Le soufflé aux truffes (sauce facebook)

Tu as beaucoup de pognon et tu en veux encore plus, mais les temps sont durs ? Rien de tel qu'une recette traditionnelle du terroir bancaire pour te refaire la cerise avant l'hiver. 

Le soufflé aux truffes (à la mode 2.0)

Ingrédients : 
- Une terrine à truffes,
- De la croyance en motte, 
- Une compagnie sujette à l'aérophagie mais qui ne sait même pas vendre du vent, 
- Des banques complices,
- Des médias feignants,
- Un bol à niais,
- Un cigare. 

Préparation (pour un plat à déguster entre initiés) :

Enduis le fond de ton plat avec un forcing des conseillers investissement des réseaux bancaires. C'est l'opération la plus délicate. Ton invité: le vioque à cagnotte de la classe moyenne. ll a déjà été intoxiqué par tes plats précédents alors n'hésite pas à être généreux avec le beurrage de terrine. Échaudé par l'immobilier dans lequel il s'était réfugié après le krach de 2008, tremblant que les communistes hollandais lui piquent son épargne, il rechigne à investir dans la PME innovante en bas de chez lui, mais pas dans un truc conçu à 13 heures d'avion  dont on lui répète à la télé qu'il révolutionne la vie telle qu'on l'a connait dans les faubourgs de Saint-Dié. Même que son gamin lui a ouvert un compte dont il a perdu le mot de passe. Alors tu vois, le truc il maîtrise grave.

Par chance, la croyance étant une matière première abondante et gratuite de cette bonne vieille humanité: vas-y gaiement. Depuis le temps s'il ne t'as pas égorgé au décapsuleur rouillé, c'est que 1 / Il lui reste de la thune 2 / Il te reste encore de la marge pour lui piquer.

Prends une entreprise de la technologie des internets qui impressionne vachement avec ses patrons  milliardaires. Il est primordial qu'ils soient bien riches. Les chiffres indécents auront raison des dernières capacités de résistance intellectuelle des croyants et provoqueront même chez eux des débuts d'érection. Cette jeune compagnie régulièrement encensée dans Capital avec sa tête d'affiche, la quiche à capuche qui gagne un smic par minute à ne rien faire, fera l'affaire. 

Facebook

Le truc n'a pas de business model ? Pas grave. Fais l'article de son fichier clients d'un milliard et tartine les truffes avec la certitude qu'à 2 milliards de fichés, elle en gagnera. Dans un bol, monte ta mayonnaise avec une bonne dose de presse spécialisée à ta botte et reverse allègrement (via ses chroniqueurs VRP) sur les autres médias d'info-feuilleton à base de "success story américaine", "géant de l'internet" et autre "certains experts jugent déjà que toute hausse en dessous de 50% serait décevante". Voilà qui devrait bloquer quelques jours les remontées acides de bulle internet version 2000

Les derniers jours avant l'entrée en bourse, imprime les menus gourmands avec des beaux graphiques qui montent bien haut et des blondes hilares. Bref, communique à fond. Il est important d'agir vite et fort pour vitrifier la réflexion. Derrière les fourneaux, achète un paquet d'actions au prix de gros (on s'en fout c'est toi qui fixe le prix et le nombre) et agrémente ça d'une dose de produits dérivés pariant le machin à la baisse sous 5 jours. Fais monter le plat thermostat hystérie et juste avant de servir, repends la rumeur qu'il y'en aura pas pour tout le monde. 

Mets de côté les pessimistes prévisions de tes analystes, elles serviront plus tard. 

Vient l'heure de déguster. Le démoulage est délicat, on passe très vite du chaud au froid. Le jour d'introduction, tu laisses monter un peu avant de couper massivement. Tu refourgues ta daube glacée aux nouveaux arrivants affamés au prix que tu as décidé. Passe en force. Avec tes millions d'actions, t'es prioritaire. Ils auront tellement envie d'en croquer qu'ils s’entre-tueront pour être les premiers à t'acheter 10 en pensant ce que ça vaut 20 ce qui vaut 1.

