4 novembre 2009

[video] Destruction généralisée : conversation avec Seb Musset

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Entretien avec Seb Musset autour de plusieurs thèmes abordés sur ce blog. Filmé et monté le 02.11.2009, durée : 7min53

Aucune thèse du complot là-dedans, juste une observation des tendances sociales, politiques et médiatiques du moment :



1 / Destruction du statut de salarié par la flexibilité, la mobilité, les horaires variables et les changements de planning incessants, stress et flicage, les échéanciers intenables, le recours à l'intérim, les échanges de salariés, la compétition interne comme moteur des comportements, la création de statuts intermédiaires entre travail et assistanat, la politique de l'isolement, la propulsion gouvernementale de l'auto-entrepreneur parallèlement à la casse progressive des droits, intimidation des contrevenants : Tout est mis en place pour dissoudre le statut du salarié à contrat indéterminé.

Cette éradication est pourtant impossible sans le consentement du concerné, qu'il soit motivé par l'envie d'avoir plus ou rongé par la peur d'avoir moins.

2 / Ces vingt dernières années, parallèlement à la destruction du statut du salarié nous avons vu s'élargir la notion de classe moyenne. Elle ratisse large jusqu'à inclure une frange croissante de la population endettée jusqu'au coup et donc facilement influençable par les slogans du type "travailler + pour gagner +".

3 / De l'importance pour assurer la cristallisation des rancœurs d'endormir les jeunes dans la logique salariale et consumériste au plus vite via l'idéologie du travail à tout prix (et sous n'importe quelle condition) avec la carotte de l'accès rapide, à crédit, à la vie bourgeoise soit, à mieux y regarder, au travail précaire et à la richesse virtuelle. Paradigme qui connait lui aussi des ratés avec un jeune sur quatre de moins de 25 ans au chômage.

4 / Retour le fameux slogan du monarque. A la place du "gagner plus", proposons le "vivre mieux", concentré sur les aspirations de chacun et non la promesse intenable du pognon pour tous qui, selon l'essence capitaliste, implique à court-terme que l'on écrase son voisin.

5 / Les jeux du cirque c'est vous. Pour finir sur une note plus "fun" et "people", devant le désastre social en cours et l'abandon du peuple par son gouvernement; après avoir coaché les goûts et les attitudes, les médias en mal d'audience se substitueront, au moins dans les esprits et sur les écrans, à l'aide sociale que l'état délaissera progressivement sur le terrain. La précarité devenant elle aussi, par défaut, un secteur privé.

Musique : Travailler by TTC (sur la base du Love Rollercoaster des Ohio Players si, si...)

3 novembre 2009

Le PR a des ratés

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Rien ne va plus pour le réactionnaire présidentiel de nouvelle génération : Le PR.

Les assemblées de contre-pouvoir théoriquement affiliées au gouvernement se rebiffent de plus en plus contre ses décisions. Elles accompagnent ainsi les opinions populaires et médiatiques dont les sentiments de crainte et d'indignation face à sa politique se mêlent jusqu'à la nausée (et ce au-delà nos frontières.)

Après l’Assemblée, c'est donc le Sénat qui place le PR sous surveillance. La nouvelle génération de réactionnaire présidentiel est loin d'être condamnée en bloc mais les autorités de sûreté l’invitent à améliorer certains éléments clefs.

En effet, députés et sénateurs, élus de terrain, sont exposés à sa toxicité réformatrice. Certains vont plus loin confessant que son mode de fonctionnement laisse à désirer :

" - Il est complètement déconnecté des réalités. Il met en péril mon niveau de sécurité électoral. Et pis, comment que je vais faire pour équilibrer mon budget sans ma taxe pro ?"

Un autre :
" - L'hyper-activité ça allait encore mais les frais de fonctionnement !"

Et celui-ci, encore plus explicite :
" - Il a pété un câble. Avec lui, on frise chaque jour l'accident nucléaire. Vous avez vu les ravages de la contamination sur son fils ? "

Le logiciel de contrôle-commande-des-puissants, programme de soumission idéologique permettant au capital de piloter au jour le jour l’unité centrale présidentielle et de l'arrêter précipitamment en cas d'incident, serait-il en cause ? Décrite comme « complexe », l'architecture, en fait très simple, de ce logiciel ne permet plus à l'état de garantir les niveaux de bien-être populaire, les critères d'équité, de justice et de décence sociale requis pour en faire une république respectée de tous.

