7 juin 2011

L'ordre des choses

par
Les choses ont gagné.  

En échange de ta soumission à la loi des possédants, à base de crédit et de salariat, tu exiges l’abondance permanente. Ton individualité et ton mode de fonctionnement étant décidés en amont, tu t’identifies à ces choses produites en masse et ces idées en tube vendues en temples. 

Tu te définis à travers les objets que tu découvres d'une extase virginale sans cesse renouvelée dans les vitrines pixelisées de ton temps libre. Tu cours après l’équipement et vise la décoration du palais des certitudes. Tous pareil, mais toujours un peu plus différent que le voisin. L’abondance perpétuelle te rassure sur la pérennité du système auquel tu t'es rangé bien volontiers. Mais avais-tu le choix ? Tu es un fils de la télé et face à elle, tu es à jamais un enfant. Tu as un faible pour la soumission, les codes et la croyance. La moindre chose achetée "jolie", "à la mode" ou "bonne affaire" fera toujours sens. Comme te l’assomme l'écran publicitaire : les choses c’est toi, tu seras un meilleur moi en achetant ça. Cette table en toc, cette chaise en Starck, ta déco d'acteur, ce repas presque parfait ont le charme discrètement facturé de cette personnalité que tu n'as jamais eue. Dans ton isolement domestique, tu recrées de la  collectivité par le bibelot et le menu du soir.

Sur l'écran s'intercalent entre les réclames jusqu'aux portes du sommeil les marathons de coaching comportementaux. Ne prenons pas le risque que tu te mettes à réfléchir sur les abysses existentiels entourant ton living-room. La seule réalité qui vaille est celle qui t'es dessinée à grande échelle soir après soir sur l'écran hautement défini de tes désirs d'après immédiats. Plus tu as de chaînes, moins il y a de choix. Chaque année, une teinte pour remplir les zones pointillées du livre de coloriage de ta vie. Cette année, ton désir est violet. Tu as dit à Madame : "Chérie, on va vendre sur ebay les chaises et le canapé" et pire encore "non, on n'achètera de vaisselier ou de canapé d'angle". Elle a hurlé. Tu lui as ôte une part d’elle. Tu lui as arraché l'âme, un bout d'identité nationale. Certains divorcent pour moins que ça. Mais ici pas question : tu t'es uni pour le crédit, il faut continuer de payer la maison.

Cinq ans déjà. Vous êtes entrés dans cette vie (et c'est la condition d'entrée) bardés de dette. C'est si dur de s'extraire de ses dépendances lorsque le dealer te tente dés le berceau, à chaque arrêt de bus, dans les pages de ton magazine, sur les ondes, en effigie souriante sur les tee-shirts de tes enfants. Toxico de la  consommation transgressive, une drogue puissante entièrement légale, constamment ravivée et encouragée par l'Etat. Mal du siècle : tu as la possibilité d’être dépendant bien avant l'aptitude à être solvable. Ce n’est pas un hasard si a 25 ans avec ses deux smics ton couple "galérait" pour louer alors qu'il lui fut si facile d'acheter en étant redevable sur 30. Depuis vous avez gavé la maison d'abondance. Viatique de la vie moderne, vous l'avez décorée et décorée sans fin : "chérie, ce n'est jamais assez bien". Ton cercueil couleur bonbon est ravissant, ton libre arbitre est grillé, ton cerveau une carte à débit différé et ta tolérance à l’alternative nulle. Croyant pratiquant piaffant d’impatience de retourner à la messe, tout prêche à la Seb Musset tenu en ton salon est un blasphème. Tu tolères la liberté dans l'espace balisé par le marché, le patronat, les possédants et la sécurité intérieure. Tu préfères encore ça aux affres de l'auto-analyse. L'enfer c'est ne pas être comme les autres. La liberté c’est la soumission. 

