Affichage des articles dont le libellé est karachi connection. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est karachi connection. Afficher tous les articles

9 novembre 2010

On les appelle "les Karachi"

par
« Bien sûr, tous nous ont assurés de leur soutien le plus total, y compris en ce qui concernait la recherche des auteurs de l’attentat. Michèle Alliot-Marie m’a même dit : « Si vous avez le moindre souci, si vous avez besoin de quelque chose, vous avez mon numéro » et elle est partie sans me le donner ! Je n’ai jamais eu ce numéro et, par la suite, nous avons dû nous battre, en menaçant de dénoncer notre isolement aux médias, pour parvenir à obtenir d’elle une audience.

A ce jour, Ministre de la Justice […], elle prétend pourtant, dès que l’occasion se présente, qu’elle nous a reçus à de nombreuses reprises. »

Extrait du récit "backstage" de la cérémonie officielle d'hommage aux victimes, cinq jours après l'attentat de Karachi, Cherbourg, le 13 mai 2002, in "On nous appelle les Karachi" de M.Drouet et S.Leclerc.

* * *

Pourquoi le Karachigate ne perce pas plus dans les médias mainstream ? Un journaliste d'un quotidien national m'a répondu en juin dernier :

« On a des consignes de la rédaction : pas de Karachi. »

Dans notre beau pays des lumières rétrogradant encore d'une place (44e rang) au baromètre RSF de la liberté de la presse: ça ne surprend malheureusement plus. Cette histoire, à cheval sur quatre mandatures présidentielles, gêne.

Cette "discrétion" de certains médias[1] sur les suites de l'explosion criminelle d'un bus à Karachi, ayant coûté la vie à 11 ouvriers français le 8 mai 2002, s'explique aussi par la complexité apparente de l’enquête avec sa trame de thriller (mêlant politiques français et pakistanais, services secrets et intermédiaires interlopes) et l'opacité des pratiques dans le domaine des contrats d'armement internationaux. C'est ce cocktail au chloroforme qui permettra en juin 2009 à quelque représentant de commerce, amateur de montres suisses, d'histoires belges pas drôles et de flicage des journalistes, de qualifier l'affaire de "fable".

Seulement voilà. Au fil des pièces accumulées, grâce notamment au travail d'autres journalistes d'investigation, si le sacrifice des ouvriers de la DCN doit répondre d'un genre, c'est celui de l'affaire d'État.

Depuis un an, la piste politico-financière, liée à des représailles suites au non-versement de commissions dans le cadre d'une vente de sous-marins français au Pakistan en 1994[2], devient "la seule piste crédible".

Dans "On nous appelle les Karachi", demain en librairie, Magali Drouet et Sandrine Leclerc y ajoute une dimension que les procédures et les révélations cachaient en partie : la vision, les l'émotion des familles, ainsi que leurs soupçons dès les premiers jours et durant les six années où l'instruction fut délaissée.

Elles relatent leur combat pour obtenir la vérité sur les causes de l'attentat qui leur a arraché leurs pères: une succession de rencontres dans les coulisses d'après drame, d'épisodes politiques, judiciaires et d'entreprise qui susciteront la colère chez tout lecteur normalement constitué.

La première partie du récit est proprement hallucinante quant aux agissements de la Direction des constructions navales (dépendant du Ministère de la Défense au moment de l'attentat et employeur des victimes, l'État y est toujours actionnaire à hauteur de 75%), aussi bien sur sa gestion de la sécurité avant l'attentat que dans son suivi de l'affaire, pour le moins étrange dès les premières heures, et sa volonté appuyée que les familles ne creusent pas davantage que la thèse "officielle" : c'est un attentat d'Al-Qaida (jamais revendiqué). Tout y passe : mensonges, encadrement serré en public alternant au mépris total en privé, puis l'inverse, instrumentalisation, intimidations, même une tentative pour faire interner une des veuves...

On en apprendra aussi de belles sur la première instruction d'un juge de supposé de "choc", qui fera trainer la procédure de longues années (excluant du dossier - et faisant détruire - des pièces capitales[3]), ou encore sur la batterie de représentants, de conseillers, de politiques et de leur entourage que l'acharnement des familles à connaître la vérité agace.

Même s'il n'est pas le personnage central du livre, notons une augmentation de la nervosité depuis l'arrivée d'un nouveau locataire à l'Élysée (ayant une sensibilité au terrorisme et une empathie avec les victimes à géométrie opportune) dont le nom va souvent revenir dans le dossier dès que celui-ci sera repris par le juge Trévidic.

