10 décembre 2011

Bayrou protocole fantôme

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Genre: Héroic-fantasy pyrénéenne.

Le pitch: C'est pas parce qu'on n'a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule.

Si vous avez raté les cinq premières minutes: Pas content et plus indécis que jamais, fort d'un inexplicable écho médiatique, l'homme du centre sort de son shadow cabinet et repart à la conquête des moulins présidentiels de 2012. Objectif 3%. Seulement voilà, au centre il y a embouteillage: la place est prise par Docteur Strange (joué par Hervé Morin) et le Frelon vert (une interprétation aérienne de François Hollande) fait planer la menace d'un tsunami de centre gauche.

Notre avis: Remake poussif et inutile d'autant que la fin est connue dès le départ, une alliance finale avec le super vilain Leprechaun. On comprend mal la motivation du héros principal. Les dialogues sont soporifiques au possible. Seul Alain Lambert dans le rôle du wiz-geek sort son épingle du jeu. 

Avis de l'office catholique: c'est de la balle bay-bè!

8 décembre 2011

Le lancinant argumentaire du rentier

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La crise est passée par là. Ce système économique est en pagaille, le grand mouvement ultralibéral d'émancipation des peuples se trouve sottement bloqué. La faute aux fonctionnaires, aux 35 heures et aux socialos. Ça te cloue le moral dans les chaussettes et c'est bien légitime.

Heureusement, les grands penseurs du siècle sont là pour te montrer la voie pour te sortir de l'ornière et renouer avec la compétitivité des bons temps de l'esclavagisme, et en finir une bonne fois pour toutes avec ce "fléau", matrice de tous tes vices, de la fainéantise à l'assistanat en passant par le travail payé: le chômage.

Dans sa gracieuse bonté, Olivier Dassault, fils à papa milliardaire de fils à papa milliardaire, te prodigue sur une pleine page du dernier numéro de Valeurs Actuelles (le magazine de la droite qui s'assume dont fiston est vice-président) ses conseils pour en finir du "lancinant problème du chômage" (le titre de l'article).

Enfin... problème, problème... On ne soulignera jamais assez l'utilité du chômage pour maintenir les salaires à la baisse et couper court par la peur à toute revendication sociale.  Ce qui arrange depuis trois décennies les bidons de ces "entrepreneurs" dont l'auteur se revendique (un poil abusivement comme nous l'indique un survol de sa page Wikipedia à la rubrique parcours professionnel, rapport qu'en bon rentier il doit à peu près tout à sa famille. Une forme d'assistanat étrangement tolérée à droite et même fiscalement encouragée).

Olivier Dassault étant député UMP, il va sans dire que le texte est sous-tendu par une critique accablante du PS qui, comme chacun le sait, est au pouvoir depuis 10 ans. Olivier prévient d'entrée: pas la peine comme les gauchistes de chercher dans la mondialisation, les banques, les patrons et les actionnaires la source des malheurs du salarié et à fortiori du licencié. Il n'ira pas en réhabilitation. Non, non, non.

"Mais, jamais une entreprise ne licenciera par plaisir ou pour se ménager les faveurs de fonds de pension à la recherche de plus-values boursières. Lorsqu'un patron licencie, c'est en général la mort dans l'âme, à seule fin de préserver l'avenir de son entreprise."

A sortir aux salariés en cas de plan social ou de rachat-liquidation en LBO. Effet garanti.

Et les banques ? Pour O.Dassault, si elles ne prêtent plus aux PME, c'est que l'Etat a été trop gourmand.

De solution au chômage, attaquant le quatrième paragraphe, je n'en ai toujours pas. Toutefois, je tombe de ma chaise en lisant la diatribe, certes en mode camomille, à laquelle se livre le descendant Dassault:

"Et puis nous avons surement péché par naïveté face à la mondialisation, ouvrant nos marchés sans exiger suffisamment de contreparties de la part de pays peu scrupuleux sur le respect des normes sociales, la protection intellectuelle ou de la parité des charges."

Sors de ce corps Arnaud Montebourg.