Sur l'écran, la criseTM est terminée. L’immobilier remonte, un début de croissance parait-il, un peu moins de chômage aussi (quand on n'aime pas, on ne compte rien) et des hordes d'assistés qui osent prétendre à l'abondance sans avoir à passer par ce salariat émancipateur. Ton président aura réussi l'exploit de te ramener en 2007 juste avant que tout ne pète. Tu me dis : « oh bah l’immobilier a pris 10% , je suis riche ». Mais au fond de toi, tu devines apeuré les contours de la farce. Tu m'en parles souvent. Tu me dis "déclassement". Et oui, plus tu possèdes, plus tu as peur de perdre. Tu me confesses  "on me pique tout : salaires, éducation, santé et retraites" mais tu te tais le reste du temps hors-télé. L'écran te dit que c'est dépassé de manifester, qu'il vaut mieux repeindre une troisième fois sa salle de bain dans l'année. Tu casses une cloison et pose un Velux, c'est mieux qu'un lexo. Parce que "l'éducation nationale va mal", tu investis dans des cours privés pour les mômes. Puisque tu n'auras "jamais de pension vieillesse", tu t’intéresses au Forex et tu vas même, à ton tour et avant même d'avoir remboursé ta propre maison, investir dans l'immobilier "pour générer des loyers". Au fond, même si tu n'aimes pas particulièrement "les riches" et "leur sale morale", tu en conviens : on gagne plus à être rentier qu'à travailler. 

Dans ton quartier tout le monde à peur.  Les clones sont rongés par leurs cauchemars d'abondance brisée. Comme toi, ils restent les bras croisés devant l'écran, à regarder sans réagir la destruction des acquis sociaux. Dans ta ville banlieue ou ta campagne ghetto, le moindre bruit de mobylette dans la nuit alimente un vote de haine. Tu devrais te battre et refuser, tu préféreras pointer du doigt des responsables très pauvres ou des nantis pour ne pas perdre ta place à la queue du supermarché des moyens. Tu dois tenir la cadence dans la course à l'abondance. Vois-tu, pour être candidat au « déclassement », il faut posséder quelque chose ou prétendre de naissance à avoir quelque chose de plus. Etre déclassé, ce n’est pas ne pas avoir, c’est être terrorisé de ne plus posséder ces choses dans lesquelles tu catalogues tes espérances vues à la télé. Ton sentiment est plus fort que la réalité. Les pauvres n’ont pas peur du déclassement. Par définition, ils sont déclassés. Ils sont même plus que ça : ils sont exclus. Toi tu es repu.


Il existe tellement de strates avant l'exclusion. Pour l'instant tu cultives des dépendances n’ayant pas grand rapport avec tes besoins physiques : quatre abonnements de téléphone portable, les marques de luxe que Madame se doit de porter dans le RER pour montrer que, comme les autres dans le wagon, elle fait parti du monde des stars (colonnes publicitaires dans l'écran), tel type de vêtements et tel type de divertissement. Si tu perds tout ça : tu te classes de toi-même comme pauvre. Si tu perds la bataille pour l'abondance, tu perds la main sur ce destin que tu n'as pourtant jamais contrôlé. 

Pour l'instant tu compenses. Ils t'ont craché le low-cost et le hard-discount. Cadres, ouvriers, fonctionnaires communient ensemble au supermarché du déclassement. Pour que tu ne le vives pas comme  une honte, le marketing t’a transformé ça en « bonne affaire ». Tu t'adaptes à ça aussi. Tu sais pertinemment que tu bouffes du caca, mais le seul prisme faisant loi étant celui du moins dépenser dans le vital local pour dépenser plus dans les conneries mondialisées, t'as l'exorcisme facile : « Bah c'est bien, c'est, un peu, Bio !» 

Comme ceux avant toi en Angleterre et aux Etats-Unis, tu glisses anesthésié par le confort de l'écran vers la société du "99 cts store". Et pour les autres frais incompressibles (crédit, énergie, abonnements divers…), tu ne compteras bientôt plus en mois mais en semaine. N'angoisse pas, le marketing ne sera jamais à court de concepts que tu seras toujours prêts à épouser pour te sentir moins déclassé et que tu continues à payer sans te révolter.  

