14 juin 2010

Karachi, on insiste !

par

"Écoutez, c'est ridicule. Franchement c'est ridicule. [...] Soit ,il y a des éléments donnez les nous. [...] C'est grotesque... qui peut croire à une fable pareille ? [...] pfff... [...] M'enfin franchement [...] Mais qu'est-ce... [...] Honnêtement [...] On est dans un monde ou la notion d'état n'existe plus [...] Je ris pas du tout parce que Karachi c'est la douleur de famille et de trucs comme ça mais que voulez-vous que je réponde là-dessus ?""

Telle fut la puissante réaction de notre Monarque il y a juste un an. Un journaliste méritant lui demandait de commenter la nouvelle piste prise dans l'instruction sur l'attentat de Karachi. Rappel : Le 8 mai 2002, l'explosion d'un bus causait la mort de 14 personnes dont 11 ouvriers français de la DCN originaires de Cherbourg.

Bien que non revendiqué, l'attentat était jusqu'alors attribué à Al-Qaida.



48 heures avant. A la lumière de nouveaux documents publiés dans Mediapart, le juge Trévidic[1] s'orientait vers l'hypothèse du règlement de compte entre services secrets consécutif à un non versement de rétro-commissions dans le cadre d'une vente de sous-marins entre La France et le Pakistan en 1994. (cf Dis-papa c'est quoi une rétro-commission ?)

Des commissions prélevées sur ces ventes auraient contribué au financement de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur. Notre actuel Monarque était alors son Ministre du Budget, son porte-parole et son directeur de campagne. Si embrouille il y eut, totalement impliqué il fut. On explique alors mieux son embarras au pupitre.

Quelques ricanements compulsifs saucés de mépris plus tard, les familles des victimes, des blogueurs et une poignée de journalistes sont convaincus que :

1 / notre monarque sait plus de choses qu'il ne le bafouille.

2 / ce qui a tout de l'affaire d'état a aussi toutes les chances d'être rapidement escamotée. D'autant que nombre de documents sont classés secret défense.

Le secret sera levé promet Hervé Morin. Le juge recevra plusieurs mois après un rapport de 137 pages ... dont seuls quelques paragraphes ont été laissés visibles.

Comme anticipé "l'affaire" disparait presque de la circulation.

Octobre 2009. De nouvelles pièces et révélations, rassemblées sur le blog Karachigate - lancé dans la foulée de la fabuleuse prestation bruxelloise -, nous éloignent encore un peu plus de la piste islamiste.

"Cette histoire, c'est du lourd" me confie à cette époque un député ayant eu vent de quelques aspects du dossier. Et de me préciser qu'il lui semble peu probable que les journalistes français aient une réelle volonté d'approfondir le sujet.

Décembre 2009. Par le biais de leur avocat, Maitre Morice, et sur la base des éléments réunis par le juge et la presse, le collectif des familles des victimes ouvre un "second front judiciaire" en annonçant le dépôt d'une plainte pour "entrave à la justice, corruption, faux témoignage et extorsion" (en plus de l'information pour assassinat).

Me Morice affirme que dans cette affaire de financement occulte, celui qui succédera à Chirac en 2007 était "au cœur de la corruption."

(cf. intégralité de la conférence en vidéo)



L'Élysée se fend dans la foulée d'un communiqué qualifiant les propos de "diffamation" (aucune action judiciaire dans cette direction ne sera engagée.)

Quelques semaines après, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour «corruption et entrave à la justice» dans le cadre de l'affaire de la vente de sous-marins au Pakistan.

26 avril 2010 : Médiapart et Libération publient des documents bancaires, anonymement envoyés en février à Maitre Morice, faisant état d'un versement de plus de dix millions de francs en liquide et en grosses coupures sur le compte de l'Aficeb, l'Association pour le financement de la campagne présidentielle du candidat Balladur. On apprend également que deux intermédiaires imposés à la DCN par le gouvernement Balladur après la conclusion du contrat de vente au printemps 94 ont reçu 54 millions de francs (première partie d'un montant bien plus important dont le versement devait s'étaler jusqu'à la fin 1995).

Le lendemain, l'ancien premier ministre dément tout financement illégal de sa campagne mais ne conteste pas le versement des dix millions, pas plus qu'il ne revient sur leur origine.

Début mai 2010 : A l'approche de la publication d'un livre de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, journalistes de Médiapart enquêtant sur l'affaire depuis plus d'un an (le livre fera l'objet d'une tentative d'interdiction), d'autres rédactions s'y attardent enfin plus longuement :


Le 12 mai 2010 est publié le rapport de la mission parlementaire sur l'attentat de Karachi.

Il n'apporte rien de neuf, qualifie la piste islamiste de "plausible"mais n'écarte pas le lien entre l'attentat et l'arrêt, sept ans plus tôt, du versement des commissions par un Jacques Chirac fraichement élu à la Présidence de La République. Le rapporteur de la mission, le député PS Bernard Cazeneuve multiplie les interventions dans les médias pour dénoncer les nombreux blocages que l'exécutif lui a opposé. "C'est une véritable entrave au travail du Parlement." Exemple : Christine Lagarde refusant l'audition de fonctionnaires concernés par la vente d'armes.

Le député est convaincu : L'affaire dérange le pouvoir.



Dés lors, comme l'écrit Le Coucou sur son blog :

"Le fait d'en dissimuler des éléments sous le secret d'état, de faire la sourde oreille aux demandes des députés de l'opposition est, en soi, un aveu de mauvaise conscience politique.

Que l'on ne vienne pas nous resservir le contre-argument dilatoire de la présomption d'innocence. Puisqu'il a des choses à cacher au peuple souverain, le pouvoir est au moins coupable de dissimulation. D'ailleurs tout pouvoir qui s'exerce dans le refus d'un contrôle total de la représentation nationale est suspect par essence."

A l'approche de sa campagne de réélection (contraignante formalité démocratique), il apparait clair que le monarque fera tout pour freiner cette fumeuse embrouille. A la lumière de ses potentialités boules puantesques, on explique mieux sa récente ingérence dans les choix actionnariaux d'un grand titre de la presse.

