17 décembre 2010

The dangereux network

par

Les grandes manoeuvres pour assurer d'ici 2012 un cadre internet digne de ce nom à notre monarchie élective (suivant l'adage  "tout ce que je ne veux pas écouter, soit je le nie soit je le fais taire" ) sont entamées

Est votée mercredi soir à l'assemblée l'article 4 de la LOPPSI 2 autorisant le ministère de l’intérieur à "filtrer" un site internet sans passer par la case judiciaire...  Outil inefficace à lutter contre sa "cible", les abus sur pitinenfants et l'escroquerie en ligne[1], mais ouvrant d’intéressantes perspectives pour la fermeture pure et simple des sites contrariant l'autorité.

En cas de promulgation de loi liberticide, si l'on ne dispose pas dans l’actualité d'un niqab, d'un rom ou d'une tempête de neige pour faire diversion, il convient de guider le lecteur vers le chemin de la sécurité où il décidera de "lui-même" que la censure, finalement, ça a du bon.

Comme par hasard, le lendemain du vote nocturne (à 20 gus dans une assemblée), l'agence "conseil" Calypso  publie le baromètre "enfant et internet", réalisé lors du tour de France des établissements scolaires "un clic, déclic, une opération nationale de sensibilisation" avec le soutien de l'association "la voix de l'enfant" (pour la respectabilité) mais aussi Apple, Google et Orange (pour le côté infiltration du marché à la source).

Soucieux de sensibiliser son lectorat au risque de viol encouru par leurs pitinenfants en cas de navigation sur internet, sans gilet de sauvetage certifié NS, loin des eaux usées des éditos de Threard ou de Catherine NayLe Figaro titre son article de synthèse sous l'angle de la catastrophe :



Je t'en propose quelques extraits revisités en mode "tu vas parler hein ? C'est quoi ton mobile et qui sont tes complices ?" et tu verras que, plus que jamais, les mots sont importants.
"Le quatrième baromètre [...] montre une escalade numérique impressionnante des 11-17 ans, qui passent notamment une grande partie de leur temps sur les outils communautaires.

Toujours plus jeunes. Toujours plus équipés. 
[La phrase "toujours plus armés" n'a pu être utilisée le copyright étant déposé par Alain Bauer] 
Enfants et adolescents plongent chaque année davantage dans le grand bain des nouvelles technologies.
[Étonnant... ce n'est pas comme s'il y avait une douche publicitaire continue pour les smart-phones et autres packs "internet illimité avec forfait bloqué", de l'abri bus devant leur bahut à la moindre émission de radio ou de télé chez eux].
Les chiffres les plus frappants de cette escalade numérique concernent les pré-adolescents. Désormais 55% des 11-13 ans auraient une page Facebook et 47% posséderaient déjà un téléphone portable. 
[Chiffres terrifiants. Je me demande combien ont la télévision chez eux ? Et plus haut dans "l'escalade" : combien ont accès à l'électricité à domicile ? Une insertion de doigts mouillés dans la prise de terre risquant de provoquer un "raz-de-marée" intime chez le jeune irresponsable avide d'interdits.]

[...]

Chez les collégiens et lycéens de 13 à 17 ans, le portable est devenu incontournable. [Alors que chez leurs parents pas du tout.] A tel point qu'il servirait de «doudou» à près d'un tiers des 15 à 17 ans qui déclarent le mettre sous leur oreiller pour dormir.
[Le mitraillage de SMS à la con sur smart-phone payé à crédit, histoire de détailler toutes les 10 minutes à Chouchounet(-te) les facettes du vide de sa vie de bureau, est en revanche la chasse gardée de l'adulte salarié. Existe aussi en mode "Poker sur smart-phone dans les transports en commun"[2]].

[Facebook] est la nouvelle star des cours de récréation
[en terme de révélations : wikileaks peut se rhabiller.].
[...] Facebook est leur nouveau couteau suisse.  Ils l'utilisent pour tout. Discuter en ligne, partager des photos et des vidéos, les commenter…
[oui, il s'agit ici de sensibiliser le lecteur du Figaro au monde opaque et alarmant de l'ouvertue à l'autre et de l'échange gratuit sur fond de technologie luciférienne.] 
Du coup, ils utilisent de moins en moins les mails. Si les messageries de type MSN ont également un peu moins la cote, un quart des 11 et 13 ans déclarent tout de même y passer plus de trois heures par jour.
[Tandis que leurs parents, en dociles citoyens friands de culture et de spectacles nobles diffusés sur des canaux indépendants du pouvoir, consacrent 3h30 quotidiennes et constructives à la télévision.]
«Quant aux blogs, délaissés par les adolescents, ils attirent désormais un public dès le CM1-CM2», avance Thomas Rohmer [patron de Calypso].
[Oui, l'âge moyen du blogueur politique est de 7 ans et demi. Ce qui tranche avec le petit monde des éditocrates de plateau dont certains approchent le siècle (ainsi que son dîner).]

