vendredi 18 décembre 2009

[video] Karachigate : au coeur de la corruption


Curieux.

Certains noms de ville, Kaboul ou Copenhague rendent prolixe, voire didactique, notre monarque. D'autres, La Courneuve ou Karachi, le plongent dans la confusion, le mépris ou le mutisme.

Notre président serait-il embarrassé par l'attentat de Karachi du 8 mai 2002 qui a coûté la vie à 14 personnes dont 11 ouvriers de la Direction des chantiers navals (DCN) de Cherbourg ?

Par l'intermédiaire de leur avocat, Olivier Morice, 6 familles de victimes affirment que oui.


C'est peu d'écrire que les familles n'ont toujours pas avalé la fiévreuse réaction du monarque le 19 juin 2009 lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

[Rappel : Sortant du sentier balisé de ce type d'exercice[1], un journaliste de l'AFP demandait au président ses impressions sur les révélations des magistrats Yves Jannier et Marc Trévidic : Des commissions et retro-commissions non versées dans l'affaire de la vente de 3 sous-marins au Pakistan en 1994 seraient à l'origine de l'attentat de Karachi, commandité en représailles contre La France par les services secrets pakistanais (et non Al-Qaida comme supposé pendant des années).]

Six mois après, la conférence de presse du 17 décembre 2009 organisée par les parties civiles est un tournant dans cette affaire que certains appellent Karachigate.

Les éléments réunis par le juge d'instruction et la presse sont plus que troublants et permettent à l'avocat d'ouvrir un "second front judiciaire" (en plus de l'information pour assassinat) avec un dépôt de plainte lundi dernier pour "entrave à la justice, corruption, faux témoignage et extorsion" (voir vidéo en fin d'article).

Entrave à la justice : L'oubli par le parquet de transmettre des pièces de l'enquête menée au pôle financier sur la vente des sous-marins Agosta au premier juge en charge, notamment les rapports "Nautilus" commandés par la DCN à Claude Thévenet (ancien de la DST) juste après l'attentat.
Ces rapports décrivent que "l'annulation des commissions avait été décrétée en 1995, à la suite de l'alternance politique en France, et visait à assécher les réseaux de financement occultes de l'Association pour la réforme d'Edouard Balladur". L'auteur des notes devait "rechercher sur qui rejaillit la responsabilité de l'attentat.

Faux témoignage, extorsion et tentative d'extorsion en bande organisée : Jean-Marie Boivin, ancien consultant de DCN puis gérant de sociétés off-shore au Luxembourg et en Suisse, a nié les montages révélés dans les rapports "Nautilus". Il aurait également adressé plusieurs courriers au président Chirac, à la DCN, menaçant de faire des révélations si le reste des commissions n'était pas réglé.

Corruption active et passive : Le moteur de l'embrouille. L'argent soit l'ensemble des commissions versées en marge des contrats Agosta. Cette plainte vise plusieurs sociétés off-shore servant au transit des commissions (Heine, Eurolux, Mercor Finance et la Sofema) mais aussi l'Association pour la réforme, club politique créé en 1995 par Edouard Balladur...

Seulement... qui mouille Edouard Balladur entre 1994 et 1995 éclabousse forcément celui qui était alors Ministre du Budget dans son gouvernement, son porte-parole et le directeur de sa campagne.

Vous le connaissez.


Pour Maître Morice : le futur président est "au cœur de la corruption dans cette affaire." Suite au scud, la réaction de l'Élysée est immédiate (voir doc ci-dessous) via un communiqué lapidaire et menaçant qualifiant les propos de "diffamation".

(cliquez pour agrandir)

Les familles, et La France au passage, attendent plus de précisions de la part de celui qui a toujours quelque chose à dire. Huit ans après la douleur des familles reste intacte, renforcée même : s'y sont greffés la colère et la détermination.

Interview de Magali Drouet, fille d'une des victimes :


Olivier Morice s'explique [2] :


[1] baptisé dans la blogosphère chemin de croix de Joffrin.

