dimanche 17 avril 2011

Petite histoire du déclassement

 
Petite histoire du déclassement.
(Un peu de lecture pour les vacances, enfin si t'en as,
sans tralala et avec des bouts de fast-food culture dedans parce que c'est ça aussi le déclassement)
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Plus faibles rémunérations pour plus de diplômes, entrée tardive dans une vie professionnelle elle-même plus fragile, conditions d'accession à la propriété suspendues à des crédits à perpétuité,  rédaction d'articles non rémunérés... : sentiment ou constat, nous sommes beaucoup à penser moins bien vivre par rapport à nos parents au même âge, nombreux à nous dire "déclassés". La thématique reste pourtant rare dans le discours politique des partis de gouvernement comparé, par exemple, à la religion ou à la prostitution. 
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Pourquoi le déclassement peine-t-il autant à poindre dans les médias ?  Pourquoi les politiques hésitent-ils à s'y atteler ? Et pourquoi ceux qui l'expérimentent ont-ils d'abord fermé les yeux à son sujet ?  
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En 1984, Yves Montand nous affranchissait : 
"Le problème : ces privilèges, nous nous y sommes tellement habitués..."
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Petit retour en arrière sur deux étapes majeures de la France post-industrielle. Elle est passée en  30 ans du capitalisme "à la papa", vecteur d'ascension sociale certes relative, mais pouvant encore se targuer d'un "il n'y a de valeurs que d'hommes", au néo-libéralisme déconnecté de l'humain, où ceux qui travaillent le moins gagnent le plus, pouvant se résumer en un : "Si les hommes possèdent encore quelques valeurs, bah on va leur prendre !"  :
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1 / 1989. Fin du bloc de l’est qui maintenait l’occident dans une vague cohésion sociale face au péril  communiste. Depuis des années, sous inspiration des théoriciens de l'Ecole de Chicago, capitalisme actionnarial et libéralisme paradent outre-Manche et outre-Atlantique. Se propage parallèlement au niveau planétaire, l'iconographie télévisée de classes moyennes prospères, d'où les représentations du travail et du crédit sont expurgées. 