Fin du repas. Tu t'es bien gavé. Pour le dessert, en complément d'une vieille liqueur ou d'un cigare, je te conseille de distribuer sur plateau doré les analyses financières mises de côté concernant l'avenir un peu carbonisé du soufflé. Les croyants terrorisés vont vendre en masse. Super. Regagne une 2e fois en empochant les bénéfices de tes paris à la baisse. Les aigreurs d'estomac des fauchés sont toujours un délice pour la digestion des rentiers.

Ne te laisse pas impressionner par les mauvaises critiques gastronomiques et autres victimes d'une crise de foie souhaitant rehausser le plat à la purée d'avocatsRecommence dans quelques mois...  ils auront tout oublié.


Articles connexes:

Apocalypsimmo 6 : D'étranges opportunités immobilières

Se loger est une guerre. Débile, cruelle, inutile comme toutes les guerres. D'un côté les parasites de l'immobilier et les apologistes de la pierre vue comme "placement" pour se gaver pépère crient au scandale de l'encadrement des loyers promis par F.Hollande. Une mesure qui, si j'en crois le patron de Gererseul.com (sic) serait "un frein à l'investissement immobilier" (comprendre: "un frein aux culbutes à deux chiffres en échange de l'investissement d'un rideau de douche scotché par un ouvrier payé au black dans le studio pourri dont on a hérité de papa et maman").

De l'autre 10 millions de Français pâtissent jour après jour du dérèglement du secteur de l'immobilier avec des prix multipliés par deux en une décennie en partie à cause d'une clémence fiscale sans précédent pour ceux qui disposaient déjà d'un capital au départ (voir premier paragraphe).

La nouvelle ministre du Logement est attendue au tournant. Par tous. Mais, la résistance des bailleurs s'organise. Voilà que je découvre dans les pages "placement" de Valeurs Actuelles un joli produit financier autorisé par l'AMF juste avant les élections. Le bidule s'appelle Novaxia Immo Opportunité et entre dans le cadre du paquet fiscal, la fameuse loi Tepa (dont il ne reste pourtant pas grand-chose).

De quoi s'agit-il ? Écoutons Joachim Azan, associé gérant du groupe Novaxia:   

« Notre recherche permanente de solutions visant à faire profiter nos investisseurs des meilleures opportunités du marché nous a conduit, cette année, à créer une offre liée, afin de profiter à la fois des avantages de l’immobilier et de ceux de l’hôtellerie. La conjoncture est, en effet, favorable à ces deux secteurs »

Comprendre: escroquer les pauvres locaux avec du rêve de propriétaire ça ne paye plus, offrons du service immobilier aux riches étrangers. 

Azan précise dans le magazine de la droite des valeurs (qui au fond aime bien les immigrés tant qu'ils ont du pognon)

"Les investissements se réalisent uniquement en Île-de-France et en Paca, deux régions recherchées par les investisseurs internationaux et qui offrent des occasions à l'achat à des prix attrayants en raison de la vente d'immeubles tertiaires par des institutionnels et par les pouvoirs publics."


Via des PME montées sur mesure, il s'agit d'investir dans du produit immobilier locatif à baux courts dans des zones déjà soumises à une forte pression foncière, au sommet du box-office du mal logement. Bref de l’hôtellerie bis, non soumise aux contraintes de l’hôtellerie. Les salopiauds se groupent ainsi pour acheter d'un coup et au meilleur prix des immeubles de bureaux ou des bâtiments de collectivité pour les transformer en pied-à-terre pour touristes thunés et louer le 30m2 à 600 euros le week-end. Le plus beau: ça permet de réduire ton impôt sur la fortune et d'obtenir une ristourne supplémentaire sur l’impôt sur le revenu à hauteur du 18%. 100.000 euros investis = 18.000 euros de moins à payer sur L'IR. (Et parallèlement, il conviendra de pointer du doigt l'allocataire au RSA qui vole à la collectivité 400 euros par mois)

"Les activités de construction d’immeubles en vue de leur vente ainsi que les activités de location meublée touristique de courte durée ouvrent, en effet, droit aux avantages fiscaux de la loi Tepa" > Points 15 et 16 du BOI 7S-5-11, page 7 sur ce lien).