La deuxième partie reprend les avancées de l'enquête depuis ce redémarrage, en 2008 dans la foulée des révélations de Mediapart, et permettra à ceux qui ont suivi de loin les pavés lancés en eau trouble, d'avoir une représentation claire de la chronologie des évènements révélés dans la presse, ainsi que des intimidations et des obstacles qui continuent en toile de fond.

Récit précis et sans concession des déconcertantes étapes traversées par Sandrine et Magali, où se mêlent assistants aux allures de RG et menteurs aux allures de ministres, le livre est aussi l'occasion de rendre hommage à leurs pères. Ceux dont la vie et le souvenir sont réduits au statut de "problème" par leur employeur et les autorités.

Au-delà du cas personnel, ce témoignage en dit long sur notre société : corruption à tous les étages et mépris total des petites gens.

"On nous appelle les Karachi" devrait, doit, faire du bruit et redonner de l’écho à cette affaire que certains veulent taire.

A condition, bien sûr, que tout le monde en parle.

"On nous appelle les Karachi" de M.Drouet, S.Leclerc.
ed.fleuvenoir, 250 pages, en librairie le 10 novembre.


[1] Hormis Mediapart, Guillaume Dasquié dans Libération, plusieurs papiers du Monde et du Point. A noter aussi 2 reportages en deuxième partie de soirée en 2 ans : sur Canal+ et France 2. A titre de comparaison, les Frères Bodgdanoff ont été invités à s'exprimer au sujet de "l'injustice" dont ils sont les victimes, plus de 4 heures sur le service public la semaine passée.

[2] accord passé sous le gouvernement Balladur, et cassé à l'arrivée de Jacques Chirac en 1995.

[3] Étrange monde de la justice où, d'un côté, un plaisantin demandant une « inflation » par courriel à Rachida Dati (qui n'est QUE députée européenne et maire du 7e) se prend une perquisition à l'aube, la saisie de son ordinateur et 48 heures de garde à vue, et, de l'autre, les familles de 11 ouvriers assassinés doivent attendre 6 ans, pour que l'on daigne ouvrir une instruction sérieuse.



Terminons avec celle avec qui nous commencions huit ans plus tôt :

Bernard Cazeneuve
(Député PS) vs. Michèle Alliot-Marie (Garde des Sceaux) à l'Assemblée-Nationale en octobre 2010.

11 juillet 2010

[video] Karachi, l'enquête impossible

par
Attention : une affaire peut en cacher une autre.

Alors qu'émerge une nouvelle histoire de sous-marins certifiée OK par le monarque, Mediapart vient de publier une vidéo résumant le débat sur "l'affaire Karachi" (contrat de vente de sous-marins au Pakistan en 1994 qui s'est soldé par la mort de 11 français en 2002) organisé le 30 juin 2010 à la maison des Métallos.

Olivier Morice, avocat des familles, pointe le manque d'indépendance du parquet.

Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, (les journalistes de Mediapart dont les révélations et les documents publiés contribuèrent à réorienter l'instruction sur la piste "cruellement logique" des retro-commissions à laquelle serait liée E.Balladur et son ministre du budget de l'époque), font part des obstacles rencontrés lors d'une enquête relative à la vente d'armes par l'état français : "le trou noir de la république"

Magali Drouet, fille d'une des victimes de l'attentat, révèle la récente proposition de la DCNI.

Bernard Cazeneuve revient sur la mauvaise volonté des ministères contactés et le désaveu de dernière minute du président de la mission parlementaire dont il était le rapporteur, au simple fait que le député ne validait pas à 100% la thèse d'un attentat signé Al-Qaida.

"Il parait que tout cela, c'est des comportements normaux de la part de gens sereins à l'égard d'une affaire qui n'en est pas une."



Vous trouverez sur Mediapart, un dossier + un documentaire sur l'affaire ainsi que les revues de presse et vidéos sur le blog karachigate.

2 juillet 2010

Karachigate, IRL mais pas fable

par
L’air est à la traque de la corruption.

Des éditorialistes et quelques politiques y dénoncent "une dérive populiste" alors que, jour après jour, les uns et les autres, par leur refus d'énoncer les faits ou les énonçant hiératiquement ont contribué à nourrir ce qui les fait frémir.

L'exigence citoyenne de transparence n'est que le contrecoup logique d’une crise qui s’enlise et d’une violente rigueur qui s’installe en litotes.


Le 30 juin 2010, Edwy Plenel, le rédacteur en chef de Médiapart, conviait les lecteurs à la maison des métallos pour une conférence sur le "karachigate" réunissant, entre autres, les journalistes ayant sorti l'affaire, le député rapporteur de la mission d'information, l'avocat et une représentante des familles des victimes.