"Le contrat" sort finalement en libraire le 18 mai. Son sous-titre : "Karachi, l'affaire que Sarkozy voudrait oublier."[2]


2 juin 2010 : Un rapport de police luxembourgeois datant de 2008, mettant en cause notre monarque, est porté à la connaissance de la presse. Selon les policiers du Grand-Duché, "une partie des fonds qui sont passés par le Luxembourg reviennent en France pour le financement de campagnes politiques françaises" au travers d'un dispositif occulte et particulièrement sophistiqué.

Le grain de sable dans la communication monarchique devient un caillou dans sa pantoufle de campagne. Tandis que Maitre Morice enfonce le clou dans les médias, les sbires umpesques se mettent en rang pour défendre leur poulain.

Pendant ce temps, M6 lance Dilemme et la première compagnie fait chauffer la coupe du Monde.

Un an après la bouffonnerie Bruxelloise, plus de huit ans après la mort des ouvriers de Cherbourg, la commission consultative du secret de la défense nationale statuera cette semaine sur la nouvelle demande de déclassification des documents.

Dans une interview donnée à 20 minutes en mai dernier, Julie Leclerc et Magalie Drouet réaffirment leur conviction dans cette quête de vérité au nom de leurs pères :

«De toute façon, on n'a pas le choix : ce n'est plus imaginable qu'on s'arrête maintenant.»

Maintenant moins que jamais, ne pas lâcher Karachi.


[1] Succédant au juge Bruguière qui s'est malencontreusement endormi sur la procédure durant 6 ans.

[2] Le mercredi 30 juin à 19 heures, à la Maison des métallos de Paris, Mediapart organise un débat autour de l'affaire Karachi avec les auteurs de l'enquête, un défenseur des victimes, le député rapporteur de la mission d'information...


Pearltree Karachi Gate par dates de publication :

Karachi Gate

Merci au site La Rage au ventre pour ses captures vidéos.

11 juin 2010

Monarchie et mensonges #1 : Une France de propriétaires

par
L’argument définitif du primo-accédant, excédé qu'on lui rappelle qu'il s’endette sur une génération, est souvent :

"- Je veux transmettre un patrimoine à mes enfants."

Ah les enfants... Quelle vie de baudet sommes-nous prêts à endurer pour leur laisser un monde qui, grâce au cumul de l'égoïsme, de la couardise et de l'atomisation de nos petites ambitions génériques, deviendra tellement mieux une fois que nous n'en serons plus ?

Avec le souci de l'ameublement décalcomaniaque unique et exceptionnel mais dans les limites du M6decotoléré, un des mantras du proprio est donc « ce sera à toi mon fils ».

Les vendeurs d'argent l'ont bien compris. Certains prétendent même qu'ils ont crée le concept marketing.

Soyons optimistes. Suivons ce petit raisonnement et attendons tranquillement qu'en deux ou trois générations tous les français deviennent ainsi propriétaires et que cette terre promise par le monarque de quiétude patrimoniale sans inégalités devant le logement se concrétise enfin.

Plus-values, droits de succession et taxes notariales ne seraient plus alors que souvenirs et l’utopie écologiste d’une urbanisation purement corrélée au nombre de naissances, une réalité. Finies les crises dues aux méchants prêts subprimés, les agents immobiliers rejoindront les files d'attente du Pôle-emploi et la spéculation foncière sera réduite à peau de chagrin. Plus personne ne serait dans l’hystérie de possession ou la terreur de perdre…. les endettés du logement seraient une de ces espèces mortes, comme le retraité ou le fonctionnaire, exterminée par un cataclysme de bon sens en milieu libéral.

Croyez-vous donc braves proprios que cette hypothèse représentant un tel manque à gagner, soit sérieusement envisagée par les vendeurs du concept « d’accession à la propriété » ?

Peu importe les marées noires, la soif de la pierre, à l'instar de la nouvelle bagnole tous les deux ans et du "meustave Ailletèque" est un puits de pétrole à pomper jusqu'à la dernière goutte.

Là maintenant, nous pourrions déjà avoir une France de « propriétaires » si elle était inscrite dans une loi de type « un français un toit » avec garantie pour chaque individu venant au monde de se voir attribuer un quota de mètres carrés, dont il ferait ce que bon lui semble.

Absurde ? Pas plus que la situation que nous expérimentons : Des types qui fourmillent toute une vie pour des pavillons qui s'émiettent en deux fois moins de temps qu'il ne leur faut pour les rembourser, des rentiers qui s'épaississent leurs "retraites en péril" en aspirant par le loyer la quasi intégralité des revenus des jeunes générations, des trentenaires en intraveineuse parentale qui gonflent la bulle locative, de moins nantis qui s'entassent en taudis tandis que d’autres sont dégagés du pied dans la rue faute d'appartenir aux catégories ci-dessus. (Trucs et astuces : on peut facilement passer d'une catégorie à l'autre dans le sens de la descente.)

Au milieu, foultitude de cas particuliers prenant sur eux le fait d'avoir été complices d'un rêve de dupes. Pêle-mêle citons ces couples qui ne se parlent plus mais sont obligés de vivre ensemble sous le même toit parce que n'ayant pas les moyens de vivre séparément, le culte de la colocation chez les jeunes (et maintenant chez les vieux) comme idéal de vie à la cool histoire de faire passer la pilule de l'entassement surtaxé, deux heures d'embouteillage matin et soir dans les gaz d'échappement au nom d'"un meilleur cadre de vie" ou encore ces salariés en camping-car, dormant dans une voiture ou bivouaquant dans leurs bureaux.

La promesse d'une France des propriétaires est un mensonge monarchique absolu. Une France de propriétaires poussée au bout de son raisonnement marquerait un violent ralentissement des inégalités de logement. Manque de bol, les inégalités, générant compartimentage et rivalités, sont une des priorités (avec le copinage et la manipulation des masses) de ce régime monarchique usant de la république pour servir clefs en main, dettes au pied, des peuples à des marchés. Il faut du chaos et des inégalités pour susciter peur et désir chez le prospect (aussi connu sous le nom de citoyen.)

