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20 septembre 2018

Pourquoi Macron s'attaque-t-il aux retraités ?

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"A l’augmentation de la CSG, entrée en vigueur le 1er janvier et non compensée pour 60 % des retraités, est venu s’ajouter un quasi-gel des pensions pour 2019 et 2020, annoncé fin août par le premier ministre, Edouard Philippe." Le Monde, 19.09.2018

S'attaquer aux retraités est une ligne de code comme une autre de la présidence Macron.

Les aides descendantes des "seniors" vers leurs enfants et petits-enfants compensent en partie, pour certains, jusqu'à tard dans la vie des salaires trop bas ou des aides sociales trop maigres.

Assécher les prestations sociales d'un côté, réduire les aides familiales et inter-générationnelles de l'autre : la ligne de code gouvernementale est d'une cohérence implacable. La conséquence,ou l'objectif, de cette prise en étau : contraindre le quidam, nous, à traverser la rue, pour accepter n'importe quel boulot à n'importe quel prix.

Si cela s'inscrit parfaitement dans sa logique d'austérité comptable, politiquement c'est suicidaire. En s'attaquant aux retraités, la macronie fait peut-être sa plus grosse connerie.
 

29 octobre 2010

[video] 28 octobre, ne pas baisser la tête

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A 300 mètres devant le cortège, un type se défait de tout ce qui peut le faire ressembler... à un policier. Ayant aperçu son relooking, une dame rejoignant la manifestation l'interpelle en souriant:

LA MANIFESTANTE
"- Allez y mollo cette fois... ouais bon, je sais que c'est pas vous. Vous êtes des policiers bien vous..."

14h00. Malgré la désinformation, l'intoxication, les cargaisons de centenaires hyperactifs qui nous sont promis pour 2030, les raffineries ouvertes mais fermées et, malgré les vacances et la loi sur la réforme des retraites votée par nos "représentants": vous êtes toujours là.

ailleurs, ça ne veut pas faiblir.

A Paris, ne disposant que d'une poignée d'heures, ce coup-ci, je me joins à la CGT en tête de la manifestation, de République à St-Augustin. Cortège dense, poings levés, des chants , des tambours et de moins en moins de slogans. De la fatigue sûrement, mais pas de résignation. En revanche, le sentiment qu'il faut aller bien plus loin, que le blocage est la seule parade face à laquelle le Monarque reste sans voix. Constatons également que le désintéressé Guillaume de Malakoff a désormais autant de popularité que la politique sociale de son Monarque de frère.

A notre approche, les ouvriers sur les chantiers de restauration des immeubles haussmaniens (quelque chose me dit que ce n'est pas pour faire du HLM) s'arrêtent de bosser et expriment leur soutien en tapant avec leurs casques contre les échafaudages.

Après avoir traversé le quartier des banques, Place St-Augustin, deux syndiqués CGT d'une cinquantaine d'années discutent. L'un travaille dans le secteur bancaire, l'autre dans l'industrie. La militante de la banque est en colère contre les syndicats qui n'appellent pas à aller jusqu'au bout de la "grève générale".

LE SYNDIQUE
"- Ça dépend des salariés du privé maintenant.

Les deux reparlent de la triste capitulation de Chèreque chez Calvi et sont sans pitié envers les directions syndicales, même la leur. Seul Solidaires trouve grâce à leurs yeux.

LE SYNDIQUE
"- Mais qu'est-ce que tu veux... J'y crois encore, sinon je ne serais pas là."

LA SYNDIQUE
"- C'est tellement gros ce que l'on a en face de nous. Je n'ai jamais vu une telle manipulation. Il leur a juste fallu trois casseurs pour nous discréditer.... Ça me fait mal au cœur toute cette énergie méprisée. Et qu'est-ce qu'on fait maintenant ? "

LE SYNDIQUE
"- 2012. Il faudrait peut-être se mettre à voter, l'escroc et sa clique faut les foutre dehors. Point barre."


C'est à ce moment-là que le Mojito de la Cégèt (rapport qualité / prix imbattable sur Paris) commence à me taper sur la tête. Je remonte le cortège vers les grands magasins dont les vitrines sont protégées par des cordons de CRS. On y prépare déjà les décos de Noël (de ce côté là non plus, la mobilisation ne faiblit pas). Un ami syndiqué m'avoue qu'il en a plein les pattes de ce mois de marche dans la capitale et que les jours de grève commencent sérieusement à faire mal au porte-monnaie. Et non, la grève n'est pas une partie de plaisir. Ce que ne semble pas saisir une dame distinguée qui, voyant ma caméra, m'interpelle.

LA DAME PROUT-PROUT
"- Vous êtes journaliste ?"

SEB MUSSET
"- Non blogueur. C'est comme journaliste mais sans carte, sans paye et sans ordinateur volé."

LA DAME PROUT-PROUT
- Non parce qu'il y en a ras-le-bol des grèves ! Vous les journalistes, vous montrez toujours la même chose, les gauchistes et les manifestants. J'ai 68 ans et je travaille [à 16h00 avec un sac Lancel devant les Galeries Lafayette, et vu qu'elle en parait 55 ans, j'ai des doutes]. On est 65 millions contre tout ça ! Y en a assez de ces gens ! On a fait une pétition en ligne contre la grève, on est déjà 500.000 à l'avoir signée. Vous n'en parlez jamais !"

Injustice réparée Madame.

La charmante représentante de la minorité opprimée qui dirige ce pays repart vers son shopping, prenant bien garde de ne pas se frotter aux métallos hurlant. Derrière moi, deux types d'une soixantaine d'années discutent économie avec une justesse d'analyse que l'on n'entend plus sur aucun plateau télé. Il est question de la destruction de la retraite par répartition et de l'avènement programmé des complémentaires (avec argent placé sur les marchés, ça c'est de la retraite garantie... de se crasher).

UN DES DEUX EXPERTS ANONYMES
"- Tout cet argent qui va être investi sur des produits foireux, ça va encore accélérer les licenciements, alors qu'il faudrait même pas le dixième de cette somme pour régler leur soi-disant problème des retraites. C'est la dernière ligne droite. Y a plus qu'une seule logique chez eux : ils veulent se gaver jusqu'au bout avant le grand chaos."

Il est 16h30, j'apprends que la CFDT n'a toujours pas quitté la place de la République. C'est loin d'être le fiasco annoncé sur la home-page du Figaro, très loin. C'est à dire qu'à force de faire 3 millions tous les 3 jours, on se blase vite dès que l'on ne rassemble dans la rue QUE 2 millions de manifestants.

La tension est loin d'être retombée, rien ne sera oublié et, vu d'en-bas, aucune loi n'est définitive.

