Ayez peur !

Nous interrompons notre exil provisoire du blog pour un point sur la présidentielle. En effet. Il semble que le candidat-président, rompant sa promesse de suspension de campagne suite à la tuerie de Toulouse, a enfin révélé son programme ce matin au collège François-Couperin de Paris. 

Efficace et ayant déjà fait ses preuves: Ayez peur



Après cinq ans d'une politique et de propos à l'outrance banalisée ne visant qu'à cliver, stigmatiser, dresser les uns contre les autres, notons l'utilisation d'enfants en fond d'écran pour un passage plus efficace de l'émotion. 

L'infiltration lorraine

De notre envoyé spécial à Paris, Jean-Jérome Ciregrole. 

Dans son effort de reconquête de l'opinion et de proximité avec les gens de nos territoires n'ayant pas su prendre le tournant de l'économie moderne en s’entêtant à vouloir produire français et être payé pour ça, notre candidat-président avait autorisé les 200 ouvriers de l'usine Arcelor-Mittal de Florange à venir se faire filmer à ses côtés, histoire de bénéficier, comme Giulia, de son aura médiatique. 

Malheureusement, il y avait malentendu sur l'agenda. Les uns comprenant jeudi et l'autre lundi. 

VALERIE ROSSO-DEBORD
- "Notre candidat-président était occupé à poster des cartes de voeux, certes un peu tardifs, aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon et n'a donc pas pu recevoir les ouvriers en personne. Nous en sommes désolés."

Qu'à cela ne tienne. Dans un de ces sympathiques gestes d'apaisement et d'ouverture (comme faire huer les syndicats lors d'un meeting) qui sont l'apanage des plus grands démocrates du monde civilisé, le candidat-président déléguait à 12 escadrons de la compagnie de la compagnie républicaine de sécurité le soin d'escorter la prolétarienne caravane à Paris.  

Pourtant étroitement encadrés par les forces de sécurité, et quelques GO des RG, dès leur entrée dans l’accueillante cité touristique, nos malotrus métallos faussèrent compagnie à leur tour operator surprise, tonfa tour.

En plus de ne pas être assez compétitifs et en grève depuis 4 semaines pour le redémarrage des hauts fourneaux, les ouvriers ne sachant pas non plus se servir d'un GPS de fabrication chinoise (preuve de leur duplicité patriotique) s'égarèrent aux abords du QG de campagne du candidat-président, Rue de la convention. Par chance, hôte soucieux du ravissement des fines bouches, notre bien aimé candidat-président avait également prévu un comité d'accueil des plus hospitaliers

Là encore, nos métallos lorrains se montrèrent particulièrement mal élevés, affichant des signes d'ingratitude, voire quelques pleurnichades fort peu viriles, face à la distribution de gaz lacrymogènes qui leur était pourtant généreusement servie pleine gueule par 250 CRS.

Interrogé lors d'un déplacement dans la réalité parallèle des vieux apeurés musulamanophobes et réactionnaires, le président-candidat a précisé, magnanime, qu'il souhaitait néanmoins entamer le dialogue avec les représentants syndicaux qu'il venait juste de faire asperger.

NICOLAS SARKOZY
"- Je recevrai les représentants des salariés, mais lundi. A l'Elysée, entre 12h14 et 12h17, et de mon bon profil. Mais pour l'instant, veuillez m'excuser, je dois aller au Virgin acheter le DVD de Benjamin Bolton et regarder la VOD de The Voice avec Carlita. Désolé d'avoir des occupations terre-à-terre et de ne pas faire mon intéressant dans la rue. Que voulez-vous, nous sommes des gens modestes."



Pour couper court à toute rumeur relayée par la presse fasciste et les blogueurs en sursis, le ministre de l'intérieur Claude Guéant a tenu à préciser que toute exploitation de ce pataquès ne serait qu'une instrumentalisation supplémentaire de la détresse ouvrière par les bobos parisiens à la solde de la gauche trosko-bolchévique. Dans le doute, l a préventivement démenti toute implication de Kadhafi ou de Liliane Bettencourt dans le financement de cette répression urbaine contre les gens qui défendent leur bifteck. 

CLAUDE GUÉANT
- "Non, non c'est dans la loi. On peut gazer les salariés, tous les salariés, si La France silencieuse a peur. En plus, pas de mallette, pas de fonds secrets: c'est eux qui payent"

Alerté par un télégramme à porteur émanant de la cellule i-riposte de l'UMP, le comédien Gérard Depardieu a tenu à exprimer son soutien au candidat-président et sa vive émotion aux journalistes d'AmenagementFiscal.tv 

GERARD DEPARDIEU
- Faut pas chier dans les bottes de mon poteau Nico qui ne fait que du bien à ces connards de français ! On les encule les salariés, on lâche rien !

A la mi-journée, malgré un séjour fort mal entamé, le représentant de la CFDT Edouard Martin et ses compagnons de la CGT n'en démordaient pas. Direction La Tour Eiffel, symbole du dynamisme entrepreneurial du XIXe siècle et de l'excellence métallurgique tricolore d'avant cette glorieuse mondialisation qui nous ravit chaque jour un peu plus de bonheur. 

Feront-ils un crochet par la gargote populaire Chez Fouquet (deux cuillères au guide du Petit Estrosi) ? Rien n'est moins sûr. En effet: conséquence du brusque réchauffement social du matin, il parait que le plat du jour, matraque dans la tronche sur coulis de gencives, y est aujourd'hui servi en terrasse sur présentation d'un casque de chantier. 