Tant que tu rêves d'acheter, qu'on te le permet et qu'en retour tu es pieds et poings liés pour des décennies, pas de violents soulèvements à redouter de ta part. Tu assures servilement la rente des banquiers, avec une garantie suprême en cas de défaut de paiement : ta baraque.
La France des propriétaires selon le monarque se concevait ainsi : Quelques grands propriétaires servant de modèles à une bonne poche de rentiers arrosés de privilèges, beaucoup d’endettés se rêvant rentiers mais vivant soumis et fragilisés, beaucoup de locataires qui engraissent au choix grands propriétaires, rentiers ou remboursent les endettés qui à leur tour engraissent les banques à la sueur de leurs rêves télé-évangélisés.

Il s'en est passé des choses en trois ans, des crises financières et monétaires. Les rêves des uns et des autres, eux, n'ont pas changé.

Toi qui désires acheter pour transmettre à ton enfant, sois prudent. Il n'est pas "absurde" d'imaginer que grâce à l'ingéniosité de ton ennemi banquier, surfant sur tes peurs et tes désirs au nom d'une patrimoine solide que tu désires laisser à ta descendance, tu ne lui lègues à cette dernière qu'une dette diluée sur deux générations.

8 juin 2010

L'accroc des finances

par
« Il y a quand même des limites à l’imposture. »

Répond l'ancien ministre du budget Alain Lambert lorsqu'on l'interroge sur la montée en puissance de ses critiques contre le gouvernement ....donc contre son camp : il est sénateur UMP de l'Orne.

« - Je n’ai jamais pensé incarner la pensée profonde de l’UMP, c’est très au-dessus de ma capacité intellectuelle. »

Le connaissant peu, j'ai d'abord pris pour des faux ses tweets à l'acide pour le moins discordants avec le catéchisme au miel des robots UMP en plein déni de réalité, le soir de la victoire socialiste aux régionales de mars 2010.

Attention, nous n'avons pas à faire à un outing de gauche, en fosbury Bessono-Seguelien inversé, mais bien à un des porte-drapeaux de la droite contrariante d'obédience libérale qui, sondages aidant, tancent de plus en plus ouvertement un PR gesticulant trop et ne concrétisant pas assez.

A l'initiative de Mancioday de reversus.fr, nous étions 5 blogueurs, 2 de gauche, 2 de droite et 1 média à rencontrer Alain Lambert au Sénat, début juin.

1 / Un sénateur "geek" de 64 ans ?

Cette figure de twitter est un des rares politiques à ne pas feindre son intérêt pour internet. Il envisage les réseaux sociaux comme l'extension d'une réunion publique où n’importe qui, non-identifié, peut vous invectiver et orienter le débat sur une piste imprévue. La proposition de JL Masson relative à l'anonymat sur internet lui parait donc farfelue (version soft) :

A.L : « Le sujet numérique est très mal connu par la droite et le nombre de parlementaires qui se sont penchés sur le sujet est très, très faible. »

Il déplore que la volonté des hommes et femmes politiques à légiférer sur le sujet "internet" soit inversement proportionnelle à l'usage qu'ils en font. Lui est dans la situation inverse, avouant trop souvent pianoter sur son 3G de marque à pomme et réfléchir après [1]. Sur l'hétérogénéité de ses messages instantanés : « - J ’essaye d’être sérieux dans mon domaine de compétences, les finances publiques. On a le droit à la rigolade sur d’autres sujets. »

2 / Les finances publiques venons-y...

...pour l'instant c'est sympa tout plein mais quand on va taper dans le hardware, aussi pédagogue et chaleureux soit-il, nous risquons des incompatibilités de formats.

A.L : « - Je ne suis pas un idéologue, j’essaye toujours de trouver un raisonnement économique pour justifier mon intuition

Et le co-fondateur avec Didier Migaud [2] de la LOLF (loi organique pour réformer la gestion de l’état) de préciser qu'il y a 35 ans que La France n'a pas publié un budget en équilibre, que la dette nationale n'est même plus le problème : Son intérêt devient aberrant, la totalité de l'impôt sur le revenu s'y engouffrant. Ses deux arguments phares :

1er argument : "Les finances publiques ont besoin d’équilibre pour assurer la solidarité inter-générationnelle."

(Sauf que cette solidarité est déjà à sens unique [3]. Des services aux médias, la société française est globalement pensée pour le senior à confortable pouvoir d'achat qui, de surcroit, s'exprime plus souvent que ses cadets aux élections.
L'essentiel du débat sur les retraites consiste à achever de persuader les jeunes qu'ils ne toucheront jamais leurs pensions tout en rassurant les actuels retraités qu'eux la toucheront à jamais. Au lieu de trembler pour demain, songeons déjà à colmater les inégalités d'aujourd'hui, en clair réinjecter de l'argent chez ceux qui en besoin au lieu de réduire les aides de ceux qui n'ont progressivement plus rien.... mais je m'emporte.
)

Alain Lambert, lui, s'en tient scrupuleusement aux deux colonnes des recettes et des dépenses[4] : Les déficits publics proviennent d'une mauvaise gestion et d'un gaspillage sur le terrain. Approche pragmatique, compréhensible par tous, mais dont la rhétorique purement comptable permet in fine d'aligner la condition du fonctionnaire sur celle du taille crayon (de mauvaise augure lorsque se propage à travers l'Europe l'onde de choc de la rigueur "salvatrice".) [5]

2e argument : " - Si la sphère publique veut aider l’économie privée lorsqu’elle est en récession, il faut qu’elle ait un armement budgétaire pour qu’elle dispose de moyens en période de ralentissement."

Ah bon ? Pourquoi la sphère publique aiderait-elle la sphère privée, c'est pas très "libéral" ça.

A.L : "Il est souhaitable pour les libéraux (il nous précise qu'ils sont très peu en France et pas au pouvoir) que l’Etat n’intervienne pas dans le secteur concurrentiel. En revanche, la crise bancaire a montré qu’il n’y a pas d’étanchéité entre l’économie privée et le secteur public puisque les Etats sont venus aider des banques alors qu’ils étaient dans une situation plus critique. Sauf qu’ils étaient réputés pouvoir lever un impôt, ce que les banques ne peuvent pas."

Quand le privé peine, le public doit aider ? Quand le public peine, il devrait faire des économies ? Paradoxal, 20 minutes avant le sénateur pestait contre l'impunité des banques se sentant immortelles depuis l'effondrement de Lehmann Brothers.

