jeudi 17 juin 2010

Karachi, on insiste ! (2)

Certains jours d'uppercut social, la scandaleuse actualité croise l'actualité du scandale. Ne pouvant être partout à la fois, je reviendrais sur la déforme des retraites plus en profondeur (terme ad-hoc) dans un prochain billet. Nous évoquerons également le Woerthgate se profilant à l'horizon du lupanar des élites qu'on appelait jadis République.

Mercredi matin, lors d'une conférence de presse, six des familles des victimes de l'attentat de Karachi en mai 2002 ont fait savoir par leur avocat, Maitre Morice, qu'elles ont déposé lundi dernier une nouvelle plainte, avec constitution de partie civile, auprès de la doyenne des juges du TGI de Paris pour entrave à la justice, corruption active et passive, faux témoignage, extorsion et tentative d'extorsion en bande organisée et recel aggravé de l'ensemble de ces infractions.

C'est un peu technique, alors je la fais courte :

En décembre 2009, les familles avaient déposé une première plainte pour les mêmes motifs au procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin

Aucune information sur les investigations n'a été transmise aux familles des victimes par le parquet de Paris. Il n'a pas non plus soumis à l'examen de la justice un certain nombre d'infractions relatives au financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 qui pourrait être une des raisons, par ricochet, de la mort de leurs proches à Karachi.

Maitre Morice est explicite : "Le procureur de la république de Paris est une autorité non-indépendante, totalement soumise au pouvoir exécutif." Et de rajouter : "son seul souci est de protéger le pouvoir politique, de protéger le président Sarkozy, de protéger M. Balladur et tous ceux qui sont concernés par le financement de la campagne présidentielle de M. Balladur"

Il en veut pour preuve la publication d'un communique du procureur Marin dans les heures qui suivirent le dépôt de la plainte, et donc sans connaissance de son contenu. Le procureur y déclare que certains griefs et faits visés par cette nouvelle plainte seraient "prescrits"[1] . En langage clair , le message aux familles est "ça ne sert à rien de s'acharner", celui au reste du pays : "circulez y a rien à voir."

Extrait 1 (1.30) :
Les étapes de la décrédébilisation de l'affaire
.


La constitution en partie civile permettra aux familles d'avoir accès au dossier si l'instruction est ouverte (ce qui n'est pas le cas dans le cadre de l'enquête préliminaire actuelle). Elles souhaitent ainsi que des magistrats du pôle financier, indépendants du pouvoir politique, puissent examiner l'ensemble des délits et crimes reprochés.

Le tout, en parallèle de l'information judiciaire pour assassinat actuellement conduite par Marc Trévidic (qui les recevra dans trois jours, un an après la "réorientation" de l'enquête sur la piste des rétrocommissions).

Extrait 2 (1.30) :
"Arrêter d'être face à un mensonge d'état"


Avec cette nouvelle plainte, les familles des victimes, qui désirent plus que jamais savoir pourquoi leurs proches ont été sacrifiés, lancent une offensive judiciaire permettant d'instruire ou pas (ce refus serait opposé au nom de la fameuse prescription supposée).

Dans ce cas, une commission d'enquête parlementaire pourrait être ouverte...

A condition, bien sur, que les députes se prononcent pour.[2]

Extrait 3 (1.40) :
Retour sur les pressions subies par la mission parlementaire de Bernard Cazeneuve :



La conférence de presse sera diffusée dans quelques jours sur le blog consacré à l'affaire.


[1] à l'inverse de ce qu'il laissait entendre dans une note du 22 novembre 2007 au procureur général.

[2] Maitre Morice s'interrogeant sur un certain "silence politique complice face à des éléments factuels objectifs déjà connus"

5 commentaires:

laetitia a dit…

excellent Seb ! Merci pour ce boulot d'utilité publique ;-)

peuples a dit…

Même avis que laetitia, superbe boulot Seb.

BA a dit…

Vendredi 18 juin 2010 :

Piste politique confirmée dans l'affaire de Karachi.

Le juge d'instruction chargé de l'enquête sur un attentat anti-français au Pakistan en 2002 a confirmé la piste d'une affaire de corruption en France susceptible d'impliquer Nicolas Sarkozy, a-t-on appris de source judiciaire.

http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE65H09T20100618

Nouvel Hermes a dit…

Bravo Seb! Même si les voix sont étouffées, elles apparaissent et reviennent quand même. Le "Parquet" risque d'être de plus en plus glissant...

Anonyme a dit…

Avec ce genre d'affaire nauséabonde, on comprend qu'il n'y a pas intérêt à budgeter des moyens modernes pour une justice plus efficace en France. Le gouvernement ne ferait que se tirer une balle dans le pied si un troisième pouvoir efficace émergeait dans le paysage social et politique.