Bien avant que le feuilleton de l'été Plus Bettencourt la Woerth ne lui fasse un peu d'ombre, le journal en ligne Mediapart avait déjà contribué à ré-orienter l’enquête sur l’attentat de Karachi du 8 mai 2002 vers la piste des commissions et des rétrocommissions, versées et non-versées.

Moins feuilletonesque que les échappées suisses et les accointances à la sauce très-riche de l'ex- Ministre du Budget, le "Karachigate", s'articule autour de deux zones troubles de la cinquième république : La vente d’armes et le financement des campagnes politiques.

C'est également un sac de nœuds bien plus lourd de conséquences : 11 ouvriers de la DCN sont morts à Karachi dans un attentat au bus piégé et elle implique directement le premier des français.

Selon la police luxembourgeoise, celui qui était, lui aussi, Ministre du budget et responsable de la campagne présidentielle d'E.Balladur en 1994 aurait validé un système de corruption via la création d’une filiale luxembourgeoise, la société Heine, pour le transit de commissions sur des contrats d'armement.

A travers les différentes interventions et révélations de la conférence du 30 juin, les récits des multiples obstructions et refus rencontrés lors des investigations de chacun surlignent des évidences qu'il est bon de rappeler :

- L’importance du juge d’instruction dont notre glorieux Président souhaite se débarrasser.

- Le mur du secret défense.

- L'importance du rôle de contrôle de l'assemblée nationale.

- L’importance de la presse d’investigation pour contrebalancer la collusion croissante entre le judiciaire et l’exécutif.



1. Le rôle de la presse :
Un des deux Fabrice résume le rôle du journaliste normalement constitué :

« - Si on nous demande de ne pas regarder là, c’est précisément qu’il faut regarder là. »

Pour Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, journalistes à Médiapart (également en charge du dossier Bettencourt-Woerth), tout commence en avril 2008 avec la découverte du rapport Nautilus et un mémo signé par l’ancien directeur de la DNCI expliquant les dessous politico-financiers des grands contrats d’armement.

Le temps d’enquêter, ils publient en septembre 2008 un premier article qui va relancer, via un nouveau juge, Marc Trévidic, une instruction jusque là mollement menée par un juge pourtant expérimenté, Jean-Louis Bruguière, délaissant sciemment la piste financière alors qu’il disposait d’éléments.

Au sujet de leurs recherches, les journalistes évoquent un climat lourd, non pas de menaces mais d’obstruction continue, le tout dans un relatif mutisme médiatique ambiant validant implicitement la thèse présidentielle de la fable.

Selon l'avocat Olivier Morice : « - Un dossier de cette nature ne peut pas sortir sans le travail de la presse […] c’est un vrai travail d’investigation qui était très risqué pour leur réputation. »

Pour Magali Drouet dont le père est décédé dans l'explosion du bus pakistanais :

« - On n'y a pas cru au début. Mis à part les deux Fabrice, en France c’est bloqué sur cette affaire. »

Pourtant, le 18 juin 2010, lors d’une audience en huis-clos avec les familles des victimes et leur avocat, le juge Trévidic confirme aux familles la solidité de la piste des retrocommissions qu'il avait évoquée en juin 2009 suite aux documents publiés par Mediapart.


2. La collusion du judiciaire et de l’exécutif :
Maître Morice, qui reprend la défense des familles en 2009, évoque sa prise de conscience d'être confronté à une affaire d’état lors de la lecture, dans la presse, d’une note du procureur de la République de Paris, JC Marin.

Ce dernier y évoquait toutes les charges susceptibles de peser sur le réseau de financement occulte de Monsieur Balladur pour finalement exclure que les juges instruisent sur ces éléments !

O.Morice : « - Le procureur qui est normalement notre allié dans cette affaire fait tout pour freiner la recherche de la vérité. » [...] « - Il y a une dégradation dans l’éthique des magistrats du parquet qui ne sont plus là pour rechercher cette vérité mais pour protéger le pouvoir. »

Son impression est confirmée avec le communiqué de presse expéditif du procureur Marin en juin dernier, dans la foulée d’un nouveau dépôt de plaintes des familles auprès de la doyenne des juges de Paris.


3. Le mur du secret défense :
Bernard Cazeneuve, député PS de Cherbourg et rapporteur de la mission d’information sur l’attentat, dénonce la même ambiance que les journalistes autour de son investigation et tire les mêmes conclusions que l’avocat.

