6 février 2010

Karachigate : ouverture d'enquête pour corruption

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C'est dans un relatif silence médiatique que le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour «corruption et entrave à la justice» suite au dépôt de plainte de Me Morice dans le cadre de l'affaire de la vente de sous-marins au Pakistan (ayant peut-être, pour cause de rétro-commissions non versées, conduit à la mort de onze ouvriers de la DCNI à Karachi en mai 2002).

Pour l'occasion le JT de 20h de la première compagnie s'est fendu d'un sujet sur les bienfaits du "secret défense". (NB : t'es pas obligé de cliquer)

L'enquête est confiée à la division nationale des investigations financières (Ministère de l'intérieur). Elle est susceptible de concerner, entre autres, un ancien premier ministre et un actuel président de la république. Les "crocs de boucher" traditionnellement brandis par ce dernier expliquant peut-être la tiédeur des reprises médias au moment où le renvoi en appel du jugement de l'affaire Cleartsream, lui, faisait un certain barouf. Notons que dans les deux affaires, il s'agit du même procureur : Jean-Claude Marin.

L'intégralité de la conférence de presse donnée par Me Morice et les familles des victimes de l'attentat de 2002, résumant l'affaire depuis son début et revenant en détail sur le dépôt de plainte à l'origine de cette enquête, est visible en vidéo ici.

A suivre attentivement.


- Le site des familles des victimes.
- Le portail du Karachigate

4 février 2010

Un peu de volonté, que diable !

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Remontait hier dans les médias le débat sur la mise en application prochaine d'une loi de flexibilité mobilité pour les fonctionnaires.

Ce projet est limpide : On pourra désormais arrêter de payer puis licencier un fonctionnaire ayant refusé trois propositions de mutation. Synthétisons : Avec un peu d’insistance (t'es prof de philo ? Deviens responsable du planning à l'hosto) et de malice géographique (t'habite à Pointe-à-Pitre ? Va vivre à Vesoul), ça te permet de pousser n’importe qui à la porte en l'accusant de mauvaise volonté !

En décodé façon UMP : Dégraissons le truc l’air de rien, en faisant partir d’eux-mêmes et sous les quolibets, les mécréants qui pompent tout cet argent qu'on pourrait donner au marché.

Rien de bien neuf : Durant 24 heures fut encore diffusée l’idée qu’il est normal de taper sur cette tentaculaire fonction publique qui ne sert à rien. [1]

Le train-train du baratin est déjà chassé ce matin par une nouvelle proposition de loi, avec sondage en pièce-jointe :

Les français seraient majoritairement pour le renforcement du service civique. Ça tombe bien : Martin Hirsch, haut commissaire à la Jeunesse, annonce un nouveau dispositif dont l’objet est de « permettre à un jeune de s'engager en effectuant une mission d'intérêt général».

"Les jeunes auront la possibilité d'effectuer ce service en France ou à l'étranger et recevront une indemnité comprise entre 540 et 640 euros par mois. » Dixit Hirsch.

"Ce service devrait concerner 10 000 jeunes en 2010 [...] L'objectif est d'atteindre 75 000 jeunes en 2015. Il sera accessible sur la base du volontariat à des jeunes âgés de 16 à 25 ans accueillis de six à douze mois dans une association, une collectivité locale ou une ONG..." Peut-on lire dans une dépêche de l'AFP.

Ah... la volonté...

Au moment où le gouvernement propose de dynamiter discrètement les agents de l'état pas assez volontaires, il promeut le volontariat citoyen des jeunes en appelant ça "donner des repères".

D’un côté, des missions de services publics tranquillement désherbées, de l’autre du boulot d’utilité publique (il faudra plus qu'attentivement regarder la nature des tâches effectuées) accompli par l'armée de réserve classique du prolétariat sous-payé (le jeune) sur les ruines du service militaire et au nom de l'engagement citoyen.