Je l'interroge sur la finalité de cette banqueroute publique prophétisée depuis trois décennies. Que se passera t-il lorsque l'"intenable" ne tiendra plus ?

A. L : « - La monnaie commune nous a déjà bien protégés. Dans le passé ça se réglait par de l’inflation ou de la dévaluation. Aujourd’hui, faire de l’inflation ou de la dévaluation nécessiterait l’accord d’un nombre considérable de pays donc, je ne sais pas comment répondre à votre question. Je pense c’est une crise de régime qui surviendra dans tel ou tel pays qui probablement changera la donne. La Grèce était un trop petit pays à l’échelle de l’euro pour que cela pose un réel problème politique. … Si c’est la France qui avait dévissé elle posait un problème systémique aux autres pays. [...] La vraie question est : est-ce que l’euro tiendra ou pas ? »

Il n'exclue pas que l'Allemagne finisse par mettre un terme aux jours euro.

Là, je le sens moins optimiste.

Lui aussi se heurte aux murs de l'impasse européenne : d'un côté une globalisation de l'économie voire des destins individuels et, de l'autre, des réflexes nationaux dans les gouvernances et une cacophonie salariale et fiscale au sein de la zone.

A. L : "- Je crois aussi que l’on n’a pas envie les uns et les autres de se soumettre à une gouvernance mondiale. Vous savez, on devient assez vite schizophrène sur ces sujets."

Pas de remise en cause d'une mondialisation "venue toute seule, par la technologie" à laquelle les gouvernements n'ont pas su s'adapter, par paresse ou absence de visée politique à long terme. :

A.L : "- Le système doit être corrigé dans ses excès mais je ne sais pas si l’on a vraiment le choix [d'un autre système].» Retour aux fondamentaux : c'est comme ça et pas autrement (faut juste l'améliorer, Ok d'accord reste à savoir pour qui.)

3 / Travaux pratiques...

Le privilégié, blogueur enseignant, nous twitte alors une question d'actualité sur la fuite d'un rapport "confidentiel" de Luc Chatel aux recteurs sur les pistes envisagées pour réduire façon "total discount" les coûts dans l'éducation nationale (regroupement ou fermetures de classe en milieu rural, augmentation du nombre des élèves par classe...).

Sans se prononcer sur le fond, en se contentant de la libérale pirouette n°17 "le problème ce n'est pas le nombre de profs devant les élèves, mais le nombre de profs qui ne sont pas devant les élèves" qui a le mérite de reposer, au-delà de la sympathie qu'il inspire, la divergence de perception qui nous sépare, Alain Lambert nous confirme que ce rapport n'a pas fuité par hasard.

(N.D.L.R : Il s'agit de tapisser les esprits, de tester les réactions, de modeler peu à peu les opinions.)

Après avoir montré détaché quant à la suite de son parcours : « Il faut assumer son âge et chaque génération doit jouer son rôle à son tour [...] rien n’est plus inélégant dans la politique que de s’incruster[6]", je lui demande de clarifier cette rumeur qu'il a lui même lancée concernant une chronique qu'il rédigerait pour Brave Patrie, le site à la parodie à peine parodique des vraies valeurs de la France vraie.

Il se demande s'il n'a pas poussé le bouchon un peu trop loin.

Un libéral qui renoncerait ? Je n'ose y croire.

* * *

[1] Ce qui le différencie de la plupart de ses camarades peinant souvent sur la première étape et se dispensant généralement de la deuxième.
[2] Didier Migaud, ex-socialiste, a depuis remplacé Philippe Séguin à la cour des comptes et publiera le 23 juin un nouveau rapport sur les finances publiques.
[3] Selon un récent rapport de Terra Nova, le niveau de vie des 55-65 ans est supérieur de 40% aux moins de 55 ans. Le niveau de vie global des retraités est supérieur de 6% à celui des actifs, +20% pour les hommes. Les retraités sont propriétaires à 76% contre 56% chez les actifs. Le rapport préconise même la création d'une CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale) majorée pour les retraités.
[4] A propos de recettes, si on commençait par récupérer 70 milliards par ici...

[5] De 2009 à 2010 les salaires des fonctionnaires ont baissé dans 8 pays : Roumanie -25% , Lettonie : - 15 à -50% , Irlande : -8% à -20% , Lituanie, Espagne, Estonie : -5% , Grèce : Suppression des 13 et 14e mois, baisse de 20% des primes , Hongrie : Suppression du 13e mois , gels des salaires au Portugal, en Serbie et en Bulgarie. (Source : Eurofound.)
[6] remarque applicable à certains éditorialistes et à à la chanson hurlée.

Illustration : Mancioday

6 juin 2010

Ipad et conséquences

par

Jacques aime le grand air. Il n’aime pas attendre aux caisses, il a peu d’amis, déteste les grands magasins, abhorre l'Heil-pad [1] et crache sur les crédits. C’est par solidarité avec son pote Billy, modeste salarié désirant se procurer en plusieurs mensualités la dernier "meustave" d’Apeule, que nous le retrouvons au beau milieu de cette belle et chaude journée de début juin poireautant à l’espace "paiement privilège" (a.k.a zone à crédit pour sans épargne fixe) d'un magasin d'Ailletèque.

Climatisé, avec sa vue sur bac à plantes exotiques, baignant dans un jus sonore à base de Barry Manilow contrefait coupé par les sensuelles annonces d'une voix féminine experte en cotonneuses allitérations telles "la liberté de payer sans frais ça n'a pas de prix" et "beau, bien et blindé parce que je m'abonne comme les autres pour payer quand ça me plait", l'oasis de l'achat vaseliné contraste avec la moiteur des rayons du pandémonium des possédés de la possession.

KEVIN"- Ho dis-donc Chouchoute t'as vu la télé 3D ?"

BRENDA"- Elle est à peine à 1300 euros pièce, c'est 20 euros moins cher que sur Ventepasprivées.fr mais 30 de plus qu'au quart d'heure de folie de CKKdiscount.com !"

Les suées familiales sillonnant hystériques les allées du désir frustré débordant d'addictives superficialités asiatiques, troublent de leurs lointains échos adipeux, l'envoutante mélopée du faux Manilow parfumant à la fleur de lotus musicale la zone aseptisée.