B. Cazeneuve : « - Jamais je n’ai vu un tel climat sur le sujet ! ».

Il revient sur les conditions d'enquête farfelues de sa mission d’information parlementaire. [1]

B. Cazeneuve : « - Comme il y a rien à voir, on s’emploie à ne rien nous montrer. »

Ses demandes au Ministère de la Défense ou au Ministère des affaires étrangères pour accéder au fameux contrat de vente "Agosta" des sous-marins ainsi qu’à la totalité des documents relatifs à l’affaire (notes, télégrammes diplomatiques, comptes-rendus…) ne sont suivis d’aucune réponse sérieuse.

Dans le même temps, Le ministre de la défense saisissait la CCSDN, commission consultative du secret défense, aux cinq membres tous nommés par l'UMP, [2] sur ces fameux de documents (alors que le juge ne les avait pas demandés, ce qui est la procédure) : totalement aberrant et preuve d'une panique gouvernementale.

Jacques Thérray de l'ONG Transparence International précise : "Le secret défense a une définition tellement large qu’il permet strictement tout."

Au départ destiné à se protéger des espions, il se retourne contre le citoyen.

Selon F.Lhomme, tant que le choix de proposer ce qui doit être dé-classifié ou non n'est pas laissé à une autorité indépendante du pouvoir, des affaires comme Karachi auront du mal à sortir. Le manque de suivi et de référencement dans les documents est également évoqué : flou législatif étonnant dans une société obnubilée par la traçabilité !

C'est désormais dans la presse que les documents "secrets" sortent ! Fort de ce constat, O.Morice nous annonce qu’il va déposer plainte pour entrave dans la dé-classification des documents.

Après l’entrave de l’exécutif, le député Cazeneuve aura également maille à partir lors de sa mission avec l’autocensure des parlementaires. Il n’a pas pu entendre le général Rondot ni Dominique De Villepin. E.Balladur ne sera auditionné que lorsqu’il en fera la demande, et restera très évasif sur les bordereaux du Crédit du Nord, anonymement envoyés à Maitre Morice [3], qui attestent d’un dépôt de 10 millions de francs en coupures de 100 et de 500 sur le compte de l’association des amis d’E. Balladur, quelques jours après le premier tour de 1995. Des dons de particuliers en billets de 100 et 500 ?

Le rapporteur (celui qui concrètement fait le boulot) sera finalement désavoué par le président de la mission, l'UMP Yves Fromion, pour ne pas s’être prononcé à 100% sur la convenable hypothèse Al-Qaida .

B. Cazeneuve : « S’il y a un devoir d’état, c’est la vérité que l’on doit aux familles et ce devoir d’état, le parlement doit y contribué ».

Implacable constat d'un regard extérieur, c'est un journaliste du Spiegel qui a la plus cinglante des conclusions :

"- Si dans l'affaire Woerth-Bettancourt on a facilement saisi les mots de "république bannière ", c'est d'autant plus vrai pour l'affaire de Karachi ! [...] On touche là aux fondements même de la cinquième république."

Et maintenant ?

- La prochaine étape est de forcer la justice à fusionner le volet terroriste (dont est en charge le juge Trévidic) avec le volet financier de l’instruction, d’où la multiplication des plaintes des familles des victimes.

- O.Morice nous apprend que J.M Boivin, homme clef des commissions a été mis en examen le 28 juin par le pôle financier pour corruption. J. Boivin a également fait chanter l'état français en réclamant 8 millions de francs. L'avocat des familles insiste sur le fait que si cette somme a été effectivement versée par l'état français à Monsieur Boivin pour qu'il se taise, c'est un nouveau scandale en perspective !

- Magali Drouet, qui est également salariée à la DCN, éclaire une salle abasourdie sur d’autres dimensions de « la pression ».

Après des années de mépris et de minimisation, elle a enfin été contactée par un haut-responsable de la DCNS "qui [lui] a mis un chiffre sous le nez, 674.000 euros, et a dit "mademoiselle Drouet maintenant qu'est ce que l'on peut faire pour vous ?"

Ce à quoi elle a répondu :

" - Je leur ai dit qu'il fallait simplement qu'ils vident leurs fonds de tiroir et qu'il les transmettent au juge Trévidic."


Applaudissements de la salle.

D'autres aspects relatifs à la date de l'attentat (3 jours après l'élection de Jacques Chirac) [4] et ses conditions (professionnelles) d'exécution n'ont pas été abordées faute de temps mais, de l'avis de tous, l'affaire devrait s'accélérer dans les prochains mois.

Enfin, si l'on est encore en démocratie.

* * *

Le site Médiapart, que je remercie pour leur travail et cette conférence, publiera dans les prochains jours un dossier complet avec une web enquête-vidéo, sous titrée en anglais.

