vendredi 28 août 2015

Not Safe For Work

Veuillez éloigner les chômeurs et les salariés du poste ce qui va suivre, capturé sur les réseaux sociaux hier en fin de journée, peut choquer (enfin ceux qui ne sont pas illettrés).

Jeudi 27 aout 2015. Tandis qu'à l'Université du PS à La Rochelle on embauchait du travailleur roumain à prix cassé pour monter le stand "Double discours et foutage de gueule", Emmanuel Macron, Ministre de l’Économie, jouait habillement une rentrée hors-série directement au club VIP du syndicat des patrons devant un insatiable parterre :

("- Le lapin ! Le lapin ! Le lapin !")


(Emmanuel arrivé, la fête pouvait continuer.)

 (Alors là il faut imaginer la scène avec le son d'un suave Careless Whisper de George Michael s'échappant de la cabine sono.)
(Tu l'as dit Pierrot, les opportunités fiscales ont été saisies. 50 Milliards de cadeaux et un chômage au top. A propos t'as pas ton pin's "1 million d'emplois" cette année  ?)

(Oui parce que là plus ce serait le travail gratuit.)

  
(Tout ça pour 0.1% de croissance, à Clignancourt j'ai vu des marabouts plus efficaces et pour moins cher. Attention : "C'est ça ou le FN" est une réponse de moins en moins audible.) 


(On y vient finalement. Le travail gratuit + Des enfants. Comme dirait Sophie De Menthon : c'est pas con.)

("- Non vraiment j'insiste Emmanuel. Laisse-moi t'offrir un Perrier à la buvette.")

("- Bon. Ça c'est fait. Maintenant on s'occupe des 35 heures.")


Articles connexes : 
Le patron et la pitié
Gang-bang à l'Université d'été du MEDEF
Les fantasmes économiques d'Emmanuel et Manuel

jeudi 25 juin 2015

En route vers l'Uber


UberPop n’est pas de l’économie du partage. Bien au contraire, c’est de l’économie du chacun pour sa gueule à l’ère de la débrouille.
C’est aussi une évolution logique du travail et, j'ai bien peur, inéluctable vu l'état d'esprit et l'état politique. Face à un chômage de masse, à l’impuissance des gouvernements, à leur manque de courage et d’imagination à changer de paradigme, chacun s’en sort comme il peut avec la certitude de ne pouvoir compter que sur soi-même.

Je ne défends pas les chauffeurs de taxi pour ce qu'ils sont, mais pour ce qu'ils symbolisent dans ce conflit. J’ai précisé ici que je ne prends que très rarement le taxi, pas assez pour me faire une opinion définitive sur la qualité du service dont à vrai dire je me fous, préférant au final circuler à pied ou en vélo. C’est plus qu’une histoire de course pour une poignée d'urbains ne voyant pas pas plus loin que le bout de leur trajet qui se joue dans la guerre UberPop / taxi. C'est une étape dans l'imprégnation idéologique d’une pseudo "nouvelle économie" qui n’est que l’extension de l’ancienne au cœur de notre quotidien, voire de l'intime. 

Mettons à part la technologie. Il y a dix ans, que des gens louent à des inconnus ce bébé qu’est leur voiture était proprement impensable. Aujourd’hui non seulement ils louent leur voiture, mais ils louent leur temps et le revendiquent. La crise est plus que "passée par là" : elle est stable, durable, avec des pointes de pire. Le salariat n'est plus un objectif raisonnable pour beaucoup, et quand il y a salariat la paye ne suffit pas pour les autres. Le servage free-lance, flexible, à la demande, multicarte, sans droit, ni protection, sans futur, sur application dernier cri, devient peu à peu un modèle viable, bientôt une norme.

Le statut d’Auto Entrepreneur (dont Uber use et abuse) est le marche-pied légal de cette délocalisation interne des salariés (et des chômeurs).  L’uberisation de l’économie est une expression encore trop gentille (et diablement réussie au niveau marketing) pour le retour en arrière qu'à coup d'avancées technologiques le corps social va se prendre dans la tronche en applaudissant des deux mains. C'est le but : vous faire aimer la régression, l'éradication du collectif. Quand vous serez occupés à vous facturer entre proches des prestations de déplacement ou de bien-être, vous en voudrez moins aux responsables de la mise en pièce des services publics, de la santé, de l'éducation (et du transport dans ce cas précis)...