Malgré le dérèglement des évènements dont on a pu remonter la cascade jusqu'à cette baisse de tension du 26 juillet 2009, le centre névralgique du pouvoir est bien conscient 1 / de son inefficacité 2 / qu'elle commence à se voir même chez les partisans du "il faut tout atomisé" d'hier. 3 / que dire n'importe quoi à répétition n'est pas une politique viable à moyen terme.

Dans une précipitation ne trompant personne, la cellule de crise Guéant-Guaino a riposté en anticipant le protocole de sauvegarde électorale par bourre-pif idéologique (initialement prévue pour 2011) . Nom de code : Identité Nationale. Grossier subterfuge que tous dénoncent mais dans lequel tous tombent et qui permet de passer sous silence le principal bilan des 30 mois d'activité du réactionnaire de nouvelle génération : L'apocalypse sociale.

L'heure est grave. Une déconvenue à l’approche de ce qui devait être une étape supplémentaire d’implantation territoriale du management national à la sauce mondialisée par désherbage des acquis et pulvérisation des espoirs, à savoir les élections régionales, serait un revers pour le PR, et ce malgré la radio-protection de certains chroniqueurs.

Affecté à la manœuvre du pathétique contre-feu dont l'épaisseur du trait fait craindre le pire quant aux dégâts subis par l'infrastructure du PR, le contre-maître Besson, dont nous croyons savoir qu’il brigue une prochaine promotion interne au sein de la centrale, multiplie les interventions pour vanter la nouvelle politique maison : A défaut d'avoir un boulot, à manger, un toit, la confiance, la sécurité et un avenir, soyons fiers d'être Français !

Souvent analysé, régulièrement ridiculisé, le PR subit aujourd'hui sa plus importante baisse de régime. Au bout de deux ans et demi, le chantier français accuse un déficit budgétaire de 141 milliards d'euros, entre 20.000 et 40.000 chômeurs supplémentaires chaque mois, 2.574.000 chômeurs "officiels" et une création sans précédent de nouveaux impôts. Les réserves proviennent désormais du propre personnel du réactionnaire de troisième génération, au point de semer la discorde dans cette belle mécanique. Et l'ajout récent de pièces chinoises ne rassure ni le personnel, ni les utilisateurs.

Le PR, jadis fleuron du génie politique français, est-il maudit?

Relativisons. Malgré les "retards de développement", les "accidents d'exploitation" pour cause de "crise", faute d'une énergie alternative d'opposition crédible à base de synergie entre pondérés et radicaux, à forte dominante sociale, la mise en service de la deuxième session du propulseur néolibéral attendue mai 2012 ne semble en rien contrariée.

C'est bien ce que nous assure son porte-parole à chacune de ses interventions (pour celui qui sait entendre entre les mots) :

"- Il n'a rien changé, ne changera rien et il vous emmerde."

29 octobre 2009

L'echo des bananes (républicaines)

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On s'étonne, on polémique... Comment a t-il pu dire ça ? Comment ose t-il ? Ne va t-il pas trop loin ? On oublie une règle fondamentale au royaume : Non seulement l'homme providentiel n'écrit pas ses discours mais il les découvre en même temps que vous... pour les oublier aussi vite.

Copyright : Usurpation par le Mouvement Perpétuel

Edit : En cas de pépin : l'original est ici.

27 octobre 2009

Calamiteux marketing hyper-marchand.

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Pour les quelques millions de crevards dans mon genre, passées les interviews de Nothomb et Beigbeider à la télé, la rentrée littéraire débute concrètement avec la livraison gratuite dans leur boîte à lettres du catalogue automnal de la célèbre enseigne d'inspiration totalitaire : l'hypermarché Intersection.

Sociologique instructif, tentant de cibler les aspirations populaires, agrémenté de bonasses en slibard, le catalogue Intersection est un bon indicateur de la santé financière de son audience : Le français.

Son décryptage est une tradition de votre rédacteur.

