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26 mai 2014

Europe : Caramba ! Encore raté !

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Regardez donc cette belle carte de lendemain d’élection européenne ! En bleu Copé c'est la France de droite, en bleu Marine celle d'extrême droite. Bon, on se rassurera en se disant qu'il y a plus d'un électeur sur deux n'est pas allé voter, mais ne chipotons pas : vote d'adhésion ou non, une élection a horreur du vide des urnes, le FN est donc ce dimanche le premier parti de France. C'est d'une logique aussi cruelle qu'implacable.

Première impression à chaud en découvrant sans surprise les résultats : quel gros succès cette Europe forcée qui voulait éviter la haine entre les peuples et se retrouve à booster les nationalismes un peu partout !  Les gars, va falloir sérieusement repenser le positionnement marketing parce que là, plus personne ne croit au produit et ça va finir en guerre vos conneries.

Bon. Je vous fais le film de la journée :

L'escadrille des experts en espadrilles sur plateaux télés nous répétera que Les Français ont mal voté, sans l'once d'une autocritique après des semaines de tapis rouge offertes au mépris de toute égalité de temps de parole à Le Pen père, fille et nièce. (Bon, à leur décharge, il n'y a quasiment que le FN et quelques petits partis qui ont réellement fait campagne).

Le gouvernement va pouvoir remballer ces annonces de dernière minute totalement contradictoires avec la politique menée depuis des mois (le décret Montebourg de protectionnisme sur les cessions, l’annonce de la baisse de la fiscalité pour un million de ménages modestes…) et continuer à vouloir "aller encore plus vite", en fonçant tête baissée dans le mur de sa croissance inaccessible et de sa dette impossible à rembourser.

Les Eurobabas péroreront en rond que ce serait pire sans l'Europe (va savoir on aurait peut-être le FN à 50%) et que la monnaie unique c'est important tu vois. ("- Oh mais zut, c'est ballot, on n'a pas harmonisé les cadres sociaux et fiscaux dans chacun des pays en amont ! - Mais t'inquiètes, ce que l'on n'a pas réussi à 6 pays, on le réussira à 28 ! - C'est pas comme si l'Europe avait été pensée pour organiser une délocalisation décontractée et une compétition sociale entre pays. Non, non...").

Les philosophes nous diront qu'il faut multiplier par deux les séjours Erasmus et les films de Cédric Klapisch pour amadouer ces jeunes qui votent majoritairement FN. ("Etudier au soleil, c'est cool l'Europe, je vote pour. LOLILOL ! Ah mais zut, j'ai pas le moyen de me payer des études ailleurs déjà que je peux pas me loger dans mon propre pays. Flutalor !").

Les Eurosceptiques vont pavoiser. Et je n'en suis pas. Je ne me félicite pas de se résultat, mais honnêtement je n'en voyais pas d'autre possible vu la politique intérieure et le contexte économique.

Dans le concerto des analyses post-claque, j'espère que l'on n'oubliera pas la date fondatrice de la rancœur. Ce jour du 29 mai 2005 lors d'un référendum populaire (au "oui" programmé par le haut) où les Français disaient clairement "non" à un traité constitutionnel européen signifiant, à tort ou à raison, la perte de leur souveraineté. J'espère que, au milieu des lamentations, l'on n'oubliera pas non plus deux ans après la ratification à l'identique et en catimini de ce traité par nos gouvernants.

Et depuis quoi de neuf ? Des pays qui s’écroulent économiquement les uns après les autres, des profits colossaux pour les banques et les grosses sociétés toujours plus mal redistribués, une explosion de l'optimisation fiscale et des plans sociaux, une Europe brandie comme un totem non négociable derrière lequel se planquent, couards, nos responsables se débarrassant de leur pouvoir pour n'en garder que la représentation... C'est la non-remise en cause même à minima de ce mécanisme pensé exclusivement pour les marchés, et donc contre les peuples (ressenti en tant que tel en tous les cas), qui propulse aujourd'hui un parti anti-UE comme représentant principal de la France au Parlement européen. Euronique non ?

Je n'aurai de cesse de rappeler cette loi basique, simplement humaine : qu'ils soient jeunes ou vieux, stupides ou non, racistes ou pas, on ne traite pas les hommes comme des chiens[1].

A la fin, ils mordent.


[1]  J'ai conscience des limites de l'analogie, les chiens des européens étant probablement mieux traités que les européens eux-mêmes.

12 août 2011

Le grand stress-test du peuple

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La criseTM : redoutable concept marketing consistant à requalifier les causes en conséquences et les coupables en victimes[1].