Le rapport de l'inspection général des affaires sociales sur le sujet, précise les ambitions du bidule :

"Faire émerger une culture du volontariat encore confidentielle en France en comparaison avec d'autres cultures, anglo-saxonnes par exemple."

Sont prévus 7 champs d'action ouvert à tous les (créateurs de) possibles:
- Solidarité et prévention de l'isolement.
- Éducation à la santé.
- Éducation pour tous et accès aux pratiques culturelles et sportives.
- Pédagogie du développement durable.
- Mémoire et citoyenneté.
- Solidarité internationale.
- Intervention d'urgence en cas de crise.

Attention, nous n'avons rien contre le bénévolat, au contraire, mais les ambitions affichées, certaines catégories avancées et un timing précipité sèment le doute.

"Le service civique volontaire pourra s'appliquer dès que la loi aura été adoptée grâce à "des mesures transitoires" permettant de "recruter tout de suite et de commencer des missions" affirme Hirsch.

Sur qu'avec toute cette précarité et les bataillons de travailleurs-pauvres, c'est le moment de développer la culture du volontariat.

Ce service civique s'annonce comme le remake customisé du service militaire d'antan : Une période de matage pour le jeune un peu paumé, afin de le préparer à se sacrifier sans moufeter sur le champ de bataille de la guerre (devenue néo-libérale).

Travailler à prix cassé ? Autant t'y faire vite.

Le monarque le rappelait il y a 10 jours, cette "politique de la jeunesse", basée sur "l'autonomie" et dont il faudrait lui demander si elle comptabilisée pour la retraite, lui tient à cœur. Il souhaite qu'elle concerne à court terme 10% de la classe d'âge des 18-25.

Il le proclamait à Avignon le 29 septembre dernier lors de son discours "pour la jeunesse" devant un parterre de seniors (les premiers à bénéficier du dispositif, voir liste ci-dessus) :

"Il faut se battre pour mériter la chance que l'on vous donne"

Fonctionnaires, jeunes, chômeurs : Empêcheurs de tourner en rond ! Ce pays irait tellement mieux si vous faisiez preuve d'un peu de bonne volonté !

* * *

[1] A propos de chasse aux sorcières : spéciale dédicace aux fonctionnaires musulmans qui prennent double ration de stigmatisation ces derniers temps.


1 février 2010

"S'opposer de manière utile et constructive"

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Certains ont encore du mal à voir des évidences qui s'imposent depuis déjà dix ans : Si le Parti socialiste peine à faire rêver c'est par son manque de hargne, dans sa représentation la plus visible, à défendre les valeurs de gauche.

C'est sur ce constat, et parce que de la hargne il en a, que dans la foulée du vote des motions du congrès de Reims, Jean-Luc Melenchon claquait enfin la porte du PS où il vivait "tranquillement comme spécimen de gauche, dernier marxiste" pour se "jeter dans le vide avec des communistes" et créer le parti de gauche visant rien de moins que la refonte du socialisme.

A l'initiative du journal Vendredi et accompagné des blogueurs vogelsong, Ronald d'Intox2007, Laure Leforestier, Guillaume d'Owni.fr Richardtrois, mancioday, dedalus, j'ai rencontré la semaine dernière un Jean-Luc Mélenchon balançant de la révolte au scepticisme mais dont rien n'ébranle les convictions.

La première partie de l'entretien est une charge philosophique sur les médias et la façon biaisée d'introduire le débat, l'autocensure de certains journalistes, le jeu continu entre le faux et le vrai dont vous trouverez le compte-rendu chez Piratages.

Concentrons-nous sur l'analyse du socialisme, passé présent et futur, qui sera le fil rouge du reste de l'entretien.
(Je vous encourage à écouter les extraits audio jusqu'au bout, ça vaut le détour !)

Ça commence mal : Dedalus fâche Jean-Luc Mélenchon avec cette question que beaucoup se posent (tout de même) : "Est-ce qu'en sortant du PS il n’y a pas cette tentation de taper systématiquement dessus et finalement d’empêcher l’union ?".

Colère.