SHRECK
"- Putain Papa prends en 4 !"

BRENDA
" - On a qu'à l'acheter pour les un an de Rihanna. Déjà qu'on lui a rien offert à sa fête je culpabilise. "

Sifflotant "copacabana" en tong et short hawaïen, détendu comme un Finkelkraut qui improviserait une partie de foot avec des imams lors d'un apéro géant organisé sur facebook, Jacques savoure la beauté de l'instant. Ça sert aussi à cela les amis : vous faire partager des expériences intenses où la banalité le dispute à la paresse de l'imagination, au milieu desquelles la soumission aux impératifs hiérarchiques des uns épousant la faible capacité de résistance des autres aux mouvements de mode offrent à l'observateur blasé une énième variation du ballet moderne du transit de pognon et des intérêts à l'exclusif bénéfice des dominants.

Tandis que l'euro s'écroule et que l'envie d'une bière fraîche commence à cruellement se faire ressentir chez nos deux fauchés, la frêle petite blonde à blouse verte termine énervée la saisie d'un dossier.

BRIGITTE
"- C'est le rush depuis une semaine, tout le monde veut une carte."

Billy veut également souscrire à la carte "Fnuck me I want be famous". "C'est pas pour consommer" assure t-il à Jacques "mais juste pour acheter un Heil-pad."

Dans sa grande générosité, en adhérant à sa carte, et à partir de 500 euros, l'enseigne propose au client payer en cinq fois sans frais. Sachant que le premier prix de la table des lois de Jobs, commercialisée le même jour que l’offre, est de 499 euros, la clientèle visée par ce magasin parisien (conceptualisé lors de ces lointaines années de croissance nationale à deux chiffres pour les cadres à fort pouvoir d'achat) ne trompe plus personne :

- Le revenu à peine supérieur au Smic qui veut se la péter comme l'élite télé mais qui a les yeux plus gros que le ventre parce que la feuille de papier numérique, même au plus bas des offres, c’est encore 40% de son salaire.

Jacques ne dit rien à Billy qui caracolerait encore sur ses grands chevaux pour clamer un Guévaresque "- Tu crois vraiment que j'ai le choix, c'est la crise Man !".


Billy répond à l’interrogatoire en profondeur de la belle verte qui arrose de données sa base devant le faux ficus : Nom, prénom, adresse, revenus, prix du loyer, montant de la caution, nom de l'employeur, fréquence et durée des rapports sexuels... Les formalités s'accumulant, la file d'attente d'acheteurs d'Heil-Pad s'épaissit à l'entrée de l'espace "paiement privilège ".

A l'ouverture d'un autre poste, deux clients déboulent au bureau de Blanche, l'autre préposée, avec cette noblesse d'esprit qui est l'apanage du consommateur stressé :

AMÉDÉE
- Vous croyez que je n'ai pas vu votre petit manège!

JM

- Va te faire niquer j'étais là le premier !

Pendant que Billy poursuit sans complexe son striptease social, Jacques compulse le fascicule couleur lingot d'or accompagnant la carte et intitulé "Passionnément fidèle à la Fnuck."

Jacques y comprend deux ou trois choses :

- La compagnie lui prélève d'emblée 12 euros d'adhésion, toujours ça de pris. C'est la facturation standard parisienne pour apprécier 10 minutes de Barry Manilow sur chaise en plastique qui colle au cul.

- La rubrique « facilités de paiement » propose de différer gratuitement de 40 jours le remboursement du gros objet ailletèque qui contente temporairement l'appétit de possession mais qui coûte bonbon. Comme disent les experts de la vente à découvert : "- Si t'achètes et que tu ne payes pas, c'est plus sympa."

Il est précisé, en petit, qu’au-delà de 1500 euros d'achat sera demandé une preuve de revenus (ce que Jacques peinera toujours à comprendre puisque si tu payes en différé, c’est précisément que tu n'as pas les revenus suffisants) puis, en microscopique au recto par obligation législative, qu'un crédit engage celui qui y souscrit et qu'il faut regarder ses capacités de remboursement avant de s'y lier.

- La rubrique "paiement échelonnés" où tu as la possibilité de régler par « petites mensualités » tes paiements avec un TEG annuel "révisable en fonction du solde de 21.44%".

A ces taux là faudrait vraiment être con… pour refuser de t’inciter à prendre une carte d’arnaque à la consommation, spécialement si tu as des difficultés à payer.

BRIGITTE TOUT SOURIRE
"- Hi, hi surtout dépassez pas... sinon ça se transforme en revolving."

Ce serait dommage d'autant qu'à l'évidence, la carte est conçue pour ça.

Jacques n'a malheureusement pas accès à la paperasserie contractuelle de 16 pages scellant le destin financier de Billy au dealer de came à Mac que la gentille blonde tamponne de si bon cœur qu'elle doit au moins toucher 50 centimes de prime par pignouf piégé.

Au bureau d'à côté, la bataille des clients s''emballe alors que Blanche la débutante s'enfonce dans son siège :

AMÉDÉE
"- Je suis à la retraite moi !"

JM
"- Et moi au chômage ! "

La coupe à cons déborde. La conciliante rabatteuse à contrat se lève de son siège et, se métamorphose en maître-chien, pointant du doigt les enragés de la conso contrariée le combiné de téléphone dans l'autre main, tout en meuglant un bovin :

BRIGITTE :
" - Bon vous la fermez tous les deux, où j'appelle la sécurité et je vous fais sortir. Ça va bien maintenant !"

Le stage maison "saisie informatique et nunchaku " n'a pas été vain. Les belligérants se taisent et Blanche s'enquiert de leurs revendications syndicales :

JM
"- Moi je suis là pour un Heil-Pad en cinq fois sans frais."
AMÉDÉE
"- Moi je veux qu'on me rembourse 2264 euros indument prélevés !"

Brigitte retourne à sa tâche en marmonnant :

BRIGITTE
" - Y a de ces chiants..."

BILLY timide
" - Euh… c'est bon mon dossier est accepté ?"