Étrangement, la loi n'applique pas ce mécanisme pour le logement social. A noter qu'au même moment la promesse de F.Hollande de doubler le plafond du livret A pour financer plus de logements sociaux est dans le viseur du lobby des banques et assureurs en mode Kill it !  Comprenons-les. Déjà que les banques n'ont pas une bonne image dans la population, avec cette conjoncture morose il ne faudrait pas que les épargnants se mettent à placer dans des produits sûrs et de surcroît  constructifs. Non. Tant qu'on peut leur vendre de l'action facebook survalorisée, c'est quand même plus juteux pour nos sauveurs des marchés.

Le produit Immo Opportunité (s'il fonctionne, l'opération étant abandonnée en dessous de 1.8 million de collecte) favorisera encore un peu plus l'envolée des loyers dans les zones concernées. J'ai abondamment traité de la pied-a-terrisation, cerise sur le gâteau des injustices immobilières en zones tendues: Pourquoi mettre un loyer à 700 euros par mois si on peut louer le machin à 700 par semaines sans gestion complexe, en en gardant la disponibilité, le tout assorti d'un copieux cadeau fiscal ? (même si dans ce cas précis, mon expertise fiscale ayant ses limites, je ne peux garantir que le thuné tenté bénéficie de l'avantage au-delà de cette année). 

On comprend dès lors que les bénéficiaires de ce type de produits autoproclamés investisseurs (profiteurs serait plus juste) crient au scandale à la réaffirmation par Cécile Duflot de l'encadrement  des loyers qui, en théorie, tuerait ce business. A moins bien sûr que ce business et les loyers déconnectés des réalités salariales locales qu'il engendre soient considérés comme la norme sur certains territoires de France. 

Illustration: An american in Paris, V.Minnelli (1951)

[video] Alerte Rouge

La ségrégation du pauvre n'est pas que géographique. Dans les sociétés néolibérales, arrivé à un certain point d'indécente accumulation, il convient que chacun reste à sa place, dans sa classe, afin de garantir l'hégémonie financière, idéologique et culturelle d'une poignée. L’accès à l'éducation pour tous ou au meilleur marché est la clé de l'élévation sociale et d'une société éclairée. 

La question des dépenses publiques donne l'alibi idéal à une poignée pour passer la gestion de l'éducation au privé ou exploser les frais de scolarité (de 82% au Québec, pour parait-il payer les  professeurs aussi bien qu'aux Etats-Unis, pays modèle où certaines grandes universités se vident faute d'étudiants solvables). Et s'il y a mécontentement de la jeunesse, il convient alors de purement et simplement leur interdire le droit de manifester

La vidéo date du 7 mai. Un petit tour sur les réseaux sociaux nous confirme que la situation a dégénéré depuis pour les étudiants québécois. Nous sommes de tout coeur avec eux


Vidéo vue chez deefblog.

Quelle nouvelle droite ?

Scoop en ce jour d'investiture du nouveau président. La leçon de l'élection du dernier scrutin n'est pas la victoire de la gauche. Le militant de droite, qui se découvre soudain une âme de résistant, n'a de cesse de le répéter depuis le 6 mai 20h: Hollande n'est pas légitime. Comme Barack Obama, il n'a jamais été ministre sous la Ve République. Le nul. 

La vraie révélation est que là où ils étaient 18% au second tour en 2002, 48% des Français sont désormais capables de voter pour un projet d’exclusion, xénophobe, allant jusqu'à faire abstraction du bilan merdique.

