7 décembre 2011

Et dieu créa le crédit CDD

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On te le dit, on te le répète aux infos, depuis le temps tu devrais le savoir : la dette c'est mal. Enfin, pour les Etats. Parce qu'à titre personnel, c'est fortement conseillé. C'est même essentiel à la bonne santé de ceux qui prêtent aux Etats. Tu me suis ?

Mais, problème, tu es frappé par cette infortune française: tu es jeune. Tu as donc une chance sur deux d'être sans une thune, salarié au rabais, stagiaire exploité ou les trois à la fois. Et c'est bientôt noyel, la grande fête de la consommation avec ses boules à facettes, ses moult tentations d'abondance dans ces vitrines enguirlandées qui donnent un soupçon de fête aux sans-maison crevant sur les grands boulevards de ton indifférence. Même si tu es jeune, tu n'en es pas moins un homme avec les mêmes droits fondamentaux que tes aînés. Toi aussi tu dois avoir accès au dernier Heil-Pad ou à cette déco "qui le fait" dans ta studette de 3m2

Il fallait donc mettre fin à cette injustice des injustices, t’empêchant, au futile prétexte de futur sombre et de revenus merdiques, de t'endetter pour surconsommer et ainsi prétendre au surclassement de ta condition le temps d'un coït à la carte bleue.

C'est que les temps sont durs, "la crise est passée par là" comme te le répète 127 fois par jour ton gouvernement pensant ainsi s’exonérer de ses 500 milliards de trou de caisse en 4 ans au moment où il se contorsionne en génuflexions devant un système bancaire qu'il se garde bien de réguler.

Soir rassuré. Jeune, tu es un puits de pétrole comme un autre. La banque pense à toi. "Pour t'aider à te lancer dans la vie active" (et à l'approche d'un noyel que tous les indices annoncent comme une excellente cuvée pour la paradoxale raison que tout va mal), une grande banque nationale, la BNP, lance via sa filiale de crédit, l'humaniste Cetelem, un nouveau produit spécialement pensé pour toi et ton (absence d') épargne.

Son nom ? Le crédit CDD. Puisqu'il est désormais acquis qu'en tant que jeune le CDI t'est interdit. La cible : les 18-30. Son taux : un sympathique 8.9 %  Oui, CDD est aussi la note du crédit. Comprends bien qu'avec ta situation (+75% de tes rangs sont en CDD, juteux marché!) et un chômage à 18% dans ta classe d'âge, cette note est dégradée d'entrée. Tu es un subprime incarné. Mais comme on dit dans les salles de marché, seuls comptent les taux


Sur le site des créanciers du coeur, le produit est vendu comme complément d'un projet sérieux. Le petit bonhomme vert te parle voiture, même "installation". Heureusement, figure dans le formulaire de simulation la catégorie "autres projets" pour te financer en catastrophe et à 100% à peu près tout et n'importe quoi. Même à manger ou tes factures de chauffage. Car, soyons lucides, en tant que jeune même en CDD, il est probable que tu engloutisses déjà la moitié ou plus de tes revenus dans le logement.

Tu ne pourras pas tout payer ? Pas grave. Nous sommes en démocratie, tu es rentré dans les fichiers. Le petit bonhomme vert ou un de ses escrocs d'amis t'arrangeront ça avec une solution revolving à deux chiffres de TEG tombant fort opportunément dans ta boite aux lettres entre deux missives d'huissier. 

Dans le crédit, l'important c'est de commencer. Vois le bon côté des choses, si jeune signifie bien souvent être pauvre, avec un bon boulet à 8,9% pour prendre ton envol, tu as de bonnes chances d'être jeune pour la vie.