Quelques images - No comment - :

22 octobre 2010

Nous, le peuple.

par

On m'a demandé une fois "Pourquoi faudrait-il être fier d'être français ?", je ne savais que dire, considérant que la question contenait déjà la réponse.

Mais, il faut bien avouer que, jour après jour depuis mai 2007 constatant la politique, les propos et les méthodes du Monarque et de son gouvernement de compagnie, leur suffisance et leur mépris du peuple, chacun pourra éprouver au sujet de la nationalité figurant sur sa carte d'identité une certaine...

...honte.

Une énième étape a été franchie le 21 octobre avec le discours monarchique de Bonneval, à l'architecture directement pompée sur "la libre-antenne" d'RMC, réduisant la lutte sociale des derniers mois à quelques casseurs des dernières heures - au sujet desquels quelques doutes commencent à poindre - et le manque d'essence à la veille des vacances (enfin pour ceux qui peuvent s'en offrir).

(UMP: un programme profond et visionnaire directement puisé à la source des plus grands intellectuels hexagonaux.)

A court d'éléments de langage, le Monarque a même donne dans le sempiternel et poignant "prise d'otages" des français (curieusement renommés pour l'occasion des "gens qui n'y sont pour rien") par les syndicalistes (qu'il finira bien par assimiler à Al-Qaida).

Pour son information, voilà des otages :

Le Monarque osa même un "et c'est encore une fois les petits qui vont trinquer pour les autres!" (définissant ainsi par la même occasion les effets à escompter de sa réforme des retraites).

Avec l'entrée dans la danse de "casseurs" providentiels et la multiplication des blocages sur fond du soutien populaire de la mobilisation, le discours de l'autocrate suit la ligne éditoriale des émissions de radios périphériques (caressant dans le sens du poil le "golden retraité" à fort pouvoir d'achat, se trouvant souvent être un électeur UMP) qui, entre deux spots pour Carmignac Gestion ou Malakoff-Méderic, cantonnent la question de la réforme des retraites et le massif mouvement s'y opposant à "La France peut-elle se permettre un tel mouvement social ?" (avec invité unique : Michel Godet. Jacques Marseille n'ayant pas pu lui donner la réplique pour cause de décès) ou encore "Que pensez de la désastreuse image que La France donne à l'étranger?"

A ces deux questions, répondons par deux autres:

- Doit-on attendre, comme en 1945, la destruction complète de l'économie et du pays pour assurer la défense des intérêts du peuple ? Ce à quoi, pour la déconne, on peut ajouter : en plein budget de rigueur, Le Monarque peut-il se permettre un avion à 140 millions d'euros ? (Mais attention dans ce cas, je pourrais être traité d'irresponsable ou de populiste.)

- Qui, excepté les nigauds de service, s'interrogeait sur "l'image de La France dans le monde" lorsqu'en 2004 elle s'opposait à l'invasion de l'Irak ? Si je me rappelle bien, même à droite, les tee-shirts " fuck Bush !" étaient" so trendy" à Paris ce Printemps-là.

J'ai croisé plusieurs américains cette semaine, jeunes et moins jeunes: ils soutiennent ce mouvement qu'ils regardent les yeux ronds en lâchant un : "si seulement les gens étaient aussi réveillés chez nous !" suivi d'un "ne lâchez pas, tout le monde vous regarde !". [mode mixbeat on] On a même aperçu un David Lynch à la terrasse d'une crêperie parnassienne réjoui par les cortèges et leur étrange alchimie de colère et de bonne humeur ! [mode mixbeat off]

A cette honte républicaine, système d'exploitation de classe qui tourne en tâche de fond avec ses mises à jour de plus en plus buguées, répond pour ma part depuis quelques semaines un sentiment auquel j'étais moins habitué au sujet des français :

...la fierté d'en être.

Ce pays n'a pas renoncé. Cette succession de manifestations hétéroclites partout en France et l'accélération des derniers jours me redonnent de l'espoir dans nos capacités de résistance.

Cette jonction entre plusieurs couches de la société, redoutée par tout gouvernement dès lors qu'il représente la convergence des animosités, est en passe de s'accomplir.

Syndiqués ou non, militants ou pas, familles, jeunes qui reparlent politique, partis de gauche mêlés, métallos et secrétaires, mômes bardés de
stickers de tous les partis et décryptant les prospectus de propositions de sauvetage des retraites[1] en demandant "c'est quoi la démocratie?", retraités, infirmières, pompiers, personnel de crèche, éducateurs, même Gérard Depardieu qui ne s'est pas fait casser la gueule[2] (preuve qu'on n'est que des gentils) et surtout, les bataillons de nouveaux venus de la contestation qui, il y a juste un an, regardaient les cortèges d'un œil distrait chez Pujadas avant de zapper sur plus belle la vie : ils défendent la survie des retraites par répartition et, à travers ce combat contre une réforme au débat escamoté symbolisant à la perfection sa façon de gérer le pays, contestent l'action de destruction généralisée du Monarque[3].

Chaque manifestant, quel que soit son milieu social, sa profession, son âge, sait désormais que les vautours visent en coulisses le cadavre de la solidarité intergénérationnelle que ce gouvernement d'entre-menteurs leur a promis.[4]

Nous vivons un moment exceptionnel, difficile d'analyser à chaud, dont le mutisme, puis leur précipitation à le minimiser et à le conspuer, des spadassins à mono-neurone du Palais et leur néo-libérateur en chef, prouve la puissance.

Et les manifestations ne sont que les flammes les plus visibles du brasier. Partout, en France, les piquets, les grèves et les blocages s'intensifient (le gouvernement pédalant dans sa communication à ce sujet depuis une semaine, assurant qu'il va débloquer ce qu'il refuse de considérer bloqué). C'est ainsi qu'au moment où la réforme est votée dans un espace capitonné où la contradiction est anti démocratiquement réduite à peau de chagrin, les poubelles s'entassent contre le mur du Sénat suite à une "légère" grève !

(vendredi 22 octobre 2010 : devant le Sénat au moment du "vote bloqué" sur la réforme des retraites)

On comprends aisément pour un gouvernement (qui, étrangement, ne s'appuie sur les sondages d'opinion[5] comme il le fait traditionnellement pour passer une loi après n'importe quel fait-divers) l'intérêt de passer en force quitte à s'essuyer les pieds sur la procédure, en humiliant les contestataires et les décourager. Son crédo est simple : tuer l'espoir des français avant la Toussaint pour satisfaire les marchés. (dans l'espoir qu'une femme voilée en mini-moto ou un rom conduisant sans permis lui permette de passer à autre chose.)