*Tu te poses des questions. Tu me demandes même des réponses que tu n'es pourtant pas prêt à écouter. Tu réalises, un peu. Malgré l’abondance, ta qualité de vie a baissé. Mais le dogme te conditionne, la force de frappe médiatique et la vieille génération (pour qui l'Etat providence a fonctionné plein pot) insistent pour te prouver par l’exemple que le système (soumission salariale-récompense abondance) fonctionne. Tu te révolteras un jour, c’est inévitable. Trop tard, c'est quasi certain. Pour l'instant, tu vises encore plus d'abondance et Madame veut maigrir pour les vacances. Tu vois la révolte, on en est loin.

Pour l’instant tu t'autorises à la complainte et à la menace du vote anti-système. T'appelles Bourdin. Tu surfes sur les blogs anti-oligarchie au boulot en révisant tes stratégies de poker. Tu poses une crème cosmétique à forme de LOL sur ta pseudo misère le 29 du mois en affichant « paiement refusé au Lideule, VDM »  comme statut facebook. Tu sais que ta paye tombe dans deux jours, que celle du mois dernier a été dilapidée en crédits et conneries, et que tout sera oublié dans une semaine quand tu auras acheté au temple  -30% cette chose pour lequel un ado asiatique ruine sa vie et qui te fera jouir 30 secondes.
*
L'écran te bombarde sa pornographie d'abondance infinie qu'il entrecoupé de réclames te donnant la clé magique pour y accéder. Non ce n'est pas un péché, c'est un devoir. Ton président te promet une apocalyptique France de propriétaires et moins de pognon pour ceux qui travaillent moins et n'ont pas la chance d'avoir à souffrir comme toi. Détruire les sanctuaires sociaux, déchirer les protections du travailleur, annihiler les solidarités et créer des rancœurs entre français : son monde te fait peur, mais ton désir d'abondance est plus fort. Alors, tous, chacun dans ton coin, tu multiplies les comportements individualistes accélérant la destruction. Et tu fixes l'écran. Au fond de toi, à la fin des fins, il y a TF1.*

Que se multiplient psaumes, communions, tables de lois ! Que l'on convoque les démons pour que tu ne perdes pas la foi !  L'ennemi n'est pas l'autre, l'ennemi c'est toi et ton inébranlable besoin de croire.

* * *

"Dans le monde qui était le leur, il était presque de règle de désirer toujours plus qu’on ne pouvait acquérir. Ce n’était pas eux qui l’avaient décrété ; c’était une loi de la civilisation." 
George Perec in Les choses, Julliard, 1965

* * *
Illustration : "Je veux simplement que vous m'aimiez" R.W Fassbinder 1977



1 juin 2011

MAM contre-attaque tranquille

par

JEAN-PIERRE ELKABBACH
" - Le temps et le silence peuvent être de puissants réparateurs."

Deuxième effet DSKool. Après une tournée télévisuelle où l'expert en conflit d'intérêts Eric Woerth glosa présomption d’innocence et défense acharnée du bouclier fiscal (tiens-toi à jour Eric, il a été supprimé au profit d'une autre formule encore plus coûteuse pour l'Etat). Au moment où l'ancien inculpé Alain Juppé évoque "la cupidité des riches" sur France Culture, un JP Elkabbach au sirop d'érable reçoit pour son petit-déjeuner radiophonique le pancake Michèle Alliot-Marie, Ministre des affaires étrangères démissionnée en février dernier pour déni de réalité aggravé et proximité de jet avec dictateur au moment de son renversement. Miam.

