"L'immobilier, c'est la seule chance qu'ont les classes moyennes de spéculer."
Ariel Wizman, grand théoricien de la transgression, Canal+ 18.01.2011
Certains à l'UMP ont envisagé (un bref instant avant d'être rappelé à l'ordre) de taxer les plus-values immobilières sur la résidence principale pour compenser le manque à gagner entraîné par la suppression annoncée de l'impôt sur la fortune (mesure sociale des mesures sociales tu en conviendras).
Première surprise, je pensais bien naïvement que ces plus-values étaient déjà taxées. Etant donné le boum du secteur depuis 15 ans, la multiplication des transactions et des opérations entre ceux ayant de quoi se loger, il y avait là de quoi récolter quelques milliards à réinvestir, par exemple, dans la construction ou la réhabilitation de logements pour ceux qui n'en ont pas.
Car, vois-tu, en parallèle de cette flambée des prix de l'immobilier, notre pays est devenu le champion européen du mal logement(avec 900.000 logements sociaux manquants). A la différence de la suppression de l'ISF, la rhétorique des sbires élyséens n'insiste pas ici sur l'impérieuse nécessité de nous aligner sur les chiffres de nos partenaires.
J'apprends aussi que cette proposition n'aurait finalement concernéque les reventes à plus d'1,2 million d'euros. Soit le haut du panier.Et bien figure-toi que Baroin, baron du Budget (qui rajoute 3 euros sur ta facture de portable du gueux à partir du mois prochain) n'est pas emballé.
Dommage, pour une fois, l'idée était bonne. Ici, nous l'aurions même étendue aux strates du dessous.
Nous tenons ici pour responsable du mal-vivre, de l'accroissement des injustices sociales et du chaos économique (cf le léger prout américain du crédit en 2008, ayant emporté avec lui l'économie mondiale) cette course au foncier des classes moyennes, plébiscitée par les banques sous la bénédiction de nos hommes politiques.
Tu l'auras constaté si tu es un fervent spectateur d'M6, cette quête n'est plus seulement basée sur le besoin de se loger mais s'articule souvent, "criseTM" ou pas, sur les potentialités de revente (fais le test : c'est l’argument sécurisant - censé justifier tous les sacrifices - qui pointe au bout de 30 secondes de conversation avec n'importe quel propriétaire fraîchement endetté).
Le citoyen a besoin d'un toit et d'une rémunération correcte, non pas d'une promesse de gain à la revente sur un bien immobilier pour lequel il s'endette salement : uneplus-value supposée compenser demain sa stagnation salariale actuelle. Ça s'appelle de... la spéculation, voire de la vente à découvert, bref ces choses écoeurantes que les mêmes reprochent à la grande finance sans comprendre, ou pire, faisant mine de ne pas le comprendre, qu'ils en sont les complices.
Tu me diras : "- oui mais avec la plus-value, les endettés d'un jour pourront acheter plus grand, plus tard, sans s'endetter."
Sauf que, dans cette logique, si tous achètent ainsi, les prix continuent de monter (en générant toujours plus d'exclus de la mécanique) et le propriétaire d'un bien acquis à 2, revendu 4, devra payer 8 pour avoir mieux. Il se retrouvera donc dans son rapport initial de dépendance financière, au terme d'une boucle bénéficiant d'abord au trio des parasites : notaire, agent immobilier, banquier.
Cette idéologie marketing de la "plus-value escomptée du propriétaire" à contaminé les classes moyennes, les détournant d'une action sur leur "baisse de standing" en cours dans tous les autres domaines (salaires, conditions de travail, chômage, destruction des services publics...)tout en maintenant à la hausse la valeur des biens et des placements locatifs défiscalisés des classes moyennes supérieures et autres golden retraités. Peu à peu (mais pas encore assez vite au gout du Monarque), la France des propriétaires(avec des salariés potentiellement riches mais concrètement endettés) se substitue dans les esprits à celle du travail (avec des salariés concrètement endettés donc captifs et dociles).
Les prix des logements ont doublé en moins de 10 ans, les salaires ont à peine bougé. Autant dire que les fondements du gratte-ciel foncier sont en béton.
Donc, oui à la taxation des plus-values immobilières. Vu les diverses défiscalisations, les magouilles et les dessous de table qui pullulent dans ce secteur, ça contrebalancera.