* * *

[1] A l'origine, avant protestation du député, le président de la mission et le rapporteur (celui qui fait vraiment le boulot) étaient la même personne… un député UMP.

[2] La CCSDN est une commission
consultative qui ne statue que sur des documents que le juge veut bien lui fournir.

[3] Voyons-y la promesse d'autres révélations futures...


[4] Un chef de l'armée corrompu, en lien avec les services secrets Pakistanais a été condamné par un tribunal Pakistanais dans le cadre du contrat Agosta. Il est sorti de prison fin 2001, 4 mois avant l'attentat, avec une amende de 7 millions de dollars à régler au fisc local.


Complément vidéo :
Dernière conférence de presse des familles de victimes, le 16 juin 2010 :

1ere partie (21 min) :


2eme partie (14 min) :



17 juin 2010

Karachi, on insiste ! (2)

par
Certains jours d'uppercut social, la scandaleuse actualité croise l'actualité du scandale. Ne pouvant être partout à la fois, je reviendrais sur la déforme des retraites plus en profondeur (terme ad-hoc) dans un prochain billet. Nous évoquerons également le Woerthgate se profilant à l'horizon du lupanar des élites qu'on appelait jadis République.

Mercredi matin, lors d'une conférence de presse, six des familles des victimes de l'attentat de Karachi en mai 2002 ont fait savoir par leur avocat, Maitre Morice, qu'elles ont déposé lundi dernier une nouvelle plainte, avec constitution de partie civile, auprès de la doyenne des juges du TGI de Paris pour entrave à la justice, corruption active et passive, faux témoignage, extorsion et tentative d'extorsion en bande organisée et recel aggravé de l'ensemble de ces infractions.

C'est un peu technique, alors je la fais courte :

En décembre 2009, les familles avaient déposé une première plainte pour les mêmes motifs au procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin

Aucune information sur les investigations n'a été transmise aux familles des victimes par le parquet de Paris. Il n'a pas non plus soumis à l'examen de la justice un certain nombre d'infractions relatives au financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 qui pourrait être une des raisons, par ricochet, de la mort de leurs proches à Karachi.

Maitre Morice est explicite : "Le procureur de la république de Paris est une autorité non-indépendante, totalement soumise au pouvoir exécutif." Et de rajouter : "son seul souci est de protéger le pouvoir politique, de protéger le président Sarkozy, de protéger M. Balladur et tous ceux qui sont concernés par le financement de la campagne présidentielle de M. Balladur"

Il en veut pour preuve la publication d'un communique du procureur Marin dans les heures qui suivirent le dépôt de la plainte, et donc sans connaissance de son contenu. Le procureur y déclare que certains griefs et faits visés par cette nouvelle plainte seraient "prescrits"[1] . En langage clair , le message aux familles est "ça ne sert à rien de s'acharner", celui au reste du pays : "circulez y a rien à voir."

Extrait 1 (1.30) :
Les étapes de la décrédébilisation de l'affaire
.


La constitution en partie civile permettra aux familles d'avoir accès au dossier si l'instruction est ouverte (ce qui n'est pas le cas dans le cadre de l'enquête préliminaire actuelle). Elles souhaitent ainsi que des magistrats du pôle financier, indépendants du pouvoir politique, puissent examiner l'ensemble des délits et crimes reprochés.

Le tout, en parallèle de l'information judiciaire pour assassinat actuellement conduite par Marc Trévidic (qui les recevra dans trois jours, un an après la "réorientation" de l'enquête sur la piste des rétrocommissions).

Extrait 2 (1.30) :
"Arrêter d'être face à un mensonge d'état"


Avec cette nouvelle plainte, les familles des victimes, qui désirent plus que jamais savoir pourquoi leurs proches ont été sacrifiés, lancent une offensive judiciaire permettant d'instruire ou pas (ce refus serait opposé au nom de la fameuse prescription supposée).

Dans ce cas, une commission d'enquête parlementaire pourrait être ouverte...

A condition, bien sur, que les députes se prononcent pour.[2]

Extrait 3 (1.40) :
Retour sur les pressions subies par la mission parlementaire de Bernard Cazeneuve :



La conférence de presse sera diffusée dans quelques jours sur le blog consacré à l'affaire.


[1] à l'inverse de ce qu'il laissait entendre dans une note du 22 novembre 2007 au procureur général.