Martyre de la vindicte médiatique, la victime collatérale de l'impétuosité d'un peuple à disposer de son destin sort de son sacrificiel silence. Durant trois mois l'embastilleuse abusive d'épiciers à Tarnac se résignait à n'être que député et adjointe au maire. MAM est magnanime : ce trimestre de silence (suivant neuf années ininterrompues de portefeuilles ministériels interchangeables au travers d'une bonne dizaine de gouvernements) "ne [lui]a pas coûté."  Subir une telle disgrâce après avoir été arrachée aux ors des républiques plus ou moins démocratiques cela briserait plus d'un caractère. Mais il en faut plus à MAM. Elle n'en veut d'ailleurs pas à ceux qui l'ont écarté : "Ça ne sert à rien d'être fâché avec qui que ce soit".  

Séquence post 2012 engaged.

Le politique est animal féroce et MAM ne sait pas faire grand chose que d'occuper un maroquin au gouvernement. Ayant potassé son "que sais-je ?" spécial "la vie chez les gueux", MAM s'engouffre  dans l'enivrante traînée d'une info-spectacle à la mémoire flash vidée par le fukushima new-yorkais du fait-divers politique, bien décidée elle aussi à abuser du nouveau hochet de circonstance qui fait fureur à L'UMP : la défense des classes moyennes. 

Mam a compris ton désarroi de Français en mal de pouvoir d'achat. Et sois rassuré : la droite va te sauver.  

Son analyse est simple comme la stratégie de distribution d'une film de Luc Besson : il y a des élites, 15% d'exclus et pis au milieu des classes moyenneux qui "partagent les mêmes aspirations, les mêmes craintes et également les mêmes exaspérations". Allez hop, 80% de la population clonée, tu m'étonnes qu'ils aient un problème avec la mixité. JP Elkabbach précise que MAM publie ce jour dans le quotidien de Serge Dassault un "hymne aux classes-moyennes qui souffrent de l'état arrogant" (sic)  où, parait-il (nous n'achetons pas cette presse), celle qui n'avait pas vu venir l'insurrection tunisienne alors qu'elle était sur place évoque un risque de fronde en France !

Remisant son chausse-pied dans la boîte à reluire, Elkabbach précise que bah euh bon c'est quand même abusé, rapport que, question pouvoir d'achat, son "ancien" gouvernement est au pouvoir depuis quatre ans. Mais MAM a mis à profit son abattement pour varier un peu les éléments de langage UMP. Elle esquive d'un double langue de bois arrière le sempiternel "la crise est passée par là" optant pour un  "la crise n'a pas amélioré les choses" tout en litote qu'elle complète d'un "nous voyons également l'explosion d'un certain nombre de revenus extravagants de la part de certains..." à l'indignation pincée. L'auditeur saura-t-il apprécier à sa juste valeur le media training ampoulé de l'aristocrate démocratique qui, redoutant le risque de décapitation électorale dans l'air, découvre au survol de la quatrième de couverture du bouquin de Mélenchon dans les couloirs de la Fnac de Neuilly les vertus d'un populisme qu'il vouait aux gémonies trois mois plus tôt.

Avec ça si la droite repasse, et comment ne le pourrait-elle pas avec tous ces gens de gauche qui se divisent, c'est un poste assuré aux affaires sociales en 2012. 

Mais bon, de direction alternative à la merdasse dans laquelle ce gouvernement enfonce une partie croissante du pays (en culpabilisant les plus pauvres et poussant les "un peu moins" pauvres à s'endetter pour rejoindre les premiers) MAM n'en avance aucune. 
Rien de tel alors qu'un petit bashing du PS. It's so tendance. 

MICHÈLE ALLIOT-MARIE
"- Les valeurs portées par les socialistes sont contraires aux valeurs des classes moyennes."  Lesquelles se réduisent selon MAM : payer moins d'impôts et en finir avec l'assistanat. Tant qu'on y est j'aurai rajouté : "et remettre les panneaux d'indication des radars !". 

Vient enfin la question que toute la France qui se lève tôt se pose :

JP ELKABBACH
" - Vous pouvez à nouveau servir le président de la République ?"

MAM
"- Mais bien entendu, je sers le président de la République. Je crois qu'il est aujourd'hui le mieux à même de conduire la modernisation de la France."

