24 juillet 2011

A losing game

par
« Les gens célèbres meurent souvent prématurément. C’est ce qui fait leur talent. »
Jeune con anonyme réagissant au micro-trottoir d’I-Télé après le décès de la chanteuse Amy Winehouse.

Comme prévu, Amy est allée au bout du concept marketing. Celle qui a incarné de ses textes, à son attitude sur scène en passant par son nom, le binge-drinking, meurt à 27 ans après une déchéance artistique de trois années consécutives à un très bon album, mais le devant tout autant à la production qu’à sa voix. La voix est d'abord un don avant de demander un peu de travail, même si dans les esprits Star-Académisés de ses fans tout se mélange sans hiérarchie sauf celle d’être célèbre à tout prix. 

Désormais incapable de tenir un concert ou un enregistrement, la prochaine étape pour les costards-cravates qui vendent de l'Heil-pod, du kilo de pneu, du salarié ou de l'Amy ? Que le boulet se carbonise et que les ventes de compil repartent en flèche. S'en allant après un album et demi, les mêmes qui la moquaient la semaine dernière sur You Tube crient au génie. Nul doute que ce mot sera apposé en sticker sur les rééditions CD-Blu-Ray à l’hypermarché de nos réflexes conditionnés. Elle fait déjà partie du "club des 27"TM. Après "la nouvelle Aretha", "la chanteuse déglinguée", entre ici temporaire concept marketing : "la légende partie trop tôt comme Jim, Jimi et Janis". 

Tiens je crois que "The Rose" est encore dispo sur la VOD d'Arte.

23 juillet 2011

Erreur de casting

par
Décidément les français prennent trop de vacances ! Nous sommes dans cette saison creuse de l'information où l'on ne trouve même pas l'ombre d'un spécialiste auto-proclamé en terrorisme pour éclairer de son expertise musulmano-centrée les ouvertures de JT. Heureusement, en exclusivité et pour répondre à l'appel d’arrêt sur images, nous sommes en mesure de vous livrer la prochaine Une d'un grand quotidien national (non validée par la rédaction). 

(clique pour agrandir)

20 juillet 2011

Le spectacle

par


Dans le cadre de la série "Seb Musset découvre les valeurs de France", aujourd'hui :  Le comique qui cartonne.

Fière, Karine me confiait le dévédé comme si elle me léguait une part d'elle-même. La galette siliconée tirée à trois millions d'exemplaires, qu'elle avait payée de deux heures et demie de salaire, renfermait le condensé de trente années d'une existence, la sienne, qu'elle n'aurait pas su mieux définir.

« - Tu vas voir c’est mortel ce spectacle, Kevin et moi a bien ri ». 

Il s’agissait de la célébration audiovisuelle d’une chroniqueuse télé quelconque, devenue chroniqueuse chez Drucker, puis comique populaire, icône de la coolitude par la presse mainstream et depuis actrice de cinéma (donc bientôt réalisatrice et chanteuse). Encore quelques mois à ce rythme-là et, entre un portrait de maman épanouie dans VSD pour elle et une gerbe du bon profil sur tombes de soldats morts pour lui (ou l'inverse au point d’indécence atteint), elle recevrait la Légion d'honneur des mains de la machine de campagne qui nous servait de président. 

A la demande d'une hiérarchie d'intermédiaires ne perdant pas l'occasion de se goinfrer sur le talent des autres dans le business model aux abois de la galette surtaxée, la "comique" comme on l'appelait, au zénith de sa pertinence à singer son prochain, "organisait" un spectacle d’anniversaire en compagnie de quelques amis drôles, sept milliers de spectateurs et huit millions de français. Avant qu'elle ne gave de ses jaquettes à paillettes rayons et têtes de gondole des hypers hexagonaux, en guise de promotion la chose à rire fut télédiffusée en direct (entrecoupée de réclames pour crédits émancipateurs et colliers électriques pour gamins hyperactifs) sur les ondes d’une chaîne experte en bibelotisation des âmes et flocage des cerveaux. L’esprit en villégiature, limite camping-car, anisette et pétanque à boules de couleur, je rétorquais à Karine que "Pourquoi pas ? Quelle meilleure occasion de prendre le pouls de vous autres les Français. Déjà j’ai regardé un journal de Jean-Pierre Pernault l’autre jour, quel exotisme !"