La criseTM est repartie pour un tour.

Cette fois, ce n'est plus la crise des banques, mais la crise des banques + celle des Etats. Bref, l'occident va exploser en millions de morceaux de pauvres. L'évènement est à la hauteur des mesures prises : le Monarque fait un saut de jet à Paris depuis le Cap Négre pour faire la photo au JT et puis s'en va, tandis qu'il laisse Happy Baroin menacer de son verbe mou les méchants marchés. Alain Minc propose l'organisation d'urgence d'un scrutin démocratique pour que les dirigeants s'élisent de nouveaux peuples (plus solvables cette fois). L'AMF suspend les ventes à découvert sur le secteur bancaire... pour 15 jours en août ! Le service public inonde ses antennes avec son nounours anti-marasme, Elie Cohen. Tandis que la journaliste (et ex de Happy Baroin...it's a small small world) lui demande chaque soir, avec l'intonation inquiète des nuits de Téléthon"quand les marchés seront-ils sauvés ?", l'expert du canon à guimauve valiomise les petits épargnants pour désamorcer tout risque de bankrun : les banques françaises, jusqu'au cou dans la fosse septique des dettes souveraines, perdant tout crédit.

Le spectacle, son et image, "peur sur les marchés" de la semaine passée se résume ainsi : pour sauver le systèmeremboursons nos dettes d'états. Et plus vite que ça.

Pour éviter l'apocalypse d'un système pourtant en échec continu, L'Etat va taxer. On te l'a répété sans nuance avec force images de courbes en plongeon, de traders stressés, d'analystes économiques en pleurs dans la salle du casino boursier, en pleurs parce que "le politique se mêle de finance" : tu dois te responsabiliser. Avec un peu d'effort sur 10 ans, tout va rentrer dans l'ordre. Le président va se représidentialiser, le capitalisme se remoraliser et John Lennon entamer une tournée best-of à la rentrée avec Grégory Lemarchal au kazou et FX de Secret Story à la cithare.

Nous trouverons une solution, semble vouloir confusément exprimer un Monarque muet. Réfléchissons. Et reprenons la pensée de ce qui se fait de mieux sur le marché de la dégustation de Perrier rondelle dans les conseils d'administration et les cafétérias climatisées des puissants : Alain Minc. La solution à la crise c'est la guerre ou l'inflation. Et l'inflation, c'est hors de question, les créanciers auraient bien trop à perdre. Donc pas d'inflation. Enfin, pas d'inflation générale. Puisque l'inflation des coûts est déjà bien effective pour la tranche la plus faible de la population, tandis que la plus aisée en bénéficie via, par exemple, l'immobilier. Tout augmente sauf tes revenus. L'ai-je déjà dit ? Dans le doute, j'insiste : le capitalisme c'est génial. Elie Cohen, lui, propose de mutualiser les dettes européennes et de fédéraliser les budgets des pays de la zone, pour en faire... des Etats-Unis. Ça marche tellement bien. (Et ce sera "l'éclate totale", quand il n'y aura plus que l'Allemagne et La France pour rembourser toutes les autres dettes des pays européens en défaut).

Retour à la case départ : on va taxer. A défaut d'interdire pour stopper l'hémorragie (une piste aussi simple, tu n'y penses pas ?) les CDS, ventes à découverts, paris sur dettes souveraines à la baisse et autres sophistications boursières qui ne produisent rien si ce n'est d'extrêmes nuisances sur les peuples (oui mais pour Elie Cohen, taxer les transactions c'est pas bien, ça les ferait disparaître. Zut alors), pourrait-on au moins taxer la salle des jeux pour spéculateurs, les transactions à la nanoseconde, les flux incessants de pognon virtuel ? Avec les milliards brassés à l'heure, il y aurait là pour les états de quoi se refaire la cerise. Penses-tu, l'évocation d'une taxe 0.1% est déjà une antique légende urbaine prompte à terrifier les gourous du meilleur des systèmes. Quand le type au RSA, ce criminel à qui notre gouvernement de la justice sociale promet un fichage de délinquant, qui consacre 100% de ses revenus à sa survie immédiate, est taxé à 19.6% sur ces 400 euros mensuels via le plus injuste des impôts promis à être augmenté et nommé TVA[2], le spéculateur, lui, n'est pas taxé. Quant au riche, il l'est proportionnellement peu. Taxé j'entends, car spéculateur il l'est souvent : vu qu'il est riche et que son désir de survie à lui, se résume à cette insatiable urgence de ne pas avoir moins donc d'amasser toujours plus. Comment reconnaître un spéculateur ? Simple : dans la confusion et la panique des marchés, le politique et son relais journalistique l'appellent "investisseur". Il est de la même famille que cet autre "investisseur" : le très riche. Lui, il ne faut pas le faire fuir du pays, parce que sans lui ce serait "un coup dur pour l'économie"[3]. Il parait. Le très riche, on lui aménage des boucliers fiscaux, des niches à gogo, des allègements d'impôts, des suppressions de droits de succession. Même que ça creuse grave le déficit de l'Etat (celui qui a explosé comme jamais depuis 2007). Alors, pour combler le trou béant, le politique lui re-emprunte, avec intérêts, cet argent dont il lui a fait cadeau en arrivant au pouvoir au nom de la stimulation d'une croissance censée résorber la dette, mais qui ne l'aura qu'aggravée (vu qu'on lui a fait plein de cadeaux à "l'investisseur", tu suis ?). Là, ou ça devient vraiment fun c'est que, concentration des richesses oblige, ces deux "investisseurs" (qui, cumulant cadeau sur cadeau de l'Etat, ont quand même de belles tronches d'"assistés") sont parfois les mêmes et qu'ils n'investissent au final que dans le cadre d'un enrichissement personnel toujours plus indécent, et dans les multiples sophistications pour s'éviter d'en rétrocéder le moindre dividende à la collectivité.

