4 mars 2012

La folle fuite en avant du candidat-président

par
Zut. Même l'impôt Fouquet’s du candidat socialiste (que notre souverain aura passé une bonne semaine à pourchasser appelant à la rescousse Jean Dujardin et les joueurs de babales à 12 smics par jour) est plébiscité par les Français! 

Cette semaine, Le monarque a tout foiré et Hollande a marqué des points dans le feuilleton de la campagne présidentielle. En attendant la semaine prochaine où, l'histoire n'étant qu'un éternel recommencement à mémoire tampon de 2 secondes, ce sera peut-être l’inverse.

Je suis là quelque part entre les deux Thierry... des blogueurs dont je partage souvent les constats et que pourtant tout oppose sur le papier:  

- Thierry Desjardins, convaincu que Sarkozy est foutu, mieux: qu’il veut perdre. 

- Thierry CSP, persuadé que l'affreux gagnera dans la dernière ligne droite parce que, d't façons, il sait y faire et que les Français sont de droite. 

Soyons intransigeants, sachons nous faire des ennemis et déclarons d'emblée que les deux ont raison. Les Français sont de droite (pas par conviction, ils n’en ont pas conscience : on les y conduit dès le biberon à force de crétinisation télévisuelle, d'individualisme, d'hyper-consumérisme pathologique, de dynamitage du tissu social et géographique) et Sarkozy est cramé (lui non plus n'en a pas la conviction, mais depuis le début de sa campagne son inconscient le trahit). Attention, cramé ne veut pas dire foutu

Au rejet populaire à son encontre, s’appuyant sur son bilan avant sa personne et un programme inexistant basé sur le matraquage des socialistes, se greffent :

- des erreurs stratégiques (nous y reviendrons), 

- des ratages télévisuels étonnants de sa part et des erreurs de com' de débutant (bel exemple: cet échange avec une agricultrice lors de son épopée à Bayonne où il se grille une occasion en or de saillie contre la gauche pour engueuler la pauvre agricultrice, nantie à ses yeux car elle possède 40 hectares alors que lui pourrait en acheter 500 en convertissant son seul patrimoine immobilier), 

- des mécaniques linguistiques éculées (Daniel Mermet dans une récente émission décryptant le passage de Sarkozy Jeudi sur France Inter comptabilisait 65 questions posées par le président en 29 minutes d'antenne, soit 3X + que le nombre de questions posées par les journalistes présents).

- et surtout... après ouverture sur commande par le sbire Guéant, une trop rapide montée de la violence des propos sur des sujets satellites (immigration, mariage homo, euthanasie, vote des étrangers…) relégués largement derrière le chômage, le pouvoir d'achat, l’accès à la santé et l’éducation dans les études d'opinion sur les problèmes que le politique doit traiter en priorité. Point flagrant dans le meeting UMP (aka le halalshow de Bordeaux) du samedi 3 mars où, en 55 minutes, pas une proposition concrète n'a été apportée pour améliorer le quotidien des Français. 

Bref, nous sommes dans le sociétal non plus dans le social ou l'économique, domaines pourtant au coeur de nos préoccupations, mais au sujet desquels "le président fort" se soumet totalement aux prophètes, prédicateurs et papes du pognon qu'ils soient de Bruxelles, de Neuilly-sur-Seine ou de Wall Street.

Haranguer haineux sur l'immigration ou la burqa avec des discours courts aux phrases en 4 mots permet de ne pas évoquer le bilan et de resserrer le débat sur le seul terrain effrayant d'une France fantasmée sous joug musulman

Mais frapper aussi fort à 50 jours de l'élection, c'est risqué. Que va-t-il pouvoir activer d'ici là? La mise en place de camps de rééducation pour les vendeurs de Kebab? Un référendum sur la peine de mort pour les fumeurs de Narguilés ?