T'as compris : avec son chômage en hausse, son recul de l'âge de la retraite, son déremboursement des médicaments, ses réductions d'effectifs à l'école, dans les hôpitaux, dans la police, la France vient de vivre quatre ans de modernisation. Perso, mon niveau de vie, déjà pas brillant, s'est juste effondré dans ce laps de temps, mais j'imagine que pour toi ça roule. Il faut donc continuer à réformer (à coup de défonce des mécanismes de solidarité et de protection sociale), moderniser (muter le monde du travail vers celui de l'emploi flexible, aléatoire et sous-payé) et, dit MAM, "sans elles [les classes moyennes qui doivent voter pour nous parce qu'elles ne pensent qu'a leurs impôts même si, flûte, 1 Français sur 2 n'a pas le luxe d'en payer] nous ne réussirons pas cette transformation". 

Bref, pour que La France s'engage enfin sur la route de la rupture à droite : il nous faut encore plus de droite. 

Triste constat. En même temps qu'elle offre à moindre frais une virginité low-cost au commis des puissants, l'affaire DSK aura repositionné les imposteurs anti-sociaux sur le terrain de la morale et du "on vous a compris, nous on n'est pas comme eux, on est proche de vous". Ce qui n'empêche pas nos "proches du peuple" de discrètement faire virer du petit personnel pour manque de respect pendant leur shopping. 

Néanmoins, on aurait tort de sous-estimer l'ancienne présidente du RPR à la stupéfiante résistance. Sur l'éventuelle présence d'un Borloo à la présidentielle de 2012, elle avertit :

MAM
"-  Ce qui important c'est de voir comment on fait gagner son camp, et les idées de son camp et quand la division affaiblit son camp, je pense qu'il faut savoir faire passer son ego derrière l’intérêt général." 

Que la gauche retienne cette leçon. Protéger, servir et garder le pouvoir, MAM connaît. Sur ce sujet seulement : son expertise est incontestable.

30 mai 2011

Faut-il avoir peur des indignés ?

par
" - Nom d'un Milton Friedman, les légumes se mettent à bouger ! Et ils pensent en plus !" pouvait-on entendre dans les couloirs de Matignon ces derniers jours.

La bactérie X-aspération a déjà fait 10.000 victimes en Espagne et bien plus en Grèce. 1000 cas suspects ont été détectés ces derniers jours dans le XIe arrondissement de Paris[1]. Statique, le foyer infectieux a fait l'objet d'une pulvérisation préventive dimanche soir. 

Les autorités sanitaires européennes laissent entendre ce lundi que la source de contamination de ces jeunes, ces "indignés" autrefois nommés "les légumes", n'avait toujours pas été identifiée. 

« - Chômage, manque d'espoir, manque d'imagination, envie de câlins, d'être la nouvelle star... Tant que les experts économiques et sociologiques ne sont pas capables de circonscrire avec certitude l'origine de l'agent pathogène, l'alerte générale sur les indignés reste valable » a déclaré la ministre de la Protection de la rente et des créanciers, Christine Lagarde, en réponse à la cruciale question que lui posait le polémique Elkabbach : « - Alors, doit-on vous appeler Madame le Directeur ou Madame la Directrice du FMI ? ».

La menace européenne d'une propagation nationale de la bactérie X-aspération inquiète en plus haut lieu, même si pour le moment, officiellement, on ne montre aucun signe de fébrilité. 

Préventivement, les autorités médiatico-sanitaires de plusieurs pays européens déconseillent la consommation d'images des "indignés" et particulièrement celles en provenance de la Puerta del Sol à Madrid où, chaque soir, le foyer se révèle particulièrement actif et créatif. "- Si jamais la fièvre ibérique se mêle aux variantes épidémiques égyptiennes ou tunisiennes dont la résistance n'est plus à démontrer, alors là oui, notre système immunitaire sera affecté et il y aura plus que de la merde dans le ventilo pour le grand capital, mais pour l'instant bof..." Nous déclare ce chercheur à l'OMS, Organisation mondiale de la soumission

"Indignés" en jargon marketing désigne l'individu dont la résignation et la flexibilité aux diktats du marché approchent du point de rupture, bref qu'il se met à réfléchir à sa condition, et pire, à discuter et à chercher des solutions autres que celles que les dévots du capitalisme lui servent assorties d'un taux d'intérêt. Avant qu'il n'en arrive là, il convient de lui vendre quelques manuels et DVD sur le sujet. 