Certes, il n'y a pas que des très riches et des types au RSA dans ce pays. Il y a entre les deux, une classe moyenne (tu ne crois pas que tu allais t'en tirer à si bon compte):

- Avec son niveau supérieur, dévoué à singer les riches. On reconnait souvent la classe moyenne supérieure à ce qu'elle se plaint de payer trop d'impôts, ou, du fond de sa retraite, que "La France" ne travaille pas assez. C'est elle qui spécule dans du Scellier et pleure à l'arnaque trois ans après accusant la gauche (et les "autres") de tous les maux de la société. On y retrouve beaucoup d'électeurs de notre Monarque.

- Avec son niveau inférieur. La classe moyenne inférieure n'est en fait pas assez riche pour prétendre vraiment à l’appellation de classe moyenne. Elle n'est moyenne que par son nombre et l'uniformisation de ses ambitions, dictées par les Minc à la petite semaine qui trustent les écrans entre deux publicités pour le nouveau 4X4 à 30 euros par mois : rejoindre la classe moyenne supérieure, sinon c'est le "déclassement". Le Monarque a bien compris l'intérêt de séduire ses rangs, par la promesse de "plus de pognon" (arnaque 2007) ou la stigmatisation des "assistés qui vous ont volé tout le pognon que je vous avais promis" (arnaque 2011).  Cette chair à canon est essentielle dans le conflit (la guerre antipeuple) qui nous occupe : c'est la variable d'ajustement locale de l'anarchie financière mondialisée. Volontaire, formée à la soumission, prête à mal manger, à rentrer en compétition, à vivre loin d'un lieu de travail où elle est traitée avec moins de respect que la machine à café (qui a également plus de perspectives de progression professionnelle), elle continuera à tout sacrifier pour ne pas décrocher du seul système d'exploitation qu'on lui vend depuis la naissance : le capitalisme "triomphant".

Il suffira aux associate-managers du peuple (le gouvernement) d'associer la "peur de perdre" du particulier à la "responsabilité économique pour tous" pour faire consentir une classe déjà mal menée à encore plus de "rigueur". J'écris "déjà" car, le processus est bien entamé : stagnation du SMIC, hausse des frais de santé, des déremboursements, hausses des taxes énergétiques, fermetures de services publics, hausse des frais de justice, des prud’hommes.... La "crise"TM et ses répliques exponentielles donnent de bonnes excuses aux politiques pour l'amplifier.


Mais pourquoi donc, malgré l'imminence du moyen-âge, la proximité des injustices les plus violentes et quelques indignés ici ou là, la situation reste stable ? Simple. Pour pérenniser les injustices d'en haut, rien de tel que corrompre le petit personnel. La surendettement est là pour ça. La classe moyenne devient, via le crédit, avec le pognon qu'elle n'a pas encore généré, complice d'oppresseurs qu'elle enrichit et renforce. Le surendettement des petits et des moyens : carburant de l'arnaque, garantie de leur docilité. Noyés dans les traites, papa et maman s'indignent contre le système en achetant à moitié prix de la camelote à logo sur ventes-privées, tandis que leur gamin rêve tellement d'Heil-phone qu'il finira par le voler s'ils ne lui achètent pas dans la minute.

