Il arrive parfois que le blogueur se retrouve coincé entre plusieurs logiques. La campagne présidentielle, tournant vinaigre pour notre monarque-caliméro qui promet aujourd'hui de rejoindre Mickaël Vendetta à Los Angeles s'il prend sa raclée en mai, est de ces moments-là.
Rappelons d'abord que ce blog, comme beaucoup d'autres, est né de la répulsion que lui inspirait le programme, le projet de société puis l'action politique antisociale d'un président dérivant désormais à la pirogue percée sur le bilan de sa coûteuse contre-productivité. Qu'il est étrange de croiser les doigts ici pour que p'tit pépère soit encore là au second tour, et ce même si la perspective de le voir humilier dès le 22 avril avec éjection précoce aurait, il y'a un an encore, suffi à mon bonheur.
Trêve de petite jouissance égoïste, il en va de l'intérêt supérieur de la nation.
Voyons-voir. François Hollande, discours et com' carrés, programme avancé, caracole en tête des sondages alors même qu'il gauchise à ma surprise sa campagne[1]. Mieux, la gauche dans son ensemble a retrouvé confiance en elle. Le Monarque a perdu le feu sacré, son entourage sans voix n'y croit plus. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Youpi tralala, paye ta soirée du 6 à la Bastille !
Tout commence samedi dernier chez des amis parisiens lorsque, entre deux Apéricubes, je ne sais trop comment, la discussion glisse des soldes chez Ikea au contenu du programme politique de François Hollande. Fabienne, salariée parisienne de 33 ans me demande alors "mais qui est François Hollande ?" Mais pas à la façon d'une suave couverture de Nouvel obs avec la silhouette de l'homme du "changement" se découpant en ombre chinoise sur un camaïeu clair obscur. Non, Fabienne, qui a une connaissance encyclopédique des séries US présentes et à venir, maîtrise à la perfection les CGV de freemobile ou les règles de Moneydrop, ne sait tout simplement pas qui est le candidat socialiste à la présidentielle. Et quand je lui explique, Fabienne me répond les yeux ronds et la gueule pleine d'Apericubes : "Ah bon, y'a des élections présidentielles cette année ?"
Voilà de quoi rendre humble quant à son influence tout blogueur se la pétant un peu dans les classements.
Je passe sur mes récents séjours un peu partout en france dans ma classe d'âge où j'ai surtout pu constater un rejet profond de la politique et un "je n'irai pas voter, d't'les façons tous des pourris" pas trop porté sur l’exégèse programmatique.
Tout cela pour en venir au fait que, malgré les apparences, cette élection est loin d'être pliée. Pire, elle pourrait laisser les euphoriques du jour, comme leurs détracteurs, en caleçon sur la bande d'arrêt d'urgence.
François Hollande a une avance certaine et le candidat théorique de l'UMP explose tous les records d'impopularité est le candidat idéal pour faire perdre la droite (J'en suis le premier étonné, mais c'est à peu près la seule certitude du moment. Même Fabienne a dit qu'elle "ne voterai[t] surement pas pour Sarkozy"[2]). Il en est à un tel point d'antipathie sondagière que seul un évènement extérieur majeur de dernière minute (ex: Zapatero 2004) ou une monumentale boulette du PS (croisons les doigts) lui permettrait de reprendre la main.
J'en viens donc à redouter que notre Monarque ne soit pas au second tour. Ce serait catastrophique pour deux raisons:
1 / Hypothèse Le Pen / Hollande (config fuck-win). Hollande gagne (mais pas avec 80%), mais reste une impression de non-légitimité comme en 2002. Dans la foulée, la droite se redéfinit sur cet axe FN-libéraux que je vois venir gros comme une baraque à frites dans le boudoir du Fouquet's.
2 / Hypothèse Bayrou / Hollande (config fuck-fuck). Pire encore. Passé l'accablement de la présence du plus vide d'entre tous au second tour (c'est pas comme s'il n'y avait pas le choix de ligne entre les candidats), dont la seule proposition concrète est l'augmentation de la TVA, il est à craindre que notre homme fasse le plein chez les socialo-sceptiques, les libéraux (c'est leur chouchou de secours), la droite rabougrie, les cryptomous, les sympathisants FN, les démocrates-chrétiens et les défenseurs du "ouais, la gauche et la droite c'est tellement dépassé" et qui éviteraient ainsi (une fois encore) d'aller voter à gauche... Ce qui nous fait un paquet de monde, et p'tet même une victoire. Taper pendant cinq ans sur Sarko (ou sur les socialistes) pour se retrouver avec un mélange frelaté et coupé à la dope libérale avec la rigueur comme seule visée et qui nous pourrit les élections depuis 10 ans, comme on dit sur Twitter: EPIC FAIL.
Le "blues" que nous joue le Monarque en pseudo-off n'est probablement qu'un vague coup de com (pour récupérer un semblant de buzz après le bombardement du Bourget) qui trouvera son articulation dans le show multi-télévisé de dimanche prochain (au point où il en est, c'est le moment ou jamais pour annoncer de nouveaux impôts sur les pauvres). Mais, sait-on jamais, dans un éclair de lucidité, l'homme qui parle à l'oreille des plantes perçoit peut-être le coup de sécateur annoncé ? L'ultime crasse que pourrait alors faire le Monarque contrarié à son pays serait de ne pas se représenter.
Nous avons assez payé pour le savoir: il est capable du pire.
[1] Si, si. Je sais que ce n'est pas assez pour certains et qu'il est léger sur le "pouvoir d'achat". Mais il y'a un net progrès. Sur le sujet de l'immobilier, il est passé de pas grand-chose en septembre à des propositions chiffrées, électoralement osées (et qui, comme l'attribution gratuite des terrains d'Etat aux collectivités, restent à encadrer sérieusement car le diable se cache dans les modalités locales d'application).
[2] Avant d'ajouter "ah mais je ne voterai surement pas pour la gauche"

