JLM : "- Qui divise la gauche ? Si ce n'est ceux qui ont décidé d'y mener une politique qui n'a rien a voir avec la gauche !" [...] Je suis contre les alliances avec le Modem, parce que le modem c'est la droite. Que dois-je faire ? Me taire ou le dire ? Madame Aubry se déclare à la télé pour la retraite à 62 ans et vous me dites : comment Monsieur Mélenchon vous osez la critiquer ? Et c'est moi qui aggraverait la division de la gauche ?"

JLM poursuit son explication musclée sur la seule finalité de son parti : Forcer le PS à revenir à gauche. Il étaye sa démonstration sur son observation des mutations européennes (politiques libérales de Blair et Schroeder) ainsi que sud-américaines causées par un socialisme dévoyé.

JLM : "- La catastrophe italienne pour moi est la plus glaçante : Il n’y a plus de parti de gauche ! Ça répond à votre question ? Moi je suis obligé de me dire mais qu’est-ce que je suis entrain de faire ? Je suis entrain [à l'époque] de raconter aux gens que le débat continu à l’intérieur du PS, que faire autrement c’est diviser. Sauf que petit a petit la pente est prise, y a plus de résistance, y a pas de réaction !

Son devoir, continue-t-il, est de critiquer le PS français qui en arrive progressivement au point italien.

"- La responsabilité individuelle d’un homme libre c’est de s’opposer au moment où on peut le faire, de manière utile et constructive.
[...] Il faut changer la gauche, changer son centre de gravite, rectifier son programme sur son orientation."

Suite de la réponse en audio (A propos de la gauche en Amérique du Sud et de Chavez) :






A l'idée qu'on puisse le soupçonner d'amalgamer socialistes français et sud-américains, Melenchon repart au quart de tour :







Ré insuffler de "la révolution" à gauche tout en restant dans un cadre républicain et générer l'implication populaire.

La question de l'alliance avec le NPA, pas réputé pour sa volonté d'accéder au pouvoir, est replacée dans une perspective historique : JLM rappelle qu'il y a 30 ou 40 ans nombre de socialistes étaient bien plus extrêmes que les extrémistes de gauche d'aujourd'hui :

JLM : "- Vous avez vu ce qu’était le PS dans les années 70 ? […] On était un parti révolutionnaire. C’était marqué dedans. Il y avait du double vitrage à ma fédération et quand je demandais pourquoi on me disait : « camarade, l’ennemi de classe ne se laissera pas faire. » […] On peut toujours dire c’est pas ça qui s’est passé mais je rappelle que l’on a nationalisé toutes les banques, le tiers de l’industrie etc, etc.. et que « le vieux » [François Mitterrand] que l’on présente comme un machiavel cynique a toujours refusé de signer les ordonnances de privatisation jusqu’à son dernier souffle. »

A ce sujet, le chef du parti de gauche réhabilite la stratégie politique de François Mitterrand. Il donne sa version de l'élection de 1981 et du "tournant de la rigueur de 83" :

1ere partie :







2eme partie :








En fin d'entretien, je lui demande si les élections régionales, avec un PS annoncé triomphant et donc peu enclin à l'autocritique, ne risquent pas de reporter son message d'encore un scrutin ? Réponse pragmatique et ouverte sur un deuxième scénario... :







Leçon de gauche terminée.

Pendant ce temps...


Dominique Strauss-Kahn est, parait-il, le candidat socialiste préféré des français...


28 janvier 2010

Les retraites, la peur et l'abandon

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Selon la rhétorique du moment, nous serions les victimes d'"un épineux problème", un « tabou », une « exception française » qu’il faudrait que toi, feignant et infantile travailleur pas assez productif, tu te « résignes » enfin à regarder en face.