(le trône de Napoléon, dans le Sénat)

Pour notre Monarque, ce mauvais rêve collectif d'"une autre société" auquel il ne comprend rien (le pauvre, il a déjà raté Mai 68) doit s'estomper au plus vite. Il souhaitait son peuple docile et stupide, nous lui prouvons l'inverse.

Ne lâchons pas la bataille. Ne nous laissons pas impressionner par une machine médiatique dans le sillage d'un gouvernement autiste prouvant par le plus raide des exemples, sa vision du progrès (travailler jusqu'à la mort) et de la démocratie (fermer sa gueule).

Oui, le monde nous regarde nous opposer à la politique des néo-cons[6] afin de préserver le meilleur d'un modèle français. Il ne fut pas conquis en restant les bras croisés

Cet automne 2010, les français ont compris que chaque "progrès", chacune des "avancées" de ce gouvernement, les ramènent un peu plus vers le moyen-âge. Il n'est jamais trop tard pour bien défaire. Être mobilisé contre la politique inique de ce gouvernement est, ce jour, le premier facteur d'identité nationale.

(pièce rare, Sénat.)

* * *


[1] Bizarrement, ils sont de plus en plus nombreux, partis, associations et syndicats, à proposer des plans chiffrés de financement de la réforme. Bientôt, seul le gouvernement n'aura pas de plan de réforme sans déficit.

[2] Alors que son interprétation d'Obélix, à elle seule, méritait au minimum une baffe.

[3] Rappelons-nous que Le Monarque est l'enfant de nos basses aspirations et de la réduction de la pensée collective au "chacun pour soi". Crédo qu'il reprend à son compte dans la gestion de la "bataille des retraites". Il se concocte une image de marque pour ses années post-présidence (celles où il fera de l'argent). Il vise à incarner "l'homme ayant réussi à ramener les français dans le camp de la raison du plus riche".


[4] A défaut de repenser son modèle et d'appliquer une vraie taxation sur le capital et les flux financiers, le gouvernement se paye sur la bête en assénant aux français les français les moins fortunés (mais avec encore un peu de rentrées) à coups de matraque démocratique (modèle télescopique : un coup le pays, un coup l'Europe) une violente cure de rigueur dont les seules vues sont celles d'un enrichissement à court-terme des courtisans. François Fillon l'a encore répété dimanche soir sur TF1 : la taxation du capital est "une escroquerie". les choses sont claires. On ne pouvait mieux remettre au grand jour la guerre des classes.

[5] Lire la page 3 du sondage BVA / Canal+ du 22 octobre et l'analyse de Gael Sliman en page 3 :"le soutien aux grèves ne faiblit pas malgré la pénurie d'essence et les débordements des casseurs".

[6] Les médias étrangers qui ridiculisent le mouvement français sont les mêmes types de média qu'ici. Ils vont juste encore un peu plus à fond puisqu'il n'y a plus de répondant en face.



Illustrations : C.Platiau, RSF, France-soir, S.Musset.

20 octobre 2010

[video] 19 octobre : "Jusqu'au bout !"

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De Place d'Italie à Invalides ce Mardi 19 octobre, ça déboule par paquet de mille sur le pavé parisien pour protester contre la réforme des retraites ("réforme" étant le nom politiquement correct pour "privatisation du machin et redistribution des pièces détachées à mes copains, voire à mon frère").

Ce qui paraissait inimaginable il y a à peine un an devient aujourd'hui, grâce au Monarque, une presque routine. Deux fois par semaine, nous sommes désormais 3,5 Millions dans la rue.

Les sens s'agitent, le gouverne ment, les Français s'inquiètent.

Une majorité de lycéens nous entoure dans cette partie de défilé. De la corne de brume, des mégaphones, de la bonne humeur colorant l'angoisse : l'autre monde[1] n'est pas fait pour le jeune homme. Le matin, une pluie fine et ambiance électrique de Nanterre à République faisait craindre l'incendie. Finalement, le ciel s'est dégagé et, hormis une intrusion violente dans un cortège de lycéens (immobilisé pour cause de bouchon de caméras au niveau du camion du PS), les casseurs de l'inutile n'ont pas fait le jeu du Monarque à Paris.

A notre arrivée aux Invalides, une délégation ministérielle nous attendait...
"Et maintenant, jusqu' allons-nous ?"

Au fil de notre déambulation, et de la vidéo "No Comment" du jour, nous avons posé la question à plusieurs représentants politiques opposés à la réforme :

- Cécile Duflot (EE)
- Jean-Luc Mélenchon (PG)
- Arlette Laguiller (LO)
- Gérard Filoche (PS)
- Jean-Paul Huchon (PS) :





18h00. Esplanade des invalides quadrillée par les CRS. De la mêlée des corps fatigués par les jours de marche, de cris et de colère, monte une voix qui ne blague pas : "la prochaine fois c'est L'Élysée !".


[1] "je rêvais d'un autre monde", Jean-Louis Aubert, Téléphone. Jadis musique de manifestation, aujourd'hui reprise comme illustration musicale du spot publicitaire de Malakoff-Médéric.



18 octobre 2010

Rioufolike

par

Je récuse la représentativité des éditocrates qui se joignent, depuis des semaines, aux manifestations de déni et de blocage du gouvernement. La vision de ces jeunes de 40 à 80 ans, mobilisés contre la révolte du peuple, suffit à me convaincre de leur embrigadement. Ces petits vieux sans âge, fruits des endoctrinements de la droite et de l'ultra-libéralisme qui compose le collectif de serviles "La retraite, mon Monarque on va t'aider à la rentrer dans leurs crânes de cons", délégitiment la spontanéité de leurs éructations réactionnaires, régulièrement erronées, sans idéaux ni slogans novateurs.

Je sais: il convient de répéter que ceux qui défilent en continu d’un plateau télé à un studio de radio, en menaçant l’économie de tous les maux si les grèves sont reconduites, ont le soutien des Français excédés. Mais ceux-là voient bien que la droite, qui prend souvent chez les moins fortunés la forme d'une taxe en plus ou d'un coup de matraque dans la gueule, tente ici un passage en force en abusant de la démocratie et en attisant les braises. Quand Ségolène Royal appelle les jeunes à "descendre dans la rue" tandis que Martine Aubry évoque "un affrontement entre le pays et le gouvernement", elles illustrent la réalité de ce qu'inspire au peuple l'Union pour le Mouvement Populaire.