Sur le départ, les observateurs ont noté une certaine animosité de la part du leader syndicaliste, refusant l'invitation à la reprise du dialogue social, sous de plus clémentes caméras et après un week-end réparateur au Cap Nègre, de notre candidat-président.

EDOUARD MARTIN
"On n'est pas des voyous ! On a blessé personne ! C'est lui le voyou ! [...] Il va se faire foutre ! On a plus rien à lui dire. [...] On était venu avec des échantillons d'acier pour lui montrer la qualité de nos produits [...] Voilà le candidat du peuple, il est en train de gazer le peuple !"

Une métaphore par trop excessive propice à toutes les récupérations par cette poignée de mécontents (risible selon les derniers sondages) tentant d'entraver le débat politique à l'approche du scrutin. Décidément, ces travailleurs ne sauront jamais s'intégrer dans le monde des exploiteurs.

Mais rien n'est encore perdu pour nos métallos lorrains, touristes perdus dans les vicissitudes de l'ultra-libéralisme triomphant, unique gage de croissance et de prospérité (de par le fait). Selon des éléments en notre possession, tout porte à croire que leurs représentants syndicaux seront très vite reçus par l'équipe du Grand Journal. Son éditorialiste politique attitrée, Arianne Massenet, payée 2 smics par émission à éveiller les masses, pourra ainsi poser à Edouard Martin cette question taraudant les Français inquiets pour leur emploi:

- Alors Edouard Martin, slip ou caleçon? 


Bonus extraball de 18h15, notre souverain exprime sa sympathie aux journalistes:

Apocalypsimmo 4: Aidez-les !

Il est de retour, il a la rage. Jean Perrin, le président de l'Union Nationale des Propriétaires Immobiliers tire la sonnette d'alarme dans un communiqué lacrymal. Parait que la pression fiscale sur les propriétaires est intenable et que ça va finir par les faire fuir de l'investissement locatif.

"Selon les taux d’imposition applicables, il apparaît que la rentabilité nette d’un immeuble locatif ancien tend à se rapprocher de zéro si l’on additionne notamment l’impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux et, le cas échéant, l’ISF et/ou la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus instaurée en 2012."

Que répondre à Perrin? Que depuis que "l'investissement locatif" est devenu un sport national sponsorisé par l'Etat (se défaussant ainsi d'investir dans la construction de logements sociaux), les prix des loyers n'ont cessé d'augmenter, les conditions d'accession à la location sont de plus en plus ubuesques. Peut-il seulement le comprendre? Fiscalité varie, mais souvent proprio ne comprend que profit. Perrin y va donc de son communiqué en attendant, tel le Mickaël Vendetta du PAP, de menacer de quitter le territoire s'il ne peut plus faire du +10% à l'année. Louer n'est pas assez "rentable"? C'est trop compliqué? Personne ne les empêche de mettre en vente. Avec une hausse de +215% en 15 ans dans l'immobilier ancien alors que le CAC 40 en cumulé n'a grimpé "que" de 110% dans la même période, la culbute m'a l'air encore bien indécente.

Jean Perrin dénonce "un matraquage des propriétaires bailleurs". S'il y a resserrement récent, toujours relatif mais "faut bien rembourser notre dette ma brave dame", il reste de la marge avant de récupérer les dizaines de milliards d'exonérations fiscales cramées lors de la dernière décennie. Et  certains mécanismes sont encore bien effectifs !
(Le retour du Jedi les a recensés pour vous.)

Des mécanismes se retournant parfois sur "les petits épargnants" voulant se la jouer maître des loyers d'un ou plusieurs Scellier à Nullepartville mais avantageant toujours celui disposant d'une bonne assise financière et pouvant encore acheter aujourd'hui en plein Paris (là où le m2 est le plus inabordable pour le commun des mortels) une studette avec une ristourne finale de 40%. Ne parlons pas des ribambelles de propositions que je reçois pour "investir" dans l'immobilier en Allemagne (l'immobilier y est 2X moins cher qu'ici, ça aiguise les appétits) ou en Israël. 

Et Perrin d'enfiler les perles sur le requiem pour un bailleur martyrisé:
"Les revenus fonciers sont donc déjà plus taxés que les revenus du travail ou ceux de capitaux mobiliers."

Suggérons à Perrin d'aller bosser à l'usine, s'il veut être moins taxé. Concernant l'ISF et l'immobilier, basé sur mes modestes observations en milieu thuné: les 2/3 des propriétaires qui devraient s'en acquitter à cause de leur(s) maison(s) passent au travers, du fait de son mode de calcul basé sur la comparaison avec un bien présentant des critères rigoureusement identiques (compliqué à établir, spécialement dans l'ancien).

Pour ce qui est du "risque" de fuite des spéculateurs de la pierre, l'immobilier étant un de ces rares domaines où la créativité individuelle n'a d'égale que la souplesse morale du législateur: je ne m'inquiète que moyennement. Exemple: Dans le numéro du 7 mars de l'Expansion spécial immobilier, après 20 pages nous rabâchant que la pierre est à la fête à Paris (un indice chez vous: le nombre de SDF explose) et que c'est "encore le moment d'acheter", un publi reportage didactique nous explique le pourquoi du comment de "la location meublée" (comprendre avec un frigo cash converter à 60 euros) à bail réduit. Figurez-vous qu'elle offre une rentabilité 15% supérieure à "la location vide" pour un travail bien moindre, avec une imposition classée "bénéfices industriels et commerciaux": bien plus avantageux que la location traditionnelle.