A ce stade, Michel Godet, de l'institut d’intérêt du public de Michel Godet, en charge du respect moral du capital et de la lutte contre les virus fragilisant la conversion libérale à coups de pompes dans le cul du corps social français, a confirmé que le petit raout du week-end à La Bastoche coûterait à La France deux points de croissance. Même si, pour le moment, le kebab-frites de la Rue de la Roquette et les vendeurs de bobs ambulants « Hasta la revolución siempre ! » made in Singapour ont explosé leurs bénéfices de 2700%. 

« - Mais pas de panique : grâce à l’action conjuguée et en profondeur de l'antiviral JJPernaut, de la tri-thérapie antibiotique multi-plateau Drucker (Marie, Lea et Michel) ainsi que des antibiotiques   Cofidis et Cetelem, le risque de propagation nationale des métastases reste minime » pointe du doigt Godet. 

Par précaution, le CSA a interdit les citations à l'antenne des facteurs aggravants du virus F*cebook et Tw*tter.  Une source anonyme du CSA s’alarme tout de même : "- Si la tendance continue, pour les calmer, on va devoir réembaucher Eric Zemmour à la télé à la rentrée !"


Dans un communiqué commun, les ministères de l'Economie et celui de la Santé et des jeunes (récemment fusionné avec celui de l'ennui et des concombres) ont précisé que la contamination était peut-être liée à un sentiment largement répandu chez les moins de 30 ans "de se faire niquer dans les grandes largeurs par ce système aux mains des vieux". Invité des Grosses têtes d'RTL, le caustique François Baroin ironise : "- Les plus de 30 ans sont évidemment dans la même situation, mais, hi hi, ils ont des crédits sur le dos ces cons !"

A Beauvau, on s'inquiète aussi d'un hypothétique désordre de juin. "- Même le traitement annuel Roland Garros s'est révélé sans effet : "ça" préfère rester dans la rue. La faute aux nouvelles technologies probablement".  Ce qu'un indigné, joint par réseau social, nous confirme avant d'être coupé dans son stream : " - L'important pour faire la #frenchrévolution, c'est d'avoir une batterie d'I Phone bien rechargée !".  

Il n'en fallait pas moins pour qu'un collectif de députés de la "droite populaire" monte au créneau pour réclamer interdiction pure et simple des moins de 40 ans dans la rue et ce, en raison de la sécheresse. " - Un ensoleillement massif en été favorisera une reprise, voire une multiplication des cellules actives. Et alors là, ce sera l'anarchie !" déclare Eric Ciotti, Député UMP des Alpes-Maritimes, se prononçant toutefois pour une dérogation spéciale afin que les jeunes puissent se rendre à leurs "stages d'été" rémunérés en demi ticket-resto.

«- Les DRH ont également été sensibilisées, afin qu'elles détectent et dénoncent la présence de la bactérie X-aspération ou toute trace d'indignation dans les entreprises » a déclaré samedi soir, le ministre de la Santé Xavier Bertrand.  Même si l'on sait de source officieuse que les autorités renforcent le dispositif de surveillance en liaison avec les sociétés Taser, Atlantico et les sprays oculaires Pleurtamer, X.Bertrand a toutefois mis en garde contre toute « forme d'affolement » face au péril jeune. « - A partir du moment où on ne les écoute pas, il n'y a pas de raison qu'on les entende, mais on ne veut pas prendre le risque d'un blocage de l'activité. » a-t-il assuré sur France5 face tandis que Paul Amar lui tendait un plateau d'assortiment meringué "Calèche" de chez Delacre. 