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Exemple type du "tout confort, zéro effort" des années 80.
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En France, le terrain se prépare depuis 1983 avec la reprivatisation d’entreprises publiques (certaines furent d’ailleurs sauvées de la faillite par les nationalisations de 1982) et "le tournant de la rigueur" dont le symbole marketing le plus mémorable reste le show Vive la crise ! avec Yves Montand, que les futurs déclassés, encore mômes, regardent fascinés entre deux épisodes de Dallas.  Si nous y mettons du nôtre, on nous promet l’Amérique sous la forme d'"Etats-unis d'Europe". Au final, on aura surtout des délocalisations à moins de deux heures d'avion.
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2 / A partir de 1984 s'enclenche une gigantesque privatisation (et création ex nihilo) du paysage médiatique français. Presse, tv et radio (alors acquis à la gauche syndicale et intellectuelle) sont vendus à des "capitaines d’industrie" (pèle-mêle : vendeurs d'armes, entrepreneur des BTP, Berlusconi, agences publicitaires...) ou à des jeunes entrepreneurs (nous sommes alors en plein dans l’apologie des icônes de la gagne type Tapie) qui feront de leurs radios "libres" des groupes cotés en bourse en un peu plus d'une décennie. 
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Néo-capitalisme triomphant relayé par un quadrillage média (se concentrant d'année en année dans  les mains de proches du pouvoir) sans contre idéologie structurée (Le socialisme entre dans une logique d’accompagnement d'un capitalisme débridé se cachant derrière l'idée européenne, tandis les partis de contestation se divisent) : il faudra une quinzaine d'années pour qu'accède à la responsabilité suprême le "président des riches".  C'est relativement long comparé aux basculements libéraux observés alors en Europe (Irlande, Espagne, Angleterre…).
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Mai 2007. L'élection du Monarque est un accélérateur de déclassement, qu'il soit réel ou perçu. Son discours s'appuie sur les jeunes, avec la promesse d'une fluidification de l'accession à la propriété (par le crédit) et d'un surplus de travail (sans augmentation, celle-ci étant conditionnée au surplus). Il s'adresse aussi aux plus âgés : un électorat ne travaillant plus ou en passe de partir à la retraite, souvent propriétaire (dont la valeur du patrimoine est conditionnée à la "soif de propriété" des plus jeunes) parfois bailleur (Le rentier est souvent l'actionnaire d’une entreprise de désordre garantie par le politique. Ici, il s'est gavé sur le dos du jeune avec la bénédiction du politique). D'autres jeunes adultes, se cassant le moral depuis le début de leur vie active, il y a déjà dix ou quinze ans, déconstruisent un peu tard le dogme de la croissance et perçoivent les limites d'un capitalisme les ayant traînés de mal en pis jusque-là. Ils assistent consternés au spectacle de Français s'en injectant la plus puissante des doses pour cinq ans !
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Sous les effets de "la crise"TM et grâce à la nature excessive du Monarque[1], le quinquennat révélera un peu plus la coexistence malaisée des deux France: la déclassée ou en cours de déclassement, et celle de la rente. Cette dernière étant majoritairement âgée, voilà un joli conflit larvé de générations.
un must (enhanced)
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Pourquoi parle-t-on peu du déclassement d'un pan de la population jusqu’en 2009 
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1 / La cécité des élites.
Le personnel politique et médiatique est globalement resté le même durant 25 ans. Plutôt âgés et du bon côté générationnel, par manque d’hétérogénéité sociale, ils n'ont au mieux rien vu venir.
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2 / L'intoxication des baby-boomers futurs golden-retraités.