Autres exemples parmi les propositions indécentes, surfant bien sur la légalité, régulièrement reçues (notez l'argumentaire, cliquez pour agrandir):


Alors Perrin, heureux ?

Non. Jaloux des avantages dont bénéficient les proprios de la première destination touristique mondiale, et pour "encourager l’investissement immobilier dans l’ancien", le patron du syndicat des proprios demande au gouvernement:
"- une baisse de la fiscalité des revenus fonciers,
- le rétablissement d’un abattement de 15 % sur les revenus fonciers,
- l’instauration d’un amortissement des immeubles acquis par les particuliers sur 30 ans,
- le plafonnement de la hausse de la taxe foncière."

Dans une première version de son communiqué, plus ambitieuse, il exigeait 100 balles et un Mars. Mais, au dernier moment, il s'est retranché dans le camp de la raison.

Et Perrin de conclure: "Il est primordial que la fiscalité ne vienne pas, en étant trop fluctuante et confiscatoire, pénaliser ceux qui ont fait le choix d’investir à long terme dans l’immobilier."

Une fiscalité fluctuante et confiscatoire? Elle va depuis 15 ans strictement tout le temps dans le sens de la bulle en multipliant les aides à l'accession à la propriété et à la défiscalisation (rien que la  TVA réduite sur les travaux à coûté 5,2 milliards à l'Etat en 2011, le PTZ encore 1.2 milliard, l'aménagement Girardin 4,7 milliards). Investir à long terme dans l'immobilier? Si je dois retenir une chose de ma petite expérience de 15 ans dans la torride jungle du bailleur, de la province à Paris, du jeune au vieux, c'est la cupidité décomplexée et bien évidemment l'absence totale de vision à long terme étant entendu que mes interlocuteurs se divisaient en deux parties:
1 / Ceux qui ont acheté un bien et sont convaincus que l'immobilier ne va jamais baisser.
2 / Ceux qui ont hérité d'un bien et sont convaincus que l'immobilier ne va jamais baisser.

Si la seule vision à long terme a des allures d'indiscutable certitude de type "bibiche, tu verras on va s'enrichir en revendant", cette dernière est vite rattrapée par un souci, lui, à très courte vue: "Purée Bibiche, faut rentabiliser fissa".

Nos proprios ont donc souvent recours à la "machine à sous", l'autre nom du locataire. Rien de tel qu'un type ou une famille sans alternative, coincés hors du logement social, pour s'assurer une confortable rente. Comme on dit à Athènes, le pauvre est un investissement dont l'on peut tirer des dividendes jusqu'à cessation d'activité. Ce n'est pas un hasard si, au même moment, la FNAIM suggère  un mécanisme "BP 3" qui lui permettrait de récupérer le marché du social (et ses commissions) via les bailleurs privés (et leurs commissions) avec, ce coup-ci, abattement à 100% (allons-y tant qu'à faire) sur les revenus fonciers des proprios.

Ça donc commence donc à chauffer sur le front de l'immobilier, les possédants n'ont pas l'intention de se laisser spolier par un marché à la baisse, et appelle à l'aide la main invisible ...de l’état.

Ils veulent investir? Qu'ils investissent dans les PME, qu'il investisse dans l'innovation, qu'ils fassent le pari de demain au lieu de chercher à conserver leurs avantages fiscaux au détriment d'une population captive.

Espérons que le ou la prochain(e) président(e) prenne la mesure de l'enjeu et sache pour qui trancher.

La condition préalable étant, bien sûr, d'en changer. Hein ?

* * *

P.S: De l'autre côté, loin des alchimies fiscales des bien-logés, chez ceux potentiellement éjectables à partir de demain matin 6h, on s'organise également avec la création du 115juridique.org site mettant à disposition le travail du DAL pour permettre aux avocats, mais aussi aux militants, bénévoles ou sans-abris ayant quelques compétences juridiques de saisir la justice administrative en cas de refus d'héberger les personnes sans-abri.
Illustration : apartmenttherapy.com

Apocalypsimmo 3: Quand le logement craque en silence

Je sais que je devrais aborder ces sujets cruciaux en période électorale tels la cuisson de la viande, la vie monacale de Carla-Cosette Bruni-SarkoCaSuffit ou les risques de ghettoïsation en chalet helvétique des gardiens de but. 

Mais non. N'écoutant que mon courage, j'ai décidé de m'aventurer hors des sentiers battus d'une campagne présidentielle télévisée au-delà du médiocre où un journaliste du service public au JT  trouve prioritaire de demander 4X de suite au candidat socialiste lors s'il y'a trop d'étrangers en France.

Je me coltine donc ces sujets mesquins, ces thématiques ingrates pour nos éditocrates de palais, pourtant classées parmi dans les premières préoccupation des Français:

Ta-daa... Le logement !

Règne comme un affolement depuis janvier dans les médias au sujet de la baisse des prix constatée un peu partout sur le territoire. Une baisse à l'achat toute relative après une hausse de 135% en 10 ans. Quant aux loyers, après une poussée de 30% sur la dernière décennie, la moyenne nationale recule ce mois-ci de.... 0,1 %. Houla, grosse claque pour les bailleurs!

