'en changer les termes. Ils n'ont pas à l'être, d'autant que les intentions de vote à gauche n'ont pas souffert de son éviction précoce. En revanche, un ticket Elysée-Matignon avec un candidat déclaré, Martine Aubry par exemple, devient envisageable. Il n'a même plus à faire campagne. L'une ratisse à gauche, l'autre à droite. L'un est identifié comme ayant une expertise mais étant d'un autre monde. L'autre a les deux pieds sur terre mais ne fait pas rêver. L'un est un homme qui voulait y aller mais n'a pas pu. L'autre une femme qui ne voulait pas mais a dû. La présidentielle se gagne en rassemblant. L'équation compliquée du candidat socialiste pour simultanément séduire, en solo, les sympathisants de son camp sans être méprisant envers la gauche de la gauche ni effrayer les déçus d'un Monarque qui, lui, s'enferme dans un processus de bunkerisation (cf. le 11e remaniement des baltringues), se simplifierait avec une configuration en duo (officielle ou fortement suggérée). Là, le Monarque n'aurait plus qu'à s'exiler et ouvrir un élevage de poussins.

Sans compter qu'à la tête du FMI, alliant incompétence, morgue et sourire à la Colgate, Christine Lagarde[2] devrait, dans un délai Western Union, faire passer l'ancien boss de l'institution pour un  altermondialiste pro-décroissance.
(Ne l'innocentons pas si vite, l'homme a encore des casseroles.)

Soyons assurés que, même avec l'autre bouté hors du palais (ça c'est pour l'éphémère jouissance locale), ça va barder (parce qu'au fond l'Europe est là pour ça). Comme l'assénait en substance Jacques Attali en janvier dernier : DSK (ou plutôt ce qu'il représente) a gagné[3]. Soit en tant que chef du FMI en charge de dicter les hausses d’impôts au président français, soit en les appliquant en occupant directement le poste. La prochaine étape, quel que soit le nouveau président, est l'entrée prononcée de La France dans l'empire de la rigueur sans retour. Le degré de résistance du peuple à cette injonction de "la raison" sera décisif. Mais ceci est un autre épisode... 
*
A chaque jour suffit sa peine.
[1] Un pays à droite par défaut où la repolitisation des abstentionnistes se fait via le FN.

[2] Attendons-nous à de belles leçons de choses sur les biens faits pour la santé d'une consommation de cinq graviers et cailloux par jour.

[3] Au matin de l'arrestation de DSK, le même se répandra d'une radio à l'autre pour déclarer que DSK était politiquement cramé.

25 juin 2011

Un ascenseur social en béton

par
Pour les retardataires, synthétisons les trois axes majeurs de la politique du gouvernement en matière de logement :

1 / Privatiser le logement social. Parce que bon, on ne va pas s'embarrasser avec ce qui coûte alors qu'on peut refiler un marché juteux aux copains. 

2 / Soutenir la bulle immobilière. Pour stimuler une croissance molle, maintenir à la hausse la valeur des biens ou les loyers perçus par le coeur de cible électoral de l'UMP (le proprio retraité) via une législation et une fiscalité aux petits oignons.

3 / Pousser le reste des Français à s'endetter. Via l’acquisition à crédit, les classes moyennes ont la sensation d'une richesse, d'un identité sociale, d'une perspective, d'une garantie, que le travail ne leur fournit plus. Tranquillement, crise aidant, se distille du haut vers le bas de la société l'idée que posséder vaut plus que travailler[1]. A la casse progressive du monde du travail depuis 30 ans (prochaine étape : la fin du CDI) répond une survalorisation artificielle de l'immobilier depuis 15 qui endort la contestation. Par l'accés au crédit immobilier facilité, la partie la plus exposée économiquement de la classe moyenne en vient à épouser et défendre le discours des vrais gros possédants.

Bref, "La France des propriétaires" était un bon concept... publicitaire. Du PTZ+ à la récente loi Bouvard en passant par les trois phrases qu'Apparu[2] décline d'un plateau télé à l'autre, grâce à son générateur shuffle intégré, il s'agit systématiquement d'encourager la France des endettés tout en confortant celle de la rente et des multipropriétaires.

(Avec le Bouvard 2011 : finance la retraite qu'on te supprime en investissant du "social" privé défiscalisé.)

Dans le triptyque bulle/rente/endettés, si le locataire fait figure de pauvre type (encore toléré une fois par mois avec des pincettes, le nez bouché et un soupçon de peur, par l'ancienne génération qui empoche son substantiel loyer), le vraiment pauvre, qui parfois travaille, est invité à dégager fissa.