"Cela doit-il nous conduire à sombrer dans les fausses solutions prônées par la gauche ?"

Ouf, rassuré, retour aux fondamentaux. Cela faisait bien six lignes qu'Olivier n'avait pas taclé les socialos.

Dassault junior est évidemment contre un moratoire sur les licenciements et les pénalités pour les entreprises profitables, qui distribuent des dividendes à leurs actionnaires. "Ce serait empêcher toute adaptation à un monde en constante évolution". Sans actionnaires, les entreprises seraient déficitaires. On a envie de demander à Olivier ce que les mêmes entreprises deviendraient sans travailleurs, mais bon à priori la survie du salarié c'est pas trop son champ d'action.

Nationaliser les banques ? Olivier nous lance le point godwin de l'anti-interventionniste "On a vu avec le crédit Lyonnais où cela pouvait nous conduire"  D'ailleurs ce n'est pas le moment de leur causer du tracas à nos gentilles banques puisqu'elles doivent renforcer leurs fonds propres (comprendre que la BCE leur prête de l'argent pour rien, qu'elles nous reprêtent pour beaucoup plus).

La démondialisation ? Billevesées. Dassault fils, à l'inverse de ce qu'il annonce plus tôt, affirme que "fermer les frontières" (bonjour la réduction obscurantiste du débat) n'aurait aucun sens pour un pays exportateur. Exporter quoi, on se le demande, puisque pas grand-chose ou à peine plus est encore fabriqué en France. Il parle peut-être des Rafales à papa. Certes, fabriqués en France mais qui ne s'exportent pas du tout.

Bon, là j'en suis à 75%, et je constate qu'il y'a tromperie sur la marchandise, puisque je ne trouve pas l'ombre de l'esquisse d'une idée pour en finir avec "le lancinant problème du chômage"

Et notre député UMP de citer le discours Toulon 2 de Sarkozy. Olivier y va sans détour : "la solution n'est surement pas dans la création artificielle d'"emplois d'avenir" aux objectifs nébuleux [bah si, avoir un emploi c'est l'objectif] mais bien dans le renforcement de la compétitivité des entreprises et de leurs capacités bénéficiaires pour leur permettre d'investir et de recruter". Oui, oui, tu as bien lu. Pour créer des emplois, il ne faut pas créer d'emplois. Au contraire, il faut payer moins les salariés et favoriser les bénéfices des actionnaires des fonds de pension ricains qui réinvestiront massivement pour l'embauche de nouveaux travailleurs. Dans la lignée de papa Serge, le saigneur des annuités, le déconomètre du fiston n'attend pas le nombre des années pour être au taquet.

Mais ce n'est pas tout.

"Reste à baisser le coût du travail en transférant, par exemple, par exemple sur la TVA, une partie du financement de la protection sociale ou en revenant sur les 35 heures, ruineuses pour les entreprises comme pour l'état."

Olivier Dassault reprend ici les deux pistes programmatiques de son canasson dans la course à la présidence, le candidat Sarkozy dont on peut se demander pourquoi, si ce sont là des martingales, il ne les a pas appliquées plus tôt vu que président il l'est déjà depuis cinq ans.

Le transfert du financement de la sécurité sociale sur la consommation est bien évidemment une escroquerie de pure souche libérale. Le salarié ne sera pas plus payé et verra en revanche une hausse des coûts sur sa consommation quotidienne. Tiens, un récent sondage Ifop sur la désindustrialisation nous informe que la "TVA sociale"TM ne serait aujourd'hui acceptée que par 36% de la population. Seuls les 65 ans et plus et les sympathisants de l'UMP (qui sont un peu les mêmes en fait) y sont favorables à une courte majorité.

La note de Jérôme Fourquet au sujet du sondage précise d'ailleurs que près d'un Français sur deux, a déjà le sentiment que "les efforts de compétitivité ont déjà été accomplis ces dernières années, d’où, logiquement, une faible propension à accepter de nouveaux sacrifices".