Et tant qu'on y est, taxons aussi fortement les résidences secondaires, les logements vides plus de 6 mois et réaffectons ces crédits à la garantie d'un toit pour tous. Ça n’empêchera pas les riches de posséder toujours plus, toujours plus haut et toujours plus beau (mais au moins, cela profitera aussi aux autres) et l'apprenti spéculateur foncier, payé 1,3 smic, y réfléchira à deux fois avant d'acheter, convaincu de le revendre le triple, son domaine sauce Damido avec un crédit de 100 ans sur le dos.
Tout ce qui peut décourager les comportements individuels nocifs pour la collectivité....
La situation est aléatoire et je me garde de pronostiquer quoi que ce soit ou de comparer les évènements de là-bas avec la montée de la contestation dans les pays d’Europe confrontés aux politiques de rigueur, mais je ne peux m’empêcher de tirer quelques constats à chaud :
- Le point de
départ. C'est un jeune vendeur à la sauvette, diplômé et chômeur, dont la police confisque
les biens, qui, se sacrifiant, aura raison moins d'un mois plus tard d'un chef d'état en place depuis 23 ans.
- Le facteur décisif de la montée des prix des denrées alimentaires. A noter que cette année,
avec la montée du prix du blé - nouveau terrain de jeu des spéculateurs -, la montée du tarif du paquet de nouilles est timidement annoncée chez nous.
- La tiédeur des deux grands partis français à
condamner la répression sanglante (90 morts) à une heure d'avion,
voire le soutien appuyé d’une Michèle Alliot-Marie, Ministre des Affaires Etrangères, allant jusqu’à proposer notre
« savoir faire » policier à Ben Ali dans sa gestion des troubles, il y a quatre jours, il y a un siècle. Et, bien sûr, son corollaire : le retournement de veste qui gagnera en
ampleur dès lundi chez ses ex-amis.
- A noter et ce n'est pas rien que la première "cyber revolution" vient du monde du monde arabe (dans un pays aux médias pourtant verrouillés) et que l'islam n'a rien à voir dedans. Voilà qui calmera - pas bien longtemps je le crains - les promoteurs de clichés poussiéreux.
- Contrairement aux
apologistes de l’a-quoi-bonisme, l’exemple tunisien nous rappelle l’efficacité de ce mode de revendication nommé "manifestation massive et prolongée". Ce dernier point ne manquera pas de mettre
mal à l’aise les divers régimes plus ou moins absolument pas démocratiques des pays du secteur, mais pas seulement. Les braises du ressentiment chauffent de plus en
plus en Europe et dans sa périphérie. Les peuples rechignent à se laisser imposer un destin prémâché à la saveur souffrance (notamment grâce au niveau d’éducation et de l’accélération de l’accès à une information) :
on saisit alors mieux l’ardeur, ici ou ailleurs, de nos élites à conspuer un "populisme" "qui joue avec le feu"au moindre mal, social, économique ou éthique (les trois vont souvent ensemble) mis en avant dans le discours public. (Mais aussi à faire peur, brider l'internet et à dégrader le secteur de l'éducation. Apeurer un peuple bête et désinformé est la garantie d'un exercice peinard du pouvoir.)
Cette double attitude de nos élites (molle dénonciation des dérives sanguinaires d’un pouvoir autocratique et virulence à condamner ou mépriser l'expression du désarroi et de la colère populaire) cache
de plus en plus mal, soit leur déconnexion
totale avec le peuple, soit leur terreur de celui-ci, soit, et c'est le plus probable, les deux à la fois.
[1] Nous avons ainsi apprécié hier soir des portraits des relations franco-tunisiennes sur TF1 et France 2 multipliant les images de Chirac, Mitterrand ou Chevènement mais se gardant bien d'en intercaler une seule de notre Monarque à nous en plein french-kiss avec Ben Ali, et pourtant il y en a de belles et récentes en HD. Je vous conseille à ce sujet, le site de l'Elysée à la rubrique "Tunisie".