Si les autorités françaises incitent les médias à en rester à la médication massive du désherbant informatif DSK aux vertus hypnotiques bien connues, au commissariat à la rentabilité on reste confiant : " - Les grandes vacances approchent, les indignés devraient se disperser d’eux-mêmes."

Mais, en cas de récidive, l'Elysée se prépare à une violente riposte thérapeutique. Grâce à un drone télécommandé, nous avons ainsi pu nous fournir la Une du prochain Figaro "d'urgence" sur le sujet : 

"- Carla et le Roi, dans l'intimité d'un couple d'Etat."


[1] on nous signale également des bassins séditieux en province. 

29 mai 2011

Mother's day

par
Bon, même si on est ici très éloigné de l'esprit de la fête pétainisto-commerciale, ce dimanche est l'occasion de ressortir - dans sa version vinyle qui craque - un de mes titres préférés, le "Mother's day" de 24-carat black (un seul - ou presque - et superbe album sorti chez Stax en 1973 et passé inaperçu à l'époque : Ghetto misfortune wealth). 

9.30 minutes du pur plaisir, toutes les occasions sont bonnes...



Et remember...  Peace, love, Unité 2012 and having fun...

28 mai 2011

Gil Scott-Heron est parti

par
Hier dans l'après-midi, comme souvent, un album de Gil Scott-Heron m'accompagnait. "Free Will". Ce matin, j'apprends qu'il n'y en aura pas d'autre. Je l'ai revu pour la dernière fois l'an passé avec son grand tee-shirt rouge débraillé sur la scène du New Morning. C'était son "retour". Souriant, il déclamait : "I'm new here". 

Nous nous sommes quittés sur une excellente soirée.




26 mai 2011

L'unité à gauche : un programme, un candidat

par
2012 s'annonce pire que 2002 et 2007 réunies : Le monarque est méprisé, le politique déconsidéré, l'opposition divisée, malgré les bons sondages du moment la machine à perdre socialiste se réenclenche et Marine Le Pen récolte tout ce qui tombe. 

A quelques-uns nous avons rédigé cette lettre à tous ceux qui font de la politique à gauche dont je vous laisse découvrir les conclusions... Publiée sur le site Unite2012.fr et reprise ce jour sur plusieurs blogs politiques, la lettre est à faire tourner et à adresser à vos élus (maires, députés, sénateurs, liste ici) en les incitant à signer et à réagir. 
"Lettre ouverte d'un électeur à tout ceux qui font de la politique à gauche.