Nous devons cette dérive président-candidat vers la fange forte à l'influence de Patrick Buisson (ancien directeur de Minute et ex-très proche du FN) et Guillaume Peltier (jeune neuneu ex-Villieriste qui se la joue scientifique). Les deux n'ont en visée que la récupération du vote FN. Cette fuite en avant du candidat-président persévérant sur une ligne de division des Français et de bouc-émissairisation, alors que les récents épisodes précédents (débat sur l'identité nationalestigmatisation des Romsdes chômeurs...) montrent que ces tentatives s'avèrent contre-productives dans l'opinion, signifie au choix :

- que notre président-candidat, aveuglé par son obsession d'une élection se jouant à l'extrême droite, a totalement perdu la boussole du peuple et le vote, au minimum, de plusieurs millions de Français issus de l'immigration qui devraient théoriquement en avoir marre de se faire régulièrement montrer du doigt. Possible.

- qu'il prépare le terrain sémantique pour un évènement majeur survenant dans les 50 jours (émeute ou fait-divers à instrumentaliser. Les émissions de la TNT nous rappelant que ce n'est pas ce qui manque, et que la technique de récupération visuelle plus ou moins bidonnée de la criminalité est parfaitement au point, que les esprits sont préparés). Hypothèse possible. Cela c'est passé plus ou moins de la sorte sur les deux dernières élections présidentielles (Papy Voise en avril 2002 et la rixe de la de la Gare du nord en mars 2007 et plus largement les émeutes d'octobre 2005 qui ont assis la notoriété de Tonton Karcher).

- ou bien, les 2.

Patrick Buisson et Guillaume Peltier, la dream-team UMP. 
Photo non contractuelle.

Pour le moment, notre Monarque ne s'adresse donc qu'à une partie de la France: le VRR vieux-rentier-réactionnaire (j’insiste sur le cumul, une qualité ne suffisant pas elle seule pour qualifier au vote Sarkozyste) et sans évènement extérieur, attentat, émeute, météorite halal ou autocombustion spontanée du favori en face, il va dans le mur. Sa parole peinera à déborder le cercle des irréductibles liquéfiés et je doute qu'elle trompe une seconde fois les électeurs frontistes. 

De là à dire qu’il y’a une franche adhésion à François Hollande chez les jeunes fauchés progressistes, c’est un pas que je ne franchirai pas encore. 

Illustration : Jeanne d'Arc, Luc Besson (1999)

2 mars 2012

L'exfiltration bayonnaise

par

Par Jean-Jacques Sussetige, notre envoyé spécial au coeur de la campagne présidentielle:

Épuisé, blessé dans son amour propre, mais libre et hors de danger, Le Président Nicolas Sarkozy a quitté jeudi soir ses partenaires du Conseil européen à Bruxelles pour venir annoncer à la presse l'évacuation réussie de Bayonne du candidat Nicolas Sarkozy et de la députée UMP des Pyrénées-Atlantiques Michele Alliot-Marie, pourtant aguerrie aux excursions sans Perrier rondelle dans l’erg tunisien. 

"Cette fois, je peux vous confirmer que c'est officiel, elle et lui sont en sécurité" a dit le chef de l'État, allusion à sa fuite intempestive avec pipi culotte en direction du troquet le Balto bayonnais sous les jets d’œufs de la section Alqaida-64. Selon Jacques Séguela, spécialiste en flatulences multiplateaux, la cellule séparatiste s'est alliée pour l’occasion à la redoutable bande à Bedos (désignant la racaille provinciale perméable aux idées rétrogrades de la gauche parisienne). 

"Je viens de m'entretenir avec lui, il est fatigué, il a beaucoup souffert, mais il sait qu'il sera bientôt soigné" a déclaré le chef de l'État en remerciant "tous ceux qui ont contribué à cet heureux dénouement". Il a notamment rendu hommage aux "démocrates français". 

"Ne pas célébrer comme il se doit le président, c’est une atteinte à la démocratie" A rajouté le candidat.

Rappel des faits. Les deux Français étaient en excursion électorale ce jeudi dans les rues de Bayonne (territoire Français, "chez les péquenauds" comme on dit au QG de campagne du candidat) lorsqu’ils ont été pris à partie par des hordes de terroristes scandant des "Sarkozy enculé !" que la décence ne nous permet pas de rapporter ici. 