Le dressage subi par ces éditocrates est tel qu'ils défendent un système par capitalisation, dont tout le monde sait déjà qu'il sera sans conséquence pour eux. Ils sont les plumeurs de dindons d'une farce qu'ils ne perçoivent même plus. La seule raison qu'ils auraient de râler à longueur d'articles et de chroniques serait de le faire contre ceux qui les instrumentalisent et leur cachent la vérité. Mais ce sont ces faussaires, qui sévissent depuis des lustres, que soutiennent ces journalistes à la bonne foi abusée par une trop forte proximité idéologique.

Leur combat est d'autant plus risible qu'un récent sondage de l'Ilfaut fait ressortir chez 90% des chroniqueurs de droite une perte de confiance dans le système de retraite par répartition, au profit de l'épargne. On y apprend aussi que 73% d'entre eux souhaiteraient défiscaliser plus pour gagner plus, contre seulement 12% à faire des émissions de service public digne de ce nom et 23% à "faire des ménages" dans des grandes entreprises privées. Ces analystes obsolètes qui se la jouent branchés, se pensant "insoumis", en rupture avec des millions de travailleurs et de futurs travailleurs bien trop conscients des acquis de leurs ainés, sont assurément les plus lénifiants.

(...)

Mazette, Vogelsong a raison : comme il est simple et reposant d'écrire comme Ivan Rioufol.

16 octobre 2010

[video] 16 octobre, no comment

par

Colère et détermination. Ils sont toujours là à braver le froid et la pluie pour faire du bruit.

Vidéo sans commentaires (autres que musicaux) de la journée de mobilisation du samedi 16 octobre 2010 contre la réforme des retraites à Paris.





Vous noterez une légère interruption du film entre Bastille et Nation pour cause de ravitaillement et débat en bistrot avec quelques camarades blogueurs il fut question de la tournure des évènements :

- La réduction du débat médiatique ces derniers jours à la seule personne du Monarque sous l'angle du "cédera-t-il ou non ?" avec son complément immédiat "bien sûr que non il ne cédera pas".

- Le mutisme d'un gouvernement[1] pourtant si prompt à l'ouvrir à tort et à travers au moindre sujet.

- Sa possible stratégie du pourrissement, à savoir attendre le débordement et la casse pour nous rejouer la partition de l'ordre et de la sécurité (alors que les seuls vrais débordements actuels sont plutôt du côté policier) et retisser du "lien" avec l'électorat déçu de droite.

- L'énorme pas en avant accompli en six mois dans la connaissance de la problématique des retraites par l'ensemble des français, y compris les plus jeunes.[2]

- La nécessité du blocage pour passer à la vitesse supérieure et régler le destin de cette réforme au plus vite (parce que c'est pas tout ça mais ca caille sévère en hiver).


Tandis que les derniers cortèges déboulaient Place de la Nation, nous apprenions (pas une surprise à vrai dire) le discret rejet à l'assemblée nationale, début septembre, de l'amendement Rugy, Mamère, Cochet et Poursinoff qui visait à aligner les retraites de nos élus sur le régime général et ce à la quasi unanimité des votes des députés présents ce jour-là ! Preuve qu'un référendum[3] sur les retraites, ça a du bon...

* * *

[1] Enfin je veux dire à part la septième compagnie des Yade, Lancar et Morano...

|2] Comme on a mal compris, l'UMP via la bouche à bêtises de son porte-parole de choc, nous promet un supplément de pédagogie.

[3] Oui mais alors un referendumounet entre potes.

5 octobre 2010

Trac sur ta retraite

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La prestation de François Fillon la veille au soir sur M6 était l'objet de toutes les conversations à la pause-café du matin au deuxième étage de la PME Pleuralol :

BARBARA
"- Holala Vincent, t'as vu la dame dans "Capital", elle ne touche que 835 euros de retraite ! Mais comment qu'on peut vivre avec ça !"

Mieux vaut tard que jamais. Il a fallu qu'M6 traite des retraites début octobre, après neuf mois de débat et cinq mobilisations syndicales, pour que l'assistante-commerciale, pouvant citer dans l'ordre inverse de l'alphabet les noms des finalistes des huit dernières saisons de "La Nouvelle Star", s'y intéresse enfin.

Boarf, elle avait vaguement entendu parler de "grèves" et de "prises d'otages par les syndicats" et elle-même avait dû attendre une heure son RER en pestant un matin de septembre mais au fond, rien de bien grave. Ils l'avaient dit au JT : si tous les autres pays réformaient ce système compliqué des retraites et que l'on vivait plus longtemps où était le problème ? Lorsqu'on la questionnait sur l'anticipation de ses vieilles années, Barbara, ayant intégré la prose libérale au biberon pour cause de proximité prolongée avec le transistor et d'excés de radiations Duhamelo-elkabachiennes, rétorquait un laconique : "Tu sais moi la retraite, je ne la toucherai jamais" réglant le problème d'emblée.

Mais Dimanche sur M6, la tension monta d'un cran, le Mister Bean du gouvernement la fit trembler. « La crise est passée par là » avait-il confié, comme ses collègues, pensant ainsi exonérer la clique de ses responsabilités dans la calamiteuse gestion politique, économique et éthique du pays depuis trois ans. Par sa candeur et son assurance, le Premier Ministre fut persuasif : chaque Français, même le plus intellectuellement limité, étant en mesure de décoder le "bande de crétins, vous allez en chier" déroulé en toile de fond subliminale sur l'exposé du budget de "rigueur" 2011.

BARBARA
" - Tu te rends compte Vincent ? Les jeunes mariés y vont payer plein pot leurs impôts la première année, c'est trop dégueulasse !"


Ayant elle-même bénéficié de la déclaration unique en 2006 lors de son mariage avec Tchoupi (Dylan dans le civil) qu'elle planifiait deux plus tôt pour bénéficier à fond de la "niche fiscale", la fin de celle-ci déchirait le cœur meurtri de l'assistante-commerciale n'ayant en revanche qu'un vague mépris pour les crève-la-dalle d'en bas gâtant la côte de son immeuble.

Après le reportage d'M6 où il fut correctement expliqué que le merveilleux système fiscal français offre aux petits ménages d'être systématiquement chopés dès qu'ils se trompent sur leurs déclarations de revenus alors qu'il est si simple pour les riches de volontairement se soustraire à l'impôt sur la fortune, l'annonce du dézinguage des retraites et de la hausse d'impôts par l'homme de Matignon mêlant miel et bâton, fit tâche.

M6 et Fillon avait gagné leur soirée : Barbara avait désormais PEUR pour sa retraite. Elle fixa Vincent, interdite. Le poisson bulle heurtait le bocal.

"- Combien que je vais toucher ?"