Les jeux vidéo font également un malheur. 87% des 11-13 ans et 80% des 15-17 ans disent s'y adonner au moins une fois par jour. Enfin, le téléchargement de films et séries TV «explose», selon le baromètre. Plus de la moitié des 13-15 ans, contre 21% l'an passé, vont chercher ces contenus sur le web. 
[la moitié restante allant probablement les télécharger sur un autre internet encore plus dangereux.] 
Et ce de manière illégale. Chez les 15-17 ans, ce chiffre dépasse les 60%.[Comme dirait le grand philosophe Robert Menard dans ces monologues "sans interdits" de 17h45 : "dès fois on regrette l'abolition de la peine de mort". Exemple des propos pondérés et responsables prouvant la supériorité idéologique de la télévision pour vieux à l'heure où les mômes rentrent de l'école.]

(capture d'écran :
la nouvelle réclame pour le filtre anti-Robert Ménard.)

À chaque génération ses loisirs et un tel succès des nouvelles technologies ne devrait pas forcément poser de problèmes.
[Il va falloir que la jeunesse de ce pays se le mette une bonne fois pour toutes dans le crane : ce ne sont pas les anciens qui vont se mettre au vélo mais les jeunes qui doivent se véhiculer en déambulateur.]
Malheureusement, ce baromètre montre aussi la très faible présence des parents [...et s'il faut culpabiliser les parents pour ça, on ne va pas se gêner] dans ce nouveau quotidien numérique des plus jeunes qui manquent parfois d'armes pour protéger leurs données confidentielles ou peuvent être confrontés à des images choquantes. Campagnes de prévention, messages ministériels… Rien n'y fait." [et pourtant nos agences de com, people, pubards séniles, politiques, pachydermes tv, journalistes et acteurs n'ont pas ménagé leurs efforts pédagogiques pour nous démontrer qu'Internet = mensonge, pédophilie, délinquance, raclure analphabète de bidet inculte.]
(La droite ? Une certaine vision du net.)

Suit une petite intervention d'Alex Turk, président de la CNIL (Commission Nationale Informatique et Liberté) au sujet de facebook :

«Les parents et le corps enseignant ne savent pas par quel bout prendre le problème.
[Tu noteras ici l'absence de doute quant à l'existence d'une putain de tuile.]
Il faut reconsidérer l'instruction civique sous l'angle de la protection des données personnelles pour sensibiliser les enfants dès leur plus jeune âge. Ce sujet devrait devenir une priorité nationale. Des générations sont en train de s'engager dans la vie avec un patrimoine de libertés fondamentales mutilé car ils ne pourront jamais récupérer complètement les informations qu'ils ont diffusées sur la toile».
[J'imagine qu'à l'arrivée de la voiture quelques chefs de CNIL prétendirent qu'à plus de 30 km/heure les charrettes du diable rendraient stériles. Et regarde, 120 ans plus tard : on n'est pas heureux à passer nos week-end dans les bouchons pour se rendre avec les mioches chez le concessionnaire, histoire de bénéficier avant la fin de l'année de la prime à la casse et de changer de Laguna pour la troisième fois en 3 ans ?] 

Aujourd'hui, 87% des 11-13 ans ne protègent aucune donnée personnelle sur Facebook et trois sur dix acceptent systématiquement «les nouveaux amis» qui s'y présentent.
[Bien sûr : la télé et son produit star "la télé-réalité", basé sur l'exposition continue et décomplexée de l'intimité du spectateur devenu acteur discount (avec ce "petit plus" qu'elle est assortie d'une totale soumission à l'autorité a.k.a la prod a.k.a l'annonceur), n'y sont pour rien.]
Les adolescents se disent quant à eux peu concernés par le débat sur le droit à l'oubli."
[Assez logique dans une société où la célébrité, pour rien et à tout prix, représente la quintessence de la réussite.]
Nouvelle pierre apportée à l'édifice idéologique, sous l'angle "ado irresponsable, liberté technologique trop dangereuse et que ne ferait-on pas pour nos enfants ?", conditionnant le lecteur à conclure que ce n'est "pas si mal" de censurer internet (d'autant que c'est cool : on s'est comme par hasard doté de l'outil législatif ad-hoc le jour même !). L'article sous-tend l'idée, en vogue chez les promoteurs de la peur, que l’émetteur de ses données personnelles est plus coupable que celui risquant d'en abuser. Si l'on suit la même logique : celui recevant un courrier d'Hadopi[3], lui reprochant d'avoir téléchargé une oeuvre musicale et le menaçant de sanctions s'il recommence, devrait blâmer l'artiste pour avoir créé l'oeuvre à l'origine du "délit" passé et à venir. On le voit une fois encore : les réponses sont conditionnées par la façon de poser "les problèmes".

