Zut. Même l'impôt Fouquet’s du candidat socialiste (que notre souverain aura passé une bonne semaine à pourchasser appelant à la rescousse Jean Dujardin et les joueurs de babales à 12 smics par jour) est plébiscité par les Français!
Cette semaine, Le monarque a tout foiré et Hollande a marqué des points dans le feuilleton de la campagne présidentielle. En attendant la semaine prochaine où, l'histoire n'étant qu'un éternel recommencement à mémoire tampon de 2 secondes, ce sera peut-être l’inverse.
Je suis là quelque part entre les deux Thierry... des blogueurs dont je partage souvent les constats et que pourtant tout oppose sur le papier:
- Thierry Desjardins, convaincu que Sarkozy est foutu, mieux: qu’il veut perdre.
- Thierry CSP, persuadé que l'affreux gagnera dans la dernière ligne droite parce que, d't façons, il sait y faire et que les Français sont de droite.
Soyons intransigeants, sachons nous faire des ennemis et déclarons d'emblée que les deux ont raison. Les Français sont de droite (pas par conviction, ils n’en ont pas conscience : on les y conduit dès le biberon à force de crétinisation télévisuelle, d'individualisme, d'hyper-consumérisme pathologique, de dynamitage du tissu social et géographique) et Sarkozy est cramé (lui non plus n'en a pas la conviction, mais depuis le début de sa campagne son inconscient le trahit). Attention, cramé ne veut pas dire foutu.
Au rejet populaire à son encontre, s’appuyant sur son bilan avant sa personne et un programme inexistant basé sur le matraquage des socialistes, se greffent :
- des erreurs stratégiques (nous y reviendrons),
- des ratages télévisuels étonnants de sa part et des erreurs de com' de débutant (bel exemple: cet échange avec une agricultrice lors de son épopée à Bayonne où il se grille une occasion en or de saillie contre la gauche pour engueuler la pauvre agricultrice, nantie à ses yeux car elle possède 40 hectares alors que lui pourrait en acheter 500 en convertissant son seul patrimoine immobilier),
- des mécaniques linguistiques éculées (Daniel Mermet dans une récente émission décryptant le passage de Sarkozy Jeudi sur France Inter comptabilisait 65 questions posées par le président en 29 minutes d'antenne, soit 3X + que le nombre de questions posées par les journalistes présents).
- et surtout... après ouverture sur commande par le sbire Guéant, une trop rapide montée de la violence des propos sur des sujets satellites (immigration, mariage homo, euthanasie, vote des étrangers…) relégués largement derrière le chômage, le pouvoir d'achat, l’accès à la santé et l’éducation dans les études d'opinion sur les problèmes que le politique doit traiter en priorité. Point flagrant dans le meeting UMP (aka le halalshow de Bordeaux) du samedi 3 mars où, en 55 minutes, pas une proposition concrète n'a été apportée pour améliorer le quotidien des Français.
Bref, nous sommes dans le sociétal non plus dans le social ou l'économique, domaines pourtant au coeur de nos préoccupations, mais au sujet desquels "le président fort" se soumet totalement aux prophètes, prédicateurs et papes du pognon qu'ils soient de Bruxelles, de Neuilly-sur-Seine ou de Wall Street.
Haranguer haineux sur l'immigration ou la burqa avec des discours courts aux phrases en 4 mots permet de ne pas évoquer le bilan et de resserrer le débat sur le seul terrain effrayant d'une France fantasmée sous joug musulman.
Mais frapper aussi fort à 50 jours de l'élection, c'est risqué. Que va-t-il pouvoir activer d'ici là? La mise en place de camps de rééducation pour les vendeurs de Kebab? Un référendum sur la peine de mort pour les fumeurs de Narguilés ?
Nous devons cette dérive président-candidat vers la fange forte à l'influence de Patrick Buisson (ancien directeur de Minute et ex-très proche du FN) et Guillaume Peltier (jeune neuneu ex-Villieriste qui se la joue scientifique). Les deux n'ont en visée que la récupération du vote FN. Cette fuite en avant du candidat-président persévérant sur une ligne de division des Français et de bouc-émissairisation, alors que les récents épisodes précédents (débat sur l'identité nationale, stigmatisation des Roms, des chômeurs...) montrent que ces tentatives s'avèrent contre-productives dans l'opinion, signifie au choix :
- que notre président-candidat, aveuglé par son obsession d'une élection se jouant à l'extrême droite, a totalement perdu la boussole du peuple et le vote, au minimum, de plusieurs millions de Français issus de l'immigration qui devraient théoriquement en avoir marre de se faire régulièrement montrer du doigt. Possible.
- qu'il prépare le terrain sémantique pour un évènement majeur survenant dans les 50 jours (émeute ou fait-divers à instrumentaliser. Les émissions de la TNT nous rappelant que ce n'est pas ce qui manque, et que la technique de récupération visuelle plus ou moins bidonnée de la criminalité est parfaitement au point, que les esprits sont préparés). Hypothèse possible. Cela c'est passé plus ou moins de la sorte sur les deux dernières élections présidentielles (Papy Voise en avril 2002 et la rixe de la de la Gare du nord en mars 2007 et plus largement les émeutes d'octobre 2005 qui ont assis la notoriété de Tonton Karcher).
- ou bien, les 2.
Patrick Buisson et Guillaume Peltier, la dream-team UMP.
Photo non contractuelle.
Pour le moment, notre Monarque ne s'adresse donc qu'à une partie de la France: le VRR vieux-rentier-réactionnaire (j’insiste sur le cumul, une qualité ne suffisant pas elle seule pour qualifier au vote Sarkozyste) et sans évènement extérieur, attentat, émeute, météorite halal ou autocombustion spontanée du favori en face, il va dans le mur. Sa parole peinera à déborder le cercle des irréductibles liquéfiés et je doute qu'elle trompe une seconde fois les électeurs frontistes.
De là à dire qu’il y’a une franche adhésion à François Hollande chez les jeunes fauchés progressistes, c’est un pas que je ne franchirai pas encore.
Illustration : Jeanne d'Arc, Luc Besson (1999)












