11 octobre 2010

La révolution et les banques ?

par

Cycee me demande de rebondir sur une vidéo d'Eric Cantona où l'ancien joueur de Manchester explique qu'une révolution simple, pacifique et efficace passerait par la vidange massive, par les particuliers, de leurs comptes en banque. Je me suis souvent exprimé sur le sujet : mes petites expériences personnelles[1] au fil du temps avec diverses banques (avec plus ou moins d'argent sur le compte) me confortent dans le rejet que j'ai de ces institutions voulues incontournables. Méfiance renforcée à la lumière des deux dernières années d'un chaos économique (loin d'être fini) provoqué par les dérives, au minimum indécentes, de ces établissements ne passant jamais pas la case "responsables".

Ne plus avoir d'argent sur son compte ? Pour certains ce n'est plus un choix, les banques l'ont d'ailleurs parfaitement intégré : les clients sont catégorisés et le "sans-thune", de par sa soif de crédit (pour une consommation qui a de plus en plus à voir avec la survie) et les agios générés, devient un marché non négligeable.

Ceux-là ont pour leur consommation courante, intérêt à faire jouer l'alternative, le réseau, les relations, les courses en commun, la culture, l'échange de services et les opportunités à proximité pour s'extraire au maximum du joug bancaire. Cela implique une certaine part de sacrifice quant à la course à la gadgétisation et au cocooning façon M6. Au fond la vraie question de la dépendance au RIB est là.

Restent, et ils sont nombreux (pas assez selon notre Monarque qui a récemment remis le couvert) : les endettés[2].

Pour les particuliers "à crédit", c'est plus compliqué, voire impossible de se défaire de l'emprise de l'établissement suceur de liberté dont ils sont contractuellement complices. Je n'ai de cesse d'alerter sur la perversité du crédit (pour les particuliers les moins fortunés) au sein de l'économie mondialisée actuelle, spécialement lorsque la dette repose sur une plus-value providentielle dans un secteur immobilier régulièrement soumis aux éclatements de bulles. Mais bon, arrive un moment où je fatigue de répéter les mêmes choses.

Le serpent se mord la queue et distille sans fin son venin. La banque, comme le capitalisme en général, repose sur la confiance de ses fidèles et ceux-là sont systématiquement pris en otage des démonstrations de leurs dirigeants dès lors qu'il s'agit de sauver, avec leur argent, des banques dont les comportements (suivant nos lois si promptes à nous corriger à titre individuel) devraient être sévèrement sanctionnés (pour reprendre le cri de guerre du pubard sénile) mais qui au nom du "bien commun" bénéficient d'une clémence étatique en open-bar. Mettons-nous alors dans la peau d'une banque : il faudrait être fou pour, ne serait-ce que penser à, auto-moraliser son activité. Dernier point qui nous assure de beaux lendemains.

Au moment où la justice demande à Jérôme Kerviel le remboursement de 4.9 milliards d'euros pour des travers qui auraient été récompensés si la "magouille" avait fonctionné (soyons d'ailleurs assurés que moult Kerviel, dont on ne connaîtra jamais les noms pour la seule raison qu'ils ont réussi "leur coup", jubilent dans leurs coins dorés avec les épais bonus d'une direction reconnaissante), j'apprends qu'un tiers de la somme a déjà été récupérée grâce à un mécanisme de déduction fiscale parfaitement légal.

Soit un manque à gagner de 1,7 milliards pour le budget de l'état, celui-là même dont François Barouin a, la semaine passée, prioritairement imposé aux moins favorisés de combler le déficit, déficit lui-même considérablement accentué par les dérives du secteur financier. Pour remettre cela à ton échelle : A chacun de tes découverts bancaires, tu pourrais obtenir un crédit d'impôt équivalent au tiers de la somme incriminée, alors qu'actuellement, pour un découvert de 10 euros tu peux rapidement te retrouver à devoir dix fois cette somme et ce en toute illégalité.

Donc oui. Tant que l'on ne retrouve pas des institutions au service de la collectivité, sévèrement régulées par les états (les citoyens subissent aujourd'hui l'inverse), tant que ne sera pas précisé aux individus ce qui est exactement fait de leur argent, où comment chez qui et sur quoi est-il placé, tant que les activités de détail et de spéculation ne sont clairement pas séparées, tant que les banques ponctionneront sur les plus pauvres des frais exubérants qui n'existaient pas il y a moins de 10 ans et dont on fait grâce aux "bons clients", il convient de sortir du cercle vicieux, ou plutôt de s'en affranchir le plus possible, moins par souci de "révolution" que de tranquillité et, osons les grands mots, d'éthique personnelle.