Bon, le plus beau de l'article du Figaro reste sa mise en abyme finale où le lecteur est convié à...  laisser son témoignage. 

Le Figaro s'est trompé, le besoin de s'exprimer est plus qu'une catastrophec'est une intolérable malfaçon humaine, le vrai bug des années 2000.  A défaut de nous mater physiquement, ça coûte cher et ça tache, le pouvoir et ses VRP n'auront de cesse de nous persuader qu'il faut mater l'outil (après abonnement bien sur).

(La France est à l'aube d'une révolution numérique : l'offre unique.
Thierry Solère planche déjà sur le packaging.)

* * *

[1] Pitinenfants qui devront se contenter de la trash-tv et des dissections "porno-chic" de cadavres dans les séries américaines sur la première compagnie et ses déclinaisons débiles de la TNT gratuite, bourrées de pubs pour crédits à la conso à 53% et sonneries de téléphone portables personnalisées à 13 euros la minute.
Dans le même temps, la même LOPPSI assouplit les règles du permis à point : être écrasé par une voiture grillant un feu rouge étant probablement moins dangereux pour l'enfant que de surfer sur internet.

[2] Certes, matin et soir, les mêmes avaient déjà la tête baissée dans le métro avant l'arrivée de l'heil-phone. La force d'Appeule et des opérateurs de 3G est d'avoir réussi à leur faire payer, sur abonnement, ce long tunnel d'ennui et de soumission qui, jusque-là, n'était pas profitable au marché.

[3] brillant résultat à 30 millions d'euros annuels de l'ancienne "bataille" du net menée par les mêmes grands esprits.

15 décembre 2010

Le Dassault megamix (christmas edit)

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Avec sa déconnexion de la réalité des gueux, une bonne grosse dose de fuck you attitude, se débarrassant des pudibonderies de jeune fille d'un Rioufol ou d'un De Kerdrel : l'avantage de Serge Dassault (milliardaire héritier sénile aux Rafales invendus plein le calbut à bretelles[1] n'en ayant jamais foutu une rame de sa vie mais ne ratant jamais une occasion d'accabler les feignasses en tout genre qui l'empêchent de capitaliser rond), c'est qu'il synthétise l'air du temps politique comme personne. Regarde 8 minutes des megamix de DJ Sergio tous les deux ans et tu t'économiseras le suivi exhaustif des meetings UMP qui suivront. 

Sa légendaire intervention sur I-télé en 2008[2]  résonne encore dans nos mémoires. Elle donnait le tempo de la politique sociale du gouvernement pour les deux prochaines années (sous-travail, mise sous le tapis des chômeurs, démontage du service public, hommage appuyé au dialogue d'entreprise à la chinoise et fist aux syndicats avec un rêve ultime : l'interdiction des grèves).

Ce matin, alors que j'émergeais embrumé par le manque de café, me rappelant alors que mon abonnement internet allait prendre 5 euros le 1er janvier tout en entendant sur les ondes, entre deux spots pour les banques, que mon assurance habitation prendrait, elle, 6% et qu'il n'y aurait pas de coup de pouce à ce  salaire minimum que je ne touche même pas, Papy Dassault trônait tranquille sur Europe 1 face à un MOF abandonnant vite la tentative d'en faire un modèle de patron social. 

Alors que nous annonce l'oracle ?

Rien de bien neuf en fait, la remise en cause des paradigmes obsolètes n'étant pas le signe distinctif des progressistes de droite, mais c'est dit avec tellement de conviction que je ne peux garder pour moi ce florilège idéologique d'une figure de l'élite capitalistique tricolore doublée d'un démocrate hors-pair, au physique si représentatif de l'état mental de la clique qu'il défend. 

Attention, âmes sensibles s'abstenir, c'est un best-of : Les chômeurs français sont "indemnisés à perpétuité"[3],  les salariés sont "en vacances toutes les cinq minutes" et c'est la faute aux 35 heures. "La gauche a des idées spéciales qui ne vont pas dans le sens de l'économie". Les gens ont "trop de droits" et ça creuse les déficits. La vie c'est l'activité permanente, la retraite c'est l'ennui et pas besoin de salaires quand on a des actions... 