Les cadors appelant aujourd'hui à la rigueur pour tous, sont les mêmes qui nous encouragent depuis vingt ans à nous endetter et nous surendetter à titre perso pour se gaver de consommation transgressive et de maisons à 30 fois le prix que nous n'aurons pas assez de sept vies de salaire pour rembourser.

La perversité du crédit fou comme modèle de croissance, hérésie fondamentale et cause des pathologies de la société, trouve un jour sa limite mathématique. Pousser les individus à s'endetter au-delà de leurs capacités de revenus, spécialement lorsqu'ils entrent sur "le marché du travail" de plus en plus tard, pour le quitter de plus en plus tôt en étant rémunérés à la baisse au gré d'un parcours constitué de ruptures, n'est pas un modèle pérenne. Mais pourtant, tout le monde (nous synthétisons) du plus pauvre au plus riche plaide par défaut pour sa continuité. Dès lors, qu'il s'agit de modifier SES pratiques, à savoir arrêter de croire que l'on peut et doit tout avoir, et plus encore, avant de payer (exactement ce que l'on reproche à "la grande finance" sauf qu'elle ne paye jamais), la chanson du changement n'est que très discrètement sifflée.

On l'a vu en 2008/2009 aux Etats-Unis : toute bulle du crédit finit par claquer... pour certains. Les plus insolvables partent alors les premiers camper dans leur voiture, en attendant que d'autres compagnons d'hypothèques foireuses les rejoignent au gré des déconvenues, désormais systémiques, du marché. Les autres, apeurés par la criseTM, continuent à résister au front du pouvoir d'achat. Le drame de l'époque : c'est que le riche ne fait toujours pas peur à la classe moyenne, elle le hait autant qu'elle l'admire. Le pauvre, lui, dégoûte. Nous ferons tout ce qui est en autre pouvoir (notre maigre paye et ce généreux crédit que la banque nous octroie) pour nous en éloigner. Dans ce dispositif ou chacun devient "l'investisseur" de sa vie, avec de solides et redondants relais médiatiques, il est aisé de propager dans les classes moyennes la conviction que l'impôt c'est mal. Ce qui permet aux riches de s'en exonérer sans provoquer d'émeutes sociales. Alors que la forte taxation des riches avec réinvestissement public est une autre clé pour sortir de l'impasse.

C'est le modèle anglais[4] sans autre finalité d'enrichir les riches en corrompant les pauvres (mix des époques Thatcher puis Blair) que nous adoptons progressivement en France (malgré les déconvenues, accroché à son idéologie, ce gouvernement persiste). Il s'articule depuis des années sur une casse sociale sans précédent, l'individualisation et la fin des droits du travailleur, des louanges continues envers les super-riches présentés comme indispensables, une sur-représentation de la financiarisation (encensée quand elle va bien, dramatisée  quand elle va mal), l'encouragement d'Etat (avec financement sur fonds public) de l'endettement immobilier privé comme seul moteur d'enrichissement populaire et la criminalisation de la misère croissante générée par cette mécanique. Le tout est noyé en amont dans le ressac média des mythes et totems libéraux au sujet du "seul système ayant prouvé son efficacité" tandis qu'un flicage de la société se déploie pour répondre aux émeutes que ses échecs répétés doivent, devraient, théoriquement entraîner.

Pourtant, les insurrections anglaises des enfants du systèmeconséquences des carences politiques et des coupes budgétaires, expriment moins le désir de changer les choses que la rage de ne pas en posséder plus

Résumons. Il est urgent de changer "le système", mais : 

- Le politique est soumis à la finance.
- La finance démondialisée n'a jamais fait autant de pognon.
- Les très riches ne veulent pas que ça change.
- Ça ruisselle juste assez sur les classes moyennes supérieures pour les convaincre d'en vouloir encore plus.
- Les classes populaires veulent rejoindre la classe du dessus et plébisciteront le politique le plus convaincant à la leur promettre.

Il parait improbable que ce "système", et son aboutissement ultime, la financiarisation mondialisée déconnectée de l'humain, s'améliorent miraculeusement si chacun d'entre nous n'agit pas dans son quotidien pour les contrer. Même si nous nous confortons à penser que nous en sommes les victimes dépossédées, le "système" c'est nous. Nous sommes le seul antidote, à condition de développer les anti-corps avant que la fièvre ne se déclare. Il est certain que toute amorce de contre-proposition est médiatiquement ridiculisée ou atomisée, et rien n'est mis en place (la preuve cette semaine) pour relever le niveau du spectateur-consommateur. Nous ne passons pourtant pas tous notre vie devant la télé, nous avons chacun un cerveau et un instinct de survie, nous avons des amis, des collègues, des voisins, de la famille à qui parler, que l'on peut influer, avec qui l'on peut se coordonner, avec qui l'on peut commencer à sortir du modèle unique qui nous mène au mur. Sommes-nous chacun condamnés à photocopier nos soumissions de criseTM en rigueurTM ? Devrons-nous attendre que les apologistes du "meilleur des systèmes" envoient l'armée négocier au lance-flammes les clauses de notre douloureux désabonnement à l’opulence pour nous faire entendre ?