Revenu à la caravane, me voila parti pour deux heures de sketchs avec la crème de liqueur des rigolos tricolores : le vieux beau qui joue au jeune con jouant au vieux beau, le multimillionnaire de la télé sans un gramme d'imagination qui s'obstine à s’acharne en vain à s'acheter une crédibilité d’humoriste, ainsi qu'une ribambelle de laborieux spécimens plus ou moins foirés au labo de duplication du consensus comique minimum : en deux heures d'un spectacle puant le fric, pas d'allusion à la politique du moment pas plus qu'au contexte social ou économique pourtant cocasse à mort. 

Au-delà de l’absence complète de contemporaines références risquant de craquer le rictus assaillant la salle, constatons que l’humour vario-climatisé de nos clowns nocturnes cible à la perfection les hautes aspirations de la classe-moyenne. Il est question de vacances (là où un français sur deux n’en prend pas), il est question de vêtements pas "fashion" (oh mon dieu, trop la haine, trop je suis pas libre si j'ai pas ce que les autres ont !), de stress-tests dans les magazines féminins (ou, comment, au travers d'une auto-évaluation continue de sa conformité, cerner selon des canons établis par le publicitaire à panels, son signe distinctif de marginalité). Il est question de séduction (plaire, toujours plaire, au mari, aux enfants, au patron), de divorce (obligatoire. C’est le summum de l’émancipation et le marché adore : ça lui fait gagner double), de machines à café et d’enfants accessoires (et la vache, les deux coûtent un bras à l'usage !). Il est également question de couples qui pètent à deux dans le jakuzzi (qui ont donc des baignoires et sont donc majoritairement propriétaires). Il est question d’une vie de classe moyenne rêvée (parce que quand même faut pas me faire croire que cette opulence-là, avec des couples qui restent en couple plus de deux ans pour d'autres raisons que de continuer à pouvoir payer la maison, est à la portée de tous les spectateurs d’M6 !). 


Mon sac de crêpes en plastique à la main, étalé de toute ma superbe en peignoir rose ceintré sur la banquette à fleurs de la Trigano sunshineXS, à la quête éperdue d'une vague trace de sens sur l'écran, même accidentelle, susceptible de provoquer une infime embellie de mon humeur blasée, je m'enfonçais dans le monde du ricanement sans fin, dans cette société sans perte de pouvoir d’achat, sans homme politique dangereux, égocentrique ou incompétent, sans gestion d'Etat barbare antisociale et xénophobe. Ce pays joyeux qui fait rêver les jeunes et rassure les vieux. Le chômage n'y a pas cours, pas plus que les petites pensions de retraite. Non, dans cette radieuse contrée du lol en tube, chacun même l'âgé vit entre 7 et 37 ans. Nous n'y débusquons aucun stagiaire exploité, salarié licencié, mort "carbonisé au-dehors" comme ils disent en anglais. Non, ici, le travail ne fait pas débat puisqu'il sert à acheter du dévédé caustique. 

Nous ne sommes pas ici pour réfléchir, c'est marqué sur l'emballage. Mais nous n'y sommes pas non plus pour rigoler, c'est plus fâcheux. Dans ce joli petit univers javellisé, tout en raccourcis et codes incompréhensibles pour qui n'a pas la télé, où ça pouffe compulsif parce que "les hommes mangent de la viande et des patates", Karine et les autres viennent et reviennent non pas pour rire (non ça une blague à Toto remplirait aussi bien cet office) mais parce qu'ils s'y sentent chez eux, en mieux. Croquées par les comiques du marché payés trois smics par jour pour ça, la vie quotidienne des classes broyées se transforme en monde libéral heureux, un one-monde-chouette. Logique, en est expurgé tout ce qui coince. Les seuls travers restants sont ceux de l'audience, criminalisée (mais façon soft), qui, dans une ultime pirouette au fond assez drôle, fait un triomphe à sa nullité.  