La vieillesse serait-elle un naufrage ? Nous n'en saurons probablement jamais rien à titre personnel. Avec un monde à la Dassault (c'est à dire celui d'aujourd'hui en un peu plus cost-killé), comme le suggère son propre journal, je doute que "les inutiles" vivent bien  longtemps. 


[1] Oui, Sergio si prompt à taper sur l'état qui subventionne à tout va, va se faire racheter par l'Etat ses avions invendus à l'export (soit 100 % de sa production entre 2011 et 2013 pour un montant de 800 millions d'euros payés de ta poche de feignasse).

[2] Si grandiose qu'elle se trouve en post-face de Perverse Road.

[3] Le million de chômeurs en fin de droits sera ravi de l'apprendre.

14 décembre 2010

Les gardiens de l'épée

par

France, Décembre 2012, fait-divers.

L'autopsie du corps de l'homme visé par un coup de K.O-Katana dimanche dernier à Marseille, a révélé qu'il était décédé d'une "forte hémorragie artérielle" provoquée par le décrochage de la tête, a-t-on appris mardi auprès du parquet.

«L'autopsie a révélé que la personne est décédée d'une forte perte de sang liée à une rupture des artères carotides internes et externes au niveau pré-trachéal. Tout cela étant la conséquence d'une rupture de l'attache cou / boîte crânienne conséquence, semble-t-il, d'un coup de K.O-Katana», a indiqué jeudi, Jean-René Pourdechiqué, procureur de la République adjoint.

«Pour l'instant, il est encore trop tôt pour indiquer si ce décès est dû uniquement au coup de K.O-Katana où si il n'y avait pas aussi une prédisposition physique chez le suspect propice à ce type de faiblesse pouvant occasionner le décès » a ajouté le procureur, précisant que les témoignages convergent quant à la nature du défunt et son comportement incohérent précédant la riposte des forces de l'ordre.

« Il n’avait pas vraiment la tête sur les épaules » affirme-t-on de source policière.

(Comme pour la Freebox 6, 
Philippe Starck a dessiné les nouvelles tenues de la police de proximité.)

«Un certain nombre d'investigations sont en cours au niveau médical, notamment un encéphalogramme, un contrôle approfondi de la motricité musculaire et un QCM de connaissance du code pénal pour savoir s'il n'y a pas chez cette personne un état de faiblesse initiale et un déficit de citoyenneté expliquant l'incident », a précisé le procureur adjoint.

La victime, connue des services de police pour un stationnement sur une zone de livraison, avait blessé au coupe-ongles un colocataire. Appelée sur place, une patrouille de trois policiers est intervenue.

A leur arrivée, l'homme avait «une attitude extrêmement violente à leur égard», blessant grièvement l'un d'eux au crâne d'un jet de bol de chicorée tiède, selon le directeur départemental de la sécurité publique.

Le policier a alors riposté par un coup de K.O Katana, au niveau du cou, ayant pour seul but de l’immobiliser. Une fois maîtrisé, le tronc suspect a été victime d'un arrêt cardio-ventilatoire. Malgré les premiers soins, et plusieurs tentatives de fixation, il est décédé.

"- Nous avons tranché. Il n'y a pas lieu de relancer la polémique sur l'usage du K.O Katana." apprend t-on de source proche de l'enquête.

(- nous n'écartons pas non plus la thèse de la mauvaise grippe.)

Le K.O-Katana, ou «lame paralysante», est né début 2011 suite aux polémiques entourant l'usage du Taser et du Flash-Ball par les forces de l'ordre. « L'idée était de créer une arme de défense, 100% bio, pour neutraliser l'agresseur avec une économie de balle maximale», explique Jean-Kevin Cigale, directeur général de La Faucheuse, fabricant de sabre et développeur du K.O-Katana.

Après plusieurs années de tests sur mannequins, le K.O-Katana est finalement généralisé aux forces de l'ordre en 2012. Cette arme révolutionnaire, qualifiée de « sublétale », est composée d'une poignée et d’une lame. "A l'instar du crayon à papier, lorsqu'il n'est pas enfoncé dans l'oeil jusqu'à la gomme, elle peut provoquer des traumatismes mais n'entraîne aucun body-count" assure Cigale.

(chez les Cigale, on fabrique de la sécurité depuis trois générations)

« - A condition que la route ne soit pas trop inclinée » précise toutefois le ministre de l’intérieur, interrogé sur l'incident marseillais alors qu’il se rendait, comme simple témoin de moralité, au procès en appel de policiers ayant pris un PV en première instance pour "immobilisation sous les roues de la Velsatis d'un jeune suspect, refusant de décliner son identité, ayant entraîné la mort sans intention de la donner".