P.S : Quelques jours plus tôt, la Banque de France nous informait que le surendettement des ménages français a augmenté de 8.1% cette année

6 décembre 2011

La peur est revenue (by standard and poor's)

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"Mauvaise note de la France", "mauvais élève de l'Europe", "claque": le lexique employé pour tenter de nous faire rentrer dans le rang de la rigueur allemande (la martingale libérale de 2012 du candidat Sarkozy après celle anglaise de 2007) comme de dociles écoliers, respectueux de l'autorité savante, devrait commencer à sérieusement questionner les Français. 

Déjà, ces précepteurs ne savent pas grand-chose (ou alors n'en disent pas la moitié). Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à écouter les boucles aberrantes d'une Valérie Pécresse persistant à promettre de la croissance alors que le chômage enfonce les 10%. Il suffit de s'imposer le supplice télévisuel d'un François Baroin réagissant à la mise au placement sous "perspective négative" du Triple A français par Standard and Poor's quelques heures après la réunion franco-allemande de la "dernière chance" pour sauver l'euro. Il suffit de le contempler, triste sire es économie, se cramponnant à son ultime argumentaire sur post-itc'est la faute au décalage horaire, les agences n'ont pas pu prendre en compte le mirifique accord sur lequel le président roulait des mécaniques. Flûte alors.

Pauvre François Baroin, il est la preuve par l'incarnation que le président use les Français. En un an de service pour Sarkozy, celui qu'on appelait Harry Potter a pris vingt ans dans la tronche pour ressembler à Peter Cushing dans les films de la Hammer.  

Adeptes de l'école buissonnière, considérant que la criseTM étant loin d'avoir commencée depuis une semaine pour un paquet de Français, nous n'accordons ici aucune espèce de valeur, que les notes soient dégradées ou non, à des agences de notation financées par les créanciers jouissants d'un système d'endettement artificiel. Agences de notation: l'arme du crime dans le Cluedo aux dés pipés des dettes d'Etat. On accepte mieux les injustices lorsqu'elles ont une raison supérieure. L'agence de notation permet de donner une raison au déraisonnable en renvoyant aux expériences enfantines (même le dernier des cancres a peur d'un mauvais bulletin trimestriel). 

En revanche, d'un ridicule point de vue de politique intérieure, la funeste annonce de S&P peut réjouir tant elle casse la baraque de ceux qui, histoire de minimiser leurs mauvais résultats économiques, misent tout sur le maintien de cette note stupide pour leur réélection. Sarkozy et ses hommes sont prisonniers de leur logique "sans alternative". Si la dégradation de la note était repoussée à après mai 2012, elle deviendrait un argument lourd (qui serait alors adopté sans gants) pour de nouvelles et violentes coupes budgétaires et sociales. Si la dégradation survient avant la présidentielle, la machinerie, et sa composante médiatique que Sarkozy et ses sbires alimentent largement depuis des mois, se retournent contre eux.

Mais rien ne se perd, tout se récupère avec ces gens-là, et la logique de l'augmentation des taux d'intérêt sous-tendant l'annonce de S&P, prévue de tous mais que le gouvernement s'acharne à nier depuis des mois, nous conduit tout droit selon la même logique d'austérité court-termiste à un nouveau plan de rigueur. 

Oui, tu vas me dire, les sbires UMP nous répètent depuis des semaines que, je cite encore Baroin hier soir, "il n'y aura pas de troisième plan de rigueur". Mais lorsqu'on commence une campagne électorale avec une phrase comme "la peur est revenue", on compte bien que celle-ci écrase toute autre considération. 

L'indicateur qui serait intéressant à connaitre est celui du taux de résistance des Français face à cette  logique de "la bonne note" visant à les infantiliser. 

5 décembre 2011

L'alibi germanophobe

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Zut, ça cafouille au PS!  Dans un monde d'images où l'élection d'une Alsacienne en maillot deux pièces hypnotise 8 millions de personnes le samedi soir, où Confessions Intimes a remplacé Apostrophes, où l'opinion politique se forge à deux tiers de Direct matin et un tiers de Canteloup le soir, faire une référence historique vieille d'un siècle pour pointer du doigt la vassalité présidentielle à cet ordre teuton qui veut casser nos salaires et écorcher vive toute forme de solidarité, c'est viser à côté de la plaque.