Essayons de relativiser ce concert d’inquiétudes qui depuis 15 ans (30 si j’en crois les anciens) est censé ronger la société :

« La question des retraites »

Cette interrogation crispée repose sur trois postulats rabâchés de chaînes en chaînes, dans les éditoriaux des magazines, sans parler des interventions des sbires de l’UMP passant d'un plateau à l'autre pour nous expliquer comment on a tout faux et comment ils ont tout bon :

- L’espérance de vie a augmenté et il y aura moins d’actifs que d’inactifs en 2050.

- La richesse de La France n’augmenterait pas dans les cinquante prochaines années.

- On ne peut plus augmenter les cotisations sociales[1] trop coûteuses pour le travailleur.

Ces 3 postulats déliés à toutes les sauces depuis une dizaine d’années ont flingué l’espérance de mes amis trentenaires et quadras de la classe moyenne qui à force de se dire « la retraite on la touchera jamais » acceptent sans morfler que progressivement on la leur retire, voire pire.


1 / « L’espérance de vie augmente »
Oui mais pourquoi ? Et, est-ce que cela durera ? sont les vraies questions à se poser.

- Les vieux vivent plus longtemps mais surtout leurs petits-enfants meurent moins[2]. Les maladies sont mieux soignées à tous les âges de la vie (pas si mal ce système de santé, non ?).

- Cette amélioration continue de l’espérance de vie sur laquelle tablent nos alarmistes de la retraite est le résultat des acquis sociaux qu'ils veulent dégommer. Ne serait-ce pas parce qu’ils accèdent à la retraite à un age décent que les travailleurs d'hier vivent plus longtemps ?

Dans son soucis d’une parfaite compréhension des gueux, nos apologistes de l'allongement de la durée de travail stoppent au sacrosaint « on vit plus longtemps ». De quel "on" parlent-ils ?

Ce « on » a de grandes chances de vivre en 2010, d’être à la retraite, de disposer d’un matelas confortable (patrimoine, immobilier, soins de santé bien couverts…). Notons que le « je ne toucherai pas à la retraite par répartition » du Monarque dans son sarkopiposhow du 25 janvier lui était adressé.[3]

- L’espérance de vie est liée aux conditions de travail. Vu le nombre de jeunes et de moins jeunes qui s'y ruinent la santé comme jamais dans des emplois précaires et stressants avec des horaires décalés, qui risquent potentiellement l’accident dans des temps de transport de plus en plus long pour rallier leurs habitations en 27e périphérie, sans parler de ceux qui sautent carrément par les fenêtres : cette espérance de vie risque de baisser.


…et le « trop de retraités en 2050 » ?
Tu es déprimé ? Sous-payé ? Pourtant tu fais des bébés (faut croire là aussi que notre système de couverture a son bon côté). Ça tombe bien, ils paieront tes vieux jours !

Le nombre de retraités augmentera jusqu'en 2040, mais la classe creuse née entre 1970 et 1990 procrée en masse aujourd’hui donc...


2 / « La France ne s’enrichit pas »
A quoi que cela sert que Christine Lagarde nous bassine avec la croissance comme réponse à tous les maux, si elle ne profite pas un peu au citoyen ? En 40 ans, la richesse de la France (avec un taux de croissance modéré, provoquant un orgasme tolérable pour tout économiste, de 1,7 % par an) devrait doubler. Avec une augmentation de 1 700 milliards d’euros de la richesse nationale en 2050, il devient moins compliqué de financer les 200 milliards d’euros supplémentaires nécessaires au maintien des retraites.

Malgré ce qui est ressassé et que tu finis par croire, si l’on veut débloquer de l’argent pour la défense de certains principes qui font l’excellence de notre modèle social, c'est loin d'être un souci. Il suffit simplement de prendre le pognon là où il est, dans la poche de ceux qui en ont plus qu'ils ne pourront jamais en dépenser.

Tu commences à cerner la vraie nature du « tabou » de la retraite, non ? Ce n’est pas la retraite que tu percevras (et dont on te persuade qu’il te faut abandonner de toi-même l’idée de la toucher un jour) mais bien celui de cette maudite part patronale allouée (vécue comme perturbateur de profits supplémentaires pour ses collègues de classe) qui chiffonne notre gouvernance ultra-libérale[4].