A l'heure d'hiver, à l'instar d'un bon nombre d’enseignes actuellement à la ramasse, Intersection fait péter la grosse promo en couverture.

« Du Mardi 3 au 11 novembre : 50% d’économies sur plus de 230 produits »

Le ton est donné. Lecteur ne pinaillons pas, ici on brade. On te le martèle à longueur de spots : La crise est finie, t'as compris ! Tu vas pouvoir renouer avec les bonnes habitudes d’il y a trois ans : Te gaver en attendant l'élection du président.

Vieille recette commerciale : L’hyper-marchand t'amadoue dès la première page au rayon « produits du quotidien » avec des blocs de foie gras (à 9 euros les 3) qui feront de ton frichti du bureau l’équivalent des dionysiaques banquets d'Albert de Monaco.

Fatalement flatté, correctement calé sur tes gogues, tu entames confiant les 80 pages du kaléidoscope commercial de l’opulence capitaliste à moitié prix.

En guise de reprise et d'optimisme, tu seras d’emblée surpris par l'austérité graphique de cette édition tranchant avec l’ostentation jubilatoire des années précédentes ainsi que la quasi absence de mannequins : Si le positif est de retour, les bonasses en slip se sont barrées. Là aussi, compression de personnel.

Première tendance : Le retour en force de l'alimentaire.
Ton marchand a capté : Cette année tu n’as pas envie de dépenser. P’têt bien même que t’es fauché. En avant donc les boites de conserves, les pack de poulets cellophanés et les chips aux phosphates parcimonieusement relevés de quelques notes standing : Moules de Hollande et Beaumanoir en cubi.

Ce n’est qu’à la page 36 qu’une brosse à dent pointe timidement le bout de ses poils et encore, accompagnée de son concours "230 smartbox -bien être- à gagner" à base de SMS surtaxés.

Deuxième tendance : l’invasion des produits "mini".
Après la taille et la paye des salariés, faut-il y voir l'influence d’un monarque omnipotent dessinant progressivement un monde à ses dimensions ? Pas encore. Il s'agit d'un basique de l'arnaque : Baisser de 20% le prix d’un produit dont la taille diminue de 40 et donc, te le faire payer 20% plus cher en te laissant penser que tu fais une affaire.

Sur ce principe, se succèdent mini cornichons, mini-briquets, mini dosettes pour nano cafetières, compact cakes, mini Babybel au Cheddar édition limitée (si, si Albert a le même) et le top du top, la schizophrénie occidentale faite dessert : le mini magnum (qui est à la bonne grosse glace qui tâche ce que la trottinette est au 4X4).

Troisième tendance : La suprématie du cocon.
Juge plutôt : 8 pages de linge de maison à base de plaid fantaisie et de coussin prune, un choix abondant de charentaises à faire triquer tout spectateur de Derrick, une parure Disney Princesse pour Manon, une couette Playboy pour son papa et une page complète de faits-tout et de casseroles pour que maman leur mitonne de bons petits plats après ses huit heures de boulot et ses trois heures de bouchon ou ces dimanches où elle ne bosse pas (à l’hyper, parce que rien ne se perd).

Le message est passé : Chérie cette année pour les vacances, on s’installe confort à la maison et on se craque le bide avec mini-asperges et chips en plastiques dans nos assiettes violine grisée, charentaises sur la table basse, regards scotchés sur le combat des régions d'Un diner presque parfait : Épanouis quoi.

Quatrième tendance : Une bonne murge facilite le retour du positif.

Mettons de côté la page 65 et sa publicité géante pour la carte Pousse et ses 16 lignes de CGV où l'on croise au petit bonheur de sa bonne vue les termes "liberté", "cotisation annuelle", "révisable" et "19,99%", le point fort du catalogue reste sa double page centrale dédiée à la défonce.

Tu pensais la publicité pour l’alcool interdite en France, comme moi tu resteras dubitatif devant cette plaquette promotionnelle pour alcools forts gratuitement distribuée aux domiciles de millions de français. Tout y passe : Bouteilles de skaïe, tonneaux de binouze, Smirnoff, Champagne De Rothchild (Prince Albert j’te dis) et clairette de die. Comme quoi, même en matière de prospectus, ça aide d'être du bon côté du lobby.