Ne pas les quitter mais y laisser le moins d'argent possible et, bien sûr, refuser tout contrat de placement ou autre produit "certifié", la cupidité des banques se nourrissant de la nôtre.

L'individu peut survivre sans banque, l'inverse est impossible. Qui doit plier aux règles de l'autre ?

* * *

Sur un autre front... oui et encore oui, je serai dans la rue demain pour manifester contre une réforme des retraites inique dont les principaux bénéficiaires seront à terme... les établissements financiers.

J'espère vous y voir encore plus nombreux. J'ai de moins en moins de doutes à ce sujet.

* * *

[1] J'ai encore le souvenir ému de mon grand-père de 95 ans s'étant fait fourguer en 2007 un placement bloqué sur 10 ans ayant perdu la moitié de sa valeur l'année suivante.

[2] On me souffle dans l'oreillette que c'est le titre d'un excellent livre qui sort prochainement.


source illustration

8 octobre 2010

[video] une Europe de gardiens ?

par

A l'initiative du blog Reversus, publiant ce mois-ci un dossier sur l'extrême-droite, nous avons rencontré le sociologue Erwan Lecoeur qui travaille depuis des années sur le sujet[1].

Tu l'auras remarqué. Tandis que la gauche de gouvernement peine à regarder sur sa gauche, la droite aux commandes, histoire de faire passer la pilule des désastres du néo-libéralisme qu'elle contribue allègrement à propager, penche, elle, fortement sur sa droite.

Pour E. Lecoeur, cela n'est pas étonnant. Il n y a pas de frontières infranchissables entre les partis de gouvernement et leurs extrêmes. Certaines périodes sont plus propices que d'autres au passage et à la récupération des idées. Nous entrons dans une époque où les démocraties occidentales, aux certitudes battues en brèche, seront inévitablement confrontées à un choix entre la société des "gardiens" (avec repli autoritaire sur la communauté, au nom d'un âge d'or fantasmé) et une vision plus progressiste qui, actuellement, peine à s'imposer.

Voici la dernière partie d'un entretien plutôt riche (version longue en fin de billet) où je demande au sociologue son analyse de la montée de la droite dure en Europe. E.Lecoeur précise que la montée de cette droite, aux mouvances hétéroclites, survient d'abord dans les pays riches de l'Union[2] et répond, en partie, à la fin de l'état Providence :
(Durée 12 mns : avec détours par la première guerre mondiale, ces mouvements extrêmes comme retour au "religieux", le libéralisme et le capitalisme mafieux orchestré par notre Monarque.)




En résumé, la droite "décomplexée" se sert du discours de la droite extrême pour feindre d'apporter des "solutions" aux maux qu'elle a causés.

Étant donné que nous avons au pouvoir un individu ayant programmé la destruction des protections sociales, qu'il est entouré de tenants de la "Nouvelle Droite" des années 70/80, dont Lecoeur précise que certains ont toujours l'idéologie bien tranchée, le tout sur fond d'un chômage (réel, non pas le chiffre à la Cendrillon) explosant tous les records: tu peux légitiment, être pris de vertige face au gouffre dans lequel s'est démocratiquement jeté ce pays en 2007.

Vu sous cet angle, les violentes politiques de rigueur mises en place un peu partout en Europe, qui accentueront le climat d'insécurité sociale, nous promettent de sombres lendemains.

Articles associés :
- Reversus : à paraître. en + d'un dossier sur le FN déjà publié.

Lire également :
- Pourquoi l'Europe s'enracine à droite ? LeMonde.fr

[1] auteur du Dictionnaire de l'extrême-droite (Larousse) et un néo-populisme à la française (La découverte)[2] voir également la montée des Tea parties aux États-Unis.

5 octobre 2010

Trac sur ta retraite

par

La prestation de François Fillon la veille au soir sur M6 était l'objet de toutes les conversations à la pause-café du matin au deuxième étage de la PME Pleuralol :

BARBARA
"- Holala Vincent, t'as vu la dame dans "Capital", elle ne touche que 835 euros de retraite ! Mais comment qu'on peut vivre avec ça !"

Mieux vaut tard que jamais. Il a fallu qu'M6 traite des retraites début octobre, après neuf mois de débat et cinq mobilisations syndicales, pour que l'assistante-commerciale, pouvant citer dans l'ordre inverse de l'alphabet les noms des finalistes des huit dernières saisons de "La Nouvelle Star", s'y intéresse enfin.