Sous le bombardement des huées, assorties de rafales de prospectus format carte postale, se demandant d'abord pourquoi diable les figurants encartés (le précédant dans tous ces déplacements, NDLR) ne formaient pas le cordon de sécurité visuelle traditionnel, le candidat n’écoutant que son courage a d'abord songé à lancer un "cassez-vous pauvres cons!" aux tribus locales peu faites aux coutumes de dévotion protocolaire dues à notre souverain (et décrites à la génuflexion prés par Jean-Pierre Elkabbach dans son manuel "savoir-vivre avec les puissants" ed.Delalèche, 4e réédition). Mais devant le nombre et la virulence des guerriers, et par réflexe inné du bon cliché, le candidat a essayé de jouer la victime, espérant vivement prendre un cendrier salvateur (de marque Berlusconi) sur le coin de la gueule, histoire de faire la une de Paris-Match avec une légende sacrificielle à sa gloire. 

Mais, rien n'est venu ou presque: Que de l'oeuf pourri et du papier. Ce n'est décidément pas à la hauteur de notre suzerain qui, même dans le jet d'objets du rejet, mérite au moins un chandelier en or massif ou un bidet serti de diamants. Ces Bayonnais sont vraiment des rustres.

Dans son intervention du soir à Bruxelles, le président Sarkozy a ajouté que le candidat Sarkozy souffrait de fractures sondagières, avec déplacement des courbes prolongé. Cette blessure a rendu "extrêmement compliquée" les opérations de célébration populaire sur le terrain, pourtant indispensables au bon remplissage des chaines d’information continue. Le président a refusé de fournir plus de détails sur l'amplitude de la branlée, "compte tenu de la tension extrême dans un pays sous la férule de la gangrène gauchiste".

Outre la forte insécurité ressentie hors du palais de l'Elysée, l'état d'enlisement des propositions de la majorité complique fortement l’opération de séduction de type blitzkrieg pour bourrins nommée France Forte. Dans l’entourage du président, on en est désormais réduit à espérer qu’une émeute dans nos lointaines colonies du 9-3 survienne au plus vite. "Que le peuple se déchire, c’est encore notre seul espoir de récupérer les morceaux" confie Patrick B., un conseiller qui tient à rester discret.

"Le candidat Sarkozy et Michèle Alliot-Marie ont donc quitté Bayonne au plus vite" a souligné le président Sarkozy sans nommer les participants impliqués dans l'opération, les qualifiant seulement de "sombres crétins qui seront épurés après ma réélection par les gros abrutis". 

Et le président de préciser que "François Hollande, ce marxiste sanguinaire de triste renommée, ne nous a pas facilité la tâche" en réitérant l'appel à la cessation  "immédiate" des violences socialistes contre les présidents de la république et les 3000 contribuables les plus riches de ce pays.

Espérons que l'appel au calme d'un candidat, réputé sous présidence pour son respect du peuple, son souci constant de l'apaisement et du dialogue social, sera entendu par les barbares basques.

29 février 2012

La campagne du cancre

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Marketing à la Morano, idées à la Chuck Norris: telle est la dynamique de campagne de notre président-candidat.

Au programme du jour, attention accroche-toi au pinceau je retire l'échelle, il propose aux enseignants de "travailler plus pour gagner plus".

Si la "valeur travail" est bafouée dans ce pays, la "valeur photocopieuse", elle, se porte sans honte. 

Notre souverain en opération "tout doit disparaître" sur le bilan propose donc 45% d’augmentation de travail aux enseignants pour 25% d’augmentation de leurs revenus: note l’équité du deal représentant une baisse de moitié du tarif horaire. S'il y une telle demande et tant de pognon à redistribuer, on se demande alors pourquoi a-t-il liquidé 80.000 postes dans le secteur en 5 ans et supprimé un tiers du réseau d'aide aux élèves en difficulté ? 

Prend-il les enseignants pour des truffes? Sa proposition pas même chiffrée (estimation basse 6 milliards d'euros) ne tient pas compte de la formation, de la géographie sociale, ni de la pénibilité du métier d'enseignant (14% se déclarent en situation de burn-out professionnel, 24% en état de tension au travail) et encore moins des enfants (rappelons que la France a le taux d'encadrement scolaire le plus faible des pays de l'OCDE avec 6,1 enseignants pour 100 enfants). 