Le Kremlin-Bicêtre, mai 2011
Chers camarades,
Comme disent les Chinois, il est des coups de massue qui rendent lucides : si la gauche veut remporter les élections présidentielles de 2012, elle devra aller unie au combat dès le premier tour.
Imaginer que tel ou tel candidat ou candidate évitera la dispersion des voix à gauche entre vos différents partis, provoquera le réflexe d’un vote « utile », est un pari dangereux, une illusion entretenue par des sondages dont on connaît la volatilité… et la fiabilité.
Enterrer Nicolas Sarkozy trop vite est tout aussi illusoire. C’est un redoutable adversaire en campagne électorale, chacun le sait. C’est un des rares domaines où sa compétence n’a pas encore été mise en doute.
Mais surtout, Marine Le Pen sera vraisemblablement au second tour, nul besoin de sondages pour le craindre.
L’élection présidentielle de 2012 se gagnera donc au premier tour. Autrement dit, celui des deux candidats, de gauche ou de droite, qui aura le plus rassemblé son camp avant le scrutin présidentiel aura de fortes chances de l’emporter, soit parce qu’il sera face à Marine Le Pen, scénario hélas le plus probable, soit parce qu’il aura obtenu un score élevé au premier tour et aura donc créé une dynamique suffisante pour gagner le second.
C’est le bête et implacable raisonnement arithmétique qu’impose notre scrutin majoritaire à deux tours. On peut regretter qu’il en soit ainsi, qu’il ne nous soit plus permis de faire un « choix de coeur » au premier tour. Mais c’est comme ça.
Cette réalité électorale doit conduire les politiques que vous êtes à agir en conséquence, c’est à dire à vous battre pour que ce soit bien le candidat de gauche qui rassemble le plus efficacement son camp dès le premier tour, et non celui de droite, Nicolas Sarkozy.
Inutile d’attendre le dernier moment pour bâcler un marchandage de circonstance, purement politicien, ou le programme et les idées passeront à la trappe. Inutile encore de compter sur un accord entre les deux tours, vite fait bien fait, entre les partis de gauche au cas où ce serait l’un des leurs qui accède au second tour. Dans le premier cas, face à Le Pen, pourquoi le candidat s’embarrasserait-il d’une négociation avec ses amis politiques alors qu’il est pratiquement certain d’être élu ? Dans le second cas, face à Sarkozy, redoutable candidat, le spectacle de chefs de partis de gauche se rabibochant opportunément après une campagne qui les aura durement opposés sera d’un effet déplorable et ne peut que favoriser le candidat de la droite.
Avez-vous le droit d’envisager cette défaite ? N’avez-vous pas, au nom de la confiance et des mandats que vous ont confié le peuple, des obligations, dont celle de gagner pour mettre un terme à la politique désastreuse menée par Nicolas Sarkozy ?
Chers camarades, il est temps d’atterrir. D’arrêter d’avancer en ordre dispersé, avec des candidatures tactiques, « providentielles » ou fantaisistes. Bref, il est temps de prendre la mesure de cette nouvelle donne électorale et d’en tirer les conséquences. Dès que possible, vos partis doivent travailler ensemble à une plateforme commune et à la désignation d’un candidat unique pour toute la gauche. Après tout, les primaires ont bien été imaginées pour cela, non ?
Rappelez-vous : n’avaient-elles pas vocation, à l’origine, à sortir des logiques partisanes en s’adressant à tous ceux qui « partagent les valeurs de la gauche », qu’ils soient roses, verts ou rouges ? Imaginez la dimension que prendraient ces primaires si elles mobilisaient tous les partis ! Elles donneraient un autre souffle à la campagne et un autre poids au candidat ainsi désigné. Et avouons-le, elles seraient sûrement prises beaucoup plus au sérieux qu’aujourd’hui.
Pour vous, responsables politiques, ce ne sera pas facile de dépasser les clivages et les rivalités d’appareils, on l’imagine. Certains d’entre vous ne souhaiteront peut-être pas monter dans le train de l’unité. Mais l’enjeu est à la hauteur de l’effort : pour que la gauche remporte ce scrutin présidentiel, l’unité et les concessions qu’elle implique, sont le prix à payer et, soyons plus positifs, le défi à relever.
D’ailleurs pensez-vous sérieusement qu’un programme qui rassemble tous les partis de gauche soit un défi aussi insurmontable ? Nous partageons tous un socle de valeurs communes : écologie, services publics, société solidaire, emploi pour tous, fiscalité redistributive, laïcité, régulation de la finance, éducation, innovation, recherche, et bien sûr, l’ambition d’une France forte, généreuse et influente sur la scène mondiale.
Chers camarades, quelle tâche plus stimulante qu’un programme unitaire pour ceux qui aiment la politique et veulent changer les choses ! Ce n’est pas une utopie, c’est une nécessité. Les électeurs le sentent et multiplient les appels dans la presse et sur le Net. Nous sommes à un an de l’échéance, vous avez encore le temps de vous y mettre. N’attendez pas.
Un programme, un candidat… la victoire en 2012 !"
Captainhaka : Le grumeau, Custin d’Astrée : 365 mots, 
Cycee : bahbycc, Dominique Darcy : dominiquedarcy, 
Eric Citoyen : Mon Mulhouse, Gaël: De tout et de rien, 
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