On pensait La France de centre droit. On la découvre de droite dure

Certes, au milieu des idiots du village prenant au 1er degré l'opportuniste message de l'ancien président, on entendait aussi chez les militants des "oui Sarkozy ce n'est pas Le Pen, il fait semblant juste pour la campagne" validant les deux niveaux de lecture que l'on peut avoir du vote UMP 2012: 

- Ceux qui votent à droite pour défendre la nation en danger.
- Ceux qui votent à droite pour défendre leur pognon en danger en espérant entourlouper ceux qui veulent défendre la nation en danger.

Pour les législatives, faute de programme chez Copé en consorts on ne change pas une équipe qui perd. On agite encore le drapeau tricolore en déplorant un vote communautaire[1], le tri sélectif entre les bons et les mauvais français. Beaucoup d'efforts pour cacher le vrai clivage de cette présidentielle: les rentiers minoritaires ont encore voté à droite, et au passage ont réussi à escroquer idéologiquement des millions de Français (mais pas assez pour l'emporter). 

Car derrière les drapeaux, prompts à filer la gaule aux nostalgiques des colonies, aujourd'hui mis en avant par le parti bleu dans sa course au FN (note que le FN, de son côté vire au "rassemblement bleu marine"), la droite défend d'abord sa thune. Tu n'as qu'à lire la presse immobilière du moment pour capter la terreur du rentier et du propriétaire bailleur (marrant ce sont les mêmes) face au recul annoncé sous le régime Hollande qui mettrait en péril (j'attends de voir) l'assistanat fiscal dont ils bénéficient depuis 10 ans.

C'est là qu'il est dur de combattre la droite. Elle s’exonère de traiter du réel, d'embrasser le présent qui l'entoure ou de faire campagne sur le concret (puisqu'elle circonscrit son projet à la nostalgie ou la peur du futur). Chaque maillon de sa chaîne pense d'abord à ce qu'il peut perdre, non pas à ce qu'il peut apporter ou même à la conséquence de sa cupidité sur autrui. 

Tandis que le FN lisse son image, allant jusqu'à gommer son sigle,  l'UMP en ré-sis-tan-ce veut solidifier son électorat face à un chaos socialiste qu'elle prophétise à grand renfort d'intox (niveau Hollande = fin du calendrier maya) et réduit le discours au plus grand dénominateur commun permettant de cocufier large pour pas cher: le drapeau.

Au-delà des législatives, s'il continue sur cette voie, l'UMP disparaîtra. Dans un environnement culturel infantilisant, avec des médias avalisant jour après jour la thèse marketing d'un FN new-look: si la droite républicaine se vide, l'extrême droite se rempliera. 

Certains à l'UMP en ont conscience (Guaino le confessait durant la campagne présidentielle, mais le culte du chef était plus fort) d'où le trouble du moment entre choisir la facilité à court terme et la fusion idéologique avec le FN, ou prendre à bras le corps la reconstruction d'une force de droite un peu plus humaine (ouais, je sais c'est super dur, mais voilà un vrai travail). Les primaires à droite peuvent jouer ce rôle de redéfinition.

Le premier tour de l'élection présidentielle nous révèle aussi que le discours FN fonctionne sur une part croissante des jeunes (2e position chez les 16/24 ans). L'avenir de la droite se jouerait donc en partie dans la faculté du parti des rentiers et des nostalgiques apeurés à récupérer le vote des jeunes sans plus de mémoire que de culture politique, furieux de ne pas avoir le même standing que les générations d'avant, ou pas au même prix. C'est probablement le point le plus inquiétant (et au passage la démographie observée dans les meetings UMP: des très jeunes et des vieux).