Tirée de sa bible se faire réélire par les nuls, ouverte en catastrophe au premier trimestre, la pipeau-proposition ne s’adresse même pas aux enseignants dont les études d’opinion indiquent qu’ils sont trois fois plus nombreux à soutenir François Hollande. Les professeurs et instituteurs savent par ailleurs très bien à quoi s’en tenir avec un président n’ayant en ligne de mire que le dynamitage pur et simple de l’éducation nationale, histoire de la redistribuer au privé, morceau par morceau et classe sociale par classe sociale. A ce titre, comme dans toute casse cyniquement programmée de secteur public, l'échec scolaire sert même d’argument pour opérer la bascule dans le privé en distillant dans les consciences que "public = déclassement".

Non, une fois encore en visant la saturation de l'espace médiatique selon la technique ABC (Agenda-Bourrage-Clash : 1/ Lancer une proposition bidon ou mensonge pour faire les titres. 2/ Générer du débat sur les chaines infos de la TNT et les talk-radios et alimenter le clivage en dressant les uns contre les autres. 3/ Recommencer le lendemain), il s’agit de s’adresser en priorité à ceux qui vouent aux gémonies l’éducation nationale (bastion fantasmé de hordes molasses, incultes et syndiquées ne sachant plus inculquer la discipline), bref à ceux qui n’ont plus rien à voir avec l'école ni de près ni de loin depuis minimum 40 ans. Si au passage les profs s'insurgent, c'est tout bénef: cela permettra aux premiers, confortés dans leur croyance, de réaffirmer que les seconds sont des feignants.

Au-delà d'être désespérée, la tentative est désespérante, c'est un signe extérieur flagrant d'un patinage dans le vide du candidat-président. Faut-il être à ce point à court d’arguments pour chercher à ressouder son électorat fétiche autour d'une position qui fait déjà consensus chez lui: la détestation de l’école publique? 

Illustration: Cameron Diaz dans Bad teacher (2011)

28 février 2012

Taxer les riches ou taxer les pauvres ?

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C’est un avec un certain sens du suicide statistique que j’entame mon troisième billet fiscal du mois. Mais l'heure est grave et n'écoutant que le sens du devoir pour sauver la communauté stigmatisée des riches, je me sacrifie.

François Hollande vient de proposer de monter à 75% l’imposition sur les revenus supérieurs à 1 million d’euros. 

Certes, ça concerne peu de monde, mais comme disait Roosevelt en 1936, en pleine récession et alors qu'il passait le taux d’imposition des plus riches de 25 à 63 puis à 91% en 1941 (pour une période de prospérité américaine d'un demi-siècle où jamais le taux supérieur ne descendit au-dessous de 70%  n'en déplaise aux apologistes de la Flat tax à 15% censée nous sortir de l'ornière): oui, on peut[1].

Hollande l’appliquera-t-il, l’appliquera-t-il pas? Soyons assurés d’une chose: celui d’en face ne l’appliquera jamais. Son spadassin du matin, Valdemor Baroin n’hésitait déjà pas à parler sur France Inter à propos de cette mesure de "spoliation" des riches. Pas mal de la part d’un ministre de l'Economie qui planifie une hausse de la TVA (sociale, hi hi) qui pèsera lourd pour les plus fauchés d'entre nous consacrant l'essentiel de leur consommation à leurs besoins vitaux, et ce dans la foulée de cinq années d’un "assistanat" des riches sans précédent.

Je vous assure Valdemor, on peut encore vivre dans une opulence raisonnable (limite encore  un poil indécente) avec juste des centaines de milliers d’euros par an. La majorité des Français vivent avec bien moins que ça (d’autant que c’est le million après le premier million qui serait taxé à 75%, ce qui laisse encore à nos millionnaires de quoi s'acheter un réchaud Butane, une boite de sardines et un plaid pour l'hiver: on n'est pas des brutes non plus). 