Boarf, elle avait vaguement entendu parler de "grèves" et de "prises d'otages par les syndicats" et elle-même avait dû attendre une heure son RER en pestant un matin de septembre mais au fond, rien de bien grave. Ils l'avaient dit au JT : si tous les autres pays réformaient ce système compliqué des retraites et que l'on vivait plus longtemps où était le problème ? Lorsqu'on la questionnait sur l'anticipation de ses vieilles années, Barbara, ayant intégré la prose libérale au biberon pour cause de proximité prolongée avec le transistor et d'excés de radiations Duhamelo-elkabachiennes, rétorquait un laconique : "Tu sais moi la retraite, je ne la toucherai jamais" réglant le problème d'emblée.

Mais Dimanche sur M6, la tension monta d'un cran, le Mister Bean du gouvernement la fit trembler. « La crise est passée par là » avait-il confié, comme ses collègues, pensant ainsi exonérer la clique de ses responsabilités dans la calamiteuse gestion politique, économique et éthique du pays depuis trois ans. Par sa candeur et son assurance, le Premier Ministre fut persuasif : chaque Français, même le plus intellectuellement limité, étant en mesure de décoder le "bande de crétins, vous allez en chier" déroulé en toile de fond subliminale sur l'exposé du budget de "rigueur" 2011.

BARBARA
" - Tu te rends compte Vincent ? Les jeunes mariés y vont payer plein pot leurs impôts la première année, c'est trop dégueulasse !"


Ayant elle-même bénéficié de la déclaration unique en 2006 lors de son mariage avec Tchoupi (Dylan dans le civil) qu'elle planifiait deux plus tôt pour bénéficier à fond de la "niche fiscale", la fin de celle-ci déchirait le cœur meurtri de l'assistante-commerciale n'ayant en revanche qu'un vague mépris pour les crève-la-dalle d'en bas gâtant la côte de son immeuble.

Après le reportage d'M6 où il fut correctement expliqué que le merveilleux système fiscal français offre aux petits ménages d'être systématiquement chopés dès qu'ils se trompent sur leurs déclarations de revenus alors qu'il est si simple pour les riches de volontairement se soustraire à l'impôt sur la fortune, l'annonce du dézinguage des retraites et de la hausse d'impôts par l'homme de Matignon mêlant miel et bâton, fit tâche.

M6 et Fillon avait gagné leur soirée : Barbara avait désormais PEUR pour sa retraite. Elle fixa Vincent, interdite. Le poisson bulle heurtait le bocal.

"- Combien que je vais toucher ?"

* * *

Ce n'était pas la première fois que Barbara était en proie à ce que dans le jargon des glandeurs, nous appelons une "panique de retraite". Le fameux "on achète pour capitaliser pour nos vieux jours" restait l'argument phare des primo-accédants à la signature de l'acte d'achat du T3 avec vue sur la décharge. Ils oublièrent un peu vite que, à moins de vouloir vivre sous les ponts (ce qui est contrindiqué en terme d'espérance de vie) la vente de leur logement impliquerait le rachat d'un autre et que, comme le constatait depuis peu dans PAP, Barbara néanmoins fière de la montée à l'argus de "leur" bien dont il ne restait qu'une petite vingtaine d'années à régler :

" - Oh bah zut Tchoupi, y a tout qui a augmenté pareil !"

* * *

Café fini, Vincent froissa son gobelet et le "dunka" à la Tony P. dans la corbeille à étiquette "un bon salarié trie ses déchets" avant de s'adosser à la machine. Il se passa la main dans les cheveux laissant apparaitre, en représailles olfactives, une majestueuse auréole sous ses aisselles :

VINCENT
" - Fais comme moi, prends une complémentaire."


BARBARA
"- Une quoi ?"

VINCENT
"- Un plan d'épargne pour la retraite, un truc privé où tu cotises et tu t'assures un blindage pour quand t'es vieille."

Barbara poussa le miaulement d'évidence de celle qui se remémorait un des reportages de "Capital" sur "le business des marchands de retraites" ayant entrecoupé la Fillon-parade de la veille. Était-ce avant ou après la publicité pour Malakoff-Médéric ? Elle ne sait plus trop mais qu'importe.

A la bonne heure ! La retraite privée ne concernait pas que les riches. Comme pour l'école privée, synonyme de sécurité et d'efficacité, à force d'économies, elle aussi pourrait y accéder. La peur à peine née mutait en désir et le désir se cristallisa en frustration pour cause de budget conjugal intégralement fondu dans l'appartement et à la voiture à rembourser :

BARBARA
"- Mais qu'est-ce que tu crois Vincent ? Je n'ai pas les moyens."