Ces références à Bismarck et à Daladier : à part la rédaction d'Historia, qui va comprendre ? 

Relativisons les accusations de racisme antiallemand lancées par l'UMP à l'encontre des socialistes et rassurons nos xénophobes d'Etat qui jouent les outrés. Tradition et identité nationale sont encore respectées: de Dunkerque au Lavandou, il vaut toujours mieux s’appeler Helmut que Mamadou. 

Se soumettre à la rigueur allemande (en taxant toute critique de xénophobie) et culpabiliser au même moment les mecs au RSA, les salariés malades et les étudiants étrangers: il fallait oser. Fort avec les faibles, faible avec les forts: c’est ainsi qu'Emmanuel Todd résume justement l’entrée en campagne d’un président plus que jamais en contradiction. 

Même si le président en campagne reprend confiance, pour l'auteur des récents "l'Europe ce n'est pas moins de souveraineté, c'est davantage de souveraineté" et autre "gouvernance intergouvernementale", la suite jusqu'en mai prochain sera délicate sur l'argument franco / allemand. Comment le président va-t-il vendre à un pays qui a rejeté le TCE (avant de se le faire imposer de force, et pour quel résultat), et à qu'il a survendu l'idée de nation durant un quinquennat sans avoir d'échantillon sur lui, le fait de soumettre notre budget à un commissaire européen? Dire tout et son contraire en accusant les autres d'être des sectaires peut-il suffire ? 

Une chose est acquise. Quand cette politique économique suicidaire révélera la douloureuse étendue de son échec (pour l'instant c'est l’apéritif), la réponse de ton président est déjà toute prête: ce sera la faute à l'Europe (...et aussi aux socialistes).

Alors, peut-être qu'à ce moment-là, comme ci-dessous en 2007, il demandera à Henri Guaino de lui pondre un nouveau discours avec un brin de germanophobie.

Vidéo compilée par Melclalex.

Illustration : Delicatessen / JP Jeunet

3 décembre 2011

La tentation d'Yves

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Connais-tu Yves Thréard ? Probablement. Si tu allumes la télé ou la radio dans la journée en semaine, tu as une chance sur deux de tomber sur son expertise socio-économique (de droite). A quel titre? Il est journaliste et directeur adjoint du Figaro. Enfin presque. Parce qu'avec ses passages télés permanents, il n'a plus le temps d’écrire grand chose Yves et nous pond donc des billets de blog à peine plus épais qu'un tweet. 

Son billet du 2 décembre 2011, intitulé "Montebourg et le social nationalisme" était simple, sa ligne claire: croiser les effluves Merkel et Bismarck, comme l'a récemment fait Arnaud Montebourg, c'est mal.


Extrait:  "La germanophobie de Montebourg, qui compare Angela Merkel à Bismarck, renvoie à la tentation du social-nationalisme de quelques figures de la gauche au siècle dernier. Le politologue Dominique Reynié [autre expert en plateaux, chargé de délivrer la musique d'ambiance de notre résignation au libéralisme, le plus souvent chez Yves Calvi] avait déjà relevé ce travers chez bon nombre de "nonistes" socialistes, lors du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen."

Il faut croire que la télé détruit tout, et d'abord la mémoire. Heureusement que quelques gauchistes du net comme Rimbus ou Melclalex en ont à revendre.

Le 19 mai 2010, au moment du premier "sauvetage" grec, Y.Thréard publiait un billet tout en cirage de pompes envers Merkel en qui il voyait l'opportunité d'enfin pouvoir imposer à la France ce serrage de vis social ultime avec salaires à 1 euro qui fait triquer les libérauxLe titre du billet ?

"Merkel, un Bismarck en jupon !"    