Le vrai danger de cette proposition fiscale n’est évidemment pas sa concrétisation (on peut aller encore plus loin, oh oui), mais bien l’angle d’attaque facile qu'elle offre à une droite paniquée et en roue libre, jetée à honneur perdu en fin de campagne dans un bombardement de mensonges sur son bilan et les propositions socialistes, généralement peu relevés par une paillasse journalistique à la limite du coma végétatif dès qu'elle est en présence d'un type de droite avec un semblant d'influence sur la prolongation de son CDI à 4 smics la semaine. Parions que la droite va tenter une fois de plus de faire croire aux Français dans une bonne bouillabaisse démago (sauce Wauquiez) que taxer les riches équivaudra à taxer "sa" classe moyenne fantasmée à 5K euros mensuels. 

Rappel: le salaire moyen français est aux alentours de 1600 euros (en gros 19.000 euros par an,  soit 63 euros par journée de travail, soit 60X moins que la cible visée).

Nous allons également encore entendre que les riches vont s’enfuir (que ne l'ont-ils pas déjà fait, la 5e puissance mondiale étant un goulag anti-riches de notoriété mondiale), qu'ils n’entreprendront plus dans notre beau pays (ils ont déjà bien entamé le mouvement comme le rappellent chaque jour les délocalisations et les cascades de plans sociaux alors que jamais rentes, niches et exonérations n'ont été aussi élevées).

Pour avoir une idée de la ligne à venir des prochains jours, savourons ces quelques tweets de Dominique Reynié de l'Institut Fondapol, think tank libéral, murmurant à l'oreille de l'UMP. 



Et oui, on entreprend que pour le pognon (comme le savent les deux tiers des autoentrepreneurs ne faisant aucun chiffre d'affaires) et l'on se lance dans une carrière artistique d'abord pour l'argent (comme le savent bien les comédiens dont plus des 3/4 ne gagnent rien). Seuls salariés et chômeurs, eux, sont bien au fait qu'ils se doivent de travailler toujours plus pour toujours moins[2], nos outrés fiscaux du jour ne perdant jamais une occasion de leur sermonner. 

Mine de rien, c’est donc un vrai risque que prend François Hollande à jouer le gauchiste, car il va se confronter à une vraie ligne de clivage dans l’électorat: la peur viscérale de payer plus d'impôts (même si l'on n'est pas visé par cette mesure comme 99,9% des Français). C’est un fait étrange, mais régulièrement constaté: plus on a d’argent personnel moins on veut contribuer au bien-être de la collectivité. 

Et n'essayez pas d'expliquer à un libéral que les infrastructures financées par les impôts contribuent bien plus à attirer les entreprises étrangères sur le sol français que lesdits impôts ne poussent à l'exil quelques indécentes fortunes avares et aigries (à qui il conviendrait dans ce cas de retirer la nationalité): c'est peine perdue.

[1] si se puede
[2] au nom de la "valeur travail" et si peu de la "valeur salaire"

Illustrations : It's a wonderful life. F.Capra 1946

24 février 2012

Le paradoxe "Megan is missing"

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Il parait que c'est la grande vie.  Je découvre ici l’existence sans connexion ADSL ni réception télé.  Là ou autrefois on pouvait recevoir un signal en plantant une fourchette dans la fiche antenne, grâce à la TNT, sans le boitier payant: les enrichissants programmes éducatifs de TF1 ou les non-débats Le Pen / Melenchon te sont désormais interdits. 

Détendons-nous dans cette nuit d'insomnie avec un petit film d'auteur. Rapide recherche sur les machins téléchargés sur le disque dur avant la grande coupure. Megan is Missing (2011) de Michael Goi. Je ne connais rien de ce truc, j’ai vaguement entendu dire que ça parlait de Facebook. D’aspect extérieur, ça sent la télénovela pour esthète. Allons-y.

1h25 plus tard, je suis blême. Je n’ai qu’une envie: interdire internet à vie à mes filles, moi-même je ne suis plus trop sûr de vouloir récupérer une connexion ADSL et je peine à trouver le sommeil avec des images cauchemardesques dans le crane. Je viens de me faire violenter cinématographiquement[1]. 