(Ça suffit, le salarié n'a pas l'apanage du sacrifice! O.Dassault est aussi un travailleur des champs. Mediapart nous le présentait récemment en pleine récolte saisonnière. En Colombie, avec l'intermédiaire en vente d'armes Ziad Takieddine et l'ami du président Thierry Gaubert mis en examen pour subornation de témoin dans l'affaire Karachi).

Quant aux 35 heures, on ne pouvait attendre autre chose du libéral que reprendre l'idée sans cesse martelée qu'elles ont grevé les résultats des entreprises et la compétitivité française. C'est loin d’être le cas comme le rappelle Denis Clerc sur le site Alternative économiques. Les 35 heures n'ont pas alourdi les coûts salariaux des entreprises ni pénalisé la productivité des salariés, au contraire. Elles n'ont pas accéléré le chômage (la "lancinante" fonte des emplois est la même depuis le début des années 90). Elles ont même créé des emplois industriels durant quelques années. Le coût des 35 heures (14 milliards) a pesé sur les finances publiques, mais "proportionnellement pas davantage que la suppression de la taxe professionnelle (coût : 12 milliards), la détaxation des heures supplémentaires (coût : 4,5 milliards), la baisse de la TVA sur la restauration (coût : 3 milliards) ou la réforme de l'ISF (coût : 1,6 milliard)" précise D.Clerc.

Pour l'UMP et Olivier Dassault, la dette, comme le trou dans la couche d'ozone et l'abandon des colonies, c'est encore et toujours la faute des 35 heures et surement pas des cadeaux fiscaux aux plus riches.

Devant une telle sagacité, j'ai envie de m'écrier comme Point de vue, images du monde:


Bon, c'est pas tout ça mais nous arrivons à la fin de l'exégèse du texte d'Olivier Dassault qui aurait mieux fait de s'intituler "le lancinant problème de la gauche" tant les socialistes monopolisent les réflexions angoissées du patron über-riche, représentant d'un parti pourtant aux commandes depuis 10 ans, qui n'aligne pour le moment que trois pistes magiques (dont deux redondantes) pour réduire le chômage: Faire des cadeaux supplémentaires au patronat puis augmenter les prix à la consommation et en finir avec les 35 heures.

Comme ça fait tout de même un peu léger, même pour Valeurs Actuelles, Olivier rajoute une dernière proposition, un désir à l'érotisme torride qui reste encore assouvir:

"Sans doute pourrait-on aussi aller plus loin dans l'assouplissement de la législation du travail, qui joue comme un frein à l'embauche."

Casser le Code du travail: la grande cause nationale d'un éventuel prochain quinquennat de droite. A ce stade terminal de la raison, le lecteur peut légitiment se demander si le travailleur n'est pas au fond la pire entrave française faite au travail et la seule cause du chômage.

Et le fils Dassault, quand même pas top certain de son théorème pour en finir avec le "fléau" (vu que quand même cela fait 30 ans que malgré la hausse de la productivité des salariés alors que les rémunérations stagnent et qu'actionnaires, banques et rentiers se gavent comme jamais sans que cela ruisselle vraiment sur l'emploi et la croissance), de conclure comme il avait commencé en stigmatisant la gauche:

 "Ce n'est pas en tout cas en suivant les fausses recettes de la coalition socialistes-verts qui nous mènent tout droit à la décroissance, que l'on créera des emplois et que le chômage baissera." Nananère.

Notons que c'est déjà un progrès par rapport à son papa (dont, rappelons-le, l'entreprise tient grâce aux subsides de l'Etat) qui se serait contenté d'accuser ces feignants de Français comme étant la raison principale du "déclin national". Ce désastre sans fin (lancinant dit Olivier) dont les représentants de son hyper-classe, dans le souci d'améliorer rentes, privilèges, exonérations fiscales tout en conservant la tête sur les épaules, fantasment les causes auprès des classes intermédiaires pour les pousser à voter contre les intérêts de la majorité des travailleurs.  