Extrait: "Merkel, si moquée à son arrivée au pouvoir, si critiquée dans la tourmente financière de ces dernières semaines, est une redoutable politique. Sans doute, pense-t-elle à Bismarck, le père de l'unité allemande, qui fut aussi un fervent adepte de la realpolitik pour assurer la domination de son pays dans une Europe pacifiée (il était hostile à l'annexion de l'Alsace-Lorraine)"

La tentation du social-nationalisme se cache donc jusque dans la rédaction du Figaro. Qui l'eût cru ?

30 novembre 2011

Du sang, des larmes et un miroir

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Et vogue le spectacle de la peur. La dette déroule son mélodrame depuis l'été, Attali annonce la fin de l'euro avant noël, les sommets de la dernière chance s’enchaînent hebdomadaires, Benjamin Biolay sort un best-of et s'installe progressivement dans les têtes cette idée sentant bon le sermon dominical à la paroisse que non seulement on va souffrir, mais qu'en plus c'est là seule condition[1] pour accéder au paradis. A savoir l'aboutissement d'un système qui, après avoir foiré durant 30 ans et après une ultime phase sacrificielle, fonctionnerait enfin. 

A six mois de l'élection présidentielle, j'observe trois attitudes dans mon entourage:

1/ Ceux qui veulent renverser la table et changer de système.

2/ Ceux qui s’apprêtent à souffrir pour les cinq prochaines années, convaincu qu'il faut "du sang et des larmes" pour s'en sortir. La timide remontée de popularité de N.Sarkozy, toujours à la fête statistique dès qu'il y a de la peur et du malheur, nous remémore avec accablement que persiste une appétence populaire à la souffrance (ce qu'on appelle dans les milieux autorisés: la Michelgodetise). Certes, la catégorie se subdivise en deux sous-parties: ceux qui sont convaincus qu'ils doivent souffrir et ceux convaincus que c'est aux autres de souffrir. L'art de l'homme de droite est de conduire ces deux parties à l'osmose.

3/ Ceux qui iront là où leur dira d'aller étayant leur amertume d'un "c'est comme ça" ou "de toutes les façons, on n'a pas notre mot à dire", ou encore du célèbre "parce que les politiques c'est rien que des pourris qui ne nous représentent pas" (éventuellement suivi dans la foulée d'un "sinon, y a quoi ce soir sur M6?"). N.B: Ceux-là sont de loin les plus nombreux.

Dans les deux "partis de gouvernement", on vise le rassemblement des deux premières catégories sur fond de rationalité en soufflant d'un jour sur l'autre sur l'une des deux logiques: l'annonce de la souffrance et l'indispensable promesse électorale du changement. On promet que ça ne peut pas continuer ainsi, mais on s'interdit la radicalité en délaissant les changements de paradigme aux partis extrêmes que l'on amalgame dans le même sac étanche étiqueté "fadaises". Quant à la troisième tendance, vu qu'elle ne vote pas, le politique s'y intéresse peu: ce qui en retour renforce logiquement le mépris et le fameux "tous pourris qui ne nous représentent pas"[2].
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Le Yeti écrit sur son blog : "J’appelle Indignés tous ceux qui ont compris l’impérieuse nécessité de jouer la partie hors du cadre systémique imposé". 
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Qui a envie de jouer hors de la partie? Le changement est-il réellement souhaité? Dans une société où l'ouverture d'un Marks and Spencer réunit sous des trombes d'eau dix fois plus de piétons tièdes qu'un rassemblement de téméraires indignés à La Défense, où la révolution est une box internet  designed by Starck, où les records de participation aux indécentes cagnottes de la loterie sont régulièrement explosés, où les goûts et les rêves du bobo que le prolo exècre s'accordent sur les  codes, les marques et les mêmes programmes que ceux du prolo que le bobo conchie, où les velléités de cocooning, d'upgrade frénétique d'hi-tech hautement périssable, de "plus-value net vendeur" transcendent la pyramide des âges et des régions, c'est moins le système qui est critiqué que ses défaillances à remplir le contrat d’abondance tel qu'il est vu à la télé. De plus, mes observations sont sans appel: dès que l'on possède une part de confort, même minime, assorti d'un endettement, même maximum, on s'y accroche. La droite le sait bien. La gauche aussi.
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A partir de là, on pourra toujours critiquer les politiques pour leur carence à fournir du rêve. Comment être indigné, et contre quoi, lorsqu'on a qu'une envie: celle de devenir bourgeois? Comment rêver d'un autre monde alors que l'on aspire en permanence à surperformer dans celui-ci, quitte à écraser l'autre et à se sacrifier soi?

