lundi 23 février 2009

Happy horreur chez Baby et Rico


Le récent silence émanant de la studette qu’occupait Rico au cinquième étage ne présageait rien de bon quant à la quiétude de l’immeuble. A quelques encablures de la Sorbonne où il étudiait, le jeune provincial demeurait dans cette chambre sponsorisée par ses parents, au terme d’un pèlerinage Erasmus à travers l'Europe, au prétexte d’une sixième année d'étude en sciences économiques et sociales.

Malgré ses vingt quatre ans et l’étroitesse de sa studette, Rico (Kévin dans le civil) s’y était installé en couple avec sa collègue d’études parisiennes : Baby la blonde (Karine la châtain dans le civil).

Rico et Baby cumulaient les années d'apprentissage selon un ration effort / récompense de 1 sur 15. Ainsi, pour quatre nuits de bûche par semestre en raison de partiels imminents, les résidents de l’immeuble, une belle brochette de croulants en leur temps déjà outrés par les remous du quartier lors de ce satané mois de 68, pouvaient redouter, à l'issue des examens, au moins le triple en soirées de techno toni-frappée depuis la chambre du couple surpeuplée de fêtards clonés.

Passé le profond mépris ce monde antique les entourant et auquel il faudrait bien, une fois leurs thèses respectives validées, un jour s'attaquer, le couple moderne se concentrait pour le moment à ne pas décevoir ses darons, gauchos nostalgiques pour Baby, mécènes intégraux de la chambre d'études studieuses de Rico située à l’épicentre de toutes les distractions, en plein quartier latin.

Finis les échos forts des confidences angoissées entre étudiants chatant à tue-tête sur msn quant à savoir si c’était de la Colombie ou du Panama que Caracas était la capitale. En ce début de soirée fin février, dans l’intimité de la cuisinette tout équipée,
Rico et Baby mitonnaient un repas signé petitesbouffes.com. Au menu : Ragoût de mouton sans mouton avec alcool à profusion sur fond de Voltage Radio.

- Y a pas à dire : Voltage c’est quand même la référence en matière de musique. Décrétait d'une voix à la mue pas encore achevée, un Rico aux biceps moulés par son juste au corps I love LA se dandinant en saccade sur du Lady Gaga.

Malgré son look de gamin, le torse body-buildé aux hormones de croissance, l'étudiant supportait déjà l’hypocrisie et ce poids des mensonges dignes de ceux d’une vie active et respectable d'adulte standard. Homosexuel refoulé, il lui faudrait passer par le filtre d'un mariage pour, d’ici une décennie, au terme d'un divorce cradingue où il sacrifierait deux enfants, avouer à son entourage qu’il ne serait et ne fut jamais autre chose qu'un pédé.

Backstage, plus motivé que jamais à remonter en selle depuis qu’il s’était fait dégager en deuxième semaine du casting de La Nouvelle Star, Rico se motivait devant la glace de son cabinet de toilette pour enfin avouer à ses sponsors, à sa prochaine livraison de linge sale, que vraiment il n’en avait rien à foutre de leurs études à la con et que, comme Cindy Sanders, il finirait bien par trouver la gloire en chantant.


Couple, réussite, sentiment d’appartenir au grand monde en opposition à ces loosers de chômeurs n'ayant pas fait les études qu'il fallait : Rico se forçait à vivre selon les souhaits de ses parents. Son paradigme : Ne pas les décevoir. Rico respectait la tradition de la Grande France d'avant. A force de bûcher, ça finirait par payer. Belle gueule et pas méchant, les rares fois où il lui arrivait d’en discuter avec son entourage aseptisé, que ce soit au tour d'un verre dans un pub ambiance, à la sortie du dernier film de Danièle Thompson ou du spectacle de Florence Foresti, il l'avouait sans complexe :

- C’est évident, je vois même pas pourquoi on en parle, bien sur que je suis de droite. La gauche, c'est pour les fonctionnaires et les vieux.

20h00 : Tambourinèrent à sa porte, Tan’ et Tobias de la même promotion.