7 décembre 2011

Et dieu créa le crédit CDD

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On te le dit, on te le répète aux infos, depuis le temps tu devrais le savoir : la dette c'est mal. Enfin, pour les Etats. Parce qu'à titre personnel, c'est fortement conseillé. C'est même essentiel à la bonne santé de ceux qui prêtent aux Etats. Tu me suis ?

Mais, problème, tu es frappé par cette infortune française: tu es jeune. Tu as donc une chance sur deux d'être sans une thune, salarié au rabais, stagiaire exploité ou les trois à la fois. Et c'est bientôt noyel, la grande fête de la consommation avec ses boules à facettes, ses moult tentations d'abondance dans ces vitrines enguirlandées qui donnent un soupçon de fête aux sans-maison crevant sur les grands boulevards de ton indifférence. Même si tu es jeune, tu n'en es pas moins un homme avec les mêmes droits fondamentaux que tes aînés. Toi aussi tu dois avoir accès au dernier Heil-Pad ou à cette déco "qui le fait" dans ta studette de 3m2

Il fallait donc mettre fin à cette injustice des injustices, t’empêchant, au futile prétexte de futur sombre et de revenus merdiques, de t'endetter pour surconsommer et ainsi prétendre au surclassement de ta condition le temps d'un coït à la carte bleue.

C'est que les temps sont durs, "la crise est passée par là" comme te le répète 127 fois par jour ton gouvernement pensant ainsi s’exonérer de ses 500 milliards de trou de caisse en 4 ans au moment où il se contorsionne en génuflexions devant un système bancaire qu'il se garde bien de réguler.

Soir rassuré. Jeune, tu es un puits de pétrole comme un autre. La banque pense à toi. "Pour t'aider à te lancer dans la vie active" (et à l'approche d'un noyel que tous les indices annoncent comme une excellente cuvée pour la paradoxale raison que tout va mal), une grande banque nationale, la BNP, lance via sa filiale de crédit, l'humaniste Cetelem, un nouveau produit spécialement pensé pour toi et ton (absence d') épargne.

Son nom ? Le crédit CDD. Puisqu'il est désormais acquis qu'en tant que jeune le CDI t'est interdit. La cible : les 18-30. Son taux : un sympathique 8.9 %  Oui, CDD est aussi la note du crédit. Comprends bien qu'avec ta situation (+75% de tes rangs sont en CDD, juteux marché!) et un chômage à 18% dans ta classe d'âge, cette note est dégradée d'entrée. Tu es un subprime incarné. Mais comme on dit dans les salles de marché, seuls comptent les taux


Sur le site des créanciers du coeur, le produit est vendu comme complément d'un projet sérieux. Le petit bonhomme vert te parle voiture, même "installation". Heureusement, figure dans le formulaire de simulation la catégorie "autres projets" pour te financer en catastrophe et à 100% à peu près tout et n'importe quoi. Même à manger ou tes factures de chauffage. Car, soyons lucides, en tant que jeune même en CDD, il est probable que tu engloutisses déjà la moitié ou plus de tes revenus dans le logement.

Tu ne pourras pas tout payer ? Pas grave. Nous sommes en démocratie, tu es rentré dans les fichiers. Le petit bonhomme vert ou un de ses escrocs d'amis t'arrangeront ça avec une solution revolving à deux chiffres de TEG tombant fort opportunément dans ta boite aux lettres entre deux missives d'huissier. 

Dans le crédit, l'important c'est de commencer. Vois le bon côté des choses, si jeune signifie bien souvent être pauvre, avec un bon boulet à 8,9% pour prendre ton envol, tu as de bonnes chances d'être jeune pour la vie.

P.S : Quelques jours plus tôt, la Banque de France nous informait que le surendettement des ménages français a augmenté de 8.1% cette année

6 décembre 2011

La peur est revenue (by standard and poor's)

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"Mauvaise note de la France", "mauvais élève de l'Europe", "claque": le lexique employé pour tenter de nous faire rentrer dans le rang de la rigueur allemande (la martingale libérale de 2012 du candidat Sarkozy après celle anglaise de 2007) comme de dociles écoliers, respectueux de l'autorité savante, devrait commencer à sérieusement questionner les Français. 