Philippe Sage écrit sur son blog: "Ce que veut le peuple, c'est le changement, et en profondeur".

Alors le peuple le cache bien. L'élection de 2012 ne s'articulera pas sur l'aspiration du peuple à changer de système en profondeur. Au contraire, sera choisi celui ou celle qui sera le plus à même de garantir la pérennité de celui-ci. Et ce même, s'il doit y avoir souffrance. "Même et surtout" peut-on craindre, l'équation religieuse souffrance = paradis étant prêchée en continu depuis six mois par l'armée des douze"experts" économiques aux trois-huit dans les médias. 

Les périodes d'austérité sont propices aux alternances politiques et, j’ai beau tourner le problème dans tous les sens, ça me semble compliqué pour la droite de l’emporter en 2012 (à moins d'un nouveau passage de comète Nafissatou). La course éperdue après le FN est d'ailleurs la preuve que la droite a conscience du problème. Mais, selon les mécanismes punition-récompense qui sont un des piliers de notre époque et la base du discours dominant, l'hypothèse de la réélection du bourreau, mal aimé mais reconnu comme le plus crédible à préserver le système, n'est pas à prendre à la légère. 

Au lieu de reprocher à un candidat socialiste de ne pas être d'une gauche assez pure (mais se risquera-t-il à radicaliser plus son propos au regard de ce qui est énoncé ci-dessus et dont il est parfaitement conscient?), il nous faut sans cesse, partout autour de nous, rappeler le bilan du candidat sortant et plus encore l’inefficacité de son logiciel de gouvernance (NDLR: clairement pas à gauche).

Pour le changement, étant convaincu que chaque acte de la vie quotidienne recèle une part de politique, c'est d'abord l'affaire de chacun de nous. A nous d'être et agir à gauche, alors les hommes et femmes politiques suivront. 
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[1] faire payer les riches ou envoyer balader les banques ayant été des hypothèses écartées d'office.
[2] A ce sujet, histoire d'exister à leurs yeux, on ne peut que conseiller à ceux qui n'ont pas fait la démarche de s'inscrire sur les listes électorales avant la fin décembre. C'est simple et rien que cette action contribue à changer la donne.
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Illustration: E la nave va, Federico Fellini (1981)

29 novembre 2011

Forever RGPP

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Comme Gérard Lanvin, cessons cet inutile mauvais esprit envers notre Sauveur et son équipe gouvernementale. Notre Astérix et ses Idéfix ne ratent pas tout. En effet, la croissance française du chômage est stupéfiante: +33% depuis 2007. Mais le gouvernement a le triomphe modeste et préfère aborder la question cruciale du vote des étrangers ou faire voter une 36e loi sur la délinquance prénatale.
Attardons-nous donc sur d'autres succès de ce gouvernement infiniment moins médiatisés. A la catégorie destruction, nous trouvons: la RGPP - Révision générale des politiques publiques - dont le premier Ministre doit dresser aujourd’hui le bilan (sans aucun doute merveilleux) à Bercy.