Vincent lui fit le clin d'œil type "Oxbow-Quiksilver" qui avait fait de lui une légende en 4e B .

VINCENT
" - T'y arriveras Barba."

Puis, il regarda sa Kelton.

VINCENT
" - Allez... c'est pas tout ça mais on a du boulot."


Vers 18 heures, sur le chemin retour de Pleuralol, la frustration tournait à l'obsession. Barbara n'eut plus qu'une envie : cotiser en solo pour une retraite privée. Fallait qu'elle en cause à Tchoupi.

Le Premier Ministre, bien moins détesté que son Monarque, brillait dans la vente au détail des idées fétides. Avec la collaboration de la chaîne star des 20 - 40 ans (l'audience la plus dangereuse, si elle venait à se mobiliser) il titillait sans esbroufe les deux mamelles de l'achat : la peur et le désir.[2]

Au royaume du paraître, du crédit et de l'emploi volatile, à la peur de ne pas toucher sa retraite collectivement répondrait le désir pour chacun d’en toucher une mieux que les autres. "L’espoir d’une bonne retraite" possédait les qualités requises pour devenir un bien de consommation comme un autre, partageant cette probabilité avec le téléphone mobile ou l'écran LCD de tomber en panne la deuxième année suivant sa mise en service.[1]

Autant de questions que Barbara ne se posait pas. Arrivé au RER, la tête embrouillée par la multitude des complémentaires et des programmes télé de la soirée, elle vit une annonce de service : plusieurs syndicats appelaient à la grève reconductible, à partir du 12 octobre, contre la réforme des retraites.

" - Oh non, pfff pas encore ! Ils ne pensent vraiment qu'à eux !"


* * *


[1] La retraite privée ayant cet énorme avantage pour ceux qui la vendent d'être régulièrement et intégralement encaissée avant le premier versement, ce qui ouvre tant d'horizons boursiers AA++, ou pas.

[2] c'était si achevé qu'elle ne perçut pas le principal tour de passe-passe du budget.

2 octobre 2010

[video] Retraites : faire de la surdité, une cause nationale

par
"3 millions de manifestants selon les syndicats, 899 000 selon le ministère de l'intérieur. " La classique sous-estimation balancée sur les ondes au moment où la colère monte d'un cran dans les rues de France est pensée, répétée, pour tapisser les cerveaux et ne pas troubler les certitudes de la dernière poche électorale du Monarque qui, entre le gigot, une bonne blague sur les roms et le pousse-café à discuter entre amis aux valeurs actuelles sur les possibilités de défiscalisation du 4X4 de Madame acheté le matin même au mondial de l'auto, vit dans d'autres rues à l'abri des bruits qui dérangent. Ne pas se démoraliser pour si peu.

Quelques constats à chaud sur l'édition parisienne de la nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites ce Samedi 2 octobre :

- Ici, il m'apparait que c'est la plus forte des trois dernières manifestations avec, samedi aidant, l'arrivée massive des familles avec enfants. Dans le cadre de la réforme, la montée des revendications axées sur les femmes (8/10 parmi les retraités pauvres). On y croise également de plus en plus de blogueurs. Et le niveau sonore, lui, a encore pris des db.

Quelques images "No comment" vers Bastille :



Si,si. Nous tous pouvons encore résoudre les problèmes auditifs du gouvernement.

1 octobre 2010

la loi des pauvres, le budget des riches

par

Eric Besson[1], bon sbire UMP, est là pour occuper le terrain et être détesté. Prélude à la discussion d'un projet de loi à l'assemblée sur l'immigration, l'intégration et la nationalité, sa déclaration sur la "machine à faire des "bons français" est du pur jus de clivage, excitant les uns, dégoutant les autres, le tout sur le dos de populations pauvres, instrumentalisées, déplacées comme des ballots de paille puisque responsables des 2, 4 ou 5 millions de chômeurs (what the fuck puisqu'on ne les compte plus), de la désindustrialisation du pays et d'avoir fomenté un complot avec AlQaida pour permettre à Liliane Bettencourt d'échapper à tout contrôle fiscal depuis 13 ans.[2]

Les barnums Rom et de la déchéance de nationalité font partie du spectacle (hautement détestable) destiné à occuper du temps d’antenne "qui fait débat" dans les tranches "information" intercalées entre deux plages de débilité et une pub pour un crédit auto. Tu remarqueras que le passage à l’assemblée de la loi de Besson coïncide avec le vote du Budget 2011 de l’état. Et, au survol de celui-ci, tu comprendras aisément pourquoi ton vénéré Monarque préfère que tu t’agites sur la traque du patriote parfait. Normal, le budget tabasse au bas mot 30 millions de français. Et le français, parfois, ça vote.