* * *

Ce n'était pas la première fois que Barbara était en proie à ce que dans le jargon des glandeurs, nous appelons une "panique de retraite". Le fameux "on achète pour capitaliser pour nos vieux jours" restait l'argument phare des primo-accédants à la signature de l'acte d'achat du T3 avec vue sur la décharge. Ils oublièrent un peu vite que, à moins de vouloir vivre sous les ponts (ce qui est contrindiqué en terme d'espérance de vie) la vente de leur logement impliquerait le rachat d'un autre et que, comme le constatait depuis peu dans PAP, Barbara néanmoins fière de la montée à l'argus de "leur" bien dont il ne restait qu'une petite vingtaine d'années à régler :

" - Oh bah zut Tchoupi, y a tout qui a augmenté pareil !"

* * *

Café fini, Vincent froissa son gobelet et le "dunka" à la Tony P. dans la corbeille à étiquette "un bon salarié trie ses déchets" avant de s'adosser à la machine. Il se passa la main dans les cheveux laissant apparaitre, en représailles olfactives, une majestueuse auréole sous ses aisselles :

VINCENT
" - Fais comme moi, prends une complémentaire."


BARBARA
"- Une quoi ?"

VINCENT
"- Un plan d'épargne pour la retraite, un truc privé où tu cotises et tu t'assures un blindage pour quand t'es vieille."

Barbara poussa le miaulement d'évidence de celle qui se remémorait un des reportages de "Capital" sur "le business des marchands de retraites" ayant entrecoupé la Fillon-parade de la veille. Était-ce avant ou après la publicité pour Malakoff-Médéric ? Elle ne sait plus trop mais qu'importe.

A la bonne heure ! La retraite privée ne concernait pas que les riches. Comme pour l'école privée, synonyme de sécurité et d'efficacité, à force d'économies, elle aussi pourrait y accéder. La peur à peine née mutait en désir et le désir se cristallisa en frustration pour cause de budget conjugal intégralement fondu dans l'appartement et à la voiture à rembourser :

BARBARA
"- Mais qu'est-ce que tu crois Vincent ? Je n'ai pas les moyens."

Vincent lui fit le clin d'œil type "Oxbow-Quiksilver" qui avait fait de lui une légende en 4e B .

VINCENT
" - T'y arriveras Barba."

Puis, il regarda sa Kelton.

VINCENT
" - Allez... c'est pas tout ça mais on a du boulot."


Vers 18 heures, sur le chemin retour de Pleuralol, la frustration tournait à l'obsession. Barbara n'eut plus qu'une envie : cotiser en solo pour une retraite privée. Fallait qu'elle en cause à Tchoupi.

Le Premier Ministre, bien moins détesté que son Monarque, brillait dans la vente au détail des idées fétides. Avec la collaboration de la chaîne star des 20 - 40 ans (l'audience la plus dangereuse, si elle venait à se mobiliser) il titillait sans esbroufe les deux mamelles de l'achat : la peur et le désir.[2]

Au royaume du paraître, du crédit et de l'emploi volatile, à la peur de ne pas toucher sa retraite collectivement répondrait le désir pour chacun d’en toucher une mieux que les autres. "L’espoir d’une bonne retraite" possédait les qualités requises pour devenir un bien de consommation comme un autre, partageant cette probabilité avec le téléphone mobile ou l'écran LCD de tomber en panne la deuxième année suivant sa mise en service.[1]

Autant de questions que Barbara ne se posait pas. Arrivé au RER, la tête embrouillée par la multitude des complémentaires et des programmes télé de la soirée, elle vit une annonce de service : plusieurs syndicats appelaient à la grève reconductible, à partir du 12 octobre, contre la réforme des retraites.

" - Oh non, pfff pas encore ! Ils ne pensent vraiment qu'à eux !"


* * *


[1] La retraite privée ayant cet énorme avantage pour ceux qui la vendent d'être régulièrement et intégralement encaissée avant le premier versement, ce qui ouvre tant d'horizons boursiers AA++, ou pas.

[2] c'était si achevé qu'elle ne perçut pas le principal tour de passe-passe du budget.

2 octobre 2010

[video] Retraites : faire de la surdité, une cause nationale

par
"3 millions de manifestants selon les syndicats, 899 000 selon le ministère de l'intérieur. " La classique sous-estimation balancée sur les ondes au moment où la colère monte d'un cran dans les rues de France est pensée, répétée, pour tapisser les cerveaux et ne pas troubler les certitudes de la dernière poche électorale du Monarque qui, entre le gigot, une bonne blague sur les roms et le pousse-café à discuter entre amis aux valeurs actuelles sur les possibilités de défiscalisation du 4X4 de Madame acheté le matin même au mondial de l'auto, vit dans d'autres rues à l'abri des bruits qui dérangent. Ne pas se démoraliser pour si peu.

Quelques constats à chaud sur l'édition parisienne de la nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites ce Samedi 2 octobre :

- Ici, il m'apparait que c'est la plus forte des trois dernières manifestations avec, samedi aidant, l'arrivée massive des familles avec enfants. Dans le cadre de la réforme, la montée des revendications axées sur les femmes (8/10 parmi les retraités pauvres). On y croise également de plus en plus de blogueurs. Et le niveau sonore, lui, a encore pris des db.

Quelques images "No comment" vers Bastille :



Si,si. Nous tous pouvons encore résoudre les problèmes auditifs du gouvernement.

22 septembre 2010

Nous ne vieillirons pas ensemble

par
Le maire PS d'une commune d'Ile-de-France se tricote un petit buzz perso en plein Alzheimer day. N'ayant rien d'autre à combattre à la veille de la mobilisation sur les retraites : il veut proscrire de sa commune la nouvelle campagne publicitaire (soit 17 affiches dans son patelin) d'une radio de djeunz[1] mettant en scène des adolescents grimés en personnes âgées, accompagnés du slogan :

"Ne vieillissez pas trop vite."

Interdire cette forme ultime de liberté d'expression du plus riche qu'incarne la publicité, c'est bien, mais allons plus loin Monsieur Le Maire. Bannissons l'intégralité du secteur de ces agressions sonores, visuelles et auditives aux mains d'impostures surpayées et auto-flatulentes, mercenaires du mensonge et collaborateurs de toutes les escroqueries, pompant le talent des autres et n'ayant jamais rien inventé (si ce n'est dans les années 80, la stupide, puisque de Séguéla, idée qu'ils représentaient l'aboutissement de la démocratie).

Même si j'en connais qui s'ennuieront, l'éradication de la pollution publicitaire nous apaiserait le cerveau et contribuerait à faire chuter les taux de surendettement et de délinquance, petite et grande, liée au vol et au trafic d'objets ou de fringues de marque.

Non ?