Tan’ était la copie filiforme de Baby. Préchauffée en pub à la Red Bull, la conquérante auburn alternait généralement l'appel à la fornication au moindre type rencontré pour lui signifier la minute d'après que non, vraiment, elle était trop classe pour un minable dans son genre. Sur la base de ce comportement, il lui arrivait de temps à autre de se faire gang-banger dans certaines latrines interlopes. Heureusement, l’alcool qu’elle ingurgitait par tonneaux depuis bien avant sa majorité (mais seulement après les cours et hors période d’examen), effaçait la plupart du temps toute séquelle neurologique des assauts.

Par précaution, en souvenirs douloureux de récupération matinale de slip petits bateaux en confetti, Tan’ s'affublait depuis d’un bodyguard ouvertement homo : le guttural Tobias. Plus pour longtemps, l’erasmus allemand confiait à qui ne voulait pas l'entendre son exaspération de La France. Au grand regret de son alibi de copine, il retrouverait la Saxe natale de Tom, sa sexe machine.

21h10 : Alors qu'au même moment, à quelques centaines de mètres sur le parvis de la faculté, leurs collègues appelaient à la grève générale, Baby, curieux mélange platine de sénilité mentale et d’hystérie éthylique, prit à partie son comité d'amis :


- Merde Bordel, font chier ces bâtards de grévistes !


21h30 : Alors que les conservations du quatuor ne s’éloignent jamais bien longtemps des lieux communs de la pseudo rébellion adolescente, à savoir la transgression par le sexe et la biture, poussés à bout par la chaude actualité des universités, au risque de gâcher la fête, les amis se salirent à aborder de dégoutants thèmes sociaux. La poussée de contestation universitaire de leurs compagnons de fac paralysait le bon déroulement de leurs six heures de cours hebdomadaires.

- A cause d’eux, on ne va pas être notés !

La perspective d’un monde dénué de toute évaluation représentait le summum de l’abjection pour cette jeunesse aux apparences mutines aspirant au fond à la plus profonde des soumissions.

- Qui sont-ils ? Questionna Tobias le candide.

- A l’évidence, ils sont manipulés par la LO ou la LCR ! Répondit Rico qui depuis deux mois se demandait comment il pouvait attirer l'attention du copain germain avant qu'il ne s'exile, sans se faire griller par sa bourgeoise. Celle-ci malgré, l'apparence d'ouverture et sa connaissance de la moindre réplique des épisodes de Sex and the city, n'éprouvait que mépris pour ces déviants.

Suivirent dix minutes de profonde introspection entrecoupée de trous normands à la Tequila pour tenter de décrypter ce que signifiaient les abréviations LO et LCR. Les étudiants s’accordèrent sur un terme fédérateur : Gentils connards de gauche.


- C’est vrai ils sont sympathiques avec leurs utopies mais ils ne comprennent pas les enjeux. Du coup ils nous font reculer
! Râla Tan’ sur un hoquet rôteux.


Baby prit la bouteille :

- Pourvu que Sarko tienne le coup !
Beugla-t-elle avant d'entamer au goulot l'amphore à vinasse dont la moitié du contenu s'échappait sur le sol en coco.

Et Tan’ de revenir dans la douleur sur sa première expérience démocratique :

- Je me suis engueulée avec ma mère en 2007. Elle a voté Bayrou cette conne ! Du coup je parle plus politique avec elle.

22h05 : Le ton montait mais on ne le devait qu’à l’alcool, tous s'accordant sur le fond du problème français :

- La grève, c’est la plaie des plaies !

22h20 : Cuvant son Ratafia, Tan précisa :

- Ils manifestent pour manifester, ça coûte cher à l’état !

Le rejeton CSP+ dilapidant en mini-jupes dispendieuses signées de grands noms toutes les subventions de son daddy, grand lecteur de Libération, professait sa leçon de comptabilité sociale, dont même les petits vieux, FN et sourdingues, du premier étage saisirent la pertinence. Objet de la plainte :

- Jeudi, à cause de ces cons, j’ai été enfermé 5 minutes dans la Sorbonne !

A quatre pattes, le wonderbra Victoria's Secret sous le nez de l’étudiant teuton, tentant vainement de remettre dans la carafe la bibine renversée, Baby balbutia en bavant :

- Ce sont les lycéens les pires !

- Des enfants gâtés, comme les fonctionnaires ! Rajouta Rico épongeant la table basse Muji à 650 euros, qu'après la bague de Baby, belle-maman offrit au couple comme deuxième cadeau de fiançailles.