Le Nouvel obs, emporté sa légendaire passion pour les problématiques quotidiennes du prolétaire, sort ce mois-ci un dossier "Immobilier en France: comment profiter de la baisse?"  Pour l'occasion, son partenaire, Europe 1 aka Radio proprio, s'est fendue d'un bon sujet d'autopromo en tête de flash à 7h30 jeudi matin. Il en ressort, avec force témoignages que, bon, les pauvres ils ne font rien qu’embêter les riches leur empêchant d'empocher d'aussi belles plus-values qu'avant. Et les locataires, ces derniers des derniers, osent maintenant discuter les prix auprés du bailleur et critiquer l'état de ces travaux. Bah quoi, il est pas bien mon sanibroyeur à manivelle ? Non mais où va-t-on ? Bientôt, pour 700 euros par mois, ils vont exiger un isolement phonique et même des fenêtres !


Depuis des années ce blog combat la ligne du "tous propriétaires" (idéologiquement contestable mais surtout intenable dans un climat continu de dégradation de l'emploi et des revenus) pour privilégier celle du "tous bien logés". Il y a encore quatre ans, proclamer qu'acheter sans pognon était "une connerie", vous vouait illico à l'excommunication de l'apéro par vos jeunes amis primo-accédants (endettés graves, ndlr). En mars 2012, si j'en crois le dernier rapport du CREDOC, Propriétaires, locataires : une nouvelle ligne de fracture sociale, c'est devenu une conviction partagée chez mes compatriotes.

Publiée au début du mois, l'étude révèle que 8 Français sur 10 préfèrent que "tout le monde puisse disposer d’un logement confortable pour un coût raisonnable" plutôt que "tout le monde puisse devenir propriétaire de son logement".  La France aurait donc fait un sacré chemin depuis son sacre de l'individualisme roi et de l'enrichissement par la maison en 2007! Plus marquant, le graphique ci-dessous indique que c'est la catégortie des heureux endettés de l'apéro de 2007 qui affiche aujourd'hui la plus grande réticence quant au concept de "France des Propriétaires". Le vernis craque: l'accession à la propriété à crédit, survendue par les médias et Nicolas Sarkozy comme un mode imparable d'enrichissement, s'avère contraindre au quotidien les accédants endettés les plus modestes, avec la perspective de les "appauvrir" virtuellement en cas de probable (et parfois déjà effectif) de retournement des prix.

(cliquez pour agrandir.)

Le rapport du CREDOC se concentre sur le décrochage entre locataires et propriétaires, fossé qui n'a cessé de se creuser en 20 ans et arrive à ses limites comptables. Si la proportion de hauts revenus devenant propriétaires n'a cessé d'augmenter, à l'inverse, l'acquisition à la propriété par les bas revenus est en chute libre (de 50% en 1990 à 31% en 2011). De plus, on ne peut plus acheter sur la base d'un seul salaire, or les parcours familiaux sont presque aussi accidentés que les parcours professionnels.

"...le parc locatif est devenu, progressivement, de plus en plus marqué sociologiquement en accueillant toujours plus de ménages jeunes, célibataires et aux revenus modestes. Si bien que la hausse des loyers, pourtant moins spectaculaire [30% en 10 ans, 47% dans le privé alors que l'inflation a été de 19% sur la même période] que celle des prix à l’achat [107% dans l'ancien], pèse de plus en plus lourd sur le budget des locataires".

Conséquence: les locataires grignotent sur leur consommation. "44% des foyers ayant de lourdes charges de logement déclarent devoir se restreindre en matière d’alimentation" [...] "De même, 17 % des ménages avec d’importantes charges de logement sont en situation de précarité énergétique, contre 7 % lorsque les sommes consacrées à se loger sont raisonnables". Forte est la probabilité de retrouver des ménages à fortes dépenses de logement dans les 29% des français qui ont renoncé à se soigner en 2010

Double impact pour le locataires à faibles ou moyens revenus: Dégagés de l'accession à la propriété parce pas assez solvables et / ou célibataires, ils se retrouvent étranglés à la location.

Je serais plus nuancé que le rapport dans son opposition locataire / propriétaire: l'acquisition à la propriété assortie d'un endettement massif, et donc étalé dans le temps, couplé à la hausse des charges et des prix de l'énergie, pousse les ménages moyens de jeunes propriétaires exactement dans la même situation (voire pire) que les locataires à revenus équivalents. 
(Nostalgie des années 2000 quand tu nous tiens)

Là-dessus, l'héritage renforce les inégalités. Les revenus petits ou moyens qui jusqu’à présent "primo-accédaient" à la propriété le pouvaient la plupart du temps en partie grâce à quelques aides familiales ou transmission partielle d'héritage avancé (Je ne connais aucun trentenaire, et notamment de l'apéro susmentionné, ayant accédé à la propriété sans, à un moment ou à un autre, bénéficier d'une aide familiale). Non seulement, des centaines de milliards sont déjà immobilisés dans l'immobilier alors qu'ils pourraient être injectés ailleurs, mais une bonne partie du pognon va, vient et fructifie en cercle fermé.