A ce stade-ci de la lecture, il est probable que, tel ton rédacteur depuis ses cabinets, tu hurleras les deux mains vers le ciel ton désespoir au créateur : « - Bon dieu, où est passée la magie des catalogues de 2005 ? (tu sais quand notre pays était promis à un si bel avenir à partir de mai 2007)" Age d'or de l'achat compulsif, les catalogues d'Intersection foisonnaient de tentations manufacturées, de voyages à Ibiza, de colliers en or et autres consoles de jeu. La nourriture, cette affaire de gueux, était réduite à la portion congrue en fin d’édition. Triste époque qui aujourd'hui nous parait heureuse, quand reviendras-tu ?

L'ambiance Brejnevienne n'est même pas relevée par la traditionnelle page joncaille avec bracelets et collier de perlouzes à 899 euros torchée sans conviction par une maquettiste neurasthénique. Et que dire d'une page loisirs se résumant à une Wii fit+ et deux boites de crayons de couleur ?

Sinistre, cette cuvée est décousue comme une grille des programmes de TF1, abusant de ses fins de série, en panne d'inspiration, sans orientation claire. Preuve de cette perte des repères à la page 61 : Passées 4 pages à la gloire du bonheur chez soi, on y découvre une sélection de valises et de sacs de voyage. C'est quoi ce bazar à la rédaction ?

Dans ce naufrage rédactionnel, le lecteur attentif aura noté une constante, une notice revenant systématiquement en bas de page répondant au petit "(1)" à côté des prix : « Le prix indiqué correspond au prix auquel vous revient le produit, en tenant compte du montant de l’avantage fidélité crédité sur votre compte fidélité et utilisable des la réception de votre chèque fidélité. » [1]

Ah oui... Au cas où mon descriptif t’aurait donné une furieuse envie de te procurer les 230 produits demi tarif à l'Intersection d'à côté, pas la peine de faire une scène à la caissière en tiers temps te tendant une douloureuse au double du prix prévu : Les 230 prix répertoriés sur le catalogue sont tous mensongers. On te les remboursera plus tard, après inscription au fameux programme fidélité via la remise d’un chèque à dépenser chez ton Intersection dans un laps de temps délimité. Et si j’ai bien décrypté les alinéas compactés en fin d'édition, on te remboursera un maximum de 18 articles, soit moins de 10% de l'offre du catalogue.

A défaut de te faire croire au retour des jours heureux, avec sa carte à 19.99% et ses pipeaux promotions pour te faire dépenser maison, Intersection te piège toujours au tournant.

[1] Quand les prix ne sont pas accompagnés d’un petit "(1)", ils sont ornés d’un petit "(2)" qui, malgré ma bonne loupe, reste impossible à localiser au fil des 80 pages.

24 octobre 2009

Un gêneur, deux boutons, une cloche

par
 
Un peu de détente pour débuter ce week-end avec une histoire drôle à base de peau de banane républicaine et de tarte à la crème législative. 

C’est l’histoire d’un gouvernement qui a tant de mal avec la démocratie qu’il ne se cache même plus pour faire mourir les lois qui lui déplaisent.

Vendredi dernier à l'Assemblée nationale dans le cadre du débat sur le projet de budget 2010,  le député socialiste Didier Migaud[1] dépose un amendement instaurant une surtaxe de 10% sur les profits des banques (via l'impôt sur les sociétés) histoire de faire cracher un minimum ceux qui vous taxent au top.

Le député affirme que cette mesure permettrait à l'état de récupérer 2 Milliards sans les prendre dans vos poches, plutôt cool en période de déficit public et de mauvaise passe populaire.

Ce texte, approuvé par l'opposition et le Nouveau centre est adopté hier par 44 voix pour et 40 voix contre. Mais bon dieu où était la majorité présidentielle ? Encore un cas d’absentéisme massif à la veille du week-end ?

A moins que cette désertion UMP ne soit pas le fruit du  hasard, des députés de droite font entendre qu’il leur devient difficile d’expliquer à leurs élus ce soutien aveugle et systématique du gouvernement envers des établissements financiers pétaradants de santé  à l'heure où les français stagnent dans le marasme pour les plus chanceux, tout en ruminant sur leurs frais bancaires.