- Ils défilent pour défiler. C'est comme les fonctionnaires du 29 janvier, ils se rendent pas compte que ça a empêché les gens de circuler et du coup y en a qui ont perdu leur travail !

- Les enculés !

Tobias, dont à ce moment précis la moue signifiait quelle bande de gros cons, s'étonna qu'à rebours de son pays, l'absorption massive d'alcool semblait Helmut Kohliser les jeunes français. Conscient qu'à ce stade il ne
pouvait déjà plus endiguer les clameurs arrosées des pétasses mdr à deux doigts d'uriner sur le tapis, il tenta tout de même un timide :

- Les grévistes représentent ceux qui ne peuvent pas défiler. S'ils étaient pas là, ce serait peut-être le fin de la liberté pour tous non ?


La naïveté de l'hypothèse fut mise sur le compte d'une mauvaise compréhension de la langue. Baby contre-attaqua, rétorquant au fils de métallo est-allemand, mort d'une crise cardiaque sur sa chaine d'ajustage au terme de sa vingt deuxième année d'ajustement d'essieux de Trabant :

- Mais non Tobias, tu ne comprends rien ! En France c’est pas pareil ! Nous on a été élevés avec les grèves. Moi je me souviens en 95, avec ma mère on ne pouvait même plus faire nos courses de Noël au "Bon Marché". On s’est retrouvées bloquées sans bus. La haine.


- En France, on a la culture de la grève. C’est la voix de la rue, c’est tellement démodé. Conclut Tan' en s’excusant : Il fallait sur-le-champ qu’elle aille gerber.

Pendant que Tan dégobillait, Baby qui se vantait comme ses amis de la nouvelle génération de ne pas avoir la télé, leur déblatéra au mot près la logorrhée concernée d’un Jean Pierre Pernault de type "entre deux tours".

- On est pris en otage. Avec leur connerie, la France va encore être paralysée !

23h50 : Tobias se tût, déplorant amer l’exception française dans laquelle pataugeait l’élite estudiantine du début de siècle.

0h20 : Tan' se dévisageait depuis quarante minutes dans le miroir du cabinet de toilettes. Elle frotta d'un coup de tunique le dernier filet qui lui coulait
sec et kaki du menton au cou.

- Encore cinq kilos en moins et je trouverai l'homme de ma vie.

0h45 : La soirée dégénérait. Rico défendait avec ardeur les vertus du 49-3 pour en finir avec l'obstruction systématique au progrès représentée au parlement par les sociaux-rétrogrades.

1h30 : Après avoir regardé avec émotion leurs photos de leur année de fac trop top de Barcelone, tout frais payés par cet état qu’il fallait réformer pour cause de fainéantise de ces fumeurs de joints en première année, ayant lessivé une deuxième bouteille de Smirnoff et, parce que merde y en a marre à la fin d’être social, Baby excédée brandit le bras de la bagarre :

- Allons au Kool Chaos ! J’ai envie de danser !

Avides d'ébriété mais horrifiés par le risque qu'elle impliquait de finir tous torchés à domicile, gisant le nez dans leur vomi comme ces beaufs branleurs des bars bouseux de leurs bleds d'origine se défonçant à la 8.6,
les étudiants en science des rêves de leurs parents, rassemblèrent péniblement ce qui leur restait de force à jouir.

A trainer hilares dans les rues serpentines en aboyant leur soif de décrocher avant trente ans les montagnes de Rolex qui leur étaient dues, Baby et les garçons ratèrent le dernier métro pour la joie.

Même en partageant les frais, l’hypothèse de la prise d'un taxi, fut vite écartée.

- Moi j'ai juste de quoi payer l'entrée et trois consos' au Kool Chaos !
Se dédouana promptement la blonde la plus comptable des quatre.

Elle ne poussa pas plus loin l'explication. Pour elle comme pour ses compagnons, la paye parentale ne se transférait généralement qu'à la fin du mois.

- Pareil pour moi, j’ai claqué toute ma thune en Vodka. Confessa Tan' en se tournant vers le maitre de cérémonie.

- Ah non, pas moi ! J'ai déjà payé la dernière fois ! S’insurgea Rico.

Tobias était le seul à encore disposer d'une épargne pour poursuivre la soirée mais bon, il était hors de question qu’il avance un centime pour ces Arschloch de français. Il leur fit la bise et prit congés.

