jeudi 7 janvier 2016

L’an 01

Faut pas déconner un anniversaire ça se fête, et puis y a tout un business à faire tourner (de la presse, des livres et des émissions spéciales avec de la pub avant après et pendant). Le spectacle de l'émotion et de la peur sur TNT HD, le duo de choc action + larmes avec le pouvoir en guest-star si fier de sa sécurité (alors que bon hein).

Si vous voulez revoir Cabu et Wolinski (et d'autres) vivants repenchez plutôt sur l’an 01 de Jacques Doillon. A la différence des reconstitutions du 7 janvier 2015 qui tournent en boucle (comme si tout ça était déjà derrière nous), ce film n’est probablement pas passé trois fois à la télé en quarante ans. Son utopie est plus que jamais pertinente. Non, urgente.

Allez cadeau. Et Bonne année !

lundi 14 décembre 2015

Régionales 2015, round 2 : ne t'en fais pas, les meubles vont bien

"Rien ne sera plus jamais comme avant"... jusqu'à la prochaine fois.

Here we are folks. Après une campagne hors-sol, d'abord inexistante médiatiquement puis hystérique, totalement imbibée par la politique nationale, les résultats des régionales c'est l’école des fans. Ceux qui devaient gagner ont perdu, ceux qui pensaient tout perdre s’en sortent bien, les vainqueurs le sont grâce aux voix des perdants et la région la plus importante de France glisse des mains du candidat socialiste comme une savonnette au sauna de Solférino.

Détaillons en dix points :

1 / Parce que c’est ma région et que j'ai un peu la haine, je commence par là. En Ile-de-France, Claude Bartolone du PS échoue face à une figure de l’incompétentosphère de la bourgeoisie de droite. C’était imperdable bordel ! A moins de ne pas vouloir gagner. Le bon côté, c’est que Le Petit Journal a une ligne éditoriale assurée pour les six prochaines années, parce que des grosses pécrèsseries, je vous le signe ici : il va y en avoir par kilotonnes sur une base quotidienne.

2 / Les socialistes "sauvent les meubles". Il y a encore un mois, je leur donnais zéro région. (cf point 8)


3 / Après une non-campagne où il a été question de tout sauf de l’impact concret sur notre quotidien de l’action des conseils régionaux, c’est un succès apparent de la campagne de second tour sur le dos du FN. Le parti de Marine Le Pen se prend une tarte dans toutes les régions. MAIS…

4 / Jusqu’à quand cette politique du « front républicain » répondant dans l’urgence à l’inertie programmatique des partis de gouvernement ? Réponse : tant que ça n’échouera pas. Le piège est enclenché. Vous vouliez des idées et du renouveau pour 2017 ? Dommage, vous aurez une bataille des candidats pour arriver au second tour face à Marine Le Pen et, automatiquement, gagner. Attention. A force de "sauver les meubles", on va peut-être finir par légitimement avoir envie de les brûler.

5 / Le FN, la petite entreprise qui ne connait pas la crise. 350 nouveaux conseillers régionaux et un positionnement clair : ils sont l’opposition. Ils métastasent et se solidifient laborieusement dans le paysage.

6 / Ne jamais crier victoire avec un loustic pareil (hyper hermétique à l'humilité), mais on pourrait cette fois être débarrassé du teigneux de Neuilly. Ratage au premier tour, grattage des voix de gauche au second, tout en appelant piteusement au "ni-ni" : Sarkozy est le grand perdant des régionales.

7 / A l’inverse, en plus de sa victoire dans le Nord-Pas-de-Calais, Xavier Bertrand a marqué des points dans son discours d’ouverture dimanche soir. Depuis deux ans quand je dis que ce type sera le prochain (ou le prochain prochain) président, on me lance des soupirs amusés d’intensité à peu près équivalente à ceux lancés en 2011 lorsque j’évoquais la possible victoire d’Hollande l’année suivante. Celui qui fait oublier qu’il a été ministre de Sarkozy s’est également démarqué des têtes de son parti qui ont utilisé cette soirée médiatique comme tremplin perso pour la campagne des primaires à droite.

8 / Le ras-le-bol de la politique gouvernementale ? Pas si sûr. Le meilleur score socialiste est obtenu par un ministre du gouvernement (qui n’a même pas fait campagne qui plus est). La droite appelle a accélérer les réformes, l’exécutif "n’entend pas changer de cap".