Le pitch. Dans une banlieue bourge de Californie, nous suivons l’amitié de deux adolescentes. Deux bonnes caricatures: Megan la "salope" qui assume et joue de son personnage (dont on apprend qu'elle a été violée à 10 ans et qu'elle en connait un rayon sur la craderie du mâle), et son opposée, Amy la "pure", complexée par son physique, qui a du mal à lâcher l'enfance mais ne pense qu’au "grand amour".  Durant 40 minutes, nous suivons leurs conversations, sorties ou confidences intimes uniquement via les divers supports multimédias qu’elles utilisent (mobile, chat, cam digitale). La quasi-intégralité de leurs préoccupations se résume au sexe. Jusque-là, rien de bien original, et (avertissement) la réalisation en autofocus avec un son brut de la caméra peut décontenancer tout fan de Michael Bay (bien que paradoxalement, ça bouge moins). On suit les errances numériques des deux ados à la complicité fusionnelle jusqu’à la rencontre par Megan sur un chat de skaterdude, jeune surfeur branleur à la web cam cassée qui cause "awesome, man" avec du chamallow dans la gueule. 


A partir d'ici, le récit prend enfin la direction de son titre en forme de statut facebook: Megan a disparu.

Je vous laisse découvrir la seconde moitié. Tout ce que je peux préciser: elle envoie du pâté

Pourtant le film (et c’est la force d'une réalisation qui donne la fausse impression de ne pas en être une) n'a pas recours aux surenchères d’effets avec lesquels le cinéma mainstream (de la grosse production bourrine sans imagination à la série B louchant sur le torture-porn) nous blase film après film.

Alors oui, le scénario est cousu de fil blanc et le choc progressif doit énormément au talent des deux jeunes comédiennes principales (Rachel Quinn et Amber Perkins, impressionnantes prestations) qui crédibilisent le récit dès les premières minutes, mais c’est, AMHA comme on dit sur lérézo, un film qui fera date. 

1/ A l'échelle des productions habituelles, il n'a rien coûté (35000$) pour une efficacité redoutable sur la forme (pas nouveau) tout en ayant du fond (là, c'est plus rare). 

2/ A moins d'une omission, et même si ce n'est pas l'ambition première du réalisateur, il me semble que c'est le premier film crédible utilisant en grande partie (dans sa forme et son intrigue) la communication 2.0 et les réseaux sociaux[2]. Bref, jusque dans sa confusion des genres (entre Jacques Doillon et Saw 6): un film de son temps, semble-t-il.

Ce dernier point révèle aussi son danger. En prenant (avec talent et un scénario sans bout de gras), le récit par le bout le pire de ce que l’on peut trouver sur internet et dans le genre humain, le réalisateur créera inévitablement une psychose du web chez les parents d'ados (quant aux enfants, il est, euh, pour d'autres raisons, très très moyennement recommandable). 

Même si, derrière le côté clinique d'un récit se bornant à livrer des pièces à conviction, Megan is missing n’a pas de morale finale (à la différence des films sur l’autodéfense type un justicier dans la ville des années 70) et laisse au spectateur le choix du verdict, c'est typiquement le film qui servira  la cause des ayatollahs de l'antinet.


J’ai lu que le but du réalisateur était de dénoncer le racolage des émissions de télé sensationnalistes sur les disparitions d’enfants (court moment moyennement réussi). Se faisant, il est à la limite de procéder de la sorte avec le net. La forme "web cam" (qui éjecte forcément le contexte, les questions scolaires, parentales...) incite inconsciemment le spectateur à classer le récit dans la catégorie "le net c'est le mal"

Megan is missing est un très bon film qui me laisse perplexe. On ne sait jamais clairement ce qui nous manipule le plus: le contenu ou le contenant? 

Conseil avant visionnage (car à ce stade de lecture, je te connais vil déviant du net, le téléchargement doit être déjà être lancé): en lire le moins possible (trop tard), ne voir aucun extrait, ne pas compter dormir ce soir-là.

P.S: Si, à l'issue du visionnage, tu es pris d'un désir de vengeance, tu pourras te consoler avec Hard candy de David Slade (2006)

Illustrations et captures : Mauvais-genres.net

[1] La dernière fois, c'était avec A Serbian movie. Mais bon, c'était un navet vite oublié.
[2] Point à relativiser. Sur la forme, le film est pour moitié filmé avec le camescope d'Amy. Et si Internet est un élément de l'intrigue, avec quelques changements, le film aurait pu être réalisé vingt ans plus tôt.