D'un côté, depuis 15 ans, les propriétés s'accumulent ou s’agrandissent pour les uns. De l'autre, ceux qui ne sont pas rentrés dans le cycle de la propriété via l'endettement bon marché et / ou n'ont pas eu d'aide familiale, sont condamnés à s'entasser dans des surfaces de plus en plus petites, même s'ils sont salariés[1].

Résumons les épisodes passés: Les taux baissent, les prix montent. Ceux qui ont déjà le pognon, et n'ont pas besoin de s'endetter lourdement en profitent (pour reprendre le terme du nouvel obs). Du coup, les prix montent encore plus (pour tous) et les transactions s'accélèrent entre riches[2], les intermédiaires se gavent. Les revenus plus faibles sont poussés durant 10 ans vers l'endettement (souvent au prix d'un exil des villes et centres d'activité OPAisés par les riches), les autres sont repoussés vers la location (entre temps devenu un large secteur de spéculation et d'abus). La droite accélère le mouvement en allégeant l’impôt sur les successions et en subventionnant massivement de fumeux placements immobiliers défiscalisés (les deux bénéficiant en priorité - comme l'exploitation locative - à ceux qui ont déjà de l'argent). Peu à peu, ceux qui ont le pognon s’accaparent tous les biens (pour spéculer ou non), se les rachètent entre eux pendant un temps. En bout de course, la demande se contracte 1 / par manque de nouveaux arrivants 2 / par manque de solvabilité des locataires 3 / Parce que ceux-là sont résignés: ils ne seront jamais propriétaires. Les propriétaires paniquent, ils ne "s'enrichissent plus comme avant": la presse s'inquiète et sort un numéro spécial (mais ne l'inclue pas dans une perspective présidentielle[3]).

(Dans la foulée du Nouvel obs, la même semaine, L'Express ose l'alternative)

Les pauvres, eux, ont baissé leur consommation, leur frais de santé et s'entassent les uns sur les autres depuis des années (dépensant pour certains 700 euros pour un taudis alors qu'ils en gagnent 900, ou se faisant tabasser par un proprio un peu pressé de renégocier les tarifs: deux exemples vus ce mois-ci à Paris) dans l'indifférence des éditoralistes.

Nous en sommes là. A 3 jours de la reprise des expulsions locatives concernant 100.000 personnes. 100.000 SDF potentiels de plus (à carte d'identité française, si ça peut faire avancer le débat).

Peur des hauts revenus à l'idée de l'arrivée de la gauche au pouvoir, finances au taquet d'une large partie de la population et attentisme des CSP+ quant à la suite des évènements fiscaux post-6mai, le marché immobilier est aujourd'hui figé. Le marché du logement, lui, n'a pas changé. Quasi absent du débat politique dans les médias alors qu'il est le signe le plus flagrant, avec la précarisation du travail, du décrochage social de tout un pan de la société. Rarement depuis 60 ans, il y aura eu une telle urgence à redéfinir notre paradigme immobilier, et enfin bâtir une société du logement pour tous.   Rarement, on en aura aussi peu parlé dans une campagne présidentielle[4]. Le logement pour tous est plus qu'une finalité, c'est la condition minimale pour parler avec un peu de sérieux, et d'optimisme, de tous les autres problèmes de notre pays.

* * *

[1] Si l'un de vous peut me retrouver le chiffre de la répartition du foncier français selon les revenus, il en sera grandement remercié.

[2] Et le Crédoc de noter "Tout le monde n’est pas perdant dans cette hausse des prix des logements. Le patrimoine des propriétaires a en effet considérablement augmenté. Un ménage qui a acheté un appartement ou une maison il y a 15 ans au prix de 200 000 euros dispose aujourd’hui d’un patrimoine de 500 000 euros. La valeur de ce patrimoine s’est accrue de 1 670 euros par mois."

[3] Facette du "modèle allemand" bizarrement sous évoquée ici. Avec un contrôle de l'immobilier et des loyers, l’Allemagne a connu une hausse "seulement" de 20% des prix dans l'ancien en 10 ans, contre 135% ici dans la même période.

[4] Le Front de Gauche, Le NPA, Europe Ecologie et le PS font, chacun à leur manière, une grande place à cette thématique dans leur programme, mais sont peu questionnés sur le sujet à la télé ou à la radio.

Illus : Rocknrolla G.Ritchie (2008)

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RIP. Le journalisme politique en état de mort clinique


Ils étaient à la mode en 2007. Et même en 2005, quand les Français étaient pour le "non" au référendum sur le traité européen, les éditocrates, eux, sont restés, jusqu'à la dernière ligne droite, incontournables et VRP du oui.

Aujourd'hui, les éditocrates seraient plus alternatifs. Les commentateurs, éditorialistes et rédac'chef ne jurent plus que par les "plateaux de télévision et de radio" (le nouveau format du café du commerce, mais version club privilège), multipliant les tribunes sur tout et n'importe quoi, du halal à l'autolib. Entre toutes ces apparitions médiatiques à ressasser du matin au soir les mêmes analyses, c'est à se demander quand ils trouvent le temps d'écrire dans les journaux dont ils sont les colonnes publicitaires ? 

En 2012, la TNT a démultiplié la surface d'exposition de l'éditocratie. La TNT est un outil adéquat pour une campagne, explique Christophe Barbier, membre du comité de l'écharpe rouge omnisciente:

"En 2007, il y avait un espace médiatique vacant sur la TNT, on y a donc vu l'émergence de quelques journalistes ou chroniqueurs politiques dits influents. Depuis, le format de l'éditocrate monosupport est obsolescent."