Non. Le casseur d'affiches a l'indignation sélective expose dans diverses tribunes les raisons de la colère. Attention, planquez les enfants :

"Les personnes âgées n'ont pas à subir cette agression publicitaire qui suggère que la vieillesse est une maladie"
.

"Nous devons dire stop à cette dévalorisation systématique du grand âge et ce jeunisme permanent. Nous sommes dans une société vieillissante, il faut l'assumer positivement" [Le Monde]

« Les personnes âgées n’ont pas à subir cette agression publicitaire dans les bus qu’elles empruntent ou dans les abribus situés en face de nos maisons de retraite » [Le Parisien]

Le pourfendeur du jeunisme, interviewé le 20 septembre dans l'édition spéciale sur Canal+ va même jusqu'à déclarer, avec une finesse d'analyse elisabethlévyesque, que cette campagne "fait le jeu du front national."

Bref, une affiche aussi violente, ça bouscule le bien-être de la France gériatrique, heu pardon de ces "seniors" qui règnent d'une canne de fer sur à peu près tous les pans de la société, y compris, gentil maire socialiste en retard de 1936 combats, sur le monde de la publicité.

(Dis donc... Il a raison Le Maire : à en juger les publicités, ça a l'air vachement cool la vieillesse.)

Disposant du pognon, du temps libre, de l'épargne et du patrimoine, le "senior" est un très gros consommateur, une cible privilégiée des annonceurs. Mais le "senior" est également un acteur fréquent de la réclame pour y promouvoir une pilule anti-rides, une croisière en Thaïlande ou un yaourt au gingembre. Il y apparait, 11 fois sur 10, customisé en "jieux", jeune à cheveux blancs d'âge indéfinissable, quelque part entre 40 et 65 ans. Ce qui n'est probablement pas scandaleux, Monsieur Le Maire, dès lors qu'il s'agit de faire la promotion d'une assurance retraite complémentaire.

(Si c'est une banque qui le dit, où est le mal ?)

Le "junior", lui, est invité à baisser les yeux sur la domination publicitaire des vieux et à fermer sa gueule sur ses conditions de vie dégradées, ses stages sous-rémunérés et ses contrats lance-pierre qui n'en finissent jamais, sur le chômage dont il est la principale victime, les loyers exorbitants dont il doit s'acquitter auprès des gentils ainés à ne pas brusquer dans leur quiétude bien méritée, sur la nature de cette politique de la rente accompagnée de réformes sociales et législations sécuritaires qu'il prend systématiquement dans la face.

Quant aux enfants, ils sont priés d'attendre, devant leur offre de téléchargement légale et dans le respect des valeurs du marché accompagné d'un flic armé en cours, que leur "choix de citoyenneté" se réduise à deux options : être coupable à 14 ans ou entrepreneur à 16.

("Don't judge a book by the cover")

Pour leur retraite, les jeunes sont également encouragés à laisser tomber : c'est une affaire de vieux. Tel que c'est engagé, pour que perdure quelques années encore le jacuzzi de jouvence des retraités dans la place, les générations d'en-dessous, piétinées, s'enfonçant dans la mort au travail, l'absence de soins et la mal-bouffe, ont toutes les chances de ne jamais avoir à subir ce drame intolérable.


(La publicité ? Un bon révélateur de l'état de notre société.)


[1] La radio et l'agence de publicité sont dirigées par des proches du Monarque.


guerre des générations

14 septembre 2010

Vie de droite : à la bibliothèque

par
Le paquet d'excédés s'accumule au guichet "retour" de la bibliothèque municipale au centre de Metropolis. Déjà trois bonnes minutes que ça râle.

A la source du bouchon, retrouvons, tremblante et énervée, Marthe Mirabeau, petite dame mécontente à sonotone et gilet de 81 ans. Elle est accompagnée de son auxiliaire de vie, la jeune Khadijatu qui attend d'une sagesse résignée que l'orage passe, en espérant ne pas choper trop tard ce RER lui permettant de regagner sa banlieue bien éloignée.

Marthe frappe le lino avec sa canne en criant sur l'employée sur tabouret

MARTHE MIRABEAU
- "Mais enfin puisque je vous dis que je ne l’ai pas ce livre !"

La voix de Marthe est chevrotante, mue par la colère, l'injustice et la surdité. Dans l'étuve de ce samedi après-midi de fréquentation maximale, Marina, la jeune préposée à la bonne réception des ouvrages rafraichit à nouveau la page de son ordinateur. L'écran lui présente, encore et toujours, la même injonction au sujet de la vieille dame de sale humeur entre l'insulte et les pleurs : Carte bloquée.

MARINA
- "Madame Mirabeau, résumons... Pour ce livre, c'est réglé."

Marina saisit le bouquin, "Spleen Gaulois" de Rico Mazzour et le range dans le casier retour.

MARINA
- "Mais pour la quatrième fois... on ne peut plus rien vous prêter, il nous manque toujours "Pour la nation" d’Eric Besson."

MARTHE MIRABEAU
- "Mais enfin, bon sang de bois, je ne l'ai pas ! Assez de me persécuter !"

MARINA
- "Ce qui est bizarre Madame Mirabeau, c'est que "Spleen Gaulois" soit sorti avec votre carte le même jour à la même heure que "Pour la nation" d'Eric Besson, deux livres rangés côte à côte dans nos rayons."

MARTHE MIRABEAU
- "Mais…à la fin non. Je ne sais même pas de quoi vous parlez. Pour la quoi ? Eric comment ? Je ne sais pas qui c’est. Je ne sais même pas à quoi il ressemble ce bouquin ! C’est rageant à la fin. J'ai comme le sentiment que vous essayez de m'escroquer mademoiselle ! Faut pas me prendre pour une idiote, je sais défendre mes droits."

MARINA
- "Nous ne pouvons pas nous tromper. Tous nos livres sont fichés, badgés électroniquement, avec un code-barre et un scannage informatique des entrées et des sorties."

Se félicitant d'être entrée à ce poste de bibliothécaire à temps partiel après deux ans de recherche d'emploi et trois de stage, Marina ne pensait pas que la tâche se révélerait si compliquée : Réduction du budget culture de la municipalité, informatique lente, ventilation en carafe, manque d’air, promiscuité et, comme aujourd'hui, campement sauvage devant son guichet d'adhérents illégaux.

Néanmoins, fort de son double master en communication, Marine tente l'apaisement avec la vieille d’âme sèche.

MARINA
- "Madame Mirabeau, Vous êtes certaine d’avoir bien regardé dans votre maison si vous ne trouviez pas cet Eric là caché sous quelques affaires ?"