...et parce que j'invente à peine...le libération du jour...


Illustrations : nanarland.com, Liberation

13 décembre 2010

L'occupation des cerveaux

par
A l'approche des fêtes, alors que les analystes politiques accaparés par la réservation de leur chambre d'hôtel à l'Ile Maurice ne peuvent livrer le plein potentiel de leur servitude de plateau, voici une bonne vieille recette de Mamie Bestoffe.

Idéal pour fourrer le cerveau du gueux au ventre vide, ce plat traditionnel, certes un peu lourd, contera également le politique ne voulant trop s'attarder sur le terrain du programme :

le soufflé médiatique aux pépites de point Godwin
(servi avec son coulis de consensus)

1 / Prendre un « bon client ». Candidat d’un parti extrême, médiatiquement payant, avec un nom qui parle à l’inconscient populaire.

2 / Au prétexte d’une forte popularité dans les sondages de l'institut Moncusurlakomod, attendre que le bon client dérape. Si possible sur le plateau d’une émission politique prévue pour : histoire de capter l'audience. Sinon, suivre la suivre sur le terrain et attendre quelques heures que la phrase (évoquant la seconde guerre mondiale, obligé) tombe toute seule de l'arbre (ce qui, en période de campagne interne dans le parti, ne devrait pas prendre plus de 26 secondes).

3 / En faire la une de l'actualité. Répéter, remuer, laisser cuire à feu doux tout le week-end, que tout le monde entende bien ce qui ne doit plus l'être. Faire réagir gauche et droite unanimes à condamner. Permettre aux communicants de l’UMP (le gouvernement quoi), ayant passé les trois dernières années à branler de la xénophobie à des fins électoralistes, de jouer le rôle des modérés. Permettre au Parti Socialiste d'enfin parler d'une seule voix.

4 / Par défaut, avec tout ce temps promotionnel accordé au bon client, contribuer à amalgamer chez ceux qui s'intéressent peu au débat politique (et qu'on appelle électeurs) tout discours d'opposition pour l'expédier à la rubrique "c'est le mal" et ainsi réduire au plus fin le spectre des possibilités électorales.

4 / Avec tout ce temps d'information accordé au bon client et aux réactions qu'il génère, étouffer encore un peu plus les autres thématiques (crise sociale, chômage, spéculation immobilière, licenciements, précarisation des classes-moyennes, décrochage des générations, privatisation des services publics…) affectant bien plus les français que quelques musulmans priant dans la rue à Paris[1]. Ce qui est effectivement dérangeant... rapporté au nombre d'églises vides dans cette ville.Ne pas répondre à la thématique abordée. Se contenter de stigmatiser le bon client avec quelques attaques personnelles qui renforceront son name-branding. Bon client qui ne demande que cette publicité et qui, O surprise, O indignation, recommencera la semaine prochaine.
5 / Constater régulièrement dans les médias que « Oh bah mince, le bon client "monte encore". C’est pas notre faute, nous on ne fait que de l'information. On est obligé d'en parler" .

6 / Recommander la procédure jusqu'aux élections.

6 / En appeler alors à l’union sacrée parce que "- merdalor" notre bon client accède au second tour en avril 2012.

7 / Suivant la couleur politique du cuistot en chef : rafler la mise avec 70% sans avoir avancé un programme tranché d'alternance ou amorcé une once d'autocritique sur l'échec de cinq années au pouvoir.
8 / Faire un gouvernement d’"ouverture" mais sans le bon client. "- Tu déconnes ou quoi, avec un tel monstre dans l'opposition, on a plus besoin de se casser la tête à avoir des propositions !"9 / Récupérer le jus (pour saucer mauvaises nouvelles et réformes, ça peut toujours servir), séparer les grumeaux de Godwin à réintégrer dans la salade d'internet et son cake aux journalistes d'investigation, congeler la bête et resservir dans cinq ans.


[1] alors que tout le monde sait que le vrai problème de Paris : c'est la neige (et, mais alors juste un peu, la pénurie de logements sociaux et l'exploitation immobilière).

9 décembre 2010

La révolution intérieure

par

L’appel du site bankrun2010, suite à la déclaration d’Eric Cantona appelant les particuliers à vider leurs comptes pour un effondrement de système vraiment plus efficace que ...pfff... une vulgaire manifestation de 3 millions de personnes, se traduit, selon la stricte grille d’analyse comptable du système qu'elle dénonce, en un "flop".