Des éditocrates dépassés par les super éditocrates.

Au moment des élections de 2007, Eric Zemmour ne comptait qu'une poignée de chroniques en France. Aujourd'hui, le mal aimé en fait 372 par an et dispose de sa propre émission. De l'autre côté, aussi bien l'explosion de la parlotte radio entre gueux comme de la causerie télévisée pour l'aristocratie de l'opinion change tout.

Alain Duhamel, alias Alain Duhamel, éditocrate depuis 1970 et auteur de Mais pourquoi vous quittez le plateau Monsieur Clavel? Je vous jure qu'on n'a pas censuré votre reportage, ed.ORTF, estime que les éditocrates multi-médias lui font concurrence:

"Les chaines TNT ont démocratisé ce que je faisais, à savoir de l'éditorial bien lié: porter aux spectateurs quelque chose de mou, soporifique et en même temps conforme à ce qu'attend de moi le pouvoir. Aujourd'hui, avec les chaines d'information continue et la libre antenne, on le fait de manière beaucoup plus fréquente, répétitive et donc efficace."

Vers la "guérilla du matraquage" ?

La fin de l'éditocrate monosupport correspond à un changement de la soumission éditoriale dans les médias qui deviennent plus rapide, plus réactifs, mais aussi (sous un prétendu "politiquement incorrect" mais toujours de droite et un simili "débat contradictoire" entre gars du même avis) bien plus lisses. Eric Brunet, un des journalistes "en vue" depuis 2007 (et éminent membre de l'AS, Amicale Sarkozyste, honteusement sous représentée dans le débat politique depuis 5 ans):

"La télé et la radio ne véhiculent pas nécessairement une information, mais permettent l'émergence d'un système de trolling sans fin et de matraquage, bref de conditionnement, de resserrement du débat entre deux options préalablement définies par nos soins. Avec la répétition du procédé (en se gardant bien de poser une seule question sur Karachi ou Bettencourt si l'on a le président en face de soit durant 3 heures), mathématiquement cela génère de l'ennui, de la démobilisation. Et la démobilisation au moment des élections, c'est essentiel pour celui qui veut garder le pouvoir et ne rien changer. Parler des thématiques qui intéressent les Français à la télé ou à la radio, ça servirait à quelque chose, et là je dis danger. De plus, ennuyer les spectateurs avec nos interminables débats politiques bidons et nos questions qui ne passionnent personne nous offre un sujet de tribune supplémentaire où nous livrons nos savantes conclusions sur le "pourquoi que les Français y trouvent la campagne ennuyeuse?" Pas bête hein?"

(Il arrive à l'éditocrate d'avoir un regret quant au manque d'ambition du peuple.)

Pour Jean-Michel Aphatie, animateur du think tank Todd est un con, l'avancée du débat politique n'est pas adaptée à la nécessaire superficialité qu'impose le traitement télé-radio pour les trépanés:

"D'un point de vue formel, éclairer en plateau télé les citoyens sur les enjeux clés de leur présent ou de leur futur proche, ou de celui de leurs enfants, c'est fadasse. Et pire, les annonceurs ne sont pas contents. Parler réquisition des logements vides sur Canal Bouygues ou débattre de l'éducation pour tous entre deux jingles Acadomia, c'est pas top pour le temps de cerveau disponible."

(Un commentaire éclairé sur la prestation présidentielle du 31/01, dont on constate avec le recul le pouvoir de réenchantement et la connexion avec l'opinion.)

2012. Le web a fini par arriver dans les médias.

A partir de 2007, de nombreux médias ont commencé à loucher sur Internet et nombre d'émissions de récupération à prix cassé de contenus ont été lancées. Les journalistes se sont intéressés aux blogueurs, aux réseaux sociaux et à la parole citoyenne (tellement plus économique pour la compta). Le "participatif" sélectionné, casté, retaillé, moqué parfois, est même devenu une habitude sur les ondes. Qui n'a pas désormais son observateur de la parole du web pour donner aux analystes nécrosés dans leur jurassique glose depuis trois décennies une touche du geek cool ? Dans les années 80, on foutait des filles aux seins nus partout à la télé, maintenant on met des experts du web. 

Des médias, en fait, de plus en plus étanches et bien verrouillés.

Eric Mettout, cofondateur de PolitiqueSalarialePourLesBlogueursNiet :

"En 2007, les blogs s'appuyaient sur les médias pour leur apprendre la vie. Mais il y a eu un gros travail de remédiation chez les blogueurs (enfin pas chez tous) qui sont désormais informés, compétents et ont bien capté la supercherie. Du coup, bien con est le blogueur encore persuadé qu'il sera un jour considéré comme un professionnel, producteur d'analyse pertinente. Pourquoi ? Car il n'est pas payé. A la différence du nouvel éditocrate qui, lui, coûte de plus en plus cher rapport qu'il passe à la télé du matin au soir. T'as compris l'astuche? Le blogueur n'est pas payé parce qu'il n'est pas pro, et il ne sera jamais pro parce qu'il n'est pas payé! Et pourtant, pas un billet de blog avec un peu d'originalité ou un buzz provenant du net qui n'est pas repris sous le même angle ou usé jusqu'à la corde dans les médias."