La révolution ne sera pas télévisée, le comique veille. 

Illustrations : photos tirées du film "Pays de cocagne" de Pierre Etaix. (1969). Film sans dialogues sur la France de Pompidou en vacances.

13 juillet 2011

Dissolution des salariés

par
"Dès que tu travailles, tu te fais avoir."
in A l'origine de Xavier Gianolli (2009).

Profitons de cette période de congés payés pour revenir sur cette légende urbaine libérale prétendant que "le travail [pour les pauvres] c'est la santé". 

1 / Le salarié a sa place. 

Résumons les derniers développements. A défaut de garantir le travail et les bonnes conditions de celui-ci, la droite a décidé d'en stigmatiser ses exclus qui "bénéficient" de cette déviance antilibérale nommée "solidarité", pensant ainsi te faire rager, toi le salarié t'activant pour une trop faible rémunération rapportée à l'inflation. Il croit ainsi dévier le débat loin de l'éventualité de ton augmentation. Jusque-là c'est du classique pour une clique dont l'essentiel de l'action consiste à détruire, et à camoufler cette destruction en créant un clivage entre les français (trop ceci ou pas assez cela par rapport à une norme fantasmatique bien plus facile à gérer que la réalité).[1] 

Ajoute à cela le business-model national de la pierre (c'est là qu'on fait le pognon, ou qu'on espère en faire, tant que le château de cartes tient sur ses créances en plâtre : l’immobilier étant la forme la plus vicieuse du déclassement puisque, encouragées par le politique et les banques, les nouvelles victimes entrantes alimentent la hausse des prix) et tu saisis la place bientôt prévue pour le salariat dans l'équation des possédants représentés par Le Monarque et ses seconds couteaux : nulle. Bon, c'est déjà le cas, mais ce n'est pas dit de face. Tout en com, le gouvernement t'incite à devenir "entrepreneur de ta vie", histoire de délocaliser dans la sphère de ta seule responsabilité tout ce dont, via ton vote, il était garant.

A terme dans le merveilleux monde du salariat, il n'y aura qu'une poignée de décisionnaires, quelques kapos se bagarrant des primes sur le dos de larbins fichés et autres mercenaires flexibles se tuant littéralement à la tâche à refourguer de l'abonnement, du contrat fidélité, de l'arnaque ou de la dette (l'un n’empêchant pas les quatre) à d'autres comme eux, ou tapissant de confort le quotidien d'un conclave d'Alzheimers thunés. L'espoir de retraite dissout dans la raison du plus fort, chacun baissera la tête par peur de ne pas pouvoir s'acquitter de ses traites, s'il bascule dans le camp des chômeurs criminalisés. Bref, la situation présente mais tirée à l'extrême, avec encore moins de pognon et dégagée des acquis obtenus par les luttes sociales. Yep, c'est pas joyeux. Mais t'as voté pour en 2007.

L’ouvrier des classes populaires a été remplacé par le salarié, modèle de la classe moyenne. Via le poison de l’embourgeoisement facilité, il n'est pas entré dans "le monde du travail" que, déjà, il a épousé l’idéologie de ses maîtres. Ce qui rend complexe la réponse à cette question : "Pourquoi la gauche a délaissé la classe populaire ?"  La gauche n'a juste pas su assez vite prendre acte du désastre qu'elle a  naïvement contribué à mettre en place dans les années 80 tandis que la droite a su trouver le cynisme nécessaire et les slogans assommoirs pour le pérenniser ensuite. La parenthèse publicitaire, fantasmée depuis, des trente glorieuses a servi d'"appartement témoin" au capitalisme, lui permettant une glissade sans colère populaire en l'espace d'une génération vers le néolibéralisme le plus inhumain. C'est par le salariat associé à l'embourgeoisement que la classe populaire, devenue classe moyenne fourre-tout, s'est éloignée des valeurs de gauche. Ce qui la conduit aujourd'hui, alors qu'une grande partie de ses effectifs redevient précaire, sur le canevas télévisé d'une lyophilisation du débat, à se raccrocher par réflexe au schéma caduc qu'elle connait, celui de "droite", quand bien même il n'a de cesse de dégrader sa vie. 