BRIGITTE s'offrant une nouvelle tamponnade interloquant nos deux héros.
" - Oh oui, c'est bon. "

Observant Amédée qui tourne à l'écarlate tandis que Blanche se déclare incompétente à lui rembourser le moindre euro, Billy interroge Brigitte : " - Et si je veux me désabonner de la carte une fois que le paiement est complet ?"

BRIGITTE
"- Oh bah…c’est simple vous appelez la Finimal, l’organisme qui s’occupe de votre dossier, et vous demandez d’annuler."

Répond-elle avec une simplicité donnant à n'importe quel objecteur de croissance l'envie de lui prendre sauvagement, là tout de suite sur le bureau, 10 autres crédits à la conso.
Et puis, tous les candidats à la résiliation de quoi que ce soit par hot-line délocalisée au Bangladesh vous le confirmeront : Le bonheur c'est simple comme un coup de fil.

BILLY
"- Ah bon ? je croyais que c’était la Fnuck qui s'occupait du crédit ?"

BRIGITTE avec l'assurance d'un Marc Touati face à Yves Calvi crédule.
" - Ah non nous notre métier c'est de vendre."

A peine sa phrase terminée, Amédée tape du point sur la table en exigeant que Blanche appelle son supérieur hiérarchique (ce qui est impossible étant donné le programme de réduction des coûts. Gérant 17 boutiques à la fois notre homme est à 610 kilomètres de son poste et un point de tension de l'AVC).

Brigitte décroche le combiné :

BRIGITTE
" - Ahmed, Idriss, Jean-Blaise. Espace paiement privilège. Code 22."

Boulevard, 10 minutes plus tard....
Billy déambule sous un soleil de plomb, éreinté par ces 20 minutes perdues à économiser en temps de paiement puis, par la sortie musclée d'un septuagénaire chevrotant par 3 cerbères peu diserts. Il est moralement épaulé par son fidèle et fataliste Jacques qui consigne les évènements sur son petit carnet sans batterie payé cash 1 euro chez l'épicier :

JACQUES
" - Pauvre Billy. C'est ton premier crédit hein ? Bienvenue dans un monde de subordination aux petits bourreaux interchangeables commissionnés par des établissements externes se rachetant les uns et les autres, où tu n'as d'autre valeur que celle des échéances dont tu es redevable, où l'on attend de toi que tu sois en faute afin de mieux te contraindre à un perpétuel remboursement. Enfin, c'est pas grave. T'es un homme heureux maintenant : t'as ton Heil-pad... Bah tiens d'ailleurs où est-il ton Heil-pad ?

BILLY
" - Oh bordel de bite à merde sapristi, JE L'AI LAISSE LA-BAS !"

88 secondes après....
Nos compères arrivent le souffle coupé (pas facile de courir en tongs) à l'espace "paiement privilège", juste à temps pour constater que l'objet restant à régler n'y est plus.

Alors que Billy laisse enfin entendre sa grosse voix d'insurgé face à ce "système d'enculés vraiment trop injuste", Brigitte saisissant les données d'un autre candidat à l'Heil-pad en 5 fois sans frais, se montre vaguement coopérative :

BRIGITTE
"- C'est le rush depuis une semaine, tout le monde veut une carte."

Devant l'agressivité montant crescendo d'un Billy catalogué débiteur, ralentissant de surcroit sa productivité, Brigitte décroche le combiné :

BRIGITTE
" - Ahmed, Idriss, Jean-Blaise. Espace paiement privilège. Code 22."

La bruyante affaire maitrisée par les molosses (des noms d'oiseaux furent échangés, des baffes distribuées et des tongs s'envolèrent), Brigitte soupire et se passe une main sur le front laissant apparaitre à Blanche ses aisselles suintantes :

"- Dure journée, le client est difficile."

Puis, les ouvrières du crédit reprennent leur travail à la chaine.

* * *

[1] Ipad, n.m : Objet cher et révolutionnaire qui permet de lire la presse onéreuse faisant des publi-reportages sur le prochain Ipad qui va vraiment tout révolutionner et sauver la presse onéreuse. Souvent utilisé dans la phrase : "T'as vu, j'ai un Ipad !"Synonymes : drogue dure, télécran, piège à cons. Thématiques proches : crime écologique, sweat-shops, triste à pleurer de rire de voir de farouches athées anti-capitalistes vouer un culte fanatique à une marque américaine fabriquée en Asie.

* * *

Articles connexes :
- J'ai testé L'AïPu
- Le vent de la liberté (saveur pomme)
- Tarte ta thune (à la mode de Paris)

2 juin 2010

Crimes et délits du banquier

par

"La banque de détail a représenté près de 65% du Produit Net Bancaire total des banques françaises. "

C'est sur ce constat, qui devrait faire prendre conscience au client que c'est lui le patron, que débute le dernier rapport de l'UFC-Que Choisir sur l'explosion des frais bancaires dont le client est le dindon.

Un rapport qui donne envie de faire du pâté de banquier à la machette : Abus de la fragilité financière des clients, arnaques sur tarifs opaques, création de produits délirants, frais de découvert dépassant le taux d'usure et au mépris de la loi...

Comme dirait notre monarque : il faut en finir avec cette racaille qui prospère en faisant ses petits business en marge du droit et en toute impunité.

Nous avons à faire a un réseau de délinquants de grande envergure bien implanté dans nos villes et nos villages. Jugez plutôt....


1 / les classiques de l'escroquerie :

- Le rapport affiche une augmentation arbitraire des frais d'opération de paiement (+ 13% en moyenne pour le client alors que le coût technique pour la banque a baissé de 9% depuis 2004.) L'automatisation devrait profiter au client : Pas chez les maquereaux du DAB.

- Des brochures tarifaires lourdes et illisibles, empêchant la comparaison et contenant pour certaines banques jusqu'à 300 tarifs différents répondant à des libellés incompréhensibles quand ils ne sont pas mensongers.

- Création de "packages" prétendument "indispensables" : +25% pour le client. (services souvent inutiles : 3 chèques de banque gratuits par an - au cas où tu achèterais 3 maisons dans l'année - , abonnement aux revues publicitaires, alertes SMS pour te prévenir que ton espace internet va t'avertir que tu vas recevoir un SMS...)