This is it, nous entrons dans la rigueur. En décodé : tu te croyais sans thunes, tu vas voir que c'est possible de tomber encore plus bas. Pour l'occasion, le piano à musique est de sortie : ton gentil gouvernement d'experts en mensonges et contorsions rhétoriques en plastique mou ne dit pas "hausse d'impôt" (ça fait désordre vu qu'il a promis l'inverse en 2007) mais "coup de rabot sur les niches fiscales".

Une "niche fiscale" peut se cacher derrière un abonnement internet pas assez taxé. Ce sera réglé dans les prochains moins. S'ajouteront la suppression de la rétroactivité de 3 mois précédant la demande d'aide au logement, la fin des déclarations fiscales séparées pour les jeunes mariés... et plein de babioles promises à se multiplier grâce à un gouvernement qui, dans le domaine de la tonte des classes moyennes, s'active comme rarement.

Colle à la douloureuse 2011 les déremboursements supplémentaires de la sécurité sociale et, en effet boomerang, la hausse de 10% des mutuelles complémentaires ainsi que la poursuite du non-remplacement d'un agent du service public sur deux partants à la retraite et tu seras un français comblé.


Le taux d’imposition de la tranche la plus aisée ou les banques sont marginalement touchés. C’est la fiscalité lié aux revenus du travail qui est frappé. Le budget 2011 est un pur plan de bataille pour combler avec l'argent des travailleurs un déficit creusé par le manque à gagner des aides fiscales consenties à La France des rentiers.

Rappelons la chronologie :

Mai 2007 : coup d'état démocratique du Monarque sur la République.

2 semaines après : baisse des impôts pour les riches, suppression de l’impôt sur les successions = moins de rentrée d’argent dans les caisses de l'état.

2 ans après : la fine équipe tourne en boucle sur les ondes pour appeler les citoyens à plus de responsabilité en les angoissant avec le déficit budgétaire. Donc : réduction des effectifs, infirmiers, enseignants et policiers [3] mais aucune remise en question des cadeaux aux plus riches. On ira encore probablement te prétendre que, (mon cul de) bon sens oblige, la richesse ruissellera sur les pauvres.

L'économiste Jacques Généreux (Parti de Gauche), précise dans une interview à Libération : "On nous dit qu’on a aujourd’hui à peu près 32 milliards de déficit, là, maintenant. Et on a besoin de 45 à 50 milliards d’ici 2020 et peut-être 100/115 milliards à l’horizon 2050. Imaginez que si on avait simplement maintenu le barème de l’imposition sur le revenu de la fin 1999, c’est-à-dire vous éliminez tous les cadeaux fiscaux qui ont été faits aux plus hauts revenus depuis les années 2000, au cours des dix dernières années, mais ça fait presque 100 milliards de ressources en plus pour l’Etat !"


Les ménages modestes ne manqueront pas, avec tout cet argent qui leur restera dans les poches et ces emplois super bien rémunérés tombant tout seul des cocotiers d'Arros, de "booster" la croissance nationale en consommant comme des furieux.

Sont donc à craindre : une hausse de la pauvreté, un renforcement des dysfonctionnements dans les services publics, une montée de la peur, de la colère et du désordre. Et qui dit "désordre", dit "menace", appelle "Karcher" immédiatement suivi de son pote "répression". Autant de termes régulièrement assénés à tes oreilles pour tisser de nouvelles polémiques avec Ministres et portes-parole occupant ton "temps de cerveau disponible", ne résolvant rien, drapant la tragique réalité d'un pays désormais divisés entre ceux qui s'enrichissent et ceux qui subissent l'enrichissement des autres.

Car, non redistribué, ce pognon n'est que nuisance. L'existence même de ce gouvernement en est la plus absurde des preuves.


Bon, sinon, comme d'autres européens, demain on remet ça dans la rue. Et comme le dit une multinationale qui prospère à empoisonner la planète des fauchés : "venez comme vous êtes !"

* * *

[1] Sérieux prétendant au "Fiststincteur d'or", la célèbre compétition outdoor de fist-fucking à l'extincteur.