2 / Ci-gît le salariat.

C'est cet attachement au modèle salarié "d'avant" (qui doit disparaître en mode UMP) qui rend chagrin le néo-salarié. Résumons. Ce qui plaisait au fond dans le salariat, c'était sa simplicité conceptuelle, son côté "vu et approuvé à la télé et chez papa maman". Un modèle effort récompense, combinant soumission et croyance, permettant de s’exonérer de tout questionnement. Après tout, pourquoi pas. Tu pensais que le salariat, ce "compromis sympa", suffirait à t’identifier socialement et te permettrait de correctement "gagner ta vie" (pour emprunter au champ lexical de ceux qui ont toujours eu intérêt à ce que tu t'y perdes). Certes, il devenait de plus en plus dur à trouver, mais il s'attachait encore à des principes : Après un Bac, tu décrochais un diplôme voire trois et, au pire, tu faisais quelques années de ce service militaire à la gloire du capital renommé "stage" puis tu t’insérais (Mais bon là déjà ça couille depuis 20 ans). Une fois que tu accédais à la communion d’usage salariale avec sa soft-torture quotidienne bordée de zones libres domestiques, l'accession au paradis devenait possible, voire obligatoire, en un battement de prêts. Petit problème technique : le salariat "d'avant", avec ses protections sociales, impliquait qu’il y ait une croissance constante et, surtout, que les richesses ne soient pas progressivement accaparées par une poignée (au sein de laquelle, le taux de salarié est infinitésimal).  Autre petit détail : ce modèle prioritaire du salariat sous-entendait pour "papa maman" un CDI, voire une carrière chez un seul employeur qui les conduisaient pépères à une bonne retraite. Aujourd’hui, les nouvelles embauches sont majoritairement des CDD, des temps partiels, des contrats courts et toi, à pas 30 ans, tu affiches une dizaine d'employeurs et de "placiers" en entreprises (et 3 euros de positif sur ton compte en banque, les bons mois). 

Tandis qu'une partie de la population s'endort sur ses rentes dans une réalité parallèle constituée d'"honnêtes gens" et de "fraudeurs", accéder au salariat old fashion est un "rêve" impossible, le "compromis sympa" (enfin, n'enjolivons pas non plus) devenant une carte postale du passé. Le néo-salariat tu t'y accables, tu t’y tues à petit feu en redoutant, paradoxalement, d'en être jeté. De la supérette à la police en passant par les call-centers, le management par le chiffre atomise l'humain. Les process, les taux de transfert ou les objectifs avec bâtons et carottes cannibalisent le sens.

Tu godilles dans la brume, entre les lumières fadasses d'un "salariat d'avant" (à l'imagerie entretenue par le train de vie de la vieille génération) et ta réalité d'un salariat devenant inexorablement synonyme de misère. Le malaise ne devrait pas se prolonger avec les plus jeunes générations qui n'auront plus aucune trace du "salariat d'avant", celui qui permettait a minima d'être confiant.

Car, à l'évidence, à l’inverse de ce que prétend la propagande libérale : tu ne t'enrichis pas par le salariat et tu t'y désocialises tout autant, voire plus, que "hors activité". Tu t'y stresses dans une fonction parfois floue, sans cesse modifiée (qui en cumule deux, trois, sept...). En guise de "place dans la société", tu fais de la présence comme au collège, conditionné par la norme, terrorisé par l’évaluation et l’autorité, contraint par des échéances financières en flux tendu que cette suprême fonction ne permet même plus d'honorer. A moins bien sûr de chercher un autre travail (ce que les néolibéraux, dans le cadre de "l'auto-entrepreneurisation des salariés sans salaire", t'amèneront peu à peu à considérer comme étant la seule alternative à ton prétendu manque de compétitivité grippant la roue du progrès).