2h25 : A l'angle du pâté de maison les séparant, un taxi de marque Mercedes s'arrêta au niveau de l'étudiant allemand après que ce dernier, se délectant de l'ironie de l'instant, lui eût fait signe du bras.


2h30 : Noyant en secret le chagrin de son Tobias enfui dans la nuit, Rico pédala dur, sa Baby beurrée sur le porte-bagage du Velib. Sans avoir conscience qu'elle ne le pourrait que grâce à l'initiative vélocipède socialiste, résolue à rallier sa boîte avant l’aube histoire de célébrer dans la murge et la sono forte la supériorité de son rang, la relève UMP zigzaguait en bicyclette sur le pavé du Boulevard St-Germain direction Nation.

Longue et tape-cul serait la route vers la félicité.



Seb Musset est l'auteur de Avatar et Perverse Road disponibles ici.

12 commentaires:

Vincent Arsac a dit…

Vindieu...Elle pique celle là !

Duyhai a dit…

Seb, pour que le portrait soit plus vrai et la critique plus crédible, tu devrais rajouter une autre étude de cas, celui de l'étudiant de base de socio qui reste éternellement étudiant à la fac même à 28 ans (au crochet des parents donc), prompt à aller défiler dans la rue dès que l'occasion s'y prête sans même se rendre compte qu'il est de la chair à canon facilement manipulable par les groupuscules de gauche plus proche de l'Internationale que du socialisme à la Mitterand.

Parce que bon, quoi qu'on en dise, la bêtise humaine n'a pas de limite quelque soit le bord politique.

Je trouve que les libellés de cet article (bourgeoisie, électeurs de sarkozy) sont trop caricaturaux et l'article zappe allègrement le cas des petits Bruno Julliard en herbe qui pullulent dans nos facs.

Anonyme a dit…

Etudiant en 6ème année de médecine, j'adhère aux jugements que vous portez sur les jeunes winners.

Bou a dit…

@Duyhai: si la fable ne vous plaît pas, écrivez la vôtre...

Anonyme a dit…

C'est du super boulot comme d'habitude ; ton blog fait partie des sites que je consulte très régulièrement ; bravo !

djz a dit…

Ingénieur devenu ingé par plaisir de la technique, j'ai joué dans plein de petites boites depuis 15 ans, en province, sans croiser les winners, mais en croisant les pavilloneurs

Depuis 2 ans dans une "grosse", des histoires de nazebrocks comme celle ci j'en ai plein, entre les stagiaires, les débutants, les collègues parlant de prise d'otage quand on fait grève,

Le pire c'est qd je suis passé à la fac il y a quelques années, en socio justement,

Putain de rebelles ... J'en ai pas chié pendant 4 ans, pour me retenir de leur mettre de gros étrons dans leurs tronches de certitudes sur pattes :)

Grave : c'est ces abrutis qui enseigneront la socio, alors q'elle s'est découverte positivement avec les 68ards

Anonyme a dit…

http://www.liberation.fr/societe/0101321337-coupat-nouvelle-demande-de-mise-en-liberte-rejetee


http://www.soutien11novembre.org/

http://www.mesopinions.com/petition-de-soutien-aux-inculpes-du-11-Novembre-petition-petitions-81da97ce3744e2e84a145009aadbc0f9.html

Aka 75 a dit…

C'est de la science fiction, ça n'existe pas des jeunes de droite.

Ils sont tous vieux dès le début.

stephane a dit…

Quelle soirée, ca fair orgie romaine decadante, ca ma rapelle il y a 25 ans les soirées bieres-teuch suivi d'un concours de vomi, tout en écoutant du motorhead a fond.
Ont refaisaiêntt le monde en delamant du jerry Rubin (DO IT) et Castaneda.

Anonyme a dit…

On dirait du Michel Houellebecq, du temps ou il avait du talent et pas d'argent.

Anonyme a dit…

Euh... Juste pour vous signaler une petite erreur de frappe.

Dans votre fiction, je pense que vous avez involontairement confondu le mot "droite " avec le mot "gauche".

Anonyme a dit…

ce genre de teuffeurs trépanés au sarkozysme et à la thune est malheureusement une espèce en voie d'expension...