Durant ces vingt-cinq années, la "société de la rente" dont Le Monarque est aujourd'hui le VRP se  répand à des degrés moindres, mais très avantageux tout de même, vers la génération des aînés : situations professionnelles pérennisées, augmentations de salaire, patrimoine immobilier rapidement remboursé avant que les prix ne flambent fort opportunément...  Tandis que les conditions de travail et les revenus des jeunes débarquant sur ce qui devient un "marché" se dégradent comme jamais (du stagiaire non payé au cadre sur exploité payé 10% que le SMIC, le tout sous l'emprise du chômage et des discours de motivation interne visant à fusionner leurs cerveaux sur la grille de rendement de l'actionnaire) la santé, les retraites, le logement deviennent les chasses gardées des baby-boomers.  Dans la presse, les "problèmes" de société : travail, immobilier, fiscalité sont abordés selon leur prisme. Ce déséquilibre est antérieur à l'arrivée du Monarque, mais ce dernier l'a renforcé comme personne sur les plans symbolique et législatif.  Les baby-boomers, devenus seniors avec de bonnes retraites, des "golden-retraités", sont les bénéficiaires des deux premières années de son quinquennat.
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3 / Un silence nécessaire.
Le capitalisme a besoin de silence pour opérer, via ce décrochage générationnel, sa mue sur le terrain du travail (un packaging comprenant flexibilité, temps partiel, baisse des salaires, dégradation du statut de cadre, atomisation des syndicats et baisse des protections, permettant de "corriger" une situation trop "favorable" pour les salariés des années précédentes). Dans cette période : tandis qu'à l'arrière, les aînés prospèrent dans leurs certitudes, leurs enfants, tourneboulés dès le départ par le consumérisme et le désir de "s'intégrer" à un monde qui est en fait révolu, sont envoyés au casse-pipe en première ligne sur le "marché" via les stages et les contrats précaires.  
4 / La soumission des jeunes. 
Entre 1985 et 2000, l'usage du CV et les stages se généralisent au point d'être défendus par tous comme "indispensables au parcours professionnel".  Un salarié officiant à deux ou trois postes pour le quart du prix d'un salarié, c'est d'abord indispensable... pour l'entreprise bien décidée à ne pas réduire ses marges (là aussi le politique est le garant d'un désordre au bénéfice prioritaire du patronat et des actionnaires). Chacun s'habitue aux différences salariales considérables d'une génération à l'autre. Le déclassement salarial s'opère dans un relatif mutisme : dans certaines sociétés, avant d'être 9/10 fois jetés au bout de 6 mois, les stagiaires à 300 euros mensuels, carburant à la croyance d'embauche, côtoient des salariés inlicenciables à 4000 nets, les premiers étant parfois plus compétents ou diplômés que les seconds.
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"On a tous nos chances, à nous de nous battre". TF1 + M6 = TF6
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Au cours des années 90, le stage remplace le service militaire (tout juste supprimé). Il s’étend aux filles, se prolonge dans le temps et ne bénéficie qu'au capital : l'ennemi est le travailleur lui-même, le stagiaire dumpe les salaires. Le jeune n’a de cesse d’être "volontaire" et de "séduire" ce monde de l'entreprise alors que celui détermine son embauche sur son coût et sa flexibilité en s'embarassant de moins en moins de nuances dans son management.  La soumission progressive des jeunes générations aux codes du travail 2.0 sera parfois soutenue par les parents (financement des études, hébergement à la maison jusqu'à 30 ans, garant pour le loyer, de temps à autre règlement des courses, apport pour l'achat de la voiture…). Les "coups de pouce" reculent d'autant la conceptualisation du déclassement.  Glissant peu à peu, si ce n’est dans l’inconfort physique au moins dans un flou angoissant quant à son avenir proche, la jeune génération X, Y ou Z puise ses ambitions et sa volonté dans la représentation d'un modèle économique victorieux véhiculé par les politiques, les médias et leurs parents : celui d'une période passée de plus en plus déconnectée de sa réalité.  Comme on le chante alors dans les pubs pour baskets américaines fabriquées en Asie : "juste fais-le". Si le jeune veut, il peut. A force d'effort, "ça finira bien par marcher". Il n'en sera rien ou si peu.