Il sera trop tard pour protester, boycotter, menacer, revendiquer, hurler. Consacrés qu'ils seront au soft-asservissement d'autres bassins d'exploitation jadis nommés peuples, notre colère ne les atteindra plus.


[1] La criseTM, rappel des fondamentaux :

[2] "L'Europe dans la tourmente a cette force : elle peut augmenter sa TVA." Lu dans un journal sérieux cette semaine.

[3] variante "grand patron" ou "capitaine d'industrie". Ce type coopté dont la valeur se juge souvent à sa capacité de licencier, que le monde est censé nous envier et qu'à ce titre on est capable de rémunérer 100 smics par jour jusqu'à la fin de ses jours.

[4] abordé dans Perverse Road.

6 août 2011

Qui a peur de la dette ?

par
Après un été pourri, rien de plus vivifiant qu'une rentrée merdique. Les bourses s’effondrent (ça me fait une belle jambe), Standard and pauvre's rétrograde la note de la dette publique américaine (ça m'en fait une deuxième), les risques de défaut de plusieurs pays européens font craindre rien de moins que la fin de l'euro et notre président, entre deux coups de pédale avec junior, nous prépare pépère son remake du retour de Batman contre la dette avec Baroin dans le rôle de Robin. Du classique, un poil répétitif, limite drôle si en fin de ligne, pour arranger les bidons de ceux qui ont le pognon, il n'y avait pas un accroissement des misères pour les peuples fatalistes ou mal éclairés (hormis quelques indignés). 

Et dire que tout cela pourrait s'arranger en quelques années si simplement on prenait l'argent là où il est et on le replaçait dans un véritable projet collectif.  Car cette "crise de la dette publique" est ressassée à sens unique : celui de la réduction des dépenses au détriment de l'augmentation des recettes.

Exemple dans le dernier numéro de Valeurs Actuelles[1], journal national-libéral (et oui, tout existe) qui a le mérite de t'éviter des heures de débats, télé et radio, pseudo contradictoires sur les sujets économiques. Dans un article de David Victoroff, il est question du relèvement du plafond de la dette américaine :

"...Les principales critiques que l'on entend de ce côté de l'Atlantique sur l'accord américain portent précisément sur l’absence d'augmentation d'impôts sur les "riches" [note la présence des guillemets]. Un peu comme si la richesse produite dans un pays appartenait d'abord à la collectivité et non à ceux qui la créent, entrepreneurs et salariés [là, tu as l'essence même du libéralisme. Note au passage l'analogie entre "riches" et "salariés" : assurément, D.Victoroff n'est pas caissière chez Carrefour]. L'Etat pourrait ainsi préempter une part de PIB selon son bon plaisir, ce qu'il lui plairait de laisser aux particuliers s'analysant comme des "cadeaux fiscaux"."

Et le chroniqueur de rager que F.Baroin ose réduire quelques niches fiscales, même si les 17 les plus coûteuses ne seront pas touchées. Bref, c'est écrit en à peine moins cash : baisser les cadeaux fiscaux privés des riches (pléonasme) est un intolérable abus d'un Etat qui ne pense qu'à la collectivité (pourtant sa raison d'être). Étonnant qu'un journal qui gave le lecteur de "nation" une page sur deux le prive de toute pédagogie sur les bienfaits de l'impôt pour le pays (éducation, transport, infrastructures, soins, sécurité, enfin tout ce qui n'est pas encore totalement privatisé). Vois-y une contradiction que tu peux étendre au discours d'une large partie de l'UMP. 
(Toi aussi apprends formes et couleurs avec la presse de droite.)

La raison des riches a des raisons que l'Etat de droite n'ignore pas.

Si la hausse des impôts est la terreur réflexe de certains thunés. Par un martèlement médiatique de leur logique pas si éloignée du monde rêvé selon la classe moyenne télé formatée, elle devient l'angoisse de cette dernière. Elle l'argumente à son tour selon les poncifs en cours sur les ondes du marché. Mais, il y a taxe et taxe. La juste et l'injuste, la proportionnelle ou l'inique. 