9 / Que les abstentionnistes d’Ile-De-France ne viennent pas pleurnicher dans les mois qui viennent. Lutter contre l’arrestation abusive de militants écolos (ce qui n’est pas du ressort de la région) en donnant les clés de la gestion des écoles, des routes à un conseil régional de droite (à dominante Manif pour tous), j’ai vu moins couillon (même dans l’équipe de Pécresse).

10 / Le « changement de logiciel » s’impose. Là au moins, nous serons tous d’accord. Ils l’ont tous répété hier soir. Il y a d’un côté la bataille des idées, mais aussi le casting. Celui-ci ne prend  pas en compte la diversité sociale et professionnelle de ce pays (FN compris) et ne se renouvelle pas (elle est sympa cette boîte où même quand tu es viré tu peux repointer sans cesse). De ce côté-là, rien n’arrivera en attendant les bras croisés. C’est le challenge du moment, d'autant qu'il y a un boulevard pour une opposition constructive. Nous sommes nombreux à avoir envie de voter "pour" et non plus "contre".

lundi 7 décembre 2015

Régionales 2015, round 1 : jusqu'ici tout allait bien

La baffe des #Régionales2015 est pire que prévue. Le 6 décembre 2015 relègue le 21 avril 2002 au rayon d'accident de tir sur un stand d'animation folklorique pré-estival.

Le FN triomphe avec des candidats parachutés mais médiatiques. Le PS est sanctionné en local pour la politique nationale. LR perd le leadership de l'opposition et la défaite est cinglante pour Sarkozy qui non seulement ne capte plus le vote FN comme par le passé (c’était à peu près sa seule qualité) mais en plus divise ses troupes. La gauche, rongée par son archaïsme communicationnel et/ou ses batailles intestines, est inaudible. Les abstentionnistes sont fiers d'eux. Nord et Paca (entre autres) basculent à droite (avec un FN à 40% dans le Nord et un PS pulvérisé). La politique d’austérité du gouvernement (bien silencieux en ce dimanche de rouste) explique bien plus ce score (et la démobilisation qui va avec) que les récents attentats de Paris. Dans la capitale, le FN ne dépasse  pas les 10%. Pourtant, j'ai bien peur que la réponse soit la poursuite et l'accélération dans cette course à l'échec, avec un climat de guerre là-dessus pour unir le pays contre l'ennemi.

La France est à bout de souffle démocratique, au bout de ses scléroses, de ses non-renouvellements de personnels, d’idées et nous (qui par fatalisme, cynisme ou confort, avons également renoncé pour la plupart à nous investir) nous sombrons dans cette absurdité : nous sanctionnons le gouvernement pour sa politique de droite libérale par une forte vague de droite réac (notons d'ailleurs que, pour Les Républicains, une gauche même molle est pire qu'une droite dure). 

Si ce premier tour des régionales est l’échec de Valls et Sarkozy (pour avoir l’un et l’autre persisté dans leurs obsessions), il faut dépasser leur petits cas personnel (l'histoire va les digérer, et moi aussi j'ai envie de dire à l'unisson du pays : "C'est bien fait") : à partir du 13 décembre ce sont les gens en local qui vont trinquer. C’est le plus terrible dans ce délire national : des Français vont payer au quotidien pour les turpitudes d’une élite qu’ils dénoncent par ailleurs en installant une autre micro-élite, nullissime en gestion et pourrie idéologiquement. 


Le calendrier électoral est désastreux. A la différence des différentes mairies conquises par le passé et dont la gestion a tourné vinaigre, si le FN récupère des régions (et notamment le Nord-Pas-de-Calais pour sa présidente), le délai sera trop court avec la présidentielle pour que l’on puisse tirer l’an prochain un bilan négatif de son action.
 
Si maintenant vous n'avez pas compris que si vous ne vous mêlez pas de politique, elle finit par se mêler de vous, alors effectivement vous n'avez plus qu'a prendre un bol de popcorn et confortablement vous installer devant BFM pour les prochaines soirées électorales à dominante bleu marine.

lundi 5 octobre 2015

J'irai runner sur vos tombes

 

Avant de te passer à tabac, entendons-nous, j’aime courir. Ça me manque dès que je m'en éloigne trop. Bientôt 27 ans que je suis accroc à la course autant pour l’effort accompli que pour la qualité de recueillement que je j'y trouve. Je n'ai jamais privilégié la performance mais la régularité, mon corps me faisant bien comprendre les limites d'un exercice trop poussé. A la fin des années 80, courant sur les routes de campagne en survêtement coton avec walkman à cassette, je passais au mieux pour un échappé de l'asile. En forêt de Rambouillet, j'ai même failli me faire shooter par un chasseur me confondant avec un sanglier. Le coureur assidu devait subir les remarques de mes semblables, aka les jeunes cons, sur cette activité incongrue, la notion de sport se limitant alors au foot et au tennis (mais uniquement pour les rejetons de fratries RPR).