Au petit jeu de la béquille familiale, le rôle de l'héritage est renforcé. Au sein des classes moyennes, ceux partant avec un pactole parental plus épais sont au final les plus favorisés. Les situations de déclassement deviennent individuelles, décalées, honteuses - et globalement tues ou recouvertes de la couverture marketing de "la galère" -.  Elles commencent insidieusement à se creuser, aiguisant les appétits et rancœurs car les budgets se serrent, et mettent en compétition des individus de même couche sociale.
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Résumons.   D'un côté, une jeunesse confrontée au sous-salariat et au chômage, à laquelle politiques et médias ne déclinent que trois options en boucle : s'endetter, travailler pour rien et être vidéosurveillée.  De l'autre, une France de plus de cinquante cinq ans qui possède, dépense et dispose. Cette France-là est aisément entretenue dans l'illusion d'une société où "tout ne va pas si mal" puisqu'effectivement, pour elle, ça va mieux que jamaisSi l'on en parle un peu du déclassement aujourd'hui dans les médias, c'est d'abord au travers des inquiétudes de la génération des golden-retraités. C'est parce que les baby boomers ont fait leurs la thématique du déclassement qu'on l'évoque enfin ! Ils s'inquiètent de la dégradation des standards de vie de leurs enfants et prennent conscience que l'économie du "coup de pouce" a ses limites.   La thématique remonte aussi en parti car la première vague de déclassés atteint les 40 ans et le décrochage devient pesant : logement inaccessible, construction d'une famille repoussée, mauvaise couverture santé, retraites plombées...
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La frilosité du politique à aborder la question du déclassement s'explique par la démographie. Le déclassement touche par définition la partie la plus jeune de la société et celle-là vote moins. Évoquer trop abruptement ce thème et son articulation actuelle (les jeunes qui financent de leurs misères, de leurs dettes et de leurs loyers, le train de vie des aînés), c'est prendre un risque
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Le déclassement n'est pas tant un symptôme de l'époque que le résultat d'un mécanisme enclenché depuis un quart de siècle. Une génération a été gâchée dans le silence, tandis qu'elle faisait les affaires d'un monde de l'entreprise en pleine "optimisation". Ce recalibrage des prétentions permet aujourd'hui une baisse des standards pour les nouveaux venus (qui, eux, ont grandi avec la télé-réalité propageant l'idée de soumission et distille codes et méthodes pour "réussir" en écrasant son prochain).
Conclusion : 
Vers un sursaut des déclassés comme en Tunisie ?
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Ça parait mal engagé. La proportion de golden-retraités et de déclassés névrosés (déclassés prisonniers du confort via un travail minant assorti d'un crédit sur 30 ans) est encore très importante. Le type vraiment dans la mouise consacre l’essentiel de ses forces à survivre.
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Pour les autres. Tant que nous envisageons le déclassement individuel sous la forme d'un "manque à gagner" afin d'égaler le train de vie de nos aînés, il ne se passera rien. Chacun continuera à payer de sa personne (augmentation de la charge de travail sans compensation, surendettement…) jusqu’au point de rupture intime. Le déclassement est un processus bien plus large qu'une simple histoire de standing domestiques. Il inclut la destruction des acquis sociaux, la casse des protections collectives et des services publics, l'alimentation discount, la dégradation programmée de l’éducation, la privatisation totale du moindre aspect de la vie quotidienne, les processus d’isolement et de défiance des uns envers les autres. 
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Nouvelle étape aujourd'hui. Après un bon dévissage de l'économie, une reprise molle qui ne profite à personne et une avidité sans limites des forces de l'argent, la condition du déclassé déborde de la sphère "jeune" pour atteindre d'autres populationsLe clivage générationnel perd de sa pertinence. Les stagiaires ont toutes les raisons de s'unir aux quinquagénaires licenciés, aux auto-entrepreneurs, aux fonctionnaires dont les missions et les tarifs sont cassés ou encore aux "retraités abandonnés" (les déclassés de la retraite, autre catégorie en forte progression et encore plus ignorée). Tous sont déclassés, pas à la même vitesse, pas au même moment, mais suivent la même dynamique. 
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Le déclassement est une étape transitoire entre deux mondes. C'est un terme pratique recouvrant une multitude de cas particuliers, posé sur un mal qui grignote la société depuis un bail en remontant  silencieusement par les jeunes actifs.  Le déclassement est aussi un mot dépassé.  Nous sommes désormais dans le cloisonnement d'une large partie des classes moyennes. Tout en s'assurant de sa malléabilité face aux "impératifs du marché", se construit progressivement (avec parfois son concours) sa  ghettoïsation (géographique, éducative et professionnelle) afin de bloquer son ascension vers la partie supérieure de la société ne voulant plus partager.
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Est-ce une bonne nouvelle ? A ce rythme, d'ici 20 ans les enfants de déclassés ne devraient pas se considérer comme tels. 