MARTHE MIRABEAU

- "Ah bah ça c’est fort. C’est à moi de trouver ce livre que je n'ai pas perdu ?"

Marina, n'ayant pas l'autorité pour faire un crédit littéraire dans une bibliothèque ( gratuite pour les plus de 60 ans) arrive, en bout d’argumentaire, à lui relire la nature du message barrant son écran en rouge : carte bloquée, récidiviste.

MARINA
- "C’est embêtant, moi je ne peux rien faire. Votre carte sera désactivée tant que vous n’aurez pas retrouvé « Pour la nation » d'Eric Besson."

MARTHE MIRABEAU
- "Mais enfin puisque je vous dis que je ne l’ai pas ce livre !" Hurle-t-elle comme si quelques "peunkes" [1] tentaient un viol sur sa personne. Dans sa fougue approximative, elle envoie un coup de canne dans le tibia de Khadijatu, serrant les dents.

MARINA

- "Bon écoutez...Il va falloir que vous le rachetiez assez vite..."

MARTHE MIRABEAU
- "Mais ça ne va pas non ! Je ne vais pas taper dans ma retraite pour rembourser l' incompétence de votre machinerie."

MARINA
- "Faites-comme vous voulez, mais pour l'instant vos droits sont suspendus dans cette bibliothèque."

MARTHE MIRABEAU
- "Quoi ! Me déchoir de ma carte fidélité ! Je voudrais bien voir ça !"

MARINA

- "Madame, le système me signale que c’est le quinzième livre que vous ne reportez pas en deux mois. Quand votre carte sera débloquée, puisque vous ne nous croyez pas, vous noterez vous même sur un papier tous les livres que vous empruntez avec la date de sortie et celle du retour prévu."

MARTHE MIRABEAU
- "Ah bah ça, c’est la meilleure !


Elle se tourne vers les trente patients dont la lecture avant la fin du mois des ouvrages qu'ils empruntent aujourd'hui est suspendue à une négociation de trêve entre les belligérants.

MARTHE MIRABEAU

- "Moi j'oublie des livres, vous entendez ! De mieux en mieux !"

Marina hausse les épaules, échangeant le même regard accablé avec Khadijatu.

MARTHE MIRABEAU
- "Non mais on croit rêver ! Quel scandale ! J'en parlerais au Maire, il est de droite vous savez. J'ai des relations moi. Ce pays perd vraiment la raison et ses moyens. On voit bien où nous mène la chienlit du laisser-aller communiste s'infiltrant partout..."

Elle se tourne vers l'audience, agrégat bordélique de soupirs, de début de pleurs, de pitié, d'envies de meurtre, de billet de blog et de bras croisés.

MARTHE MIRABEAU

- "La Paralysie, je vous dis !"

Silence dans la bibliothèque, des bambins pétrifiés par le Kraken à gilet brodé appellent leur maman au bac à bédés. Marthe Mirabeau se ressaisit. Elle soupire en réajustant, pensive, son sonotone :

MARTHE MIRABEAU
- "Enfin bon... Qu'on en finisse, mon programme commence à 18h20. Comme chaque samedi, préparez moi une andouillette, deux pieds de porc et des abats pour Théodore. J'enverrai un domestique les chercher tantôt."

Détournant son regard de l'outrecuidante, Marthe saisit sa canne et sa Khadijatu. La tête droite, les idées franches, fière d'avoir moralement triomphé des forces anti républicaines mettant en péril la cohésion de la société, elle quitte, satisfaite, la bibliothèque sous les applaudissements nourris et soulagés.

VDD.


[1] prononciation validée par Francis Veber.

10 septembre 2010

Retour de flamme

par

D'autres détailleront l'indigeste première partie du "débat" spécial retraites de l'émission politique "A vous de juger" sur France2 jeudi dernier : confit de Fillon servi au miel de journalisse et mithridatisé à la même éditocratie de salon de thé qui cachetonne en trois huit depuis la rentrée, des plateaux télés aux radios périphériques, pour nous faire la pédagogie aveugle de la réforme qui nique. Je n'ai pas vu le début, j’étais alors confortablement calé sur la 3 et ses « Incorruptibles » où la question des traitres et des fayots est réglée à la batte de base-ball.

Mais, à 21h40, alléché par un live-twitt de haute volée, je zappe sur l'intervention surprise d'une Ségolène Royal au Vitascorbol, remplaçant les têtes du PS sur le plus gros dossier social du moment : les retraites.

Chamboulant la Chabot Medefo-encastrable et réduisant en copeaux un Jean Boissonnat, en visite de maintenance annuelle hors de sa crypte cryogénisée, la présidente socialiste de la région Poitou-Charentes appuie là où ça fait mal et rétablit un peu de vérité là où je ne l'attendais plus, après une heure de castration mentale UMP (avec risque d'un fort taux de déroute des spectateurs vers les "Incorruptibles").

Dans cette dense demi-heure, étonnant moment de télé, celle dont son camp sous-estime les capacités de connexion populaire, revient sur l'essentiel soulevé et piétiné par cette réforme, ce qui est classiquement escamoté de ce type de débat-show bidon:

- La casse des acquis que la droite n'a jamais supporté et sur l’attente en coulisses "des fonds de pension, des assureurs privés et des banques [...] tapis dans l'ombre pour mettre la main sur le pactole".

- Le prétexte "fallacieux", et largement exposé dans l’émission par Fillon, que l’âge de départ à 62 ans résoudrait tous les problèmes de déficit. Elle rappelle à toutes fins utiles que le même assurait, en 2003, que sa réforme d'alors garantirait le financement des retraites jusqu’en 2020. Le même reprend aujourd'hui la ritournelle alors que la nouvelle réforme ne les financera que jusqu'en 2017 (date autorisant au Monarque un deuxième et dernier quinquennat pépère où il pourra pleinement se consacrer à laisser une trace de slip dans l'histoire).
A propos de mensonges et d'incompétence, Royal rappelle que « les réformes passées Balladur et Fillon cumulées ont abouti à baisser le niveau des pensions de 20%. ». Toujours bon à garder en mémoire.

- L’absurdité de devoir attendre 67 ans pour bénéficier d'une retraite à taux plein dans un pays qui compte un chômage record des plus de 55 ans et des moins de 25.

- La remise en cause des pseudos exemples étrangers, le fameux « ils l’ont bien fait ailleurs ». On oublie de préciser les effets au quotidien de cette privatisation des retraites (par exemple, depuis 2008, la classe moyenne américaine, jeune, tape de plus en plus fréquemment dans son épargne retraite pour… consommer) et les risques inhérents à ces épargnes individualisées instantanément misées dans le casino boursier.