Quel vote fâcheux : Un coup de canif dans les rapports confraternels qu'entretiennent banques et majorité présidentielle !

Voilà qu'après cette surprise, Jean-François Lamour  double médaillé d'or d'escrime devenu député UMP (à qui un autre élu avait donné pouvoir), explique penaud qu'il avait voulu voter contre et non pour. Ce qui aurait changé la donne avec une égalité des deux camps.

Ah la technique... y a des boutons et tout. Et dire que ceux sont eux qui ont voté Hadopi 2.

Gentil soldat, Lamour confesse sa faute.

Sont cruches quand même ces ex-sportifs reconvertis politiques (qui avec les avocats d'affaires, les publicitaires, les inutiles et les traîtres et bientôt les chanteurs à la peine  constituent le gros du front office l'UMP) ! 

Il n'en fallait pas moins pour que Christine Lagarde, Ministre des économies de ceux qui en ont, envisage de demander lundi à l'Assemblée d'annuler la surtaxe des banques, et de soumettre à nouveau le texte au vote (avec des députés UMP revenus de week-end.)

Après une première salve lors du passage du texte en commission des Finances, l'apologiste éthérée du surendettement populaire en remet une couche et nous sort peut-être (restons prudents, il reste trois mois) sa perle de l’année :

"Ajouter dix points de plus à l'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2010 pour le résultat 2009, c'est faire payer les banques pour le passé, c'est faire payer les banques en imaginant que les banques françaises ont commis des fautes. Or, elles n'ont pas commis de faute".

Certes, ce n'est pas le premier petit arrangement avec les  scrutins  mais  la décontraction routinière avec laquelle celui-ci est annoncé est proprement hallucinante pour celui qui s'intéresse à la santé de sa république.


L'UMP appréhende la démocratie comme Ondemoule gère Secret Story. Quand la tournure des évènements ne plait à la prod' (qui méprise profondément 1 / l'émission 2 / ses spectateurs),  elle n'hésite pas à en changer les règles. 

Je comprends ceux qui décrochent du politique. A ce stade terminal là, si l'on n'a plus la force d'en rire, il vaut mieux s’en désintéresser. Autrement, cela pourrait vite tourner à la boucherie médiévale avec haches et sécateurs[2] pour ceux qui, avec toute la bonhomie du monde, nous jouent d'un plateau télé à l'autre la comédie du grand malheur des riches et des nantis.

* * *
 [1] Je ne le connais pas mais le storm-Trooper l'accuse de mauvaise foi, bon point.
[2] Le peuple veut aussi participer au débat sur les méthodes de castration les plus efficaces.

23 octobre 2009

Après eux le déluge

par


16 juin 1914, fin d'après-midi aux cafés des élites, endroit select sur un grand boulevard, fief de ce qui se fait de mieux en matière de pensée parisienne autorisée.

Trois de ses représentants, l'expert, le philosophe et le publicitaire célèbrent à l'absinthe le contrat que le sieur Cegarslà vient de décrocher pour la promotion de la nouvelle version du Canon 75. Passés quelques verres, leurs regards vitreux flottent sur les crevards plébéiens qui vont et viennent sur le pavé traînants sans grâce leurs existences crasseuses.

Malgré la douceur d'un été précoce, un sujet turlupine la liqueur des penseurs, un grand péril, le tragique contrecoup de cette soif de modernité qui enfièvre l’occident depuis un quart de siècle, un venin se distillant dans les mœurs  au risque de bientôt bouleverser l’équilibre mondial, des villas de Ville d'Avray au Boulevard St Germain :  Le téléphone.

Déjà, via des opérateurs, ils sont quelques milliers à être connectés et échanger gratuitement des propos échappant à toute censure ! 

GIFLE CEGARSLA
Le téléphone est la pire saloperie inventée par l'homme ! Comment vais-je vendre mes fioles d’élixir pour régime instantané ! Ça je vous l'assure : Aucune invention technologique de l’homme ne pourra supplanter la présence physique du bonimenteur !

DOMINIQUE OUVATON
Ce maudit téléphone est le royaume des lâches !