La RGPP, mise en place en juillet 2007, est le round-up des services et missions de l’Etat. A l'époque, il s'agit de Faire mieux avec moins (slogan que nous ré-entendons aujourd'hui à peine modifié pour la prochaine campagne présidentielle de droite). Au palmarès de la kermesse RGPP: suppressions de tribunaux, nouvelles répartitions et fusions d’administration, développement des services sur internet, non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux (150.000 postes supprimés en 5 ans, 500.000 selon le livre noir de FO), généralisation du principe de mobilité...) et moult autres mesures de cost-killing multi azimuts décrétées d'en haut et sans aucune concertation avec les élus  ou spécialistes de terrain.

La RGPP est l'application progressive du néo-libéralisme au secteur public, sous l'angle unique de la performance. Mais comment évaluer la performance d'un juge ? Pour avoir des enfants dans de bonnes conditions, les mamans doivent-elles habiter dans une région présentant un taux annuel d'accouchements suffisant pour que l'Etat y daigne laisser une maternité ?

La RGPP, peu médiatisée, remodèle complètement les territoires de province, enclavant certaines zones où il faut désormais faire une 1h30 de voiture pour passer un examen de santé, et une heure de plus pour en faire un autre complémentaire, où les perceptions et les gendarmeries ferment.

La RGPP détruit peu à peu l’égalité républicaine supposée dans l’accès aux soins et à l’éducation.

Certes, pour l’illuminée Pécresse moins d’hôpitaux mieux équipés améliorent la qualité du service public. Toujours est-il que, grâce à la RGPP, il devient plus risqué d’être cardiaque en vivant dans certaines régions de France pour cause d’hôpital désormais à 60 kilomètres trop loin. Ne te plains pas, c'est ça la modernité.

La RGPP est un des ces facteurs de déclassement médiatiquement discrets, mais affectant des millions de Français. Voyons d’ailleurs dans la récente victoire de la gauche au Sénat, une remontée de colère des élus de terrain envers des mesures souvent absurdes, imposées sans concertation et dont ils sont, par manque d'information, tenus pour responsables chez eux.

Le plus beau c’est que la RGPP rate ses ambitions budgétaires. Elle aurait permis d’économiser 15 milliards d’euros depuis 2007, soit l’équivalent de ce que l’Etat a dilapidé en cinq minutes le mois dernier pour la Grèce, histoire de contenter les marchés.

Le gouvernement avait promis de reverser sous forme de primes 50% des économies générées. "Ce taux de retour a en réalité atteint 67,3% en 2010" selon la Cour des comptes citée par Le Figaro. Et d’ajouter "Gilles Carrez, rapporteur UMP du budget, a même démontré que dans certains ministères, comme l'Intérieur, les primes avaient dépassé les économies." Oups.

Mais peu importe le résultat pour la droite, seul compte le processus.  Dégrader froidement les services publics est un moyen à peine déguisé de progressivement convaincre les esprits de l’impérieuse nécessité de laisser gérer la santé ou l’éducation par le secteur privé. 

Dès octobre 2007, Fillon avait annoncé la couleur: "La réforme de l’État supposera que chacun d’entre nous accepte qu’il y ait moins de services, moins de personnel, moins d’État sur son territoire".

La droite est droite, c'est pour ça qu'on l'appelle ainsi. Comme pour le chômage ou le pouvoir d'achat, on ne change pas les méthodes qui foirent. Fort de ce maigre résultat économique, source d’un beau bazar sur le terrain et de drames humains aussi bien pour les personnels impactés que pour les citoyens abandonnés, soyons assurés d'un violent renforcement de la RGPP si ce président (qui a révisé la politique personnelle de son salaire de +173%) est réélu.

Rêvons ensemble d'un monde encore plus moderne. Il reste tant à faire: privatisations des rues, le casting des maladies à soigner, consultation médicale par SMS surtaxés, l'école maternelle au mérite, la police privée ou l'armée de mercenaires… 
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A lire sur le sujet :
- Philippe Merlant : la RGPP dans les faits, Mediapart.
- Le livre de Jacques Cotta "Qui veut la peau des services publics ?"  JC Gawsevith éditeur, 2011.
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Illustration : L'équipe du budget au grand complet.

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