Qu'unjournalisteenfile son plus beau survet' pour causer à Jean-Luc Mélenchon comme au dernier des demeurés ne nous étonne même plus. C'est la garantie d'un bon clash radio bénéficiant aux deux parties. Il est en revanche surprenant que le journaliste ne fasse pas de même avec d'autres figures politiques (du genre un peu plus au pouvoir). Surprenant et désolant. C'est vrai quoi, un "me pointez pas du doigt, Monsieur Fillon" en tee-shirt Tokio Hotel aurait sacrement plus de gueule !
Tiens, par exemple, la veille, l'inflexible recevait Michèle Alliot-Marie, Ministre des affaires étrangères. Est-ce le souvenir du licenciement express d'un humoriste (par le précédent employeur de l'incorruptible) à la suite d'un portrait salé du Ministre en question ? Mais nous sommes troublés : la pugnacité de l'interviewer se révélant si... sympa.
Pour la consistance, j'ai mélangé les deux plats :
Ta gueule le salarié, t'y connais rien au travail : le boulot c'est le bonheur, travailler plus c'est incontournable et puis tu vas gagner plus (en estime de toi, parce que niveau thune c'est... enfin... mais bon ta gueule.).
C'était, en synthèse, le message véhiculé dans un style mi amphigourique, mi oui-oui t'apprend la vie entre 7h30 et 8h00 sur les ondes de RTL et RMC squattées par le duo Hervé Novelli / Jean-François Copé, respectivement secrétaire général adjoint et secrétaire général de l'UMP.
Rebondissant sur la polémique lancée sur le dos des travailleurs par Manuel Valls, name-brandeur en quête de gloriole, appelantà "augmenter la durée légale du travail", les deux compères ont prêché la parole libérale, moralisatrice et coercitive, truffée de ses contre-vérités et énormités assénées avec le genre de bonhomie décontractée qui vous ouvre désormais, avec vaseline et tapis rouge, la porte des médias.
Sujet de l'offensive : en finir avec les 35 heures. Merci Manu d'avoir respecté le timing de cette campagne de promo, avec ta super bande-annonce. Il est vrai que si tu avais conclu (sur la base des statistiques de l'OCDE et d'Eurostat en 2009) que les français travaillant plus que les allemands (que tu prends pourtant en exemple) avec une productivité horaire supérieure (preuve qu'ici la thune va ailleurs que dans la poche du travailleur) en rappelant qu'il y a, au minimum, dans chez nous 5 millions de chômeurs, et qu'il nous faudrait donc plutôt passer aux 32 heures : ta vanne aurait probablement eu moins d'écho.
Revenons à nos experts de droite en gestion morale de l'effort d'autrui.
7h40. Hervé Novelli sur RMC. Incompétence, obsolescence mentale et ravissement permanent : Novelli, c'est le Geo Trouvetou de l'UMP. L'auto-entreprise, c'était déjà lui[1]. Il a été mandaté, avec Gerard Longuet, par Jean-François Copé pour prendre la tête d'un comité de réflexion cherchant des pistes pour mettre fin aux 35 heures.
Novelli décline l'argumentaire standard : il faut qu'il y ait débat et, qui dit débat dit solutions. Ça tombe bien, il est là pour ça. "Aujourd’hui, il y a 22 milliards d’euros par an d’allègements de charges » payés par l'Etat en compensation pour les entreprises qui "représentent une perte de compétitivité pour l'économie française". Vu que la France est un des pays les plus productifs du monde voire le plus productif, c'est que le problème de la croissance doit se situer ailleurs, non ? On connaissait la propension de la droite pour prioritairement financer les milliards de cadeaux fiscaux accordés au Medef grâce à la ponction sur salariés, voici son autre variable d'action face à la baisse du pouvoir d'achat du salarié. Ne pas lui faire perdre ses journées à dépenser un argent qu'il ne gagne pas, en le consignant plus longtemps au travail. CQFD.