ALAIN THINKROOTS
C’est la porte ouverte à toutes les horreurs :  L’usurpation d’identité,  les mystifications et  la calomnie. La patrie est en proie à une véritable fureur de la conversation à distance. Des flots d'immondices sont déversés à la vitesse de la lumière d'un bout à l'autre de la nation. Sans évoquer les cas de pédophilie que cela favorise !

GIFLE CEGARSLA 
Alain, si c'est encore pour parler des pauvres : mieux vaut te taire.

DOMINIQUE OUVATON
Alain a raison : S’ils se parlent entre eux sans limite et sans contrôle, ils ne passeront plus par nous.

ALAIN THINKROOTS
Déjà que Ferry leur a obligé de s'instruire.

GIFLE CEGARSLA
Sois cohérent pour une fois Alain : tu es bien content qu’ils t’achètent des bouquins non ?

ALAIN THINKROOTS
Mais c'est une question de principe Giffle, nous sommes au-dessus de la mêlée. Il faut faire des distinctions tout de même. La où cesse la distinction commence l’amalgame. Et puis à quoi bon, (gros soupir, posture agacée) ils ne me méritent pas ces cons. 

GIFLE CEGARSLA
Si tu tiens tant que ça à rester dans la tête des gens, fais-toi installer un poste et appelle-les pour les insulter. Moi, c’est ce que je fais (depuis la villa de Poincaré c'est moins cher) : Je leur balance à l'aveugle des conneries tous les six mois. Tout le monde en parle. Ça leur fait des sujets de conversation au combiné : ils appellent ça "le Beuze". Moi ça me va. Comme l'a dit Sol Carrelus, le saint-patron des publicitaires :  Si tu ne peux pas maîtriser le débat, débrouille-toi pour en être le sujet. 

ALAIN THINKROOTS
Je vis dans l’épouvante. A ce rythme, il n’y aura pas long avant que ton "beuze" ne découvre les imposteurs que nous sommes et alors la planète téléphone deviendra une véritable foule lyncheuse.

DOMINIQUE OUVATON
Persévère Thinkie. Il faut convaincre l’opinion que le cauchemar totalitaire a commencé.

GIFLE CEGARSLA
C’est une dure séquence à passer. Ils doivent s'équiper, il faut qu’ils payent. Une fois que les bouseux auront tous le téléphone chez eux alors on leur interdira de l’utiliser.

ALAIN THINKROOTS
Brave Gifle, tu nous guides parmi les gueux.

GIFLE CEGARSLA
D’autant que : Devinez qui va décrocher le budget de campagne pour l’installation du téléphone que "si tu l'as pas t'es pas moderne", suivi cinq ans plus tard de la campagne pour dissuader de t’en servir et, deux ans après, de celle pour expliquer que c'est "bon pour ta sécurité et mes droits de pénaliser son usage" ? Les potes, blindé jusqu'en 25 que j'suis.

DOMINIQUE OUVATON
Et moi alors ! Avec un sujet pareil je deviens ZE spécialiste et je sors un bouquin tous les 6 mois ! 

GIFLE ET DOMI se claquant dans la main 
Champions du monde !

L'expert et le publicitaire trinquent tandis qu'Alain dégage son col de chemise a jabot.

ALAIN THINKROOTS
Oui relativisons. En fait c’est plié. Ce téléphone c’est trop. Ils ne sont pas structurés pour supporter un tel degré de liberté. En attendant faisons du "beuze" et des bouquins pour le dénoncer.

GIFLE CEGARSLA

Ah je te retrouve Alain ! Garcon, un godet pour le penseur !

Treizième verre pour les compères.

LES COMPERES
Au beuze !

Silence.

ALAIN THINKROOTS
Bon... et sinon Dominique,  ça sent pas un peu la guerre ?

DOMINIQUE OUVATON
Ton pessimisme te perdra. On est bel et bien ancré dans une période de paix et de croissance mondiale qui va continuer au moins quarante ans. 

L’année suivante l’absinthe sera prohibée.

* * *

Le téléphone filaire restera encore longtemps un privilège en France. Son installation ne se généralisera qu'entre 1970 et 1975, près d'un siècle après sa création.


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