[2] As-tu noté cette curiosité dans le merveilleux monde UMP fait de certitudes génétiques ? Si la délinquance y est associée à l’immigration, l’immigration et souvent associée à pauvreté. Comprends ainsi que l’on va pointer du doigt et expulser certains catégories d’individus (qui font partie de l’Europe) leur empêchant même de renouveler de courts séjours de trois mois sur le territoire alors que le nabab russe, le parvenu brésilien ou le parachuté doré américain qui achète cash un appartement dans Paris peut aller et venir à volonté, même si le plus souvent il ne séjourne dans notre beau pays que deux semaines par an, ne consommant donc rien sur place, ne faisant aucunement tourner l’économie et contribuant, dans l'euphorie des marchands de pierre, à la hausse des prix de l’immobilier dans un pays rongé par le mal logement.

[3] Ce qui est d'une cohérence profonde avec "la guerre" de cent ans "contre la délinquance" déclarée tous les deux ans par le Monarque. Rappelle-toi, dans ce gouvernement de télé-réalité, castant, scénarisant, multipliant les bandes-annonces, les risques d'évictions, les règlements de "la voix", les rumeurs de coucheries et les buzzes : tout est spectacle et communication.

27 septembre 2010

Une famille ça compte énormément

par
Qui l'eut cru, si ce n'est Christine Lagarde et Benoist Apparu ? A peine la petite crise économique classée à la rubrique "ce n'est pas de notre faute mais on va s'en charger. Tant que les Français acceptent sans broncher une décennie de rigueur à base de taxes dans la face des plus fauchés d'entre eux, ça devrait aller pour nous", l’immobilier retrouvait de sa superbe.

En conséquence, banques et promoteurs fournissant à nouveau revues pornos et mouchoirs d'aisance, les pauvres purent réamorcer leur grande paluche de classe sur du désir de F4 en papier mâché avec jardin d'architoque et four à pizza intégré entre la machine a presnesso et le plasma à Experts.

On pouvait à nouveau se gaver grave et acheter les yeux fermés : la plus-value des gens responsables se promettait de juter sur la vitrine du m'as-tu-vu tel un comédon bien gras sur son miroir d'ado.

Assez de la déprime des années de débandade post-électorale ! Pierre et Juliette, jeunesse pop et cruelle-tivi, dont les piètres rémunérations n'égalaient toujours en rien le profond désarroi dans lequel leurs jobs, pas pénibles juste sans finalité, les plongeaient à perpétuité[1] renouaient enfin avec le tonus et la joie de vivre, bref avec des perspectives d'avenir, et ce, dans un de ces paradoxes occidentaux poussé à l'extrême en ce "vieux pays qu'est la France, grâce aux retraites des parents de Juliette.

Ces derniers se lassèrent vite de la vie à Pondichery. Depuis deux ans, renouant à la souche de cet esprit colonial précocement abandonné, caricatures incarnées d'un reportage d'M6 sur la réussite des français à l'étranger, ils y régnaient en nababs blasés dans ce palais loué une poignée d'euros et leur laissant largement de quoi disposer d'un petit personnel local mensuellement à peine plus coûteux qu'un paquet de biscottes sans sel à l'Intersection Market de Manosque.

Parce que l'Inde ce serait mieux s'il n'y avait pas tous ces indiens, parce que les rhumatismes s’accumulant, il leur faudrait un environnement un peu plus bienveillant pour leurs vieilles années[2] et puisque, l'air de rien, la crise entrainait l'an passé une baisse des prix dans l'arrière-pays, avantageuse pour celui disposant d'un petit pactole sans dette : le couple de dentistes bientôt septuagénaire s'y réinstallait en mars dernier.

Ils achetèrent à quelques kilomètres de l’appartement, cellule 44 tour B, de Pierre et Juliette (acquis faute de mieux parce que vraiment "si t'es pas proprio à 30 ans, t'as quand même raté ta vie. Mdr"[3]) le type de domaine à même de combattre la pénible image télévisuelle des disgracieuses promiscuités dans lesquelles les sans-grades de notre pays aimaient à se plaindre : le pavillon de 150 mètres carrés avec ses deux terrains sans fin, assorti de son indispensable signe extérieur de richesse équivalant à 8.2 sex-toys sur l’échelle du propriétaire : la piscine à prouts Jean DesGrelots.

Est-ce le domaine donnant sur la vallée, ou plutôt sur la perspective plongeante des pavillons clonés cultivant chacun, avec ce souci du petit détail en plus, leur sophistication du laid ? La libido de Juliette se remit en branle parallèlement à son désir d'"acheter plus grand".

Pierre et Juliette surmontaient tant bien que mal leurs angoisses existentielles et budgétaires quant à l’arrivée du second enfant. Après tout La France des feignants, des grévistes et des assistés sur laquelle ils pestaient à chaque JT avait encore ça de bon : cela n’y coutait pas cher d’y faire un bébé.