Course en 1989 : activité marginale connotée féminine, alternativement nommée jogging, footing ou truc de pédé. Les rayons de sport pour coureurs n’existaient pas. A l’époque la course, c’était même objectivement une affaire de vioques (de quadras quoi). D’ailleurs, j’ai bien tenté de courir avec eux en groupe le dimanche à l’orée du bois et des années 90 mais non, rien à faire : j’ai vite compris que la course à pied n’était pas propice à la socialisation de fond. Pour bien courir, il faut courir seul. Le partenaire de course possédant exactement la même cadence que toi et ne te cassant pas alternativement les couilles et ton souffle est une légende urbaine. 

Bref, courir à deux je trouve ça déjà très con alors imagine ce que je ressens quand tu me barres la route avec tes orgies collectives de run in à 30.000, extensions urbaines ultimes de cette passion pour la course à pied qui possède subitement la France.

Tes run in (parce que c'est #old le jogging de fillettes), tes parades à courir du dimanche donc (sponsorisés par une marque ou pour une grande cause prétexte à sponsorisation par une marque) où te lèves encore plus tôt que le reste de ta semaine salarieé pour friser l'infarctus en groupe avec 500 euros de matos sur toi, ta boisson au jus de bison stéroïdé à 800 calories, ton appli connectée live à Facebook  et une canne-à-selfie en steadycam si tu pouvais, me filent de sévères crampes musculaires. Déjà que j'avais un peu honte de "partager cette passion" avec Sarkozy, là tu me fous la dose. Je t’en veux car, avec ta mode à la con, là où je pouvais m’équiper pour que dalle il y a encore cinq ans, tu façonnes une bonne grosse tendance consumériste qui salope tout comme avant elle le diesel propre, les jardins paysagers et les tatouages dégueulasses où, au nom de ton individualité, ta névrose se mêle allègrement en mode générique à celles des autres à grands coups de CB dans des  messes à suer bien formatées. Tout le monde court : les enfants (hérésie pour les articulations), les jeunes (qui le mettent même sur leur CV ayant intégrés qu'un manque d'activité physique était professionnellement préjudiciable), mes anciens potes qui criaient à la tantouze et s'étalent désormais  en leg-in moule bite sur leur wall dès qu'ils font trois foulées au square, les chasseurs de la foret de Rambouillet et même les seniors qui, avec la marche nordique cette autre facette de cette danse de Saint Guy nationale, ont même trouvé le moyen de faire de leur rando sous acide une activité stressante pour tous les autres piétons, piétons qui eux-mêmes grâce à l'appli santé du dernier Iphone culpabilisent de ne pas avoir assez fait de pas dans la journée.
Sacré runner, on te fait des rayons dédiés maintenant, on analyse ta foulée, ton rythme cardiaque, la moindre paire de pompes de course un peu potable se vend désormais au prix d’une semaine de SMIC alors que le footing était probablement le sport le plus accessible au monde jusqu’à ta disgracieuse invasion. On fait de toi une star de l'effort et tu ne te caches pas pour transpirer sur les réseaux sociaux parce que la performance  c'vachement important en vue du marathon de New-York t'voua (oui oui toi, toi qui prend l'escalator depuis la naissance dès qu'il faut monter un étage ou en descendre deux, et va chercher tes donuts au drive en Volkswagen). Là où on devrait me payer cher pour faire partie de ces pitreries publicitaires, toi tu raques conquis pour fièrement porter un tee-shirt hideux et identique à celui de tes voisins de course, ou encore mieux, te faire cracher de la peinture à la face sur la ligne d'arrivée.

Bougez, éliminez disait la publicité. En bon fils du libéralisme, tu fais de cette expérience, à priori solitaire et intime, un spectacle benchmarké et sans profondeur, un truc pétaradant où tu mets tout le monde, et surtout tes amis, en compétition. Tes run in ne sont qu'une extension du masochisme contemporain. Il faut faire de toi quel que soit ton âge un être en agitation constante ne s’arrêtant sur rien, un esclave consentant de l'hyper activité perpétuelle (j’ai même entendu parler de visites touristiques et culturelles en mode running, l’heure est proche où tu auras une retenue sur salaire si tu ne viens pas au boulot en course d'obstacles). Si c'est la seule réponse collective que tu es capable d'aligner face à l'individualisme ambiant, fais gaffe : tu vas encore prendre un platane.