Alors tu me diras, heureusement il reste des postes que l'on occupe parce qu'ils nous plaisent, parce que c'est notre vocation, notre passion. Et paf. C'est souvent par ce biais, le dévouement et la vocation, voire l'identification à l'entreprise ou au service, que la aussi tu te fais abuser.

3 / Avant de se demander à quoi est condamné le salarié, regardons où disparaît son salaire. 

L'endettement des ménages explose (vers le million de ménages surendettés fin 2011, ils étaient 700.000 à l'arrivée de notre glorieux "président du pouvoir d'achat"), ton salaire se disperse intégralement dans le remboursement d'une existence de salarié. Des remboursements les plus lourds (logement) aux plus dangereux (revolving, crédit à la conso) en passant par les plus absurdes (le crédit à la conso pour rembourser les dépenses courantes, l’autre grand rêve des néolibéraux en passe de devenir une réalité).

Ils te rabâchent de "la valeur travail" à longueur de campagnes, alors que s'enrichissent d'abord ceux qui se tournent les pouces. Je ne parle pas ici des allocataires du RSA qu’un gouvernement veut te voir crucifier sur l'autel médiatique de son incompétence, mais bien des vraies riches. Ils renforcent leurs fortunes grâce à l’exploitation de classe (ça c'est resté "vintage") via l’héritage, les positions de rente, la pierre, les actions, les acquisitions, mais si peu par le travail, encore moins par un travail salarié (ou alors conditionné à du vide, spéciale kassededi à Luc Ferry). 

Donc, il faut trouver à nos VRP du néolibéralisme autre chose pour retenir le salarié se désagrégeant lors de sa douloureuse entrée dans l'atmosphère des possédants. Parce que ça finira tôt ou tard par crever les yeux de tous, jusqu'au dernier fidèle de la "droite sociale", que le salariat du XXIe siècle est une arnaque

Pour assurer la bonne perception des rentes, la droite se dépatouille, sans une once de crédibilité, entre morale du travail et défense d'une classe moyenne aux intérêts liés aux revenus d'un travail salarié. Équilibre improbable pour l'UMP puisque ce parti détruit au quotidien ce qui faisait l'intérêt du salariat pour la classe moyenne : une relative sécurité, le cadre d’une vie stable, la possibilité d'épargner, de faire des projets. C'est pour cela que l'UMP n'a de cesse de prétendre favoriser l'accession à la propriété pour les revenus modestes. Là, le salaire rembourse de la dette sur bulle aux banques, l'échéance du choc est repoussée, l'illusion de richesse prolongée. 
(- Ouf chérie, tout s'écroule sauf la maison !
- Effectivement chéri, c'est ouf.)

4 / Implosion du salariat sous la piètre rentabilité de son modèle et refuge dans la pierre à crédit au grand bonheur des possédants. 

Un salaire ne suffit parfois plus pour se loger chichement, et posséder un logement rapporte souvent bien plus qu'un bon salaire. Patrimoine et pouvoir sont dans les mains de La France d'avant. La captation du pognon n’est pas que le fait des grands patrons. On retrouve là encore la vieille génération qui ne veut plus partager. Elle aussi s’estime « déclassée », comme le salarié, sauf qu’elle ne part pas du même niveau et qu'elle bénéficie d'un emploi du temps sans emploi.  Note que l’UMP dans sa mansuétude, au moment où il pointe du doigt l’assisté, fait un cadeau supplémentaire à ses aînés favoris avec le relèvement du seuil d’imposition ISF qui vise en priorité leurs propriétés qui se sont valorisées grâce à la seule soif de posséder des générations du dessous. 

Cette situation de domination n'est que la suite logique de celle vécue ces quinze dernières années dans les entreprises où salaires et protections des aînés se réalisèrent sur le dos des jeunes entrants (enfin ceux qui ont réussi à entrer).