C'est au septième mois de grossesse de Juliette que le sort, sous la forme d'un coup de fil de beau-papa, se montra encore plus clément. Revivifiés par un été de Nouvel Obs, d'Express et de Point "l'immobilier c'est le jackpot assuré", les parents lancèrent un ultimatum foncier à leurs enfants trentenaires et assoiffés (comme tout jeune réac qui se respecte) d'avoir les réalités des rentiers du baby-boom dont ils respectaient déjà à la lettre, préceptes, goûts, codes et vote.

Pierre, l'index encombré d'une conséquente crotte de nez, de l'autre main, remontait par courriel à sa direction le signalement d'une conduite déviante d'un collaborateur, quand le Papa de Juliette lui fit sa proposition téléphonée :

"- Alors voila Pierre. On veut bien vous vendre le terrain au bout de la maison, 120.000 euros, sachant qu'il en vaut 240.000. Mais faut l'acheter dans moins de trois mois. Sinon, je le mets en vente en agence."

Pierre, sentant là que c'était l'opportunité d'une vie, cala le Mickey sous le desk, avant de se courber en remerciements dans le bureau vide. Assis sur l'extase, l'offre lui fit oublier pour la journée les rumeurs de dégraissages en provenance du siège.

N'écoutant même plus les monacales indications de son nouveau GPS "Des dieux et des hommes", pied au plancher de la Citropeine sur les routes en lacets, l'employé au contentieux des garanties de couvertures chauffantes Carbonara, revint au dortoir du bâtiment B dont il lui restait 16 ans à payer, sa raison perdue dans l'élaboration du mécano diabolique qui lui permettrait, in fine, de concrétiser le rêve ultime de celui qui, tripant sur les réalités de ses parents, sa conscience déposée en offrande sous les bulldozers des émissions sur "le bonheur d'être propriétaire" sponsorisées par les carnassiers du secteur, qui, après avoir acheté, tel un François de Closets possédé par la Dengue, en veut toujours plus : "faire construire notre pavillon, hein Noupinet".

Surexcité, Pierre en oubliait la sauterie domestique du soir. Le couple en mal de festivités, avait lancé sur facebook l'idée d'un repas Masterchef, avec présentation de flyer et tenue correcte exigée, pour célébrer les 3 ans de l'appartement. Sur 252 invitations lancées, 2 retours concrets : Magali la bonne copine (sous pression de son employeur, elle espérait bien vendre ce soir un forfait téléphonique, le troisième, à ses amis) et Jacques (surnommé "le Fataliste" depuis 1996, sa troisième de stage, où il s'est juré de ne jamais plus rédiger de CV).

Le Fataliste subissait sur sofa les Bretzels à la groseille de l'hôte en cloque et la fougue enfiévrée de son ami d'enfance :

"- Alors voilà. Avec Juliette, on va vendre l'appartement dans les 3 mois. Avec le prix de la vente, on va acheter le terrain à ses parents. Le banquier nous suit, si on vend l'appartement dans le trimestre au prix qu'on veut. Pendant qu'on fait construire la maison, deux ans maximum, on loue un petit appartement en centre-ville à 600-700 euros."

Ils n'apprendront donc jamais songea le Fataliste toutefois émerveillé. L'énergie de l'optimisme en immobilier lui rappelant systématiquement la réjouissance des gaillards enrôlés, montant au front en 1914 la fleur au fusil, se faire démantibuler façon boucherie au nom d'une guerre sans pourquoi précis.

Il n'était pas non plus de ces jeunes obsédés du bâti se tachant le slip dès qu'ils évoquent en public leurs taux d'intérêts "toujours avantageux", l'opportunité d'installer un vasistas défiscalisé ou de faire sauter la cloison pour construire un plan de travail à l'américaine (convenons-en bien plus pratique pour faire cuire les nouilles Lideule Prize, qu'entre deux parties de Masterchef ils s'enfilent toute l'année, parce que "Noupinet, on est ric-rac avec tous ces crédits à rembourser !").

Pour le fataliste, c'est le passager qui loue l'endroit et non l'endroit qui possède le passager.

Néanmoins, d'humeur joyeuse avec toute cette bière ingurgitée, il se lança dans une de ces mini-plaidoiries à l'alcool lucide dont il a le secret :

" - Pierre. Juliette. Résumons. Les parents de Juliette se proposent de vous faire "un cadeau" qui vous coûtera tout de même 120.000 euros, vous forçant, au passage, vous les ayatollahs des apparences, à rétrograder en standing, pour au moins quelques années, via la location d'un appartement plus petit."