Pourtant, l'initiative aura eu ce double mérite de remonter un débat sur la place publique et de nous questionner, par l'exemple, sur nos aptitudes à "la révolution citoyenne".


1 / L'indispensable besoin d'icônes pour faire passer les messages.
Cet "appel" de Cantona a maintes fois été lancé par d'autres sur internet les dernières années, avant même "la crise"TM. Ce n'est pas le net qui a fait le "buzz" du King Eric mais bien les médias qui ont, cette fois, décidé de ne pas passer à côté en soufflant dedans.
Évoquant l'écume via la star, ils ont esquivé le plus souvent la vraie question de fond qui aurait pourtant pu se résumer au JT en un "les banques ne peuvent pas vivre sans hommes, les hommes peuvent vivre sans banques, alors pourquoi continuer à se laisser marcher sur les pieds ?"

Malgré son "échec" (si l'on consi
dère toutefois que l'opération doit strictement s'en tenir au 7 décembre), cette campagne de promotion pour la remise en cause par le citoyen de la suprématie bancaire aura fait débat, ouvrant des perspectives, générant d'autres initiatives, provoquant l'outre-réaction de quelques spécimens sous bocal à thunes de la classe dirigeante. Et tout cela grâce à une phrase d'Eric Cantona ! Que les syndicats méditent là-dessus. Quelle que soit la cause, vu l'époque, il faut mettre un peu de people dans son vin. C'est précisément ce qui a manqué à un moment donné pour que la superbe mobilisation d'octobre sur les retraites sorte de ses gonds et change la donne.

A propos...

L’angle mort de l'analyse de Cantona (autre que d'avoir pris comme exemple Spaggiari qui est le braqueur bling-bling par excellence) est d’avoir opposé contestation physique pour la défense de droits et "soucis de rentabilité" dans la seule optique de détruire un système. Question de statut social et de niveau de finances personnelles peut-être. On peut défiler pour défendre ses retraites et vider son compte. En raison de quoi une méthode dévaluerait-elle l'autre ?
Les luttes ne s'annulent pas : elles s'additionnent.

Une petite note à ce sujet : je suis à peu près persuadé que si Cantona n'avait prioritairement pas dénigré le mouvement social [l'enregistrement date de "la bataille des retraites", début octobre], la vidéo n'aurait pas été autant reprise à la télévision.


2 / L'image de la banque en a encore pris un coup.
Il est désormais ancré chez toi que le banquier est non seulement malfaisant, mais qu'il l'est avec ton pognon et que, comble de l'arnaque, il te fait payer la note en bout de course (mais le rapport est plus complexe que cela et j’y reviendrais). On peut donc s'attendre à une débauche de guimauve "sociale" et "éthique" dans les prochaines publicités bancaires.

Sur le fond. Quitte à me répéter : au sujet des banques, nous avons passé le stade de "la raison" et de "la responsabilité" depuis longtemps. Ce n’est plus "une généralité" mais un euphémisme d’affirmer que, avec la complicité de l'état, les banques escroquent leurs clients les plus pauvres. De là à vouloir détruire les établissements en question, ce n’est pas le genre de la maison. D'autant que bon, si tu veux entreprendre quelque chose avec un peu d'envergure, elles se révèlent, pour le moment, indispensables.
J'ai encore la naïveté de croire que les choses peuvent être régulées (elles le sont bien dans d'autres domaines) à condition de mettre les bonnes personnes en place et de placer la charge législative adéquate. Comme le dit Frédéric Lordon, il faut prioritairement que le métier de banquier redevienne un métier terne et rébarbatif. Il est urgent de séparer les banques de dépôt des activités de casino boursier et, dans ce domaine, certains pratiques (style vente à découvert ou paris à la baisse...) doivent être interdites et les autres lourdement taxées.

En attendant, à titre individuel, pour le fauché, quelques règles de base s'imposent...


3 / La fatalité bancaire ?
Quitte à endosser l’habit d’un odieux libéral quelques instants, j'en appelle dans ce domaine à la responsabilité individuelle. En gros, n'attends pas que TF1 te répète que Canto a dit qu'il fallait retirer ton argent de la banque le 7 décembre (ce qu'il n'a pas dit d'ailleurs) pour la remettre en cause et te soustraire de son emprise le plus possible.
Si tu ne veux pas que la banque spécule à mauvais escient avec ton pognon, stocke-le ailleurs, sous une autre forme, dans l'or ou sous ton matelas, investis-le dans des initiatives, dépose-le dans des établissements plus "éthiques" ou, plus révolutionnaire encore, partage-le[1].
Bien entendu, le chaos commençant ici : refuse systématiquement tout crédit. Avec lui, tu amorces débonnaire des désordres, d'où résultent les inégalités et les injustices que tu dénonces, outré, en bout de chaîne.