[1] Avec dans l'ordre des coups de poignard à son électorat : nuit du fouquet's, yacht de Bolloré le lendemain de l'élection, mannequin milliardaire emballée c'est pesé à Eurodisney en 24 heures chrono, scandale de la nomination (annulée) du Prince Jean à la tête de l’Epad et un chèque de 30 millions d'euros à Liliane B. de Neuilly.
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Le pearltree : "classes moyennes ou classes populaires"
classes moyennes ou classes populaires

16 commentaires:

Stéphane Laborde a dit…

Penser la société comme un flux générationnel.

Penser la monnaie comme un moyen d'échange universel.

Oublier le concept esclavagiste de patrons et d'employés.

Comprendre que les changements se font dans la continuïté, étudier le calcul différentiel.

Une génération tortue, comment se fait-elle rattraper par une génération Achile ?

Est-ce que Achille ne rattrape jamais la tortue, sous prétexte que les photos de sa course sont prises à des instants de plus en rapprochées, elles sont en nombre infini ? Ou bien Achille finit bien par rattraper la tortue parce qu'une somme infinie de termes peut converger vers un nombre fini ?

La tortue finit par mourir.

Achille devient lui même la tortue, et sera rattrapé par un nouvuel Achille.

"Ainsi soit-il" tel est le nom du film.

La monnaie se doit d'être basée sur un Dividende Universel.

Ne pas comprendre la contunuïté est la cause de la non-compréhension du remède.

Anonyme a dit…

Résumé assez intéressant, moins drôle, mais plus analytique et objectif qu'à l'habitude.

Le déclassement s'appuyant sur son aile droite pour faire cravacher le prolo (la carotte) et sur son aile gauche pour le faire rêver et lui faire oublier son exploitation (le progressisme).

Un progressisme (terme servant à masquer ce déclassement) soutenu de façon croisée par le MEDEF et la gauche grâce au féminisme (un marché du travail pléthorique et soumi à l'esprit féminin, intrinsèquement soumis au système "mâle-dominant") et à l'immigration, créant de fait l'armée de réserve du Capital.

D'où les Fadela, Rachida, Rama, sans oublié MAM, Parisot, Lauvergeon.... Guerre des sexes, guerres des ages, guerre de tous contre tous pour de plus grands profits.
Si tout cela n'est qu'un hasard, je veux bien qu'on me coupe un bras.

Soit on admet que des "experts", ceux qu'on ne voit jamais à la télé, on fait ces analyses depuis des années, voire des décennies et on combat sérieusement ce système, soit on fait semblant de chercher des solutions dans un terrain vague et ce merdier peut durer encore au moins un Siècle, le populo étant incapable de faire la différence entre une démocratie (Clara Morgane forever) et une dictature (le retour de la mort qui tue de la menace fachiste 3).

Un autre Séb.

Humperdick Klatbodford a dit…

Rôôô. Mon Stage de Rêve voilà une émission que je ne pensais pas possible avnt aujourd'hui. Ça laisse rêveur effectivement...

Anonyme a dit…

ca va etre encore plus saignant quand la bulle immobiliere va eclater. Il va y avoir un gros paquet de surrendette qui n auront plus d autre alternative que de dire oui a tout pour payer les traites d un truc invendable aux prix qu ils l ont payé

sinon on oublie quand meme un chose dans toute l histoire : la France est dans une phase de declin (on est pas les seuls certes mais il faut bien faire de la place aux chinois, bresilien ...) et pour eviter que ca fasse mal on a collectivement choisi de sacrifier les jeunes pour maintenir le niveau de revenu des vieux (ca c est surtout dans les pays méditerranéen)

Comme les vieux sont majoritaire en France, il n y aura pas de revolte a la tunisienne. La meilleur chose que peut faire un jeune aujourd hui c est de quitter la France

Anonyme a dit…

Que pensez vous de l'expatriation dans les pays émergent comme solution au marasme français ?

seb musset a dit…

@anonyme > Je ne suis déjà pas sur que partir soit une solution pour celui qui veut partir, alors pour celui que veut rester... Arrêtons de penser en terme de destinée individuelle. (Pas évident, tout est fait pour nous pousser à l'inverse)

Anonyme a dit…

Qu'est ce qu'on fait ensemble pour améliorer nos situations individuel alors? Y'a souvent des constats mais pas d'action ou d'inaction a mener sinon ça deviens névrotique n'est ce pas?

Anonyme a dit…

Malheureusement comme je l ai ecrit, les vieux sont majoritaire en France. J ai lu dans le canard enchaine que l age moyen de l electorat est de plus de 55 ans !
Et ca ne prend pas en compte le fait que les vieux votent plus et surtout pour l UMP et le PS alors que les jeunes ont tendance a se disperser dans des petits partis (pas de jugement de valeur ici, juste la constatation que 2 partis peuvent diriger la France)

Certes tous les vieux ne sont pas des egoistes qui ne pensent qu a eux mais entre la deconnection du reel (ma mere vient par exemple juste de se rendre compte du prix exorbitant des loyers. normal elle n en paye pas) et leurs besoins croissants (la dependance, les frais medicaux) le choix va etre vite fait

Donc a moins d une revolte violente et non democratique (car contre la majorite qui represente les interets du 3eme et 4eme age), la situation en France ne peut qu empirer

C est pour ca que je disait que les jeunes francais ont interet a s expatrier, meme si au depart c est pas leur choix.
Si un pays te propose comme avenir de torcher les culs ou d etre stagiaire a vie, pourquoi rester ?