HERVE NOVELLI
« - On va faire un certain nombre de préconisations. Ce que je souhaite, c'est l'idée de relancer le dialogue social en France. Et que dans les entreprises et les branches on négocie. Ça se fait quasiment partout en Europe, voila la réalité. Ce ne sera plus une durée légale mais une durée conventionnelle »
La droite aurait soif de "dialogue social" ? En décodé : elle veut faire sauter le dernier verrou (avant le salaire minimum, l'autre barrière). Éclater la norme commune. En finir avec la durée légale, non pas tant pour la durée en question, (dans moult secteurs, on ne compte plus en heures, mais en objectif - d'où la multiplication dans mon entourage des "cadres" sur-stressés à 1800 euros qui touchent 20 euros de prime pour 120.000 euros de CA généré -) mais, sur fond idéologique de mérite au travail, pour diviser les corps de métier, isoler le travailleur (auquel on ne cesse de répéter qu'il lui faudra sans cesse changer de métier, se réinventer, travailler de nuit et se délocaliser pourquoi pas), éparpiller les traitements et empêcher les conditions d'union dans la réaction (chacun s'accrochant à son cas particulier). A noter la similarité avec l'auto-entreprise : chacun devient le concurrent de l'autre, tous béatement épanouis par un labeur acharné le plus prenant possible au niveau horaire et transport, le plus longtemps possible au niveau des années. Dans cette optique, le salaire compte moins que l’effort pour en décrocher un. No pain, no gain. Ce que Copé confirmera par la suite. Gérard Longuet annonçait déjà la couleur en décembre dernier, en déclarant au Monde qu'il fallait que le salarié français travaille plus pour le même prix (et bref que c'était ça ou sortir de la zone euro : ce qui est supposé me terrifier).
Dans cette vision neo-con, tes heures supplémentaires ne seront plus payées en tant que telles et tes RTT "seront progressivement apurées" comme l'esquisse pudiquement un Novelli auquel Jean-Jacques Bourdin rappelle qu'il a peut-être un chouilla oublié "le salarié" dans son équation des winners.
Novelli s'en tape. Quand on lui parle "salarié", il répond économie pour "le contribuable" (on est à l'UMP merde, le parti des golden-retraités et des rentiers, bref une confrérie idéologique où dirigeants et électeurs ont bien saisi, pour eux, les bénéfices à tirer du travail des autres).
Hervé Novelli précise que la nouvelle durée légale ne pourra pas dépasser le plafond fixé par l'Union Européenne de « 44 heures » par semaine. Comme Novelli a précisé que sa redéfinition de la durée légale suit le "mouvement" global de l'UE, voila qui laisse le champ libre pour d'autres améliorations si un des pays opte pour les 70 heures.
Voilà qui doit ravir le salarié sur le chemin du boulot (mais un opportun sondage nous certifie qu'il est heureux ainsi). Au cas, où il n'aurait pas emmagasiné les conditions pour son émancipation améliorée, Jean-François Copé passe la deuxième couche cinq minutes plus tard sur RTL.
Reprise de l’argument d’inéluctabilité d'"il fallait qu'il y ait ce débat" et du poids pesant sur les finances publiques. Notons au passage l’élément de langage de la matinée : "l'Etat paye pour travailler moins et pour travailler plus" (tandis que la salarié, ce gros feignant, lui, se tourne les pouces). Rappelons à toutes fins utiles qu'un 1 français sur 2 n'a pas le luxe de gagner assez pour payer des impôts sur le revenu (et que là dedans il y a un paquet de salariés) et qu'au pays des "contraignantes" 35 heures, il est de moins en moins rare de se voir offrir un contrat de travail de 8 heures !
Copé s'en tape aussi. Reprise du "c'est intenable pour les entreprises car cela leur coûte en com-pé-ti-ti-vi-té". Je te renvoie aux statistiques du dessus : c'est faux. Et suivant cette logique, quelle serait la prochaine étape ? Va t-on devoir aussi s'aligner sur le salaire minimum chinois dix fois inférieur au nôtre ? L'hypothèse a déjà ses adeptes chez la crème des penseurs français, Jacques Séguela et Pascal Negre.
Copé décline sur l'axe moral du travail et compare "la question" (tellement tabou qu'on en parle sans cesse) des 35 heures avec celle de la burqa (bien que dans la façon de ramener un faux problème sur le devant de la scène, il y ait une certaine similitude).
JEAN-FRANCOIS COPE
"- C'est [les 35 heures]intenable pour le mental de notre pays car cela donne un rapport au travail qui est aussi à intégrer dans les explications que l'on pourrait donner sur le sondage sur le moral et sur le pessimisme des français pour le pays. Cela veut dire que lorsqu'on est plafonné sur la perspective du travail, on ne voit pas l'avenir de la même manière."