Alors que les questions de logement restent sous-abordées par les politiques (enfin presque) pour 2012, nous glissons vers une nouvelle ère de la folie immobilière où, une fois encore, crédulité, cupidité et terreur du "déclassement" sont mis à contribution.

Etant donné que :

1 / Le réconfortant compromis "Ok, la vie coûte cher et je me fais avoir au boulot, mais tout va bien puisque je suis propriétaire" tremble sur ses fondations pour la moitié, souvent la plus jeune, d'une classe moyenne qui se prend de plein fouet la hausse des prix (denrées, carburant, énergie).

2 / L'Etat multiplie les encouragements législatifs pour les propriétaires et les endettés, au lieu de mettre le paquet sur le logement social alors que les situations de mal-logement et d'exclusion se multiplient.

3 / Le "business model" de la vente de maisons en papier qui tiendront moins longtemps que les crédits pour les rembourser patine sur les primo-accedants.

Allons-nous vers un élargissement dans la classe moyenne de l'exploitation immobilière comme source complémentaire, voire principale, de revenus ? 
(Ne nous embarrassons plus de pseudo argus immobilier, et entrons dans le vif du sujet : "le profit".

L'escroc n'y serait plus seulement le banquier ou l'agent immobilier, mais le particulier qui, avec la même conviction avec laquelle il dénonçait le "tous pourri" des puissants, se mettrait sciemment à exploiter son voisin encore plus mal placé dans l'échelle de la galère. Avec un peu de cynisme, et l'époque n'en manque pas, la chose pourrait même être l'objet d'un nouveau concept publicitaire : "La France des entrepreneurs de patrimoine". D'autant que, à l'instar de son influence déterminante dans la frénésie d'achat des plus jeunes, l'ancienne génération des multipropriétaires à rentes servirait là aussi de référence à égaler.
(Vieux qui arnaquent jeunes, jeunes qui arnaquent vieux : toutes les combinaisons sont possibles.)

Ce n'est qu'une supposition... On peut aussi bien se diriger vers une fermeture pure et simple du crédit.

Mais, compte tenu de la pauvreté d'imagination des dominants, d'une économie ne carburant qu'à la bulle, de la néo-libéralisation des esprits. Compte tenu de ce qui a jadis été observé dans d'autres économies  "florissantes" (Irlande, Espagne, Angleterre - cf.Perverse Road) reposant en partie sur ces rapports d'exploitation entre pauvres-moyens et pauvres-pauvres, balisés par les médias et les banquiers[3]. Compte tenu de ce que j'observe un peu partout en France. De ces modestes retraités qui louent 1000 euros une cabane au fond du jardin ou de ces potes de gôche qui, fraîchement trentenaires, m'assènent à l'unisson que "quand même, avec ce que je gagne[4] le banquier m'a dit que ça vaudrait le coup d'investir dans l'immobilier locatif pour ma retraite" : une partie du "business" de la pénurie (fausse) de logements pourrait bien être captée par une nouvelle génération d'"auto-entrepreneurs" qui feront du "social" comme ils font du Forex (une autre petite mode en vogue), favorisés par un Etat laxiste faisant d'une pierre deux coups. Il externaliserait un peu plus la gestion des pauvres en redynamisant le concept de "France des propriétaires" auprès d'une classe moyenne désillusionnée et à cran au niveau pouvoir d'achat.

Nous sommes bien sûr dans l'anticipation. Loin de nous l'idée d'affirmer que ce processus est déjà entamé, qu'il se répand insidieusement dans les consciences, que c'est la porte ouverte à tous les abus et  que je reçois dix publicités par jour à ce sujet.

* * *

[1] Et là, je pose la question aux pourfendeurs d'"assistés" : il serait intéressant de savoir quelle est la proportion d'électeurs du Monarque subsistant aujourd'hui grâce à un travail salarié ?

[2]  Benoist Apparu à l'immobilier ? Sérieux ? Non mais pourquoi pas Stéphane Plazza tant qu'on y est.

[3] Après des émissions marathons aussi orientées que "Maison à vendre" ou "Recherche maison désespérément", un "Bien vivre ma vie en exploitant mon louant mes maisons" (avec tartinage de "social, de bons sentiments et customisation du cellier pour en faire une chambre d'étudiant) est de l'ordre du concevable.

[4] Schéma toujours identique : couples de trentenaires à salaires moyens, déjà en cours de remboursement d'un bien immobilier dont la valeur a progressé ces cinq dernières années.

* * *
En complément une petite vidéo sur les marchands de biens capturée par intox2007 dans le documentaire de France3 "propriétaires... mais pauvres" produit par Ligne de Mire. Nous ne sommes pas (encore) totalement dans le sujet, mais un des pans de la philosophie immobilière de l'époque a le mérite d'être clairement exposée à partir de 1.40:

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