Pour que les intérêts des riches soient épargnés, il s'agit d'entretenir la confusion entre intérêts collectifs et capitalisation individuelle. A raison, la majorité d'entre nous n'entrave rien aux "marchés", aux "agences de notation"[2]. En revanche, la logique de la peur selon l’évangile des dominants (peur pour les marchés, peur pour la dette...) ressassée à longueur de JT marche à fond, spécialement dans un climat d'individualisation des destinées. Tandis que les médias feignants nous aspergent au spray de la raison économique du plus fort, le gouvernement persiste à ne pas augmenter les impôts directs. Par un grossier raccourci négligeant l'existence des classes sociales (un schéma obsolète parait-il)  la raison des riches est associée à celle pourtant contradictoire de la majorité des français qui ne le sont pas

Dans une période d'endettement national, ne pas augmenter les impôts pour les plus riches équivaut tout simplement à accroître un emprunt que rembourseront... les pauvres. Dés lors comment écrire que "l'Etat pourrait ainsi préempter une part de PIB selon son bon plaisir, ce qu'il lui plairait de laisser aux particuliers s'analysant comme des cadeaux fiscaux" alors que c'est précisément ce qui se passe, et va continuer à se passer pour l'écrasante majorité de la population, via l'augmentation  des taxes indirectes (dont il faudra qu'un expert m'explique comment cela va relancer la croissance) et des tarifs "publics" (couplé à une réduction des budgets publics qu'ils seront les premiers à se prendre dans les dents) afin d'éloigner la menace d'une mauvaise note sur notre dette

Rappelons qu'un français sur deux n'a déjà pas assez de revenus pour être imposable, qu'en 2010, notre souverain à emprunté aux riches (grand emprunt) ce dont il leur avait fait cadeau juste avant, aggravant la dette de 35 Milliards, et que chaque année 45 Milliards sont reversés au patronat sans contrepartie. 

Aux pauvres donc de régler cette facture dont certains riches veulent s'exonérer selon la croyance, rabâchée par leur petit dévoué, que leur richesse non redistribuée suffit à multiplier les pains. Les riches renfoncent-ils le bien-être de la collectivité ? Dans les pays occidentaux, ils n'ont jamais été aussi riches, le chômage rarement aussi élevé, les pays jamais endettés à ce point. 

Bien sûr, les très riches peuvent s'offrir une batterie de comptables et d'experts, d'opportunités d'optimisations fiscales qui lui permettent de payer proportionnellement bien moins d'impôts que le type avec un revenu moyen. Placées sur des produits financiers, des CDS sur dette souveraine et autres criminelles sophistications boursières, leurs colossales sommes restantes agissent contre les peuples

Il est donc indispensable de récupérer cette somme avant qu'elle ne cause des dégats. Il n'y a bien que la droite au service de la grosse maille pour (faire) croire que le très riche investit systématiquement pour le bien des autres.  Et ce n'est pas avec la promesse d'une taxe de 1% sur les très hauts revenus (Oh punaise, c'est la soupe populaire direct là) que l'on inversera la tendance.

Il faut donc renforcer une fiscalité progressive, plus fortement imposer les riches et réduire les avantages individuels, contreproductifs pour le collectif, dont bénéficient les classes intermédiaires. Alors oui, il y aura des mécontents, car il va bien falloir fixer un montant à partir duquel tu es considéré comme aisé, mais c'est la seule façon cohérente et humaine pour refaire "société".

C'est cela, ou a moyen terme, l'entrée dans une phase plus active de la guerre des classes.

[1] Disclaimer : un plaisantin m'a abonné à Valeurs Actuelles.  A moins que, je n'ose y croire, le journal m'envoie gratuitement des exemplaires pour que je parle de lui ?  Oups.

Articles connexes :
- Les libéraux et le monde pétrifié
- Le premier jour du reste de l'Europe
- Trop riche pour te taxer

8 octobre 2010

[video] une Europe de gardiens ?

par

A l'initiative du blog Reversus, publiant ce mois-ci un dossier sur l'extrême-droite, nous avons rencontré le sociologue Erwan Lecoeur qui travaille depuis des années sur le sujet[1].

Tu l'auras remarqué. Tandis que la gauche de gouvernement peine à regarder sur sa gauche, la droite aux commandes, histoire de faire passer la pilule des désastres du néo-libéralisme qu'elle contribue allègrement à propager, penche, elle, fortement sur sa droite.