En philosophie néo-libérale, ton pessimisme(là où tu es joyeux d'aller au boulot dans un autre sondage, va comprendre) n'est pas dû à la stagnation de ton salaire, ni à l'envolée des prix et des taxes, ni au dynamitage de ta retraite, ni même à ton absence totale de revenus pour cause de gros chômage chronique, mais bien au fait que tu ne turbines pas assez au boulot. Quant à la deuxième partie de la phrase, je ne peux, à titre personnel, que confirmer : sortir du salariat (paradis de l'empapaouatage) te rend plus heureux.
JEAN-MICHEL APATHIE
"- Est-ce qu'on peut envisager de demander aux français de travailler plus sans les payer plus, au même salaire ?"
JEAN-FRANÇOIS COPE
"- A moyen terme non... A court terme, c'est inéluctable."
Oui, tu as bien lu. Nous entrons dans une nouvelle dimension de l'UMP (sonde test d'un possible argument de campagne pour 2012) : celle du travailler plus pour gagner moins. Rien de neuf, si ce n'est que c'est totalement assumé. C'est aussi ça la droite décomplexée. Et pourquoi ? C'est simple, Copé lâche l'argument exogène et indiscutable, supposé dessiner une perspective de sortie alors qu'il est juste le prétexte du double exposé matinal :
JEAN-FRANÇOIS COPE
"- Je pense qu'aujourd'hui, la crise mondiale commande qu'on aille plus loin"
Et Apathie de conclure...
JEAN-MICHEL APATHIE
"- On parlera des 35 heures toute l'année 2011."
Enlevé c'est pesé.
A gauche comme à droite, cette "fin des 35 heures" est d'abord une opportunité pour les challengers de faire parler d'eux. Il reste stupéfiant que des "ténors" socialistes peinent à revendiquer que la diminution du temps de travail est le dernier véritable progrès social français, une conquête logique, pour un pays arrivé à un niveau de développement qui permettrait à ses citoyens de, théoriquement, vivre décemment.
A droite, ce martèlement du "toujours plus loin" sur fond de "shock doctrine", aussi grossière soit-il, doit alerter. La remise en cause des 35 heures n'était pas au menu du Monarque, pas plus que ne l'était il y a 3 ans, la réforme des retraites.
Pour le reste, il va falloir en finir avec ce mythe persistant, au pays de Candy comme dans tous les pays, prétendant que l'augmentation des heures de travail accroît la richesse du salarié.
A titre d'exemple, le travailleur grec bosse à l'année 25% de plus que le Français est sa situation économique est si resplendissante... qu'on lui demande de travailler plus pour encore moins.
Manuel, Hervé et Jeff connaissent pourtant le préambule du "que sais-je ? le monde de l'entreprise" : faire du profit, dégager de la marge. Si tu n'as pas de loi pour contraindre cette logique, le travailleur finit par bosser 90 heures par semaine pour un quinzième de smic.
Travailler plus ne garantit qu'une chose : travailler plus.
* * *
[1] foirage gouvernemental vendu comme un succès. D'un point de vue idéologique la chose a d'abord fait mouche puisque, sur fond d’appât du gain, elle visait à détruire cet attachement caduque pour ses droits qu'à le salarié de ce pays, véritable empêcheur de profit. Malheureusement, là-aussi, le pognon n'était pas au rendez-vous.
Le pearltree : Valls redécouvre l'anti-35heurisme :
Les Français dépriment. Cette année va encore moins leur rapporter et coûter plus. Alors, pour se remonter le moral, et parce que c'est tellement la fiesta ce réveillon qu'il faut que j'envoie un texto à Tata, le 1er janvier 2011 à 0h01 : ils échangent des voeux de bonheur et de prospérité sur leurs intelligents-téléphones dernier cri.
Des smeusses quoi.
Smeusse : message à orthographe criminelle. A coût quasi nul pour l'opérateur, lui permettant de dégager de très belles marges.
Si la confusion règne d'une rédaction à l'autre sur le nombre final de smeusses envoyés il y a 3 jours (400 millions et des brouettes, chiffres fournis par les opérateurs), une chose est sûre : la nuit de la St-Sylvestre est toujours juteuse question facturation de smeusses. Cette année, c'est le jackpot.
