vendredi 27 novembre 2009

La triplette de belle vie

Dans le domaine de l'évasion fiscale, il n'y a pas de petites exonérations surtout lorsqu'elles restent en famille.

Exemple, cette petite triplette passée presque inaperçue dans les flots catastrophiques des épidémies de grippe A et de chômdu déversés hier.

Le principe de la triplette est simple. Il s'agit, avant un scrutin, de se servir de sa force de frappe législative pour satisfaire trois types de clientèle à la fois et faire d'une mauvaise journée pour la plupart, la promesse de meilleurs lendemains pour certains.

Les sénateurs ont décidé de relever à 80 ans l'âge limite des grands-parents donateurs pour une somme exonérée d'impôts plafonnée à 31.272 euros.

Personne, chez ceux qui ont un peu de pognon, ne s'en plaindra. Ceux qui en ont vraiment beaucoup d'argent, eux, ont pris depuis longtemps leurs dispositions pour ne rien payer du tout, ni en impôt, ni en succession.

Cette proposition cible la classe choyée de l'électorat UMP : Le vioque un peu thuné mais pas trop, un peu flippé mais beaucoup quand même, qui ne supporte pas de payer pour les autres ces aides sociales dont, vu son âge, il doit bien bénéficier (non, non : Vous ne me ferez pas écrire que c'est lui qui creuse les déficits...) et qui veut bien donner à sa descendance déclassée du moment que c'est défiscalisé.

Ah 31272 euros c'est une somme ! Oui et non. Car le Seb Musset qui renifle le mal partout et dispose d'une bonne connaissance des ambitions de sa classe d'âge, régulièrement sujette à des délires patrimonialistiques aigus, croit deviner qui sont les vrais destinataires du petit pactole non soumis à l'impôt qui va faire un tabac sous le sapin.

Des petits gars dans le besoin :

- Les banques (rechignant à prêter)
- Le secteur immobilier* (en pénurie d'acheteurs pour cause de crédits durs à amorcer)

Ah 31272 euros... Pas assez pour dire merde à la société mais, pour peu qu'ils soient cumulés avec le don parental défiscalisé, assez pour constituer un petit apport sympathique pour couples à revenus insuffisants. Se paluchant depuis des années devant M6déco avec l'autre main sur le PEL, ils vont enfin pouvoir décrocher le prêt immobilier tant espéré.

Et voila une petite évasion fiscale interne revigorant les troupes électorales, stimulant le secteur de la pierre, le tout au profit du grand corps malade : La banque.

Bien sur dans un contexte économique plus pourri que jamais, entre les salaires de misère, les destructions massives d'emploi et l'explosion prévisible des charges foncières, le reste du remboursement des jeunes ménages concernés est de l'ordre du pari**.

Permettre d'acheter des maisons à des gens qui n'ont pas les moyens d'en acheter : Ça ne vous rappelle rien ? Non, ce n'est pas possible, je n'ose y croire... l'état ne favoriserait pas ça !

Certes, c'est une piètre aumône pour les banques. Mais bon, quand tout part en couilles c'est toujours ça dans les fouilles.

Sparadrap sur le déclassement, voué à craquer : Que c'est beau la solidarité façon UMP !

Vous aurez compris que ces arrangements fiscaux de classe moyenne supérieure du passé léguant un peu de pognon à sa descendance fauchée ne concernent qu'une modeste partie de la société.

Pourtant, ce sera l'intégralité des français qui, une fois de plus, paiera le manque à gagner fiscal (plusieurs centaines de millions d'euros) de ce qui aurait pu aller, par exemple, au financement de logements sociaux mais qui subventionnera les banques.

C'est 'inconvénient de la triplette : A la fin, l'argent va à l'argent.


* marche aussi avec un monospace ou un 4X4 pour ceux déjà propriétaires.

** mais comme on dit dans les salles de marché : "plus c'est risqué, plus c'est gagné !"

4 commentaires:

Stef a dit…

Merci d'avoir relayé pour le chômdu... Pour le reste, ton explication me parait juste, un avantage fiscal, histoire de relancer le marché de la Pierre (des promoteurs plus en vogue) et le prêt immobilier accordé sans risques par les banques via une politique clientèliste.
Tout se tient avec ce sentiment nauséabonde de ne pas en être étonné.

Nicolas a dit…

Médisant.

Monsieur Poireau a dit…

C'est une bonne idée au contraire : puisque plus personne n'a de thune à recycler, on va directement chercher dans la poche des vieux. Un coup bien dans l'esprit moisi de l'époque !
Et si on augmentait plutôt les salaires en rognant la rémunération capitalistique ? Non ?
:-))

stephane a dit…

Nous ne sommes pas coupables d’avoir créé cela, c’est ce que l’on cherche à nous faire croire, mais nous sommes archi-coupables de l’avoir laissé faire. Nous sommes coupables de notre aveuglement, nous sommes coupables de croire en notre impuissance.

Béhéhéhéhé.....