J’y viens…


3 / "On ne peut pas augmenter les cotisations sociales."
Vérité absolue qui met petits et puissants au diapason.

S’il y a une solution concrète (qui à l’avantage de ne pas toucher à l’âge du départ en retraite) que médias et politiques n’évoquent jamais, c’est bien celle de l’augmentation des salaires puis celle, progressive, des cotisations sociales. Nous touchons ici à l’idéologie de ceux qui vendent du "péril des retraites" à tour d’interviews.


La finalité du « tabou »

Faut t’y faire, on te dit ! Prépare ta retraite toi-même. Investis, souscris des retraites complémentaires, ouvre un PEA au gamin et réserve lui sa place en hospice.

Le triptyque gouvernement-finance-patronat concentre ses efforts médiatiques dans un seul but : fabriquer chez toi l’idée que ta retraite est « un problème » et que tu ne profiteras jamais à moins que tu ne consentes à des « sacrifices ».

Il s’agit donc pour ce pouvoir d’augmenter (sur le lit de ta résignation) la durée de la cotisation pour que tu en jouisses le moins possible, rejoignant ainsi la logique de l’assureur privé.


La retraite idéale selon le marché ? Des travailleurs lésés et des intérêts privés garantis institutionnellement.

Pour l’assureur privé, la retraite parfaite serait celle pour laquelle tu payerais toute ta vie (par obligation d’état) mais dont tu ne profiterais jamais (n'ayant éternellement jamais assez travaillé[5])

Avec la complicité d’un salarié précarisé et apeuré, nous dirigeons vers ce summum de cynisme où l’esprit de solidarité serait inscrit dans un cadre étatique pour bénéficier en priorité à quelques groupes privés ou, en langage UMP :

« cotiser plus pour percevoir que dalle »

Comptons sur nos charmants opérateurs financiers pour réinvestir tes cotisations au casino boursier. Une fois ces sommes titrisées, là d'accord : Tu pourras parler d’un problème des retraites !

Nous n'en sommes pas encore là, mais cela viendra, et plus vite qu'on ne le croit si l'on commence à rogner sur l'âge du départ à la retraite.

Réaffirmons ce principe de solidarité et ne nous laissons pas effrayer par « la menace des retraites » ou culpabiliser de « ne pas cotiser assez longtemps ». Ce sont sur des postulats écartant d'emblée de réelles options de financement, que débutent les plus grandes régressions sociales.

* * *

[1] C’est tellement pas bien qu'on appelle ça des « charges », le choix de ce terme afin de désigner le résultat de luttes syndicales dans l’intérêt exclusif du travailleur en dit long sur les intentions de celui qui l’utilise.

[2] malgré l’apparition de cet engin de malheur appelé trottinette, bien plus dangereux pour les gamins qu’internet

[3] Le retraité est aujourd'hui cajolé car il concentre le gros du fameux
pouvoir d’achat et que jusqu'à présent, il vote souvent UMP. Mais cela ne durera pas. Les retraités de demain, eux, qu'ils soient sur le chemin du boulot ou du pôle emploi, sont priés de se soumettre à la logique mentale des dominants.

[4] L’idée de "retraite" est un cauchemar néolibéral, non pour l'absence de travail (la « valeur travail » cette classe la piétine personnellement depuis belle lurette) mais bien parce que la classe dominante la perçoit comme un détournement immédiat de profit.

[5] Si l’on te sort cette excuse que l’on sortait déjà il y a 30 ans, il y a de fortes chances qu’on te la resserve dans 20 ans accompagner d' un « bon bah maintenant, faut cotiser 50 ans."

* * *

Illustration : photo du film "Back to the future" de Robert Zemeckis, 1984

23 janvier 2010

Guerre et presse

par

Début 2010. Dans l’arrière-cour des influences médiatiques, le vieux monsieur et son épouse illégitime s’entredéchirent sur la garde des infos :

MASS MEDIA
Espèce de traînée pédo-pornographique ! T’informes comme une pissotière. Avec toi c’est la porte ouverte au n’importe quoi et à l’approximation !