Derrière le prétendu lien technologique, l'économie de la débrouille, centralisée par des sociétés privées délocalisées (spécialement pour leurs bénéfices), sous-entend l'isolement de chacun, et à terme la confrontation de tous (nous ne serons plus qu'un grand marché de concurrents carnassiers).

L'extension de l'überisation dans l'entreprise, c'est aussi l'auto-entrepreneur qui remplacera le salarié (il remplace déjà le stagiaire, trop contraignant malgré sa paye divisée par cinq). C'est "moderne", c'est plus confortable, les salariés préhistoriques n'auront qu'à s'adapter et c'est toujours mieux que le chômage. Et puis tu ne seras plus un salarié avec tout ce qu'il colporte de "vieux-monde", non tu seras "entrepreneur". Ça claque ! Le chauffeur de ta destinée.

Au même moment un film cartonne en salle : "la loi du marché".

Cette époque est uberrante.

jeudi 18 juin 2015

Uber et AirBnB ou l'économie du partage en trompe-l'oeil


Dans le flux de bullshits libérales déversées sur les ondes par les chausse-pieds du capital et autres valets de chambre de la dérégulation sauvage, il y en a une qui a vraiment du mal à passer chez votre rédacteur, c'est le schmilblick ecolo-marketo-geeko-frendly d'économie de partage cité à tort et à travers à propos de tout et n'importe quoi du moment que c'est étiqueté start-up sur la boîte, que la patron a moins de trente ans, un @ dans son nom, qu'il est végétarien et fait du blé en bourse.

Le pompon est décroché ces jours-ci au sujet de ces deux nuisibles arnaques urbaines que sont Über (taxis particuliers) et AirBnb (location touristique entre particuliers) présentées comme fer de lance de la sharing economy.

Je resterai objectif (si si). Je ne paye pas pour voyager chez l'habitant et me déplace aussi rarement en taxi qu'en VTC. Cette polémique de bourgeois fébriles à l'idée de payer sept euros de moins la course, et d'avoir une bouteille d'eau gratuite en prime, ou d'occuper un appartement si authentique, vintage mais confort en plein centre de capitales en pénurie de logement pour les locaux, me touche peu dans mon quotidien. Enfin presque. Je subis juste la pollution des voitures en ville et l'inflation soutenue des loyers depuis cinq ans dans mon quartier parisien (une des conséquences concrètes de l'explosion des deals dématérialisés d'Über et AirBnb). Je ne pleure pas non plus sur les hôteliers ni sur les taxis qui voient leur business déstabilisé par ces deux boites de Pandore.

Ces deux entreprises (peut-on d'ailleurs parler d'entreprises vu qu'elles n'emploient personne et ne détiennent rien ?) préfigurent le carnage social qui va s'abattre sur pas mal de secteurs.

ÜberLiberal et AirBordel sont des entreprises de prédation. La concurrence est faussée, elles se torchent des réglementations nationales (droit du travail, fiscalité) sous les applaudissements de l'upper-middle-class et des cornichons de l'expertise éco au prétexte que, tu comprends espèce de vieux réac et/ou crétin de pauvre, c'est de la nouvelle économie. AirBnB et Uber ne sont en aucun cas du partage et l'inédit y est minime. Un possédant loue un bien, un individu sa force de travail, à un autre individu qui le rémunère pour cela (What a flash ! Je suis bluffé par l'aspect profondément révolutionnaire du paradigme). La seule innovation est l'intermédiation de plateformes numériques COMMERCIALES et délocalisées (qui elles ne partagent pas trop leurs bénéfices économiques avec les services fiscaux du coin parce que "- Hey mec, c'est pas du travail ni de la possession, c'est internet").

Reconnaissons tout de même à AirBnB et Über un concept cynique à souhait (pas étonnant que ces sociétés soient célébrées par l'époque) :  prendre de l'argent sur des biens qui ne sont pas les leurs, faire travailler des gens sans les salarier (donc sans les protéger, sans cotiser, ni leur fournir d'assurance, de congés payés, rien). Mieux encore, dans le cas d'Über, le faux salarié fournit son outil de travail. Le client, lui, à l'impression d'être un peu plus riche. Une belle poursuite de l'ultralibéralisme dont nous sommes cette fois directement les artisans en proposant nos biens, en les consommant, et en travaillant pour ces parasites.