"Je ne veux pas que les salariés aient à la fois subi la financiarisation de l'économie [...] et aillent alimenter par leurs cotisations des fonds de pensions qui demain vont peut_être faire faillite, qui vont à nouveau se balader au niveau de la planète des prédateurs des entreprises délocalisées."

Pour les complexés d'une herbe qui serait plus verte ailleurs, elle rappelle qu'une fois la réforme passée « nous serons le seul pays qui cumule la contrainte de l’âge […] plus la durée de cotisation la plus longue d'Europe

- Le silence révélateur du Medef dans cette réforme. Je cite : « On n’entend pas le Medef, parce que la réforme de François Fillon EST la réforme du Medef : Mettre a bas la retraite à 60 ans, mettre à bas la retraite à 65 ans à taux plein et taxer les salariés. »

- Les premières victimes de la réforme : « Quand vous remettez en cause la liberté, non pas l’obligation, de prendre la retraite à 60 ans, vous frappez les ouvriers, vous frappez les petits employés, vous frappez les femmes qui ont déjà des durées de vie [de cotisations] incomplètes, des cadres qui ont eu des durées d’études longues. » [...] « Ce sont les plus faibles, les plus pauvres, les ouvriers, les employés et même les malades (puisqu'on refuse d'intégrer la pénibilité des tâches) qui sont appelés à financer les retraites et ça, c'est insupportable et nous devons nous battre, le dos au mur.»

- Posant LA vraie question : « Comment se fait-il que les revenus du capital ne soient pas appelées au co-financement des retraites et cela d’autant plus qu’il y a 30 milliards d’exonérations de cotisations sociales dont profitent les entreprises ? »

- Repointant la fameuse valeur travail si chère au Monarque avant qu'il ne la piétine: « Leur travail [des ouvriers] a enrichi les actionnaires, leur travail a permis de revaloriser le capital de l’entreprise, leur travail a enrichi les détenteurs du capital de l’entreprise [...] donc la partie du salaire qui s’est transformée en capital ou en revenus pour les actionnaires doit contribuer au financement des retraites. »

- La peur et la résignation conditionnée des français qui « ont tellement été macérés dans une propagande », notamment ceux de moins de 40 ans de plus en plus nombreux à déblatérer le laïus classique qui contente les casseurs d'acquis « ouais bah de toutes les façons, on les aura pas nos retraites… ». A ceux-là, elle lance un: « Même quand vous êtes le dos au mur et bien nous devons continuer à nous battre».

Ségolène Royal déconstruit les thèses au formol des détenteurs de la grosse thune au point qu'Arlette Chabot (à qui, après sa pitoyable prestation, je conseille la retraite anticipée pour pénibilité à taux plein chez le spectateur) tente de la tacler. Sans succès: le diesel est lancé.

Puis, Jean Boissonnat se réveille:


HIBERNATUS
« - Si vous arrivez au pouvoir dans 2 ans, est-ce que rétablissez la retraite à 60 ans ? »

Elle rétorque un « solennellement, je vous dis oui » à haute teneur présidentielle, résonnant sec comme un couperet jusqu'à Washington.

Et tout s'enchaine...

SEGO, crochet du gauche
"- Au nom de quoi ceux qui possèdent des actions, des stock-options ne cotiseraient pas. Monsieur Boissonnat ?"

HIBERNATUS, esquive molle
"- Ça ne fait pas des masses de français ces gens-là."

SEGO, kick flip rotation latérale bing dans les chicots fallait pas m'énerver papy
" - Oui mais ça fait beaucoup d’argent, Monsieur Boissonnat [...] La cour des compte a évalué à 25 milliards la fraude fiscale des plus riches [en fait c’est plus], c’est presque le besoin de financement pour les retraites cette année. »

Boissonnat se rendort pour 3 ans. Chabot (genre d'arbitre partial seule à même de pouvoir faire gagner l'équipe de France de foot 38 à 0) est dépassée (c'est à dire que le travail, les retraites toussa, c'est pas son truc à Arlette, plutôt spécialisée dans la récitation d'évangile grassement rémunérée) et rebalance du TINA à grandes cuillerées dans la machine à essorer les cerveaux:

CHABOT, lave plus beau
- « On a l’impression que taxer les riches, c’est le miracle et qu'on va régler le problème des retraites. Y a encore de l’argent à trouver. »

SEGO, coup de boule
« - Et taxer les pauvres, c’est le miracle ? " J'aurais ajouté "connasse" mais bon ça aurait pas fait classe.

CHABOT, mais où est donc passé mon "Que sais-je : il faut sauver les riches." ?
« - C'est pas un discours un peu archaïque ? Euh, c’est ce que dit l’UMP. » [merci de la précision]

ROYAL, Steven Seagal m'a tout appris.
« - Oui, pour l’UMP tout ce qui est justice sociale est archaïque. »

Le reste est à l'avenant, saupoudré de phrases qui frappent juste: « On est passé de la précarité du travail à la précarité des retraites. » « La retraite c'est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas.» « C'est au-delà du mouvement syndical, cela concerne tous les français. »


Y a pas, l'intervention a une incontestable gouache de gauche. L’analyse sans failles, carrée. Ségolène Royal construit mieux ses prestations télé que ses sites internet. Bon, n'oublions pas la machine du parti, le western des primaires et les voix qui ne manqueront pas de susurrer "mais non, c'est du chiqué". Là n'est pas la question. Objectivement, il y a bien longtemps que je n'avais pas entendu, à une heure de confortable audience, un discours aussi implacable, sans ambiguïtés, et intelligible sur la question des retraites de la part d'une tête du PS.

Panique à Solférino donc, car ce soir j'ai le sentiment que les pronostics sont perturbés.

Duhamel l'a bien senti en concluant, comme depuis quatre décennies, l'émission d'une de ses poussiéreuses considérations boursouflées sur les prochaines présidentielles[1] :

ALAIN DUHAMEL (dont la persistance télévisuelle, couplée au jurassique de l'analyse sur fond d'incontinence verbale, reste, avec le carton de René La Taupe, un de ces insondables mystères du monde moderne):
" - Si DSK veut y aller, personne au PS ne pourra s'y opposer."

Suffisante incarnation sur tabouret de la république gériatrique qui n'a de cesse nous persuader qu'il ne sert à rien de débattre, de lutter ou de voter puisque tous les arguments, les réformes et les résultats sont dictés par le "bon sens".


[1] qui, dans son livre de 2006, où il pronostiquait douze prétendants à la présidence en 2007, n'avait pas inclus... Ségolène Royal. C'est te dire la tronche de l'oracle.

En complément chiffré : Royal reboot, Intox2007

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