4 / La révolution DIY ou, comme disait l’autre : incarne d'abord ce changement que tu souhaites pour les autres.
Avant de vouloir tout foutre par terre pour tous sous l'effet de la colère, il faut d'abord tout entreprendre individuellement pour accorder ton quotidien avec la société telle que tu l'idéalises. Ainsi tu entres dans un processus concret de changement et non d'aspiration à un changement aussi idéalisé que flou.

Tu veux lutter contre les abus de la consommation ? Commence par ne plus rien acheter à Noël.

QUESTION
"- Ah oui, mais je vais avoir l'air d'un nase ?"

RÉPONSE
"- Il y a d'autres moyens de montrer son affection que par l'achat d'un téléphone à la durée de vie de 6 mois."

Tu veux lutter contre les abus de ton patron ? Dis-lui au lieu de te bourrer d'antidépresseurs en chialant dans le métro ou de nettoyer de ses "mauvaises ondes" ton espace intérieur Made in M6 à coup de Fung-shi à 1000 euros le quart d’heure.

QUESTION
"- Ah bah oui, mais je vais me faire virer."

RÉPONSE
"- Alors arrête de gueuler sur les autres qui manifestent pour défendre leurs droits simplement parce que toi tu n'as pas le courage de faire pareil. "

Tu en assez des banques ? Débrouille-toi pour moins en dépendre.

QUESTION
"- Ah oui mais c'est compliqué, parce que ma paye elle arrive sur mon compte."

RÉPONSE
"- Et bah retire là aussi sec. Et laisse juste de quoi payer les factures. "

QUESTION
" - Ah bah oui mais j'ai beaucoup d'abonnements."

RÉPONSE
" - Bon alors écoute Question, mets-y un peu du tien, sinon tu ne vas jamais en sortir de ce système qui te plait pas !"

La "révolution" se commence à un. Agir ainsi te permets 1 / et ce n’est pas rien, de te sentir apaisé, 2 / d'influencer d'autres (qui à leur tour vont se sentir plus apaisés et qui, du coup, vont moins me casser les pieds, tu vois ?). Rien de tel que la force de l'exemple. En revanche il vaut mieux susciter l'envie que la peur.

Cantona a tort sur ce point : il n'y a pas de force du "système". Le "système" ne tient que par la croyance que tu places en lui. D'où son insistance, via ses sbires et ses attachés de presse, accusateurs et railleurs, à te rappeler à ta moindre incartade idéologique qu'il est le seul et l'unique et que tous les autres sont criminels, voués à l'échec et n'émanent que d'esprits tordus[2].

Ce "système" où l’individu s'exproprie de sa propre vie au profit d'un idéal générique (de moins en moins accessible) est le résultat de l’accumulation de nos renoncements. En gros, il nous a corrompus jusqu'à l'intime[3]. Il ne s'agit donc pas de "détruire un système", on sombrerait probablement avec, mais de "transformer ses composants" et, consécutivement, un par un, de modifier la base de ce qui "fait société". C’est à toi, à ton échelle, par tes actes quotidiens et le remise en question de tes aspirations, de rendre obsolète ce "système" qui te débecte. Ce qui n’empêche pas, au contraire, quelques coups de force collectifs (mais là pareil, faut se bouger au lieu de le regarder à la télé).

Si changement il y a, il sera le fruit d'une propagation de nouveaux comportements au sein de la société contredisant par l'exemple les préceptes claironnés d'en haut. Tendre à s'affranchir de la banque (telle qu'elle est aujourd'hui) est un élément, important, mais loin d'être le seul.

Affirmons donc sans peur du jugement, un fier et convaincu : non. Même si je le subis, puisque en tant qu'un individu dans une société où la majorité se soumet à ses codes, ce "système" basé sur le renoncement à agir, le nivellement uniforme des ambitions au profit de la rente toujours plus sophistiquée, reposant sur la poursuite infinie de la surconsommation et de l'endettement à outrance des individus, n'est pas le mien.

Ce n’est pas parce que l'entreprise te semble insurmontable ou que tu t’imagines seul (là, Canto ou pas, internet a cet avantage de te confirmer quotidiennement que ce n’est pas le cas) qu’il faut baisser les armes avant d'entreprendre la bataille.

Car, ne pas se cacher derrière son écran et les appels des uns et des autres : se désintoxiquer personnellement est la plus grande des batailles[4].