Pour E. Lecoeur, cela n'est pas étonnant. Il n y a pas de frontières infranchissables entre les partis de gouvernement et leurs extrêmes. Certaines périodes sont plus propices que d'autres au passage et à la récupération des idées. Nous entrons dans une époque où les démocraties occidentales, aux certitudes battues en brèche, seront inévitablement confrontées à un choix entre la société des "gardiens" (avec repli autoritaire sur la communauté, au nom d'un âge d'or fantasmé) et une vision plus progressiste qui, actuellement, peine à s'imposer.

Voici la dernière partie d'un entretien plutôt riche (version longue en fin de billet) où je demande au sociologue son analyse de la montée de la droite dure en Europe. E.Lecoeur précise que la montée de cette droite, aux mouvances hétéroclites, survient d'abord dans les pays riches de l'Union[2] et répond, en partie, à la fin de l'état Providence :
(Durée 12 mns : avec détours par la première guerre mondiale, ces mouvements extrêmes comme retour au "religieux", le libéralisme et le capitalisme mafieux orchestré par notre Monarque.)




En résumé, la droite "décomplexée" se sert du discours de la droite extrême pour feindre d'apporter des "solutions" aux maux qu'elle a causés.

Étant donné que nous avons au pouvoir un individu ayant programmé la destruction des protections sociales, qu'il est entouré de tenants de la "Nouvelle Droite" des années 70/80, dont Lecoeur précise que certains ont toujours l'idéologie bien tranchée, le tout sur fond d'un chômage (réel, non pas le chiffre à la Cendrillon) explosant tous les records: tu peux légitiment, être pris de vertige face au gouffre dans lequel s'est démocratiquement jeté ce pays en 2007.

Vu sous cet angle, les violentes politiques de rigueur mises en place un peu partout en Europe, qui accentueront le climat d'insécurité sociale, nous promettent de sombres lendemains.

Articles associés :
- Reversus : à paraître. en + d'un dossier sur le FN déjà publié.

Lire également :
- Pourquoi l'Europe s'enracine à droite ? LeMonde.fr

[1] auteur du Dictionnaire de l'extrême-droite (Larousse) et un néo-populisme à la française (La découverte)[2] voir également la montée des Tea parties aux États-Unis.

7 mai 2010

[video] Corinne Lepage passe à table

par
Mardi dernier, des blogueurs en bistro rencontraient Corinne Lepage, présidente de Cap21, avocate, ancienne ministre de Juppé, ex-numéro 2 du Modem et membre du groupe "démocrate et libéral" (ADLE) au parlement européen.

Bon... à partir de là, on ne peut être que positivement surpris.

Le point commun des politiques que j'ai croisés, c'est leur faculté à occuper le temps de parole. Dans ce domaine, Corinne Lepage, même avec sa petite voix noyée dans la brouhaha du troquet des blogueurs dévorant leurs entrecôtes, entre les échos de la plonge en cuisine et un vieux James Brown des familles tournant en fond sonore, n'est pas en reste.

Petit détail qui fait la différence : elle répond aux questions, quitte à être bloquée dans la démonstration ou à se contredire (par exemple sur l'Europe qu'elle ne cesse défendre sur l'idée et d'accabler sur ces observations quotidiennes.)

Parmi les thèmes abordés : la 6e république qu'elle appelle de ses vœux, le non-cumul des mandats, la crise grecque et sa propagation au reste de l'Europe.

Pour le multi-cam : rendez-vous chez Nicolas, Polluxe, Yann Savidan et Olive. Pour ma part, j'ai sélectionné deux passages audio et vidéo, liés l'un à l'autre :

- De l'influence des lobbys...
Au sein d'un parlement européen dominé par les néo-libéraux, CLP reconnaît qu’elle est constamment approchée par des lobbys :

"Je suis à la commission environnement et à la commission énergie, industrie et recherche, là où il y a le plus de lobbys. J’en reçois plein, mes attachés parlementaires encore plus. On a mis des règles assez simples en place : 1 / Je publie sur mon site tous les contacts que j’ai 2 / Interdiction de se faire offrir même un café par un lobbyiste.... "

La réponse intégrale (4 min) interview par vogelsong :








Au sujet du débaudruchage gouvernemental entre le Grenelle 1 et le Grenelle 2 :
Corinne Lepage donne sa version de l'abandon de l'éolien dans le nouveau projet de loi (Les installations éoliennes y sont soumises aux mêmes règles que les installations classées Seveso) :




P.S : Ceci me rappelant une récente une du Monde.fr (5 mars 2010)... Toi aussi trouve la contradiction :

No comment.

Merci à _O_live, C.Lepage, Jegoun pour ses initiatives afin de réunir, en vrai et en bière, blogueurs et blogueuses, ainsi qu'à la magique Comète.