- Facturations aussi limpides que celle de ton opérateur téléphonique...
Notons d'ailleurs une certaine similitude d'action entre les deux en cas de découvert. C'est bénéfique pour l'un et l'autre puisque la banque ET l'opérateur téléphonique facturent des frais pour le même rejet de paiement (mais qui passe quand même car ils ont le cœur sur la main).
Chez le pauvre, le découvert non autorisé commence à - 1 euro. On comprend dès lors pourquoi ils insistent tant pour fonctionner avec des RIB : Avec un rejet de paiement de 30 euros, la banque et l'opérateur téléphonique se partagent la somme équivalente en taxes, en mode automatique. Encore mieux que le dépassement de forfait ! Al Capone avait plus d'éthique.


2 / Le gros du business de la raclure bancaire se fait sur le dos des fauchés :

- Le rapport constate une augmentation de 28% des frais de sanction depuis 2004.

- Les banques ont détourné à leur profit le plafond règlementaire des frais d'incidents de paiement chèque pour accroître leur montant de 26% . Comprendre, ils ont regardé le moyen de paiement le plus souvent rejeté et ont spécifiquement augmenté les frais subséquents.

- Sur les découverts non-autorisés, les banques bafouent en toute impunité la jurisprudence de la Cour de Cassation en n'intégrant pas "les commissions d'intervention" (entre 8 et 18 euros) dans le calcul du TEG. En clair, elles pratiquent un taux d'usure, ILLÉGAL, sur les découverts non-autorisés.
Les "commissions d'interventions" peuvent monter jusqu'à 1000 euros mensuels pour un client en difficulté, ce qui n'en doutons point, arrangera son insolvabilité, à son tour taxée. 1000 euros par mois ? pourquoi pas 2000 ? Parce que 1000 euros correspond à un SMIC et que c'est la clientèle visée.

(ci-dessous, le portrait robot d'un client de banque à découvert)

Rien n'est laissé au hasard : il s'agit ici de politiques bancaires. Le "faucheman" est un client en plein essor par météo de crise avec giboulées de rigueur. Il est d'autant plus intéressant qu'il est affaibli et culpabilisé, peu conscient de ses droits. Les actions judiciaires collectives n'étant toujours pas autorisées en France pourquoi les banques en position ultra-dominante et bénéficiant de toutes les faveurs gouvernementales se généraient-elles ?

- Encore plus beau : -100.000 euros ou -30 euros entrainent les même frais de "commissions d'intervention". En décodé : Plus t'es pauvre, plus tu payes.

Pour un découvert de 30 euros, le TEG (en intégrant les frais de commissions) avoisine les 50% !!!

( - et dire que tout ça a commencé avec un futile prélèvement pour " frais de commission d'intervention en cas d'opération entrainant une irrégularité de fonctionnement du compte et nécessitant un traitement particulier"...)

3 / Petites violences et faits-divers...

- Le rapport déplore également l'explosion des tarifs sur les incidents quotidiens (exemple : +92% pour un remplacement de carte bleue avant échéance).

- Doublement des frais de transfert de PEL (spéciale dédicace à nos amis primos-accédants).

- Facturation progressive de tout ce qui était gratuit. A défaut d'avoir des comptes rémunérés, nous avons des comptes payants. Aboutissement ultime du capitalisme financier : Le client paye un loyer à sa banque pour qu'elle garde un argent dont elle usera contre lui.

- Invention pure et simple de frais. Des lettres d'information coûtant un euro, facturées 50 au client ou, plus fort, des frais de "non-opération" (oui tu as bien lu, t'es dans le vert mais tu n'utilises pas assez ton compte !) de 123 euros. Tout cela bien sur en sus de "l'abonnement".

C'est un peu comme si, déjà abonné à Canal+, on te facturait un surcout au film, à la page de publicité, à la rediffusion ou, encore mieux, parce que tu ne regardes pas assez la télévision.

Alors tu me diras : "oui mais ça coute cher tout ce personnel bancaire" (+8% en 5 ans) "...

Oui. Sauf que le nombre des conseillers particuliers a diminué de 10% en 5 ans tandis que dans le même temps celui des traders a bondi de 58% et celui des chargés de communication de 109% !.

Bref, ton pognon va dans la publicité pour attirer d'autres truffes comme toi et dans la spéculation pour mieux les tondre.

Et oui, mon con, en plus de te faire payer ton argent, de te pomper ta thune à toutes les étapes, tu as désormais face à toi au guichet de plus en plus souvent des machines. Vu ton niveau d'énervement théorique à ce stade de taxation, c'est plus prudent : ça pourrait virer au médiéval !

A ce stade, je sens un léger et légitime énervement chez toi.

Alors... que choisir ?

L'UFC fait sept propositions à Sainte-Lagarde pour "en finir avec les excès tarifaires", je te les laisse découvrir en fin de rapport ci-dessous :

Rapport UFC Que chosir sur les frais bancaires

Pour ma part, n'ayant qu'une confiance limitée dans notre ministre des finances (du culte du CAC et des incantations de croissance) ainsi qu'une défiance définitive envers les bandits mafieux, j'en reviens à mes deux propositions, garantie de santé financière et morale :

1 / Tu quittes ta banque.

2 / Mieux, tu vides ton compte. En prenant soin de ne jamais, jamais, être à découvert. Il est clairement fait état dans ce rapport qu'une minime incartade peut entrainer une cascade d'autres frais.

Si les banques font 65% de leur chiffre national sur l'activité de détail, celle-ci est composée à 40% des frais perçus sur le client.

Conclusion : Tes fins de mois dans le rouge financent 30% des revenus des banques.

Où sont les vrais délinquants ?

29 mai 2010

La bulle immobilière revient ?

par
Depuis quelques jours souffle un vent de folie immobilière dans les médias. C'est "la reprise de l'immobilier", les prix s'envolent à nouveau, + 3.8% sur le trimestre en île de France. Et le reste du pays suivrait. "C'est le moment d'acheter" dit le notaire.

Comment dire... Moi si un notaire, cerise à 7% sur la pièce montée, saveur banane, du bonneteau des blousés (composé pour mémoire de l'escroc banquier, de son parasite l'agent immobilier et de son indispensable farce le blousé) me répète sur toutes les chaînes que c'est le moment d'acheter : je me méfie.