Le célèbre philosophe Patrice Laffont (en tournée dans un village résidentiel de seniors près de chez vous) résume assez bien l'esprit du pays
Immobilier et salariat, dissociés dans les tarifs, sont liés dans nos représentations : il s'agit de faire perdurer l'idéal d'une abondance passée.  Immobilier ou salariat, tu es l'éternel perdant d'une partie où chacun est supposé avoir les mêmes chances et jouer à armes égales. Sauf que ceux qui détiennent le pognon et les murs contrôlent le jeu. Sans croyants pour la relancer, la partie s'arrête. Ils ont besoin de crédules, d'exploités, d'endettés, de volontaires, de pervertis dès le berceau à cette possession sans fin censée faire oublier la violente dégringolade du travailleur dans les enfers du néo-salariat. 

Pour un mec de 25 ans aujourd’hui, quelles sont les options ? Des études ? Il ne trouve pas de boulot. Le boulot ? Il ne lui rapporte rien. La télé-réalité, le poker en ligne ou la cagnotte du loto à 185 millions d'euros sont bien plus tentants. Les règles y sont plus honnêtes. Peut-on vraiment lui reprocher de ne pas avoir envie de travailler si une vie de labeur qu'on lui promet à la fois longue, sans thune et sans repos, se résume à ça ? 
(Comment familiariser les prochaines générations avec le travail ? Points de vue.)

Si une poignée de riches pose un problème à ce monde, c'est d'abord pour l'omniprésence du modèle de vie qu'ils véhiculent. Les dupés du néo-salariat vivent de plus en plus mal (nourriture, condition de vie, mauvaise santé, mauvaise éducation) pour la principale raison qu'ils persistent à vouloir partager le style de vie de leurs oppresseurs. Se faisant, les néo-salariés entretiennent leur malheur. Cette vie rêvée où, enfin, grâce à l'accumulation d'argent, ils pourront se dispenser de travailler (étonnant pour une société  plébiscitant l'idée du travail) ne sera jamais accessible pour l'écrasante majorité d'entre eux. Le néo-salariat se révélant juste efficace à définitivement appauvrir ceux qui s'y enferment. 

Brisons nos chaînes. Arrêtons d'être piétinés au boulot, respirons l'air du matin, reprenons le temps d'être, reparlons à nos voisins, prêtons, donnons, recevons. Plus facile à lire qu'à faire. La télécommande a tué l'utopie, le moi a euthanasié le collectif. Chacun se planque derrière l'atonie de l'autre pour ne pas agir. Les temps de travail se fractionnent, les déplacements sont de plus en plus longs, les espaces de liberté sont accaparés par la consommation, le dealer de crédit impose ses conditions à du bonheur qui s'injecte en doses individuelles d'acquis matériels à combustion rapide. Les perspectives se réduisent à une : travailler, posséder et penser comme ils disent. Accroché à ses miettes surtaxées d'une promesse d'apaisement sans cesse repoussée, sans plus aucun temps libre pour imaginer, chacun attend le déclic de l'autre, prisonnier de ses automatismes et de ses peurs à s'aventurer sans GPS hors du chemin de l'abattoir.

La question à se poser en urgence n'est pas comment quitter ce chemin, mais pourquoi diable y sommes-nous encore ?

Disclaimer : Afin que son texte garde une tonalité résolument optimiste, l'auteur n'aborde pas la question du remboursement des dettes publiques européennes.

[1] Un peu de la même manière, il reporte la faute du déficit commercial extérieur sur la manque de compétitivité supposé du travailleur français, avortant ainsi le débat sur le protectionnisme ou les indécentes exonérations fiscales. On "découvre" cet été que les entreprises du CAC 40, O surprise, ne payent qu'un impôt dérisoire rapporté à leurs gains quand, elles ou d'autres, via le jeu de leurs filiales offshore, font l'essentiel de leur pognon en amont avant même que leurs produits n'arrivent sur le sol français.