[1] J'apprends que les Français n'ont plus confiance dans les placements boursiers. Bien. Je rappelle juste que ce n'était pas absolument pas le cas, il y a à peine 10 ans. La preuve qu'il faut se prendre une bonne ratatouille pour comprendre la leçon. Manque de bol, ils remettent ça avec l'immobilier. Hier, pour se "garantir" une bonne retraite, ils accentuaient les licenciements des autres pour gonfler leurs dividendes, aujourd'hui en investissant dans la pierre pour les mêmes raisons, ils contribuent activement au mal-logement pour les autres et prennent le risque personnel de finir sans rien.

[2] Vu les forces médiatiques en place (et leur mode de financement), il est peu probable que soit véhiculée, avant au moins une sévère contamination populaire, une quelconque apologie de l'alternative par la sous-consommation, la banque locale, l'échange ou que sais-je encore. Une fois encore, Internet est là. Non pour générer des évènements qui ont de grandes chances de rester virtuels mais pour encourager et promouvoir des mouvements et relier des initiatives concrètes.

[3] Au fond, je n’aurais rien contre "le système" si l’individu s’en contentait et que cela le rendait heureux. C'est malheureusement l'inverse qui se constate. L'individu étant assujetti à des comportements contraignants, l’éloignant d’équilibres internes fondamentaux, le conduisant à la névrose (effet secondaire majeur constaté de la course à l’opulence surtout lorsque cette dernière s’articule sur une soumission horaire et mal rémunérée à une fonction peu gratifiante) et à la violence avec son entourage. Comme je fais partie de cet entourage, ses désordres deviennent les miens.

[4] C’est un peu à l’image d’un régime alimentaire. Tu sais que si tu veux perdre du poids, tu ne peux pas grignoter à toute heure n’importe comment, ne serait-ce qu’une poignée de cacahuètes. Changer la société en changeant son quotidien, c’est un peu la même chose. Cela demande d’entrée un code de conduite intérieure, tant l'offre de junk-food abonde et les tentations sont grandes de céder.

Illustration : flickr / mictlan74

7 décembre 2010

Banquereune et Ouiquilique : rien ne sert à rien

par

Manque de vitamines sûrement : les deux beuses du moment ne m'inspirent rien. Ni Ouiquilique, ni le Banquereune[1]. Dans les deux cas, constatons tout de même la comi-pathétique réaction d'une classe dirigeante hermétique à l'exaspération de son peuple, et celle des médias surfant sur la rancœur ambiante, histoire que leurs bannières publicitaires ne se déprécient pas. 

LA RAISON DU PLUS FORT
"- Vous ne vous rendez pas compte, ignorants, si "le banquereune" fonctionne, ce seront les endettés qui paieront la note."

LES IGNORANTS
"- Arrêtez de nous tenter comme ça !"

Dans les deux cas,  après une réclame pour un "forfait bloqué avec internet illimité" pour ton smarte-fone de noël et une autre pour un crédit "honnête" afin de t'acheter ce smarte-fone qui fera de toi un homme, mon fils,  avant le journal télévisé nous annonçant une poignante réconciliation familiale à base de billets en direct de Neuilly : on raille, on se moque, on prétexte que "cela ne sert à rien", qu'on ne mélange pas les torchons et les serviettes, que le secret c'est sacré, que les irresponsables populaces sont des mômes   manquant de rigueur, qu'il convient de mater, de décourager d'agir et d'enclaver dans l'ignorance. 

Bientôt, avec leur sagesse ancestrale teintée d'humanisme, étayée par la prose assurée de leurs éditocrates se relayant à quelques smics par mois, entre un jeu débile et deux reportages sur la police d'élite, pour squatter en trois-huit les plateaux de télé-achat idéologique, les obsolescents en flagrant-délit continu  d'indécence en viendront à conclure que, bon, c'est pas tout ça mais "il leur faudrait une bonne guerre".

Ah sinon, à la rubrique fait-divers : le laboratoire Sanofi-Aventis, pour célébrer ses bénéfices de 2009 en hausse de 9% à 8 milliards d'euros (le vaccin H1-N1 tu te souviens ? C'était le beuse d'il y a un an à la même époque), annonce le licenciement de 600 salariés.


[1] chez moi, comme d'autres de plus en plus nombreux, le banquereune est un art de vivre flirtant fréquemment avec la banqueroute.  Mais, ne te décourage pas, si tu veux vider ton compte : fais-toi plaisir avec la banque (c'est si rare).  Je suis certain que ton Monarque ne te contredira pas sur ce point : l'important c'est l'action. 

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