En version décodée : Il y a eu méchante baisse des transactions et donc des prix en 2008 et 2009. Elle a déjà bénéficié en toute logique à ceux disposant, sur le champ, de blé : d'où "reprise".

Elle est visible à Paris, le cas me préoccupant, au fil d'une balade en son centre. On y constate depuis le début du printemps un total contraste avec la situation d'il y a un an :

- Les pancartes "A vendre" sont remplacées par "A été vendu par".

- L'explosion des ouvertures de commerces à la con, sans études de marché, et de bars "branchés" jusque dans des coins sans habitants (le quartier cher et désert étant une spécialité parisienne). Point positif : vu l'augmentation délirante de la concurrence des troquets, le cours intramuros de la chopine de Pelforth va baisser.

- Une multiplication des travaux de rénovation ou d'agrandissement de petites surfaces (investissements locatifs visant les étudiants dorés ou touristes thunés [1]) et de moyennes passant à grandes (jouissance personnelle du CSP+ ou golden-retraité requinqué et conquérant que la crise, le chômage ou même "la réforme des retraites" n'auront que marginalement affecté).
Alors qu'ils devraient être taxés pour interminable pollution sonore, ces chantiers bénéficient d'une réduction de TVA à 5.5% et leurs instigateurs, "La France des propriétaires", d'une ribambelle de défiscalisations carabinées. [2]

- Les investissements étrangers de type "pied à terre". Brésil, Russie, États-Unis. Avec la baisse de l'Euro, cette tendance devrait se renforcer.[3]

L'humilité des agents immobiliers aura donc été de courte durée. De novembre 2008 à juin 2009 pour être précis. Une époque durant laquelle, à peine le fangeux candidat à la location franchissait-il le seuil de l'officine bardée d'offres en souffrance que l'agent immobilier, surpris en plein solitaire sur son LCD ou comptant pour la troisième fois ses post-it à proximité des postes abandonnés de ses collègues licenciés, lui serrait la main avec un sourire niais avant de lui offrir un presnesso et d'ajouter :

"Je suis d’accord avec vous : On a vraiment abusé ces dernières années mais on n'y est pour rien, c'est le marché. "

Résumons...

Un gel des transactions l'année passée sur fond de crise puis le retour des investisseurs et des riches qui ont fait leur marché "à la baisse", puis celui du haut des classes moyennes qui ont investi dans l'immobilier "par sécurité" en bénéficiant d'une cascade d'exonérations fiscales (voir le schéma des investissements Scellier ci-dessous) et enfin une saupoudrée d'acheteurs étrangers : voilà donc sur quels fondements déconnectés de la réalité des revenus réels de l'écrasante majorité des français s'explique la "reprise" du marché de l'immobilier parisien[4] et, dans des dosages différents, national.

(Capture par Esprit-riche.)

Maintenant que les bonnes affaires sont faites, "la reprise" est aujourd'hui annoncée par des notaires dans une presse où l'on retrouve en tête des annonceurs banquiers et agents immobiliers bien décidés à ré-endetter, avec la carotte du "taux d'intérêt historiquement bas", leur fond de roulement traditionnel : les classes moyennes qui moulinent, assoiffées de standing.

Si 2009 fut effectivement une bonne période pour celui qui alignait le cash sans sourciller, celui qui en a un peu, voire beaucoup, moins en 2010 veut aussi en croquer, comprendre "acheter plus grand" (N.B et c'est important : cette histoire concerne essentiellement ceux qui possèdent déjà un logement dont le remboursement n'est pas terminé.)

D'après quelques observations de terrain, je constate que les barrières anti-baratin sont à nouveau grandes levées :

BARBACREDULE
- "tu te rends compte chéri c'est une bonne affaire"

BARBABOURGETTE
- "C'est clair."

Toutes ces pubs à la télé et Papamaman qui jouissent de leur(s) bien(s) immobilier(s) dont ils se sont acquittés sans douleur grâce à l'inflation des salaires dans les années 70 : ça stimule l'appât du luxe et d'émancipation (par le crédit sur fond de "PV garantie") de leurs enfants fauchés, désespérés, soumis et frustrés déclassés.

Les charges explosent ? Pas grave. L'inflation promise mais mon salaire qui stagne ? Sans Souci. Le chômage parti pour accélérer sa "tendance à la stabilisation" et son corollaire, le chantage à la productivité ? Don't worry. Ça va durer 10 ans, je m'endette sur 20 et je paye d'abord les intérêts ? Be happy. Les taux vont remonter (et donc.... les prix des biens baisser) ? No problemo. L'augmentation des impôts (on ne t'as pas dit, IL va mentir sur ça aussi). T'es négatif ! Les golden-retraités ne sont pas éternels et masses de biens vont se retrouver sur un marché des prochaines années dont j'ai du mal à concevoir qu'il s'oriente alors à la hausse. Peu importe...

les voisins sont à la fête : la bulle immobilière revient !


Articles connexes :
- Stiglitz, la crise et les bulles
- La triplette de belle-vie
- Elle avait les yeux revolving
- De plumeur à plumé



[1] De plus en plus d'agences immobilières organisent ce commerce en coulisses via une offre sur internet exclusivement tournée vers la clientèle étrangère. Ça réduit les frais : pas de visites. Ça réduit les risques : tout est payé à l'avance. Ça maintient la côte à la hausse : A 100 ou 150 euros la journée à tarif "hôtel", on explique mieux les 2000 euros / mensuels affichés à la location pour un 30m2 dans certains quartiers.

[2] Aucune pitié pour les gouvernements successifs qui ont laissé s’installer par clientélisme, les aides aux proprios renforçant les inégalités au détriment des revenus les plus modestes.

[3] pas étonnant dans une ville qui mise tout sur son rayonnement international en piétinant les réalités de ses habitants et de sa main d'œuvre qui vient quotidiennement, en RER tape-cul aromatisé à l'aisselle tiède, des coins de plus en plus reculés de l'Ile-de-France.

[4] J'espère que, dans cette période de taux bas, La Mairie de Paris aura massivement acheté de l'immeuble pour en faire du logement social. Ce n''est pas avec une piste cyclable sur les voies sur berges que l'on va faire revenir les familles et les classes moyennes dans la ville musée.

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