23 février 2012

Assommer l'assistance d'assistanat

par
Hier soir sur France2, dans un nouvel effort pour diviser les français, en promettant de payer un peu (mais vraiment un peu) plus les pauvres avec l’argent des plus pauvres (selon le fameux théorème : "c’est de la faute du mec à 900 si celui à 1000 ne gagne pas 1200, comme cela ça leur évite de réaliser qu'ils vont tous les deux finir à 0" établi par les plus grands théoriciens du foutage de gueule) notre président-candidat, à la pêche aux nouilles, a encore parlé à deux reprises d'"assistanat".

Je suis comme lui. Je n’aime pas ce mot. Pas pour ce qu’il est censé représenter (à la fois une masse menaçante de parasites, un mécanisme favorisant la paresse et un gouffre à thunes responsable des malheurs du monde), mais juste pour sa forme. "Assistanat" sonne comme une maladie vénérienne hautement contagieuse, résultats d'un abandon coupable dans le vice. 

Là où l’on devrait parler sans détour d’"assistance" (même sans entrer dans le détail des multiples mécanismes de solidarité dont chacun peut, et va, bénéficier à un moment de sa vie), la droite néolibérale a opté pour le martèlement d'un vocable dévoyé de son sens initial désignant la fonction d’un assistant. 

L'usage mot "assistance" poserait problème à la droite. Il le replacerait au coeur d'un de ses paradoxes (une des lignes de clivage entre réactionnaires et libéraux que la droite tente au contraire d'unir). Comment valoriser, plus ou moins explicitement, les valeurs chrétiennes et les racines catholiques de son électorat, tout en éradiquant des mécanismes d'assistance (ce qui est la feuille de route de notre Glorieux) alors que ce mot, à l'instar d'une bonne douzaine de ses synonymes, est plus ou moins encore attaché à la religion ? 

"Assistanat", vocable tampon, permet également d'éviter d’utiliser directement les termes "paresse", "profiteurs" ou "abus", mais tout est dans le non-dit. Avec son usage répété, le mot générique et  chargé d'un nouveau sens, diffuse lentement l'idée qu'il y'a déviance là où il y’a simple mise en œuvre de la solidarité (preuve à mon sens de la grandeur d'un pays). Bref: faire le bien c'est le mal. Et le mal est une maladie qui nous détruit à petit feu. Éradiquons les malades, pour nous sentir mieux. CQFD de "La France forte".

Comment expliquer autrement qu'un mot qui désignait un poste d’auxiliaire en vienne à devenir un marqueur de stigmatisation, régulièrement jeté en pâture au JT par un Président censé unir son peuple? 
J'ai connu mon président plus audacieux. Il y'a bien d'autres populations s'abandonnant aux mécanismes déviants à stigmatiser. 

On pourrait parler de la salariose. Il faut en finir avec ses salariés sous-productifs, confits dans leurs habitudes pépères de RTT et ne travaillant que 35 heures par semaine.

Et que dire de la locatite? Il faut en finir de ces pauvres qui refusent de s'endetter sur 30 ans pour devenir propriétaire d'un 40m2 et qui bloquent la croissance des banques et de Bouygues.

Quoi de plus désastreux que l'écoliqueIl faut en finir avec ce système d'enseignement pour tous quasi gratuit. Une instruction, ça se mérite.

Sans parler du péril des périls: le prurit retraital. Il faut en finir de cette multiplication des retraités payés à rien faire. Une retraite, ça doit se mériter chaque jour de la vie. Allez hop, des travaux d’intérêts généraux pour les plus de 62 ans. Et  M'sieur Pujadas à 79 ans on est encore jeune, on peut facilement cumuler des petits boulots.

Je te laisse chercher ces nouveaux éléments de langage pour aider Le Glorieux dans sa campagne du clivage, de la redondance des promesses déjà trahies dix fois, des valeurs pour cacher le bilan et des stigmatisations avariées. Laisse tes propositions dans les commentaires. Nous transmettrons.

Pour ma part, en bonne tumeur de la compétitivité française[1], je repars en vacancer


[1] def: humain qui a besoin de se reposer.

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