La destination n est pas forcement les emergents comme l a ecrit un autre anonyme. Je pense qu il n y a pas qu une solution valable tour tous. Par exemple pour prendre un domaine que je connais, si vous avez fait des etudes techniques, l Allemagne c est tres bien

Ju a dit…

Bonjour
joli boulot !
Tu sais que je suis d'accord avec toi seulement je m'interroge :
- la grille de lecture que tu utilises est issue d'un modèle marxistes (société de classes, etc.) et seulement là dessus. C'était valable à l'époque mais je m'interroge aujourd'hui sur une réelle utilité de son application. La société a évolué et existent-elles toujours, ces classes ? On est tous tirés vers le bas, et j'ai plus l'impression qu'aujourd'hui on est tous dans la merde. Dans le même temps, arrive une diversité en matiere de zones d'habitat, d'accès aux transports en commun, d'origines et de cultures...
La situation que tu décris n'est-elle pas trop simple ? est-ce qu'il n'y aurait pas d'autres parametres qui pourraient entrer en jeu ?

seb musset a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
seb musset a dit…

@ju > Cette "petite histoire" n'est pas exhaustive. Y a de quoi faire un bon gros bouquin là.

Chaque situation a ses spécificités. Chacun "compense" à sa façon son "déclassement", ce qui atténue la prise de conscience du choc.
Pour beaucoup (ce qui explique la prédominance d'un "malaise" plus que les conditions d'une révolte) le problème n'est pas la chute en elle-même, que l'impression de décrocher par rapport à un modèle largement fantasmé.

Si l'on ne cultive rien d'autre que l'apparence, le confort et la possession, à l'évidence on s'enferme dans une spirale déclinante :

1 / On est éternellement insatisfait puisque constamment poussé à dépenser pour de nouveaux biens synonymes d'élévation sociale sans cesse repoussée puisque chaque semaine un nouveau "truc" sort (De ce côté-là au fond aucun déclassement même les petits foyers possèdent l'équivalent de 20X le matos informatique utilisé par la Nasa pour envoyer l'homme sur la lune).

2 / Parallèlement les dépenses "contraintes" qui explosent sont autant de "manque à dépenser" pour le reste et génèrent des frustrations. Pour amortir : on est prêt à s'asseoir sur les conditions de travail (on accepte le multi-taches pour garder sa paye), les temps de transports (on s'éloigne des lieux de travail pour payer moins cher), la qualité des services publics ou privés (on va privilégier l'automatisation pour gagner du temps et rentrer dans une logique qui détruit nos emplois in fine). Ces choses sont de véritables marqueurs de déclassement et créeent insidieusement du stress,de la peur ou de la rancœur.

Tu as beau la prendre par n'importe quel bout, la machine à déclasser est bien huilée. Le plus beau ? L'individu, de par sa soumission sociale et son désir de consommer des biens de "transgression" qu'on lui chie depuis de l'Asie sur une base quotidienne, l'alimente activement.

Anonyme a dit…

Perso je me suis expatrie et je m'en felicite chaque jour... d'ailleurs pour donner quelque chose il faut avoir quelque chose, l'individualisme n'est pas forcement malsain a un certain niveau.

Ju a dit…

@Seb et j'en réserver d'ores et déjà un si tu nous fait un bouquin sur le sujet. Je t'ai dit que je suis d'accord. Mais je m'interroge juste sur le fait que d'autres parametres entrent peut etre dans la ligne.
Est-ce que ce n'est pas tout simplement voulu aussi ?
- baisse du niveau des diplomes, abrutissement des masses, entraîne consommation, temps de cerveau libre pour coca et compétition donc employés corvéables, conditions de travail dégradées, opposition et jalousie, non ?