Le 2 janvier, un opérateur à tête d'agrume annonce qu' « un bug » lui est tombé sur la tête.
Bug : Mot gentiment effrayant. Permet en trois lettres de synthétiser la fatalité d'une technologie trop compliquée pour les manants en un "c'est la faute à pas de chance."
Ce "bug"a provoqué la multiplication des envois de smeusses (en 40 exemplaires pour certains, cumulés en memeusses - variante du smeusse avec photo du petit dernier) et (parce que la technologie de la compta, elle, est heureusement infaillible) des facturations clients. Je passe les détails, mais nombre d'abonnés se font facturer à répétition des memeusses pour l'envoi d'un seul smeusse ou bien se retrouvent "hors forfait de plus de 300 euros" en quelques minutes.
J'imagine que si j'étais "stratège technico" chez un opérateur téléphonique - le dieu de la 3G m'en préserve - j'aurais anticipé un tantinet l'évènement en sécurisant l’infrastructure.
(Sobriété. Au Figaro, on a d'abord pensé à titrer : "Les factures des clients Orange explosent à cause de l'envoi d'un smeusse" mais ça cassait l'ambiance des fêtes et le contrat sponsoring du talk-show maison.)
Tant qu'aucune plainte n'est déposée, aucune enquête n’est initiée sur cette surfacturation massive estampillée « bug » par la compagnie à qui profite l’épisode (et en rejette la responsabilité sur d'autres).
Dans la presse, aucune interrogation n’est émise sur l'incongruité d'un "dysfonctionnement majeur dont l'opérateur est pleinement responsable" (c'est comme cela que, dans le doute, on baptise les « bug » ici) survenant dans une période où l'on sait qu’il y aura un pic d'envois de smeusse (alors qu'on en parle depuis des jours). A croire que c'est encore un peu les vacances et / ou que l'opérateur concerné est un annonceur de poids. A croire que la répétition depuis deux jours du "chiffre record" (mais bien flou) de smeusses envoyés le 1er janvier suffit à expliquer qu'un opérateur téléphonique les achemine en quintuple au moment précis de l'année où son réseau à le plus de raisons d'être saturé.
- Mais vous cherchez toujours la petite bête Monsieur Musset[1]. C'est la "pagaille" point. C'est comme ça : en France, précipitations et abondance expliquent tous les dérapages.
Communication de crise parfaite. L'opérateur à logo d'agrume annonce que les smeusses clonés (soit un beau paquet de pognon) seront remboursés (un jour) et passe pour un bon samaritain, en esquivant les raisons réelles de cette "pagaille" à l'arrière-gout prononcé de gros foutage de gueule : au choix, son incompétence ou son opération "gonflons un peu notre chiffre d'affaire cet hiver avec les smeusses des abrutis du 1er".[2]
(Victimaire. A la rédac du Parisien, on a d'abord pensé a titrer "Orange, victime de ses clients qui envoient trop de smeusses" mais c'était trop proche du Figaro.)
[1] le lecteur fidèle se souviendra que nous avons expérimenté une "bug story" étrangement similaire lors d'une réservation en ligne.
[2] Les organismes tablent souvent sur le découragement du client lésé face à l'inertie des services et de ses hot-lines délocalisées en Albanie ainsi que sur l'impossibilité, entretenue par l'état, d'entamer une action collective.
2010 aura au moins le mérite d'avoir révélé avec de moins en moins de détours (à condition bien sûr de décoller le nez de son Koh-Lanti et de son Voissa) la vraie nature des puissants, l'inkarcherisable dévotion de leurs laquais et la déconnexion satisfaite des deux avec leurs sujets.
Pour cacher les désastres de sa politique antisociale, ses millions de chômeurs inconnus et ne pas extirper de leurs certitudes ouatées les « golden retraités » pour qui ce pays est pensé[1], le pouvoir aura poussé loin le flirt avec le pire du genre humain, consacrant ses efforts à transformer nos craintes sociales en une peur de notre prochain. La télé, trop souvent fenêtre unique d'ouverture sur le monde et la rue d'à côté, aura enrobé de son onctueuse information à sens unique le spectacle du chaos, virant à la notice pour scouts sur certains canaux.Souhaitons pour 2011 que tu te débarrasses enfin de ton poste à images (moi, grâce à la hausse de TVA, c'est ce que je vais faire).