MISS NET
Pyramidal dépassé ! Question approximation t’en connais un rayon. Tu t’es regardé ? Ta pensée est vive comme un buffet Louis-Philippe !

MASS MEDIA
Tu n'as pas de pudeur !

MISS NET
Tu vas filmer des cadavres encore chauds empalés sur des rampes d’escalier à Port-au-Prince et t’es incapable de montrer un SDF en bas de ton building sans le flouter ! Et encore : faut attendre qu'il fasse moins dix degrés. Et c'est titré "Le froid a encore tué".

MASS MEDIA
Ton information n'est pas vérifiée !

MISS NET
Critique mon info va... Même tes réclames sont plus honnêtes : c’est marqué "pub" avant et après.

MASS MEDIA

Personne ne te contrôle !

MISS NET
Toi t'es bien en main par une poignée de copains.

MASS MEDIA
Nous on a la crème des analystes.

MISS NET
Ouais... Riche en corps gras.

MASS MEDIA
Le réseau c’est sale : tout le monde y met les mains

MISS NET
Toi t'es du genre : le même cul posé sur douze chaises. Tout le monde ne peut pas être chroniqueur sur trois chaînes, patron de presse et expert à la radio ![1]. L'information c'est comme le capital : à un moment faut partager sinon ça devient suspect.

MASS MEDIA
Il me faut des gens carrés. On a des objectifs. Je suis sous pression. Tu ne sais pas ce que c’est d’informer et de divertir à la fois. Tu ne fais que dénoncer.

MISS NET
Sûr qu’à ce niveau t’es pas le champion : 4 vigiles étouffent un type dans un hyper parce qu’il pique une bière. Deux semaines après tu nous fais un complément d’enquête sur la petite délinquance qui fait perdre un milliard et demi à la grande distribution.

MASS MEDIA
La valeur étalon de la pensée progressiste et l'élite culturelle partagent ce constat : tu n’es qu’un repère de cyber-criminels, de terroristes et de déviants.

MISS NET
Tu les fabrique sur demande. Une de tes victimes t'appelle "boite à lettre".

MASS MEDIA
Tu n'as aucune morale !

MISS NET
Tu perds l''éthique.

MASS MEDIA

Je touche tout le monde.

MISS NET
Tu caresses toujours les mêmes. A la télé, ton audience est tellement vieille qu'il faut que ça applaudisse toutes les trois secondes pour pas qu'elle s'endorme.

MASS MEDIA
C’est bas ça... Sachez jeune fille que chez moi le débat des idées est sans tabou !

MISS NET
Ouais, mais il est souvent scénarisé. Et puis quelles idées ? Du débat, le plus souvent tu ne connais que deux formes :
- le cire-pompage-promo-psychanalytique façon Drucker.
- Le procès des idées contraires à celles qui t'arrangent.

Chez toi, la réalité n'est qu'imprévue. Même tes spectateurs font plus confiance à leurs banquiers !

MASS MEDIA
Tu déformes la réalité.

MISS NET
Quand tu parles d'histoire, t'es obligé de mettre des couleurs parce que sinon parait qu'on ne serait pas assez ému. Et en plus t'en es fier !

MASS MEDIA
Tu ne colporte que des ragots.

MISS NET
T'informes pas, tu tapisses.

MASS MEDIA

Tu parles trop. Insolente !

MISS NET
Avec moi faut faire le tri : Je suis pas un média passif. Avec tous les cerveaux que t'as contaminé c’est compliqué de rétablir une autre vérité.

MASS MEDIA
Moi madame j’ai un statut, des années d’expériences, je suis pas une folle dingue qui joue avec le feu.