(...tandis que dans les salons de l'Elysée, le journalisme d'investigation retrouve ses lettres de noblesse)


Les médias sont devenus participatifs.

Avant 2007, difficile pour le spectateur lambda d'accéder directement aux blogs. Entre-temps, presque tous les blogs se sont vus proposer des contributions extérieures et non rémunérées, "même qu'on a lancé tranquille des sites dont le business model est entièrement basé là-dessus, hi hi", rappelle Frédéric Taddéi.

"En 2007, internet on n'en avait rien à péter. Aujourd'hui c'est pareil, sauf qu'on a enfin compris comment en faire du blé." Précise Anne Sinclair.

Pour Seb Musset, auteur de ces lignes et expert en lui-même, l'éditocrate, le buzz et la "libre antenne" ont cannibalisé les médias traditionnels et le travail de journaliste:

"En 2007, les journalistes avaient encore le monopole du journalisme sur l'information ; puis ils ont “tué” cet espace en acceptant d'héberger la parole du profane, de l'internaute, bref de l'inculte. Le journaliste expert a disparu, sa parole est assommée par l'éditocratie du haut, noyée par le bas  sous les torrents d'expression du tiers-état ou pire encore, par le blogueur en servage qui se prend pour Sainte-Beuve dès qu'il voit son billet charcuté et republié."

"L'éditocrate n'est plus une espèce alternative"

A l'instar d'un débat politique télévisé mené par un Pujadas ou Calvi, c'est une image sombre des médias qui se dessine: les éditocrates multisupports occupent toute la place, et la pensée alternative a du mal à se faire entendre.

Les éditocrates traditionnels reprennent la main sous une autre forme.

Les grands médias se sont remis à vivre au rythme des polémiques pourrites et des non-sujets décrétés grandes causes nationales par le candidat-président:

"En 2012, la parole de l'éditocrate est le bras armé de l'agenda de l'homme politique. Les “prime time” [rassemblement de spectateurs, ndlr.] à journalistes en caoutchouc se font en parallèle sur huit chaines à la fois: pour être sur d'être entendu plus que pour la construction d'idées." Rajoute Musset

Il estime que pour capter l'intérêt des électeurs, les éditocrates et les médias traditionnels, qu'ils soient proches du pouvoir ou/et à la recherche de la petite phrase ou du scoop sur les alliances de second tour six mois avant le premier, ne sont pas forcément les mieux calibrés pour le débat:

"Malgré l'explosion des plateformes, l'écosystème des "sachants" et des "manants" s'est reconstruit, les blogueurs sont toujours aussi fauchés tandis que l'éditocrate se fait du 2 SMIC par semaine. L'alternative dans les médias existe toujours, mais elle est reléguée de manière plus profonde, sur abonnement, dans quelques kiosques interlopes ou en troisième partie de soirée. Pour être informé sur l'actualité du moment, autant relire un vieux Placid et Muzo. Ce sera toujours plus efficace que du Franz-Olivier Giesbert."

Vers une privatisation de l'opinion ?

On pourrait penser que l'explosion des chaînes et des journaux pourrait faciliter le débat politique, mais c'est loin d'être évident :

"On a assisté à la disparition de la figure visible de l'éditorialiste à papa, avec sa chronique hebdo.  Place aux jeunes vieux. Plus que jamais déconnecté, mais au bord de l'érection dès qu'il est dans la cour de l'Elysée, le nouvel éditocrate est désormais fier de lui lorsqu'il il laisse passer des "off" du président (qu'il croit sincèrement accidentels) auprès de millions de spectateurs. Il est l'attaché de presse des puissants, se lovant dans leurs dispositifs idéologiques et rhétoriques, sans même que l'on n'ait à le forcer tant il a intégré que l'ordre de sa fiche de paye et donc du monde de l'autre côté de l'écran vont ainsi. Il y a une pulvérisation en règle de toute parole non conforme. Auparavant, il y avait une confrontation plus forte entre le chroniqueur pauvre et le chroniqueur riche; maintenant, il y a une fluidité moins forte du débat: les deux sont riches et vont se taper la cloche ensemble après la représentation. Mais le spectacle n'est jamais vraiment fini: il est aussi rediffusé toute la nuit."

RIP, l'éditocrate: le super éditocrate l'a remplacé.

* * *

NB : ce billet, publié sur le HuffingPouf, est une variation basée sur un article de Martin Urtensinger: RIP. Le blog politique en état de mort clinique publié sur Rue 89 (racheté par le nouvel observateur, ndlr)

La folle fuite en avant du candidat-président

Zut. Même l'impôt Fouquet’s du candidat socialiste (que notre souverain aura passé une bonne semaine à pourchasser appelant à la rescousse Jean Dujardin et les joueurs de babales à 12 smics par jour) est plébiscité par les Français! 

Cette semaine, Le monarque a tout foiré et Hollande a marqué des points dans le feuilleton de la campagne présidentielle. En attendant la semaine prochaine où, l'histoire n'étant qu'un éternel recommencement à mémoire tampon de 2 secondes, ce sera peut-être l’inverse.

Je suis là quelque part entre les deux Thierry... des blogueurs dont je partage souvent les constats et que pourtant tout oppose sur le papier:  

- Thierry Desjardins, convaincu que Sarkozy est foutu, mieux: qu’il veut perdre. 