" - Oui, mais on aura l'usage d'une piscine gratuite dans notre nouvelle maison" Tambourina Juliette.

Le fataliste fit ici l'impasse sur la partie construction histoire de ne pas trop plomber la soirée. Une longue observation des chantiers du genre lui permettant d'affirmer qu'il s'agit du secteur d'activité où l'on bosse le plus lentement au monde. Pour une triviale question de comptabilité, l'important pour l'entrepreneur n'est pas de finir les travaux mais de les commencer. A partir de là, le commanditaire ne peut plus se passer de l'entrepreneur qui, manque de bol, a toujours d'autres travaux à commencer. Ceci restant bien sûr l'hypothèse "par le haut", où tout n'est pas à détruire puis à refaire puisque empilé n'importe comment."

"- Ouais mais tu peux pas comprendre Jacques, t'es trop cynique. C'est une trop bonne affaire : Tu te rends pas compte !"

Jacques demanda si une estimation, autre que celle fournie par les parents lors de l'offre, fut effectuée par le couple ravi. Très en pointe sur les taux d'intérêts, le duo du béton ne jugea pas nécessaire d'entendre d'autres avis sur le prix du terrain pas plus qu'il ne demanda aux vendeurs désintéressés à quel tarif ils se l'approprièrent l'an passé.

" - Enfin t'es fou, Jacques ça ne se fait pas !"

Sentant que le couple désirait plus que tout une validation de sa fructueuse affaire, l'observateur de ce théâtre permanent de l'escroquerie, avec victimes consentantes et bourreaux décomplexés (deux rôles interchangeables et complémentaires), qu'est le marché de l'immobilier des classes moyennes, leur livra son expertise :

" - Si, si Pierre, je vois parfaitement la nature morte. Compte sur tes beaux-parents quand tu habiteras à 30 mètres de chez eux pour te faire sentir que tu leur est redevable de ce "cadeau" que tu mettras des années à payer au banquier. S'assurer d'un voisin sous contrôle, garanti "sans insécurité" et sur lequel on aura toujours l'ascendant, doublé d'une sérieuse option d'aide personnalisé à domicile, sans contrat et sans horaires, qui te file 120.000 euros cash d'entrée de jeu, en complément de retraites qui surpassent vos salaires, effectivement c'est une très bonne affaire... Pour eux."

C'en était trop. Devant tant de contrariétés, prise de douleurs, Juliette lâcha le plateau de mini-tiramisus au pâté de tête, interrompant Magali en plein exposé des bénéfices que procurerait à la future mère l'acquisition, à -50% les trois premiers jours, d'un forfait "1000 SMS par mois à Papa et Maman".

Alors que dans l'espace de vie "pourpre et taupe" tapissé de photocopies de Pollock et d'un poster de Home dans un cadre à diodes, Magali remplissait un contrat d'abonnement à son propre nom pour ne pas perdre sa prime sur résultats lui servant de salaire, aux côtés du gamin se goinfrant de flans au foie-gras devant un Zone Interdite, spécial "des bienfaits d'une bonne inflation", Pierre et le Fataliste transbahutèrent la parturiente en Citropeine jusqu'à la maternité qui, pour cause de restriction budgétaire dans une région virant vioque, se trouvait à 78 kilomètres de là (enfin 122, les moines du GPS les induisant en erreur à trois reprises).

Fausse alerte.

L'innocent ne semblait pas si pressé de rejoindre ce monde avec glands où la loi du rendement et l'appât du gain n'étaient plus l'apanage des banksters et des fonds de pension mais coulaient sans honte parmi les couples, entre amis et au cœur même des familles, tel le liquide de refroidissement d'un système en surchauffe, arrivant en bout de course, lui permettant encore de pousser la machine aux illusions pour quelques mètres.

Le lendemain, inquiet de ne pas recevoir son SMS du matin, le papa téléphona enfin :

"- Alors, vous avez réfléchi à notre proposition ?"



[1] Les Duhamel, De Kerdrel, Thréard, Elkabbach ou Mougeotte leur assénant du matin au soir sur le chemin, aller et retour, du turbin que la retraite des gens heureux resterait pour eux une planète interdite.

[2] bien qu'à certains égards étant en permanence suivi de check-up et bilans, ils se trouvaient en bien meilleure santé que leur Juliette qui n'osait plus se faire ausculter les dents parce que "faut arbitrer dans la vie, y a l'Heil Phone à renouveler".

[3] Benoist Apparu "Logement, aphorismes et billevesées." Éditions de la droite sociale, 2010

Top Ad 728x90