[2] Maitre Morice s'interrogeant sur un certain "silence politique complice face à des éléments factuels objectifs déjà connus"

14 juin 2010

Karachi, on insiste !

par

"Écoutez, c'est ridicule. Franchement c'est ridicule. [...] Soit ,il y a des éléments donnez les nous. [...] C'est grotesque... qui peut croire à une fable pareille ? [...] pfff... [...] M'enfin franchement [...] Mais qu'est-ce... [...] Honnêtement [...] On est dans un monde ou la notion d'état n'existe plus [...] Je ris pas du tout parce que Karachi c'est la douleur de famille et de trucs comme ça mais que voulez-vous que je réponde là-dessus ?""

Telle fut la puissante réaction de notre Monarque il y a juste un an. Un journaliste méritant lui demandait de commenter la nouvelle piste prise dans l'instruction sur l'attentat de Karachi. Rappel : Le 8 mai 2002, l'explosion d'un bus causait la mort de 14 personnes dont 11 ouvriers français de la DCN originaires de Cherbourg.

Bien que non revendiqué, l'attentat était jusqu'alors attribué à Al-Qaida.



48 heures avant. A la lumière de nouveaux documents publiés dans Mediapart, le juge Trévidic[1] s'orientait vers l'hypothèse du règlement de compte entre services secrets consécutif à un non versement de rétro-commissions dans le cadre d'une vente de sous-marins entre La France et le Pakistan en 1994. (cf Dis-papa c'est quoi une rétro-commission ?)

Des commissions prélevées sur ces ventes auraient contribué au financement de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur. Notre actuel Monarque était alors son Ministre du Budget, son porte-parole et son directeur de campagne. Si embrouille il y eut, totalement impliqué il fut. On explique alors mieux son embarras au pupitre.

Quelques ricanements compulsifs saucés de mépris plus tard, les familles des victimes, des blogueurs et une poignée de journalistes sont convaincus que :

1 / notre monarque sait plus de choses qu'il ne le bafouille.

2 / ce qui a tout de l'affaire d'état a aussi toutes les chances d'être rapidement escamotée. D'autant que nombre de documents sont classés secret défense.

Le secret sera levé promet Hervé Morin. Le juge recevra plusieurs mois après un rapport de 137 pages ... dont seuls quelques paragraphes ont été laissés visibles.

Comme anticipé "l'affaire" disparait presque de la circulation.

Octobre 2009. De nouvelles pièces et révélations, rassemblées sur le blog Karachigate - lancé dans la foulée de la fabuleuse prestation bruxelloise -, nous éloignent encore un peu plus de la piste islamiste.

"Cette histoire, c'est du lourd" me confie à cette époque un député ayant eu vent de quelques aspects du dossier. Et de me préciser qu'il lui semble peu probable que les journalistes français aient une réelle volonté d'approfondir le sujet.

Décembre 2009. Par le biais de leur avocat, Maitre Morice, et sur la base des éléments réunis par le juge et la presse, le collectif des familles des victimes ouvre un "second front judiciaire" en annonçant le dépôt d'une plainte pour "entrave à la justice, corruption, faux témoignage et extorsion" (en plus de l'information pour assassinat).

Me Morice affirme que dans cette affaire de financement occulte, celui qui succédera à Chirac en 2007 était "au cœur de la corruption."

(cf. intégralité de la conférence en vidéo)



L'Élysée se fend dans la foulée d'un communiqué qualifiant les propos de "diffamation" (aucune action judiciaire dans cette direction ne sera engagée.)

Quelques semaines après, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour «corruption et entrave à la justice» dans le cadre de l'affaire de la vente de sous-marins au Pakistan.

26 avril 2010 : Médiapart et Libération publient des documents bancaires, anonymement envoyés en février à Maitre Morice, faisant état d'un versement de plus de dix millions de francs en liquide et en grosses coupures sur le compte de l'Aficeb, l'Association pour le financement de la campagne présidentielle du candidat Balladur. On apprend également que deux intermédiaires imposés à la DCN par le gouvernement Balladur après la conclusion du contrat de vente au printemps 94 ont reçu 54 millions de francs (première partie d'un montant bien plus important dont le versement devait s'étaler jusqu'à la fin 1995).

Le lendemain, l'ancien premier ministre dément tout financement illégal de sa campagne mais ne conteste pas le versement des dix millions, pas plus qu'il ne revient sur leur origine.

Début mai 2010 : A l'approche de la publication d'un livre de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, journalistes de Médiapart enquêtant sur l'affaire depuis plus d'un an (le livre fera l'objet d'une tentative d'interdiction), d'autres rédactions s'y attardent enfin plus longuement :


Le 12 mai 2010 est publié le rapport de la mission parlementaire sur l'attentat de Karachi.