- Thierry CSP, persuadé que l'affreux gagnera dans la dernière ligne droite parce que, d't façons, il sait y faire et que les Français sont de droite. 

Soyons intransigeants, sachons nous faire des ennemis et déclarons d'emblée que les deux ont raison. Les Français sont de droite (pas par conviction, ils n’en ont pas conscience : on les y conduit dès le biberon à force de crétinisation télévisuelle, d'individualisme, d'hyper-consumérisme pathologique, de dynamitage du tissu social et géographique) et Sarkozy est cramé (lui non plus n'en a pas la conviction, mais depuis le début de sa campagne son inconscient le trahit). Attention, cramé ne veut pas dire foutu

Au rejet populaire à son encontre, s’appuyant sur son bilan avant sa personne et un programme inexistant basé sur le matraquage des socialistes, se greffent :

- des erreurs stratégiques (nous y reviendrons), 

- des ratages télévisuels étonnants de sa part et des erreurs de com' de débutant (bel exemple: cet échange avec une agricultrice lors de son épopée à Bayonne où il se grille une occasion en or de saillie contre la gauche pour engueuler la pauvre agricultrice, nantie à ses yeux car elle possède 40 hectares alors que lui pourrait en acheter 500 en convertissant son seul patrimoine immobilier), 

- des mécaniques linguistiques éculées (Daniel Mermet dans une récente émission décryptant le passage de Sarkozy Jeudi sur France Inter comptabilisait 65 questions posées par le président en 29 minutes d'antenne, soit 3X + que le nombre de questions posées par les journalistes présents).

- et surtout... après ouverture sur commande par le sbire Guéant, une trop rapide montée de la violence des propos sur des sujets satellites (immigration, mariage homo, euthanasie, vote des étrangers…) relégués largement derrière le chômage, le pouvoir d'achat, l’accès à la santé et l’éducation dans les études d'opinion sur les problèmes que le politique doit traiter en priorité. Point flagrant dans le meeting UMP (aka le halalshow de Bordeaux) du samedi 3 mars où, en 55 minutes, pas une proposition concrète n'a été apportée pour améliorer le quotidien des Français. 

Bref, nous sommes dans le sociétal non plus dans le social ou l'économique, domaines pourtant au coeur de nos préoccupations, mais au sujet desquels "le président fort" se soumet totalement aux prophètes, prédicateurs et papes du pognon qu'ils soient de Bruxelles, de Neuilly-sur-Seine ou de Wall Street.

Haranguer haineux sur l'immigration ou la burqa avec des discours courts aux phrases en 4 mots permet de ne pas évoquer le bilan et de resserrer le débat sur le seul terrain effrayant d'une France fantasmée sous joug musulman

Mais frapper aussi fort à 50 jours de l'élection, c'est risqué. Que va-t-il pouvoir activer d'ici là? La mise en place de camps de rééducation pour les vendeurs de Kebab? Un référendum sur la peine de mort pour les fumeurs de Narguilés ?

Nous devons cette dérive président-candidat vers la fange forte à l'influence de Patrick Buisson (ancien directeur de Minute et ex-très proche du FN) et Guillaume Peltier (jeune neuneu ex-Villieriste qui se la joue scientifique). Les deux n'ont en visée que la récupération du vote FN. Cette fuite en avant du candidat-président persévérant sur une ligne de division des Français et de bouc-émissairisation, alors que les récents épisodes précédents (débat sur l'identité nationalestigmatisation des Romsdes chômeurs...) montrent que ces tentatives s'avèrent contre-productives dans l'opinion, signifie au choix :

- que notre président-candidat, aveuglé par son obsession d'une élection se jouant à l'extrême droite, a totalement perdu la boussole du peuple et le vote, au minimum, de plusieurs millions de Français issus de l'immigration qui devraient théoriquement en avoir marre de se faire régulièrement montrer du doigt. Possible.

- qu'il prépare le terrain sémantique pour un évènement majeur survenant dans les 50 jours (émeute ou fait-divers à instrumentaliser. Les émissions de la TNT nous rappelant que ce n'est pas ce qui manque, et que la technique de récupération visuelle plus ou moins bidonnée de la criminalité est parfaitement au point, que les esprits sont préparés). Hypothèse possible. Cela c'est passé plus ou moins de la sorte sur les deux dernières élections présidentielles (Papy Voise en avril 2002 et la rixe de la de la Gare du nord en mars 2007 et plus largement les émeutes d'octobre 2005 qui ont assis la notoriété de Tonton Karcher).

- ou bien, les 2.

Patrick Buisson et Guillaume Peltier, la dream-team UMP. 
Photo non contractuelle.

Pour le moment, notre Monarque ne s'adresse donc qu'à une partie de la France: le VRR vieux-rentier-réactionnaire (j’insiste sur le cumul, une qualité ne suffisant pas elle seule pour qualifier au vote Sarkozyste) et sans évènement extérieur, attentat, émeute, météorite halal ou autocombustion spontanée du favori en face, il va dans le mur. Sa parole peinera à déborder le cercle des irréductibles liquéfiés et je doute qu'elle trompe une seconde fois les électeurs frontistes. 

De là à dire qu’il y’a une franche adhésion à François Hollande chez les jeunes fauchés progressistes, c’est un pas que je ne franchirai pas encore. 

Illustration : Jeanne d'Arc, Luc Besson (1999)