MISS NET
Ce n''est pas parce que je suis jeune qu'il faut que tu me parles comme ça : j’apprends. Jouer avec le feu ? On voit que tu regardes pas ce que tu diffuses : meurtres à la hache, pognon pour questions con, strings dans la gueule et autopsies en prime-time. Les unes de tes magazines : La crise est finie, les bonnes affaires de l'immobilier, l'atroce calvaire de Johnny, comment Rachida prépare sa contre-attaque !

MASS MEDIA
Allons bon. Et le pugilat de la distribution de billets annulée, c’était pas du racolage peut-être ?

MISS NET
C’est bien toi ça, tu confonds tout mais juste quand ça t’arrange. Ça s’appelle de la publicité. Tu connais non ? Je te rappelle ce qu’en disait à la télé en 1990 un de tes penseurs préférés qui depuis a le droit à l'open bar sur tous tes plateaux pour mettre en kit mon réseau : "La publicité c'est le sponsor de la démocratie".

MASS MEDIA
C’est bien dans tes méthodes ça … Sac à buzz et petites phrases!

MISS NET

T’es bien content de les avoir mes buzz pour énerver tes chroniqueurs et me pomper dans tes revues de presse. Et tes bêtisiers du net à la télé qui te coûtent pas un rond, avec quelles images tu les fais ? Et les petites phrases faut bien les lancer puisque tu n'oses pas les montrer même quand c’est toi qui les as filmées.

MASS MEDIA
Je te l’accorde : tes lol cats et tes tartes à la crème ça bouche mes trous et ça me donne l’air branché. Mais bon, tes analyses sur mon fonctionnement interne et les dérapages de ceux qui tiennent ma destinée entre leurs mains sont un peu trop exigeantes pour mon audience. Faudrait pas trop les réveiller, ça devient embarrassant pour ma démocratie financière personnelle.

MISS NET
Surtout que l'on redonne le goût de la lecture et du sens critique à ta clientèle !

MASS MEDIA
Tu crois vraiment que l'on va se laisser marcher dessus par un média tentaculaire, insoumis et sans tête pensante ? Moi et mes potes on va te faire rentrer dans le rang ! On va t’hadopiser, te filtrer, te mater, te taxer, te couper et t’interdire d’émettre comme en Italie.

MISS NET
Attrape-moi si tu peux !

MASS MEDIA
Tu ne représentes rien.

MISS NET
Alors pourquoi veux-tu me détruire ?

MASS MEDIA
Tu casses ma routine et tu m'obliges à tout repenser. Mais j’ai encore de bons revenus et des amis influents dans la place. Je peux tenir longtemps. Et puis si cela ne marche pas, l’état me financera.

MISS NET
Non sans dec' ? Ça c’est de l'info inédite ! Et qu'est-ce que tu vas faire ? Ne plus enquêter au-delà de la porte de Bagnolet comme le secrétaire du Monarque te le suggère ?

MASS MEDIA

Pirate ! Menteur ! Inculte !

MISS NET
Crois-tu que tu feras longtemps le poids avec tes PDM en pente douce et tes ventes kiosque proche de la banqueroute sans retrouver la route d'un travail sérieux ? Parce que les JT uniformes ou le copié-collé des dépêches AFP...

MASS MEDIA
Tiens prends ça ! Un Envoyé spécial sur les méchants pirates du réseau. 2 millions de personnes qui te prennent pour une salope !

MISS NET
Si l'industrie du disque avait su s'adapter au lieu de chercher à punir pour conserver ses marges, elle n'en serait pas là aujourd'hui. Ça devrait te servir de leçon non?

MASS MEDIA

Il y en aura toujours pour me lire et m'écouter.

MISS NET
Je sais : j’en fais partie. Je l'avoue : je ne serais rien sans toi et j'aime bien ce que tu fais parfois. Si tu étais un peu plus ouvert et moins accroché au passé, tu comprendrais... Prends des risques, on en a besoin.

MASS MEDIA
Bon… devant la tournure médiocre de ce débat (mais pouvait-il en être autrement sur ton réseau ?) , je tiens à exprimer toute ma sympathie au peuple haïtien.