Il n'apporte rien de neuf, qualifie la piste islamiste de "plausible"mais n'écarte pas le lien entre l'attentat et l'arrêt, sept ans plus tôt, du versement des commissions par un Jacques Chirac fraichement élu à la Présidence de La République. Le rapporteur de la mission, le député PS Bernard Cazeneuve multiplie les interventions dans les médias pour dénoncer les nombreux blocages que l'exécutif lui a opposé. "C'est une véritable entrave au travail du Parlement." Exemple : Christine Lagarde refusant l'audition de fonctionnaires concernés par la vente d'armes.

Le député est convaincu : L'affaire dérange le pouvoir.



Dés lors, comme l'écrit Le Coucou sur son blog :

"Le fait d'en dissimuler des éléments sous le secret d'état, de faire la sourde oreille aux demandes des députés de l'opposition est, en soi, un aveu de mauvaise conscience politique.

Que l'on ne vienne pas nous resservir le contre-argument dilatoire de la présomption d'innocence. Puisqu'il a des choses à cacher au peuple souverain, le pouvoir est au moins coupable de dissimulation. D'ailleurs tout pouvoir qui s'exerce dans le refus d'un contrôle total de la représentation nationale est suspect par essence."

A l'approche de sa campagne de réélection (contraignante formalité démocratique), il apparait clair que le monarque fera tout pour freiner cette fumeuse embrouille. A la lumière de ses potentialités boules puantesques, on explique mieux sa récente ingérence dans les choix actionnariaux d'un grand titre de la presse.

"Le contrat" sort finalement en libraire le 18 mai. Son sous-titre : "Karachi, l'affaire que Sarkozy voudrait oublier."[2]


2 juin 2010 : Un rapport de police luxembourgeois datant de 2008, mettant en cause notre monarque, est porté à la connaissance de la presse. Selon les policiers du Grand-Duché, "une partie des fonds qui sont passés par le Luxembourg reviennent en France pour le financement de campagnes politiques françaises" au travers d'un dispositif occulte et particulièrement sophistiqué.

Le grain de sable dans la communication monarchique devient un caillou dans sa pantoufle de campagne. Tandis que Maitre Morice enfonce le clou dans les médias, les sbires umpesques se mettent en rang pour défendre leur poulain.

Pendant ce temps, M6 lance Dilemme et la première compagnie fait chauffer la coupe du Monde.

Un an après la bouffonnerie Bruxelloise, plus de huit ans après la mort des ouvriers de Cherbourg, la commission consultative du secret de la défense nationale statuera cette semaine sur la nouvelle demande de déclassification des documents.

Dans une interview donnée à 20 minutes en mai dernier, Julie Leclerc et Magalie Drouet réaffirment leur conviction dans cette quête de vérité au nom de leurs pères :

«De toute façon, on n'a pas le choix : ce n'est plus imaginable qu'on s'arrête maintenant.»

Maintenant moins que jamais, ne pas lâcher Karachi.


[1] Succédant au juge Bruguière qui s'est malencontreusement endormi sur la procédure durant 6 ans.

[2] Le mercredi 30 juin à 19 heures, à la Maison des métallos de Paris, Mediapart organise un débat autour de l'affaire Karachi avec les auteurs de l'enquête, un défenseur des victimes, le député rapporteur de la mission d'information...


Pearltree Karachi Gate par dates de publication :

Karachi Gate

Merci au site La Rage au ventre pour ses captures vidéos.

6 février 2010

Karachigate : ouverture d'enquête pour corruption

par
C'est dans un relatif silence médiatique que le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour «corruption et entrave à la justice» suite au dépôt de plainte de Me Morice dans le cadre de l'affaire de la vente de sous-marins au Pakistan (ayant peut-être, pour cause de rétro-commissions non versées, conduit à la mort de onze ouvriers de la DCNI à Karachi en mai 2002).

Pour l'occasion le JT de 20h de la première compagnie s'est fendu d'un sujet sur les bienfaits du "secret défense". (NB : t'es pas obligé de cliquer)

L'enquête est confiée à la division nationale des investigations financières (Ministère de l'intérieur). Elle est susceptible de concerner, entre autres, un ancien premier ministre et un actuel président de la république. Les "crocs de boucher" traditionnellement brandis par ce dernier expliquant peut-être la tiédeur des reprises médias au moment où le renvoi en appel du jugement de l'affaire Cleartsream, lui, faisait un certain barouf. Notons que dans les deux affaires, il s'agit du même procureur : Jean-Claude Marin.

L'intégralité de la conférence de presse donnée par Me Morice et les familles des victimes de l'attentat de 2002, résumant l'affaire depuis son début et revenant en détail sur le dépôt de plainte à l'origine de cette enquête, est visible en vidéo ici.