Déjà, ces précepteurs ne savent pas grand-chose (ou alors n'en disent pas la moitié). Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à écouter les boucles aberrantes d'une Valérie Pécresse persistant à promettre de la croissance alors que le chômage enfonce les 10%. Il suffit de s'imposer le supplice télévisuel d'un François Baroin réagissant à la mise au placement sous "perspective négative" du Triple A français par Standard and Poor's quelques heures après la réunion franco-allemande de la "dernière chance" pour sauver l'euro. Il suffit de le contempler, triste sire es économie, se cramponnant à son ultime argumentaire sur post-itc'est la faute au décalage horaire, les agences n'ont pas pu prendre en compte le mirifique accord sur lequel le président roulait des mécaniques. Flûte alors.

Pauvre François Baroin, il est la preuve par l'incarnation que le président use les Français. En un an de service pour Sarkozy, celui qu'on appelait Harry Potter a pris vingt ans dans la tronche pour ressembler à Peter Cushing dans les films de la Hammer.  

Adeptes de l'école buissonnière, considérant que la criseTM étant loin d'avoir commencée depuis une semaine pour un paquet de Français, nous n'accordons ici aucune espèce de valeur, que les notes soient dégradées ou non, à des agences de notation financées par les créanciers jouissants d'un système d'endettement artificiel. Agences de notation: l'arme du crime dans le Cluedo aux dés pipés des dettes d'Etat. On accepte mieux les injustices lorsqu'elles ont une raison supérieure. L'agence de notation permet de donner une raison au déraisonnable en renvoyant aux expériences enfantines (même le dernier des cancres a peur d'un mauvais bulletin trimestriel). 

En revanche, d'un ridicule point de vue de politique intérieure, la funeste annonce de S&P peut réjouir tant elle casse la baraque de ceux qui, histoire de minimiser leurs mauvais résultats économiques, misent tout sur le maintien de cette note stupide pour leur réélection. Sarkozy et ses hommes sont prisonniers de leur logique "sans alternative". Si la dégradation de la note était repoussée à après mai 2012, elle deviendrait un argument lourd (qui serait alors adopté sans gants) pour de nouvelles et violentes coupes budgétaires et sociales. Si la dégradation survient avant la présidentielle, la machinerie, et sa composante médiatique que Sarkozy et ses sbires alimentent largement depuis des mois, se retournent contre eux.

Mais rien ne se perd, tout se récupère avec ces gens-là, et la logique de l'augmentation des taux d'intérêt sous-tendant l'annonce de S&P, prévue de tous mais que le gouvernement s'acharne à nier depuis des mois, nous conduit tout droit selon la même logique d'austérité court-termiste à un nouveau plan de rigueur. 

Oui, tu vas me dire, les sbires UMP nous répètent depuis des semaines que, je cite encore Baroin hier soir, "il n'y aura pas de troisième plan de rigueur". Mais lorsqu'on commence une campagne électorale avec une phrase comme "la peur est revenue", on compte bien que celle-ci écrase toute autre considération. 

L'indicateur qui serait intéressant à connaitre est celui du taux de résistance des Français face à cette  logique de "la bonne note" visant à les infantiliser. 

5 décembre 2011

L'alibi germanophobe

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Zut, ça cafouille au PS!  Dans un monde d'images où l'élection d'une Alsacienne en maillot deux pièces hypnotise 8 millions de personnes le samedi soir, où Confessions Intimes a remplacé Apostrophes, où l'opinion politique se forge à deux tiers de Direct matin et un tiers de Canteloup le soir, faire une référence historique vieille d'un siècle pour pointer du doigt la vassalité présidentielle à cet ordre teuton qui veut casser nos salaires et écorcher vive toute forme de solidarité, c'est viser à côté de la plaque.

Ces références à Bismarck et à Daladier : à part la rédaction d'Historia, qui va comprendre ? 