MISS NET
Et moins je te link au dossier de Michel Collon sur un pays qui existait bien avant le 12 janvier.

MASS MEDIA
On se reverra.

MISS NET
On se regarde sans arrêt.

[A l'issue de cette discussion, nous nous orientons vers la remontée et le décryptage parallèle des infos. Mais, les deux camps disposent encore d'arguments et de moyens de pression...]

A suivre...

[1] existe également avec les options : conjoint de personnalité politique au pouvoir, salaire métallisé, fermeture centralisée.

Illustration : affiche du film "Network" film de Sidney Lumet, 1975

21 janvier 2010

L'auto-entreprise, c'est que du bonheur !

par
C’est à 15h10, au moment même où, place de la République, commence la manifestation contre les suppressions de postes dans le secteur public que le bonheur tombe sur twitter :

Herve Novelli, secrétaire d'État chargé du commerce et des PME lance :

"Je sors de conf de presse sur l'explosion des créations d'entreprises: 500 000 créateurs en 2009 c'est une de mes plus grandes fiertés ! "

Toute la déconnexion populaire résumée en un twit.

Au moment où ça licencie à tout va, où notre gouvernement cravache comme jamais pour récupérer la fabrication du pose-gobelet de la Clio sur le territoire national, que le tiers des 15 / 30 ans vit dans la précarité, qu’en cumulant toutes les catégories on atteint bientôt lescinq millions de chômeurs, qu’un million d’entre eux arrivent en fin de droit cette année, un homme heureux : Ça fait plaisir à lire !

Bon calmons les ardeurs du monsieur…

1 / Ce score est essentiellement obtenu grâce à l’explosion de la création des auto-entreprises (320.000), joujou crée par Novelli en 2008.
Rappel de l’auto-entreprise : Appeau à kinenveulent auto-conditionnés, à classer dans l’abécédaire paix sociale et rêve de thune de l’UMP au rayon « si tu veux gagner plus : invente ton travail et fais pas chier ». .

2 / 60% des anto-entrepreneurs ne gagnent rien ou presque. (comme dirait Jean-François Copé à la buvette du Ministère : « c’est pas du salaire de Proglio ça ! »)

3 / La majorité de ces emplois se concentrent dans les services (+193%). Et c’est bien connu pour se payer du service, faut avoir du pognon. Une fois de plus, constatons le gentil rapport d’esclavagisme s'insinuant dans une société de valets et de maîtres. Et je comprends qu'une catégorie, sinon aisée au moins bien plus confortable que la moyenne, de l’électorat UMP soit satisfaite qu’on vienne lui cirer les pompes à domicile.
(Oui, c'est ainsi, à l’inverse des multinationales : Quand le pauvre, lui, se mêle d’entreprendre, la concurrence fait baisser ses prix.)

4 / Les faillites de vraies entreprises, elles, explosent également. + 11,4% en 2009, (61.595 record depuis 1993) notamment les PME de moins de 100 salariés. (+62%) > Ah, tiens. Même là ça foire : c’est que la situation est grave. Sans pousser trop l’effort d’imagination, on peut subodorer que des petites entreprises « limites » gagnent en sacrosainte compétitivité en licenciant pour réembaucher moins cher, en mode auto-entrepreneur, d’anciens salariés (mis en compétition au passage).

A moins de vendre à l’export chez des fortunés ou aux riches du coin : c’est reculer pour mieux tomber. A force de faire de la marge sur le dos du travailleur : Ça cessera un jour ou l'autre, faute de clients sur place pour acheter.

Une preuve supplémentaire que c'est bien la chute et non l'atterrissage qui semble satisfaire les adeptes du mouvement, également appelés liquidateurs sociaux de l’UMP.

Sacré Novelli, le pied qu’il va prendre l’année prochaine avec 1 million d’auto-entrepreneurs supplémentaires !

Sur le même sujet :
Autoentrepreneur, une soft délocalisation de l'intérieur
la chanson de l'auto-entrepreneur


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