Cette nouvelle économie est de l'ancienne en pire. Il s'agit toujours d'arranger le pouvoir d'achat de ceux qui ont du pognon au détriment des conditions sociales de ceux qui n'en ont pas (en utilisant de jolis mots pervertis comme "partage", "modernité" et autre "collaborative"...).

Que trouvera-t-on au bout d'Über et AirBnb ? Augmentation des loyers pour les locaux non BnBaiseurs (autrement nommé les pauvres), désagrégation de la protection sociale pour les chauffeurs (et de leurs revenus une fois que tout le monde sera chauffeur Über, et qu'un nouveau service Über te proposera d'être véhiculé au tiers du prix en chaise à porteurs. Bah quoi, c'est bien puisque c'est bio. Tu pourras enrichir l'expérience sociale de coups de fouet sur tes prestataires collaboratifs de trajet, ce qui, nous en sommes convaincus, même en option payable d'avance, aura encore plus de succès que la bouteille d'eau en libre accès.

Articles connexes :
Salarié, upgrade-toi !
Dissolution des salariés
Paris, ville ouverte (à AirBnB)

lundi 4 mai 2015

La tentation Toddophobe

"J'avais plein de copains dans cette manifestation" Emmanuel Todd, démographe, France Inter 04.05.2015

Quand Todd n’est pas content, il fait un bouquin scientifique. Là, il digère mal les manifestations du 11 janvier parce qu'elles annoncent le pire. Y-a-t-il été ? Non. Ai-je le bouquin de Todd ? Non. Mais selon sa méthode sociologique cela me suffit pour faire un petit billet sur lui et sa prestation matinale sur France Inter, visiblement supervisé par le coach en buzz de Nabilla.



En tant que manifestant du 11 janvier (marcheur statique en fait, et totalement conscient des limites de l’exercice), il me classe avec 4.5 millions de personnes dans la rubrique xénophobe potentiel, islamophobe en puissance, antisémite en devenir et pro-Maastricht évident. A écouter ici.

Je m'autorise donc, s'il le veut bien, un mini droit de réponse sur mon blog car cela n'en vaut pas plus.

Lui est-il passé par la tête que les personnes qui se sont rassemblés ce jour-là savent aussi se servir de leur cerveau et se sont posées deux trois questions, peut-être les mêmes que lui ? Lui est-il passé par la tête que certains avaient peut-être juste du chagrin, et qu'à un moment il faut laisser parler son cœur ? A-t-il seulement constaté qu'il n'y a pas eu un seul incident dans ce rassemblement monstre ? Lui est-il passé par la tête que beaucoup d’individus en ont marre de devoir se positionner pour ou contre telle ou telle croyance ? Que nous aurions aussi défilé si ce massacre avait été accompli par des Breivnik-like en représaille contre une caricature du Pape (intégrisme catholique par ailleurs bien plus souvent caricaturé que le prophète chez Charlie).

Je n’ai pas marché le 11 janvier pour la défense de liberté d’expression (même pas), même pas pour la mémoire des gars de Charlie. J’ai défilé contre la connerie (et poussée à l’extrême elle mène toujours à la destruction) et j’avais au moins un point commun avec tous les gens présents, un point commun essentiel et indispensable pour la bonne marche de la société : la volonté de vivre tranquille et en harmonie avec les autres. Todd appelle ça de l’égoïsme, une "logique d'exclusion" de la part de "post catho zombies". Si ça peut éviter des morts dans la rue et les éditos de Zemmour en boucle, cet égoïsme me va. Égoïste et post-catho peut-être, mais zombie pas envie.

OK Emmanuel, on ne se mobilise pas assez sur plein d’autres sujets sociaux, mais comparer notre atonie devant le chômage de masse et notre réaction spontanée face à la violence des extrémistes de la religion est digne d’un édito de site complotiste. Il n’y a jamais eu de mal à s’unir même pour une journée (c’est déjà tellement rare !) pour signifier par le nombre son rejet de la barbarie d'une poignée de crétins déshumanisé. Ils n'ont pas à dicter, ce que l'on doit penser, croire et dessiner.

On est comme ça nous les humains, on a parfois de la peine et de la colère d'être tué au nom des  croyances des autres.