- sur ton point 1/ leprobleme c'est que ce modèle tend à se propager. J'étais au Laos quand le premier iphone est sorti, j'avais un collegue vivant avec 8o euros par mois pour nourir 3 enfants qui se l'est acheté... juste pour une question d'apparence, pour la consommation.
Là bas, ils ont encore la chance de vivre sans regarder le voisin, envier sa voiture ou son style de vie, mais pour combien de temps ?
2/ et pas que le multi tache, les heures sup parfois non rémunérées. Sur l'éloignement, il y a aussi ue notion d'avoir plus grand pour le meme prix, non ?

Ju a dit…

@anonyme tu peux etre expatrié et payer tes impots en France, on est nombreux dans ce cas

Pullo a dit…

Ah, Vive la Crise ! Je n'avais même pas trois ans quand l'émission a été diffusée (en 1984), mais je m'en souviens très bien, pour l'avoir étudiée pour un mémoire de Master 2 il y a quelques années.

En plus de Montand, il y avait d'autres disparus (Michel Jobert, Henri Amouroux, Philippe Séguin), et des énergumènes qui sévissent encore aujourd'hui : Christine Ockrent, Alain Minc, Denis Kessler, Laurent Joffrin, Philippe de Villiers... Tout ce petit monde, sous l'autorité de Jean-Claude Guillebaud (du Nouvel Obs) et de Michel Albert (dont le livre Le Pari français à servi de base à l'émission), s'est associé pour vendre le tournant de la rigueur aux Français.

Dans Vive la Crise, qu'est-ce qu'on dit aux téléspectateurs ? Que l'Europe est en déclin, qu'elle a vécu (et les Français avec) au-dessus de ses moyens.On présente comme de fausses solutions la protection du marché intérieur, le renvoi des immigrés, l'embauche de fonctionnaires (et dans ce dernier cas, Joffrin établit un lien avec la montée du chômage). Dans le même temps, on joue à se faire peur en imaginant la faillite du Mexique, une société française en guerre civile larvée dans les années 2010 et la troisième guerre mondiale. Enfin, on présente comme solutions le travail à temps partiel (avec réduction de salaire à la clé), le développement de la libre entreprise (avec le vicomte vendéen pour exemple) et les Etats-Unis d'Europe dirigés par Margaret Thatcher...

Sans Vive la Crise, jamais Tapie ne serait devenu l'icone du capitalisme entrepreneurial, jamais les idées néo-libérales (plus ou moins déguisées) ne seraient aussi indiscutables pour la majorité des Français...

Julie France a dit…

Témoignage
Depuis plusieurs années, je sens monter un conflit entre mes parents et moi-même, la déclassée. A même niveau d'étude, ils gagnent 4000 et 3500 euros par mois, soit trois fois plus que moi. Ils me financent ma voiture ('pour m'aider'). Et ils me tannent pour que ... j'achète.
"Un appartement, même petit, que tu revendras pour en avoir un plus grand, ensuite un jour tu pourras avoir une maison ... va parler à ta banque, va parler à ta banque !"

Hors dans ma région les prix ont tellement flambé que mes amis déménagent ou s'entassent dans des appartements minuscules en s'endettant pour 30 ans.
Acheter ? ça me dit pas trop ... travail, remboursement, travail loin, remboursement, travail pour que dal, remboursement.

Je sens alors le malaise s'installer.
Ils ne savent plus trop quoi me dire lorsque je leur fais remarquer qu'ils partent encore en vacances cette année.

"Quoi ? Tu ne regardes pas la télé ? Mais c'est important de s'informer.
- Oh ... tu sais Papa elle parle pas de nous la télé."

Lire, écrire, discuter, sensibiliser !
Merci Seb.

Julie