Relativisons les accusations de racisme antiallemand lancées par l'UMP à l'encontre des socialistes et rassurons nos xénophobes d'Etat qui jouent les outrés. Tradition et identité nationale sont encore respectées: de Dunkerque au Lavandou, il vaut toujours mieux s’appeler Helmut que Mamadou. 

Se soumettre à la rigueur allemande (en taxant toute critique de xénophobie) et culpabiliser au même moment les mecs au RSA, les salariés malades et les étudiants étrangers: il fallait oser. Fort avec les faibles, faible avec les forts: c’est ainsi qu'Emmanuel Todd résume justement l’entrée en campagne d’un président plus que jamais en contradiction. 

Même si le président en campagne reprend confiance, pour l'auteur des récents "l'Europe ce n'est pas moins de souveraineté, c'est davantage de souveraineté" et autre "gouvernance intergouvernementale", la suite jusqu'en mai prochain sera délicate sur l'argument franco / allemand. Comment le président va-t-il vendre à un pays qui a rejeté le TCE (avant de se le faire imposer de force, et pour quel résultat), et à qu'il a survendu l'idée de nation durant un quinquennat sans avoir d'échantillon sur lui, le fait de soumettre notre budget à un commissaire européen? Dire tout et son contraire en accusant les autres d'être des sectaires peut-il suffire ? 

Une chose est acquise. Quand cette politique économique suicidaire révélera la douloureuse étendue de son échec (pour l'instant c'est l’apéritif), la réponse de ton président est déjà toute prête: ce sera la faute à l'Europe (...et aussi aux socialistes).

Alors, peut-être qu'à ce moment-là, comme ci-dessous en 2007, il demandera à Henri Guaino de lui pondre un nouveau discours avec un brin de germanophobie.

Vidéo compilée par Melclalex.

Illustration : Delicatessen / JP Jeunet

3 décembre 2011

La tentation d'Yves

par
Connais-tu Yves Thréard ? Probablement. Si tu allumes la télé ou la radio dans la journée en semaine, tu as une chance sur deux de tomber sur son expertise socio-économique (de droite). A quel titre? Il est journaliste et directeur adjoint du Figaro. Enfin presque. Parce qu'avec ses passages télés permanents, il n'a plus le temps d’écrire grand chose Yves et nous pond donc des billets de blog à peine plus épais qu'un tweet. 

Son billet du 2 décembre 2011, intitulé "Montebourg et le social nationalisme" était simple, sa ligne claire: croiser les effluves Merkel et Bismarck, comme l'a récemment fait Arnaud Montebourg, c'est mal.


Extrait:  "La germanophobie de Montebourg, qui compare Angela Merkel à Bismarck, renvoie à la tentation du social-nationalisme de quelques figures de la gauche au siècle dernier. Le politologue Dominique Reynié [autre expert en plateaux, chargé de délivrer la musique d'ambiance de notre résignation au libéralisme, le plus souvent chez Yves Calvi] avait déjà relevé ce travers chez bon nombre de "nonistes" socialistes, lors du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen."

Il faut croire que la télé détruit tout, et d'abord la mémoire. Heureusement que quelques gauchistes du net comme Rimbus ou Melclalex en ont à revendre.

Le 19 mai 2010, au moment du premier "sauvetage" grec, Y.Thréard publiait un billet tout en cirage de pompes envers Merkel en qui il voyait l'opportunité d'enfin pouvoir imposer à la France ce serrage de vis social ultime avec salaires à 1 euro qui fait triquer les libérauxLe titre du billet ?

"Merkel, un Bismarck en jupon !"    



Extrait: "Merkel, si moquée à son arrivée au pouvoir, si critiquée dans la tourmente financière de ces dernières semaines, est une redoutable politique. Sans doute, pense-t-elle à Bismarck, le père de l'unité allemande, qui fut aussi un fervent adepte de la realpolitik pour assurer la domination de son pays dans une Europe pacifiée (il était hostile à l'annexion de l'Alsace-Lorraine)"

La tentation du social-nationalisme se cache donc jusque dans la rédaction du Figaro. Qui l'eût cru ?

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