A suivre attentivement.


- Le site des familles des victimes.
- Le portail du Karachigate

18 décembre 2009

[video] Karachigate : au coeur de la corruption

par

Curieux.

Certains noms de ville, Kaboul ou Copenhague rendent prolixe, voire didactique, notre monarque. D'autres, La Courneuve ou Karachi, le plongent dans la confusion, le mépris ou le mutisme.

Notre président serait-il embarrassé par l'attentat de Karachi du 8 mai 2002 qui a coûté la vie à 14 personnes dont 11 ouvriers de la Direction des chantiers navals (DCN) de Cherbourg ?

Par l'intermédiaire de leur avocat, Olivier Morice, 6 familles de victimes affirment que oui.


C'est peu d'écrire que les familles n'ont toujours pas avalé la fiévreuse réaction du monarque le 19 juin 2009 lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

[Rappel : Sortant du sentier balisé de ce type d'exercice[1], un journaliste de l'AFP demandait au président ses impressions sur les révélations des magistrats Yves Jannier et Marc Trévidic : Des commissions et retro-commissions non versées dans l'affaire de la vente de 3 sous-marins au Pakistan en 1994 seraient à l'origine de l'attentat de Karachi, commandité en représailles contre La France par les services secrets pakistanais (et non Al-Qaida comme supposé pendant des années).]

Six mois après, la conférence de presse du 17 décembre 2009 organisée par les parties civiles est un tournant dans cette affaire que certains appellent Karachigate.

Les éléments réunis par le juge d'instruction et la presse sont plus que troublants et permettent à l'avocat d'ouvrir un "second front judiciaire" (en plus de l'information pour assassinat) avec un dépôt de plainte lundi dernier pour "entrave à la justice, corruption, faux témoignage et extorsion" (voir vidéo en fin d'article).

Entrave à la justice : L'oubli par le parquet de transmettre des pièces de l'enquête menée au pôle financier sur la vente des sous-marins Agosta au premier juge en charge, notamment les rapports "Nautilus" commandés par la DCN à Claude Thévenet (ancien de la DST) juste après l'attentat.
Ces rapports décrivent que "l'annulation des commissions avait été décrétée en 1995, à la suite de l'alternance politique en France, et visait à assécher les réseaux de financement occultes de l'Association pour la réforme d'Edouard Balladur". L'auteur des notes devait "rechercher sur qui rejaillit la responsabilité de l'attentat.

Faux témoignage, extorsion et tentative d'extorsion en bande organisée : Jean-Marie Boivin, ancien consultant de DCN puis gérant de sociétés off-shore au Luxembourg et en Suisse, a nié les montages révélés dans les rapports "Nautilus". Il aurait également adressé plusieurs courriers au président Chirac, à la DCN, menaçant de faire des révélations si le reste des commissions n'était pas réglé.

Corruption active et passive : Le moteur de l'embrouille. L'argent soit l'ensemble des commissions versées en marge des contrats Agosta. Cette plainte vise plusieurs sociétés off-shore servant au transit des commissions (Heine, Eurolux, Mercor Finance et la Sofema) mais aussi l'Association pour la réforme, club politique créé en 1995 par Edouard Balladur...

Seulement... qui mouille Edouard Balladur entre 1994 et 1995 éclabousse forcément celui qui était alors Ministre du Budget dans son gouvernement, son porte-parole et le directeur de sa campagne.

Vous le connaissez.


Pour Maître Morice : le futur président est "au cœur de la corruption dans cette affaire." Suite au scud, la réaction de l'Élysée est immédiate (voir doc ci-dessous) via un communiqué lapidaire et menaçant qualifiant les propos de "diffamation".

(cliquez pour agrandir)

Les familles, et La France au passage, attendent plus de précisions de la part de celui qui a toujours quelque chose à dire. Huit ans après la douleur des familles reste intacte, renforcée même : s'y sont greffés la colère et la détermination.

Interview de Magali Drouet, fille d'une des victimes :


Olivier Morice s'explique [2] :


[1] baptisé dans la blogosphère chemin de croix de Joffrin.

[2] Intégralité de la conférence de presse ici

photo et vidéo : sebmusset.net

[Update link : 26.12.09 / 00.00]

23 juin 2009

[video] Ne pas lâcher Karachi

par
Scoop J+4 et pas trop trop de buzz...

Un petit résumé en images animées avec du son dedans, de ce que j'ai capté des Retrocom' du président : Une affaire qui fait beaucoup de bruit...mais uniquement sur internet.



Très bon résumé de la situation par Luc Mandret et démontage du mécanisme chez Olivier Bonnet.

Top Ad 728x90