Illustration : Playtime de Jacques Tati (1971)

12 juillet 2011

Touche pas à mon plein

par
Chaque été, c'est pareil. Les médias nous rejouent le psycho drame de la complainte des Français aux vacances coûteuses, censé me tirer une larme. Est-ce que je me plains moi de mon été en cellule surchauffée bénéficiant dès 8 heures du matin du féerique spectacle municipal des marteaux-piqueurs pilonnant ma sérénité afin, qu'enfin, à la rentrée, à défaut d'un toit pour chacun, les Velib du coin soient mieux logés ? Non. Bon alors, un peu de décence. 

Justement, à propos d'essence:

Christophe De Margerie, le patron à 3 millions d'euros de salaire annuel (hausse de 13%) d'un fleuron industriel national qui paye la majorité de ses impôts hors du territoire annonce une hausse des prix à la pompe

Le boss de Total aurait tort de se gêner. En haut comme en bas, les comportements ne sont pas prêts de changer. Le premier Ministre a déclaré ce matin sur Europe 1 que taxer les bénéfices des compagnies pétrolières (comme augmenter les salaires) ne rendrait pas sa compétitivité à La France (si, si moins de taxes pour Total c'est plus d'emploi pour toi. Cherche pas c'est de la logique UMP) et je me sens encore bien seul aux apéros géants de l'amicale des "il faut que ça change" quand je déclare avoir abandonné ma voiture depuis un an. Motif : ne peux plus payer

Les compagnies pétrolières ne veulent tout simplement pas d'alternative au pétrole (à moins d'en avoir le contrôle complet). Ne pas compter non plus sur la droite (qui en est encore à accuser le reste de l'humanité de creuser des déficits alors qu'elle est à la manœuvre depuis 9 ans et n'a eu de cesse de les exploser en gavant ses potes) pour réduire la TIPP (ce qui a au moins l'avantage de lisser les effets de la hausse du pétrole, mais retarde la prise de conscience) et la voiture reste sacrée pour des Français prêts à dresser des barricades à la moindre menace d'interdiction de ses gadgets à frauder les radars. Donc voilà, dans ce domaine (pour une fois) rien ne sert de gueuler (si ce n'est pour alimenter en marronniers de l'été des rédactions feignantes) puisqu'en amont tous les protagonistes de bas en haut tous les artisans oeuvrent pour le statu quo. Entendions-nous des plaintes en 2009 lorsque, en pleine criseTM, le volume de voitures vendues explosait grâce à la prime à la casse et que l'on achetait du petit paradis à crédit à trois heures de route de son boulot ?

Et si posséder une automobile à essence en 2011, était tout simplement la plus belle des matérialisations de l'impasse dans laquelle s'enfonce l'ensemble de la société ? Pour rester poli : acheter aujourd'hui une caisse individuelle, neuve de surcroît, n'est-ce pas une belle connerie ? De Margerie le sait et ceux qui font semblant de s'indigner aussi, le litre sera prochainement à 2 euros et nous continuerons de rouler en voiture.[1] Enfin presque tous. Quelques mécréants, disciplinés à la sagesse Lagardienne, attendant humblement d'être majoritaires dans un monde devenu misère, continueront à pédaler sous les gueulantes des chauffards.
PS : Conseil "séjours malins". Comme Jean-François C. ou Brice H., pour vos vacances optez pour le séjour gratuit formule UMP "All-inclusive" chez les intermédiaires occultes.

[1] Avec mon esprit perverse, j'imagine même la mise en place d'une carte revolving "Libertoil" dédiée au plein d'essence à paiement échelonné. A moins qu'elle n'existe déjà ?

10 juillet 2011

Orwell-o-top

par
Laurent demande aux blogueurs quelle sera leur chanson de l'été ? Choisissons-en une en rapport avec l'actualité. Voyons...  Pluie de scandales sexuels, politique du mensonge, de la rumeurmontée dans l'inhumanité,  fichage biométrique des gens honnêtes et Secret Story 5. Je ne vois qu'une chanson : celle de mes douze ans. Maintenant que j'en ai le triple passé, je peux l'affirmer : le futur c'est maintenant. 

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