(choisis ton slogan)

Au-delà du rejet de l'autre à intensité variable, la vraie convergence de fond entre le FN et l'UMP est d'abord leur haine du socialisme. Derrière les mots et les drapeaux, les deux ont un dessin libéral et se servent des para-tonnerres "mauvais français" (ce qu'il faut retenir du "choisissons la France") ou "l'assisté" pour le diffuser. Pas besoin de gratter longtemps dans les deux électorats pour observer cette défiance fondamentale contre une "fiscalité étouffante".

Démanteler peu à peu la solidarité au profit de la suprématie du moi, tout en usant de la thématique de la nation forte comme viatique existentiel. C'est ce que l'ancienne droite a fait. Tout indique pour le moment que la prochaine fera de même. Quelle que soit sa teinte de bleu. 

Illustration: Frankenstein Junior, M. Brooks (1975)

[1] Quand bien même on aura eu de cesse de le générer. Et oui à force de stigmatiser à tout va du musulman d'apparence au chômeur qui ne veut pas vraiment travailler, on finit par provoquer du vote de défiance: le français de souche avec arbre généalogique gaulois sur 58 générations et un CDI certifié jusqu'à la retraite (que la droite a cassé) devenant une denrée rare.

Le courage calculé de Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon annonce sa candidature à Hénin-Beaumont pour les élections législatives dans la circonscription que vise Marine Le Pen.

Phase 1. Quand j'ai eu vent de cette initiative, j'ai tout de suite dit "mais pourquoi ? Il va se reprendre une claque" tout en ayant conscience de l'exposition médiatique engendrée par le duel front contre front pour les trois prochaines semaines. Phase 2, j'ai entendu les critiques "oui, Jean-Luc Mélenchon va faire sa com' en abusant ces pauvres gens", comme si soudainement les coups de communication étaient la spécialité du Front de Gauche et que Mélenchon avait l'apanage de ce qu'un journaliste à paillettes appellera depuis la plage du Martinez d'ici 48 heures, de la "politique spectacle". 
(réaction de la petite cervelle de base.)

Pourtant, il faut y regarder à plusieurs fois.

D'abord le combat des idées. Dans le combat politique avec une droite en cours de recomposition sur sa droite (laborieuse, mais vous verrez on y viendra), chaque opportunité de combat, même symbolique surtout symbolique, doit être saisie par la gauche. Pourquoi au nom d'une "implantation" supposée, faudrait-il laisser la place au Front National dans ce "berceau du mouvement ouvrier français", mais aussi du chômage massif et de la désindustrialisation, et contribuer ainsi au grand feuilleton média-mytho du "vote ouvrier qui appartient au FN" ? (alors qu'ils sont 9 sur 10 à ne pas voter FN)

D'un journal télévisé à l'autre se déroule depuis des semaines la rengaine qu'Hénin-Beaumont est acquise au FN. Il est également étonnant d'entendre de la bouche de ceux-là mêmes qui reprochaient il y a un an le fameux rapport Terra Nova préconisant au PS de laisser tomber les classes populaires de dire que Mélenchon ferait ici une "connerie", guidé par son ego surdimensionné (comme si ses adversaires n'en avaient pas). Garderont-ils la même ligne ultrapure lorsque dans les reportages TV le nom "France" aura remplacé celui d'"Hénin-Beaumont" ? 

Deuxièmement, le combat tout court. Le risque est calculé, le candidat PS local ne part pas gagnant dans cette circonscription où le parti a une mauvaise image. L'inévitable cirque des caméras qui commence aujourd'hui autour du personnage Mélenchon lui donnera un avantage sur le candidat socialiste, le but étant d'avoir son soutien au second tour (peut-être avant) pour incarner la gauche dans sa totalité dans une circonscription où l'UMP fait par ailleurs des scores très faibles.