[2] Intégralité de la conférence de presse ici

photo et vidéo : sebmusset.net

[Update link : 26.12.09 / 00.00]

10 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci pour l'info.
J'ai hâte de connaitre la fin de l'histoire et de savoir comment "les ciblés" vont s'en sortir.

En tout cas respects pour ces courageux, cela me fait énormément plaisir.

Monsieur Poireau a dit…

Au lieu de qualifier tout et n'importe quoi de diffâmatoire, s'il commençait simplement par les recevoir puis nous expliquait à nous, qu'il représente officiellement, son point de vue sur l'affaire !
Pour un communiquant hors pairs, il est naze sur ce coup-là, il s'enfonce avec ses menaces !
:-))

cedh007 a dit…

la timidité des médias a parler de ce sujet est proprement sidérante. cette une affaire d'une gravité extrême. dans la plupart des pays dit développés,il y aurait des démissions en cascades,avec une liste des mis en examens quasi interminable. mais pas en France. nous vivons dans un pays formidable,si on te la met sans vaseline et que tu te plains d'avoir mal,le coupable crie au scandale. c'est pas beau ça.

cedh007 a dit…

je suis allé a l'endroit indiqué sur la vidéo pour mater la conférence de presse en entier,mais elle n'y est pas seb. ou puis je la trouver?

Anonyme a dit…

@cedh007
Claude Lévi-Strauss qui vient de nous quitter à l'âge de 100 ans avait dit :
Le savant n’est pas l’homme qui fournit de vraies réponses ; c’est celui qui pose les vraies questions.

Aussi le philosophe Socrate (470-399 av. J.-C.) avait pour enseignement que lorsqu'on lui posait une question, il répondait par une question. Selon le principe que nous avons souvent la réponse à notre propre question.

Donc : Pourquoi les médias sont-ils timides?

Pensez-vous que le journal américain "The Washington Post" qui révélant l'affaire du Watergate provoqua la démission du Président Nixon pourrait le faire aujourd'hui?

Vous avez sûrement les réponses!
Neb.

seb musset a dit…

@cedh007 > J'essaye de mettre ça en ligne pour ce week-end ;)

Rafo a dit…

@cedh007 : en effet, je trouve aussi depuis un bon moment que nos chers dirigeants qui passent la plupart de leur temps à évoquer les autres pays qui ont déjà fait telle ou telle chose (et pis même si c'est pas vrai, pas grave, personne ira vérifier ni même se lancer dans un débat technique qui ennuie tout le monde pour expliquer que c'est pas aussi simple), oublient que si ici il ne se passe pas une semaine sans qu'un scandale, une magouille, une affaire bien pourrie mouille un membre du gouvernement, dans ces mêmes pays, des gouvernements sont déjà tombés pour moins que ça.

Guyb a dit…

Merci beaucoup. Vous vous attaquez à du lourd... TRES lourd ! Sans vouloir être pessimiste je pense que cette affaire n'aura pas de suite dans l'immédiat. Finalement j'ai l'impression que Karachi n'est qu'un "detail" dans les préoccupations du Monarque. (Même la chaine de Boloré en parle ouvertement et "tout le monde" s'en fiche...) C'est moche ...

Guyb.

tassin a dit…

Il peut pas y avoir de suites dans cette affaire. Niveau médias ils ont la main dessus donc on en parlera qu'à la marge et en minimisant.
Et niveau justice le juge d'instruction est déjà mort cliniquement donc plus de scandales politiques trainés en justice.

C'est curieux d'ailleurs la coïncidence entre la volonté de Sarkozy de supprimer le juge d'instruction et l'affaire de Karachi...

seb musset a dit…

@tassin > L'affaire redécolle en partie grâce à des révélations qui viennent de la presse (Mediapart, Backchich).

On verra. Ce qui est certain, c'est qu'il y a une atonie d'une autre partie de la presse, mais qu'il faut continuer à faire le forcing pour que les langues se délient.