3 mai 2010

Le premier jour du reste de l'Europe

par

Une traductrice grecque interviewée hier sur
France Inter résumait ainsi la situation :

« il y a les riches qui ont tout, et les pauvres à qui l’on demande tout."

Du côté d'Athènes, on doit se sentir réconforté ce matin de faire partie de cette union européenne née et agonisant sous le signe unique du pognon :
- Hausse de la TVA à 23%.
- Hausse de 10% des taxes sur l'alcool, les cigarettes et de l'essence.
- Deux mois de salaires en moins pour les fonctionnaires et l'ensemble des retraités.
- Allongement de la durée de cotisations à 40 annuités contre 37 d'ici 2015
- Instauration d'un âge minimum de départ à la retraite, à 60 ans
- Recul de cinq ans, à 65 ans, de l'âge légal de départ en retraite pour les femmes, d'ici 2013
- Réduction des investissements publics
- Réduction des dépenses de fonctionnement de l'état.
Le plan prévoit également des mesures pour renforcer la flexibilité du marché du travail, faciliter les licenciements et ouvrir à la concurrence une série de professions protégées.
Pour commencer...
Le premier ministre Papandréou se réservant le droit [suivant ce qu'en pensent les agences de notation] de resserrer prochainement les conditions de "l'austérité".
Voici la moissonneuse batteuse enclenchée dimanche par les états européens et le FMI pour labourer le peuple grec au nom de la réduction, pour 2014, du déficit sous la sacrosainte barre des 3% de PIB (barre que tout le monde a allégrement défoncée pour sauver les banques en 2008, banques au sujet desquelles il avait été annoncé avec force trémolos que "plus jamais ça !").
L'aide aux banques à la Grèce de 110 milliards d'euros sur trois ans marque le début des vraies emmerdes pour les Grecs et une vérification écœurante de ce processus d'essorage populaire devant lequel l'Europe déroule le tapis rouge.
Pas la peine de s'appesantir : Il s'agit ici, comme toujours, de taper sur la partie la moins aisée du peuple grec pour rembourser ceux qui prêtent à 18% alors qu'ils empruntent à la BCE à 1% [1] le tout pour nettoyer les comptes d'un état où l'évasion fiscale est le sport favori des gros revenus.
Notre Eric Woerth local se réjouit de sortir un bon bénéfice dans l'opération. Il est d'autant plus ravi, le bougre, que ce "sauvetage" par la massue tombe médiatiquement à pic au moment où il nous est demandé d'être "responsable" sur nos retraites.
L'immonde est bien fait tout de même.
Bon sinon... Une petite remarque : J'attends que cette Europe "solidaire" [2] m'explique comment elle compte combattre la récession hellénique (l'échéancier tablant sur un retour à un croissance de 2.1% d'ici 2013) en appauvrissant les citoyens ?
On s'en fout... on organisera un autre transfert de fonds.
Dimanche soir, on apprenait l'explosion d'une succursale de la HSBC à Athènes...

[1]
- Bah tiens pourquoi que la Grèce n'emprunte pas directement à la BCE ?
- Bah parce que c'est interdit par ce super traité européen contre lequel les peuples se sont prononcés mais qui a été appliqué quand même.
- Bah la vache, c'est l'arnaque.
- Bah oui.
[2] sous botte allemande.
Illustration : Plaque funéraire grecque -520 av JC

18 juin 2008

L'ENFER SOCIAL EST PAVE DE BONNES CONSTITUTIONS

par
Il fallait en parler avant que ce ne soit étouffé. Le Vendredi 13 juin 2008, le peuple d’Irlande a dit « Non » à L’Europe du big business. Dans sa "minute nécessaire", Grand François fait sa fête à cette nouvelle croyance que l’élite distille au bas peuple d’Europe.
Les peuples d’Europe n’ont rien à voir, leur unique point commun : ils vont tous se faire avoir.

29 mai 2006

12 mai 2006

TGIF

par
Fin d’après-midi orageuse. Double pints de Leffe au Marylebone Tup accompagné de Lou et de ses nouveaux amis, mignons immigrés grecs. Cigarettes, lourd son et championnat de football, je peine à discerner nos mots. Je désencrasse mon anglais oral dans la limite de mes compétences sociales au fil de discussion bénignes sur la météo, les routes de campagne, le prix du café et la dégénérescence française. Anna me décrit d’un charmant accent le même type de climat malsain en Grèce. Ils en conviennent : l’Europe est un fiasco.

SEB
No. Europe is working. It’s just working here in London !

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