Des raisons de se satisfaire de 2010 ? Une principale, fragile. Malgré un bruit de fond médiatique parasitant la raison par 1001 polémiques à la con, 2010 marque également le retour (timide) de la lutte des classes dans les conversations à la machine à café et la réapparition de ce clivage que l’on croyait à jamais disparu sous la couverture plombée du consensus résigné : gauche et droite. Souhaitons pour 2011 que certaines têtes de gauche en prennent conscience.
Autour ? Sans généraliser tout en restant optimiste (mes deux principales qualités avec la modestie) : ça vire au boudin. L’Europe dérape, la rigueur décape et les peuples dérouillent. Ils se divisent entre trois : ceux qui croient toujours, ceux qui tremblent encore, ceux qui gueulent, mais pas assez forts. Souhaitons pour 2011, qu'ils s'entendent enfin.
Tandis que La Chine impose sa way of lie, l’Europe navigue à la godille à proximité du gouffre en se raccrochant aux apparences flamboyantes du lustre ancien. Et si l'on doit retenir une date de cette année qui s'annonce fracassante, le 1er janvier 2011 en est une excellente. Demain, entrera officiellement dans notre épanouissante zone, son nouveau pays le plus pauvre : l'Estonie (et son mirifique salaire minimum de 278 euros qui fait triquer). Souhaitons pour 2011, ne pas devoir nous aligner sur les autres "qui ont compris la nature des efforts à faire pour s'en sortir"TM.
D'ailleurs, tant que peux t'acheter des voitures en morceaux, de la maison en traites et que tes mômes ont leurs tablettes graphiques, conçues en Amérique et fabriquées en Asie, déposées en triple au pied du sapin, tout ira bien. Merveilleux esprit de noël autorisant les ménages sans argent, corrompus par l'abondance à débit différé, à s'ébattre sans discrétion dans les crédits sans fond au moment où le gouvernement leur rabâche qu'un tel endettement, au niveau de l'Etat, c'est étouffant. Souhaitons pour 2011 que les nouvelles baffes fiscales te poussent enfin à réfléchir sur cet insatiable désir de consommer.
Heureusement pour tous, le mot magique de "crise" est là pour ton efficiente mise au pas. La criseTM n'est pas la raison de "la rigueur" mais le nouveau système d'exploitation pour t'aider à mieux vivre ton malheur. Pour toi la criseTM est un traitement, pour eux c'est une belle vague à surfer. Souhaitons pour 2011 que tu te débarrasses de ce mot destructeur.
Si les éditocrates continuent de servir la soupe aux puissants ainsi qu'à la population tampon de la bourgeoisie intermédiaire qui, à la différence de toi, vote tout le temps et tout le temps pareil[2], quelque chose en 2010, un truc quoi, s'est, pour la première fois depuis longtemps, grippé dans la machine à soumission collective (la montée en puissance d'un conflit que tout le monde pensait réglé avant la première lutte, le succès des pamphlets et l'écho croissant des appels à la révolte....). Souhaitons pour l'année qui vient, l'affirmation "décomplexée" (pour reprendre le cri conquérant des rétrogrades) de cette tendance.
2011 ? Année de transition entre le moins bien et le pire pour un peuple dans la nuit, paralysé par les phares aveuglants du bolide sans freins qui lui fonce dessus ? Comme on dit chez les laquais (1,25 euro le SMS + surcoût éventuel opérateur) : a vous de juger. Comme on le répète souvent ici : à nous de prendre un autre chemin.
Bonus :
On me signale la tonalité sombre de cet ultime billet de l'année. Réparons la lacune. Certes ces voeux datent de 1978 mais... remplace Desproges par Pujadas, Le Luron par Le Parfait, Zitrone par Alain Duhamel, Jean Lefebvre par Frédéric, Philipe Castelli par François Fillon, Jean Carmet par Copé, Denise Fabre par Christine Lagarde, Le décor par Rama Yade et Michel Drucker par Michel Drucker et ils se révéleront d'une stupéfiante modernité.
[1] le temps de leur faire les poches.
[2] souhaitons à ce propos pour les élections de 2011 que tu te sois inscrit sur les listes électorales avant le 1er janvier.