Quand nous avions rencontré Mélenchon avec les blogueurs il y a deux ans, il nous avouait faire de ces enjeux locaux à forte symbolique autour d'une cible précise (à l'époque des régionales, il visait Georges Frêche du PS) des moments structurants du débat politique. Il avait également ajouté que dans les situations de crise, les gens vont inévitablement vers les solutions fortes, qu'elles soient à droite ou à gauche. Hénin-Beaumont est une ville copieusement ignorée (sauf pour faire des sujets sur la montée du FN) et qui subit la crise depuis des années et à ce titre, Mélenchon pense le combat local des législatives comme la préfiguration d'autres combats à venir.

Ce n'est pas en cédant du terrain aux idées de son ennemi que l'on popularise les siennes. 

Mais... La France a choisi

Les blogueurs de gauche entrent dans une période de sevrage. Reconnaissons que Sarkozy a focalisé sur sa personne nos colères depuis 7 ans et qu’il a tout fait pour les entretenir. Bunkérisé dans ses certitudes, héros de son monde déconnecté des conséquences de sa politique, il ne s'est juste pas rendu compte qu'à partir de la mi 2010, La France est majoritairement devenue blogueuse de gauche.

Le pire est provisoirement stoppé. Cette première étape du basculement populaire contre la France forte du fric est notre version à nous, par les urnes, des mouvements contestations qui ont parsemé la planète l'an passé. Elle en appelle d'autres et le résultat de l'élection française suscite un espoir par-delà nos frontières.

A défaut de faire son autocritique pour les législatives, la droite se lance dans la critique de gros niveau pour tenter de générer de l'anti-hollandisme. Chercher la petite bête pour savoir qui, du PS ou du PS, a payé le jet pour revenir de Tulle dimanche soir, ou se tripoter la nouille sur le nombre de drapeaux algériens agités Place de La Bastille le soir du 6 mai, c'est oublier un peu vite les fastes instantanés du quinquennat précédent et qu'on a surtout vu dimanche à La Bastille des drapeaux français, ceux de tous les partis de gauche, des affiches payantes de L'express (le seul vrai scandale de la soirée) et que, surtout, on y a chanté La Marseillaise jusqu'à pas d'heure dans les troquets (et j'en étais).

Et que dire du Rioufolique procés fait à Hollande d'avoir capté 93% de l'électorat musulman. Qu'espéraient-ils nos réacs outrés par un communautarisme qu'au fond ils ne cessent d'espérer ? Qu'après avoir passé cinq ans à cracher sur tous ceux n'ayant pas une apparence française à la pureté  fantasmée (et à ce petit jeu, vu et vérifié, on n'est jamais assez français), la droite allait récupérer ce vote ? D'ailleurs, dans ce délire de réduction du citoyen à son culte, j'aimerai savoir le pourcentage d'électeurs n'ayant aucune religion, et si la droite considère in fine que, s'il n'est pas trop catholique, le citoyen ne devrait pas avoir à voter ?

Pour finir sur ces commentateurs chagrins cherchant à faire de l’état de grâce un état de Grèce en appuyant sur le manque supposé de marges de manœuvre de Hollande pour redresser l'économie, laissons-lui le temps d'être en poste avec un gouvernement et une assemblée pour faire ses preuves, en gardant en tête qu'au final, l'époque ne pourra se satisfaire de demi-mesures et de renoncements (et que dans ce cas les blogueurs de gauche seront également sans pitié).

Ne pouvant reconstruire en 5 semaines une identité qu'elle a détruit en 5 ans, L'UMP se lance donc dans la bataille des élections législatives sur la même ligne que celle l'ayant conduit à la raclée. Son slogan France Forte version Copé "ensemble, choisissons La France" est une supplique aux électeurs de Le Pen et, nouveau stade dans la décomposition morale de ce parti, sous-entend que les Français qui ont choisi Hollande ne le sont pas vraiment. 

Bien les gars, continuez à cracher sur le peuple en voulant le diviser: ça vous réussit. 

P.S : sous réserve de mobilisation de l'électorat de gauche aux prochaines élections législatives.

Illustration: Warrior, G.O'Connor (2010)